[1] L’époque que nous sommes en train de vivre, avec toutes ses contradictions, nous lance des appels et des défis ; elle est un καιρός, que Dieu offre à chacun de nous pour un chemin de conversion du cœur, de l’esprit et de la vie ; elle est une occasion pour renforcer l’expérience spirituelle et donc apostolique de nos communautés ; elle est un moment favorable pour raviver avec enthousiasme notre action pastorale.
L’expérience de la Pentecôte a marqué la naissance de la communauté apostolique. La force de l’Esprit créateur a donné aux premiers disciples de pouvoir surmonter la peur qui porte à se renfermer et qui paralyse, comme également elle a fait d’eux une communauté évangélisatrice, ouverte et fortement lancée vers toutes les cultures, avec l’audace et le courage que transmet la force dynamique du Christ Ressuscité ; ainsi, chacun dans sa propre langue, tous les auditeurs des apôtres ont pu les comprendre. C’est ainsi qu’aujourd’hui l’Esprit fait de nous aussi des communautés évangélisatrices, nous donne le courage de proposer l’Evangile et nous accorde une “nouvelle langue” qui puisse être comprise des jeunes d’aujourd’hui.
Dieu appelle chaque salésien, ainsi que chaque communauté et chaque province de la Congrégation à se laisser pénétrer par la force transformatrice de l’Esprit, pour qu’à l’exemple de Don Bosco, en union avec les laïcs et la famille salésienne, nous puissions évangéliser les jeunes. De cette façon, nous les aidons à vivre la plénitude de leur vie, ainsi qu’à connaître et à accueillir l’Evangile du Seigneur Jésus.
[2] Jésus Christ “hier, aujourd’hui et à jamais” (cf. He 13,8), tel est le plan pastoral de l’Eglise du troisième millénaire. L’Eglise et la société attendent de nous, éducateurs des jeunes, que nous soyons capables de traduire ce programme en des orientations pastorales, de manière que l’annonce évangélique parvienne à chaque jeune et que chacun puisse rencontrer le Seigneur Jésus.
La rencontre de Don Bosco avec Barthélemy Garelli, jeune sans famille et immigré, marque le commencement de l’Oratoire. Pour nous salésiens, annoncer le Seigneur Jésus et en être témoin constituent une mission prioritaire. Chaque fois que nous tendons la main à un enfant, à un adolescent ou à un jeune, au moyen de la promotion humaine, et que nous leur offrons les dons de la grâce et la richesse de l’Evangile, nous développons en eux ces potentialités pour qu’ils puissent être “d’honnêtes citoyens et de bons chrétiens”.
L’éducation et l’évangélisation sont ce que nous pouvons offrir de plus grand à la société d’aujourd’hui dans l’esprit du système préventif, avec ses méthodes et ses contenus. Il y a des jeunes qui pourront nous dire, comme il fut dit à Don Bosco et aux premiers salésiens : “nous vous attendions”. D’autres peut-être nous sembleront indifférents, mais la rencontre avec le Don Bosco d’aujourd’hui, par l’intermédiaire de la personne de chaque salésien, fera apparaître ce qu’il y a de meilleur dans leur cœur, “au point où ils en sont de leur liberté” (Const. 38).
[3] A l’époque du marché, de l’efficience technologique et de l’omnipotence de la science, mais aussi des fragilités, des incertitudes et des peurs, nous croyons en l’expérience plus grande du mystère de Dieu. L’espérance vit en chacun de nous et dans nos communautés. Si chaque jour nous faisons place à l’Esprit, nous pourrons nous en remettre aux surprises de Dieu. Nous voyons l’avenir de la Congrégation dans des personnes spirituelles, qui décident de vivre en chrétiens crédibles et en consacrés apôtres, en vivant l’expérience de la foi et de l’amour. “Deus caritas est” : c’est pourquoi nous croyons à l’amour.
Le 26ème Chapitre Général est l’occasion que Dieu nous offre pour une véritable et nouvelle Pentecôte, expérience de l’Esprit vivifiant, de manière qu’avec le retour à Don Bosco notre identité charismatique se trouve renforcée et que le cœur de chaque salésien soit ravivé par la passion du “da mihi animas”.
“J’ai promis à Dieu que ma vie, jusqu’à son dernier souffle, serait pour mes pauvres garçons”. Don Bosco est notre richesse et en lui nous découvrons comment Dieu aujourd’hui nous appelle à rester avec les jeunes dans leur vécu quotidien, en nous engageant à écouter leurs appels, à connaître leur monde, à les encourager dans leur action de protagonistes, à les impliquer dans la construction de leur parcours de vie. Comme Don Bosco nous aurons le courage d’annoncer Jésus Christ, pour susciter en eux un rapport personnel avec Lui.
“Pas un de ses pas, pas une de ses paroles, pas une de ses entreprises qui n’ait eu pour but le salut de la jeunesse… En toute vérité il n’eut rien d’autre à cœur que les âmes” ; c’est ainsi que s’exprimait Don Rua. Don Bosco invitait ses jeunes à être ses collaborateurs ; nous aussi nous nous sentons engagés à appeler les jeunes à prendre part à la mission d’éducation et d’évangélisation avec un zèle apostolique.
Tout cela requiert de nous une vraie passion pour Dieu et pour les jeunes, dans la conviction que le Seigneur se manifeste à travers les urgences du moment et des lieux. Il sera alors possible, grâce à un témoignage personnel de vie, à une attitude résolue de détachement et de liberté vis-à-vis des biens matériels et de nos désirs, de tout mettre au service des autres et de vivre le “caetera tolle”.
Nous vivons dans une période de complète transformation. Dans de nombreuses tranches de la société la solidarité est menacée. Nous nous trouvons devant le défi de penser d’une manière nouvelle et de rendre solidaire notre époque. Notre vision est celle d’une église communion, qui parle une nouvelle langue et se dirige avec courage vers les nouveaux fronts d’action de la culture et de la société.
[4] Le bicentenaire de la naissance de Don Bosco, que nous vivrons en 2015, nous offre un moment opportun pour réaliser un chemin significatif de préparation. L’application des lignes d’action du CG26 nous guide pour déterminer un itinéraire profitable à nous-mêmes, aux jeunes et aux familles, aux laïcs et à la Famille salésienne. Cette célébration commémorative est une invitation à invoquer Don Bosco pour qu’il revienne parmi nous et réclame un engagement pour que chacun de nous revienne parmi les jeunes. Repartons de Don Bosco et revenons parmi les jeunes. Don Bosco d’une part et les jeunes d’autre part, nous ne pouvons pas les séparer : Don Bosco est notre modèle et les jeunes sont le lieu où nous rencontrons Dieu (cf. Const. 95).
[5] Nous nous confions à la Vierge Marie, présente par son zèle envers Jésus à Cana et présente par la prière avec les disciples au Cénacle. Auxiliatrice et Mère de l’Eglise, Elle nous rendra attentifs à l’Esprit de Dieu, qui renouvelle la face de la terre et remet à neuf toutes les choses. Elle nous aidera à être disponibles pour recevoir l’Esprit du Christ, qui sait rénover notre amour pour Don Bosco. Que la Basilique Marie-Auxiliatrice à Turin, renouvelée dans sa lumière et dans sa splendeur, soit un appel à accueillir Marie dans notre cœur et dans nos communautés. Revêtus de la force de l’Esprit, retrouvons avec Elle l’élan pour que le “da mihi animas, caetera tolle” soit l’âme de notre mission parmi les jeunes.
INTERPELLATION PAR DIEU
« Le Seigneur nous a donné en Don Bosco un père et un maître. Nous l’étudions et nous l’imitons. En lui nous admirons un splendide accord de la nature et de la grâce. Profondément humain, riche des vertus de sa race, il était ouvert aux réalités de ce monde. Profondément homme de Dieu, comblé des dons de l’Esprit Saint, il vivait “comme s’il voyait l’invisible”. Ces deux aspects se sont fondus dans un projet de vie d’une profonde unité : le service des jeunes. Don Bosco le réalisa avec une constante fermeté au milieu des obstacles et des fatigues, et avec toute la sensibilité d’un cœur généreux. “Pas un de ses pas, pas une de ses paroles, pas une de ses entreprises qui n’ait eu pour but le salut de la jeunesse… En toute vérité il n’eut rien d’autre à cœur que les âmes” » (Const. 21).
[6] Retour à Don Bosco
Dieu nous appelle à revenir à Don Bosco, pour mieux le connaître et l’aimer davantage, en étudiant le contexte où il a vécu, en comprenant le développement de sa mentalité, en nous rendant compte des étapes de sa vie. Les sources et les études salésiennes, qui sont très riches et dont à présent nous disposons, attendent de nous que nous en connaissions le cheminement spirituel avec ses éléments centraux, ses dynamiques et ses moments marqués d’un tournant de vie. Elles réclament aussi de nous que nous approfondissions les motivations qui l’ont conduit à des choix déterminés, les buts clairs qui l’ont inspiré, la pédagogie et la pastorale qui l’ont guidé, c’est-à-dire qu’elles attendent de nous que nous connaissions mieux le système préventif. Elles nous interpellent en particulier pour que nous découvrions sa riche humanité, qui le rendait immédiatement ami des jeunes, et sa profonde spiritualité, qui faisait totalement de lui un passionné de Dieu et de sa mission.
[7] Identité charismatique et passion apostolique
Connaissant et aimant davantage le Don Bosco de l’histoire, nous sommes invités à repartir de lui pour proposer, actualiser et renforcer l’identité charismatique. C’est-à-dire que nous sommes appelés à faire resplendir la fascination de son charisme, à en montrer la beauté, à en communiquer la force d’attraction. Cela nous demande de développer une culture charismatique de l’excellence, un témoignage visible et crédible de notre vocation consacrée salésienne, un sens fort d’appartenance à la communauté et à la Congrégation. Sans une proposition charismatique, qui captive et implique, le processus d’identification dans la vocation est difficile. Ce qui attire et fascine dans la figure de Don Bosco, c’est son programme spirituel et pastoral de vie, le “Da mihi animas, caetera tolle”, qui fait de Don Bosco un saint éducateur et évangélisateur, qui n’eut rien d’autre à cœur que [le salut des] âmes”.
Chaque salésien est appelé à regarder vers le Christ avec les yeux de Don Bosco, à se mettre à sa suite avec un style de vie d’obéissance, de pauvreté et de chasteté, à se dévouer aux jeunes avec un cœur libre et ouvert, à évangéliser les pauvres, à être disponible pour aller dans les périphéries et dans les quartiers en difficulté, à être saint. Il est appelé à surmonter l’atonie spirituelle, le manque de courage apostolique, la médiocrité, à vivre avec joie et générosité sa vocation, à réveiller la passion apostolique dans son cœur. Le Seigneur Jésus, à la suite de qui nous nous mettons d’après l’exemple de Don Bosco, est le Bon Pasteur qui opère sa conquête par la douceur et le don de soi, qui connaît et accompagne, qui recherche les faibles, qui passe chaque instant de sa vie pour les autres. Nous sommes conscients qu’il y a différentes manières de vivre le charisme de Don Bosco dans la Famille salésienne et dans le Mouvement salésien ; nous sommes appelés à le vivre dans la modalité de la vie consacrée, sans laquelle manquent la fidélité, la fécondité et la continuité du charisme lui-même.
Don Bosco, qui remet les Constitutions à Don Giovanni Cagliero avant que celui-ci ne parte pour la Patagonie, nous indique la voie pour construire aujourd’hui la forme définitive, la “belle copie”, de la Congrégation : les Constitutions, c’est-à-dire le projet de vie des salésiens de Don Bosco, sont la manière de le rendre présent et actuel. La croix, ensuite, qui nous est remise lors de la profession perpétuelle, avec les images qu’elle porte gravées, nous invite à passer notre vie avec les jeunes et pour les jeunes “jusqu'[au] dernier souffle”, en prenant exemple sur le Bon Pasteur et en assumant l’invitation de Don Bosco adressé à chaque salésien : “cherche à te faire aimer”.
[8] Retour aux jeunes
Revenir à Don Bosco et repartir de lui, cela signifie surtout rester avec les jeunes. Don Bosco revient parmi les jeunes d’aujourd’hui par l’intermédiaire de la personne de chaque salésien, qui vit et œuvre avec sa communauté. Il devient présent d’une façon lisible et adaptée à la culture concernée, crédible et prophétique, avec tout ce qu’il y a d’authentique et de radical dans sa propre vie et dans son dévouement. Don Bosco demande à chacun de nous de rencontrer les jeunes avec joie dans leur vécu quotidien, en nous engageant à rester avec eux, en écoutant leurs appels, en connaissant leur monde, en encourageant leur action de protagonistes, en les impliquant dans la construction de leur parcours de vie, en leur proposant des itinéraires de sainteté selon la spiritualité salésienne. Don Bosco nous demande d’affronter avec audace les défis des jeunes, de donner des réponses courageuses aux crises de l’éducation, d’assumer son critère de lecture de l’histoire, d’agir comme lui avec optimisme selon ce que l’Esprit nous suggère, de faire route avec la Famille salésienne dans un climat de partage.
SITUATION
[9] Retour à Don Bosco
La personne de Don Bosco est toujours attirante et actuelle. Tant de confrères ont le désir de mieux le connaître et de l’imiter dans leur propre vie. C’est possible grâce au riche matériel à leur disposition, surtout aux sources historiques et aux études scientifiques qui permettent l’étude de la spiritualité et de la pédagogie salésiennes. Les confrères sont de plus en plus ouverts pour participer à des temps de formation qui renvoient aux origines du charisme de Don Bosco. Les collaborateurs laïques et les jeunes, eux aussi, s’intéressent toujours davantage à la personne de Don Bosco, à sa spiritualité et à sa façon d’éduquer, pour les mettre en pratique et les vivre dans la situation d’aujourd’hui.
Dans les institutions et les secteurs où nous œuvrons nous sommes estimés pour le travail éducatif et les gens s’intéressent à la pédagogie salésienne. La présence de tant de jeunes dans les lieux où nous intervenons nous fait voir l’actualité et la nécessité du charisme salésien dans le monde d’aujourd’hui.
Malheureusement nous croyons connaître Don Bosco, mais souvent nous nous limitons seulement à une connaissance affective, sans une étude systématique et approfondie. Notre savoir s’avère superficiel et nous ne nous engageons pas à connaître la spiritualité salésienne et ses plus profondes motivations. Souvent nous ne réservons pas le temps suffisant pour la lecture des sources et même pas de nos Constitutions, dans lesquelles nous trouvons une concrétisation pratique de notre charisme.
Ces dernières années les centres universitaires de la Congrégation ont concentré davantage leur étude dans le domaine historique et ont accordé une place moindre à la recherche sur la pédagogie salésienne et sur la spiritualité salésienne. Tout cela influe sur le fait que le système préventif de Don Bosco, vu le manque d’un relais culturel pour le porter dans l’actualité de nos jours, se trouve peu appliqué dans la pratique éducative ; cela vaut également pour l’acquisition, aussi bien personnelle que communautaire, de l’expérience spirituelle salésienne.
[10] Identité charismatique et passion apostolique
Comme expression de fidélité à notre état de consacrés et au charisme hérité de Don Bosco, beaucoup de communautés se sont engagées dans un effort de renouveau de la vie spirituelle et de la vie de famille, avec des expériences qui vont vers des relations authentiques et profondes entre les confrères et vers l’ouverture aux laïcs. Dans nos œuvres est visible la complémentarité de la présence de la communauté salésienne, signe de la primauté de Dieu, et de la présence de la communauté éducative et pastorale, qui réalise la mission.
En plus des nombreux témoins dont la sainteté est reconnue, nous constatons la présence d’une sainteté vécue dans le quotidien, qui transparaît chez de simples confrères et dans des communautés où l’on respire un climat serein et un dynamisme pastoral. Beaucoup de confrères ont le désir d’une vie spirituelle profonde et ont trouvé dans leur projet personnel de vie et dans celui de la communauté une aide pour leur propre croissance.
Nombreux sont les confrères et les communautés qui donnent un témoignage de don à Dieu et de passion pour les jeunes, et qui leur offrent la joie, l’espérance, l’esprit de famille et l’accueil et des propositions de foi. En particulier il y a tant de confrères anciens et de confrères malades qui vivent avec sérénité, avec un véritable esprit de foi et un sens salésien leur situation de santé et de limitation dans l’activité pastorale.
Malheureusement nous devons reconnaître que dans nos communautés est entré le modèle libéral de vie consacrée, caractérisé par l’individualisme, par l’accoutumance aux commodités, par l’embourgeoisement, par le refus des signes de visibilité de la vie religieuse au profit d’une “normalité” qui nous confond avec les gens du monde. Tout cela fait que n’est plus mise en valeur la position centrale du “da mihi animas“ et éteint la passion apostolique.
Souvent dans la vie en commun manque la profonde communion des cœurs, l’attention à la personne du confrère et le partage de l’expérience de foi. L’activisme et la recherche de résultats étouffent la vie de prière, alors fait défaut la vie intérieure, avec en particulier une absence de la fréquentation du sacrement de la réconciliation et de la pratique de l’accompagnement spirituel. Quand le projet communautaire de vie manque, il est difficile de garantir la communion de buts, d’accomplir la vérification adéquate, de réfléchir en commun, en faisant de la vie quotidienne une occasion de croissance spirituelle et de formation permanente.
Nous nous trouvons plongés dans un processus ecclésial de renouveau de la vie consacrée, où pourtant les nouveaux modèles ont du mal à trouver la synthèse entre les valeurs fondamentales de la “sequela Christi” et l’insertion dans le monde d’aujourd’hui. En particulier la crise de la relation essentielle entre “charisme” et “institution” affaiblit souvent la relation avec l’institution, en portant à vivre le charisme d’une manière personnelle.
[11] Retour aux jeunes
Il y a des confrères et des communautés fortement engagés avec dévouement dans le travail d’éducation et de pastorale. On réalise un intense travail pour les jeunes, pour les pauvres, pour les marginaux ; nous avons une multitude d’œuvres au service de la jeunesse. L’engagement des confrères dans l’animation des jeunes apporte un élément d’enthousiasme et agit par contagion dans la communauté éducative et pastorale. Devant les situations d’urgence éducative, nous nous laissons interpeller et nous savons trouver les moyens pour donner une réponse adéquate. Dans nos œuvres nous constatons l’action de protagonistes de tant de jeunes, qui conduits à être apôtres d’autres jeunes, arrivent à faire mûrir des choix de vocation à une consécration spéciale.
D’autre part, pour beaucoup d’entre nous le monde des jeunes est de plus en plus difficile à comprendre et lointain, à cause de la peur et de l’impression de n’être pas préparés de manière adéquate. Nous avons de la difficulté à comprendre leur langage, à être vraiment présents parmi eux. A cause d’une évaluation produite par le préjugé et par le découragement, nous ne nous engageons pas à découvrir en eux le point d’accès au bien. Les rôles que nous assumons ne nous mettent pas toujours en contact direct avec les jeunes ; il nous faut ensuite renouveler notre vision et la pratique de l’assistance. Dans quelques provinces, nous souffrons à cause d’un nombre réduit de confrères et d’un vieillissement qui, souvent, devient un obstacle.
LIGNES D’ACTION
Retour à Don Bosco
[12] Revenir à Don Bosco, l’étudier et l’imiter sur un parcours qui conduit à découvrir et à acquérir de nouveau le charisme que l’Esprit a suscité en lui et qu’il nous a transmis pour le salut des jeunes.
[13] Que chaque salésien : réveille dans son cœur le goût pour une connaissance plus systématique et approfondie de Don Bosco acquise en s’appliquant de façon sérieuse et persévérante à l’étude de la salésianité ; établisse son plan personnel d’étude de la salésianité, dans un engagement qui doit être présent dans chaque étape de sa vie ; ait un contact quotidien et personnel avec les Constitutions, vrai “testament de Don Bosco” (Const. 196).
[14] Que chaque communauté : accorde une plus grande place aux Constitutions dans la vie de chaque jour : qu’elle les utilise ordinairement dans les réunions communautaires de discernement ; établisse un signe qui serve à rappeler la présence du livre des Constitutions ; lise quelques articles chaque jour au moment le plus opportun ;
prévoie dans le projet annuel de la communauté des temps spécifiques de formation et de mise à jour sur la spiritualité, l’histoire, la pédagogie et la pastorale salésiennes.
[15] Que chaque province :
soutienne le confrère dans l’engagement de redécouvrir sa propre identité spirituelle ;
mette à jour le projet provincial de formation, en y incluant un programme qui comprenne :
la traduction, où elle serait nécessaire, et la diffusion des sources et des études salésiennes ;
la mise à jour de la section salésienne dans la bibliothèque de chaque communauté ;
le renforcement des études salésiennes dans la formation initiale ;
la spécialisation de quelques confrères à l’UPS en études salésiennes ;
favorise des pèlerinages aux lieux salésiens et offre des récollections et des retraites spirituelles avec des contenus salésiens ;
favorise l’application de ces interventions par l’intermédiaire de sa Commission provinciale de formation et se serve des Centres régionaux et internationaux de formation à la salésianité.
[16] Que la Congrégation :
investisse avec courage et clairvoyance, aux différents niveaux – provincial, régional et mondial – des ressources adéquates en personnel et en finances dans l’Université Pontificale Salésienne, dans l’Institut Historique salésien et dans les autres Centres où l’on se livre à l’étude de la salésianité ;
encourage ces centres régionaux et mondiaux à approfondir spécialement l’actualisation de la spiritualité salésienne et de la pédagogie salésienne, sans négliger l’histoire salésienne et la pastorale salésienne ;
s’occupe, par l’intermédiaire du Dicastère de la formation, de la mise à jour du commentaire des Constitutions.
Identité charismatique et passion apostolique
[17] Revenir au “da mihi animas” vécu comme programme de vie spirituelle et pastorale, pour renforcer notre identité charismatique, et réveiller la passion apostolique.
[18] Que chaque salésien :
s’engage à utiliser le projet personnel de vie, en visant à trouver le temps nécessaire pour la prière personnelle et pour la lecture spirituelle, à donner de l’importance aux moments communautaires de prière, pour pouvoir enflammer sa passion apostolique et vivre en union avec Dieu ;
reprenne ou renforce la direction spirituelle personnelle et soit disponible pour la direction spirituelle des jeunes ;
apprenne à découvrir Dieu au milieu des jeunes, en les accompagnant en qualité d’éducateur, d’animateur et de guide spirituel ;
partage avec les confrères, les collaborateurs laïques, la Famille salésienne et les jeunes la richesse de la sainteté salésienne.
[19] Que chaque communauté :
s’engage à utiliser le projet communautaire pour assurer les moments communs de prière et la disponibilité des confrères pour la direction spirituelle des jeunes ;
partage les richesses de la salésianité et en particulier de la sainteté salésienne avec les laïcs, la Famille salésienne et les jeunes.
[20] Que chaque province :
s’engage à utiliser le projet organique de la Province pour programmer la préparation des confrères pour un ministère charismatique spécifique de formateurs et de guides spirituels.
Retour aux jeunes
[21] Revenir aux jeunes avec le cœur de Don Bosco, pour apprendre à comprendre leur monde, aller au-devant de leurs exigences d’éducation et d’expérience de Dieu, pour rester à côté d’eux et les accompagner, pour exercer la paternité spirituelle.
[22] Que chaque salésien :
reste avec les jeunes en tant qu’ami, ‘homme de Dieu’ et guide spirituel, en se plaçant auprès d’eux sur le chemin vers la maturité humaine et sur la route de la vie spirituelle et en les aidant à découvrir leur vocation ;
aille à la recherche des jeunes à l’intérieur et à l’extérieur des lieux salésiens où nous intervenons, dans des situations traditionnelles, dans les salles de classes ou dans les cours de récréation, mais aussi dans les nouvelles ‘agoras salésiennes’, sur internet et dans les rues, dans leurs lieux de vie.
[23] Que chaque communauté :
coordonne le retour à la pratique de l’assistance et l’organise avec soin, en s’assurant que chaque jeune qui lui est confié puisse profiter de cette ‘présence active salésienne’ ;
aille vers les jeunes en compagnie des collaborateurs laïques, qui ont à cœur la situation des jeunes et qui partagent notre mission :
qu’elle accueille ces collaborateurs et fraternise avec eux ;
organise la formation en union avec eux ;
partage les préoccupations, les idées et les projets ;
effectue les processus et les services que le cœur de Don Bosco inspire lui-même.
[24] Se mettre en discussion
Interpellés par Dieu à lire les appels de l’heure présente et à évaluer la situation dans laquelle nous nous trouvons pour assumer des engagements concrets, nous nous sentons provoqués à convertir notre mentalité et à changer les structures, en passant :
de la conviction que nous connaissons tout au sujet de Don Bosco, à l’étude sérieuse et passionnée de l’histoire, de la pédagogie, de la pastorale et de la spiritualité de notre père, en devenant des “communautés-laboratoires”, qui savent mettre en commun les valeurs, la foi et l’être de Don Bosco aujourd’hui ;
d’une pastorale centrée sur les nombreuses activités qu’il faut mener, à un témoignage, tant personnel que communautaire, serein et joyeux de notre don à Dieu et à nos frères, pour “être dans l’Eglise signes et porteurs de [Son] amour […] pour les jeunes, spécialement les plus pauvres” ;
de l’accomplissement routinier de la vie spirituelle et de l’action pastorale, à l’acceptation vécue du “da mihi animas” comme invocation et passion quotidiennes, pour rester avec les jeunes et leur annoncer le Seigneur Jésus chaque jour de notre vie.
INTERPELLATION PAR DIEU
« “Cette Société était à ses origines un simple catéchisme”. Pour nous aussi, l’évangélisation et la catéchèse sont la dimension fondamentale de notre mission. Comme Don Bosco, nous sommes appelés, tous et en toute occasion, à être des éducateurs de la foi. Notre science la plus éminente est donc de connaître Jésus-Christ, et notre joie la plus profonde est de révéler à tous les insondables richesses de son mystère. Nous cheminons avec les jeunes, pour les conduire à la personne du Seigneur ressuscité afin que, découvrant en Lui et dans son Evangile le sens suprême de leur existence, ils grandissent en hommes nouveaux » (Const. 34).
[25] Communauté évangélisée
Dieu nous appelle à réaliser des communautés salésiennes évangélisées, qui vivent l’accueil de l’Evangile, portent un témoignage à propos de cet accueil, sont constituées de salésiens authentiques, croyants et crédibles, nourris de la Parole de Dieu, pleinement engagés avec Jésus Christ, dévoué avec transparence à la primauté de Dieu dans la vie personnelle et quotidienne. Le témoignage évangélique de chaque salésien et de la communauté est la première voie d’évangélisation ; au moyen de ce témoignage nous enseignons aux jeunes ce en quoi nous croyons et au moyen de notre vie nous leur montrons ce que nous enseignons. Un tel témoignage se fait plus visible, quand nous sommes en amitié avec les jeunes et que nous leur sommes accessibles, en rayonnant de joie et d’allégresse, en nous plaçant auprès d’eux sur le chemin de la “sequela Christi”, en regardant ensemble les signes de leurs temps.
[26] Position centrale de la proposition de Jésus Christ
Nous sommes fidèles à notre mission d’évangélisation lorsque, avec courage et audace, nous annonçons aux jeunes la position centrale de Jésus Christ, pour susciter un rapport personnel avec Lui, pour développer en eux la volonté de le suivre au moyen d’un chemin de formation chrétienne personnelle et communautaire, pour les aider à être des apôtres de l’Evangile. Cela nous demande de reprendre l’engagement d’une catéchèse effectuée suivant une méthode systématique ; et en même temps de susciter chez les laïcs la passion apostolique et de les impliquer de plus en plus dans des tâches pastorales. En faisant à tous les jeunes la proposition de vivre l’existence humaine comme l’a vécue Jésus, nous dépassons une pastorale qui viserait seulement à maintenir en forme et à favoriser une promotion sociale, et nous ravivons en eux la conscience que l’Evangile est source d’humanisation.
[27] Education et évangélisation
Dans l’expérience de Don Bosco et dans la tradition salésienne le rapport entre évangélisation et éducation s’exprime par le binôme “évangéliser en éduquant et éduquer en évangélisant”, qui exprime la manière typique dont nous accompagnons les jeunes. A tous nous proposons d’être “d’honnêtes citoyens et de bons chrétiens”. L’évangélisation, en particulier, apporte des éléments d’humanisation à l’éducation ; cela nous demande de constituer en les munissant d’une claire identité chrétienne des lieux où nous intervenons et où l’on respire l’Evangile, ainsi que des communautés éducatives et pastorales où il soit facile d’assumer la proposition de foi.
Egalement l’apport de l’éducation à l’évangélisation est important. Comme Don Bosco nous sommes appelés à développer ce que le jeune porte en lui-même comme dynamisme et désir positif, à le mettre en contact avec une proposition riche de valeurs, à l’insérer dans la réalité sociale où il sent qu’il a un rôle actif au moyen du travail, de la participation et de l’engagement pour le bien commun. Nous sommes interpellés pour rencontrer les jeunes là où ils se trouvent, même à l’extérieur de nos structures ; pour aller dans les situations de pauvreté ; pour habiter leurs lieux de vie. Cela nous demande d’étendre les domaines où nous intervenons pour un engagement éducatif.
L’engagement d’évangélisation et d’éducation concerne de plus en plus les familles, auxquelles nous devons offrir notre accompagnement et notre attention de pasteurs. Aujourd’hui nous sommes appelés à faire en sorte que la pastorale des jeunes soit aussi de plus en plus une pastorale des familles. De cette manière c’est vraiment la famille qui fait œuvre d’humanisation et d’évangélisation.
Dieu nous appelle à interagir avec la culture, qui pose de grands défis à l’action d’évangélisation. De nouvelles sensibilités traversent les lieux de l’expérience quotidienne : la famille et l’amour, le travail et la fête, la vie de citoyen et l’engagement social et politique ; il y a une crise d’espérance ; on constate la marginalisation des jeunes et des populations pauvres. Soulèvent également des défis pour notre action pastorale la multiplicité des cultures et des religions, les modèles de laïcisation exaspérée, la crise des valeurs et le relativisme moral, l’indifférence diffuse ou la tendance à reléguer la dimension religieuse dans la sphère du privé.
[28] Evangélisation dans les contextes régionaux
L’évangélisation présente aujourd’hui de nouvelles urgences dans les différents secteurs régionaux. L’Eglise, au moyen des Synodes organisés par continent, nous appelle à donner notre apport à l’évangélisation, en tenant compte de la diversité des contextes et des cultures. Nous sommes sensibles à l’égard des peuples qui ne sont pas encore évangélisés ; nous sommes disponibles pour le dialogue, pour l’annonce et pour la collaboration en ce qui concerne les autres religions ; nous sommes prêts à porter l’annonce de l’Evangile dans les contextes de pauvreté ; nous sommes engagés à trouver les voies de l’Evangile dans les contextes de laïcisation, de relativisme moral et de marginalisation par rapport à la foi chrétienne ; nous sommes sensibles à l’égard des instances œcuméniques qui recherchent le dialogue et la collaboration ; nous sommes attentifs au phénomène des migrations de peuples qui offre de nouvelles occasions d’évangélisation.
SITUATION
[29] Communauté évangélisée
Nous regardons vers Don Bosco non seulement en tant qu’éducateur des jeunes, mais aussi en tant qu’évangélisateur. Dans les communautés croît l’exigence de conversion et le besoin de vivre une vie consacrée de plus grande qualité. De nombreux salésiens cherchent avec un vif intérêt à insuffler dans leur travail pastoral le souffle de l’Ecriture sainte : pour cela, ils partent d’une étude de cette dernière et d’un rapprochement comparatif de leur situation personnelle avec elle. Il y a des communautés qui, du fait qu’y sont menés ensemble la vie et le travail, donnent un témoignage vivant du charisme qui attire les jeunes à faire une approche sérieuse de la proposition de vie chrétienne et de la vie consacrée elle-même.
D’autre part, tant au niveau personnel que communautaire, on perçoit une certaine influence de l’ambiance laïcisée : le relativisme moral, l’indifférence religieuse et la superficialité favorisent dans les communautés l’individualisme et l’activisme, la faiblesse du témoignage évangélique, l’incapacité à offrir des signes d’espérance, l’habitude et la fatigue. Parfois il y a une certaine timidité apostolique ; quelquefois le confrère a du mal à assumer la tâche de l’accompagnement spirituel ou des initiatives capables de faire mûrir de profondes convictions de foi et de faire apparaître sa propre identité de consacré.
[30] Position centrale de la proposition de Jésus Christ
A côté de l’engagement d’éducation à la foi, encouragé par le CG23, et de ses multiples applications, nous trouvons encore des retards et des lenteurs. La maigre expérience de foi et de rencontre personnelle avec Jésus Christ, dans la majorité des destinataires qui fréquentent nos œuvres, fait parfois obstacle à l’offrande d’une véritable et propre proposition de catéchèse ; et même la première annonce ou une annonce renouvelée de l’Evangile à l’adresse de tous s’avèrent faibles.
Beaucoup d’activités de nos œuvres ont une grande importance sur le plan social, mais c’est maigrement qu’elle suscitent ou renforcent la foi ; nous nous contentons de voir les jeunes rester avec nous. Le manque de chemin de foi nous porte à mettre en place une pastorale des événements, mais pas des processus. Parfois il apparaît peu de clarté dans les critères et dans les processus d’éducation. La diversification des mentalités et la multiplicité de positions théologiques et culturelles ne nous permettent pas d’exprimer une pastorale d’évangélisation unitaire et effectuée suivant une méthode systématique.
Nous avons impliqué de nombreux laïcs dans notre engagement éducatif, mais souvent nous ne nous sommes pas préoccupés de leur formation et de leur investissement apostolique ; c’est pourquoi nous nous trouvons avec beaucoup qui sont des employés mais pas des collaborateurs, avec de nombreux collaborateurs mais pas avec des évangélisateurs.
[31] Education et évangélisation
Nous percevons que le charisme salésien est une partie vivante des Eglises locales et qu’il est estimé d’elles. Le système préventif de Don Bosco est plus actuel que jamais et capable en tout lieu d’une grande force d’attraction. La spiritualité salésienne est capable de lancer les jeunes vers une sûre et totale réussite humaine et chrétienne. Les jeunes d’aujourd’hui, pas autrement que ceux d’hier et de toujours, sont sensibles à la recherche de sens de la vie et à une proposition éducative et chrétienne sérieuse et courageuse.
On trouve des groupes de jeunes qui sont des protagonistes de l’évangélisation de leurs copains du même âge, en particulier dans le cadre d’associations. Nous constatons la croissance numérique de laïcs formés qui désirent collaborer et se sentir responsables non seulement dans les questions d’organisation, mais aussi pour assumer des tâches pastorales dans nos œuvres et dans leur milieu de vie.
Nous sommes présents dans le monde des mass-media et nous les utilisons efficacement à l’avantage de l’évangélisation, en particulier dans les lieux de plus récente évangélisation. Nous maintenons une forte tradition dans le domaine de la recherche et des publications dans le secteur de la catéchèse. D’autre part il y a des confrères qui ne sont pas convaincus et c’est pourquoi ils ne connaissent pas et n’utilisent pas les nouvelles technologies comme instruments pour l’évangélisation.
La famille se trouve dans plusieurs difficultés graves. Son instabilité, la non-reconnaissance de son identité, le manque de tranchant de son rôle, une poussée croissante vers l’isolement, la déchristianisation et la pauvreté affective nous posent de nouvelles questions ; nous sommes conscients des situations, mais les engagements que nous assumons à propos de cela sont encore faibles.
[32] Evangélisation dans les contextes régionaux
Dans le régions de récente évangélisation nous rencontrons une ambiance favorable à l’évangélisation, mise en évidence par l’ouverture à l’Evangile, par la possibilité quotidienne de porter l’annonce à de nombreux jeunes dans les écoles, dans les oratoires-patronages, dans les paroisses. L’emplacement en milieu populaire de nos œuvres est l’objet d’une estime de la part des gens ; en particulier nous nous engageons à connaître et à comprendre les cultures, les langues, les rites et les situations locales pour adapter à la culture concernée l’annonce de l’Evangile. Dans les pays en voie de développement quelques salésiens jouent un rôle prophétique dans le domaine de la justice sociale.
Beaucoup de nos œuvres vivent dans un contexte aux multiples religions et aux multiples ethnies qui pose de nouvelles questions et de nouveaux défis à l’évangélisation. Greffer l’évangélisation sur l’éducation et l’éducation sur l’évangélisation n’est pas facile : il y a toujours le risque de privilégier l’éducation en effleurant à peine la proposition de foi ou de proposer une annonce explicite détaché des dynamiques de croissance. L’actuelle mise en place de la formation salésienne initiale se montre parfois inadéquate s’il est question de fournir une méthode opportune en vue d’annoncer l’Evangile dans le monde d’aujourd’hui.
Nous constatons une disproportion entre notre tâche fondamentale d’évangélisateurs des jeunes et les autres engagements de nature gestionnaire, qui empêchent l’activité pastorale d’avoir une position centrale en lui retirant la place et le personnel qui conviendraient. La complexité de la gestion des œuvres entraîne un gaspillage excessif d’énergies humaines de la part de nombreux confrères, plus gestionnaires que pasteurs. Contribuent à aggraver la situation l’âge avancé de beaucoup de confrères et la diminution des vocations.
Dans quelques territoires de la mission ad gentes il y a le problème du manque de vocations locales. Dans les secteurs les plus pauvres du monde, un obstacle à surmonter est représenté par la pénurie de moyens financiers et de moyens matériels pour soutenir la pastorale. Nous sommes faibles quant à l’attention pour la dimension œcuménique, tandis que nous montrons une plus grande attention pour le dialogue interreligieux.
LIGNES D’ACTION
Communauté évangélisée
[33] S’engager à devenir des “communautés évangélisées”, réunies autour de la Parole, constituées de disciples authentiques, croyants et crédibles, formées aux nouvelles exigences de la communication de l’Evangile, comme premier pas pour une évangélisation efficace.
[34] Que chaque communauté :
accorde un rôle central à la Parole de Dieu, à travers la méditation personnelle et la “lectio divina” communautaire, envisagées comme nourriture spirituelle et en même temps comme source d’évangélisation ;
implique les confrères anciens dans le travail d’évangélisation, afin qu’ils y contribuent avec leur expérience et leur sagesse, surtout en qualité de directeurs spirituels et de confesseurs ;
fasse en sorte que d’une manière sûre les collaborateurs laïques chrétiens soient formés pour la mission salésienne, en les préparant aux diplômes leur permettant d’être des annonciateurs de la foi dans les différents secteurs de la pastorale.
[35] Que chaque province :
favorise l’engagement de vie spirituelle et la vie de foi des confrères et des communautés, dans la continuité et l’approfondissement des processus mis en route lors du CG25 ;
apportent de la valeur à nos centres d’études supérieures pour qu’on puisse y approfondir le rapport entre l’évangélisation et la culture et y offrir aux confrères des parcours adéquats de formation ;
fasse en sorte que d’une manière sûre il y ait dans la formation initiale un cours de missiologie, il y ait en outre des cours d’études catéchétiques adaptés à la culture concernée, on accorde une place adéquate aux disciplines de théologie pastorale, on apporte de la valeur à l’usage des médias au service de l’évangélisation, on étudie les langues et les cultures locales ;
s’assure que pendant le stage pratique les jeunes confrères soient préparés et accompagnés pour une annonce efficace de l’Evangile.
Position centrale de la proposition de Jésus Christ
[36] Annoncer avec courage et intime conviction de foi aux jeunes la proposition de vivre l’existence humaine comme l’a vécue Jésus Christ, qui est un modèle de vie pour tout homme et toute femme. En particulier assumer l’engagement de la mission “ad gentes” et faire en sorte que d’une manière sûre dans chaque présence la première annonce et la catéchèse soient effectuées suivant une méthode systématique.
[37] Que chaque province :
revoie le projet éducatif et pastoral de la Province dans l’optique de l’urgence qu’il y a à évangéliser ou à réévangéliser ;
renforce la préparation du personnel dans le domaine de la pastorale et de la catéchèse, en envoyant des confrères se spécialiser et en consolidant les parcours de formation dans les centres d’études ;
propose, par l’intermédiaire de l’équipe provinciale de pastorale des jeunes, de nouvelles voies, de nouvelles stratégies et de nouveaux moyens pour l’annonce de l’Evangile, appropriés pour les différentes situations, comme celles que présentent les zones urbaines, les territoires de mission, les milieux de jeunes, le phénomène de l’immigration, le fait de s’occuper de la famille, etc. ;
développe l’esprit missionnaire ; mette généreusement à la disposition du Recteur majeur du personnel salésien pour la mission ad gentes, déjà à partir du stage pratique ;
suscite des vocations missionnaires également parmi les laïcs et les familles ;
soit consciente que le phénomène de l’immigration offre une grande occasion pour la première évangélisation et prépare des initiatives adéquates.
[38] Que chaque communauté :
reformule de manière organique et systématique la section traitant de la catéchèse dans le projet éducatif et pastoral local en fonction de la mission spécifique qui lui est confiée.
Education et évangélisation
[39] Rechercher activement les apports typiques de l’éducation à l’évangélisation, comme réponse à l’urgence de l’évangélisation, avec une attention particulière à l’implication des familles, aux défis de la culture des jeunes, aux médias. Approfondir aussi les apports de l’évangélisation à l’éducation.
[40] Que chaque province :
fasse en sorte que d’une manière sûre toutes les œuvres, au moyen des services éducatifs qu’elles rendent, réalisent un travail effectif d’évangélisation ;
favorise la collaboration entre la pastorale des jeunes et la communication sociale, en vue de préparer du personnel et des programmes de formation qui ne se limitent pas à la technique de la communication, mais recherchent son efficacité d’évangélisation ;
aide les communautés à effectuer le passage des médias compris comme moyen d’information aux médias compris comme instrument de formation et d’évangélisation (Const. 43).
[41] Que chaque communauté :
s’occupe de la croissance et de la maturité humaines comme fondement et premier apport de l’éducation à l’évangélisation des jeunes ; porte attention d’une manière spéciale à l’évangélisation de la famille et à l’implication des parents dans l’action d’éducation et d’évangélisation de leurs enfants ;
aide chaque confrère, engagé spécialement dans la promotion sociale, à vivre son identité de disciple et à communiquer aux pauvres le message de l’Evangile perçu comme voie d’humanisation.
Evangélisation dans les contextes régionaux
[42] Tenir compte du contexte et de la culture pour mener notre évangélisation, c’est le chemin essentiel pour une mission qui entre dans les réalités, se veut respectueuse et efficace dans le temps.
[43] Que chaque région :
vérifie que les provinces sont effectivement en mesure de développer une évangélisation, en particulier la première annonce et la catéchèse effectuée suivant une méthode systématique, en tenant compte du contexte et de la culture, en accord avec les Synodes ou les Assemblées continentales des Evêques.
[44] Que chaque province :
fasse l’étude et le projet des stratégies, des méthodes et des interventions d’évangélisation des jeunes de son contexte de vie, en relation avec la cultures et les choix des églises locales ;
veille effectivement à ce que chaque communauté soit attentive à donner des réponses particulières aux défis des contextes de vie locaux ; prépare des confrères et des laïcs à affronter les défis de l’évangélisation de son contexte de vie.
[45] Se mettre en discussion
Interpellés par Dieu à lire les appels de l’heure présente et à évaluer la situation dans laquelle nous nous trouvons pour assumer des engagements concrets, nous nous sentons provoqués à convertir notre mentalité et à changer les structures, en passant :
de professionnels de l’éducation, absorbés par la gestion de grandes œuvres, à éducateurs consacrés et qualifiés, qui savent faire des œuvres et des activités éducatives des lieux privilégiés d’évangélisation ;
d’une évangélisation faite d’activités et de propositions sans lien de continuité, à une évangélisation faite d’itinéraires d’éducation à la foi et de catéchèse, qui conduisent chaque jeune à découvrir le sens de sa vie, à avoir une rencontre personnelle avec le Seigneur Jésus, à se sentir partie vivante de l’Eglise, à s’engager dans la dimension sociale de la charité ;
d’une mentalité individualiste dans la façon de mener l’évangélisation, à la dimension communautaire vécue dans l’annonce de Jésus Christ, en nous ouvrant aux jeunes, aux familles, aux laïcs les plus préparés, et en étant intégrés dans les démarches des Eglises locales ;
de la considération de l’efficacité de notre présence exprimée seulement en termes d’approbation et d’admiration de la part des autres, à sa compréhension en termes de fidélité au charisme de Don Bosco, avec une attention au contexte social, au dialogue, à la richesse des relations interculturelles.
INTERPELLATION PAR DIEU
« En réponse aux besoins de son peuple, le Seigneur ne cesse d’adresser des appels à le suivre et de prodiguer les dons les plus variés pour le service de son Royaume. Nous sommes persuadés que beaucoup de jeunes sont riches de ressources spirituelles et présentent des germes de vocation apostolique. Nous les aidons à découvrir, à accueillir et à mûrir le don de la vocation, qu’elle soit laïque, consacrée ou sacerdotale, pour le bien de toute l’Eglise et de la Famille salésienne. Avec la même attention, nous prenons soin des vocations d’adultes » (Const. 28).
[46] Témoignage de vie salésienne comme première proposition de vocation
Dieu nous appelle à la vocation consacrée salésienne et à un témoignage de vie joyeuse, toute dépensée pour les jeunes, vécue en communauté, à la suite du Christ obéissant, pauvre et chaste. La première et la plus belle proposition de vocation que nous pouvons offrir aux jeunes est ceci : la vie de chaque confrère et l’exemple de chaque communauté salésienne, dans lesquels resplendit la primauté de Dieu.
Nous sommes conscients qu’un jeune choisit la vie consacrée salésienne parce qu’il a rencontré une communauté significative ou un modèle auquel il peut s’identifier, une ambiance dans laquelle il peut faire l’expérience du don de soi et un guide qui l’a accompagné vers le choix du Christ. Si les jeunes trouvent en nous ce témoignage de vie et découvrent la passion pastorale qui nous anime, ils peuvent eux-mêmes percevoir et apprécier le don de la vocation consacrée salésienne dans leur vie.
Chaque confrère et chaque communauté sont donc appelés à faire percevoir aux jeunes la beauté de la vie consacrée et la joie qu’elle suscite. L’évangélisation également doit être une joie et pas seulement une tâche ; nous sommes donc attentifs à rendre visible notre engagement d’évangéliser par “goût”, bien plus que par devoir ; nous désirons en effet communiquer aux jeunes la joie d’avoir trouvé Celui que nous cherchions (cf. Jn 1,45).
[47] Vocations apostoliques
De même que Don Bosco invitait les jeunes à être ses collaborateurs, ainsi nous nous sentons engagés à appeler les jeunes à participer à la mission d’éducation et d’évangélisation avec une passion apostolique. La communication du charisme de Don Bosco nous demande de faire en sorte que les jeunes soient apôtres de leurs copains du même âge et de les aider à découvrir l’appel de Dieu.
Nous ressentons aujourd’hui, plus que jamais, le défi d’établir une culture de la vocation dans chaque milieu, de manière que toute la pastorale des jeunes puisse être réellement une pastorale de la vocation. Nous ne pouvons nous dispenser de faire des propositions concrètes et explicites capables de motiver et d’orienter les jeunes vers une option pour les vocations apostoliques, qu’elles soient laïques, sacerdotales ou consacrées.
En restant au milieu des jeunes avec sympathie et confiance, en veillant à donner un témoignage de personnes contentes et reconnues dans leur identité, en manifestant de l’estime et une fraternelle collaboration, nous offrons des propositions capables de les aider à mûrir dans la connaissance d’eux-mêmes, dans l’intériorisation, dans la spiritualité sacramentelle et mariale et dans l’engagement apostolique, pour qu’ils découvrent plus facilement les signes de l’appel de Dieu.
[48] Proposition de la vocation consacrée salésienne et accompagnement des candidats
Dieu nous appelle à reconnaître chez les jeunes les signes de la vocation consacrée salésienne et à développer avec eux et pour eux un chemin de discernement. C’est pourquoi chaque confrère et chaque communauté sont appelés à servir de relais pour faire passer l’appel de Dieu parmi les jeunes. En même temps pour la proposition de la vocation consacrée salésienne sont de plus en plus importants l’implication et la formation des familles et des collaborateurs laïques, et pas seulement de la Famille salésienne.
Communauté salésienne, familles, laïcs, jeunes et Famille salésienne sont appelés à la prière constante et à rechercher de nouvelles initiatives, de nouveaux instruments et de nouvelles formes d’accompagnement, capables de permettre aux jeunes de vivre le charisme salésien et de partager la vie salésienne. Dans le chemin de discernement de la vocation nous avons le courage de proposer aux jeunes de rester pour toujours avec Don Bosco dans un choix de vie consacrée et d’imaginer des formes nouvelles de maison de vocations pour les jeunes en recherche et pour les candidats.
[49] Vocation du Salésien Coadjuteur
Aux origines et dans la tradition de notre charisme Don Bosco a voulu que la Congrégation se caractérise par la présence, sous l’angle de la complémentarité, de salésiens consacrés prêtres et laïcs. Nous sommes donc appelés à rendre visible par notre vie la primauté de Dieu, en faisant percevoir que les communautés salésiennes sont composées de personnes consacrées, avant même de distinguer entre les prêtres et les laïcs.
La figure du salésien coadjuteur demande à être repensée dans son identité, à partir de l’expérience de Don Bosco, des changements de la vie consacrée d’aujourd’hui, de l’extension des secteurs d’action des laïcs dans la mission salésienne, de l’implication des laïcs, des nouveaux modèles de salésiens coadjuteurs d’aujourd’hui. Cette identité ne peut pas être liée seulement au caractère professionnel.
Conscients que la Congrégation compromet son identité, si elle perd sa composante constituée des laïcs consacrés, nous sommes appelés à redécouvrir avec force l’identité du salésien coadjuteur, à proposer aux jeunes l’originalité de cette figure, à la rendre davantage visible et à lui offrir un solide programme de formation.
SITUATION
[50] Témoignage de vie salésienne comme première proposition de vocation
Notre vocation est appréciée par la société et par l’Eglise et notre service est attendu et mis en valeur. Nos communautés croient dans la validité et dans la richesse de relations marquées d’esprit de famille. Beaucoup de confrères ont conscience et envie de vivre joyeusement leur vocation et d’établir une ambiance de famille, favorable aux nouvelles vocations. L’attitude de nombreux salésiens qui accueillent les jeunes avec des gestes simples mais significatifs, comme le sont la salutation affectueuse, la conversation cordiale, la présence pleine d’entrain, devient un témoignage pour la vocation.
La difficulté due au manque de vocations a conduit les communautés et les confrères à une plus grande réflexion et à une plus forte sensibilisation sur la manière de mener une animation des vocations à notre époque. En invitant les jeunes, les laïcs et les familles à se joindre à elles, beaucoup de communautés prient pour les vocations pendant l’adoration eucharistique mensuelle ou hebdomadaire, la récitation communautaire du chapelet, les intentions de prière aux vêpres.
Notre expérience de vie religieuse ne manifeste pas toujours un “détachement du monde” effectif, et l’on risque le compromis avec la culture de la consommation, de la possession et de la vie confortable. Parfois la capacité d’accueil dans les communautés n’est pas suffisante ; nous ne sommes pas toujours prêts à nous laisser “déranger” dans nos habitudes par les jeunes. Ils sont attirés par le fait que nous vivons ensemble, mais souvent les confrères sont isolés dans leur propre secteur ; d’où le fait que vivre et travailler ensemble perdent en visibilité. Ce qui est au détriment de l’efficacité de notre témoignage, qui s’avère donc moins crédible.
[51] Vocations apostoliques
Dans les lieux où nous intervenons nous avons beaucoup d’enfants, dont la présence est une occasion pour développer le dialogue éducatif, pour entrer en confidence et pour les aider à découvrir le projet que Dieu a sur chacun d’eux. Les propositions de la vocation sont aujourd’hui diversifiées : groupes apostoliques, groupes de réflexion dans le cadre de la vocation, engagement d’animation, responsabilité partagée avec les jeunes.
Il existe souvent une bonne animation provinciale des vocations, tandis que l’engagement au niveau local est faible. Dans ce cas l’animation provinciale supplée en partie ce vide. Dans quelques provinces on note un manque de liaison entre la pastorale des jeunes et l’animation des vocations. Il y a le risque de faire faire aux jeunes des expériences belles et significatives mais isolées, auxquelles on ne donne pas suite.
Nous vivons dans une situation de profonds changements, qui engendre l’insécurité. Le modèle prédominant d’une vie laïcisée et l’impact négatif des médias sont en contraste avec la vocation religieuse ; cela rend moins attrayante notre vie et plus difficile la proposition de la vocation. La fragilité de la vocation chez de nombreux confrères qui quittent la Congrégation est un contre-témoignage qui pèse négativement sur les choix des jeunes. La crise de la famille due à la laïcisation et à l’effondrement des valeurs chrétiennes constitue ensuite un fort obstacle pour établir la culture des vocations.
Dans l’action des communautés éducatives et pastorales la dimension à accorder à la vocation n’est pas toujours prise en considération. La coresponsabilité avec les laïcs n’est pas toujours pleinement mise en valeur, bien que, sur le plan du témoignage, l’apport des collaborateurs laïques ajoute en signification. Le travail en synergie avec la Famille salésienne dans la proposition de la vocation est faible. Les salésiens qui restent avec les jeunes sont en nombre restreint, parce que parfois même ils ne sont pas engagés dans des tâches d’animation et d’accompagnement ; quelquefois ce cas se produit aussi pour le directeur.
[52] Proposition de la vocation consacrée salésienne et accompagnement des candidats
Nous constatons que s’avère significative la rencontre entre les jeunes en recherche de vocation et les jeunes salésiens. Au moyen du témoignage de ceux-ci les jeunes s’habituent à voir la vie consacrée comme une manière particulière de réaliser la vie chrétienne. C’est pourquoi dans une perspective de la vocation ils considèrent comme particulièrement efficace la contribution apostolique des jeunes salésiens (cf. Const. 46) et lui attache de la valeur.
Il y a des provinces qui ont un fort engagement pour les vocations, structuré et partagé par les communautés. Des expériences et des communautés sont présentes pour l’accueil des candidats à la vie consacrée salésienne ; de nouvelles formes de maison de vocations existent, sont proposées des communautés, offertes des expériences de volontariat dans la ligne de la vocation. Egalement les nouveaux moyens de communication favorisent la connaissance du charisme de Don Bosco et le premier contact avec des jeunes qui s’intéressent à la vocation consacrée salésienne.
Tout en considérant les aspects positifs de notre engagement pastoral, nous ne pouvons pas rester indifférents devant le fait que dans l’Eglise d’autres semblent être plus capables de proposition et de fécondité en matière de vocation. Les adolescents et les jeunes sont généreux, mais ils montrent des difficultés à assumer un engagement suivi ; d’autre part, pour un grand nombre, ceux que nous approchons se trouvent dans une situation de première évangélisation. Devant des propositions de choix irréversibles, ils risquent de se bloquer en ce qui concerne la vocation ou de passer d’un choix à un autre dans l’optique d’accumuler des expériences.
La mentalité du recrutement porte quelquefois à avoir de jeunes candidats à la vie consacrée qui présentent des formes de fragilité et de faiblesse dans les motivations. Malheureusement certains jeunes sont introduits dans les étapes de formation sans avoir l’aptitude suffisante et la conviction pour prendre des engagements pour toute la vie. Si dans certaines régions le choix de la vocation va radicalement à contre-courant de la sensibilité commune, dans d’autres il devient un moyen sûr de promotion sociale. L’animation des vocations est orientée presque exclusivement vers les jeunes étudiants, tandis que nous négligeons les jeunes ouvriers.
Dans l’accompagnement des vocations on trouve aussi des difficultés dans la manque de préparation des salésiens : il s’avère également parfois difficile d’appeler au moyen de propositions adéquates et courageuses les jeunes et les collaborateurs. Quand la continuité n’est pas assurée au moyen de projets, le changement de fonction des confrères engagés dans l’animation des vocations s’avère particulièrement délicat.
[53] Vocation du Salésien Coadjuteur
Souvent les jeunes désirent devenir salésiens pour suivre Don Bosco, mais ne se demandent pas toujours quel type de vocation consacrée salésienne choisir, s’il s’agit de celle du prêtre ou de celle du coadjuteur. C’est pourquoi la présentation de la figure du salésien coadjuteur faite dans la maison de vocations, dans le prénoviciat et dans le noviciat joue un rôle fondamental. D’autre part la présence d’un nombre significatif de salésiens coadjuteurs culturellement et professionnellement qualifiés, placés dans des rôles de responsabilité, favorise la visibilité de cette vocation et suscite chez les jeunes le désir de la choisir. La naissance de la collaboration dans toutes les Régions pour la phase de la formation spécifique a été positive.
Il n’est pas toujours facile de présenter d’une manière efficace la figure du salésien coadjuteur ; cela rend difficile pour les jeunes de s’identifier à quelqu’un qui vit cette vocation. Un motif fondamental en est l’affaiblissement, dans nos communautés, de l’identité et de la visibilité de la vie consacrée, en tant qu’état de vie.
Chez quelques salésiens demeure la mentalité subtile qu’au fond la Congrégation peut continuer à travailler pour le bien des jeunes, même seulement avec les salésiens prêtres. Malheureusement les confrères coadjuteurs engagés dans l’activité au service des jeunes sont peu nombreux, à cause du nombre limité de vocations, du vieillissement et de l’engagement prédominant du salésien coadjuteur dans des rôles de gestion plus que d’animation. Dans quelques contextes culturels il y a encore des préjugés envers la figure du salésien coadjuteur, considérée comme une vocation non pleinement réalisée.
LIGNES D’ACTION
Témoignage de vie salésienne comme première proposition de vocation
[54] Que chaque Salésien et chaque communauté prennent conscience d’être la première proposition de vocation adressée aux jeunes et assument un engagement de témoigner par leur vie et d’impliquer les jeunes dans la vie communautaire et dans l’action apostolique.
[55] Que chaque confrère :
réveille en lui la conscience de l’origine de sa vocation, en prenant une attitude de reconnaissance, de joie, de témoignage et de fidélité ;
inclue dans son projet personnel de vie l’engagement direct dans l’animation des vocations ;
redécouvre la valeur de la direction spirituelle et, personnellement, en reprenne ou en renouvelle la pratique.
[56] Que chaque communauté :
ouvre aux jeunes, en particulier à ceux qui sont en discernement de vocation, sa table, la prière communautaire, l’amitié, le partage dans l’action apostolique ;
prie chaque jour pour la persévérance de ses membres et pour les vocations ;
examine périodiquement son témoignage de vie ;
détermine des temps adéquats pour le partage spirituel et la “lectio divina” avec les jeunes ;
programme la vie de manière que chaque confrère donne la priorité à la présence aux jeunes ;
mette en valeur les fêtes, les moments de détente, la correction fraternelle.
[57] Que chaque province :
favorise la mise à jour des salésiens et des collaborateurs laïques dans le domaine de l’animation des vocations, en particulier dans ceux de l’accompagnement et du discernement des vocations ;
engage les communautés de formation, les jeunes en stage pratique, les jeunes prêtres et les salésiens coadjuteurs dans l’animation des vocations, tant au niveau local qu’au niveau provincial ;
anime, implique et soutienne chaque confrère et chaque communauté dans l’engagement pour les vocations.
Vocations apostoliques
[58] Que “la découverte et l’orientation des vocations” soient le véritable “couronnement de toute notre action éducative et pastorale” (cf. Const. 37). Que chaque province, chaque communauté locale et chaque communauté éducative et pastorale s’engagent à établir progressivement une culture de la vocation dans leur travail pastoral et surtout à susciter et à accompagner des vocations apostoliques parmi les jeunes.
[59] Que chaque communauté :
élabore une proposition d’animation locale des vocations, qui implique la communauté éducative et pastorale, dans toutes les phases du processus : formulation, mise à exécution et vérification périodique ;
revoie le projet éducatif et pastoral local, de manière qu’il mette en évidence la proposition aux jeunes de la vocation apostolique dans toutes ses formes ;
suscite chez les jeunes la passion apostolique de Don Bosco et les implique dans sa propre action pastorale, surtout en faveur des jeunes les plus pauvres ;
prévoie un cheminement pour chaque tranche d’âge, comportant de solides expériences de prière et de contact avec la Parole de Dieu et l’initiation à la pratique du projet personnel de vie ;
mette en valeur les ressources qu’apportent sur le plan de la vocation les associations, le volontariat et l’animation missionnaire ; s’occupe de la pastorale familiale au moyen d’expériences de rencontre, de réflexion, de prière et de partage de la foi, pour que les parents soient des éducateurs de la vocation de leurs enfants ;
renforce le mouvement salésien des jeunes et présente comme modèles de vocations apostoliques Don Bosco ainsi que les saints et les bienheureux de la Famille salésienne ;
célèbre les fêtes salésiennes comme des temps féconds pour le développement des vocations ;
fasse usage des nouveaux espaces fréquentés par les jeunes, comme par exemple les blogs et les pages Web, qu’elle s’efforcera de rendre attrayants et intéressants ;
prévoie dans le bilan économique l’apport financier pour l’animation des vocations.
[60] Que chaque province :
remette en valeur le rôle du directeur comme premier animateur des vocations à l’intérieur de la communauté éducative et pastorale et renforce le rôle du coordinateur pastoral de chaque œuvre ;
aide chaque communauté à préparer la proposition systématique d’animation locale des vocations, en synergie avec l’animation provinciale des vocations ;
développe ou fasse naître des associations ayant des visées apostoliques et missionnaires.
Proposition de la vocation consacrée salésienne et accompagnement des candidats
[61] Que chaque province, chaque communauté locale et chaque salésien soient convaincus que, s’il est seul, le témoignage ne suffit pas à susciter le désir de suivre de plus près le Seigneur Jésus, mais qu’il est nécessaire de faire au jeune une proposition explicite de la vocation consacrée salésienne et qu’ensuite il convient de l’aider à faire mûrir, au moyen de formes adaptées d’accompagnement, la décision à prendre dans la vocation.
[62] Que chaque salésien :
ait le courage de proposer aux jeunes la vie consacrée salésienne, en recourant à la manière typiquement salésienne de l’accompagnement personnel : le petit mot à l’oreille au moment juste, la rencontre informelle, le dialogue, la direction spirituelle, le sacrement de la réconciliation ;
tienne compte du fait que les germes de la vocation sont implantés chez un jeune pendant les années de la période de sa transformation ; soit préparé et généreusement disponible pour la direction spirituelle.
[63] Que chaque communauté :
oriente les jeunes généreux et disponibles vers la participation aux propositions provinciales de recherche dans la vocation en vue de la vie consacrée salésienne.
[64] Que chaque province :
étudie la possibilité d’avoir une ou plusieurs communautés où réaliser l’expérience de la maison de vocations (Règl. 17), c’est-à-dire une expérience de discernement de la vocation, un accompagnement personnel, une étude, une participation à la vie de la communauté, un exercice dans la mission salésienne ;
apporte son aide pour que l’expérience de maison de vocations soit effectuée en groupe par les candidats à la vie consacrée salésienne, soit réalisée avant le prénoviciat et soit proposée à des jeunes de l’enseignement secondaire, à des jeunes en université, à des ouvriers ainsi qu’à des volontaires guidés par une vocation ;
repense ce qui a été accompli jusqu’ici par des communautés salésiennes qui ont la finalité d’être des maisons de vocations : la méthode employée, la pratique suivie dans le discernement et l’accompagnement effectué ;
réalise, avec l’aide des Dicastères compétents, une plus étroite collaboration entre la pastorale des jeunes et la formation pour repenser et proposer des modalités nouvelles de maison de vocations ;
tienne compte, dans le discernement de la vocation, des critères indiqués par la “Ratio”, en particulier de l’esprit de prière et de la conscience de la primauté de Dieu, de l’implication dans le service éducatif et pastoral salésien, du contexte familial.
Vocation du Salésien Coadjuteur
[65] Que la Congrégation, à ses différents niveaux, s’engage à comprendre, à approfondir et à expliquer l’identité et l’importance de la vocation du salésien coadjuteur ; revoie et développe des parcours de formation qualifiés et spécifiques ; cherche à donner une plus grande visibilité à ce personnage surtout chez les jeunes ; trouve des modalités nouvelles de proposition de cette vocation.
[66] Que chaque communauté :
connaisse et fasse connaître, surtout aux jeunes, les biographies du Bienheureux Artemide Zatti, du vénérable Simone Srugi, du serviteur de Dieu Stefano Sandor et d’autres figures significatives de salésiens coadjuteurs ;
prie avec les communautés éducatives et pastorales pour demander à Dieu le don de vocations de salésiens coadjuteurs ; implique tous et chacun - confrères, jeunes, familles, laïcs et Famille salésienne – dans la connaissance de l’identité du salésien coadjuteur.
[67] Que chaque province :
facilite, avec l’aide du Dicastère de la formation, l’approfondissement de l’identité du salésien coadjuteur et en favorise la reconnaissance et l’adoption de la part des confrères et des communautés ;
participe à l’engagement de renforcer la phase de la formation spécifique du salésien coadjuteur, réalisée en collaboration interprovinciale au niveau régional ou interrégional ;
commence, avec le soutien du Dicastère de la formation, l’expérimentation d’un nouveau parcours de formation du salésien coadjuteur, spécialement pour ce qui concerne le postnoviciat, le stage pratique et la qualification professionnelle ;
mette davantage en valeur les figures de salésiens coadjuteurs dans la présence directe parmi les jeunes et dans les communautés éducatives et pastorales, et pas seulement dans les secteurs d’organisation et d’administration ;
étudie, à l’intérieur de l’équipe de la pastorale des jeunes et de la commission de la formation, la manière de proposer la vocation du salésien coadjuteur aux jeunes ;
implique les salésiens coadjuteurs dans l’animation des vocations ;
fasse de la célébration de la profession perpétuelle du salésien coadjuteur une occasion favorable d’approfondir et de proposer l’importance de cette vocation.
Se mettre en discussion
[68] Interpellés par Dieu à lire les appels de l’heure présente et à évaluer la situation dans laquelle nous nous trouvons pour assumer des engagements concrets, nous nous sentons provoqués à convertir notre mentalité et à changer les structures, en passant :
d’une vie spirituelle, tant personnelle que communautaire, organisée autour d’engagements vécus principalement par devoir ou par habitude, à une vie spirituelle qui donne la primauté au rapport avec Dieu et qui devient un témoignage joyeux capable de susciter le désir de suivre le Christ ;
de la considération de la Famille salésienne comme n’étant qu’un lieu de rencontre, de connaissance réciproque et d’échange d’expériences, à l’engagement pour qu’elle devienne de plus en plus le lieu de rassemblement de tous ceux qui se sentent appelés par Dieu à dépenser leur vie en faveur des jeunes en suivant l’exemple de Don Bosco ;
de l’animation des vocations entendue comme une pratique de recrutement des candidats confiée à un responsable, à la constitution d’une culture des vocations dans laquelle chaque confrère, chaque communauté salésienne et chaque communauté éducative et pastorale sont impliqués dans l’engagement pour les vocations ;
d’une vision étroite de la vocation du salésien coadjuteur et de ses fonctions, à l’engagement d’approfondir son identité en ce qui est de vivre la vie consacrée au service de l’unique mission pour les jeunes.
INTERPELLATION PAR DI
« Don Bosco a vécu la pauvreté comme un détachement du cœur et un service généreux de ses frères, dans un style de vie austère, ingénieux et riche d’initiatives. A son exemple, nous vivons nous aussi dans le détachement de tout bien terrestre et, avec un esprit entreprenant, nous participons à la mission de l’Eglise et à son effort pour la justice et la paix, en particulier par l’éducation de ceux qui sont dans le besoin. Le témoignage de notre pauvreté, vécue dans la communion des biens, aide les jeunes à surmonter l’instinct de possession égoïste et les ouvre au sens chrétien du partage » (Const. 73).
[69] Style simple et austère de vie personnelle
Chaque confrère est appelé à manifester par sa vie que Dieu est l’unique vraie richesse. Il exprime la pauvreté au moyen du travail inlassable, de la disponibilité, de la simplicité, de la tempérance, de l’austérité de vie, du partage avec les pauvres. Dans l’engagement de faire siens le style de vie et les sentiments du Christ, Don Bosco s’est donné tout entier à Dieu et aux jeunes ; comme lui le salésien est disponible pour le “caetera tolle”.
Cela demande une vraie passion pour Dieu et de la compassion pour les jeunes, un témoignage personnel de vie, une attitude décisive de détachement affectif et effectif, une liberté devant les biens matériels, les désirs, les qualités, les dons intellectuels que chacun possède, pour tout mettre au service des jeunes, en solidarité et en communion avec ceux qui sont le plus dans le besoin.
[70] Témoignage prophétique et crédible de la communauté
La communauté est appelée à vivre le travail et la tempérance, de manière que son témoignage de pauvreté soit prophétique et crédible. Son style de vie assume de cette manière une richesse fortement éducative : il affirme la primauté de l’être sur l’avoir ; réalise une authentique solidarité chrétienne avec les pauvres ; conteste les styles de vie marqués par la consommation à outrance, l’efficacité à l’excès et le gaspillage.
Elle est appelée à effectuer un travail mené avec ordre, loin de la paresse et de la frénésie, avec un sens de partage de la mission et d’interdépendance. Cela demande d’être disponible pour n’importe quelle mission, n’importe quel travail et n’importe quel service pour le Royaume de Dieu et de ne pas rester lié à une œuvre ou à des choses auxquelles parfois il semble que l’on ne puisse pas renoncer. Elle a également le sentiment d’être invitée à vivre la pauvreté, en développant la communion des biens entre les confrères, les communautés, les provinces et la Congrégation.
[71] Mission parmi les plus pauvres
Dieu nous appelle à avoir, devant le cri des pauvres, une particulière sensibilité humaine et évangélique, qui se manifeste dans le choix préférentiel pour ceux qui sont le plus dans le besoin, se manifeste dans la solidarité et le travail pour l’amélioration de leur existence, dans le partage de leur vie et dans le fait de rester avec eux. La pauvreté se manifeste dans la solidarité envers tous, dans le travail assidu pour la justice et pour le développement, dans le respect du milieu de vie, en évitant gaspillages et dépenses inutiles, dans l’engagement pour les nouvelles formes de pauvreté.
Nous sommes appelés à offrir des moyens suffisants pour tout ce qui est nécessaire à la mission ; à sortir de la mentalité paternaliste et protectrice par assistanat pour donner aux pauvres la possibilité de participer à leur développement intégral. Chaque confrère et chaque communauté sont appelés à surmonter les contradictions et les incohérences qui ne leur permettent pas de vivre en plénitude notre service aux jeunes démunis de réserves financières, en surmontant la conception de la mission à mi-temps, en dominant la séduction de l’embourgeoisement et l’indifférence devant le drame mondial de la pauvreté.
[72] Gestion responsable et solidaire des ressources
La pauvreté se reflète dans la gestion responsable et dans le partage solidaire des moyens disponibles. Les biens que Dieu nous donne sont ceux des pauvres et Il nous demande de rendre compte d’une gestion réfléchie, transparente et partagée et de la pratique de la justice envers nos subordonnés. Les défis de l’illégalité, de l’injustice planétaire et de l’accaparement des biens de la part d’un petit nombre de personnes nous appellent à élaborer une culture de l’essentiel, de la distribution équitable des ressources, du développement soutenable, comme solution de remplacement apportée à la culture de la consommation et du superflu.
SITUATION
[73] Style simple et austère de vie personnelle
En général les confrères donnent un bon témoignage de vie qui se caractérise par un travail inlassable, sans horaires et avec un sens de gratuité jusqu’à un âge avancé. Souvent nous recevons, tant au niveau personnel qu’au niveau de la Congrégation, des marques d’éloge et de reconnaissance en raison de notre esprit de travail et de notre simplicité de vie. Beaucoup de confrères donnent le témoignage d’une vie sobre et austère, en mettant au service des plus pauvres ce qu’ils sont et ce qu’ils ont.
Parfois nous sommes d’une sensibilité moins prononcée pour comprendre les différentes dimensions de la pauvreté et nous la réduisons seulement à la question de l’usage de l’argent en dépendance du supérieur. On constate que la pauvreté n’est pas toujours vécue dans la nourriture, dans le logement, dans les voyages, dans l’utilisation des instruments de communication et dans l’organisation des temps personnels de repos ; au fond il ne nous manque rien ! Il y a des confrères qui compromettent leur santé en travaillant d’une manière désordonnée et en ne prenant pas le temps nécessaire de récupérer des énergies physiques et spirituelles.
Il y a d’autre part des situations de faiblesse : difficulté pour se mettre en question ; peu de transparence dans le gestion de l’argent et des comptes personnels ; manque d’intérêt pour les activités de la communauté ; recherche de moments de temps libre et de moyens pour des besoins personnels. Dans certains contextes se produit un attachement excessif à la famille, en lui accordant des attentions et un soutien qui ne répondent pas à la pauvreté. Le supérieur rencontre des difficultés avec quelques confrères à mettre en valeur leurs aptitudes et à les impliquer d’une manière proportionnée aux capacités.
[74] Témoignage prophétique et crédible de la communauté
Le travail demeure une composante importante de notre condition de pauvres. Malgré la diminution numérique et avec dévouement, grâce au travail sacrifié de tant de confrères, les communautés font avancer une multiplicité d’initiatives sur des secteurs d’action diversifiés.
Dans un bon nombre de communautés il y a le partage des biens ; on fait attention aux situations de pauvreté des jeunes en appliquant des facilités de pension, en instituant des bourses d’études, en aidant les enfants des familles pauvres ; il y a une participation des confrères à d’humbles services pour le soin et l’entretien de la maison.
L’insuffisance de partage et le manque d’implication de la communauté entière dans la gestion économique de l’œuvre, tout en respectant les responsabilités, entraînent chez les confrères l’absence de connaissance du coût de la vie. Souvent le scrutinium paupertatis est effectué de manière superficielle ; il n’arrive donc pas à impliquer chaque confrère et la communauté. Il y a des communautés où la présence de personnel salarié au service des confrères a considérablement augmenté, parfois au détriment de la coresponsabilité dans les services communs.
Les défis que la société pose à la mission salésienne demandent la synergie de toutes nos forces, orientées et convergentes dans un projet partagé. On remarque des salésiens qui ne sont ni impliqués ni engagés et qui accordent peu d’attention à la mission commune, et d’autres dont l’engagement se concentre sur leurs propres initiatives dans la dispersion et l’isolement.
Dans la formation initiale semble parfois insuffisante l’attention à la pauvreté évangélique, vécue concrètement dans le quotidien. On souligne la dimension théorique du vœu de pauvreté, mais souvent on n’enseigne pas de manière pratique à penser et à vivre en pauvre.
[75] Mission parmi les plus pauvres
Apparaissent en croissance des activités et des œuvres éducatives qui vont au-devant de formes de pauvreté, qui aident à la surmonter et qui éduquent à la solidarité, grâce à de nombreuses initiatives en faveur de ceux qui sont le plus dans le besoin et des exclus. Parmi elles se signalent en particulier la “missio ad gentes”, l’accueil des immigrés, les projets de soutien au développement, l’aide aux peuples éprouvés par la guerre et par des calamités naturelles. Le vieillissement et le manque de vocations nous aident à prendre conscience de notre fragilité, de la dépendance par rapport à la Providence et nous ouvrent à la collaboration en réseau.
Nous sommes liés à notre expérience passée, conditionnée par des structures et des attitudes qui ne favorisent pas la libre ouverture à de nouveaux choix. Nous travaillons pour les pauvres, mais parfois pas auprès d’eux ; parfois nous ne favorisons pas leur action de protagonistes dans les projets de développement. On perçoit la résistance et la difficulté de la part de quelques confrères pour aller vers les jeunes qui sont le plus dans le besoin, pour être solidaires avec les plus pauvres, pour ouvrir de nouvelles présences prophétiques sur le secteur d’action contre les pauvretés des jeunes.
Les structures imposantes, les moyens souvent coûteux et tape-à-l’œil, la grande disponibilité d’argent, ne donnent pas un témoignage de pauvreté communautaire et institutionnelle. Certaines œuvres commencées en faveur des plus pauvres, se sont progressivement tournées vers les classes moyennes.
[76] Gestion responsable et solidaire des ressources
La pauvreté exige une gestion responsable et solidaire des ressources. En ce sens de nombreux efforts ont été effectués pour obtenir une plus grande transparence dans l’administration, en particulier en adoptant la rédaction du bilan, une meilleure utilisation des bâtiments au service de la population de la contrée, une plus grande sensibilité au respect des règles en vigueur, une solidarité concrète et efficace au niveau provincial.
Avec satisfaction on peut constater en de nombreuses nations que des institutions ecclésiastiques, nationales et internationales d’assistance continuent à accorder des fonds et des équipements pour développer nos œuvres et pour aider nos activités en faveur des jeunes qui sont le plus dans la pauvreté et dans le besoin. C’est le signe qu’elles ont confiance que ce qui est donné parvient aux destinataires et se trouve bien administré.
La gestion des ressources économiques des œuvres demande aujourd’hui une compétence qui ne s’improvise pas. Ce rôle est souvent confié à des confrères qui ont accepté l’obédience, mais n’ont pas une préparation appropriée à la tâche confiée.
Travailler en coresponsabilité avec les laïcs demande de notre part à leur égard une plus grande et plus attentive justice sociale et fait apparaître le besoin de développer la participation, l’implication et la coresponsabilité même dans les choix de gestion.
Les urgences et la complexité croissante de certaines activités risquent de faire de l’œuvre salésienne une entreprise avec tous les risques d’un fonctionnalisme excessif et d’une efficience stérile. Dans la conduite de projets de grandes dimensions relatifs à de nouvelles structures et à des restructurations, on risque souvent de perdre des énergies, du temps et de l’argent.
LIGNES D’ACTION
Style simple et austère de vie personnelle
[77] La pauvreté évangélique naît d’un cœur libre et d’une intime conviction. Il est donc nécessaire que chaque salésien assume la responsabilité personnelle de se mettre constamment à l’école du Christ, en imitant la pauvreté austère, concrète et industrieuse de Don Bosco.
[78] Que chaque salésien :
renouvelle avec le soin voulu son projet personnel de vie pour ce qui concerne l’exercice de la pauvreté évangélique ;
examine régulièrement ses critères de pauvreté quant à la nourriture, au vêtement, aux voyages, aux meubles et aux ustensiles de chambre et de bureau, à l’utilisation des médias et du temps, au partage des talents, en se référant au ‘caetera tolle’ de Don Bosco ;
ait soin de sa santé ; vive la sobriété personnelle, la tempérance et l’accueil ; cultive le sens de l’ordre ;
accepte avec maturité la gêne occasionnée par le manque d’un bien utile ou nécessaire ;
favorise la transparence, en revenant à l’esprit de dépendance par rapport au supérieur et en rendant compte de l’usage de l’argent et des cadeaux reçus (Const. 75) ;
développe la sensibilité dans le soin et l’entretien des biens et la disponibilité pour effectuer les petits travaux de maison, à partir de la période de la formation initiale.
Témoignage prophétique et crédible de la communauté
[79] La pauvreté vécue pour l’Evangile est signe que Dieu et son Royaume nous suffisent. Que chaque communauté donne un témoignage prophétique et crédible pour les jeunes d’aujourd’hui, qui vivent dans une culture marquée par la consommation à outrance et l’hédonisme. Qu’elle veille à son propre style de vie, à ses choix prioritaires, à l’engagement pour les pauvres.
[80] Que chaque communauté :
fasse avec grand soin le scrutinium paupertatis en vue d’un témoignage plus crédible ;
prépare le budget annuel, en cherchant à faire correspondre la vie communautaire à un style sobre et engagé comme est celui de beaucoup de familles qui vivent dans la simplicité et de leur travail ;
informe régulièrement les confrères du coût réel de la vie quotidienne, en faisant les calculs à partir de la comptabilité de la communauté ;
fasse en sorte que d’une manière sûre les confrères connaissent et mettent en pratique les indications du directoire provincial – section pauvreté et administration - en particulier celles qui concernent l’utilisation personnelle des biens et des instruments technologiques ;
adopte des critères de simplicité dans les célébrations de fêtes et d’anniversaires ;
étudie sa propre situation économique, pour assurer un développement soutenable et, si elle dépend d’aides extérieures, pour mettre en route des plans de financement autosuffisant.
[81] Que chaque province :
s’engage à rédiger des modalités de réalisation du scrutinium paupertatis à l’usage des communautés, sur la base de Const. 72-79.
Mission parmi les plus pauvres
[82] “Le Seigneur a indiqué à Don Bosco les jeunes, spécialement les plus pauvres, comme premiers et principaux destinataires de sa mission” (Const. 26). Notre vœu de pauvreté nous conduit à de courageux choix préférentiels et trouve une expression concrète dans la solidarité avec les pauvres.
[83] Que chaque province :
vérifie, à partir du projet organique de la Province, si ses œuvres sont vraiment à la disposition des plus pauvres et de leur développement intégral ;
prenne avec courage, là où c’est nécessaire, la décision de choisir un nouvel emplacement pour certaines de ses œuvres en d’autres lieux plus significatifs qui répondent davantage aux besoins des pauvres.
[84] Que chaque communauté :
fasse fonction de prophète dans le domaine de la justice sociale ; rende les jeunes protagonistes dans l’engagement contre la pauvreté ; les aide à découvrir avec un esprit critique et constructif le sens de l’économie, du travail et de la consommation des biens ;
s’occupe d’informer les confrères de la situation économique réelle des couches sociales les plus faibles parmi les jeunes qui fréquentent nos œuvres et des familles correspondantes ; destine chaque année une somme qui convienne pour soutenir les activités en faveur des services rendus à ces personnes ; établisse des occasions de partage avec les pauvres du secteur ;
fasse en sorte que d’une manière sûre tout projet de développement s’harmonise avec le projet éducatif et pastoral local, en évitant de commencer des projets seulement parce qu’il y a des fonds disponibles ; cherche, d’autre part, à accéder aux fonds gouvernementaux de coopération, quand il y en a de disponibles.
Gestion responsable et solidaire des ressources
[85] “Rappelez-vous bien, nous met en garde Don Bosco, que ce que nous avons n’est pas à nous, mais aux pauvres” (cf. Const. 79). Comme serviteurs et administrateurs nous nous préoccupons de faire une gestion responsable et un usage solidaire des ressources qui nous sont confiées, en les mettant sans réserves au service de la mission commune.
[86] Que chaque communauté :
vérifie périodiquement les objectifs et les stratégies de l’œuvre, pour éviter qu’ils ne deviennent ceux d’un magasin d’éducation et que les confrères ne soient des gérants d’entreprises éducatives plus que des éducateurs ;
prépare fidèlement, avec la communauté éducative et pastorale, le budget et le bilan annuels de l’œuvre, en renouvelant la confiance dans la Providence et l’adhésion à la pratique du partage et de la solidarité fraternels ;
fasse en sorte que d’une manière sûre l’opération de gestion financière de tous les secteurs de l’œuvre soit enregistrée par le service administratif (Règl. 198), l’inventaire soit mis à jour, les passages de consignes soient effectués avec soin ;
agisse de manière à ce que le traitement du personnel employé soit conforme aux critères de la légalité et de la justice ;
soit responsable de la planification, de l’exécution et du contrôle effectué au moyen d’appareils de surveillance, des travaux de construction et d’entretien, en accord avec l’économe provincial (Règl. 195).
[87] Que chaque province :
veille à ce que les structures de nos œuvres, fruit du travail de ceux qui nous ont précédés et de la générosité des bienfaiteurs, soient adaptées à la réalisation de la mission, soient utilisées de façon adéquate et soient prises en considération dans l’entretien ;
soit convaincue que le fait de travailler avec des projets, qui favorise la continuité dans la gestion des œuvres, et la programmation, qui fixe d’une fois à l’autre les choix possibles, constituent un instrument pour vivre en pauvres et continuer notre service en faveur des jeunes ;
repense la formation initiale au sujet de la pauvreté, en enseignant aux jeunes confrères des notions de comptabilité, de gestion et de coût des biens ; en les ouvrant aux problèmes concernant le travail ; en les aidant à faire un usage correct du temps, des biens et de l’argent ;
étudie la possibilité, dans les œuvres particulièrement complexes et au cas où cela serait demandé par les circonstances, de confier à des laïcs préparés l’administration économique de l’œuvre éducative et pastorale ;
réalise des constructions où l’on fait attention aux répercussions sur l’environnement ; s’assure que ne sont pas négligés les petits engagements écologiques : usage réduit de l’auto, emploi d’automobiles et d’outillages écologiques, utilisation de sources d’énergie de remplacement, économie de l’énergie, évacuation opérée avec diversification des ordures ;
veille à ce qu’il ait une pratique commune pour la comptabilité des maisons, qu’il y ait un plan de solidarité provinciale, qu’il y ait la disponibilité d’une partie de ses ressources pour venir en aide à de situations de pauvreté et à des urgences des pays en voie de développement.
Se mettre en discussion
[88] Interpellés par Dieu à lire les appels de l’heure présente et à évaluer la situation dans laquelle nous nous trouvons pour assumer des engagements concrets, nous nous sentons provoqués à convertir notre mentalité et à changer les structures, en passant :
d’un engagement dans le service apostolique rendu à temps partiel aux jeunes, à un dévouement inconditionné et heureux de nous-mêmes ;
d’une vision légaliste de la pauvreté qui indique ce que nous pouvons avoir et ne pas avoir, à la liberté de cœur d’une communauté de consacrés attentifs aux exigences de la région où ils vivent, capables de se mettre en question et donnés entièrement à Dieu et aux jeunes ;
d’une manière d’agir en propriétaires des œuvres, à celle d’administrateurs fidèles et responsables de biens qui ne sont pas à nous mais à la Providence et aux pauvres.
INTERPELLATION PAR DIEU
« Notre action apostolique se réalise dans une pluralité de formes que déterminent d’abord les besoins de ceux dont nous nous occupons. Nous rendons effective la charité salvifique du Christ par l’organisation d’activités et d’œuvres à but éducatif et pastoral, attentifs à répondre aux besoins du milieu de vie et de l’Eglise. Sensibles aux signes des temps, nous avons le souci, dans un esprit d’initiative et d’adaptation constante, de les vérifier, de les renouveler et d’en créer de nouvelles. L’éducation et l’évangélisation de nombreux jeunes, surtout parmi les plus pauvres, nous incitent à les rejoindre là où ils sont et à les rencontrer dans leur manière de vivre, grâce à des types de service adéquats » (Const. 41).
[89] Nouvelles exigences de la mission salésienne
Devant les multiples situations et les divers besoins de la jeunesse, Dieu nous demande de déterminer les priorités de la mission salésienne aujourd’hui. Poussés par l’Esprit, nous suivons l’exemple de Don Bosco qui parcourut les rues de Turin, vit les besoins de la “jeunesse en péril” et répondit promptement en ouvrant de nouveaux secteurs d’action et en agissant avec “témérité” pour “gagner des âmes à Dieu”. Convaincu que Dieu se manifeste à travers les urgences du moment et des lieux, le salésien est attentif aux signes des temps et il est prêt à apporter des réponses concrètes.
Dieu nous demande de regarder vers les nouvelles pauvretés avec un regard attentif et avec des décisions opportunes, pour intervenir dans les situations où la jeunesse vit des expériences en marge de la société, comme l’immigration, l’exploitation sexuelle, le travail des enfants mineurs, la pauvreté affective, la situation de familles brisées et déstructurées, la violence entre les familles, la toxicodépendance, la pandémie du SIDA, la désadaptation sociale, le chômage, l’exploitation et la rétribution injuste du travail, la pauvreté culturelle. Il nous demande aussi de porter notre attention vers certains lieux, comme les périphéries des villes et les bidonvilles, et d’être attentifs à certaines situations, comme celles des jeunes à risque, des réfugiés, des enfants de la rue, des indigènes, des gitans et d’autres minorités ethniques.
En outre, Dieu nous demande de répondre aux défis et aux occasions que rencontrent l’évangélisation et l’éducation des jeunes, comme la laïcisation, l’indifférence religieuse, le dialogue œcuménique et le dialogue interreligieux, la perte du sens de la vie et la précarité des choix de vocation, la culture de mort qui est répandue et n’attache pas de prix à la vie, l’instabilité de la famille, la mentalité développant la consommation à outrance, les doctrines permissives et le relativisme moral, la défiguration de la nature et le gaspillage des ressources, la mondialisation de la communication sociale.
[90] Changements dans la réalisation de la mission
Don Bosco écouta l’appel de Dieu et le cri des jeunes. Aujourd’hui leurs invocations désespérées parviennent à notre cœur. Comme salésiens, nous sommes appelés à faire l’expérience de Dieu et à avoir un cœur “oratorien” comme celui de Don Bosco, en réaffirmant notre option pour les jeunes les plus pauvres, en allant là où ils se trouvent, même à l’extérieur de nos œuvres, en nous installant dans leurs lieux de vie, en ouvrant de nouveaux espaces en plus de ce que nous faisons déjà.
L’Esprit nous pousse à entendre les raisons du jeune opprimé, immigré, exclu, marginalisé, non parvenu à l’Evangile. Comme le bon samaritain nous sommes invités à aller vers les jeunes et pas seulement à les attendre. Il s’agit d’une nouvelle solidarité, qui compte même que le volontariat et les collaborateurs laïques se développeront fortement et qui voit son action non pas en termes de protection mais d’enrichissement réciproque. Cela demande que nous nous mettions dans un état permanent de formation et de mise à jour pour répondre aux problèmes des jeunes et aux nouvelles pauvretés.
Nous sentons fortement l’appel, comme salésiens et comme communautés éducatives et pastorales, à redécouvrir et à actualiser la force pédagogique du système préventif, qui demeure la méthode fondamentale de toutes nos interventions, en particulier dans la capacité de sortir les jeunes de leurs difficultés.
Les situations de pauvreté et les nouveaux défis culturels nous demandent, en particulier, de favoriser une éducation des jeunes à l’engagement social et politique, à la tutelle des droits humains, à la citoyenneté active, à l’acceptation vécue d’un style de vie sobre et solidaire, à l’attention portée au milieu de vie et aux choix moraux, à se sortir de l’exclusion.
[91] Changements dans le modèle et dans la gestion des œuvres
Dieu nous appelle à avoir le courage et l’audace prophétique de donner de nouvelles formes ou de nouvelles structures à nos œuvres, en ayant comme perspective les nouveaux fronts d’action auprès des jeunes et la signification de la mission. Cela inclut la nécessité de structurer la vie des communautés selon les besoins des jeunes et de donner vie à des œuvres plus simples et souples.
La réponse aux nouveaux besoins demande à chacun de nous la capacité de vivre la “spiritualité de l’élagage” pour nous rendre plus légers, libérés des poids de l’organisation, et pour pouvoir nous appliquer davantage à la cause de l’évangélisation. Une telle réponse demande aussi de préparer des confrères, des laïcs et plus généralement des éducateurs qualifiés pour répondre aux nouveaux défis que les jeunes nous posent.
ous avons le sentiment d’être engagés à travailler non seulement à l’intérieur de nos œuvres, mais aussi en réseau avec d’autres organisations et services éducatifs, en synergie avec l’Eglise locale, avec les organismes du secteur et avec toutes les forces intéressées, à commencer par les groupes de la Famille salésienne.
SITUATION
[92] Nouvelles exigences de la mission salésienne
Parmi les salésiens et les collaborateurs laïcs s’est développée la sensibilité envers les défis que présente le monde des jeunes d’aujourd’hui : nouvelles formes de violence, abus sexuels, chômage et travail précaire, toxicodépendance, immigration, insuccès scolaire et dispersion scolaire, manque d’habitations, familles en difficultés, tout comme aussi la sensibilité écologique, l’ouverture religieuse et l’emploi de nouvelles technologies. La Congrégation est fortement engagée en faveur du développement humain et de la promotion sociale des secteurs où la pauvreté est plus évidente. Dans nos œuvres les jeunes sont accueillis sans discriminations et notre service éducatif et pastoral est offert à tous.
Les centres d’éducation supérieure et les centres d’éducation universitaire ont été développés de manière à faire attention aux jeunes jusque dans leurs exigences de préparation à des diplômes et à une vie professionnelle. Dans ces centres nous avons aussi la possibilité de réfléchir sur les nouveaux fronts d’action de la mission auprès des jeunes, de développer des réponses mûres, de projeter des interventions, de promouvoir des initiatives et de préparer les formateurs. Souvent ces institutions sont fréquentées par des jeunes de nationalités, de cultures et de religions différentes.
La situation culturelle d’aujourd’hui, caractérisée par l’hédonisme, la perte de valeurs et le relativisme, rend difficile l’élaboration d’un projet personnel de vie. Les jeunes se trouvent dans des situations de fragilité, de manque du sens de la vie, d’égarement sur le plan de l’affection, des valeurs, de la culture. La désagrégation progressive de la famille – mariages qui échouent, couples non mariés, familles monoparentales, abandon éducatif, violences intrafamiliales, maternités précoces – se répercute sur la croissance des enfants, qui toutefois considèrent la famille comme un point de référence en qui ils ont confiance.
Nous constatons que le scénario de la situation des jeunes s’est aujourd’hui grandement développé. Il existe de nouveaux espaces de présence des jeunes, y compris l’espace de la nuit et celui d’internet. Se sont ouverts de nouveaux fronts d’action non seulement de type géographique, mais aussi et surtout dans la communication ; cela comporte un défi stimulant pour le renouveau de notre mission. Bien qu’il y ait des réalités présentes dans les nouvelles formes de communication, notre présence en elles est encore faible.
[93] Changements dans la réalisation de la mission
Dans les provinces sont nées des expériences positives, dans le but de limiter les situations de gêne qui apparaissaient et de répondre à la pauvreté qui se répandait. On développe le travail en réseau, en collaboration avec la Famille salésienne, avec des éducateurs et des volontaires des communautés éducatives et pastorales, avec des personnes du monde tant ecclésial ou social qu’associatif, avec les organisations non gouvernementales. Des aspects positifs qui favorisent l’ouverture aux nouveaux fronts d’action sont l’intensification de la volonté et de la capacité de penser et d’agir au moyen de projets, la présence de la confiance et de la disponibilité des institutions politiques, l’existence de l’engagement à investir sur la formation en vue d’habiliter des salésiens et des laïcs à des modalités et des réponses adéquates.
D’autre part il existe une certaine résistance à rénover, à donner une nouvelle qualité, à convertir notre mentalité. Nous sommes plus préoccupés de maintenir et d’améliorer nos œuvres, plutôt que d’apporter des réponses aux nouveaux défis et de choisir pour nous un nouvel emplacement là où c’est nécessaire. S’avère faible la formation de salésiens et de laïcs, pour savoir lire les signes des temps et conjurer le danger de se tenir éloignés des jeunes. Ensuite, parfois, notre engagement éducatif ne réussit pas à rejoindre quelqu’un qui se trouve à l’extérieur de notre milieu de vie.
Pour répondre aux nouvelles pauvretés, généralement les provinces se sont appuyées sur l’initiative d’un confrère sensible et elles n’ont pas toujours fait exister des initiatives programmées, en accordant du temps pour l’étude, des ressources économiques, l’implication d’autres personnes. Malheureusement un obstacle qui bloque l’initiative dans un bon nombre de provinces vient de la réduction du nombre des confrères et de leur vieillissement.
[94] Changements dans le modèle et dans la gestion des œuvres
Dans quelques provinces grâce à la formation, à l’implication et à la coresponsabilité des laïcs, de bons résultats ont été obtenus dans le travail en faveur des jeunes pauvres. Tout en notant des résultats positifs, il y a encore des provinces où l’on a du mal à avancer dans cette direction. Il reste donc à trouver des formes adéquates d’implication et de partage des responsabilités.
Souvent notre engagement éducatif et pastoral est structuré selon des critères “traditionnels” et “collégiaux”, tandis que le monde a subi des changements culturels radicaux. La conduite des activités selon des règles précises, porte à exclure trop facilement les enfants difficiles, sans leur offrir des réponses de remplacement. On n’est pas toujours attentif aux lieux de vie des jeunes. Les nouveaux défis de la mission salésienne rencontre des lenteurs pour faire les choix et les changements que ceux-ci entraînent, surtout l’on doit fermer en raison de cela d’autres présences moins significatives, auxquelles nous sommes attachés.
Pour répondre aux besoins des jeunes, nous avons souvent adopté la stratégie de l’agrandissement de nos œuvres, en les portant avec le temps à des dimensions de grande complexité : elles sont devenues difficiles à gérer et ne sont plus en mesure de répondre aux nouvelles pauvretés avec la souplesse et l’urgence que ces dernières demandent.
On remarque dans la Congrégation que les générations présentent un certain clivage entre elles quand il s’agit d’assumer des responsabilités pour la conduite de nos œuvres : d’une part les confrères plus âgés ont du mal à partager la responsabilité avec les confrères d’un âge moindre et d’autre part, chez les jeunes confrères, on constate la petitesse de la formation qui les préparerait à une fonction de gouvernement et leur difficulté à assumer le poids de cette fonction.
LIGNES D’ACTION
Nouvelles exigences de la mission salésienne
[95] Exécuter notre mission en faveur des jeunes, spécialement des plus pauvres, en discernant les signes des temps qui sont les urgences du moment et des lieux, et assumer un engagement fort de nouvelles réponses bien étudiées, concrètes et adaptées à la culture concernée, en changeant, si c’est nécessaire, les stratégies, les interventions et les moyens.
[96] Que chaque communauté :
s’engage à discerner quelle est la volonté de Dieu au sujet des nouveaux fronts d’action dans son contexte de vie, au moyen de la prière, de la réflexion et du dialogue communautaire ;
donne une réponse adéquate aux défis provenant de l’immigration et à la crise de la famille, en les incluant parmi les priorités du projet éducatif et pastoral ;
s’occupe d’éduquer les jeunes à la famille au moyen de l’éducation à l’amour et de l’accompagnement des fiancés ;
s’engage à responsabiliser et à impliquer les parents dans l’action d’éducation humaine et chrétienne des enfants au moyen de la catéchèse familiale, de l’école et de l’association des parents, de l’aide apportée aux familles en difficulté ;
renforce ou mette en place une initiative en faveur de jeunes immigrés ou de jeunes qui se trouvent dans des difficultés familiales, en évaluant localement et en travaillant en réseau le genre, le moment et le coût d’une intervention : insertion sociale, annonce ou catéchèse pour les immigrés, enseignement des langues, etc. ;
offre un point d’écoute et d’accueil pour les jeunes qui manifestent des carences sociales, qui ont besoin d’intensifier ou de recouvrer le sens religieux, qui ne croient pas en Dieu.
[97] Que chaque province :
commence, avec l’aide de l’équipe de pastorale des jeunes, à recueillir et à analyser systématiquement les données relatives à la situation des adolescents et des jeunes dans son contexte de vie ;
consolide ou mette en place, en indiquant avec clarté des critères de priorité, quelques services en faveur des jeunes désavantagés, comme le sont les enfants de la rue, les prisonniers, les toxicodépendants, les victimes du SIDA, les victimes de l’exploitation sexuelle, du travail des enfants, les enfants non scolarisés, etc. ;
tienne compte aussi de la nécessité d’agir parmi les jeunes dans le cadre des pauvretés culturelles, du manque du sens religieux, de l’évangélisation, des carences affectives dues à l’absence de la famille, et dans le cadre de la perte du sens de la vie ;
ait des programmes spécifiques pour l’éducation à la paix et à la justice ;
développe des centres culturels avec des activités multiples de musique, de théâtre, d’art, de journalisme, etc., pour trouver le contact avec les jeunes éloignés de l’Eglise ;
soit prophétique en se faisant la voix qui critique ou dénonce en faveur des jeunes pauvres, là où il y a de la part de la société civile des manques d’attentions, des injustices et des politiques inadéquates au sujet des jeunes ;
s’engage à la constitution de solides communautés salésiennes qui œuvrent dans les institutions d’éducation supérieure et les institutions d’éducation universitaire déjà existantes ;
renforce la présence salésienne dans le domaine de la communication sociale ; contribue à surmonter la fracture numérique (‘digital divide’) ; dépiste quelques confrères pour la spécialisation en communication sociale.
Changements dans la réalisation de la mission
[98] Aller vers les jeunes avec le cœur de Dieu et la passion de Don Bosco, en nous donnant entièrement à tous, et réaliser des projets et des actions, pour contribuer au salut des âmes et pour aider les jeunes qui se trouvent dans des situations de difficultés à affronter la vie avec espérance.
[99] Que chaque province :
fasse une relecture, adaptée à la culture et au contexte concernés, du système préventif pour répondre aux nouveaux besoins des jeunes à risque ;
utilise les services des centres d’études supérieures et des centres d’études universitaires pour la recherche sur la problématique relative aux nouveaux fronts d’action dans son contexte de vie ;
forme les confrères et les laïcs à travailler dans les nouveaux fronts d’action, au moyen de l’étude et grâce à des expériences qui les plongent au milieu des pauvres ;
rénove les contenus et les itinéraires du mouvement salésien des jeunes et applique les orientations données pour le volontariat dans la perspective des nouveaux fronts d’action ;
utilise davantage les technologies informatiques pour rejoindre les jeunes là où ils se trouvent ;
encourage l’initiative due à l’esprit inventif des confrères et des communautés, en veillant en même temps à l’accompagner d’un projet et d’une programmation.
[100] Que chaque communauté :
éduque les jeunes, même au moyen d’une pastorale scolaire rénovée, à affronter les nouveaux défis qui les touchent de plus près ;
développe l