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CHARTE DE L’IDENTITÉ CHARISMATIQUE

de la Famille Salésienne de Don Bosco

 

TABLE  DES MATIÈRES

ABRÉVIATIONS

PRÉSENTATION 

CHAPITRE  PREMIER

LA FAMILLE SALÉSIENNE DANS L’ÉGLISE

Art.  1 -  Expérience charismatique et spirituelle du Fondateur 

Art.  2 -  Développement de la Famille 

Art.  3 -  Configuration institutionnelle 

Art.  4 -  Unité et diversités 

Art.  5 -  Le Mystère trinitaire source de la communion  

Art.  6 -  Dans la communion de l’Eglise 

Art.  7 -  Pour un nouvel humanisme chrétien 

Art.  8 -  L’apport précieux de la femme 

Art.  9 -  Pour de nouvelles formes de solidarité 

Art. 10 - Dans l’échange des dons 

Art. 11 - Avec Marie présente dans la maison 

Art. 12 - Avec une référence à Don Bosco 

Art. 13 - Le Recteur majeur dans la Famille Salésienne 

CHAPITRE  DEUX

LA MISSION DE LA FAMILLE SALÉSIENNE

Art. 14 - Mission charismatique dans l’Eglise et pour l’Eglise 

Art. 15 - Famille apostolique 

Art. 16 - « Mission auprès des jeunes, vers les milieux populaires et dans les lieux de mission » 

Art. 17 - En service pour l’Evangile 

Art. 18 - Dans les nouveaux contextes religieux et culturels  

Art. 19 - Communion et collaboration dans la mission 

Art. 20 - Autonomie et originalité de chaque Groupe 

Art. 21 - Coresponsables dans l’apostolat 

CHAPITRE  TROIS

LA SPIRITUALITÉ DE LA FAMILLE SALÉSIENNE

Art. 22 - Horizons de la spiritualité apostolique de la Famille Salésienne 

Art. 23 - Collaborer avec Dieu Père 

Art. 24 - Vivre les sentiments du Christ 

Art. 25 - Etre docile à l’Esprit 

Art. 26 - Communion et mission dans l’Eglise 

Art. 27 - Spiritualité du quotidien 

Art. 28 - La « contemplation opérante » de Don Bosco 

Art. 29 - Charité apostolique dynamique 

Art. 30 - Grâce d’unité 

Art. 31 - Prédilection pour les jeunes et dévouement pour le milieu populaire 

Art. 32 - Affection salésienne 

Art. 33 - Optimisme et joie dans l’espérance

Art. 34 - Travail et tempérance 

Art. 35 - Initiative et souplesse 

Art. 36 - La prière vécue selon l’esprit salésien 

Art. 37 - Marie Auxiliatrice, Maîtresse de spiritualité apostolique 

CHAPITRE  QUATRE

LA FORMATION À LA COMMUNION ET À LA MISSION DANS LA FAMILLE SALÉSIENNE

Art. 38 - Connaissance des identités spécifiques 

Art. 39 - Formation partagée 

Art. 40 - Insertion dans les différents contextes 

Art. 41 - Méthode de collaboration 

Art. 42 - Rôle du prêtre dans la Famille Salésienne 

CHAPITRE  CINQ

LA COMPOSITION ET L’ANIMATION

DE LA FAMILLE SALÉSIENNE

Art. 43 - Une Famille en croissance

Art. 44 - Une Famille ouverte 

Art. 45 - Points de référence 

Art. 46 - Organismes d’animation et moments de rencontre 

Art. 47 - Prière 

ABRÉVIATIONS

AA            Apostolicam actuositatem : Décret du Concile Vatican II sur l’apostolat des laïcs. 

ACG         Actes du Conseil Général des SDB. 

ACGS       Actes du Chapitre Général Spécial des SDB (1971-1972). 

ADMA     Association de Marie Auxiliatrice.

AG           Ad gentes : Décret du Concile Vatican II sur l’activité missionnaire de l’Eglise. 

CD           Christus Dominus : Décret du Concile Vatican II sur la charge pastorale des évêques dans l’Eglise. 

ChL          Christifideles laici : Exhortation apostolique de Jean-Paul II sur la vocation et la mission des laïcs dans l’Eglise et dans le monde (1988). 

Const.      Constitutions (+ sigle du Groupe de la FS).  

Cron.       Cronistoria dell’Istituto delle FMA

DCE         Deus caritas est : Encyclique de Benoît XVI (2006). 

DS           Damas Salesianas [Dames Salésiennes]. 

FMA        Filles de Marie-Auxiliatrice. 

FS            Famille Salésienne. 

GS           Gaudium et spes : Constitution pastorale du Concile Vatican II sur l’Eglise dans le monde de ce temps. 

LG           Lumen Gentium : Constitution dogmatique du Concile Vatican II sur l’Eglise. 

MB           Mémoires Biographiques de Jean Bosco

MD          Mulieris dignitatem : Lettre apostolique de Jean-Paul II sur la dignité et la vocation de la femme à l’occasion de l’année mariale (1988). 

NAe          Nostra aetate : Déclaration du Concile Vatican II sur les relations de l’Eglise avec les religions non-chrétiennes. 

PC           Perfectae caritatis : Décret du Concile Vatican II sur la rénovation et l’adaptation de la vie religieuse. 

PO           Presbyterorum ordinis : Décret du Concile Vatican II sur le ministère et la vie des prêtres. 

PVA         Projet de Vie Apostolique de l’Association des Salésiens Coopérateurs (2007). 

SCG         Sœurs de la Charité de Jésus. 

SDB         Salésiens de Don Bosco. 

SRS          Sollicitudo rei socialis : Encyclique de Jean-Paul II sur le développement humain et la notion chrétienne de progrès (1987). 

UR           Unitatis redintegratio : Décret du Concile Vatican II sur l’œcuménisme. 

TAD         Traité de l’amour de Dieu ou Théotime

VC           Vita consecrata : Exhortation apostolique post-synodale de Jean-Paul II sur la vie consacrée et sa mission dans l’Eglise et dans le monde (1996). 


PRÉSENTATION

Aux Responsables des Groupes  

de la Famille Salésienne  

Très chers Frères et Sœurs, 

    nous sommes au début de la période de trois années de préparation à la célébration du Bicentenaire de la naissance de Don Bosco, qui mobilise avec des modalités diverses tous les Groupes de la Famille Salésienne et le Mouvement salésien tout entier. Cette période de préparation et de célébration, qui va du 16 août 2011 au 16 août 2015, est un “temps de grâce et de renouveau” ; elle nous est offerte par l’Esprit pour mieux connaître le charisme de Don Bosco et l’assimiler dans notre vie personnelle et dans celle de nos Groupes. Et, elle aussi, la Charte d’Identité pour notre Famille, que j’ai l’intention de vous présenter, nous stimulera et nous orientera sur ce chemin. 

Le 31 janvier 1995, Solennité de Saint Jean Bosco, le P. Egidio Viganò, septième Successeur de Don Bosco, nous a donné la Charte de Communion dans la Famille Salésienne de Don Bosco. Dans la présentation il indique qu’elle décrit à grands traits « les points fondamentaux qui construisent l’unité de l’esprit de Don Bosco. La charte commence par l’âme de la Famille » parce que le « sentiment de lui appartenir se nourrit moins de règles extérieures que de la vitalité de l’esprit commun ». L’apport de réflexion sur l’esprit salésien, offert par cette première Charte, aide à comprendre que nous sommes une Famille spirituelle et donc que c’est l’esprit qui fonde nos relations mutuelles. 

En l’an 2000, le 25 novembre – c’est le jour où nous rappelons la mort de la Vénérable Maman Marguerite –, le P. Juan Edmundo Vecchi, huitième Successeur de Don Bosco, nous a offert la Charte de la Mission de la Famille Salésienne de Don Bosco. C’est ainsi que le P. Vecchi écrivait dans la présentation : elle nous présente « l’orientation et la sensibilité des groupes de la Famille salésienne en fait de mission apostolique. Nous pouvons donc très bien reconnaître en elle un texte inspirateur. Elle demande de chaque membre des groupes de la Famille un engagement qui a toutes les caractéristiques salésiennes ». Avec cette deuxième Charte on voit clairement que notre Famille est une Famille apostolique et qu’elle opère avec les buts et le sens d’une action pastorale. 

Le 31 janvier 2012, Solennité de Saint Jean Bosco, en cette première année de préparation au Bicentenaire de sa naissance, je vous remets, en tant que neuvième Successeur de Don Bosco, la Charte de l’Identité charismatique de la Famille Salésienne de Don Bosco. Elle est et sera un repère pour nous tous sur le chemin commun de notre Famille et sur le chemin spécifique de chaque Groupe. Une première ébauche a été publiée le 24 mai 2011, Solennité de Marie Auxiliatrice. Marie, elle-même qui est notre inspiratrice et notre soutien, nous met entre les mains cette “aide” pour notre croissance charismatique. “Marie renouvelle la Famille Salésienne de Don Bosco”,[1] écrivait le P. Viganò dans sa première lettre après son élection comme Recteur majeur. Elle continue également de nos jours son œuvre, en éclairant notre esprit et en ouvrant notre cœur aux nouveaux développements du charisme commun. 

La Charte d’Identité recueille la réflexion et l’expérience qui ont mûri en ces années à partir des deux Chartes précédentes sur la communion et sur la mission dans notre Famille. Ces documents ont été inclus dans ce nouveau texte au niveau de leurs expressions fondamentales. Dans cette nouvelle Charte sont, en effet, décrits les éléments typiques qui caractérisent la Famille Salésienne, c’est-à-dire ces aspects dans lesquels tous les Groupes se reconnaissent et sont reconnus : ce qui rend ainsi possible de réaliser l’échange d’expériences, la collaboration et de les distinguer bien visiblement. 

Ce qui est décrit dans cette troisième Charte, qui comprend et intègre les deux précédentes, est l’identité charismatique de la Famille Salésienne, c’est-à-dire tout ce qui se rapporte à la mission, à l’esprit, aux relations, à la formation, aux méthodes d’éducation et d’évangélisation. Certainement aussi l’histoire du charisme, considéré dans ses origines et dans son développement, fait partie de l’identité ; en effet, une identité sans mémoire, n’ayant pas de racines, est dépourvue d’avenir. Et pour tout cela la Charte recueille l’expérience des différents Groupes de la Famille, en exposant, dans une synthèse à grands traits, cette identité du charisme salésien qui est le patrimoine de tous. 

La description de l’identité du charisme salésien de notre Famille, présente dans cette Charte, est issue d’un long processus de réflexion et de convergence, surtout au sein de la Consulte mondiale de la Famille Salésienne. Les fruits, que nous comptons retirer d’une plus forte conscience et d’un plus grand partage de l’identité commune, sont le renforcement de l’unité de notre Famille, celui du sentiment de lui appartenir, comme aussi celui du caractère significatif qui la revêt. Une identité faible, en effet, génère une fragmentation sur le plan de l’idéal à atteindre, un affaiblissement des liens et une insignifiance au niveau de l’action. D’où l’invitation adressée à tous les Groupes pour qu’ils ravivent et intensifient l’identité commune, de manière à en faire don à toute l’Eglise. 

Si nous croyons à la Famille Salésienne, nous trouverons l’enthousiasme, les ressources intérieures et les modalités opérationnelles pour la faire grandir dans son identité. Alors notre Famille bénéficiera d’une vitalité à même d’attirer de nouvelles vocations. 

C’est ce que nous confions à l’Esprit Saint et à Marie Auxiliatrice, à Don Bosco, comme à tous nos Saints et à tous nos Bienheureux. 

Avec mon affection et ma reconnaissance 

                                                                                      Firma RM

Père Pascual Chávez Villanueva 

    IXème Successeur de Don Bosco 

Rome, 31 janvier 2012 

Solennité de Saint Jean Bosco 


CHAPITRE  PREMIER

LA FAMILLE SALÉSIENNE DANS L’ÉGLISE

Art. 1 - Expérience charismatique et spirituelle du Fondateur 

Avec une humble et joyeuse gratitude nous reconnaissons que Don Bosco, grâce à une initiative de Dieu et à la maternelle médiation de Marie, commença dans l’Eglise une originale expérience de vie évangélique. 

L’Esprit façonna en lui un cœur habité par un grand amour pour Dieu et pour les frères, en particulier les petits et les pauvres ; et, de cette façon, il fit de lui le Père et le Maître d’une multitude de jeunes, ainsi que le Fondateur d’une vaste Famille spirituelle et apostolique. 

La charité pastorale, qui trouve dans le Bon Pasteur sa source et son modèle, fut pour Don Bosco porteuse d’une constante inspiration dans son œuvre d’éducateur et d’évangélisateur, en orientant sa vie, sa prière et son élan missionnaire. Par le choix de la devise Da mihi animas, caetera tolle il voulut exprimer sa passion pour Dieu et pour les jeunes, disposé qu’il était à tous les sacrifices pourvu qu’il eût la possibilité de réaliser la mission que, lors du rêve de ses neuf ans, il avait entrevue. 

 Pour répondre aux attentes de la jeunesse et des milieux populaires de son époque, il fonda en 1841 l’Oratoire conçu comme une grande famille de jeunes et fonda la Pieuse Société de Saint François de Sales, volontairement considérée comme une partie vivante de l’Eglise qui reconnaît dans le Souverain Pontife son centre d’unité. 

La rencontre avec Marie-Dominique Mazzarello en 1864 mit en lui la conviction qu’il fallait étendre aussi les fronts de son action éducative vers les jeunes filles ; pour cela, avec elle, il fonda en 1872 l’Institut des Filles de Marie-Auxiliatrice, toutes données à une œuvre éducative menée avec son propre esprit, dans la même teneur, quoique interprété au féminin par la Sainte de Mornese.  

Don Bosco eut aussi de multiples contacts avec de nombreux catholiques, hommes et femmes, qui se dévouaient de diverses manières au bien des jeunes, à la défense et à l’affermissement de la foi parmi les gens en milieu populaire ; avec eux il fit l’expérience de la force et de l’efficacité d’une action menée dans l’union et l’unité. Naquit ainsi l’Association des Coopérateurs salésiens (on dit à présent : ‘Salésiens Coopérateurs’), engagés à accomplir dans leurs familles, dans les communautés chrétiennes auxquelles ils appartiennent et dans la société, l’apostolat commun auprès des jeunes, vers les milieux populaires et dans les lieux de mission, en étant animés par l’esprit de Valdocco lui-même. 

Pour la fondation de ces trois premiers groupes Don Bosco réserva du temps, des énergies, un engagement dans la formation et dans l’organisation. Tout en reconnaissant la diversité des champs d’action, il fut sans cesse convaincu que la force apostolique de la Famille tout entière dépendait de l’unité des buts, de l’esprit, de la méthode et du style éducatif. Furent signe et garantie de cette unité les liens juridiques des FMA et des Coopérateurs avec la Congrégation salésienne et, d’une manière particulière, avec son Supérieur, le Recteur majeur. 

De Don Bosco prit naissance aussi l’Association des Dévots de Marie Auxiliatrice (on dit à présent : ‘Association de Marie Auxiliatrice’) pour encourager la vénération envers le Très Saint Sacrement et la dévotion à Marie Secours des Chrétiens. Autour de Don Bosco commencèrent à se rassembler également les premiers Anciens Elèves.  

Art. 2 - Développement de la Famille 

L’envergure de Don Bosco est celle “des grands « charismatiques »”[2] et celle d’un saint : c’est pourquoi il se place avec une note d’originalité parmi les Fondateurs d’Instituts de vie consacrée, religieux et séculiers, et d’Associations apostoliques de laïcs dans l’Eglise. En suscitant la stupeur et la reconnaissance, en effet, la graine initiale a grandi jusqu’à devenir un arbre vigoureux. 

Aux quatre premiers Groupes fondés par lui, de nombreux autres Groupes se sont ajoutés au cours du vingtième siècle et au début du nouveau millénaire. Le Fondateur fut une source à laquelle certains de ses fils spirituels ont puisé l’inspiration et l’orientation pour fonder, en différents continents et en divers contextes socioculturels, de nouveaux Groupes, apparus parfois en collaboration avec les Filles de Marie-Auxiliatrice et avec le soutien des Salésiens Coopérateurs et des Amis de l’œuvre salésienne. 

L’appartenance à la Famille Salésienne a été officiellement reconnue pour un grand nombre de ces Groupes, chacun à un titre différent. Tout en ayant des vocations spécifiques, ils reconnaissent en Don Bosco le « Patriarche » commun, se sentent animés par son esprit, qu’ils appliquent selon des caractéristiques propres, et se retrouvent dans la mission commune du service des jeunes, des pauvres, des personnes souffrantes, ainsi que des peuples non encore évangélisés. 

D’autres Groupes sont dirigés vers une agrégation possible à cette unique grande Famille, signe significatif de la vitalité permanente de l’Eglise. 

Dans l’actualisation du renouveau encouragé par le Concile Vatican II, a grandi de plus en plus la conscience d’appartenir à une unique Famille spirituelle et apostolique ; s’est précisé le rôle d’animation des Salésiens, avec le rappel répété d’une indispensable référence au Recteur majeur ; se sont intensifiés les échanges entre les Groupes, ce qui a conduit à une communion de plus en plus fraternelle et à un partage, vécu de plus en plus avec conviction, aussi bien des propositions de la formation que de l’action missionnaire. 

Art. 3 - Configuration institutionnelle  

Le mot famille décrit le lien qui existe entre les différents Groupes, bien qu’avec des intensités diverses. Il ne traduit pas une simple affinité ou une vague sympathie, mais il est l’expression institutionnelle de la communion intérieure, charismatique et spirituelle ; c’est pourquoi il aide à préciser les différents niveaux d’appartenance à la Famille Salésienne. 

Cette appartenance débouche sur un esprit commun qui fonde la mission dont l’inspiration provient du charisme de Don Bosco, tout en respectant les caractéristiques propres et originales de chaque groupe. Cela exige un sage discernement, qui peut conduire à la reconnaissance officielle.  

Par suite les titres d’appartenance sont divers. Le premier est celui qui est propre aux Salésiens, aux Filles de Marie-Auxiliatrice, aux Coopérateurs/trices et aux membres de l’Association de Marie Auxiliatrice : ce sont les quatre premiers Groupes constitués par Don Bosco et héritiers directs de son œuvre. Ils doivent servir d’élément de référence et de point de comparaison pour tous les autres Groupes en ce qui concerne l’esprit, le champ d’action missionnaire, la méthodologie de l’activité pédagogique et apostolique.  

Un deuxième titre d’appartenance est celui des nombreux Groupes de vie consacrée, tant religieux que séculiers, ainsi que de quelques Associations catholiques, apparues grâce à la force créative de quelques fils de Don Bosco. Elles enrichissent d’expressions charismatiques et spirituelles particulières le patrimoine commun de la Famille. 

Enfin, un troisième niveau est constitué par des titres particuliers d’appartenance que l’on peut envisager pour des personnes qui font partie du vaste Mouvement Salésien et trouvent dans la Famille Salésienne leur noyau animateur. Le composent les Amis de Don Bosco, le Mouvement Salésien des Jeunes et, d’une manière plus générale, le Volontariat social salésien et une vaste présence d’éducateurs et d’éducatrices, d’hommes et de femmes catéchistes, d’adultes professionnels, de politiques sympathisants, de collaborateurs et de collaboratrices, appartenant même à différentes religions et cultures, qui opèrent dans les cinq continents. 

Le titre juridique d’appartenance est conféré par la lettre de reconnaissance officielle que le Recteur majeur envoie en réponse à la demande présentée par chacun des Groupes. 

Art. 4 - Unité et diversités  

La Famille Salésienne de Don Bosco est une communauté charismatique et spirituelle formée de différents Groupes, fondés et reconnus officiellement, liés par des rapports de parenté spirituelle et d’affinité apostolique. 

Cette communauté reconnaît les diversités. Celles-ci sont dues à de nombreux facteurs : la différence de genres, masculin et féminin ; les vocations spécifiques distinctes ; les divers ministères exercés au service du peuple de Dieu ; les formes de vie distinctes en tant qu’il s’agit de religieux ou de religieuses, de laïcs consacrés ou de laïques consacrées, de chrétiens et de chrétiennes célibataires ou unis dans le mariage ; le projet de vie salésienne propre à chaque Groupe et codifié dans les Statuts respectifs ; les variations sur le plan social, le plan culturel, le plan religieux et le plan ecclésial constatées en passant du contexte dans lequel vit et œuvre un Groupe à celui qui correspond à un autre Groupe. 

L’unité se nourrit de la consécration baptismale commune qui fait entrer tous et chacun dans le Mystère trinitaire et dans la communion de l’Eglise ; de la participation à la mission salésienne pour le service des jeunes et des pauvres et pour le développement d’un nouvel humanisme chrétien ; de la rénovation de la qualité de la vie citoyenne et de l’apport d’une dimension mondiale à la solidarité ; du partage de l’esprit de Don Bosco ; de l’échange de dons spirituels à l’intérieur de la Famille ; de la référence commune à Marie Auxiliatrice et à Don Bosco, leur saint Fondateur ou Patriarche ; de l’attachement par un lien spécial au Recteur majeur, successeur de Don Bosco.  

Art. 5 - Le Mystère trinitaire source de la communion 

La Famille apostolique de Don Bosco est avant tout et surtout une Famille charismatique, ce qui veut dire un don de l’Esprit à l’Eglise en vue d’une mission (cf. 1 Co 12,1.4-6) ; ses racines les plus vraies et les plus profondes se trouvent, en effet, dans le Mystère trinitaire, ou, en d’autres termes, dans cet amour infini qui unit le Père, le Fils et l’Esprit, source, modèle et fin de toute famille humaine. 

Si telle est son origine, les membres de la Famille Salésienne reconnaissent dans leur vie la primauté du Dieu-Communion. Et c’est le cœur de la mystique salésienne.[3] 

Cette communion avec le Dieu trinitaire est opportunément codifiée dans les textes constitutionnels de chaque Groupe. 

Faire référence à Dieu Père apporte aux membres et aux Groupes de la Famille Salésienne l’inspiration et la motivation de s’accueillir cordialement comme des frères et des sœurs, du fait qu’ils sont aimés par Lui et appelés par Lui à collaborer dans le vaste champ de la mission salésienne ; et constitue une invitation à surmonter les peurs, les réserves et les méfiances, et à mettre en valeur tout ce que chacun peut et réussit à donner. 

Faire référence à Dieu Fils, à Jésus, Apôtre du Père, envoyé d’une façon spéciale aux petits, aux pauvres et aux malades, motive chaque Groupe à mettre en relief l’un ou l’autre de ses éléments essentiels : Jésus enfant ou adolescent ; la vie cachée de Jésus à Nazareth ; Jésus obéissant, pauvre et chaste ; sa physionomie de bon Samaritain ; Jésus bon Pasteur qui bénit les enfants et réunit autour de lui des disciples, hommes et femmes ; le Christ qui en croix manifeste son amour miséricordieux, victimal ou oblatif ; le Seigneur ressuscité, prémices et espérance des ressuscités (cf. 1 Co 15,20 ; 1 Th 4,14). La Famille Salésienne vise de cette façon à revivre toutes les attitudes et tous les comportements du Seigneur Jésus, en différenciant ses services au bénéfice des destinataires particuliers de chaque Groupe. 

Faire référence à Dieu Esprit Saint renvoie à la fécondité de notre Famille parce que c’est l’Esprit qui, en suscitant Don Bosco comme Fondateur, lui a donné une postérité spirituelle ; ainsi sont apparus des Groupes particuliers à la suite de l’action de différents fondateurs, tous cependant liés à Don Bosco considéré comme leur Patriarche.[4] 

L’Esprit demande donc à tous de mettre en valeur la diversité des charismes et la multiplicité des forces en présence dans les communautés chrétiennes, d’être capables de percevoir sa présence dans les consciences des personnes, même en dehors du giron de l’Eglise,[5] et d’établir de sages rapports de dialogue et de collaboration avec toutes les personnes de bonne volonté. 

Art. 6 - Dans la communion de l’Eglise 

L’Esprit de Dieu distribue aux fidèles, « en vue du bien commun » (1 Co 12,7), différents charismes, en les intégrant harmonieusement à la vie de l’Eglise dans la perspective de sa mission du salut de l’humanité.[6]  

Il est à l’origine d’une merveilleuse diversité de Groupes d’hommes consacrés et de femmes consacrées qui, tandis qu’ils contribuent efficacement à la mission de l’Eglise, l’enrichissent avec différents dons, en manifestant de cette façon la sagesse multiforme de Dieu et en rendant visibles les notes caractéristiques de l’Eglise elle-même, énoncées quand on la dit une, sainte, catholique et apostolique.[7] 

La Famille Salésienne est un ensemble de chrétiens et de chrétiennes, d’hommes consacrés et de femmes consacrées qui, avec l’originalité de leur propre charisme et de leur propre esprit, se mettent au service de la mission de l’Eglise, spécialement dans le vaste monde de la jeunesse, des milieux populaires, des pauvres et des populations non encore évangélisées (apostolicité).  

En vivant au cœur de l’Eglise et en réalisant la mission salésienne, elle met en évidence les différents dons, intègre les vocations particulières dans le contexte de vie d’une Famille spirituelle et apostolique unique, exprime la communion entre les différents ministères, tous orientés au service du peuple de Dieu (catholicité). 

Présente dans les Eglises locales, elle favorise la communion entre elles et avec le Successeur de Pierre, en revivant ainsi l’attachement dévoué au Pape transmis par Don Bosco (unité) ; elle participe à leur action apostolique, en offrant une contribution originale spécialement dans le secteur de la pastorale des jeunes et de la pastorale des milieux populaires ; elle encourage l’entente et la collaboration avec d’autres associations et institutions pour une éducation intégrale de la personne ; elle prend soin de l’orientation des jeunes sur le plan des vocations, en les éduquant à la foi et en les dirigeant vers l’engagement apostolique dans l’Eglise et pour le monde. Pour réaliser la mission éducative les divers Groupes mettent en valeur l’apport des anciens élèves et des anciennes élèves, même s’ils appartiennent à d’autres religions ou épousent des visions du monde différentes (catholicité). 

La Famille de Don Bosco, en pratiquant une spiritualité typique d’origine charismatique, enrichit tout le Corps de l’Eglise avec un modèle de vie chrétienne tout à fait particulier[8] (sainteté). En constitue la preuve et le témoignage le groupe nombreux de fils et de filles spirituels de Don Bosco qui déjà sont déclarés saints ou saintes, ou bien qui sont en route vers la béatification et la canonisation. 

Art. 7 - Pour un nouvel humanisme chrétien 

La Famille apostolique de Don Bosco est dite salésienne parce qu’elle est rattachée à saint François de Sales : comme il proposait, dans son œuvre et ses écrits, un humanisme chrétien et une méthodologie de la charité qui correspondaient bien aux intimes aspirations de Don Bosco, ce dernier l’a choisi comme inspirateur et patron. 

C’est un humanisme qui n’ignore pas la faiblesse de l’homme, mais qui est fondé sur l’inébranlable confiance en la bonté intrinsèque de la personne, parce qu’elle est aimée par Dieu et par Lui appelée à la perfection chrétienne, dans toutes les formes de vie.  

Cet humanisme est un aspect constitutif de l’expérience charismatique et spirituelle des Groupes fondés par Don Bosco et il a été pris à leur compte, comme un précieux héritage, par les autres Groupes aujourd’hui agrégés à l’unique Famille. 

Toute la Famille Salésienne s’insère, donc, dans ce grand courant, en offrant à l’Eglise une contribution originale dans le secteur éducatif et dans le travail apostolique. 

Humanisme “salésien”, pour Don Bosco, signifiait : mettre en valeur tout le positif enraciné dans la vie des personnes, dans les réalités créées, dans les événements de l’histoire. Cela le portait à percevoir les valeurs authentiques présentes dans le monde, spécialement si elles plaisaient aux jeunes ; à s’insérer dans le courant culturel et l’évolution du développement humain de son époque, en favorisant le bien et en refusant de gémir sur toutes les formes de mal ; à rechercher avec sagesse la coopération d’un grand nombre, dans la conviction que chacun a des dons qu’il faut découvrir, reconnaître et mettre en valeur ; à croire dans la force de l’éducation qui soutient la croissance du jeune et l’encourage à devenir un honnête citoyen et un bon chrétien ; à s’en remettre toujours et de toutes les manières à la providence de Dieu, perçu et aimé comme Père. 

Avec la fondation des Groupes constitutifs de sa Famille et avec d’autres initiatives apostoliques, comme l’expansion missionnaire, Don Bosco entendit offrir une contribution personnelle à la réalisation d’un projet de « société chrétienne » à rétablir dans le contexte de sécularisation propre au XIXème siècle, ou à fonder dans des contextes non encore évangélisés.  

En fidélité créative à Don Bosco, les Groupes de la Famille Salésienne sont engagés à offrir à la société d’aujourd’hui leur service, en faisant leurs les orientations novatrices fortement proposées par le Concile Vatican II et par le magistère pontifical exprimé ensuite au sujet des relations de l’Eglise avec les autres religions et avec la société contemporaine, centrées sur le dialogue interreligieux,[9] sur la défense de la dignité de la personne humaine et de la famille, sur la promotion de la justice et de la paix,[10] sur le dialogue interculturel spécialement dans les contextes multiethniques, et sur la protection de l’univers créé.  

Art. 8 - L’apport précieux de la femme 

L’expérience salésienne vécue par les premiers Groupes et par ceux apparus successivement est née et s’est enrichie grâce à l’apport significatif et efficace de nombreuses femmes. 

Il est reconnu que Don Bosco a reçu une aide importante de la part de Maman Marguerite dans l’élaboration du Système Préventif et dans la réalisation du climat de famille dont on faisait l’expérience à Valdocco. 

Et nous ne pouvons pas oublier Marie-Dominique Mazzarello : elle a su effectuer une lecture au féminin de l’expérience de Don Bosco, en lui donnant un visage concret et original aussi bien dans la vie spirituelle que dans la vie éducative et apostolique, qui constitue un patrimoine propre aux Filles de Marie-Auxiliatrice. 

Les premières Volontaires de Don Bosco, guidées par le Père Philippe Rinaldi, ont inauguré la sécularité consacrée féminine dans la Famille Salésienne : unies entre elles par les liens spirituels des vœux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance, elles ont accompli la mission salésienne commune dans les contextes de la famille et du lieu quotidien de travail.  

A l’origine de presque tous les nouveaux Groupes de femmes consacrées de la Famille Salésienne, apparus au XXème siècle, nous trouvons un petit groupe de chrétiennes, en général d’humble condition et déjà, sous des formes diverses, dévouées à des œuvres apostoliques, qui nourrissent un idéal de vie consacrée et, guidées par un évêque ou par un prêtre salésien, suscitent et développent de nouvelles fondations. 

Dans les dernières décennies du XXème siècle, une juste prise en considération de la femme dans les différents continents a porté les Groupes de la Famille Salésienne, et d’une manière particulière les Congrégations religieuses, les Instituts séculiers féminins et les Associations laïques salésiennes, à réfléchir sur la mise en valeur du génie féminin dans notre monde, en suivant les orientations, porteuses d’innovation en bien des aspects, du magistère de Jean-Paul II.[11] 

Art. 9 - Pour de nouvelles formes de solidarité  

Le phénomène actuel de la mondialisation a augmenté l’interdépendance entre les personnes et les peuples dans la sphère économique, dans la sphère culturelle, dans la sphère politique et dans la sphère religieuse ; les occasions favorables sont incontestables, mais se montre bien réel également le danger qu’elle se traduise dans des formes de domination qui causent de nouvelles pauvretés et une marginalisation croissante ; mais il y a une autre façon d’interpréter la mondialisation et c’est la solidarité inspirée et guidée par les valeurs évangéliques. 

Celle-ci « n'est donc pas un sentiment de compassion vague ou d'attendrissement superficiel pour les maux subis par tant de personnes proches ou lointaines. Au contraire, c'est la détermination ferme et persévérante de travailler pour le bien commun, c'est-à-dire pour le bien de tous et de chacun parce que tous nous sommes vraiment responsables de tous ».[12] 

Les Groupes de la Famille Salésienne sont engagés à exercer cette solidarité au moyen de divers types d’intervention éducative et apostolique : 

1.  L’éducation, qui est la forme la plus élevée de la solidarité si elle est comprise et réalisée selon les critères suggérés par l’assistance salésienne que, de nos jours, nous pourrions définir comme « éthique de la proximité, éthique de celui qui se veut proche », ce qui signifie : des interventions personnalisées, des rapports d’amitié et de confiance, une écoute des attentes les plus profondes des jeunes et des pauvres, un dépistage de réponses possibles et efficaces, un accompagnement fidèle. 

2.  Le volontariat civil, social et missionnaire, de nos jours très répandu chez les jeunes et les adultes, qui peut être pour certains une authentique vocation, en tant qu’il exige une disponibilité d’énergies et de temps ; il met au contact avec les problèmes concrets des gens, engage à soutenir des initiatives d’amélioration et de développement, invite à exercer la coresponsabilité, demande vivement l’acceptation pour soi-même d’une éducation au don et au service. 

3.  L’engagement social et politique, concrétisé surtout par les Groupes de membres séculiers, selon les critères exprimés par le magistère de l’Eglise. Nous lisons dans Gaudium et spes : « L’Eglise tient en grande considération et estime l’activité de ceux qui se consacrent au bien de la chose publique et en assurent les charges pour le service de tous »[13] ; et dans Christifideles laici : « les fidèles laïcs ne peuvent absolument pas renoncer à la participation à la « politique », à savoir à l'action multiforme, économique, sociale, législative, administrative, culturelle, qui a pour but de promouvoir, organiquement et par les institutions, le bien commun ».[14] 

Art. 10 - Dans l’échange des dons 

Tous héritiers du charisme et de l’esprit salésien, les Groupes établissent entre eux une relation très profonde, de sorte que chaque Groupe réalise l’identité de la Famille Salésienne, mais pas sans référence à celle des autres.  

En effet, entrer à faire partie d’un Groupe, en vertu d’une vocation spécifique, comporte d’entrer dans la Famille tout entière ; c’est comme se sentir confiés les uns aux autres dans une relation de réciprocité. 

C’est alors que les différents membres acceptent que la Famille vive la totalité de ses dons et de ses valeurs : dans les divers groupes, en effet, on voit que sont accentués des aspects spirituels particuliers qui constituent le patrimoine commun et qui, donc, ne peuvent manquer dans aucun cœur salésien. La communion de la Famille les met à la disposition de tous. 

Tout cela rejaillit au bénéfice de la mission, parce que cela permet de réaliser d’une manière plus adéquate et efficace la promotion humaine et l’éducation chrétienne de la jeunesse, des gens pauvres, des malades et des populations non encore évangélisées. 

L’histoire, relativement courte, de la Famille Salésienne témoigne que, sans une réelle communion, se propage le danger d’un appauvrissement progressif jusqu’à l’infidélité au projet de Don Bosco. Se rendre compte que, sans les autres, les membres d’un Groupe particulier ne peuvent être eux-mêmes est nécessaire : tous devraient en avoir une grande conscience qu’il leur faut cultiver ; ce qui inspirerait des langages cohérents et des attitudes concrètes.  

Art. 11 - Avec Marie présente dans la maison 

Depuis son enfance, Don Bosco a regardé vers Marie comme vers une Maîtresse de vie et une Mère, parce que c’est ainsi qu’elle lui avait été indiquée par le Personnage du rêve des neuf ans. 

Dans sa première expérience éducative, en s’insérant dans le chemin de l’Eglise locale, il confia son œuvre à Notre-Dame de la Consolata ; les garçons « pauvres et en péril » percevaient en Elle une protection et une consolation. 

Plus tard, en vivant en communion avec l’Eglise universelle la définition du dogme marial, il leur proposa Marie Immaculée : il la leur présentait comme l’éducatrice des énergies d’amour et d’efficace soutien pour leur croissance, humaine et chrétienne. 

Enfin, en ayant fait l’expérience dans la fondation et le développement de son œuvre que « Marie a tout fait », et même avec des interventions extraordinaires, il dédia la Congrégation naissante à la Vierge honorée sous le titre de Secours des Chrétiens.  

De plus en recevant de Marie l’inspiration pour fonder l’Institut des Filles de Marie-Auxiliatrice, il voulut que ce dernier fût « le monument vivant de sa gratitude envers l’Auxiliatrice ».[15] C’est à Elle qu’il confia également les Coopérateurs Salésiens, afin de les placer sous Sa protection et de leur permettre de trouver en Elle l’inspiration pour l’engagement apostolique. Il fonda aussi l’Association des Dévots de Marie Auxiliatrice, liée au sanctuaire de Turin, comme un signe de reconnaissance pour la présence maternelle de Notre-Dame dans toute son œuvre. 

Cette référence spéciale à Marie a marqué profondément l’identité charismatique et spirituelle des divers Groupes de la Famille Salésienne apparus au long du XXème siècle. Certains l’ont même inséré dans l’appellation avec laquelle ils sont officiellement reconnus dans l’Eglise, par exemple :  

les Filles des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie

les Sœurs Catéchistes de Marie Immaculée Auxiliatrice,  

les Sœurs Ancelles du Cœur Immaculé de Marie,  

les Sœurs Missionnaires de Marie Secours des Chrétiens,  

les Filles de la Royauté de Marie Immaculée,  

les Sœurs de “Maria Auxiliatrix”. 

En outre, si tous les Groupes de la Famille Salésienne vénèrent Marie Auxiliatrice en tant que leur Patronne principale, certains mettent en évidence sa présence au moyen de différents titres, pour souligner des aspects particuliers de leur apostolat.  

Marie est considérée non seulement comme Mère de l’Eglise et Auxiliatrice des chrétiens, mais aussi comme Mère de l’humanité tout entière, de sorte que des collaborateurs et des collaboratrices de différents Groupes de la Famille Salésienne, membres également d’autres religions, nourrissent envers Elle une sincère dévotion. 

On peut donc affirmer d’une manière bien fondée que la Famille Salésienne est une Famille mariale

Art. 12 - Avec une référence à Don Bosco  

Initiateur d’une véritable école de spiritualité apostolique, Don Bosco est un point de repère pour tous ceux qui, en répondant à une impulsion particulière de l’Esprit, sentent qu’ils sont appelés à partager, de nos jours, sa mission dans les différents états de vie et dans les diverses formes d’engagement. 

Cela signifie que l’appartenance à la Famille Salésienne est construite autour de Lui comme autour d’un centre unificateur. Effectivement, les fondateurs des Groupes apparus au XXème siècle sont tous des fils spirituels de Don Bosco, membres de sa Congrégation. Ce fut leur préoccupation constante d’en réaliser la vaste mission dans de nouveaux contextes et avec de nouvelles forces apostoliques, dans lesquelles ils ont fait passer l’esprit de leur Père et Maître. Ce qui relie les différents Groupes et leurs membres en une Famille unique, c’est une sorte de parenté spirituelle en Don Bosco, due à la présence de l’Esprit, Lui qui dans l’Eglise unit entre eux les porteurs de charismes particuliers. 

C’est une parenté qui trouve son expression dans la charité pastorale propre à Don Bosco. La passion apostolique fut l'énergie spirituelle qui l’a poussé à « chercher les âmes et ne servir que Dieu seul » : fruit d’une charité qui a rempli son cœur, son esprit et ses projets dans le but de donner de l’expansion et de la stabilité à son œuvre. Pour cela il rassembla autour de lui différentes personnes ; il en coordonna et harmonisa les fonctions, les multiples dons, ainsi que les différents états de vie et les ministères.  

Don Bosco trouvait la source d’une si grande force dans l’intériorité sans cesse ouverte à la relation avec Dieu. Pour nous aussi l’amour éducatif et apostolique demande une forme concrète et exigeante d’intériorité. 

Art. 13 - Le Recteur majeur dans la Famille Salésienne 

L'appartenance à la Famille apostolique de Don Bosco a sa source dans la communion et se nourrit de communion. Réponse de conformité à l’Esprit, elle fait tendre à l’unité en donnant corps à des expressions concrètes, même institutionnalisées, de façon à garantir une relation efficace et une collaboration opérationnelle.  

L'appartenance à la Famille Salésienne a donc besoin d’un centre vital pour actualiser la référence au Rédempteur, à la mission commune et au même esprit.  

Selon la pensée de Don Bosco, ce centre est le Recteur majeur. Tous lui reconnaissent un triple ministère d’unité : Successeur de Don Bosco, Père commun, centre d’unité de la Famille tout entière. Il lui revient le rôle institutionnel d’admettre à la Famille Salésienne les Groupes qui en font la demande, selon des critères préétablis.  

Pour cette mission qui est la sienne il perçoit le devoir d’offrir les orientations nécessaires pour assurer la fécondité du charisme salésien dans chaque Groupe de la Famille. Par l’exemple et le magistère, il construit peu à peu l’unité et assure, dans la variété des vocations spécifiques, la fidélité à l’esprit et la coordination de certaines initiatives. Il exerce ce ministère avec la paternité qui fut propre à Don Bosco : paternité traduite par une attitude qui demande de la compréhension et de la bonté, une attention à la croissance de chacun, un souci de guider dans la fidélité au charisme, un engagement pour la fécondité de la vocation salésienne dans toutes ses expressions. C’est tout à fait comme Don Bosco l’a laissé par écrit : « Votre Recteur aura soin de vous et de votre salut éternel ». 

CHAPITRE  DEUX

LA MISSION DE LA FAMILLE SALÉSIENNE

Art. 14 - Mission charismatique dans l’Eglise et pour l’Eglise 

La mission de l’Eglise découle de la libre initiative du Père, passe à travers le mandat de Jésus Christ et se trouve perpétuée grâce à l’œuvre de l’Esprit Saint.[16] Elle est unique et confiée à tous les membres du peuple de Dieu, en vertu du Baptême et de la Confirmation. Des charismes particuliers de l’Esprit en font toutefois effectuer la réalisation avec des modalités diverses en rapport avec des destinataires différents.[17]  

La mission de Don Bosco et de sa Famille spirituelle s’insère dans cette vocation à l’apostolat commune aux chrétiens. Mais parce qu’elle répond à un don spirituel, elle est d’origine charismatique : c’est Lui, l’Esprit du Père et du Seigneur ressuscité, qui, s’il envoya dans le passé Don Bosco vers les jeunes et vers les milieux populaires, continue de même dans le cours de l’histoire à envoyer ses fils et ses filles spirituels pour en perpétuer l’apostolat auprès des jeunes, vers les milieux populaires et dans les lieux de mission.  

Cet envoi particulier passe par l’intermédiaire, entre autres, des signes des temps.[18] Pour nous, les besoins et les attentes, les aspirations et les exigences spirituelles de la jeunesse, spécialement la jeunesse pauvre, des gens simples et des peuples non encore évangélisés, sont des signes au moyen desquels l’Esprit, dans le changement des événements et dans les différents contextes sociaux et culturels, appelle et envoie les divers Groupes de la Famille Salésienne pour accomplir leur mission. 

Cette mission, du fait qu’elle est accomplie dans l’Eglise et pour l’Eglise, est soumise à l’approbation de son autorité et de sa législation ; c’est pourquoi la mission charismatique est insérée dans l’accomplissement harmonique de l’action de l’Eglise aux différents niveaux. 

D’autre part, la mission charismatique trouve une actualisation pratique dans le droit particulier de chaque Groupe de la Famille Salésienne. A l'intérieur de la Société de Saint François de Sales, de l'Institut des Filles de Marie-Auxiliatrice et des autres Instituts religieux, l’autorité qui envoie ou mandate est exercée respectivement par les Supérieurs/res légitimes. Dans certains cas, le sujet qui envoie est collégial : cela se produit, par exemple lors de l’élection des membres du Conseil général grâce à l’œuvre d’une assemblée capitulaire. 

Dans le cas des Volontaires de Don Bosco et des autres Instituts séculiers, comme aussi pour les Salésiens Coopérateurs, les Dames Salésiennes et les autres Associations laïques salésiennes, il n’y a pas d’autorité qui envoie. Chaque personne est cependant tenue de suivre fidèlement les indications concernant la mission, contenues dans les Statuts, qui déterminent pour elle, selon le droit particulier, l’exercice concret de l’apostolat salésien séculier.  

Art. 15 - Famille apostolique 

La Famille Salésienne est une Famille apostolique. Les Groupes qui la composent sont tous des sujets responsables de la mission commune, toutefois dans une mesure et des formes différentes.[19]  

En fondant la Société de Saint François de Sales et l’Institut des Filles de Marie-Auxiliatrice, Don Bosco leur a donné une configuration de Congrégations religieuses, non pas contemplatives mais « apostoliques ». Selon l'intention de leurs Fondateurs, fils spirituels de Don Bosco, toutes les autres Congrégations religieuses qui aujourd’hui sont membres de la Famille Salésienne, ont une claire orientation apostolique et font partie des Instituts religieux reconnus comme « apostoliques ». Quelques Groupes sont apparus dans les lieux que l’on dit « de mission » avec le but spécifique de prendre part à l’œuvre d’évangélisation ad gentes dans la diversité des contextes et des cultures. Rentrent dans cette catégorie : les Sœurs de la Charité de Jésus, les Sœurs Ancelles du Cœur Immaculé de Marie, les Sœurs Missionnaires de Marie Secours des Chrétiens, les Sœurs Catéchistes de Marie Immaculée Auxiliatrice, les Filles de la Royauté de Marie Immaculée, les Sœurs Annonciatrices du Seigneur, les Sœurs de “Maria Auxialitrix”.  

Les Associations “Salésiens Coopérateurs”, “Dames Salésiennes”, “Témoins du Ressuscité” et “Canção Nova” sont des Associations ecclésiales de type apostolique, fondées avec l’objectif spécifique de réaliser, d’une manière vaste et minutieuse et avec une modalité séculière, la mission de Don Bosco et des Fondateurs respectifs. 

Les Instituts séculiers “Volontaires de Don Bosco”, “Filles de la Royauté de Marie Immaculée”, “Volontaires Avec Don Bosco” et “The Disciples” ont tous des finalités apostoliques : leurs membres effectuent un apostolat salésien de type séculier dans le contexte de la famille, du monde du travail, des rapports sociaux, des engagements civils. 

En vertu de sa vocation particulière, chaque membre d’un Groupe ou d’un autre est un envoyé, appelé à accomplir la mission commune selon le rôle qui lui est confié, selon les capacités et les possibilités qui lui sont propres. 

D’après les normes constitutionnelles, chez les Salésiens, les Filles de Marie-Auxiliatrice et les autres Instituts religieux, la mission est assumée et accomplie avant tout par la communauté –  aussi bien provinciale que locale – qui est donc le sujet principal de la mission.  

Art. 16 - « Mission auprès des jeunes, vers les milieux populaires et dans les lieux de mission » 

La mission de la Famille Salésienne est orientée vers les jeunes et les adultes, considérés comme protagonistes et destinataires de l’éducation et situés dans leurs contextes sociaux, culturels, religieux et ecclésiaux particuliers, avec une spéciale référence aux « lieux de mission ». Pour indiquer ce fait, on emploie couramment la formule “mission auprès des jeunes, vers les milieux populaires et dans les lieux de mission”, trois dimensions qui se complètent mutuellement. 

1.  Mission auprès des jeunes. Selon les intentions précises de Don Bosco, les Groupes de la Famille fondés par lui ont comme destinataires privilégiés les jeunes pauvres, laissés à l’abandon, mis en péril ou, en langage moderne, la jeunesse masculine et féminine qui a le plus besoin d’aide en raison de situations de pauvreté économique, de carence affective, culturelle ou spirituelle. Ce choix est partagé d’une manière explicite par d’autres Groupes et codifié dans leurs textes constitutionnels. Dans le monde des jeunes, tous les Groupes prêtent une particulière attention à ceux qui révèlent des signes de vocation apostolique spécifique, laïque, consacrée et sacerdotale. 

Certains Groupes se tournent de préférence vers les adolescents et vers les jeunes de sexe masculin. D’autres Groupes privilégient la jeunesse féminine considérée dans toutes les étapes de la période de l’évolution personnelle. D’autres encore se tournent vers la totalité de la jeunesse sans distinction. Nombreux sont les Groupes qui portent une attention privilégiée aux jeunes, garçons et filles, victimes de graves formes de marginalisation, d’exploitation et de violence. 

2.  Mission vers les milieux populaires. Eclairé par une Lumière venue d’en haut, Don Bosco s’occupa aussi des adultes, avec une préférence pour les plus humbles et les plus pauvres, pour les milieux populaires, le sous-prolétariat urbain, les immigrés, les marginaux, en un mot, pour tous ceux qui présentaient un plus grand besoin d’aide matérielle et spirituelle. Fidèles à l’orientation de Don Bosco, les Groupes de la Famille Salésienne partagent ce choix préférentiel. L’Association de Marie Auxiliatrice a inséré dans son nouveau Règlement l’apostolat salésien orienté en particulier vers le milieu populaire. 

Une attention spéciale est donnée à la famille, lieu principal d’humanisation destiné à préparer les jeunes à l’amour et à l’accueil de la vie, première école de la solidarité entre les personnes et les peuples. Tous sont engagés à lui garantir la dignité et la solidité pour qu’elle devienne, d’une manière de plus en plus évidente, une petite « église domestique ».[20]  

Quelques Groupes, en vertu d’un charisme spécial, étendent leur apostolat salésien à des catégories particulières de personnes : les Filles des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie aux lépreux ; les Sœurs de la Charité de Jésus aux personnes âgées ; l’Association Damas Salesianas aux malades.  

3.  Apostolat missionnaire ad gentes [“lieux de mission”]. Don Bosco développa en lui l’idéal missionnaire et prit part d’une manière concrète à l’œuvre missionnaire de l’Eglise de son temps. Il voulut que la Société Salésienne et l’Institut des Filles de Marie-Auxiliatrice fussent intensément dévouées aux «missions» ; et c’est ainsi que se comportèrent les deux Congrégations religieuses dès leurs origines, avec une extraordinaire expansion qui les a rendues présentes dans tous les continents. La coopération missionnaire a été également, dès son début, une dimension essentielle de l’Association des Salésiens Coopérateurs. Elles aussi, les Sœurs Missionnaires de Marie Secours des Chrétiens et les Sœurs Catéchistes de Marie Immaculée Auxiliatrice sont, d’une manière prioritaire, intensément dévouées au travail missionnaire. Cette forme d’apostolat salésien rentre clairement dans la mission des Volontaires de Don Bosco, des Filles des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie, des Salésiennes Oblates du Sacré-Cœur de Jésus, des Sœurs de la Charité de Jésus, des Témoins du Ressuscité, des Dames Salésiennes et des Disciples.  

Art. 17 - En service pour l’Evangile 

Le Fils de Dieu s’est incarné pour révéler le visage d’un Père “qui aime la vie” et se mettre au service du « bien-être » physique et spirituel des hommes, spécialement ceux qui ont le plus besoin d’aide et d’espérance : « Le Fils de l’homme est venu non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mc 10,45). 

En suivant l’exemple et l’enseignement de Jésus de Nazareth, l’Eglise et, en elle, la Famille Salésienne se mettent au service (diaconie) de l’humanité pour annoncer l’Evangile et appeler tous et chacun à la plénitude de la vie.  

C’est un service qui, selon les indications du Magistère postconciliaire[21] comprend : le renouvellement de l’humanité au moyen d’œuvres sociales et au moyen de différentes formes d’intervention éducative ; le témoignage chrétien personnel et communautaire ; l’annonce explicite de  l’Evangile au moyen de l’enseignement religieux et de la catéchèse ; le travail missionnaire effectué dans le dialogue interreligieux (spécialement le partage de vie et de prière), la collaboration avec des membres d’autres religions pour lutter contre des situations injustes, et l’accompagnement de ceux qui se préparent à entrer dans l’Eglise ; l’animation de la prière (en particulier la prière liturgique) de la communauté chrétienne ; les multiples initiatives de solidari­té humaine et chrétienne ; les nombreuses formes de coopération mission­naire ; la présence évangélisatrice dans des zones marquées d’indifférentisme religieux ou d’athéisme. 

Former « de bons chrétiens et d’honnêtes citoyens » est plusieurs fois exprimé par Don Bosco dans ses intentions pour indiquer tout ce dont les jeunes ont besoin pour vivre en plénitude leur exis­tence humaine et chrétienne : le vêtement, la nourriture, le logement, le travail, l’étude et le temps libre ; la joie, l’amitié ; une foi active, la grâce de Dieu, un chemin de sanctification ; de la participation, du dynamisme, une in­sertion sociale et ecclésiale. L’expérience éducative lui suggéra un projet ainsi qu’un style d’intervention particulier, que lui-même exprima sous forme condensée sous le nom de Système préventif : cette méthode « s’appuie tout entière sur la raison, la religion et l’affection ».[22]  

Les différents Groupes de la Famille Salésienne, en reprenant les intuitions et les expériences de Don Bosco et en les relisant, au sujet de l’évangélisation, à la lumière de l’ecclésiologie rénovée par le Concile et du Magistère pontifical, expriment leur action d’éducateurs et d’évangélisateurs en des formules différentes : « service éducatif et pastoral », accompli selon le Système préventif ; « éduquer en évangélisant, évangéliser en éduquant » ; « éducation intégrale dans le style du Système préventif » ; éduquer et évangéliser selon la « pédagogie de la bonté » ; et autres formulations analogues.  

Fondamentalement, il y a trois secteurs dans lesquels la Famille Salésienne accomplit son service multiforme pour l’Evangile : la promotion humaine, l’éducation, l’évangélisation. 

Pour tous les Groupes l’évangélisation, entendue comme une annonce et un témoignage de l’Evangile est l’objectif prioritaire de la mission propre. 

Art. 18 - Dans les nouveaux contextes religieux et culturels 

Sur le chemin du renouveau et de la communion entre toutes les forces qui la composent, la Famille Salésienne a mûri certains choix fondamentaux au sujet de l’engagement missionnaire dans les nouveaux contextes culturels marqués, entre autres, par un changement de mentalités et de mœurs de plus en plus rapide et par la mobilité humaine croissante avec la présence, sur le même territoire, de personnes qui appartiennent à des religions et des cultures différentes. 

1.  Promouvoir l’humanisme salésien. Il porte à mettre au centre la personne, dont la dignité doit être protégée et promue dans toutes ses expressions. Sur le plan de l’éducation, cela signifie réveiller et mobiliser toutes les possibilités des jeunes : les capacités de la raison ; le patrimoine affectif aux multiples facettes ; les énergies de la volonté orientées par la liberté et fortifiées par la grâce. 

Il pousse, en outre, à apprécier toutes les valeurs qui s’avèrent authentiquement humaines. Parmi ces dernières, celles : du travail et de la culture ; des relations amicales et de l’engagement civil ; du goût artistique, de la compétence professionnelle et des conquêtes scientifiques ; de l’honnêteté morale aussi bien dans le secteur privé que dans le secteur public ; des petites réalités quotidiennes qui donnent de la saveur à la vie. Ces valeurs doivent être défendues et promues de la part de tous.  

De plus, avec l’humanisme salésien, on se prodigue pour donner du sens à la vie de chaque jour et construire des raisons d’espérance et des perspectives d’avenir pour la personne et la société. 

Enfin, avec lui, on se propose d’aider chacun à trouver la place qui lui convient dans la société et dans l’Eglise, en reconnaissant qu’être aidé à déterminer sa vocation est un droit pour tout jeune. 

2.  S’insérer dans les situations concrètes. Pour tous les Groupes de la Famille Salésienne qui œuvrent dans les différents continents, s’engager en faveur de la personne est un défi qui n’est pas facile, à cause de la diversité et de la complexité des contextes locaux considérés sous l’angle social, culturel et religieux. Pour déterminer des interventions possibles et efficaces en réponse aux exigences qui apparaissent, est demandée la capacité de lire les situations de l’endroit avec intelligence et compétence, toujours en s’inspirant des orientations du Pape et de l’épiscopat local. 

3.  Veiller à la significativité. Cette insertion devient significative soit en raison du témoignage de partage qu’on offre, soit en raison des propositions opérationnelles qui peuvent naître de l’écoute directe et prolongée des gens, soit en raison des dynamiques d’éducation réciproque qui se développent lorsqu’un destin commun est sérieusement construit.  

Ensemble, alors, sont affrontées les difficultés et déterminées les perspectives à propos : des problèmes qui peuvent surgir avec des personnes et des institutions ; de la défense et de la promotion des valeurs éthiques dans le respect, en même temps, des positions différentes et des convictions personnelles de conscience ; des solutions nouvelles, qui doivent être recherchées en partant d’expériences passées et en regardant vers l’avenir ; de la défense des droits de ceux qui sont plus faibles et plus exposés ; de la présence efficace là où sont traitées les questions politiques, surtout là où sont élaborées les politiques relatives à l’éducation ; de la promotion d’une opinion publique nourrie de valeurs humaines, évangéliques et salésiennes. 

Il est évident que le critère de significativité de la présence salésienne a des applications distinctes selon la diversité des contextes géographiques et culturels : ce qui est possible et opportun en un lieu peut ne pas l’être dans un autre ; ce que quelques-uns peuvent faire dans certaines situations peut s’avérer impossible pour d’autres. La fidélité à l’unique mission n’impose pas le même parcours à des personnes qui vivent des situations différentes.  

4.  Assumer le défi de la communication sociale. Don Bosco eut l’intuition de l’efficacité de la communication sociale et laissa en héritage à sa Famille spirituelle la tâche de la mettre en valeur comme instrument de croissance personnelle et de croissance communautaire, et, en même temps, comme moyen pour défendre et promouvoir la foi au sein des milieux populaires. 

De nos jours, les instruments techniques et informatiques rendent public ce qui autrefois était considéré comme privé, agissent d’une manière instantanée et envahissante en entraînant des masses énormes de population et en fascinant surtout les jeunes, provoquent des changements dans les styles de pensée et de relation, diffusent des propositions de vie qui ne sont pas toujours dans la ligne d’un humanisme inspiré par des valeurs chrétiennes. 

D’autre part, ces instruments offrent des occasions inédites d’éducation et d’évangélisation. En effet, les possibilités de liaison en réseau et de communication à distance permettent de réaliser diverses formes d’intervention et de mettre en route des synergies qui dans le passé n’étaient pas pensables. La Famille apostolique de Don Bosco entend mettre à profit les possibilités encore inexplorées dans la mission salésienne et saisir les occasions que la société offre, en conjuguant des capacités acquises et la créativité qui vise à innover. 

Art. 19 - Communion et collaboration dans la mission 

Le lien qui unit les membres de notre Famille est celui d’une « communion missionnaire ».[23] Les différents Groupes sont donc appelés à vivre le don de communion qui vient de Dieu, en accomplissant le service évangélique, commun et cependant diversifié, selon les destinataires spécifiques, les objectifs particuliers et les différents styles. 

Don Bosco fit preuve, dans toute son action d’éducateur, de pasteur et de fondateur, d’une grande capacité de deviner les possibilités et les qualités de chacun, de rendre coresponsables même les plus jeunes de ses collaborateurs, d’harmoniser dans le travail apostolique des compétences très diverses, de déterminer pour chaque personne un travail en accord avec le caractère, l’intelligence, la formation de cette dernière. Il fut sans cesse conscient de la nécessité, dans le service éducatif et pastoral, d’une charité qui porte à la coopération : il était convaincu que l’Esprit Saint suscite les charismes au profit de toute l’Eglise. 

La communion entre les Groupes dans la et pour la mission est en train de se révéler de plus en plus indispensable en ce qui concerne l’engagement éducatif et missionnaire ; en effet, on perçoit comme urgente la nécessité de coordonner les interventions, de proposer différents modèles de vie chrétienne et de garantir la mise en place de ministères complémentaires. 

Ainsi, œuvrer ensemble intensifie l’efficacité du témoignage, rend plus convaincante l’annonce de l’Evangile, favorise une charité apostolique plus vive, permet d’approfondir les traits caractéristiques de chaque Groupe tandis que cela manifeste et intensifie l'identité de la Famille dans la communion et dans la mission. 

Pour ce faire, tout en respectant l’autonomie de chaque Groupe, il faut garder et, si besoin est, inventer des formes possibles de collaboration. 

Art. 20 - Autonomie et originalité de chaque Groupe   

La communion dans la et pour la mission ne compromet pas l’autonomie et l’originalité de chaque Groupe de la Famille ; bien au contraire elle les éclaire et les renforce. 

En effet, les différents Groupes bénéficient d’une autonomie propre sur le plan non seulement de la vie spirituelle, de la formation, de la gestion économique et du gouvernement, mais aussi de l’apostolat, en accomplissant la mission dans des structures propres et selon des modalités particulières. 

Il ne s’agit pas, en effet, d’imposer une uniformité d’intervention opérationnelle entre tous : cela provoquerait le nivellement des différences, en entraînant des confusions et des incertitudes dans le travail apostolique. Il s’agit plutôt d’harmoniser la propre intervention dans l’ensemble d’un projet partagé par tous.  

L’originalité de chaque Groupe dans la communion doit donc être reconnue et promue. Pouvoir bénéficier du service spécifique de chaque Groupe est un droit pour les jeunes ; et c’est une richesse pour la Famille et pour l’Eglise tout entière, puisque de cette manière sont multipliées les forces qui œuvrent pour le bien de la jeunesse. Cette communion dans l’autonomie invite à être coresponsable dans la mission, mais n’implique pas nécessairement de l’être dans chacune des initiatives ou dans chaque territoire particulier. 

Art. 21 - Coresponsables dans l’apostolat 

Etre coresponsable demande, comme condition préalable, que chaque Groupe assure une capacité autonome quant à son développement, à la formation des membres, aux initiatives apostoliques, et qu’il réalise, avec le plus grand effort possible, la vocation et la mission spécifiques en garantissant, à l’intérieur de lui, la vitalité qui est le fruit de la fidélité et de la créativité. 

Sont d’autre part souhaitables :  

1.  les collaborations entre les Groupes, de l’un à l’autre, pour accomplir la mission salésienne dans ses différents secteurs et domaines et dans les divers types d’œuvres ; 

2.  la collaboration des Groupes qui vivent et œuvrent dans le même territoire, menée en liaison avec les structures pastorales de l’Eglise locale et les institutions civiles, de manière à offrir la contribution salésienne, diversifiée dans ses richesses et ses contenus, à la construction commune de la civilisation de l’amour. 

Il est évident que la réalisation d’un projet commun impose un chemin de convergence qui peut comporter, parfois, le renoncement à des points de vue particuliers ou à des perspectives liées au seul Groupe d’appartenance. 

Etre coresponsable demande, en tout cas, l’engagement commun à tenter d’atteindre quelques objectifs partagés. Tous les Groupes sont appelés à faire connaître, avec les valeurs de l’Evangile, les traits caractéristiques de l’identité charismatique et spirituelle de la Famille apostolique de Don Bosco. Ces traits qualifient la Famille entière et ne peuvent donc pas constituer l’objet d’une préoccupation qui concernerait seulement quelques Groupes. Tous, et aussi chacun des membres, sont directement responsables dans l’animation et la promotion de l’héritage spirituel reçu.  

Les objectifs que doit reconnaître et tenter d’atteindre chacun des Groupes sont : 

1. Partager la préoccupation éducative dans le contexte historique actuel, en cherchant les voies les plus opportunes pour éduquer les jeunes, garçons et filles, aux valeurs fondamentales de la vie et à la rencontre avec l’Evangile.  

2.  Informer sur le Système préventif : il représente le condensé de la sagesse pédagogique de Don Bosco et constitue le message prophétique qu’il a laissé à ses héritiers et à toute l’Eglise. C’est une expérience spirituelle et éducative qui se fonde sur la raison, la religion et l’affection.  

La raison souligne les valeurs de l’humanisme chrétien, telles que la recherche de sens, le travail, l’étude, l’amitié, la joie, la piété, la liberté non séparée de la responsabilité, l’harmonie entre la sagesse humaine et la sagesse chrétienne. 

La religion signifie accorder une place à la Grâce qui sauve, cultiver le désir de Dieu, favoriser la rencontre avec le Christ Seigneur en tant qu’il offre un sens plein à la vie et une réponse à la soif de bonheur, s’insérer progressivement dans la vie et dans la mission de l’Eglise. 

L’affection [“amorevolezza” … “amour de tendresse”] exprime la nécessité que, pour mettre en route une relation éducative efficace, le jeune non seulement soit aimé, mais qu’il sache qu’il est aimé ; elle conduit à un style particulier de rapports et à ce que le jeune veuille bien que soient réveillées les énergies de son cœur, énergies qu’elle fait mûrir jusqu’à l’oblativité.  

La raison, la religion et l’affection sont de nos jours, plus qu’hier, des éléments indispensables pour l’action éducative et des ferments précieux pour faire éclore une société plus humaine, en réponse aux attentes des nouvelles générations. 

3.  Faire connaître par le témoignage et la parole l’esprit salésien : l’humanisme salésien fait fond, dans un pari, sur chaque personne et engage les éducateurs et les éducatrices à œuvrer inlassablement pour sa croissance, même dans des conditions parfois difficiles ; il est le prélude d’une nouvelle civilisation de l’amour. 

4.  Promouvoir le Mouvement salésien : Don Bosco mobilisait beaucoup de gens dans son projet éducatif et missionnaire ; il demandait, à tous les niveaux, de porter une attention pour ses jeunes et pour les personnes frappées par divers besoins. Le vaste Mouvement salésien et la liaison entre les nombreuses forces qui œuvrent en lui sont une offre utile à tous. 

CHAPITRE  TROIS

LA SPIRITUALITÉ DE LA FAMILLE SALÉSIENNE

Art. 22 - Horizons de la spiritualité apostolique de la Famille Salésienne 

La spiritualité apostolique est le centre qui inspire et anime la vie de communion dans la et pour la mission de la Famille Salésienne. C’est, en effet, une communion dont l’origine n’est pas l’élaboration d’un projet humain, ni le fruit d’une organisation fût-elle parfaite ou de techniques même raffinées d’association, mais elle découle de la charité pastorale qui, suscitée par l’Esprit dans le cœur de Don Bosco, l’anima jusqu’à la sainteté. 

Spiritualité signifie que notre vie est guidée par l’Esprit, Lui qui gratifie de ses charismes les différents Groupes qui appartiennent à l’unique Famille. Apostolique signifie un dynamisme intérieur qui pousse au don de soi et au service, en procurant une efficacité salvatrice à l’action d’éducation et d’évangélisation et en unifiant toute l’existence autour de ce centre qui inspire. 

Dans un élan de foi, d’espérance et de charité, les membres de la Famille Salésienne prennent part à l’action de Dieu qui œuvre sans cesse pour communiquer à chaque personne son amour miséricordieux et se sentent profondément insérés dans la communion et dans l’apostolat de l’Eglise. 

Art. 23 - Collaborer avec Dieu Père 

Faire de Dieu le centre unificateur de sa propre vie, la source de la communion fraternelle et l’inspirateur de sa propre action, suppose avoir une certaine image de Dieu. Non le Dieu lointain, qui reste totalement plongé dans son silence solitaire et imperturbable et se désintéresse de la terre, mais le Dieu-Amour (cf. 1 Jn 4,16) qui se donne tout entier à l’humanité, un « Père qui œuvre sans cesse » (cf. Jn 5,17) en partageant la vie de ses fils, tandis qu’il s’applique tout entier à aller efficacement et avec un amour infini au-devant des attentes profondes des personnes ; un Dieu engagé dans notre histoire au point de s’exposer à la liberté de l’homme en acceptant le risque du refus, toujours en se donnant comme un amour qui pardonne (agapè).[24] 

Silencieusement mais efficacement à l’Œuvre dans l’histoire, ce Dieu associe à Lui-même des collaborateurs actifs et des collaboratrices laborieuses qui, dans les situations concrètes de vie, mobilisent avec ardeur leurs énergies pour annoncer Son amour et pour accomplir des œuvres de bien, en puisant en Lui la force pour aimer, donner et servir. 

Pour la Famille Salésienne et ses membres, « vivre en présence de Dieu » signifie cultiver une intense et continuelle relation d’amour avec Lui (“union à Dieu”) ; et donc se sentir totalement rempli d’un amour semblable au Sien, celui que l’on donne d’une manière bénévole et désintéressée et que l’on prodigue pour les destinataires privilégiés de sa mission personnelle ; signifie également savoir percevoir et accueillir les signes de Sa mystérieuse présence dans les attentes et dans les demandes des hommes et des femmes de notre temps. 

C’est à ce Dieu, Père miséricordieux, que Don Bosco a adressé d’un cœur tout affligé son invocation : « Da mihi animas, caetera tolle ». A tous ses disciples, hommes et femmes, Don Bosco répète : « La plus divine des choses divines, c’est de coopérer avec Dieu à sauver les âmes, et c’est une route sûre de haute sainteté ». 

Art. 24 - Vivre les sentiments du Christ  

Don Bosco a mis au centre de sa vie spirituelle et de son action apostolique une dévotion vécue avec conviction à l’égard de Jésus présent dans l’Eucharistie, le Maître de maison – comme il avait l’habitude de dire –,  et du divin Sauveur, dont il a voulu imiter les gestes porteurs de salut. 

Greffés sur le Christ en vertu du Baptême, nous nous laissons devenir semblables à Lui, dociles à l’action de l’Esprit, au point de pouvoir dire avec saint Paul : « Pour moi, la Vie c’est le Christ » (Ph 1,21), « ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20) ; mais en accueillant aussi l’autre exhortation de l’Apôtre : « Ayez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus » (Ph 2,5).  

Ces sentiments sont :  

la conscience éveillée d’être l’Envoyé de Dieu, guidé en tout par l’Esprit ;  

l’obéissance inconditionnelle à la volonté du Père pour accomplir la mission qui Lui est confiée, en affrontant avec courage les difficultés et les contradictions (cf. Jn 5, 17s.) ;  

l’engagement constant et généreux pour délivrer les personnes de toute sorte de mort et communiquer à tous la vie et la joie ;  

le souci passionné des petits et des pauvres porté avec la sollicitude du Bon Pasteur ; l’amour qui pardonne toujours jusqu’à Le faire devenir victime sur la croix ;  

la promesse d’être le compagnon de route de ses disciples comme Il le fut avec les deux d’Emmaüs. 

C’est l’image du Bon Pasteur, en particulier, qui inspire et guide notre action, en indiquant deux perspectives précieuses pour la spiritualité apostolique salésienne. 

La première : l’apôtre, homme ou femme, du Seigneur Jésus met au centre de son attention la personne en tant que telle et l’aime comme elle est, sans préjugés ni exclusions, exactement comme fait le Bon Pasteur, même avec la brebis perdue. 

La seconde : l’apôtre, homme ou femme, met en avant non lui-même mais toujours et seulement le Seigneur Jésus, l’Etre unique qui peut délivrer de toute forme d’esclavage, l’Etre unique qui peut conduire aux pâturages de la vie éternelle (cf. Jn 10,1-15), l’Etre unique qui n’abandonne jamais la brebis perdue, au contraire l’aide en solidarité avec elle à dépasser ce moment de faiblesse et, plein de confiance et d’espérance, la cherche, la remet dans une situation sûre et la conduit de nouveau pour qu’elle ait la vie en plénitude.  

La joie la plus profonde pour un fils et une fille de Don Bosco est de s’ancrer dans le Christ et de se conformer à Lui. D’où l'amour pour la Parole et le désir de vivre le mystère du Christ rendu présent par la liturgie de l’Eglise ; la célébration assidue des sacrements de l'Eucharistie et de la Réconciliation, qui éduquent à la liberté chrétienne, à la conversion du cœur et à l’esprit de partage et de service ; la participation au mystère de la Pâque du Seigneur, c’est-à-dire de son Passage dans la vie d’un être humain, qui ouvre à la compréhension nouvelle de la vie et de son sens pour la personne et la communauté, dans une dimension intérieure et une dimension sociale. 

Art. 25 - Etre docile à l’Esprit   

La vie chrétienne est, de par sa nature, une vie dans l’Esprit. Engagée sur le chemin de renouveau promu par le Concile Vatican II, la Famille Salésienne a cherché à approfondir les rapports du Seigneur Ressuscité avec l’Esprit, en définissant sa propre identité autour du charisme de Don Bosco, vrai don de l’Esprit et source de la spiritualité qui anime sa Famille apostolique. 

Les éléments essentiels de la personne de l’Esprit Saint tirés de la Parole révélée s’avèrent particulièrement éclairants pour la vie spirituelle et apostolique des membres des différents Groupes de la Famille Salésienne : l’Esprit est Créateur et donne la vie ; il est l’Envoyé du Père et du Ressuscité pour en prolonger, dans l’histoire, l’œuvre de salut ; il est Celui qui introduit les croyants dans le Christ/Vérité pour qu’ils vivent en Lui et de Lui ; il est la Voix qui parle aux consciences des personnes pour les ouvrir à la lumière de la vérité et les disposer au don d’amour ;[25] il est une Présence particulièrement vivante et efficace dans les communautés chrétiennes, en les unifiant dans la communion et dans le service, en infusant dans les fidèles l’esprit de la mission ; il est Celui qui précède, assiste et accompagne tous ceux qui sont engagés dans l’œuvre d’évangélisation.[26] 

Les attitudes que les membres de la Famille Salésienne sont appelés à assumer vis-à-vis de lui sont : une sérénité et une confiance, dans la certitude que nous sommes sans cesse soutenus par la force de l’Esprit ; une docilité à ses inspirations secrètes ; un discernement judicieux de sa présence dans les événements humains, aussi bien personnels que communautaires ; une sage et courageuse collaboration à son action pour l’avènement du Règne de Dieu dans la vie des personnes, dans l’Eglise et dans la société ; une reconnaissance pour le charisme de Don Bosco et une générosité pour réaliser son projet éducatif et apostolique. 

Art. 26 - Communion et mission dans l’Eglise  

Don Bosco eut un grand amour pour l’Eglise et il le manifesta dans le sentiment d’appartenance à la communauté ecclésiale. Dans le même temps, conscient d’avoir reçu un charisme particulier pour l’éducation de la jeunesse, il le développa pour l’édification de l’Eglise dans les différents contextes culturels. 

La Famille de Don Bosco a, parmi les trésors de sa maison, une riche tradition de fidélité filiale au Successeur de Pierre et, aussi, de communion et de collaboration avec les Eglises locales : « Les fatigues, quelles qu’elles soient, sont bien peu de chose, quand il s’agit de l’Eglise et de la Papauté ».[27] « Quand le Pape nous manifeste un désir, que ce soit pour nous un commandement ».[28] 

Ce dévouement inconditionnel au Pape, exprime, en Don Bosco, sa passion pour l’Eglise. Et, pour nous, c’est un héritage que nous accueillons et nous vivons.  

Qui dit Eglise, en effet, dit présence visible du Christ ressuscité dans l’histoire de l’humanité ; dit communion des frères dans l’unité de la foi et dans la variété des charismes et des ministères ; dit charité qui pousse à faire connaître l’amour de Dieu en annonçant l’Evangile ; dit service rendu à l’humanité pour la construction d’un monde qui corresponde au projet de Dieu ; dit famille qui trouve son centre d’unité dans le Christ Seigneur et le serviteur de l’unité dans le Successeur de Pierre. 

La spiritualité héritée de Don Bosco est éminemment ecclésiale : elle manifeste et alimente la communion de l’Eglise en construisant, au sein des communautés chrétiennes, un réseau de rapports fraternels et de collaborations efficaces ; elle est une spiritualité éducative qui vise à aider les jeunes et les pauvres à se sentir à leur aise dans l’Eglise, à être des constructeurs de l’Eglise et à prendre part à sa mission ; elle est une spiritualité qui enrichit toute l’Eglise par le don de la sainteté de beaucoup de ses fils et de ses filles. 

Art. 27 - Spiritualité du quotidien  

Si Don Bosco s’inspira de Saint François de Sales, c’est qu’il reconnaissait en lui le maître d’une spiritualité qui veut être simple parce qu’elle va à l’essentiel, populaire parce qu’elle est ouverte à tous, sympathique parce qu’elle est chargée de valeurs humaines et donc particulièrement disponible pour l’action éducative. Dans son œuvre fondamentale (Traité de l’amour de Dieu ou Théotime) le saint évêque de Genève parle d’“extase”. Ce mot n’indique pas tant des phénomènes spirituels extraordinaires que, selon l’étymologie du terme, l’idée de sortir de soi et de se pencher vers l’autre ; c’est l’expérience de celui qui se laisse attirer, convaincre et conquérir par Dieu, en pénétrant de plus en plus dans Son mystère. 

Pour Saint François de Sales [TAD, Livre VII, Ch. IV], les extases sacrées « sont de trois sortes » : 

–   l’extase « de l’entendement » [de l’intelligence], due à la stupeur pour ce que Dieu est, mais aussi à l’émerveillement pour les grandes œuvres qu’il a accomplies dans la création et qu’il accomplit encore dans la vie des personnes et dans l’histoire des hommes ; vécue dans un regard qui mûrit si l’on s’applique à la méditation de la Parole ; c’est la Parole, en effet, qui ouvre les yeux et fait voir les choses avec le même regard que celui de Dieu ; 

–   l’extase « de l’affection », source de ferveur dans l’expérience personnelle de l’amour de Dieu pour nous, de sorte que grandit le désir d’y correspondre et, nourris par cet amour, nous sommes disposés à donner nos talents et notre vie pour sa gloire et pour la cause de son Royaume ; elle suppose une constance dans la vigilance, dans la purification du cœur, dans la pratique de la prière ; 

–   l’extase « de l’action » et de la vie, selon Saint François de Sales, celle qui couronne les deux autres, parce que la première pourrait aboutir finalement à n’être qu’une pure spéculation et la deuxième à n’être qu’un simple sentiment. L’extase de l’action, au contraire, révèle une générosité et une gratuité qui ne peuvent venir que de Dieu ; et elle se transforme en dévouement concret et dynamique pour le bien des personnes sous des formes variées de charité. 

La Famille Salésienne, dans sa relecture de Don Bosco Fondateur, a traduit les exigences de la spiritualité et de la mystique de Saint François de Sales par une formule simple et exigeante : spiritualité du quotidien

Art. 28 - La « contemplation opérante » de Don Bosco 

La mystique de Don Bosco trouve une expression dans sa devise Da mihi animas, caetera tolle, et s’identifie avec l’« extase de l’action » de Saint François de Sales. C’est la mystique d’une activité quotidienne menée en plein accord de pensée, de sentiment et de volonté avec Dieu : c’est pourquoi les besoins des frères, en particulier des jeunes, et les préoccupations apostoliques invitent à la prière, tandis que la prière constante alimente l’activité, marquée de générosité et de sacrifice, qui est menée avec Dieu pour le bien des frères. 

C’est la mystique de la « contemplation opérante » ainsi décrite par le bienheureux Père Philippe Rinaldi, profond connaisseur du monde intérieur de Don Bosco : « Don Bosco a uni, avec la plus haute perfection, son activité extérieure, inlassable, absorbante, très vaste, pleine de responsabilités, à une vie intérieure qui, au commencement, reposa sur le sentiment de la présence de Dieu et qui, un peu à la fois, devint effective, persistante et vive de manière à consister en une union parfaite avec Dieu. De cette façon, il a réalisé en lui l’état le plus parfait, qui est la contemplation opérante, l’extase de l’action, dans laquelle il s’est usé jusqu’à son dernier souffle, avec une sérénité extatique, pour le salut des âmes ».[29]  

La Famille Salésienne assume cette mystique, si intensément vécue par Don Bosco, qu’il a laissée en précieux héritage aux hommes et aux femmes devenus ses disciples spirituels. 

Art. 29 - Charité apostolique dynamique 

La charité apostolique dynamique représente la substantifique moelle de l’esprit de Don Bosco, l’essentiel de la vie salésienne, ainsi que la force de l’engagement apostolique des membres de la Famille Salésienne. 

Charité [au sens théologique] désigne le nom même de Dieu (cf. 1 Jn 4,16). Elle n’indique pas seulement les énergies du cœur humain, mais elle exprime que l’on s’associe à la miséricorde prévenante du Père, au cœur compatissant du Christ et à l’amour indicible de l’Esprit Saint. Voici le signe distinctif des disciples du Seigneur : “S’aimer les uns les autres d’un cœur animé par l’Amour qu’est Dieu Lui-même”. 

Apostolique désigne une participation à l’amour infini du Père qui envoie Jésus pour que les hommes aient la vie en abondance ; elle signifie le partage de l’empressement du Bon Pasteur pour le salut de tous ; elle traduit l’ouverture au flot d’amour avec lequel l’Esprit est à l’œuvre dans les consciences et dans l’histoire des personnes. 

Dynamique désigne la vivacité de mouvement, la capacité d’innover, de ne pas se contenter du déjà fait, de ne pas s’abandonner à l’habitude, d’éviter toute solution médiocre ou commode, qui serait le contraire d’une recherche, effectuée avec passion et créativité, de ce qui est plus nécessaire et efficace pour répondre concrètement aux attentes de l’univers des jeunes et du milieu populaire.  

Pour les disciples de Don Bosco, tout cela s’appelle avoir un cœur “oratorien” animé par la ferveur, le zèle, la mise à disposition de toutes les ressources, la recherche de nouvelles interventions, la capacité de résister dans les épreuves, la volonté de repartir après les échecs, l’optimisme cultivé et répandu ; sans oublier cette sollicitude, pleine de foi et de charité, qui trouve en Marie un exemple lumineux de don de soi. 

Dans les Groupes où le service salésien s’adresse aux jeunes enfants, la charité apostolique dynamique est marquée d’une tendresse évangélique ; dans les Groupes où est menée l’éducation de garçons et/ou de filles adolescents ou jeunes adultes, elle est pratiquée en les accueillant, en les faisant participer et en les guidant vers les objectifs des étapes de la croissance ; dans les Groupes où l’on se donne pour le bien de personnes atteintes de diverses formes de pauvreté, elle prend le ton de l’amour miséricordieux et secourable à l’image de la Providence ; dans les Groupes où l’apostolat est orienté vers les malades et les personnes âgées, elle se transforme en charité compatissante ; chez les Filles des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie, elle se présente comme un amour victimal, spécialement pour servir les lépreux ; dans les Groupes engagés dans un apostolat salésien au milieu de personnes qui ont une vie simple et sont perdues dans des villages lointains ou plongées dans les périphéries urbaines sous le harcèlement du mal, elle se transforme en humble amour vécu dans la solidarité et oblatif.  

Art. 30 - Grâce d’unité 

Les termes utilisés dans l’expérience salésienne pour exprimer les canaux par où passe la charité apostolique sont : grâce d’unité, intériorité apostolique, dimension contemplative de la vie, synthèse du vécu, mouvement unique de charité envers Dieu et envers les jeunes, liturgie de la vie. 

Evangéliser en éduquant et éduquer en évangélisant est une expression désormais répandue pour exprimer l’unité intérieure des membres de la Famille Salésienne, car elle ne regarde pas seulement la méthodologie éducative, mais aussi la spiritualité de chaque membre et des Groupes : quand on se laisse guider par l’Esprit, alors la vie et l’apostolat ne font plus qu’un seul tout, comme aussi la prière et l’action, l’amour pour Dieu et l’amour pour le prochain, la préoccupation de soi-même et le dévouement aux autres, l’éducation sur le plan humain et l’annonce de l’Evangile, l’appartenance à un Groupe et l’insertion dans l’Eglise. Tout converge vers l’unité ; et telle est la synthèse du vécu propre à la sainteté. De là découle une force incroyable d’action et de témoignage, en raison de l’énergie de l’Esprit qui a pris possession de toute la personne et peut faire d’elle un instrument libre et joyeux de son action. 

La charité apostolique constitue, pour tout membre de la Famille Salésienne, le principe intérieur et dynamique capable d’unifier les multiples et diverses activités et préoccupations quotidiennes. Ses deux pôles, à savoir la passion pour Dieu et la passion pour le prochain, sont inséparables : elle favorise leur fusion en un unique mouvement intérieur.  

Art. 31 - Prédilection pour les jeunes et dévouement pour le milieu populaire 

Pour accomplir d’une manière efficace la mission auprès des jeunes et du peuple, les disciples, hommes et femmes, de Don Bosco cultivent une réelle prédilection pour les jeunes et se prodiguent en faveur du milieu populaire. Ils ont la conviction de faire une expérience de Dieu précisément dans leur rencontre avec ceux auxquels ils sont envoyés : la jeunesse et les gens simples, en particulier les pauvres. 

Les jeunes, garçons et filles, sont reconnus comme un don de Dieu à la Famille Salésienne : ils constituent le champ indiqué par le Seigneur et par Marie à Don Bosco dans lequel il devra accomplir son action ; ils représentent pour nous tous la substance de la vocation et de la mission salésiennes.  

Vivre le dévouement total pour les jeunes, cela signifie avoir le cœur continuellement tourné vers eux, en percevant leurs aspirations et leurs désirs, leurs problèmes et leurs exigences. Cela veut dire aussi les rencontrer au point où ils se trouvent dans leur maturation personnelle ; mais pas seulement pour leur tenir compagnie, bien plutôt pour les conduire là où ils sont appelés ; pour cela les éducateurs devinent les énergies de bien que les jeunes portent en eux : ils les soutiennent pendant la phase pénible de la croissance, tant humaine que chrétienne, en déterminant avec eux et pour eux des chemins possibles d’éducation. Dans leur cœur d’éducateurs et d’évangélisateurs passionnés résonne continuellement l’appel de Saint Paul : « La charité du Christ nous presse à tout moment » (cf. 2 Co 5,14). 

Le milieu populaire est le cadre naturel et ordinaire où s’effectue la rencontre des jeunes, surtout de ceux qui ont le plus besoin d’aide. L'engagement de la Famille de Don Bosco s’adresse aux gens simples : celle-ci cherche à les soutenir dans leur effort de promotion humaine et de croissance dans la foi, en mettant en évidence et en encourageant les valeurs humaines et évangéliques dont ils sont porteurs, telles que le sens de la vie, l’espérance d’un avenir meilleur, l’exercice de la solidarité.  

Don Bosco a tracé, également avec l’Association des Salésiens Coopérateurs et l’Association de Marie Auxiliatrice, un chemin d’éducation à la foi pour le peuple, en mettant en valeur les contenus de la religiosité populaire.  

Il se prodigua en outre à développer la communication sociale, afin d’atteindre le plus grand nombre possible de personnes engagées dans le travail d’éducation et d’évangélisation. 

Art. 32 - Affection salésienne 

L'amorevolezza de Don Bosco est, sans l’ombre d’un doute, un trait caractéristique de sa méthode pédagogique qui, encore aujourd’hui, est considéré comme valable, aussi bien dans les contextes demeurés chrétiens que dans ceux où vivent des jeunes qui appartiennent à d’autres religions.  

Cette affection [“amorevolezza” … “amour de tendresse”] ne peut cependant pas être ramenée à la seule dimension d’un principe pédagogique, mais il faut la reconnaître comme un élément essentiel de notre spiritualité.  

L’amorevolezza est, en effet, un amour authentique car sa source est Dieu ; elle est un amour qui se manifeste dans les langages de la simplicité, de la cordialité et de la fidélité ; elle est un amour qui génère le désir de lui donner une réponse identique ; elle est un amour qui suscite la confiance, en ouvrant la voie à une saine familiarité et à une communication profonde (“l’éducation est une affaire de cœur”) ; elle est un amour qui se répand en établissant un climat de famille, dans lequel il est beau et enrichissant d’être ensemble. 

Pour l’éducateur, elle est un amour qui demande de fortes énergies spirituelles : la volonté d’y être et d’y rester, l’abnégation de soi-même et le sacrifice, la pureté dans les sentiments d’affection et la chasteté, la maîtrise de soi dans les attitudes, l’écoute accomplie avec le sens du partage et l’attente patiente pour déterminer les moments et les moyens les plus opportuns, la capacité de pardonner et de reprendre les contacts, la mansuétude de celui qui, parfois, sait même perdre mais continue à croire avec une espérance illimitée. Il n’y a pas d’amour vrai sans ascèse et il n’y a pas d’ascèse sans la rencontre avec Dieu dans la prière. 

L’amorevolezza est un fruit de la charité pastorale. Don Bosco disait : « Cette affection réciproque entre nous, sur quoi est-elle fondée ? […] sur le désir que j’ai de sauver vos âmes, qui furent rachetées par le sang précieux de Jésus Christ et, vous, vous m’aimez parce que je cherche à vous conduire vers la route du salut éternel. Donc le bien de nos âmes est le fondement de notre affection ».[30]  

L’amorevolezza est alors un signe de l’amour de Dieu et un instrument pour réveiller sa présence dans le cœur de tous ceux qui sont rejoints par la bonté de Don Bosco ; elle constitue une voie qui conduit à l’évangélisation. 

D’où la conviction que la spiritualité apostolique de la Famille Salésienne se caractérise par le fait qu’elle est fondée non sur un amour entendu dans un sens général et vague, mais sur la capacité des membres d’aimer et de se faire aimer.  

Art. 33 - Optimisme et joie dans l’espérance 

En Jésus de Nazareth, Dieu s’est révélé comme « le Dieu de joye »[31] ; et l’Evangile est une “heureuse nouvelle” qui commence avec les “Béatitudes” : elles sont la participation des hommes à la béatitude même de Dieu. Il s’agit d’un don non superficiel, mais profond car la joie est, bien plus qu’un sentiment éphémère, une énergie intérieure qui résiste même aux difficultés de la vie. Saint Paul rappelle : « Je suis comblé de consolation ; je surabonde de joie dans toute notre tribulation » (2 Co 7,4). En ce sens la joie que nous ressentons ici-bas est une joie pascale reçue comme un don, comme un acompte de la joie totale dont nous bénéficierons dans l’éternité. 

Don Bosco a su comprendre le désir de bonheur présent chez les jeunes et il a traduit leur joie de vivre dans les termes de la gaieté, de la cour de récréation et de la fête ; mais il n’a jamais cessé d’indiquer Dieu comme source de la vraie joie. Quelques-uns de ses écrits, tels que Il Giovane Provveduto [La Jeunesse Instruite], la biographie de Dominique Savio, l’apologue contenu dans l’histoire de Valentino [et de sa vocation étouffée], sont la démonstration de la correspondance qu’il établissait entre la grâce et le bonheur. Et son insistance sur la “récompense du paradis” projetait les joies d’ici-bas dans la perspective de ce qui s’accomplirait dans la plénitude.  

A l’école de Don Bosco, le membre de la Famille Salésienne cultive en lui-même quelques attitudes qui favorisent la joie et la communiquent aux autres :  

1.  La confiance dans la victoire du bien : « En tout jeune, même le plus misérable, –  écrit Don Bosco – il y a un point accessible au bien et le premier devoir de l’éducateur est de chercher ce point, cette corde sensible du cœur et d’en tirer profit ».[32] 

2.  L'estime des valeurs humaines : les disciples, hommes et femmes, de Don Bosco perçoivent les valeurs du monde et refusent de gémir sur leur temps ; ils prennent en considération tout ce qui est bon, surtout si cela plaît aux jeunes et aux gens. 

3.  L'éducation aux joies quotidiennes : il faut un effort patient d’éducation pour apprendre, ou réapprendre, à goûter, avec beaucoup de simplicité, les multiples joies humaines que le Créateur met chaque jour sur notre route. 

Parce qu’ils se confient totalement au « Dieu de joye » et que, par leurs actions et leurs paroles, ils témoignent de l’« Evangile de la joie », les disciples, hommes et femmes, de Don Bosco sont toujours joyeux. Ils répandent cette joie et savent éduquer à la joie de la vie chrétienne et au sens de la fête, eux qui se souviennent de l’appel de Saint Paul : « Soyez toujours dans la joie du Seigneur ; laissez-moi vous le redire : soyez dans la joie (Ph 4,4).  

Art. 34 - Travail et tempérance 

L’exercice de la charité apostolique porte en lui-même l’exigence d’une conversion et d’une purification, c’est-à-dire de la mort du “vieil homme” pour que naisse, vive et se développe l’“homme nouveau” qui, à l’image de Jésus Apôtre du Père, est prêt à se sacrifier chaque jour dans le travail apostolique. Se donner, c’est se vider de soi-même, et se vider de soi-même, c’est se laisser totalement remplir de Dieu, pour faire don aux autres de Dieu. Si le détachement, le renoncement, le sacrifice sont des éléments dont on ne peut pas faire l’économie, ce n’est pas parce qu’on a du goût pour l’ascétisme, mais simplement parce que c’est dans la logique de l’amour. Il n’y a pas d’apostolat sans ascèse et il n’y a pas d’ascèse sans mystique. Celui qui se met tout entier au service de la mission n’a pas besoin de pénitences extraordinaires ; sont bien suffisantes, si elles sont accueillies avec foi et offertes avec amour, les difficultés de la vie et les fatigues du travail apostolique. 

L'ascèse recommandée par Don Bosco a des aspects divers : 

ascèse “d’humilité pour estimer n’être que des serviteurs devant Dieu ; 

ascèse “de mortification”, pour travailler à devenir maîtres de soi, en pratiquant personnellement la garde des sens et du cœur et en veillant à ce que la recherche d’une vie commode ne tarisse pas la générosité ; 

ascèse “de courage et de patience” pour pouvoir persévérer dans l’action alors qu’on est aux prises avec la dure réalité ; 

ascèse “d’abandon” quand les événements portent plus près de la croix du Christ. 

Art. 35 - Initiative et souplesse 

Le désir de faire le bien incite à rechercher les voies les plus adaptées pour le réaliser. On peut envisager : la lecture correcte des besoins et des possibilités concrètes, le discernement spirituel à la lumière de la Parole de Dieu, le courage de prendre des initiatives, la créativité pour déterminer des solutions inédites, l’adaptation aux circonstances changeantes, la capacité de collaboration, la volonté de faire des vérifications. 

Le Père Philippe Rinaldi rappelle aux Salésiens – et son affirmation est valable pour tous les Groupes de la Famille Salésienne – :  

« Cette souplesse d’adaptation à toutes les formes de bien qui surgissent constamment au sein de l’humanité, est l’esprit propre à nos Constitutions ; et le jour où s’introduirait une variation contraire à cet esprit marquerait la fin de notre Société ».[33] 

Don Bosco a souvent recommandé l’esprit d’initiative : 

« Chaque fois qu’il s’agit du bien de la jeunesse en péril ou de gagner des âmes à Dieu, je cours en avant jusqu’à la témérité ».[34]  

« Que l’on accorde vraiment et toujours un large consentement là où on le peut ; plions-nous aux exigences modernes, ainsi qu’aux usages et aux coutumes des divers lieux : à condition de ne pas avoir à agir contre sa conscience ».[35] 

Ce n’est pas seulement un problème de stratégie, mais un fait spirituel, car il comporte un renouvellement continuel de soi-même et de son action personnelle en obéissance à l’Esprit et à la lumière des signes des temps. 

La naissance de nombreux Groupes de la Famille Salésienne apparus au XXème siècle a été le fruit de l’esprit d’initiative et de la souplesse des Fondateurs respectifs, qui furent des fils fidèles et créatifs de Don Bosco. 

Art. 36 - La prière vécue selon l’esprit salésien  

La prière vécue selon l’esprit salésien est une “prière apostolique” : elle comporte, d’une part, un mouvement qui permet à une personne de s’élever depuis son action jusqu’à Dieu et, d’autre part, un mouvement qui, depuis Dieu, la reconduit vers l’action où elle Le porte, parce que l’esprit et le cœur de cette personne qui agit sont remplis de Son amour.  

Don Bosco ne réservait pas de longs moments pour la prière et il ne se servait pas de méthodes ou de formes particulières (il se contentait des “pratiques du bon chrétien”), parce que l’action et la prière faisaient, en lui, un seul tout. Le travail extraordinaire qui l’absorbait du matin au soir ne perturbait pas sa prière, au contraire il la suscitait et l’orientait ; et la prière développée au plus profond de son cœur nourrissait en lui des énergies sans cesse renouvelées de charité pour se dévouer de tout son être au bien de ses pauvres jeunes. 

Le nom même d’oratoire donné à sa première institution est là pour signifier que tout, dans l’ambiance qui y régnait, était prière ou pouvait devenir prière ; et que tout ce qui se faisait de bien dans cette maison était le fruit de la prière : de Don Bosco, de ses collaborateurs et de ses garçons. 

La prière ainsi présente et sous-jacente est, donc, typique de tous ceux qui vivent la spiritualité de Don Bosco et réalisent sa mission. Sans toutefois négliger ces moments de prière explicite, nourrie de l’écoute de la Parole de Dieu et d’une réponse d’amour : ce qui transforme la vie en prière et la prière en vie. 

Art. 37 - Marie Auxiliatrice, Maîtresse de spiritualité apostolique 

La dévotion à Marie a été (en même temps que la dévotion à Jésus dans l’Eucharistie et la dévotion au Pape) l’une des trois dévotions qui ont marqué la vie spirituelle et apostolique de Don Bosco. Toute la Famille Salésienne, et elle a le fort sentiment de l’être, est une Famille mariale née grâce à la sollicitude maternelle de l’Immaculée Auxiliatrice. Chaque Groupe, en effet, exprime cette conviction dans les textes constitutionnels qui lui sont propres. 

Pour les Salésiens, Marie Auxiliatrice sert de modèle et de guide dans leur action éducative et apostolique,[36] de mère et de maîtresse de vie dans leur expérience de formation,[37] particulièrement invoquée dans leur prière.[38]  

Pour les Filles de Marie-Auxiliatrice, la Vierge Marie, humble servante, mère du Sauveur, mère et éducatrice de toute vocation salésienne, est considérée comme « la vraie Supérieure » de l’Institut.[39] C’est Elle qui leur est un modèle de foi, d’espérance, de charité et d’union au Christ, de sollicitude et de bonté maternelle, de vie consacrée, de prière, de di­sponibilité, d’écoute, de docilité et de collaboration, de charité apo­stolique.[40]  

Le Salésien Coopérateur (la Salésienne Coopératrice) « découvre dans la Vierge Immaculée et Auxiliatrice l’aspect le plus profond de sa vocation : être un vrai “Coopérateur de Dieu” dans la réalisation de son dessein de salut ».[41] 

Pour les membres de l’Association de Marie Auxiliatrice, se remettre entre les mains de Marie se traduit par « vivre la spiritualité du quotidien avec des attitudes évangéliques, en particulier celle de l’action de grâce à Dieu pour les merveilles qu’Il accomplit continuellement et celle de la fidélité envers Lui, même à l’heure de la difficulté et de la croix en suivant l’exemple de Marie ».[42] 

Selon les Sœurs de la Charité de Jésus, Marie les aide à vivre en étant animées par l’Esprit Saint, à mettre Jésus Christ au centre de leur vie personnelle, à nourrir dans leurs relations avec les personnes une grande confiance en Elle et un amour sincère, à imiter ses exemples de Femme remplie de foi qui cherche la volonté de Dieu dans le quotidien, de Mère remplie d’amour et de sollicitude pour les autres, de Disciple du Fils dont elle écoute la Parole, de Consolatrice des affligés, de Secours des chrétiens et de Mère des hommes.[43]  

Les Dames Salésiennes s’expriment ainsi dans leur Ideario [“Livre de vie”] : « Marie est la première laïque engagée, qui, dans le don de son être, accueille fidèlement le plan de Dieu, transforme en vie sa parole, en tant que femme, épouse et mère, maîtresse de vie et témoin, première évangélisée et évangélisatrice. Elle est la source d’inspiration et le modèle à suivre pour la Dame Salésienne, et tout cela nous pousse à la proclamer Première Dame Salésienne, norme, guide, source d’inspiration, mère, sœur et fidèle compagne dans notre mission ».[44] 

 Se remettre chaque jour entre les mains de Marie caractérise, donc, notre spiritualité. Se remettre entre les mains de quelqu’un exprime un dynamisme ascendant : c’est accomplir le geste du don de soi pour répondre avec générosité à une mission à réaliser ; mais cela exprime aussi un dynamisme descendant : c’est accueillir avec confiance et reconnaissance l’aide de Celle qui guida Don Bosco et continue à guider la Famille spirituelle qui a pris son origine en lui. 

CHAPITRE  QUATRE

LA FORMATION À LA COMMUNION ET À LA MISSION DANS LA FAMILLE SALÉSIENNE

Chaque Groupe de la Famille Salésienne veille à la formation de ses membres en puisant au patrimoine commun et à ses spécificités propres. Toutefois on peut déterminer des éléments communs, des convergences possibles, des collaborations souhaitables. 

Art. 38 - Connaissance des identités spécifiques 

La communion de la Famille Salésienne se fonde, non seulement sur le charisme commun et sur la même mission, mais aussi sur la connaissance et sur l’appréciation des différents Groupes qui la composent. L’unité, en effet, ne consiste jamais à être de l’uniformité, mais elle résulte de la pluralité d’expressions qui convergent vers un unique centre. 

Il est alors nécessaire de favoriser la connaissance réciproque pour bénéficier des dons et des particularités de chacun, en tant qu’ils concourent à former une richesse dont les bienfaits retombent sur tous. 

Dans tout cela peuvent être d’une grande utilité les contacts occasionnels ou réguliers, informels ou institutionnalisés, comme aussi les rencontres vécues dans la fraternité et les moments de prière en commun. 

Diffuser la Charte de l’Identité charismatique de la Famille Salésienne de Don Bosco, les écrits qui concernent Don Bosco, les plaquettes qui présentent la personne des Fondateurs/trices ou des Cofondateurs/trices, l’Etrenne annuelle du Recteur majeur, les documents programmatiques de chaque Groupe, le Bulletin salésien, le compte rendu d’expériences apostoliques particulièrement significatives, voilà autant de façons de concourir à la connaissance et à l’estime réciproques en consolidant, dans le même temps, l’unité de la Famille.  

Une attention particulière doit être apportée aux Groupes qui ont été commencés directement par Don Bosco, ainsi qu’à ceux qui sont présents et œuvrent dans le territoire où l’on se trouve.  

Art. 39 - Formation partagée 

Pour garantir l’unité de l’esprit et la convergence sur le plan de la mission, il est nécessaire qu’il y ait aussi des moments de formation en commun, surtout quand il s’agit de mettre en lumière ou d’approfondir des aspects essentiels du charisme, ou encore d’élaborer des projets à partager. Le tout est à effectuer sans cesse dans le respect des autonomies légitimes, mais aussi dans cet esprit de famille qui exprime et consolide l’unité. 

Pour se former ensemble : 

1.  il faut avant tout apprendre à penser ensemble, parce qu’il y a toujours le danger de chercher à amener les autres à son propre point de vue. Et “penser ensemble” est possible quand on surmonte la peur de la confrontation et du partage, quand chacun cesse de tout centrer sur sa personne pour le faire sur les autres, quand on vise le bien pour lui-même et non sa réussite personnelle, quand on unit la vérité à la charité. 

2.  en outre, il faut apprendre à travailler ensemble, en déterminant les modalités et les stratégies pour une richesse partagée et un dialogue constructif. 

3.  toujours et de toutes les manières, il faut prier ensemble parce que l’Esprit est Lumière de vérité et lien d’unité, l’Esprit est l’Inspirateur de tout ce qui est bon, juste et opportun en ce qui concerne le bien de chacun et de l’ensemble.  

Les occasions de formation en commun peuvent être multiples : 

–   sessions d’étude sur des aspects de l’expérience charismatique, celle qui nous est commune et celle qui est différenciée, de la spiritualité qui nous est propre, du patrimoine hérité de Don Bosco, des défis que posent les signes des temps, des principaux événements ecclésiaux ou des directives importantes du Magistère du Pape et des Evêques ;  

–   séances pour discuter d’engagements et de problèmes de pastorale des jeunes, de thèmes particuliers de la pédagogie salésienne, des stratégies de mission au sujet de la nouvelle évangélisation ; 

–   participation au discernement dans des situations qui présentent une difficulté particulière ou en vue de programmes de formation ou de projets apostoliques à réaliser ensemble.  

Dans cette question de formation partagée, la Consulte de la Famille Salésienne, qui sollicite la présence et l’apport de tous les Groupes, revêt une particulière importance.  

Art. 40 - Insertion dans les différents contextes  

La mission demande la capacité de s’insérer dans des contextes culturels, sociaux et ecclésiaux diversifiés, en sachant percevoir des urgences et des besoins et en faisant preuve de capacité de collaboration avec tous ceux qui œuvrent pour le bien. 

Pour cela, il est nécessaire d’acquérir une formation pour être apte à l’écoute sans préjugés, à l’accueil sans soupçons, à l’appréciation sans jalousie, au partage sans réserve. 

C’est de cette façon que l’on concourt à l’insertion de la foi et du charisme dans une culture tout en construisant la communion ecclésiale, qui est toujours plus large que la communion particulière d’un Groupe et que celle de la Famille Salésienne elle-même.  

C’est une formation qui est acquise sur le terrain concret de la rencontre effectuée avec des groupes, des mouvements et des associations qui expriment la richesse de l’Eglise et se mettent au service du Royaume. 

En tête de ces organisations vient le vaste Mouvement salésien, dont la Famille spirituelle de Don Bosco constitue le centre animateur. 

C’est une formation qui est aussi favorisée par des occasions importantes que fournissent la présence des Groupes de la Famille dans les Eglises locales et la collaboration avec d’autres associations ecclésiales qui œuvrent sur le territoire. La grâce multiforme de Dieu donnée aux différents mouvements ecclésiaux s’exprime dans une spiritualité particulière et dans une forme apostolique originale qu’il faut reconnaître et accueillir, pendant qu’à tous nous faisons don de notre identité charismatique et de l’apport de notre mission spécifique. 

C’est une formation qui éduque à l’estime réciproque, à la prévenance dans la charité et dans la volonté de collaboration, à l’action menée avec patience et clairvoyance, à la disponibilité au sacrifice que cela, parfois, peut comporter. 

Comme Famille Salésienne, stimulés par l’exemple de Don Bosco qui à l’égard de tous eut des sentiments et des paroles d’accueil et de reconnaissance et avec tous sut partager des intuitions, des expériences et des réalisations, nous sommes appelés à attester encore le don reçu en le partageant avec toute l’Eglise. 

Art. 41 - Méthode de collaboration  

Savoir collaborer ne va pas de soi ; cela exige une formation qui tienne compte de quelques éléments essentiels. 

1.  Il faut avant tout s’éduquer au partage dans tout ce qui concerne des projets. Toute activité éducative et apostolique part de l’analyse de la situation de ses destinataires et vise à atteindre des objectifs déterminés à court terme, à moyen terme et à long terme. Tout cela doit être étudié et programmé ensemble, en mettant en valeur les compétences, en respectant la diversité des points de vue et en favorisant la convergence. 

2.  Il faut, ensemble, mettre en route les processus logiques de la coordination. Faire agir simultanément des forces différentes dans la réalisation d’une œuvre entreprise n’aboutit jamais à un résultat automatique. En effet, cela demande certaines capacités : connaître exactement le problème que l’on veut résoudre ; expliquer clairement le but qu’on se propose ; réfléchir d’une manière réaliste les possibilités d’intervention ; évaluer les forces et les ressources disponibles ; déclarer honnêtement les apports que l’on peut et que l’on entend donner. 

3.  Il faut aussi se soumettre à la logique de la réciprocité. Il y a celui qui donne et l’autre qui reçoit : cela ne doit pas se produire toujours dans le même sens ; ce ne doit jamais être à sens unique. La réciprocité suppose : la conscience du don venu de quelqu’un et du don venu de l’autre ; la reconnaissance de sa valeur personnelle et de celle d’autrui ; l’accueil et l’échange de sensibilités, d’idées et de compétences complémentaires ; l’offrande de prestations présentée avec générosité et humilité. 

4.  Il faut, enfin, s’éduquer à la responsabilité partagée. Le bon résultat de la collaboration dans le domaine éducatif et dans le domaine apostolique dépend aussi bien de l’acceptation d’une responsabilité principale qui coordonne le projet que de la reconnaissance des responsabilités des autres, en laissant à tous la possibilité de participer activement à la réalisation du projet commun. 

Art. 42 - Rôle du prêtre dans la Famille Salésienne 

Le Concile Vatican II présente les prêtres comme des guides et des éducateurs du peuple de Dieu. Il déclare : « Des cérémonies, même très belles, des groupements, même florissants, n’auront guère d’utilité s’ils ne servent pas à éduquer les hommes et à leur faire atteindre leur maturité chrétienne ».[45] 

Et il justifie son affirmation de la façon suivante : « Comme éducateurs de la foi, les prêtres ont à veiller, par eux-mêmes ou par d’autres, à ce que chaque chrétien parvienne, dans le Saint-Esprit, à l’épanouissement de sa vocation personnelle selon l’Evangile, à une charité sincère et active et à la liberté par laquelle le Christ nous a libérés ».[46] 

Le prêtre salésien est ainsi appelé à ses responsabilités les plus significatives sur le terrain de la formation. La Parole de Dieu, les sacrements et en particulier l’Eucharistie, le service de l’unité et de la charité représentent le trésor le plus grand de l’Eglise. 

En paraphrasant une parole conciliaire, il est permis d’affirmer qu’il n’est possible de former spirituellement une Famille apostolique, telle la Famille Salésienne, qu’en assumant comme racine et comme centre la célébration de l’Eucharistie, point de départ de toute éducation qui tend à former l’esprit de famille.[47] 

Les Groupes de la Famille Salésienne ont sans cesse mis en évidence cette exigence de formation et, dans cette Charte de l’Identité, ils réaffirment la nécessité d’y répondre.  

CHAPITRE  CINQ

LA COMPOSITION ET L’ANIMATION DE LA FAMILLE SALÉSIENNE

Art. 43 - Une Famille en croissance 

La Famille Salésienne, en ces dernières décennies, a connu un authentique printemps. Aux premiers Groupes se sont unis, sous l’impulsion de l’Esprit Saint, d’autres Groupes qui, avec des vocations spécifiques, ont enrichi la communion et élargi la mission salésienne. 

Aux yeux de tous il apparaît avec évidence combien la Famille a grandi, comment s’est multiplié le travail apostolique en différents Pays du monde et comment s’est étendu le champ d’action au bénéfice de tant de jeunes et d’adultes. Cela invite non seulement à rendre grâce à Dieu, mais suscite aussi la conscience d’une plus grande responsabilité : en effet, la vocation de notre Famille est, comme toute autre vocation, au service de la mission, d’une manière particulière pour le salut de la jeunesse, surtout celle qui est le plus dans une grande pauvreté, le plus laissée à l’abandon, le plus en danger.[48]  

Les Groupes formellement inscrits à la Famille Salésienne sont les suivants : 

       1.    La Société de Saint François de Sales [Salésiens de Don Bosco]  

       2.    L’Institut des Filles de Marie-Auxiliatrice [Salésiennes de Don Bosco]  

       3.    L’Association des Salésiens Coopérateurs 

       4.    L’Association de Marie Auxiliatrice 

       5.    L’Association des Anciens Elèves et des Anciennes Elèves de Don Bosco 

       6.    L’Association des Anciens Elèves et des Anciennes Elèves des Filles de Marie-Auxiliatrice 

       7.    L’Institut des Volontaires de Don Bosco  

       8.    Les Filles des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie 

       9.    Les Salésiennes Oblates du Sacré-Cœur de Jésus 

    10.    Les Apôtres de la Sainte Famille 

    11.    Les Sœurs de la Charité de Jésus 

    12.    Les Sœurs Missionnaires de Marie Secours des Chrétiens 

    13.    Les Filles du Divin Sauveur 

    14.    Les Sœurs Ancelles du Cœur Immaculé de Marie 

    15.    Les Sœurs de Jésus Adolescent 

    16.    L’Association des Dames Salésiennes  

    17.    Les Volontaires Avec Don Bosco 

    18.    Les Sœurs Catéchistes de Marie Immaculée Auxiliatrice 

    19.    Les Filles de la Royauté de Marie Immaculée 

    20.    Les Témoins du Ressuscité 

    21.    La Congrégation de Saint Michel Archange [“Micaeliti”] 

    22.    La Congrégation des Sœurs de la Résurrection 

    23.    La Congrégation des Sœurs Annonciatrices du Seigneur 

    24.    The Disciples  

    25.    Canção Nova 

    26.    Les Sœurs de Saint Michel Archange [“Micaelite”] 

    27.    Les Sœurs de Maria “Ausiliatrix” 

    28.    La Communauté de la Mission de Don Bosco 

    29.    Les Sœurs de la Royauté de Marie Immaculée 

    30.    Visitation Sisters of Don Bosco  

Art. 44 - Une Famille ouverte

La Famille Salésienne, qui se présente comme un grand Mouvement pour le salut des jeunes et s’engage sous une variété de formes pour l’apostolat dans les missions, dans les milieux populaires, dans la communication sociale et dans le soin des vocations, est ouverte à d’autres Groupes qui demandent officiellement à être reconnus par le Recteur majeur. 

Les critères essentiels pour être reconnu dans la Famille Salésienne sont : 

1.  La participation à la “vocation salésienne” : c’est-à-dire le partage, dans quelques aspects importants, de l’expérience humaine et charismatique de Don Bosco. En effet, il reste, Lui, pour tous les Groupes la personne qui, dans l’inspiration des origines, a tracé un chemin particulier pour ses disciples et pour l’apostolat ; en tant que tel, il est source d’inspiration et point de convergence. 

2.  La participation à la mission salésienne en faveur des jeunes et/ou des milieux populaires. Cela signifie que chaque Groupe inclut, parmi ses buts spécifiques, quelques éléments typiques de la mission salésienne, traduits cependant dans des formes et avec des modalités particulières. 

3.  Le partage de l’esprit, de la méthode éducative et du style missionnaire, c’est-à-dire du patrimoine spirituel et pédagogique de Don Bosco. 

4.  La vie évangélique selon l’esprit salésien, autrement dit une vie qui s’inspire des conseils évangéliques considérés comme porteurs d’un chemin vers la sainteté ; elle se concrétise soit dans la profession des vœux qui est propre à la consécration religieuse, soit dans les différentes formes de promesses ou d’engagement qui définissent la physionomie de chaque Groupe. 

5.  Une fraternité active qui porte chaque Groupe à se relier aux autres Groupes de la Famille Salésienne et à œuvrer en plein accord et en synergie avec eux. 

Art. 45 - Points de référence 

En vertu de leur communion apostolique de nature charismatique, les Groupes qui constituent la Famille Salésienne reconnaissent dans le Recteur majeur, Successeur de Don Bosco, le Père et le centre d’unité de la Famille elle-même.  

D’autre part, les Salésiens de Don Bosco, en héritiers particuliers qu’ils sont de sa richesse charismatique, portent la responsabilité d’animer l’ensemble de la Famille Salésienne. Ils ont, en effet, la responsabilité de « maintenir l’unité de l’esprit, stimuler le dialogue et la collaboration fraternelle pour un enrichissement mutuel et une plus grande fécondité apostolique ».[49] Ils effectuent donc un service non pas en tant qu’ils détiendraient l’autorité de gouvernement, mais en tant qu’ils veulent agir avec l’humble et joyeux dévouement de personnes qui assurent l’animation et les progrès d’un cheminement de fidélité au don reçu, en favorisant la communication, le partage et la réalisation de ce dernier.  

Art. 46 - Organismes d’animation et moments de rencontre 

Pour assurer une animation régulière et efficace pour la Famille Salésienne, nous disposons de quelques organismes essentiels de coordination et nous favorisons des occasions spécifiques de rencontre. 

Au niveau mondial, au niveau régional, au niveau national, au niveau provincial et au niveau local, l’unité et l’animation sont soutenues et intensifiées par des Conseils ou des Consultes de la Famille Salésienne. 

La rencontre de la Consulte, aux différents niveaux, est organisée pour aider à atteindre les objectifs suivants : 

1.  Etudier et approfondir la personne de Don Bosco, sa vie, sa pédagogie, sa spiritualité pour connaître, comprendre et assumer de mieux en mieux son projet apostolique et ses critères d’action pastorale. 

2.  Renforcer le sentiment d’appartenance, en favorisant une connaissance directe et concrète des différents Groupes de la Famille et en mettant en valeur l’identité spécifique de chacun.  

3.  Proposer des rencontres et des expériences de formation en commun. 

4.  Connaître les défis pastoraux de la société et de l’Eglise locales, dans lesquelles s’insère la Famille Salésienne, en étudiant les synergies pastorales, qui s’avèrent possibles, selon la spécificité de chaque Groupe, et dans la communion de la même mission salésienne.  

5.  Chercher à mettre en route, chaque fois que c’est possible, des initiatives apostoliques concrètes, partagées par tous les Groupes qui œuvrent dans le territoire. 

La Consulte Mondiale tient sa réunion chaque année à la Maison Généralice des Salésiens et propose des lignes essentielles d’animation pour l’année pastorale qui suit. 

Dans chacune des Régions ou des Provinces a lieu chaque année la Journée de la Famille Salésienne, avec la proposition de moments significatifs de formation et de partage.  

Au niveau mondial, ont lieu chaque année les Journées de Spiritualité de la Famille Salésienne. Elles représentent un moment de communion, de réflexion et de partage, pendant lequel, d’une manière spécifique, on veut approfondir le contenu de l’Etrenne du Recteur majeur. Ce document est proposé chaque année par le Successeur de Don Bosco comme une invitation à une coordination dans la réflexion et dans la réalisation concrète d’un aspect particulier de la spiritualité et de la mission salésiennes. 

Art. 47 - Prière

Saint Jean Bosco,

Père et Maître de la Jeunesse,

docile aux dons de l’Esprit Saint et

ouvert aux réalités de ton époque,

tu as laissé en héritage

à la Famille Salésienne

le trésor de ta prédilection

“pour les petits et pour les pauvres” :

 

Apprends-nous à être, chaque jour,

signes et porteurs de l’amour de Dieu pour eux,

en faisant grandir dans l’âme de chacun

les sentiments du Christ Bon Pasteur lui-même.

 

Demande pour tous les membres de ta Famille

un cœur rempli de bonté,

la constance dans le travail,

la sagesse dans le discernement,

le courage d’être des témoins du sens de l’Eglise

et la générosité missionnaire.

 

Obtiens-nous la divine grâce

de rester fidèles à l’alliance

très particulière que le Seigneur

a scellée avec nous, et fais que,

guidés par Marie, Secours des chrétiens,

nous parcourions joyeusement,

en compagnie des jeunes,

la route qui conduit à l’Amour.

Amen.


[1] E. VIGANÒ, MARIE RENOUVELLE LA FAMILLE SALÉSIENNE DE DON BOSCO, dans ACG 289, Rome 25 mars 1978. 

[2] ACGS, n. 7. 

[3] Cf. E. VIGANÒ, Discours de clôture, dans Atti del Convegno di studio sulla Animazione della Famiglia Salesiana. (Rome 1980), p. 56.  

[4] Cf. ACGS, n. 171. 

[5] Cf. GS, n. 22 § 5. 

[6] Cf. LG, n. 12 § 2 ; AA n. 3 § 4. 

[7] Cf. PC, n. 1 § 2. 

[8] Cf. ACGS, n. 159. 

[9] Cf. LG, n. 16 ; NAe, nn. 2-5. 

[10] Cf. GS, nn. 77-93. 

[11] Cf. MD, nn. 20-21, nn. 28-31 ; VC, nn. 57-58. 

[12] Cf. SRS, n. 38. 

[13] GS, n. 75. 

[14] Cf. ChL, n. 42.  

[15] Cron. 1, p. 306 ; cf. Const. FMA : (1975), art. 1  ou  (1982), art. 4 ; cf. MB X, p. 600. 

[16] Cf. LG, nn. 2-4 ; AG, nn. 2-4 ; UR, n. 2. 

[17] Cf. LG, n. 9 § 2, n. 13 §§ 1-2, n. 17, n. 32 ; AA, n. 2 § 1 ; AG, n. 2 § 1, n. 5, n. 6, n. 10, nn. 35-37. 

[18] Cf. GS, n. 11. 

[19] Cf. ACGS, n. 163. 

[20] Expression de Saint Augustin reprise en LG, n. 11 § 2 [texte latin — le texte français la traduit par : “Eglise qu’est le foyer”]. 

[21] Cf. l’Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi de Paul VI et l’Encyclique Redemptoris Missio de Jean-Paul II. 

[22] MB XIII, p. 919 - [traduction en français] : J. BOSCO, Le système préventif dans l’éducation de la jeunesse, dans Constitutions de la Société de saint François de Sales. Edition 2005, pp. 236-242 - [citation p. 237]. 

[23] ChL, n. 32. 

[24] Cf. DCE, n. 10. 

[25] Cf. AA, n. 29 § 3 ; GS, n. 22 § 5. 

[26] Cf. AG, n. 4. 

[27] MB V, p. 577 ; Const. SDB, art. 13. 

[28] Cf. MB V, p. 573. 

[29] RINALDI F., Conferenze e scritti (LDC, Leumann - Turin 1990) p. 144. 

[30] JEAN BOSCO, Lettre “A don Giuseppe Lazzero e alla comunità degli artigiani di Valdocco”, Rome, 20 [janvier 18]74, dans Epistolario, vol. IV, p. 208, édité par Francesco Motto, LAS – Rome 2003. — [Au sujet de Valentino dont il est question plus loin, voir FRANCIS DESRAMAUT, Don Bosco en son temps, pp. 694-696]. 

[31] SAINT FRANÇOIS DE SALES, A la Présidente Brulart, Annecy, (vers le 18 février) 1605, in Œuvres, vol. XIII, p.16. 

[32] MB V, p. 367. 

[33] Atti del Capitolo Superiore, 6 janvier 1923, n. 17, p. 41. Texte partiellement repris en E. VIGANÒ, Le Père Philippe Rinaldi Témoin et Interprète authentique de l’« esprit salésien », en ACG 332, Rome, 5 décembre 1989, p. 18. 

[34] MB XIV, p. 662 ; Const. SDB, art. 19. 

[35] MB XIII, p. 283. 

[36] Cf. Const. SDB, articles 20, 34, 92. 

[37] Cf. Ibid., art. 98. 

[38] Cf. Ibid., articles 84, 87, 92. 

[39] Cf. Const. FMA, articles 17, 18, 44, 79, 114. 

[40] Cf. Ibid., articles 4, 7, 11, 14, 37, 39, 44, 79, 71.  

[41] PVA - Statuts, art. 20 § 2. 

[42] Nouveau Règlement ADMA, art. 4. 

[43] Cf. Const. SCG, art.12. 

[44] Cf. Ideario DS, art.14. 

[45] PO, n. 6 § 2. 

[46] Ibid

[47] Cf. PO, n. 6 § 5. 

[48] Cf. PASCUAL CHÁVEZ, La Famille Salésienne hier et aujourd’hui : la graine est devenue un arbre et l’arbre une forêt, Etrenne 2009 du Recteur majeur. 

[49] Const. SDB, art. 5 § 3. 

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