CG28

Lignes de programmation du Recteur Majeur pour la Congrégation à la suite du CG28

PRÉSENTATION DU RECTEUR MAJEUR

Mes chers Confrères,

Quatre mois se sont écoulés depuis la clôture du CG28 qui s'est terminé trois semaines plus tôt que prévu, en raison de la pandémie qui a rendu impossible notre séjour au Valdocco. Aujourd’hui, je m'adresse à vous avec un sentiment de joie profonde en vous présentant ce que nous avons vécu au Valdocco, et avec la satisfaction de ce qui a été, me semble-t-il, un travail fructueux, réalisé par nous tous, capitulaires, et conclu ensuite au sein du Conseil Général. L'Assemblée Capitulaire a, en effet, confié au Recteur Majeur et à son Conseil la tâche de terminer ce qui était resté inachevé au moment de la clôture anticipée du CG28.

Le document, qui parvient maintenant à tous les confrères par le biais de cette publication, a pour sous-titre « Réflexion postcapitulaire » et non pas « Documents capitulaires », comme c'était l'usage dans le passé. Et ce, parce que l'Assemblée Capitulaire n'est pas parvenue à l'approbation finale du texte par un vote. Seules quelques délibérations capitulaires, notamment celles de nature juridique, ont vu le jour au cours des quatre premières semaines de nos travaux.

Comme je l'ai dit en d'autres occasions, en raison des circonstances dans lesquelles nous avons dû vivre, le CG28 a été un Chapitre « spécial ». Cependant, cela n'a pas été un Chapitre sans lignes directrices ni lignes de programmation. En fait, le document que je vous présente contient une première partie que les confrères du Conseil Général et moi-même considérons très importante pour l'animation, le gouvernement et la vie de la Congrégation pour les six prochaines années.

Il s’agit des lignes de programmation que le Recteur Majeur propose à la Congrégation pour le sexennat 2020-2026. Dans cette ample proposition, vous trouverez, chers Confrères, la réflexion suivie par le Chapitre Général, fruit du Chapitre lui-même et de la synthèse du chemin parcouru dans notre Congrégation au cours des six années précédentes. Il s’agit d’une riche et ample réflexion qui recueille tout d'abord l'esprit de ce qui est contenu dans le Message que le Saint-Père François a envoyé au Chapitre Général ; elle rassemble également les éléments que le Pape a indiqués comme essentiels et qui étaient déjà présents dans la réflexion développée par l'Assemblée Capitulaire sur les deux premiers noyaux thématiques. Le troisième noyau – comme vous le savez – a été élaboré par le Conseil Général.

Ces lignes de programmation devront, bien sûr, être un objet d'étude, d'analyse et d'approfondissement tant pour les Provinces que pour chaque Confrère, en particulier pour les Directeurs dans leur service d'animation et de gouvernance des communautés locales. Je suppose qu’elle sera un objet d'étude pour le Provincial et son Conseil.

Je considère que, bien qu'à des rythmes différents liés à la particularité de chaque Province, toute la Congrégation devra suivre ce chemin, qui est identitaire, charismatique, et offre des lignes directrices et d'action pour notre situation actuelle.

À ces lignes de programmation du sexennat, suit le Message du Saint-Père qui touchera sans aucun doute le cœur de chaque Salésien et sera surtout un motif de méditation, d'étude, d'approfondissement et de réflexion personnelle.

Les trois noyaux thématiques proposés comme thèmes des travaux capitulaires ont connu un ample développement, même s'ils ne sont pas passés par toutes les phases d'étude et d'élaboration initialement prévues. Les textes offrent de riches réflexions, des propositions précises et appropriées pour la vie des Provinces et de toutes nos présences dans le monde.

Enfin, le document contient les délibérations capitulaires et, comme dans tous les Chapitres Généraux, quelques annexes avec des messages et des discours.

Je pense que le document que nous avons maintenant entre les mains nous permettra d'approfondir les motivations ecclésiales, charismatiques et identitaires qui nous aideront à poursuivre le chemin de fidélité qu’en tant que Congrégation et au plan personnel, nous souhaitons continuer. Aujourd'hui, notre monde, l'Église et les jeunes avec leurs familles ont besoin de nous, aujourd’hui comme hier, pour continuer à vivre un chemin de fidélité au Seigneur Jésus. Ils ont besoin de nous en tant que personnes significatives et courageusement prophétiques. Que le Seigneur nous accorde ce don ! Car avec la médiocrité et les peurs, nous ne pourrons offrir aux jeunes que peu de choses qui ne pourront pas transformer leur vie et lui donner un sens.

Je suis tout à fait convaincu que nous souhaitons tous appartenir à une Congrégation qui se sente très vivante et dans laquelle chaque confrère renouvelle chaque jour son don de lui-même : non pas d'une manière quelconque, mais en sentant que cela en vaut la peine.

Je souhaite vivement que ce CG28 « spécial » aide chaque confrère à raviver la passion apostolique qui a caractérisé notre Père Don Bosco, pour être d'autres Don Bosco aujourd'hui, dans toutes les parties du monde, dans toutes les cultures et dans toutes les situations.

J'ajoute une demande. En vous remettant ce document, avec un regard de foi et une grande confiance, je demande à chacun de vous, chers Confrères, d'en faire un motif de prière, un patient objet d'étude, de lecture attentive et méditée, afin qu'il puisse toucher votre cœur. Je vous demande d'intérioriser la spiritualité que vous trouverez dans ces réflexions capitulaires, d'entrer en dialogue avec les propositions qui se veulent significatives et prophétiques dans notre façon de les assumer et de les traduire dans notre vie. Je pense qu'un temps significatif d'étude, de prise de connaissance, d'intériorisation et de dialogue, cœur à cœur, devant le Seigneur, devrait être la tâche principale confiée à chaque confrère, à chaque Province et Vice-province, à chaque Région et à chaque Conférence Interprovinciale.

Mes bien chers Confrères, la promulgation de cette Réflexion postcapitulaire est datée du 16 août 2020, à deux cent cinq ans de la naissance de Don Bosco et à cent soixante-deux ans du début de notre Congrégation. Jusqu'à aujourd'hui, le parcours de notre Congrégation et de la Famille Salésienne a été magnifique. Si notre réponse continue à être fidèle au Seigneur, il ne fait aucun doute que bien plus beau sera ce qui sera écrit pour le bien des jeunes à travers le don quotidien de nous-mêmes, partout où il y aura un jeune qui aura besoin de Salésiens capables d'être des amis, des frères et des pères.

La Vierge Auxiliatrice, notre Mère, nous accompagne sur ce chemin et, comme pour Don Bosco, elle continuera à « tout faire ». Apprenons d'Elle ce que signifie écouter attentivement la voix de l’Esprit Saint et Lui être dociles ; apprenons à cultiver la profondeur de la vie en Dieu et le don de soi simple et convaincu chaque jour. Cela fera de nous des signes et des porteurs de plus en plus authentiques de l'Amour de Dieu pour les jeunes.

Nous nous confions à l’Auxiliatrice, notre Mère, « pour devenir, parmi les jeunes, témoins de l’amour inépuisable de son Fils. » (C 8)

Père Ángel Fernández Artime, sdb
Recteur Majeur

Rome, 16 août 2020
Anniversaire de la naissance de Don Bosco


LIGNES DE PROGRAMMATION DU RECTEUR MAJEUR POUR LA CONGRÉGATION À LA SUITE DU CHAPITRE GÉNÉRAL 28

Mes bien chers Confrères Salésiens du monde entier,

C'est avec grand plaisir que je m'adresse à vous tous après le Chapitre Général et après la conclusion de la première session plénière du nouveau Conseil Général. Avec cette lettre, que j'ai partagée avec tout le Conseil Général, j'entends vous offrir à tous, chers Confrères, une véritable « feuille de route » pour le prochain sexennat, car l'interruption du Chapitre Général, en plein déroulement, ne nous a pas permis d'avoir les documents capitulaires qui auraient été la norme et le guide pour les six prochaines années.

Face à la douloureuse réalité de la pandémie causée par le virus COVID-19, qui a frappé et continue d'affliger le monde, nous avons vécu quelque chose d'unique : l'interruption d'un Chapitre Général. C'est la première fois qu'un événement similaire se produit dans l'histoire de notre Congrégation – si nous excluons l'événement tragique de la Première Guerre Mondiale qui a rendu impossible la tenue du XIIème Chapitre Général pendant le Rectorat du Père Paul Albera : la tenue de ce Chapitre a dû attendre presque douze ans.

Dans notre cas, cependant, l'interruption des travaux du Chapitre ne veut dire en aucun cas que le 28ème Chapitre Général ait été pauvre en signification et n'ait pas produit de contenus riches. En outre, tous les capitulaires sont retournés dans leur propre Province (certains après plusieurs mois d'attente au Valdocco) enrichis par l'expérience accumulée et par un sentiment salésien nourri et renforcé aux « sources du Valdocco », sources de notre naissance charismatique.

Malgré la menace de la pandémie et le risque de suspension de l'Assemblée, le Chapitre Général a pu, au cours de la dernière semaine, élire le Recteur Majeur et tous les membres du Conseil Général, et nous confier la tâche de poursuivre la réflexion sur les points qui n'avaient pas été abordés.

Cette lettre et tout ce qui est contenu dans le volume intitulé « Réflexion postcapitulaire » se veut une réponse fidèle au mandat reçu de l'Assemblée Capitulaire.

Il faut ajouter à cela un sentiment de profonde gratitude envers le Seigneur pour ce que nous avons vécu ; surtout pour l'avoir vécu au Valdocco. En effet, notre CG28 a été marqué de manière particulière par le fait qu'il s'est déroulé au Valdocco, berceau de notre charisme, lieu saint où notre Père Don Bosco « répondait à la vie des jeunes avec un visage et une histoire ».[1] Eh bien, nous avons vécu notre Chapitre Général au Valdocco avec la claire conscience que c'est la maison de tous.

C'est ce que nous a rappelé le Saint-Père François qui voulait faire à Don Bosco, en la personne de ses fils réunis en Assemblée Capitulaire, le très beau cadeau de sa visite.

Le Pape m'avait dit quelques mois auparavant son désir personnel de venir au Valdocco. Au début du Chapitre Général, les conversations que nous avons eues avec les responsables des visites du Pape ont confirmé la visite prévue pour les 6 et 7 mars. Tout était prêt. Nous l'attendions le vendredi 6 mars à midi. Il serait resté avec nous au Valdocco jusqu'au matin du 7, puis il serait allé rendre visite à sa famille. Malheureusement, la pandémie du coronavirus et les restrictions imposées partout par l'État italien ont rendu impossible cette visite qui aurait été un événement unique dans notre histoire, du moins pour la durée de la présence du Saint-Père et sa participation directe au Chapitre Général, comme il l'avait souhaité.

Au téléphone, le Pape nous a envoyé ses salutations que j'ai partagées avec toute l'Assemblée Capitulaire ; et le lendemain, nous avions entre les mains le Message qu'il adressait au CG28 et que vous trouverez dans cette publication.

Dès le début du CG28, nous avons vécu profondément conscients de faire en sorte que « l'Esprit ravive le don charismatique de [notre] Fondateur. » C'est ce que le Saint-Père souhaitait en nous invitant à ne pas fermer les fenêtres au bruit et aux cris qui montaient de la cour du Valdocco, en évoquant le premier oratoire. Ce « bruit de fond » doit nous accompagner, nous garder sans repos et intrépides [« inquieti e intrepidi »] dans notre discernement.

Tout cela nous occupera ces six prochaines années pour le bien des jeunes du monde entier. Des jeunes qui ont pris un visage concret et visible dans le splendide groupe qui a vécu le Chapitre Général avec nous pendant quelques jours, qui nous a interpellés, qui nous a parlé avec le cœur et l'esprit, et qui nous a émus.

Et parce qu'au Valdocco tout nous parle de Don Bosco et de ses jeunes, et parce que les jeunes d'aujourd'hui nous appellent, nous parlent et nous attendent, nous nous proposons comme Congrégation quelques objectifs qui nous mettront en mesure d’apporter une réponse à la réalité d'aujourd'hui et qui nous feront sortir de nos peurs et de nos « zones de confort », où qu'elles se trouvent et quelles qu'elles soient.

Ces lignes, chers Confrères, ont pour objectif de devenir un programme d'action pour le prochain sexennat, en continuité absolue avec le chemin précédemment parcouru par la Congrégation et qui, pour ce motif également, nous donne force et courage.

Les défis que nous devons affronter au cours des six prochaines années sont divers et variés. Je vous les présente comme fruit de la réflexion effectuée au cours du Chapitre Général et après celui-ci. Je les propose à toute la Congrégation, ayant connu en détail, au cours des six dernières années, la réalité que nous vivons et, dernièrement, le cheminement de l'Église. Je les propose à toutes les Provinces, après les avoir partagés avec les membres du Conseil Général, parce que ces défis doivent être le miroir devant lequel chaque Province du monde est appelée à se confronter, et doivent devenir les critères pour définir les buts, les objectifs, les processus et les actions concrètes pour le prochain sexennat, dans tous les lieux où le charisme des fils de Don Bosco a pris racine.

Les défis auxquels nous devons répondre et les objectifs à poursuivre sont les suivants :

  • SALÉSIEN DE DON BOSCO POUR TOUJOURS. Un sexennat pour grandir dans l’identité salésienne
  • Dans une Congrégation où nous sommes invités par le « DA MIHI ANIMAS, CŒTERA TOLLE »
  • À vivre le « SACREMENT SALÉSIEN DE LA PRÉSENCE »
  • La formation pour être SALÉSIENS PASTEURS AUJOURD’HUI
  • PRIORITÉ ABSOLUE pour les jeunes, les plus pauvres, les plus abandonnés et sans défense
  • AVEC LES LAÏCS DANS LA MISSION ET DANS LA FORMATION. La force charismatique que les laïcs et la Famille Salésienne nous offrent
  • C’EST L’HEURE D’UNE PLUS GRANDE GÉNÉROSITÉ DANS LA CONGRÉGATION. Une Congrégation universelle et missionnaire
  • En accompagnant les jeunes vers un FUTUR DURABLE

 

1. SALÉSIEN DE DON BOSCO POUR TOUJOURS : « Frère ou pas frère, moi, je reste avec Don Bosco » (Cagliero). UN SEXENNAT POUR GRANDIR DANS L’IDENTITÉ SALÉSIENNE

« Le Seigneur nous a donné en Don Bosco un père et un maître.

Nous l’étudions et nous l’imitons. En lui nous admirons un splendide accord de la nature et de la grâce. Profondément humain, riche des vertus de sa race, il était ouvert aux réalités de ce monde. Profondément homme de Dieu, comblé des dons de l’Esprit Saint, il vivait "comme s’il voyait l’invisible" » (C. 21).

Dans ma dernière intervention dans la salle capitulaire, lors du discours de clôture du CG28, j'ai fait référence à un dialogue que j'avais eu, la veille, avec un confrère. Il a demandé à me parler et m'a dit : « Ne nous laissez pas seuls. Nous avons besoin d'aide pour être vraiment Salésiens, pour ne pas perdre notre identité. »

J'ai senti profondément qu'à ce moment-là, le Seigneur nous parlait aussi par l'intermédiaire de notre confrère. Et il nous faisait comprendre l'importance et l'urgence de grandir et de consolider l'identité charismatique dans notre Congrégation.

Le point de départ essentiel et fondamental est notre condition de personnes consacrées. L'avenir de la vie consacrée – et de la vie salésienne pour nous, personnes consacrées – a sa raison d'être dans son fondement qui est Jésus-Christ. Comme personnes consacrées, vivre à la suite du Christ – la sequela Christi – façonne notre identité en y intégrant notre formation pastorale. Comme personnes consacrées, comme Salésiens de Don Bosco, Dieu fait de nous « une mémoire vivante du mode d'existence et d'action de Jésus ».[2] Et le défi vocationnel, pour toute la vie consacrée, et pour nous de façon particulière en tant que Salésiens de Don Bosco, est de « revenir toujours à Jésus », en renonçant à tout ce qui n'est pas Lui ou qui nous éloigne de Lui.

Avec beaucoup d'humilité et une claire vision, nous devons reconnaître que la sortie des crises de la vie religieuse, de la vie salésienne, des difficultés de chaque Province, ne se trouvera pas dans de nouveaux projets, ni dans des plans stratégiques, ni dans une « programmation 3.0 ». La plupart du temps, face au désenchantement, à la fatigue existentielle, au manque de motivation..., il s'agit de revenir au Christ, à la vie religieuse, à la vie consacrée salésienne. Parce que nous pouvons vivre en croyant à tort qu'en faisant des choses, tout prend un sens. Non, chers Confrères : sans Jésus-Christ au centre de nos pensées, de nos sentiments, de notre vie, de nos rêves, de notre travail..., il n'y a pas d'avenir, et nous ne pouvons rien offrir de significatif. Selon les mots du Pape François : « Le Seigneur demande tout ; et ce qu’il offre est la vraie vie, le bonheur pour lequel nous avons été créés. Il veut que nous soyons saints et il n’attend pas de nous que nous nous contentions d’une existence médiocre, édulcorée, sans consistance. »[3]

N'oublions pas que la mission salésienne et la Congrégation elle-même sont nées de Dieu, suscitées par son Esprit : « Humblement et avec action de grâce, nous croyons que la Société de saint François de Sales est née, non d’un simple projet des hommes, mais par l’initiative de Dieu » (C 1) ; et que chacun de nous, Salésiens de Don Bosco, est envoyé aux jeunes par Dieu lui-même (cf. C 15).

Après ce Chapitre Général  28 « spécial », je pense que l'on attend de nous, Salésiens, 162 ans après le début de notre Congrégation, que nous soyons prêts et disponibles à écouter le souffle de l'Esprit de Dieu, l'Esprit Saint, pour continuer à avoir Jésus Christ Seigneur comme fondement et centre de notre vie, pour renouveler la prophétie qui doit caractériser notre vie, et pour continuer à grandir en humanité, jusqu'à devenir ces « experts en humanité » qui savent regarder et contempler, jusqu'à se laisser émouvoir par la douleur et les besoins de nos frères et sœurs (à commencer par ceux de nos communautés), des jeunes, garçons et filles, et de leurs familles. Nous devons prendre notre service prophétique au sérieux. Notre contribution spécifique est d'être une icône du style de vie de Jésus totalement consacré au Père et à son projet pour l'humanité : le Royaume. On attend donc de nous que nous soyons signes et témoins de la présence paternelle de Dieu – qui est une présence douce, capable d'un regard de tendresse et les bras ouverts, grands ouverts surtout aux plus pauvres, à nos jeunes – en faisant de notre fraternité une réalité, en la rendant attrayante, fascinante, et en vivant avec simplicité et sobriété.

Le Seigneur Ressuscité invitait ses disciples à retourner en Galilée pour le rencontrer et le revoir. Cette invitation est pour nous d'une grande actualité et, m'exprimant en clé salésienne, je voudrais dire que notre Galilée pour la rencontre avec le Seigneur aujourd'hui, comme Salésiens de Don Bosco, passe par le Valdocco, les débuts du Valdocco, même fragiles, mais avec la force et la passion contenues dans la fameuse phrase : « Frère ou pas frère, moi, je reste avec Don Bosco », que le jeune Jean Cagliero a exprimée avec toute l'ardeur et l'enthousiasme de sa jeunesse. Le Valdocco est, en fait, l'atmosphère spirituelle et apostolique où chacun de nous respire l'air de l'Esprit, où nous nourrissons et renforçons notre identité charismatique. C'est le lieu de la « transfiguration » pour chaque Salésien qui, s'appliquant à tous les éléments de notre spiritualité, peut contribuer à faire de chacune de nos maisons un authentique Valdocco, où il sera possible de rencontrer notre Seigneur Jésus Christ face à face dans la vie quotidienne.

Jésus passe, regarde avec amour et nous appelle à le suivre. Et dans le mystère de cet appel, dans le regard qui ne nous juge pas mais nous sonde et nous fixe, dans l'aventure qui nous entraîne à marcher sur ses traces, chacun peut découvrir le projet que Dieu a pensé pour chacun de nous de façon originale. Aujourd'hui, beaucoup de ceux qui décident de quitter la Congrégation souffrent de la même chose : ne pas avoir été en contact avec le Seigneur Jésus et ne pas avoir eu la même passion que le jeune Cagliero pour rester avec Don Bosco afin de suivre Jésus. Voilà pourquoi, parfois, toute autre offre pastorale qui a des lueurs d'autonomie, d'autogestion, d'indépendance, de gestion de sa propre vie et de ses ressources économiques, exerce chez certains frères une fascination suffisante pour les pousser à demander à aller ailleurs. Nous devons honnêtement reconnaître que c'est le cas. Parfois, même le don du ministère sacerdotal n'est pas pleinement compris, qui est exploité et vécu comme « pouvoir ». Ce fait obscurcit l'alliance que Dieu a établie avec nous dans le don de la consécration religieuse qui est au centre de notre vie personnelle et communautaire.

 

PROPOSITION

Ce sexennat devra se distinguer par un travail en profondeur dans la Congrégation pour croître en profondeur charismatique, en identité salésienne, dans toutes les phases de la vie, avec un engagement sérieux dans chaque Province et dans chaque communauté salésienne, pour en arriver à dire comme Don Bosco : « J’ai promis à Dieu que ma vie, jusqu’à son dernier souffle, serait pour mes pauvres garçons. »[4]

Pour cette raison :

  • À chaque étape de la formation, avec la profondeur qui lui correspond, nous prendrons soin, comme une urgence et une nécessité inéluctables, des éléments qui donnent de l'identité charismatique à chaque Salésien et qui nous font être amoureux de Don Bosco et des jeunes avec le cœur de Jésus Bon Pasteur.
  • Nous donnerons la priorité aux caractéristiques de notre identité charismatique de personnes consacrées qui font de nous des signes prophétiques : une vie heureuse enracinée dans l'Évangile, une foi forte ancrée en Dieu, une communion qui rend la vie communautaire attrayante, une attitude prophétique face à l'injustice et au mal, et un regard d'espoir accompagné d'un désir de conversion.
  • Dans les Provinces, il faudra discerner avec soin les obédiences données aux confrères, afin de ne pas risquer de perdre le sens authentique et la passion du cœur salésien, et de ne pas tomber dans des formes de généricisme charismatique ou de se diriger vers des réalités pastorales diocésaines qui conduisent à se séparer de la Congrégation.
  • Nous continuerons à être très attentifs à ce que, en tant que Congrégation, nous ne soyons pas pris par le « virus du cléricalisme et du carriérisme ».[5]
  • Dans la réflexion et le partage au sein de chaque communauté, nous valoriserons la première partie du document « Animation et gouvernance de la communauté. Le service du Directeur Salésien », qui présente « l'identité consacrée salésienne ».

 

2. Dans une Congrégation où est URGENT le « DA MIHI ANIMAS CŒTERA TOLLE »

« Humblement et avec action de grâce, nous croyons que la Société de saint François de Sales est née, non d’un simple projet des hommes, mais par l’initiative de Dieu. Pour contribuer au salut de la jeunesse, "cette part, la plus délicate et la plus précieuse de la société humaine", l’Esprit Saint suscita, avec l’intervention maternelle de Marie, saint Jean Bosco.

Il forma en lui un cœur de père et de maître, capable de se donner totalement : "J’ai promis à Dieu que ma vie, jusqu’à son dernier souffle, serait pour mes pauvres garçons ". » (C 1)

 

Les témoignages des débuts de notre histoire congrégationnelle et la réflexion qu'elle a développée au fil des ans mettent en évidence un fait très significatif : l'expression qui exprime le mieux le zèle et la charité pastorale des Salésiens de Don Bosco est « Da mihi animas, cœtera tolle ». Le jeune Dominique Savio qui, en présence de ce jeune prêtre de 34 ans qu'était Don Bosco, a vu cette inscription à l'entrée de son bureau, l'a parfaitement comprise : « J’ai compris. Ici, on ne fait pas commerce d’argent, mais commerce d’âmes, j’ai compris. »[6] En regardant Don Bosco, nous apprenons sa profonde spiritualité et ces qualités particulières d'éducateur qui ont marqué sa façon d'entrer en relation avec les adolescents et les jeunes. En Don Bosco et dans son histoire, nous rencontrons le fondement de notre action éducative et pastorale qui se caractérise par une proposition très concrète de vie chrétienne, par l'attention portée à chaque jeune, en s'engageant à lui proposer les réponses concrètes dont il a besoin, par la confiance en la présence de Dieu.

Notre tâche, surtout dans l'accompagnement des jeunes, doit se caractériser par la capacité pédagogique et spirituelle créative, typique de notre Père Don Bosco, à travers laquelle nous pouvons surmonter les distances par rapport à la sensibilité des nouvelles générations, en leur offrant une écoute aimante et une compréhension compatissante, en suscitant les grandes questions sur le mystère de la vie et en les aidant à chercher le Seigneur et à Le rencontrer.

Le Chapitre Général 26 a abordé précisément tout cela en réfléchissant sur la devise de Don Bosco : « Da mihi animas, cœtera tolle ». Avec la vision d'aujourd'hui et avec la connaissance de notre réalité, je pense pouvoir dire que pour nous, il est nécessaire et urgent que notre Congrégation vive, respire et marche en essayant de faire du « Da mihi animas, cœtera tolle » une réalité dans l'annonce de l'Évangile, en faveur de nos jeunes et pour notre propre bien.

Notre mission nous place très souvent à la frontière, là où nous entrons habituellement en contact avec des chrétiens d'autres confessions, avec des membres d'autres religions, avec des non-croyants ou des croyants éloignés : nous devons accomplir notre mission avec eux et pour eux aussi. Chaque temps et chaque lieu est propice à l'annonce de l'Évangile.

Mes chers Confrères, aujourd’hui, après le CG28 :

  • Il est urgent de donner la priorité absolue à l'engagement pour l'évangélisation des jeunes avec des propositions conscientes, intentionnelles et explicites. Nous sommes invités à leur faire connaître Jésus et la Bonne Nouvelle de l'Évangile pour leur vie.
  • Il est urgent d'aider les jeunes (et leurs familles) à découvrir la présence du Christ dans leur vie comme la clé du bonheur et du sens de l'existence.
  • Il est urgent d'accompagner les enfants, les adolescents et les jeunes dans leur processus d'éducation à la foi, afin qu'ils puissent adhérer personnellement à la personne du Christ.
  • Il est urgent d'être de « vrais éducateurs » qui, à partir de leur expérience personnelle, accompagnent le jeune dans le dialogue avec Dieu dans la prière et la célébration des sacrements.

Sans cela, chers Confrères, d'autres efforts titanesques de la Congrégation tendront à fournir une bonne promotion humaine et une assistance sociale – qui sont toujours fort nécessaires et font partie de notre identité charismatique – mais ne nous conduiront pas à la première raison pour laquelle l'Esprit Saint a suscité le charisme salésien en Don Bosco : « Fidèles aux tâches que Don Bosco nous a transmises, nous sommes évangélisateurs des jeunes » (C 6). Le premier objectif de notre pastorale auprès des jeunes est la conversion des personne à l'Évangile de Jésus-Christ.

Avec toutes les nuances de la sensibilité historique, dont nous devons tenir compte, et la compréhension linguistique de l'époque, que nous considérons nécessaire, nous ne pouvons pas négliger l'élément essentiel et constitutif qui a caractérisé l'action éducative et pastorale de Don Bosco, que le Recteur Majeur, Père Vecchi, exprimait comme suit : « La pédagogie de Don Bosco est une pédagogie de l'âme, de la grâce, du surnaturel. Lorsque nous réussissons à activer cette énergie, commence le travail d'éducation le plus fructueux. L'autre, valable en soi, est propre et concomitant à celui-ci qui le transcende.»[7]

Le « cœtera tolle » nous rend prêts à abandonner tout ce qui nous empêche d'aller vers ceux qui ont le plus besoin de nous. C'est l'ascèse qui émane de l'option précédente, renonçant à beaucoup de choses (goûts personnels, préférences, et même actions et services légitimes), à ce qui ne nous permet pas de consacrer toutes les énergies du cœur pastoral à ce à quoi nous avons donné la priorité.

 

PROPOSITION

  • C’est pourquoi, je propose à notre Congrégation, pour le prochain sexennat, d’être exigeants avec nous-mêmes en répondant à l’« URGENCE DE PROPOSER À NOUVEAU AVEC UNE PLUS GRANDE CONVICTION LA PREMIÈRE ANNONCE parce que "Rien n’est plus 'solide', plus profond, plus sûr, plus dense et plus sage que cette annonce." (ChV, 214)».[8]

 

Pour cette raison :

  • Le Recteur Majeur et son Conseil, et chaque Province, s'engageront, durant ce sexennat, à prendre les décisions appropriées pour qualifier la présence salésienne dans l'évangélisation et l'éducation à la foi. Il s'agit ici d'une authentique conversion pastorale, personnelle et communautaire à laquelle nous sommes appelés.
  • Nous devrons promouvoir une pastorale des jeunes qui les accompagne en vue de leur maturation personnelle, de leur croissance dans la foi, et qui ait pour principe unificateur la dimension vocationnelle (DF 140, ChV 254).[9]
  • Nous continuerons à travailler à tous les niveaux de notre Congrégation pour provoquer « un changement de mentalité face à la mission à accomplir » (Pape François au CG28).[10]
  • Nous ferons connaître et estimer comme pilier fondamental de notre œuvre d'évangélisation et d'éducation ce qui a été essentiel pour Don Bosco et pour tant de générations de Salésiens : la merveilleuse présence de notre Mère, la Vierge Auxiliatrice, dans nos propositions éducatives et dans notre prière avec les jeunes.

 

3. VIVRE LE « SACREMENT SALÉSIEN » DE LA PRÉSENCE

« Notre vocation est marquée par un don spécial de Dieu, la prédilection pour les jeunes : " Il suffit que vous soyez jeunes, pour que je vous aime beaucoup." Cet amour, expression de la charité pastorale, donne son sens à toute notre vie.

Pour leur bien, nous offrons avec générosité notre temps, nos talents et notre santé : " Pour vous j’étudie, pour vous je travaille, pour vous je vis, pour vous je suis disposé à donner jusqu’à ma vie". » (C 14)

 

Dans son Message au Chapitre, le Pape François nous a parlé de « l'option Valdocco » et du « charisme de la présence », ce charisme que je me permets de qualifier librement de « sacrement salésien » de la présence. Le Pape écrit ceci : « Avant même des choses à faire, le Salésien est un rappel vivant d'une présence où disponibilité, écoute, joie et dévouement sont les notes essentielles pour susciter des processus. La gratuité de la présence sauve la Congrégation de toute obsession militante et de tout réductionnisme technico-fonctionnel. Le premier appel est d'être une présence joyeuse et gratuite parmi les jeunes. » Notre être de disciples du Seigneur, notre manière authentique et profonde d'être apôtres de la jeunesse, passe avant tout par notre présence parmi les gens et, d'une manière spéciale, parmi les enfants et les jeunes.

Ce qui a été dit de manière familière ne peut pas être mieux exprimé. Il s'agit, chers Confrères, de retrouver le premier amour vocationnel, celui que nous avons tous éprouvé lorsque nous avons senti que le Seigneur nous appelait à être une présence joyeuse et gratuite parmi les jeunes. J'ose dire qu'il n'y a pas un seul Salésien qui, d'une manière ou d'une autre, n'ait ressenti cela dans son cœur.

Au cours du CG28, nous avons réfléchi sur cet aspect. Nous avons réalisé que de nombreux jeunes vivent dans une véritable situation d’« orphelins », même s'ils ont des parents. Les jeunes eux-mêmes nous ont dit dans leur message au CG28 : « Nous avons peur, nous sommes embarrassés, frustrés et avons besoin d'être aimés... Une des conséquences de notre peur est la difficulté que nous éprouvons à nous engager ... Nous pensons que notre société est individualiste et que nous aussi, nous sommes souvent individualistes... Nous voulons être capables de "retourner à l'essentiel du premier amour" (ChV 34) qui est le Christ, à sa façon d’être compagnon et ami des jeunes. Notre recherche d'épanouissement spirituel et personnel nous préoccupe. Nous voulons avancer vers la croissance spirituelle et personnelle, et nous voulons le faire avec vous, les Salésiens.»[11]

Nous ne doutons pas de cette vérité des jeunes eux-mêmes, que nous avons en même temps reconnue dans la salle capitulaire : « Ils nous demandent du temps et nous leur donnons de l'espace ; ils nous demandent des relations et nous leur fournissons des services ; ils nous demandent une vie fraternelle et nous leur offrons des structures ; ils nous demandent de l'amitié et nous leur organisons des activités. Tout cela nous engage à redécouvrir les richesses et le potentiel de "l'esprit de famille".»[12]

Ces mêmes jeunes qui nous ont accompagnés pendant le Chapitre Général nous ont lancé un appel fort à être une présence significative pour eux. Ils nous ont dit explicitement : « Notre recherche d'épanouissement spirituel et personnel nous préoccupe. Nous voulons avancer vers la croissance spirituelle et personnelle, et nous voulons le faire avec vous, les Salésiens (…) Nous aimerions que vous, précisément, nous guidiez avec amour dans les réalités que nous vivons (...) Salésiens, n'oubliez pas les jeunes car nous, nous ne vous avons pas oubliés, ni vous ni le charisme que vous nous avez appris ! Cela, nous voulons l'exprimer de tout notre cœur. En étant ici [au Chapitre], nous avons réalisé un rêve : nous trouver en cet endroit spécial du Valdocco, là où a commencé la mission salésienne, réunissant Salésiens et jeunes pour la mission salésienne, avec notre volonté d'être saints ensemble. Vous avez notre cœur entre vos mains. Vous devez prendre soin de votre précieux trésor. S'il vous plaît, ne nous oubliez pas et continuez à nous écouter.»[13]

Chers Confrères, c'est un grand privilège de sentir battre le cœur des jeunes ! Et je ne doute pas que dans toute la Congrégation, il n'y ait de nombreux confrères qui sont aujourd'hui pour les jeunes de vrais Don Bosco. Mais je ne m'en contente pas. Nous devons l'être tous. Nous devons continuer sur la voie de la conversion. Cet engagement exige de nous un changement de mentalité et de rythmes de vie, une mentalité et un cœur ouverts, un dépassement d'habitudes enracinées et cristallisées. Les jeunes nous disent qu'ils nous aiment bien, qu'ils ont besoin de nous, qu'ils nous attendent. L'expression de Don Bosco « applique-toi à te faire aimer » est aujourd'hui d'une grande actualité. La présence ne consiste pas uniquement à passer du temps avec les jeunes en groupe mais de les rencontrer individuellement, personnellement, pour instaurer une relation qui permette de connaître et d'entendre leurs désirs, leurs difficultés et leurs efforts et, parfois, leurs peurs et leurs craintes. C'est une relation qui veut aller au-delà d'une connaissance superficielle, qui offre une amitié caractérisée par la confiance mutuelle et par le partage réciproque. La bonté affectueuse (« amorevolezza ») est ainsi devenue la forme substantielle de la charité de Don Bosco. Il nous demande aujourd'hui, comme dans la Lettre de Rome de 1884, d’être capables de nous rencontrer, d’être disponibles à l'accueil et capables de familiarité. Comme Don Bosco, nous devons cultiver encore l'art de faire le premier pas, en éliminant distances et barrières, et en faisant naître la joie et le désir de se revoir, d'être amis. Cet art consiste aussi à créer, avec patience et dévouement, une atmosphère riche d'humanité, un climat familier où les enfants et les jeunes se sentent tout à fait libres et capables de s'exprimer et d'être eux-mêmes, en assimilant avec joie les valeurs qui leur sont proposées. Cette pédagogie de l'esprit de famille est aussi une école de la foi pour les jeunes. Nous leur offrons amour et accueil inconditionnel pour qu'ils puissent découvrir progressivement et à partir d'une option de liberté personnelle, la confiance et le dialogue, ainsi que la célébration et l'expérience communautaire de la foi.

Et n'oublions pas que la présence salésienne est une présence particulière, c’est-à-dire que le Salésien traite les jeunes avec un profond respect, les rencontre à leur niveau de liberté, et les traite comme des sujets actifs et responsables de la communauté éducative et pastorale. Pour cela, le Salésien apprend un style d'écoute, de dialogue et de discernement personnel et communautaire. Et cela vaut non seulement pour la pastorale parmi les jeunes mais aussi dans les maisons de formation où « l'on apprend à être Salésiens ».

Mais cette modalité de présence n'est pas possible si l'on se tient à distance des jeunes : loin d'eux physiquement et loin de leur psychologie et de leur monde culturel. Là est le danger. La juste alternative est de vivre comme Salésiens, comme fils de Don Bosco, la même expérience de paternité qu'il a lui-même vécue avec ses jeunes et qui se traduit en un véritable amour et, en même temps, en une réelle « autorité » envers les jeunes eux-mêmes. Et ce, à partir de la grande valeur qu'a pour nous la présence au milieu des jeunes. Dans le message du Pape au CG28, on peut lire : « Votre consécration est, avant tout, le signe d'un amour gratuit du Seigneur et pour le Seigneur chez ses jeunes, qui ne se définit pas principalement par un ministère, une fonction ou un service particulier, mais par une présence. Avant même des choses à faire, le Salésien est un rappel vivant d'une présence où disponibilité, écoute, joie et dévouement sont les notes essentielles pour susciter des processus. La gratuité de la présence sauve la Congrégation de toute obsession militante et de tout réductionnisme technico-fonctionnel. Le premier appel est d'être une présence joyeuse et gratuite parmi les jeunes. »

Je me permets de rappeler qu'aujourd'hui, la présence concerne aussi le monde numérique, un nouvel et véritable aréopage pour nous, un habitat des jeunes d'aujourd'hui. Ici aussi nous devons être présents avec une claire identité salésienne, avec le désir d'annoncer la Bonne Nouvelle, tout naturellement avec la joie et la simplicité des disciples du Seigneur.[14]

 

PROPOSITION

Pour ce sexennat, je propose, comme expression de notre CONVERSION, ce qui est déjà demandé par le CG26, à savoir :

« Que le Salésien trouve le temps de se tenir au milieu des jeunes en ami, en éducateur et en témoin de Dieu, quel que soit son rôle dans la communauté ».[15]

Bien qu'il semble étrange de devoir demander à un Salésien de trouver du temps pour être avec les jeunes, je pense que c'est extrêmement nécessaire.

 

Pour cette raison, on propose de

  • Promouvoir une présence effective et affective parmi et avec les jeunes, en communion de vie et d'action. Et valoriser et relancer la belle expérience et la figure renouvelée de l'assistant, non seulement pour le stagiaire (« tirocinante ») mais pour toute la vie du Salésien de Don Bosco.
  • Soigner le style « oratorien » (oratoire-centre de jeunes) dans chaque présence : l'atmosphère familiale, l'accueil, la spiritualité et la dimension de la joie profonde.
  • Accompagner le dynamisme des jeunes en promouvant leur protagonisme et leur leadership dans chaque maison et dans la mission salésienne qui s'y déroule.
  • Assurer la présence de formateurs dans les communautés de formation où l'esprit salésien est communiqué avant tout par l'exemple : être parmi les jeunes confrères, en les aidant fortement à être les premiers responsables de leur propre formation.
  • Engager le Dicastère pour la Communication Sociale, à différents niveaux, à offrir des instruments et des stimulants pour un processus constant de vérification, d'actualisation, d'inculturation de la mission salésienne dans l'habitat numérique où vivent les jeunes, en impliquant nos universités, en réseau avec d'autres Centres et Agences qui suivent et étudient de plus près les transformations que le monde numérique apporte parmi les nouvelles générations.

 

 4. LA FORMATION POUR ÊTRE SALÉSIENS PASTEURS AUOURD’HUI

« Eclairé par la personne du Christ et par son Evangile vécu selon l’esprit de Don Bosco, le salésien s’engage dans un processus de formation qui dure toute la vie, et il en respecte les rythmes de maturation. Il fait l’expérience des valeurs de la vocation salésienne dans les divers moments de son existence et accepte l’ascèse qu’un tel cheminement comporte.

Avec l’aide de Marie, mère et maîtresse de vie, il s’efforce de devenir éducateur pasteur des jeunes, selon la forme de vie, laïque ou sacerdotale, qui lui est propre. » (C 98)

 

La formation est vraiment un cadeau précieux du Seigneur qui fait mûrir en nous, en tant que Salésiens de Don Bosco, le don inestimable de l'appel du Père à la vocation chrétienne et consacrée. Bien que la réalité numérique des vocations ne soit pas homogène partout dans le monde, la Congrégation est bénie chaque année avec l'entrée de quelque 450 novices. Remercions Dieu parce que, comme le disent nos Constitutions, chaque appel manifeste combien le Seigneur aime l'Église et notre Congrégation (cf. C 22).

Cependant,  l'Assemblée capitulaire a également reconnu certaines de nos faiblesses et les a exprimées ainsi : « En effet, nous constatons que l'identité consacrée salésienne semble parfois faible et peu enracinée : le primat de Dieu dans la vie personnelle et communautaire n'apparaît pas toujours clairement ; des formes de cléricalisme et de sécularisme risquent d'introduire la « mondanité spirituelle » dans la Congrégation ; la promotion du Salésien laïc reste rare dans certaines régions ; le manque de personnel formé dans le domaine de la salésianité, malgré l'abondance du matériel disponible, est le signe d'une attention insuffisante à l'approfondissement du charisme.»[16] De fait, cette requête est apparue très fortement au cours des travaux de notre CG28.

J’oserais dire que si cela se produit dans toutes les Congrégations religieuses, et même dans la formation des séminaires diocésains, la distance abyssale que l'on perçoit entre la formation et la mission salésienne est sans aucun doute un grand défi pour nous. Peut-être cette distance est-elle due à la grande différence qui existe entre la réalité des maisons de formation initiale et la vie dans les communautés apostoliques (les communautés habituelles de toutes les Provinces) ; peut-être le phénomène dépend-il aussi du fait que la formation ne réussit pas toujours à toucher le cœur du jeune Salésien en formation ; peut-être dans le cursus de formation transmettons-nous des connaissances et des informations qui ne réussissent pas à toucher la vie et la mission salésienne. La croissance est un processus lent d'unification de la personne, qui met en relation expériences de la vie, besoins existentiels, connaissances, mission, rapports, vocation, projet de vie… Dans ce processus d’unification, nous nous formons pour être des éducateurs et des pasteurs dans un monde nouveau et dans une mission renouvelée. Quelle que soit la raison des limites de la formation que nous constatons, nous nous trouvons face à un grand défi que la Congrégation a mis en évidence et que nous devons affronter avec décision au cours du sexennat.

D'un autre côté, on ne peut nier qu'il existe cette conviction dangereuse selon laquelle la formation se terminerait après avoir accompli les étapes initiales ; et, dans le cas des candidats à la prêtrise, qu’elle coïnciderait avec leur accès au ministère. Cette idée fausse nous fait beaucoup de mal et nous conduit à payer des prix élevés dans le ministère pastoral. Il s'agit donc de comprendre la formation comme un processus de transformation personnelle qui dure toute une vie, même s'il se caractérise par une intensité particulière et avec une attention spécifique dans les premières étapes. En définitive, la formation est un cheminement nécessaire pour construire et sauvegarder notre vocation.

Souvent, nous ne savons pas transformer la vie pastorale quotidienne en une opportunité permanente pour notre formation et « c'est pourquoi la communauté – tant religieuse que pastorale et éducative – n'est pas en mesure de devenir le milieu naturel et ordinaire dans lequel on se forme. »[17] Nous sommes conscients de certaines faiblesses pastorales possibles : superficialité, improvisation, activisme. Le danger de l'individualisme n'est pas moins important. Tout cela demande de l'humilité, de la clarté, de l'authenticité et une nouvelle impulsion dans la compréhension communautaire de notre vie et de notre mission.

Comme cela a été dit au Chapitre Général, la formation initiale est une réalité multiforme, positive et prometteuse. Face à cette situation, la formation des formateurs, c'est-à-dire des confrères qui, avec une « vocation particulière dans leur propre vocation », accompagnent la formation des jeunes Salésiens ; et la constitution de bonnes équipes de personnes qui puissent accompagner les étapes de la formation est une réelle urgence et une réelle priorité, puisque la communauté est le premier lieu de formation.

Doit-on parler de la nécessité d'adopter un nouveau style de formation ? Dans son message au Chapitre Général, le Pape François nous en parle : « Penser à la figure du Salésien pour les jeunes d'aujourd'hui implique d'accepter que nous sommes plongés dans un temps de changements, avec toute l'incertitude qui en découle. »[18] « Il est donc nécessaire de renouveler notre style de formation, qui doit être pensé de plus en plus de manière personnalisée, holistique, relationnelle, contextuelle et interculturelle. »[19] Nous devrons continuer à avancer pour mettre en place et vivre réellement la formation dans l'horizon de la vocation, et donc bien loin d'être comprise, comme nous avons parfois tendance à le faire, uniquement comme un devoir qui dure quelques années et que l’on doit nécessairement accomplir pour arriver à la « vie réelle », à la vie concrète, à celle que l'on recherchait. Quel concept dangereux de la formation que celui qui oppose la vie réelle à la formation du Salésien éducateur et pasteur !

En somme, la formation est un véritable travail artisanal, tant de la part de ceux qui accompagnent les confrères que de la part de chacun dans son propre processus de formation. Dans ce domaine aujourd'hui, il n'y a pas de place pour la « production en série ». L'artisanat parle d'œuvres d'art uniques, faites à la main, une par une. En parlant de ce travail artisanal, nous ne pouvons aujourd'hui négliger la figure de la femme dans les milieux éducatifs salésiens. En effet, « la présence de la femme dans un grand nombre de nos œuvres est un donné de fait, tant parmi nos destinataires que parmi les responsables de l'éducation. »[20] En ce sens, le Pape François nous a lancé un appel fort dans son Message en disant : « Qu'en serait-il du Valdocco sans la présence de Maman Marguerite ? Vos maisons auraient-elles été possibles sans cette femme de foi ? […] Sans une présence réelle, effective et affective des femmes, vos œuvres n'auraient pas le courage et la capacité de décliner la présence comme hospitalité, comme maison. Face à la rigueur qui exclut, nous devons apprendre à générer la nouvelle vie de l'Évangile. Je vous invite à poursuivre une dynamique dans laquelle la voix de la femme, son regard et son action – appréciés dans leur singularité –  trouvent un écho dans la prise de décision, en tant qu'acteur non auxiliaire mais constitutif de vos présences. »

Un style et un modèle de formation renouvelés, même avec le ton quasi solennel qu'y met le Pape François, ne seront pas possibles si l'on oublie le protagoniste le plus important qui n'est ni le formateur ni la personne en formation, mais l'Esprit Saint, l'Esprit de Dieu, envers qui chacun de nous doit être docile. Pour cette raison, nos Constitutions se souviennent que « chaque Salésien assume la responsabilité de sa formation. » (C 99) Permettez-moi d'ajouter que chaque confrère doit laisser l'Esprit Saint transformer son cœur tout au long de sa vie et à tout moment.

Un parcours formateur vécu de cette manière nous permettra de consolider dans la Congrégation ce que j'ai affirmé dans les pages précédentes : le « Da mihi animas » doit être le moteur de la passion éducative et évangélisatrice, et aussi « l'énergie » de tout le processus de formation.

En fait, la nature apostolique de notre charisme détermine notre formation de manière décisive. Comme nous le rappelle le Pape François dans son message, « il est important de faire valoir que nous ne sommes pas formés pour la mission, mais que nous sommes formés dans la mission, à partir de laquelle tourne toute notre vie, avec ses choix et ses priorités. La formation initiale et la formation permanente ne peuvent pas être une instance préalable, parallèle ou séparée de l'identité et de la sensibilité du disciple. »

Il est évident que nous avons devant nous l'un des noyaux thématiques essentiels du cheminement de la Congrégation pour les six prochaines années : prendre soin de la vocation de chaque confrère en particulier, et des jeunes confrères en formation, de telle manière que nous arrivions tous à être Salésiens de Don Bosco de qui nos enfants, nos jeunes et leurs familles ont besoin aujourd'hui.

 

PROPOSITION

Nous nous engageons à combler le fossé entre formation et mission en favorisant dans la Congrégation une culture renouvelée de la formation dans la mission pour aujourd'hui, à travers le monde salésien, par des mesures et des décisions très importantes.

 

Pour cette raison :

  • Nous promouvons un engagement renouvelé dans l'accompagnement formatif des confrères, qui puisse toucher le cœur et nous rendre disponibles pour un don de soi vrai et radical. À cet effet, nous valorisons le document « Jeunes Salésiens et Accompagnement. Orientations et Directives », où l'on réaffirme que notre modèle de formation ne peut être que le Système Préventif.
  • Les communautés de formation initiale conserveront un style de vie sobre et caractérisé par une profondeur spirituelle et une grande capacité de service et de travail, qui préserve de l'embourgeoisement et forme aux besoins de la mission. L'accompagnement pastoral sera garanti comme stratégie fondamentale pour une formation à la mission et dans la mission.
  • Nous investissons nos énergies dans la recherche et la formation de formateurs et affrontons courageusement la remise en question des références institutionnelles et des structures de formation.
  • Le Secteur de la Formation effectuera un travail sérieux et exigeant de mise à jour de la Ratio, en renforçant ce qui favorise l'intégration entre formation et mission, et empêche que se produise un écart entre les deux dimensions. Le Secteur garantira des processus de véritable maturation, de personnalisation et d'accompagnement.

 

5. PRIORITÉ ABSOLUE POUR LES JEUNES, LES PAUVRES ET LES PLUS ABANDONNÉS ET SANS DÉFENSE

« Le Seigneur a indiqué à Don Bosco les jeunes, spécialement les plus pauvres, comme premiers et principaux destinataires de sa mission.

Appelés à cette même mission, nous en saisissons l’extrême importance : les jeunes vivent à l’âge des choix de vie fondamentaux qui préparent l’avenir de la société et de l’Eglise.

Avec Don Bosco nous réaffirmons notre préférence pour la "jeunesse pauvre, abandonnée, en péril", qui a le plus besoin d’être aimée et évangélisée, et nous travaillons spécialement dans les lieux de plus grande pauvreté. » (C 26)

 

J'aimerais commencer à développer cette priorité à partir des quelques phrases que j'ai pu consacrer à cette question dans ma dernière intervention dans la Salle Capitulaire, avant la conclusion anticipée de notre CG28. Je peux vous assurer, chers Confrères, que les mots étaient peu nombreux mais la conviction était forte et grande.

J’ai dit : « Je rêve que dire aujourd'hui "Salésiens de Don Bosco" signifie dire consacrés "fous", c'est-à-dire des Salésiens qui aiment avec un vrai cœur salésien, voire "un peu fou", orienté vers les plus pauvres.

« Chers Confrères, si nous nous éloignons des plus pauvres, ce sera la mort de la Congrégation. Don Bosco l'a dit en parlant de pauvreté et de richesse. Je me permets d'ajouter : si, un jour, nous abandonnons les jeunes, et parmi eux les plus pauvres, commencera alors le déclin de la Congrégation, une Congrégation qui, grâce à Dieu, jouit aujourd'hui d'une bonne santé, malgré nos fragilités !

« Restons donc attentifs à ce que je considère comme une authentique "résolution capitulaire", non pas au sens propre car son contenu se trouve déjà dans nos Constitutions : une option radicale, préférentielle, personnelle, institutionnelle et structurelle en faveur des jeunes les plus défavorisés, les plus pauvres et les exclus. C'est une option qui se manifeste tout particulièrement dans la défense des enfants et des jeunes exploités et victimes de toutes formes d’abus : depuis l’abus sexuel jusqu’à la violence, depuis l’injustice jusqu’à l’abus de pouvoir. Ce quatrième défi est un très bel engagement que chaque Salésien doit porter dans son cœur. Un sexennat guidé par cette lumière nous donnera beaucoup de vie. »

Je suis convaincu que le fait d'assumer cette perspective comme indispensable sera très significatif dans toute la Congrégation et dans tous les contextes, cultures et continents. Aujourd'hui, il existe de nombreuses pauvretés chez les jeunes, qui exigent une attention urgente de la part de toute la famille humaine, et sans aucun doute de notre part à nous, Salésiens, d'une manière particulière. En effet, l'histoire de notre Congrégation se caractérise par des appels à aller à la rencontre des jeunes les plus pauvres. « Comme fils de Don Bosco, [les Salésiens] ont contracté un engagement historique à servir les jeunes pauvres. »[21]

Notre Père Don Bosco lui-même nous a dit en son temps : « Tout le monde nous verra et nous accueillera avec sympathie, à condition que nos préoccupations et nos requêtes soient en faveur des enfants des pauvres, ceux qui sont le plus en péril dans la société. Ce doit être pour nous la plus grande satisfaction que personne ne puisse nous enlever. »[22]

Il y a de nombreuses années, le CG19 déclarait : « Aujourd'hui plus que jamais, Don Bosco et l'Église nous envoient travailler parmi les pauvres, les moins fortunés et le peuple. »[23] Le CG20 a parlé aussi de la priorité absolue des « jeunes » et parmi eux « les pauvres et les abandonnés » lorsqu'il a demandé qui étaient les destinataires concrets de notre mission.[24]

Nous avons nous-mêmes dit dans notre récent Chapitre que nous sommes consacrés à Dieu pour les jeunes les plus pauvres. Comme Don Bosco, nous avons nous aussi promis dans notre profession religieuse de nous offrir à Dieu en engageant nos forces au service des jeunes, surtout des plus pauvres, et que pour cela nous devons « écouter ensemble l'appel que Dieu nous adresse à travers les pauvretés des jeunes. Cet appel requiert également une profondeur spirituelle pour ne pas tomber dans l'activisme ou dans une mentalité d'entreprise, une préparation culturelle pour comprendre les phénomènes dans lesquels nous sommes plongés et les nouvelle pauvretés des jeunes, une disponibilité à travailler ensemble, en abandonnant tout individualisme pastoral, de la flexibilité pour repenser notre style de vie et nos œuvres, surtout lorsqu'elles n'expriment plus l'énergie missionnaire du charisme et répondent principalement à la logique du maintien des choses en l'état. »[25]

En somme, l'appel que je lance à tout le monde est de vraiment regarder les visages de nos enfants et de nos jeunes jusqu'à arriver à connaître leurs histoires de vie, souvent traversées par de véritables tragédies. Si cela se produit, c'est parce que nous aimons vraiment les jeunes et cela nous causera de la souffrance et de la douleur pour eux. Le Pape François, parlant de l'option Valdocco et du don de la jeunesse, nous dit quelque chose de précieux, qui ne m'a pas laissé indifférent : « L'Oratoire salésien et tout ce qui en a découlé, ainsi que le racontent les Mémoires de l'Oratoire, est né comme une réponse à la vie de jeunes avec un visage et une histoire, qui ont mis en mouvement ce jeune prêtre incapable de rester neutre ou inactif devant ce qui se produisait. Ce fut bien plus qu'un geste de bonne volonté ou de gentillesse (...). Je crois plutôt à un acte de conversion permanente et à une réponse au Seigneur qui, "fatigué de frapper" à nos portes, attend que nous allions le chercher et le rencontrer ... ou que nous le laissions sortir quand il frappe de l'intérieur. Une conversion qui a impliqué (et compliqué) toute la vie de Don Bosco et celle de son entourage. Don Bosco, non seulement ne choisit pas de se séparer du monde pour rechercher la sainteté, mais se laisse interpeller et choisit comment et dans quel monde vivre[26]

 

PROPOSITION

Au cours du sexennat, la Congrégation dans toutes ses Provinces fait l'option radicale, préférentielle, personnelle – c'est-à-dire de la part de chaque Salésien – et institutionnelle en faveur des jeunes les plus désavantagés, garçons et filles, pauvres et exclus, avec une attention particulière à la défense de ceux qui sont exploités et victimes de tout abus et de toute violence (« abus de pouvoir, abus économiques, abus de conscience, abus sexuels »[27]).

 

Pour cette raison :

  • Dans chaque présence salésienne dans le monde et dans chaque Province, les décisions nécessaires doivent être prises pour que les enfants et les jeunes les plus pauvres, dans les lieux où nous sommes présents, ne soient jamais exclus d'une maison salésienne, quel que soit l'effort à fournir. Penser, décider, créer des moyens pour rendre ce choix possible (comme l'a toujours fait notre Père Don Bosco).
  • Dans chaque Province et chaque maison salésienne, il y aura un code éthique pour le soin, la prévention et la défense des jeunes mineurs qui nous sont confiés, avec l'engagement de les protéger contre tout type d'abus, d'où qu'ils viennent. Pour nous, les jeunes garçons et filles sont sacrés au nom de Dieu.
  • Au niveau mondial, au niveau provincial et au niveau local, nous nous engageons à promouvoir les différents réseaux, les actions et les bonnes pratiques qui concernent notre travail et notre présence parmi les garçons et les filles les plus pauvres, particulièrement aussi parmi les réfugiés et les immigrés. Les organisations salésiennes comme DBNetwork, DBGA et RASS doivent contribuer à assurer la protection des mineurs et à marcher en communion toujours plus grande avec le Dicastère (Secteur) de la Pastorale des Jeunes de la Congrégation.

 

6. AVEC LES LAÏCS DANS LA MISSION ET DANS LA FORMATION

« Nous réalisons dans nos œuvres la communauté éducative et pastorale. Elle associe, dans un climat de famille, jeunes et adultes, parents et éducateurs, au point de devenir une expérience d’Église, révélatrice du dessein de Dieu.

Dans cette communauté, les laïcs, associés à notre travail, apportent la contribution originale de leur expérience et de leur style de vie.

Nous accueillons et suscitons leur collaboration et nous leur offrons la possibilité de connaître et d’approfondir l’esprit salésien et la pratique du Système Préventif. Nous favorisons la croissance spirituelle de chacun d’eux et proposons, à qui y serait appelé, de partager plus étroitement notre mission dans la Famille Salésienne. » (C 47)

 

Cet article de nos Constitutions contient les éléments les plus essentiels de notre mission partagée avec les laïcs. Avec cette vision, nous devons nous confronter et vérifier dans quelle mesure le cheminement de la Congrégation, de chaque Province et de chaque confrère va dans cette direction, qui exprime bien notre identité charismatique. Nous sommes engagés dans la formation des laïcs qui partagent la mission avec nous, en soutenant leur croissance personnelle, leur chemin de foi et leur identification vitale avec l'esprit salésien. En outre, nous devons leur offrir les moyens de mener à bien les tâches qui leur sont confiées. La (re)découverte de la vocation et de la mission des laïcs est l'une des grandes frontières du renouveau proposé par le Concile Vatican II et reflété dans le Magistère qui a suivi.[28] Notre CG24 a certainement été une réponse charismatique à l'ecclésiologie de communion de Vatican II. Nous savons très bien que Don Bosco, dès le début de sa mission au Valdocco, a impliqué de nombreux laïcs, amis et collaborateurs afin qu'ils puissent participer à sa mission parmi les jeunes. Dès le début, « il suscite le partage et la coresponsabilité chez des ecclésiastiques et des laïcs, hommes et femmes. »[29] Il s'agit donc, malgré nos résistances, d'un point de non-retour car, en plus de correspondre aux actions de Don Bosco, le modèle opérationnel de la mission partagée avec les laïcs proposé par le CG24 est en fait « le seul praticable dans les conditions actuelles ».[30]

Vingt-quatre ans après la célébration de ce Chapitre Général, nous devons reconnaître que la réception et la mise en œuvre de ce qui a été décidé ont été très différentes. Dans certaines Régions de la Congrégation, la présence des laïcs dans la mission salésienne est devenue plus évidente. Dans d'autres, le cheminement est beaucoup plus lent. Dans d'autres cas, l'expérience de communion en est encore à ses débuts – comme un chemin à peine entrepris – et parfois nous rencontrons aussi des phénomènes de véritable résistance.

Il est certain qu'au cours de ces années, même dans les réalités culturelles les plus diverses, des progrès ont été réalisés. Souvent, les relations entre Salésiens et laïcs sont caractérisées par la cordialité, l'appréciation mutuelle, le respect, la collaboration et, lorsqu'il y a une identité claire, la réalité des communautés éducatives et pastorales est très riche – même si la valeur de la vocation et de la mission des laïcs n'est pas toujours bien perçue. En fait, nous avons tendance à reconnaître plus facilement ce qu'ils font que leur identité de laïcs.

Il est vrai que parmi les laïcs des présences salésiennes dans les 134 pays où nous nous trouvons, il y a une grande variété : beaucoup travaillent avec un contrat et beaucoup d'autres, surtout les plus jeunes, travaillent comme volontaires. Il y a des laïcs qui ont une forte identité chrétienne et charismatique, et d'autres qui sont loin de cette réalité. Il y a des catholiques, il y a des chrétiens d'autres confessions ou des laïcs qui professent d'autres religions, et aussi des gens indifférents au fait religieux.

De même, les modalités de relation entre les communautés et les œuvres sont différentes selon la réalité existante, les contextes, etc. Dans la réflexion faite au Conseil Général, nous avons pris conscience de cette grande diversité, comme en témoigne notre contribution au noyau thématique 3 du Chapitre, qui n'a pas été développée en Assemblée capitulaire à cause du COVID-19.[31]

Comme je l'ai déjà dit, dès le début, notre Fondateur s'est soucié d'impliquer le plus grand nombre possible de collaborateurs dans son projet opérationnel : de Maman Marguerite aux employeurs, des bonnes gens du peuple aux théologiens, des nobles aux hommes politiques de l'époque. Nous sommes nés et avons grandi historiquement en communion avec les laïcs, et eux avec nous. Et même, il faut souligner l'importance que les jeunes ont eue dans le développement du charisme et de la mission salésienne : Don Bosco a trouvé chez les jeunes ses premiers collaborateurs, qui sont ainsi devenus co-fondateurs de la Congrégation.

Moi-même – comme sûrement d'autres Recteurs Majeurs – j'ai souvent exprimé avec une forte conviction que la participation des laïcs au charisme salésien et à la mission salésienne n'est pas une concession de notre part, une grâce que nous leur offrons, ni un moyen de survie – comme beaucoup de confrères l'ont souvent pensé. C'est un droit lié à leur vocation spécifique. Bien sûr, ici, la différence est évidente entre être de simples travailleurs dans une maison salésienne et faire partie, en même temps, d'un travail, d'une mission et d'une vocation. Il s'agit d'une relation radicalement différente. Cela exige de nous, dans de nombreux cas, un changement de perspective décisif. En tant que personnes consacrées, nous sommes une incarnation spécifique du charisme salésien, mais nous n'en sommes pas les seuls dépositaires.

D'où une priorité absolue : partager l'esprit salésien et croître en coresponsabilité, ce qui requiert le partage de certains parcours de formation et d'expériences orientées vers la mission, sans négliger évidemment des parcours de formation spécifiques aux Salésiens consacrés et aux laïcs. La formation conjointe dans la mission partagée est une priorité absolue et doit concerner surtout le noyau animateur.[32]

Les laïcs sont des compagnons de route, non des substituts ou des remplaçants des religieux : eux et nous avons des identités et des tâches spécifiques pour la mission. Nos collaborateurs laïcs ont donc besoin de connaître et d'expérimenter de très près Don Bosco et ce qui se vit dans les maisons salésiennes où ils se trouvent. Cette connaissance et cette formation ne sont pas seulement reçues par le biais de cours académiques mais, d'une manière très particulière, en réfléchissant, en vérifiant et en programmant ce qui est vécu ensemble dans une présence. Il est essentiel de franchir de nouvelles étapes dans la formation commune et conjointe, spécialement en ce qui concerne les aspects liés à la connaissance et au vécu de notre charisme partagé. Nous savons, en effet, que « le premier et le meilleur moyen de se former et de former au partage et à la coresponsabilité est le fonctionnement correct de la communauté éducative et pastorale (CEP). »[33]

Il me reste à souligner de manière très spéciale et ferme que la mission partagée avec les laïcs a son développement le plus complet et le plus authentique lorsqu'ils sont membres de l'un des 32 Groupes de la Famille Salésienne dont, comme on le sait, douze sont des groupes laïcs. Dans le cas des membres de la Famille Salésienne, le degré d'identité charismatique est souvent très élevé et, ensemble, nous vivons une véritable vocation dans le charisme. C'est une raison de plus pour donner la priorité aux membres de la Famille Salésienne dans nos présences, même en tant que travailleurs salariés, lorsque leur professionnalisme satisfait aux mêmes conditions que les autres.

Enfin, nous ne devons pas oublier que l'avenir de cet élément charismatique – la mission et la formation partagées avec les laïcs – passe par la formation des futurs Salésiens. Je ne vous cache pas, chers Confrères, que je suis préoccupé par la tendance de certains de nos jeunes confrères qui aspirent – et même avec véhémence, oserais-je dire – à terminer les étapes de leur formation pour se voir investis d'autorité, occupant des positions et des responsabilités avant les laïcs. C'est une tendance totalement contraire à la voie que nous voulons entreprendre en tant que Congrégation. Pour cette raison, « la formation dans et pour la mission partagée doit également toucher à la formation initiale des Salésiens, non seulement comme thème d'étude mais aussi à travers les expériences pastorales hebdomadaires et estivales. L'expérience de travail avec et sous la direction de laïcs pendant le stage (« tirocinio »), ainsi que la participation au Conseil de la communauté éducative et pastorale, sont des moments précieux de formation, surtout si elles sont bien accompagnées par les membres du noyau animateur, tant laïcs que Salésiens. »[34]

 

PROPOSITION

  • Que toute la Congrégation et toutes les Provinces du monde fassent des « pas en avant » en témoignant de la mission partagée et de la formation commune, en améliorant la réalité et le fonctionnement des CEP dans toutes les présences de la Congrégation. On peut être plus avancé ou plus en retard dans la formation de la CEP ou en vivant la mission et la formation en son sein, mais on ne peut pas ne pas marcher dans cette direction. Ce que j'ai demandé lors du CG27 reste une priorité et une urgence : « La mission partagée entre SDB et laïcs n'est plus optionnelle – si par hasard certains le pensaient encore ».[35]
  • On envisagera d’intégrer des laïcs dans les équipes de formation des communautés de formation initiale.
  • Pour les six prochaines années, dans chaque Province et présence salésienne, un processus de discernement sera mené conjointement entre Salésiens et ceux qui partagent la mission et font partie du noyau animateur pour :
  • Détecter de manière réaliste la situation de mission et de formation partagées (reconnaître).
  • Pour être en phase avec le cheminement de l'Église et de la Congrégation (interpréter).
  • Pour tracer et activer des processus de croissance et de transformation, en synergie avec les autres réalités provinciales, régionales et congrégationnelles (choisir).

 

Pour cette raison :

  • Les laïcs ayant une forte identité charismatique seront progressivement inclus dans les équipes provinciales, en assumant même des tâches de responsabilité, de coordination et de direction.
  • Dans les Provinces, sera mise en place une formation selon le modèle opérationnel d'animation et de gouvernance des maisons déjà décidé au CG24.
  • Dans les Provinces et dans les présences salésiennes, nous rendrons significatif le témoignage évident et fort de la Famille Salésienne au sein de la CEP.
  • Les Centres régionaux de formation permanente, avec le soutien des Dicastères de la Pastorale des Jeunes et de la Formation, prépareront des documents adaptés aux différents contextes régionaux et promouvront ce processus aux niveaux provincial et local. Ils deviendront ainsi des récepteurs et des diffuseurs de bonnes pratiques et de matériel qui serviront de modèle et de stimulant pour d'autres réalités salésiennes.
  • Au niveau des CEP locales, on valorisera comme parcours de formation continue le troisième volet de « Animation et gouvernance de la communauté - Le service du Directeur Salésien », consacré à « La communauté éducative et pastorale ».
  • Ce processus sera l'un des domaines auxquels une attention prioritaire sera accordée dans les Visites Provinciales, dans les Chapitres Provinciaux de mi-sexennat, dans les Visites Extraordinaires et dans les Visites d'Ensemble.

 

7. C’EST L’HEURE D’UNE PLUS GRANDE GÉNÉROSITÉ DANS LA CONGRÉGATION. Une Congrégation toujours missionnaire.

« Chacun de nous est appelé par Dieu à faire partie de la Société salésienne. Pour cela, il reçoit de Lui des dons personnels et, s’il répond fidèlement à cet appel, il trouve le chemin de sa pleine réalisation dans le Christ.

La Société le reconnaît dans sa vocation propre et l’aide à la développer. Lui, de son côté, en membre responsable, se met lui-même avec ses dons au service de la vie et de l’action communes.

Chaque appel manifeste que le Seigneur aime la Congrégation, qu’il la veut vivante pour le bien de son Église et qu’il ne cesse de l’enrichir de nouvelles énergies apostoliques. » (C 22)

 

Lors de la séance de clôture du CG28, j'ai dit que, selon moi, aujourd’hui, « c'est le temps de la générosité dans la Congrégation ». Je ne doute pas que nous ayons une histoire de 162 ans caractérisée par une grande générosité, déjà commencée avec Don Bosco. Cependant, il me semble qu'aujourd'hui cette générosité est plus nécessaire que jamais. Je vais essayer de m'expliquer clairement.

Aujourd'hui, pas moins que par le passé, la réalité nous parle de la nécessité de l'évangélisation, des besoins pastoraux et de la promotion humaine que nous sommes amenés à connaître dans différents contextes. De fréquents appels et demandes nous sont adressés pour que nous assumions tel ou tel service dans de nombreuses régions du monde. Nous voyons des jeunes, garçons et filles, et leurs familles en difficulté sur tous les continents.

  • Dieu continue à nous appeler partout dans le monde à être des « témoins-signes » de son Amour sauveur pour les jeunes les plus pauvres.
  • Notre aide est nécessaire en tant qu'évangélisateurs et éducateurs pour les jeunes et les adultes des classes populaires dans les contextes culturels et religieux les plus divers.
  • Il est également urgent pour nous d'éduquer et d'agir pour témoigner et promouvoir la justice dans le monde.
  • La pauvreté et la misère continuent d'être pour nous un cri, la plupart du temps silencieux, sans voix : des jeunes avec leurs pauvretés matérielles et affectives – de vrais orphelins même s'ils ont des parents ou des familles – leurs pauvretés culturelles (sans accès à l'école, à l'instruction), leurs pauvretés spirituelles (sans aucune connaissance des valeurs transcendantes, ni de Dieu).
  • L'espérance de trouver du travail (et parfois même de pouvoir étudier) plus facilement continue de provoquer des migrations massives vers les grandes villes (et aussi vers d'autres pays) avec les conséquences naturelles de l'inadaptation et de la marginalisation sociale. Ajoutez à cela la réalité effrayante des réfugiés et des camps où ils vivent ; dans beaucoup de ceux-ci, nos confrères partagent la vie des réfugiés eux-mêmes (Kakuma-Kenya, Juba-Soudan du Sud, Palabek-Ouganda).

 

Je pourrais allonger la liste de cet ensemble de situations.

Chers Confrères, nous appartenons tous à Dieu et à notre unique Congrégation dont nous sommes membres avec joie. Nous sommes tous Salésiens de Don Bosco dans le monde. Les confrères de notre Province d'origine, où nous sommes « nés vocationnellement », auront toujours droit à notre affection ; mais notre appartenance la plus vraie et la plus profonde est à la Congrégation, et elle commence par notre profession religieuse même.

Pour cette raison, dans les six prochaines années, l'ouverture d'horizons doit devenir encore plus effective et réelle grâce à la disponibilité des confrères et à la réponse généreuse des Provinces qui ont de plus grandes possibilités d'offrir de l'aide aux autres confrères : parfois avec des accords entre Provinciaux eux-mêmes, d'autres fois avec la médiation du Recteur Majeur et de son Conseil lorsqu'il s'agit de nouvelles fondations, de nouveaux défis missionnaires, de nouvelles présences dans d'autres pays ou dans de nouvelles frontières missionnaires.

Par bonheur, les Provinces économiquement les plus pauvres sont les plus riches en vocations, et la formation de tous ces confrères est rendue possible grâce à la générosité de toute la Congrégation. Une fois de plus, il est démontré que la générosité rend possibles tous les rêves.

Nous vivons à une époque où nous devons faire face à la réalité avec une mentalité renouvelée qui nous permet de « dépasser les frontières ». Dans un monde où les frontières sont de plus en plus « une défense contre les autres », la prophétie de notre vie de Salésiens de Don Bosco consiste également en ceci : montrer que pour nous il n'y a pas de frontières. La seule réalité à laquelle nous répondons est celle-ci : Dieu, l’Évangile et la mission qui nous a été confiée. C'est précisément pour cette raison que nos communautés internationales et interculturelles ont aujourd'hui une grande valeur prophétique, sans cacher le fait que construire la fraternité dans la diversité exige une vision de foi et un engagement personnel.

La réalité missionnaire de notre Congrégation continue à nous interpeller et à nous présenter de beaux défis ; les missions nous poussent en avant et nous font faire de beaux rêves qui deviennent réalité.

Lorsque dans les années 80 du siècle dernier, nous continuions, année après année, à perdre des confrères de manière significative, le Recteur Majeur Egidio Viganò lançait prophétiquement le « Projet Afrique » qui est aujourd'hui une fort belle réalité. Lorsqu'en 2000, aux portes du nouveau millénaire, l'on constatait la dure réalité pastorale et la nécessité d'une nouvelle évangélisation pour l'Europe, le Père Pascual Chávez lançait avec conviction le « Projet Europe ». Ces temps que nous vivons ne sont pas des moments où il faut se préoccuper de survivre, mais des occasions pour se montrer plus significatifs.

Dans son message au CG28, le Pape François nous a également invités à nous méfier des peurs « qui finissent par nous fixer dans une inertie paralysante qui prive votre mission de la parrhésie propre aux disciples du Seigneur. Cette inertie peut aussi se manifester dans un regard et une attitude pessimistes face à tout ce qui nous entoure et non seulement par rapport aux transformations qui s'opèrent dans la société mais aussi par rapport à sa propre Congrégation, aux frères et à la vie de l'Église. Cette attitude finit par "boycotter" et empêcher toute réponse ou tout processus alternatif ».[36]

 

PROPOSITION

Je propose à toute la Congrégation de concrétiser cette heure de générosité en assumant tout naturellement la disponibilité de confrères de toutes les Provinces (transferts, échanges, aide temporaire) pour des services internationaux, de nouvelles fondations, de nouvelles frontières que nous voulons atteindre.

 

Pour cette raison :

  • Les Provinces seront attentives et disponibles aux appels du Recteur Majeur pour les besoins et les défis que nous allons relever.
  • Le 150ème anniversaire de la première Expédition Missionnaire de Don Bosco en Argentine (qui adviendra en 2025) et le premier Centenaire de la présence missionnaire dans le Nord-Est de l'Inde (en 2022), seront l'occasion de poursuivre le projet missionnaire de notre Congrégation.
  • Nous avons concrétisé l'appel missionnaire en invitant chaque Province à lancer un projet missionnaire en son sein (réfugiés, immigrés, passages de frontières, enfants exploités...) au cours du sexennat précédent, en donnant la priorité à la « significativité » et aux demandes réelles d'aide des jeunes d'aujourd'hui.
  • Le Recteur Majeur et son Conseil indiqueront les mesures appropriées pour consolider dans le Dicastère (Secteur) de la Pastorale des Jeunes de la Congrégation la section qui s'occupe prioritairement de la réalité des réfugiés et des migrants (en particulier les mineurs non accompagnés et les jeunes).

 

8. EN ACCOMPAGNANT LES JEUNES VERS UN FUTUR DURABLE

 

Nous reconnaissons que l'attention portée à un avenir durable est une conversion culturelle, et non une mode, et comme toute conversion, elle doit être appelée par son nouveau nom avec insistance.

L'Assemblée Capitulaire a été unanime lorsqu'il a été proposé qu'une petite Commission prenne en charge la sensibilité qui est en nous face à cette urgence. Le souci de la Création n'est pas une mode. C'est la vie de l'humanité qui est en jeu, même si de nombreux fonctionnaires publics, prisonniers d'intérêts économiques, détournent le regard ou nient ce qui est indéniable. Cette sensibilité s'est concrétisée dans une résolution du Chapitre approuvée par l'Assemblée. Le Pape François a réaffirmé que nous devons éviter une « urgence climatique » qui risque de « commettre une grave injustice à l’égard des pauvres et des générations futures.»[37]

Notre engagement en faveur d'une écologie humaine intégrale découle de la conviction de foi que tout est lié, et que le soin authentique de notre vie et de notre relation avec la nature est inséparable de la fraternité, de la justice et de la fidélité aux autres.[38] Dans la vie sociale des êtres humains, nous ne pouvons pas exclure la protection de l'environnement. L'écologie doit donc être intégrale, humaine. Et, par conséquent, nous sommes invités à une conversion écologique qui concerne non seulement l'économie et la politique, mais aussi la vie sociale, les relations, l'affectivité et la spiritualité.

Ces dernières années, nous avons été témoins des désaccords des hommes politiques de différents pays face à cette urgence. La dernière réunion des dirigeants des Pays à Santiago du Chili (mais qui s'est tenue à Madrid, en Espagne) a eu pour seul résultat l'accord de se réunir à nouveau dans un an. Aucun accord opérationnel significatif.

Dans le même temps, des millions et des millions de personnes, principalement des jeunes, ont lancé un cri mondial. Le Pape François, sensible à cette réalité, comme il l'a bien démontré, rappelle que les jeunes eux-mêmes appellent à un changement radical et qu’« ils se demandent comment il est possible de prétendre construire un avenir meilleur sans penser à la crise de l’environnement et aux souffrances des exclus.»[39]

La proposition de délibération capitulaire s'exprime comme suit : « Avec le Pape François, nous reconnaissons les preuves données par la science que l'accélération du changement climatique résultant de l'activité humaine est réelle. La pollution de l'air et de l'eau, l'élimination inadéquate des déchets, la perte de biodiversité et d'autres problèmes environnementaux qui ont un impact négatif sur la vie humaine sont en augmentation. Les modes de production et de consommation non durables poussent notre monde et ses écosystèmes au-delà de leurs limites, sapant leur capacité à fournir des ressources et des actions vitales pour la vie, le développement et leur régénération. »[40]

Au moment où j'écris ces lignes, la planète Terre et tous les pays du monde ont été touchés, dans une plus ou moins large mesure, par le virus COVID-19 qui, à ce jour, a causé la mort de 624 000 personnes et en a infecté 15 300 000 autres. Nous savons bien que la vie d'une seule personne est sacrée, et que l’on éprouve une immense douleur à cause de tant de morts. Mais il n'en est pas moins vrai que la planète Terre saigne depuis des décennies et que la pollution provoque chaque année beaucoup plus de victimes humaines que ne l'a fait le COVID-19. Ce fait n'est malheureusement pas pris très au sérieux.

Il n'en est pas moins vrai que les plus pauvres – toujours les plus pauvres ! – subissent les effets désastreux de la déforestation et des changements climatiques, de la ruine de leurs très mauvaises récoltes, leur seule ressource pour vivre. Même cela n'est pas dénoncé.

Je pourrais continuer la liste de ces situations. Ce n'est pas nécessaire. Il suffit de souligner qu'en tant qu'éducateurs et pasteurs, nous ne pouvons pas rester indifférents à cette réalité. Nous devons faire quelque chose.

 

PROPOSITION

En écoutant le cri de tant de jeunes d'aujourd'hui au niveau mondial, NOUS, SALÉSIENS, NOUS NOUS ENGAGEONS À ÊTRE DES TÉMOINS CRÉDIBLES – personnellement et communautairement – de la CONVERSION au soin de la Création et à une Spiritualité Écologique.[41]

 

Pour cette raison :

  • Chaque Province du monde répondra, par l'intermédiaire du Délégué Provincial pour la Pastorale des Jeunes, à la demande de faire de nos écoles, de nos centres éducatifs, de nos campus universitaires, de nos oratoires-patronages, de nos paroisses, des modèles éducatifs pour le soin de l'environnement et de la nature. Dans l'éducation, nous devons inclure comme option salésienne l'action en faveur de la Création : le soin de la nature, du climat et du développement durable.
  • Nous élargirons, dans la mesure du possible, le réseau des institutions salésiennes qui seront incluses dans la « Don Bosco Green Alliance » (Alliance Verte Don Bosco), en promouvant la participation des jeunes aux campagnes mondiales en faveur de la durabilité des causes environnementales et écologiques pour le soin de la Création et de la vie humaine.
  • Nous accepterons la demande faite au CG28 par la Conférence salésienne sur les énergies renouvelables de novembre 2019, que la Congrégation prenne en charge 100% des énergies renouvelables pour toutes les Provinces du monde avant 2032. Bien que la réalité de la Congrégation soit très inégale selon les différents pays, nous acceptons ce défi en collaboration avec les PDO (sigle anglais pour : Bureaux de Planification et de Développement) des Provinces, les ONG salésiennes et DBN (DB Network).

 

CONCLUSION

 

Mes chers Confrères, je conclus ces lignes de programmation en vous invitant à les accueillir non pas comme une simple lettre, mais comme un message et un programme qui se veut l'expression du battement de cœur de toute la Congrégation aujourd'hui dans le monde entier.

Et je propose deux éléments importants comme attitude à adopter pour faire face à la belle opportunité des six prochaines années :

  • La première concerne une vertu : l'espérance. Ce n'est qu'avec l'espérance que nous pouvons faire face à l'avenir, dans la confiance que le Seigneur achèvera, avec notre humble contribution, ce que nous proposons ici.
  • La seconde concerne notre attitude devant Dieu lui-même. Je voudrais demander à notre Congrégation qu'en ce sexennat, nous nous laissions guider beaucoup plus par l'Esprit Saint ; que ce soit Lui à toucher vraiment nos cœurs et à réveiller nos capacités humaines pour animer et gouverner la Congrégation, les Provinces et les communautés, afin que chacun de nous en vienne à faire de toutes les maisons salésiennes du monde d'autres Valdocco, qui apportent une réponse aux enfants et aux jeunes d'aujourd'hui, comme l'a fait Don Bosco en son temps.

 

Au sujet de l'espérance, je voudrais souligner que c’est, comme nous le savons, une vertu qui a beaucoup à voir avec notre foi chrétienne ; c'est une façon différente de voir l'avenir. L'espérance chrétienne est une façon de vivre, une façon d’avancer, une façon de regarder.

L'espérance est le fruit de la rencontre avec le Seigneur Jésus et le fruit de l'accueil de son Esprit en nous. L'espérance n'est pas le résultat de calculs et de prévisions. « Ni pessimiste ni optimiste, le Salésien du XXIème siècle est un homme plein d'espérance car il sait que le centre [de sa vie] se trouve dans le Seigneur capable de faire toutes choses nouvelles (cf. Ap 21,5). Cela seul nous sauvera de vivre dans une attitude de résignation et de survie défensive. Cela seul rendra notre vie fructueuse ».[42]

Sur la nécessité de se laisser guider beaucoup plus par l'Esprit Saint de Dieu, Lui qui est le vrai Maître intérieur, je fais miennes les paroles du Patriarche de Constantinople, Athénagoras Ier, qui a rencontré le Pape Paul VI (aujourd'hui saint) à Jérusalem, en janvier 1964. Le fruit de cette rencontre dans l'Esprit de Dieu a été l'abrogation des excommunications mutuelles qui existaient jusqu'alors et qui avaient profondément blessé le cœur du Christ dans son Église.

 

En voici la substance :

« Sans l’Esprit Saint,
Dieu est loin,
le Christ reste dans le passé,

l’Évangile est une lettre morte,
l’Église une simple organisation,
l’autorité une domination,
la mission une propagande,
le culte une évocation,
et l’agir chrétien une morale d’esclave.

Mais en l’Esprit Saint,
le cosmos est soulevé pour l’enfantement du Royaume,
le Christ ressuscité est présent,
l’Évangile devient puissance de vie,
l’Église réalise la communion trinitaire,
l’autorité se transforme en service,
la liturgie est mémorial et anticipation,
l’agir humain est déifié.»[43]


Accueillons ce message dans notre prière.

Mes chers Confrères Salésiens, voilà ce que j'ai senti devoir vous communiquer et vous demander à tous. Je vous invite à accueillir ces défis, cette feuille de route pour le cheminement du sexennat de tout votre cœur et avec un désir profond de la concrétiser dans vos communautés et vos Provinces. Ce seront certainement, avec la grâce de Dieu et la présence maternelle de l'Auxiliatrice, notre Mère, des années de fidélité de la part de la Congrégation et une réponse courageuse – et même prophétique – aux signes des temps actuels. Que Notre Dame Auxiliatrice continue à prendre soin de notre Congrégation et à « tout faire », comme pour Don Bosco.

Que Sa médiation et celle de toute la Sainteté salésienne de notre Famille soient pour nous une bénédiction dans la seule chose importante de la mission que Dieu nous confie : « Être dans l’Église signes et porteurs de l’amour de Dieu pour les jeunes, spécialement les plus pauvres. » (C 2)

Mon souvenir et ma prière vous accompagnent tous et chacun.

Ángel Fernández Artime, sdb
Recteur Majeur

Rome, 16 août 2020
205ème Anniversaire de la naissance de Don Bosco

 

[1] Pape François, Message aux membres du CG28, Rome 4 mars 2020. Je profite de cette première note pour vous dire que ma lettre sera enrichie par des citations textuelles du Message que le Pape François a pensé pour nous comme Congrégation et comme Assemblée Capitulaire, et qu'il nous a envoyé au moment le plus opportun de nos réflexions et de nos travaux. En raison de l'importance des paroles du Saint-Père, j'ai décidé de ne pas les reporter dans les notes en bas de page mais dans le corps du discours. Il suffira de voir le texte entre guillemets pour reconnaître la parole du Pape.

[2] Jean Paul ii, Exhortation Apostolique postsynodale Vita Consecrata, Rome 25 mars 1996, 22.

[3] Pape François, Exhortation Apostolique Gaudete et Exsultate, Rome 19 mars 2018, 1.

[4] MB XVIII, 258, cité aussi dans nos Constitutions à l’article 1.

[5] Cf. Pape François, Exhortation Apostolique Postsynodale Christus Vivit, Roma 25 mars 2019, 98. Dans l’Exhortation, on trouve cette citation : « Le cléricalisme est une tentation permanente des prêtres, qui interprètent "le ministère reçu comme un pouvoir à exercer plutôt que comme un service gratuit et généreux à offrir. Et cela conduit à croire appartenir à un groupe qui possède toutes les réponses et qui n’a plus besoin d’écouter et d’apprendre quoi que ce soit". » (Pape François, Discours d’ouverture de la XVème Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Evêques, Rome, 3 octobre 2018.

[6] Giovanni Bosco, Vita del giovanetto Savio Domenico, allievo dell’Oratorio di S. Francesco di Sales, in ISS, Fonti Salesiane: I. Don Bosco e la sua opera, LAS, Roma 2014, 1040. (Pour l’édition française, cf. Dominique Savio par Don Bosco, traduction de Francis DESRAMAUT, Apostolat des Éditions, Paris, 1978, p. 54).

[7] J.E. Vecchi, Indicazioni per un cammino di spiritualità salesiana, in ACG 354, 1995, p. 26.

[8] CG28, Priorité de la mission salésienne parmi les jeunes d’aujourd’hui. Premier noyau thématique, n. 4.

[9] Document final du Synode des Jeunes, désigné par DF, Rome, 27 octobre 2018.

[10] Le Pape François nous a dit : « L’"option Valdocco" pour votre CG28 est une bonne occasion pour vous confronter avec vos sources et demander au Seigneur : "Da mihi animas, cœtera tolle". "Tolle" surtout ce qui a été peu à peu incorporé et perpétué en cours de route, qui aurait pu être une réponse adéquate en d’autres temps mais qui vous empêche aujourd'hui de configurer et de façonner la présence salésienne de manière évangéliquement significative dans les différentes situations de la mission. Cela nécessite, de votre part, de surmonter les peurs et les appréhensions qui peuvent découler du fait d'avoir cru que le charisme se réduisît ou s'identifiât avec certaines œuvres ou structures bien déterminées. Vivre fidèlement le charisme est quelque chose de plus riche et de plus stimulant que le simple abandon, retrait ou réajustement des maisons ou des activités ; cela implique un changement de mentalité face à la mission à accomplir. »

[11] Lettre des jeunes au CG28.

[12] CG28, Priorité de la mission salésienne parmi les jeunes d’aujourd’hui. Premier noyau thématique, n. 5

[13] Lettre des jeunes au CG28.

[14] « La révolution numérique nous demande de comprendre les profondes transformations qui ont lieu non seulement dans le domaine de la communication, mais surtout dans la manière dont nous établissons et gérons nos relations humaines » (Noyau thématique 1 élaboré par le CG28).

[15] CG26, « Da mihi animas, cœtera tolle », n.14.

[16] CG28, Profil du Salésien aujourd’hui. Second noyau thématique, n. 16

[17] Ibidem, n. 18.

[18] Ibidem, n. 20.

[19] Ibidem, n. 20.

[20] CG24, n. 166.

[21] CGXX, n. 580.

[22] MB XVII, 272 ; Cf. MB XVII, 207.

[23] CGXIX, ACS 244, p. 94.

[24] CGXX, n. 45.

[25] CG28, Priorité de la mission salésienne parmi les jeunes d’aujourd’hui. Premier noyau thématique, n. 8.

[26] Pape François, Message au CG28.

[27] ChV, 98.

[28] CG28, Avec les laïcs dans la mission et dans la formation, Noyau thématique 3, Reconnaître.

[29] CG24, n. 71.

[30] CG24, n. 39.

[31] Ibidem, nn. 12-17.

[32] Cf. Animation et gouvernance de la communauté, 106 et 122.

[33] CG24, 43.

[34] CG28, Troisième Noyau thématique, Avec les laïcs dans la mission et dans la formation, n. 43.

[35] CG27, Témoins de la radicalité évangélique. Documents capitulaires : Discours du Recteur Majeur à la clôture du CG27, n. 3.7, Rome 2014.

[36] PAPE FRANÇOIS, Message au CG28.

[37] PAPE FRANÇOIS, Discours aux participants à la Rencontre promue par le Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral sur le thème : La transition énergétique et la protection de la maison commune, Rome 14 juin 2019.

[38] Cf. Pape François, Lettre Encyclique Laudato si’, Rome 24 mai 2015, nn. 137-162, désignée sous le sigle LS.

[39] LS 13.

[40] CG28, Proposition pour la délibération sur l’écologie.

[41] LS 217.

[42] Pape François, Message au CG28, citant son Homélie pour la fête de la Présentation du Seigneur, lors de la 21ème Journée Mondiale de la Vie Consacrée, le 2 février 2017.

[43] Le texte est du Patriarche Athénagoras Ier, quoique certains l’attribuent au Patriarche Ignace IV Hazim, en 1968.