CG28

Quels Salésiens pour les jeunes d'aujourd'hui?

Quels Salésiens pour les jeunes d'aujourd'hui?

Réflexion postcapitulaire de la Société de Saint François de Sales

16 août 2020

Premier noyau

Deuxième noyau

Troisième noyau


Premier noyau

 

PRIORITÉ DE LA MISSION SALÉSIENNE
PARMI LES JEUNES D’AUJOURD’HUI

 

RECONNAÎTRE

1. Avec un regard de foi

En tant que membres du Chapitre Général 28, nous sommes convaincus que Dieu, par son Esprit, est présent dans la vie de tous les jeunes de notre temps. Dans notre discernement, nous avons d’abord essayé de reconnaître son action en essayant d’entrer dans le rythme d’une « double docilité : docilité aux jeunes et à leurs besoins, et docilité à l'Esprit et à tout ce qu'Il veut transformer. » (Du Message du Pape François au CG28)

Dès le début, cela nous a incités à avoir un regard positif empreint d'humilité, de sympathie, de courage, d'intelligence, de foi et d'espérance, dans la certitude que « le regard de Dieu le Père est capable de valoriser et d’alimenter les semences de bien semées dans les cœurs des jeunes » qui doivent donc être considérés par nous comme « une terre sacrée » (cf. Christus Vivit, n. 67).

Appelés à être amis, pères, pasteurs et guides des jeunes, nous désirons faire nôtre ce regard divin, ayant bien conscience de suivre ainsi les traces de notre bien-aimé Père Don Bosco qui, au Valdocco précisément, guidé par la main de l’Auxiliatrice, a réalisé son œuvre.

 

2. À l’écoute du cri des jeunes

Qui sont les jeunes d’aujourd’hui ? Quelle est leur condition ? Que cherchent-ils ? Que nous demandent-ils ? Pour répondre à ces questions, nous nous sommes tout d’abord mis à l’écoute.

Nous avons eu la chance d’avoir parmi nous quelques jeunes provenant du monde entier, qui représentaient les très nombreux jeunes qui ont été présents dans nos Chapitres Provinciaux préparatoires au CG28. Nous avons écouté leurs voix avec attention et émotion. Ils nous ont communiqué leur inquiétude spirituelle et leur faim de Dieu, leur désir d’être protagonistes et artisans d’un monde meilleur, leur peine à croire et à aller à contre- courant des logiques de notre temps. Et ils nous ont demandé d’être moins « gestionnaires » et davantage « pasteurs », d’être au milieu d’eux et de prendre le temps de les accompagner.

Durant de nombreux temps de travail ensemble, nous avons aussi pris conscience des nombreuses pauvretés des jeunes, qui nous laissent horrifiés comme l’a été Don Bosco lors de sa première visite dans les prisons de Turin. Le cri de nombreux jeunes touche notre cœur encore aujourd’hui : pauvreté économique, sociale et culturelle, pauvreté affective, relationnelle et familiale, pauvreté morale et spirituelle. Dans de nombreux contextes, le chômage et l’impossibilité de faire des études pénalisent de larges groupes de jeunes.

De différentes manières, les jeunes se sont manifestés à nous comme des prophètes : à travers leur présence, le Seigneur nous fait continuellement connaître ses attentes et ses appels pour le renouveau de notre mission. De même que Don Bosco « n'a pas découvert sa mission devant un miroir, mais dans la douleur de voir des jeunes sans avenir, le Salésien du XXIème siècle ne découvrira pas son identité s'il n'est pas capable de souffrir avec "la foule de jeunes gens (…) sains et robustes, à l’esprit éveillé, mais réduits au désœuvrement, (…) privés du pain spirituel et temporel (…). [Et qui] semblaient personnifier l’opprobre de la nation, le déshonneur des familles”. Et nous pourrions ajouter : de notre Église même. » (Du Message du Pape François au CG 28)

 

3. Dans un changement d’époque

Nous vivons un changement d’époque : aujourd’hui plus que jamais « personne ne peut dire avec certitude et précision (si tant est que cela ait été jamais possible) ce qui se passera dans un avenir proche sur le plan social, économique, éducatif et culturel. » (Du Message du Pape François au CG 28) Et il devient donc évident qu’il n’est plus possible de penser notre mission avec la mentalité du « on a toujours fait ainsi ». Si d’une part cette situation désoriente, de l’autre, elle nous demande de jouer le jeu avec humilité et courage, et nous presse de faire nôtres les dynamismes juvéniles qui étaient si vifs chez Don Bosco. Nous sommes plus que jamais convaincus de ce que nous a dit le Pape François précisément au Valdocco, dans la basilique de Marie Auxiliatrice, le 21 juin 2015 : « Votre charisme est d’une très grande actualité. Regardez les rues, regardez les jeunes et prenez des décisions audacieuses. N’ayez pas peur, faites comme a fait Don Bosco. »

Outre certains défis permanents qui continuent à nous interpeller, notre époque présente des nouveautés inévitables. La révolution numérique nous demande de comprendre les profondes transformations qui s'opèrent non seulement dans le domaine de la communication, mais surtout dans la manière dont nous mettons en place et gérons nos relations humaines. Le domaine de l'affectivité, avec toutes les questions liées au genre et à l'identité sexuelle, remet en question notre vision anthropologique. La condition des femmes et leur rôle dans la société et dans l'Église exigent que nous y réfléchissions plus attentivement et plus profondément. La sensibilité écologique, qui se développe rapidement dans le monde des jeunes, nous demande d'être prophétiques dans ce domaine par des choix clairs et cohérents. Le contact avec les jeunes migrants, les réfugiés et beaucoup d'autres jeunes privés de leurs droits fondamentaux devient pour nous un appel pressant à l'action. Enfin, l'expérience douloureuse des abus, qui touche également notre Congrégation, est un appel fort à la conversion.

 

4. La transmission de la foi

Le changement rapide qui se produit affecte les processus ordinaires de transmission de la foi. Il existe à cet égard de grandes différences : alors que dans certains contextes, la vie de foi ne pose aucun problème et que les jeunes vivent naturellement leur appartenance à l'Église, dans d'autres contextes fortement sécularisés, la foi chrétienne est devenue une question qui n'a plus aucune importance personnelle ou sociale. Dans certaines régions où nous sommes présents, il y a du fondamentalisme, de la discrimination et même la persécution ; dans d'autres, nous pouvons librement proposer l'Évangile. Nous travaillons également dans de nombreux contextes multireligieux où la majorité des jeunes qui fréquentent nos œuvres appartiennent à d'autres religions ou à d'autres confessions chrétiennes.

Face à la crise mondiale de l'autorité, de la tradition et de la transmission, nous sommes interpellés sur les styles, les contenus et les moyens d'annoncer Jésus-Christ, car nous nous sentons tous appelés à être « missionnaires des jeunes ». Convaincus de la nécessité d'atteindre leur cœur, nous ressentons l'urgence de proposer à nouveau la première annonce avec plus de conviction, car « rien n’est plus "solide", plus profond, plus sûr, plus dense et plus sage que cette annonce » (Christus Vivit 214).

 

5. Le désir de marcher ensemble

Les jeunes sont porteurs du feu vivant du charisme salésien et nous aident à connaître, à approfondir et à mieux assumer la mission qui nous a été confiée. Depuis le début, « loin d'être des agents passifs ou des spectateurs de l'œuvre missionnaire, ils sont devenus, à partir de leur condition même – dans bien des cas "illettrés religieux" et "analphabètes sociaux" – les principaux protagonistes de tout le processus de fondation. La salésianité naît précisément de cette rencontre capable de susciter des prophéties et des visions » dans la conviction que « tout charisme doit être renouvelé et évangélisé, et, dans votre cas, surtout par les jeunes les plus pauvres. » (Du Message du Pape François au CG 28).

Nous estimons donc qu'il est de notre devoir d'impliquer les jeunes et nous pensons qu'ils ont le droit d'être impliqués au sein de la communauté éducative et pastorale, qui est avant tout une famille où tout est partagé dans un climat d'amitié, d'écoute, de respect et de collaboration. Nous reconnaissons que beaucoup d'entre eux « se trouvent dans une situation profonde d'abandon (comme s'ils étaient orphelins) ... à laquelle nous devons répondre en créant des espaces fraternels et attirants où l’on vit avec sens » (Christus Vivit, n. 216). C'est précisément dans cette direction que les récents cheminements synodaux nous ont permis de redécouvrir le caractère familial de l'Église, au point qu'elle peut être considérée comme « une famille de familles, constamment enrichie par la vie de toutes les Églises domestiques » (Amoris Laetitia, n. 87)

Enfin, nous sommes conscients que bien souvent nous ne parvenons pas à intercepter cette véritable « nostalgie communautaire » des jeunes et des familles : ils nous demandent du temps et nous leur donnons de l'espace ; ils nous demandent des relations et nous leur fournissons des services ; ils nous demandent une vie fraternelle et nous leur offrons des structures ; ils nous demandent de l'amitié et nous leur organisons des activités. Tout cela nous engage à redécouvrir les richesses et le potentiel de « l'esprit de famille ».

 

INTERPRÉTER

6. Accompagnés par Don Bosco

Pour interpréter ce que nous avons reconnu jusqu'à présent, nous voulons nous laisser guider par l'un des passages les plus significatifs de la « Lettre de Rome » de 1884. Don Bosco constate qu'à l'Oratoire du Valdocco, entre les Salésiens et les jeunes, une barrière physique et spirituelle s'est créée qui entrave l'action éducative et trahit le charisme. Dialoguant avec l'un des jeunes du rêve, il tente d'interpréter la situation pour trouver un moyen de la résoudre : « Mais comment s'y prendre pour briser cette barrière ?» La réponse qu’il reçoit est éclairante pour nous aussi : « Familiarité avec les jeunes surtout en récréation. Sans familiarité, l'affection ne se prouve pas, et sans cette preuve il ne peut y avoir de confiance. Qui veut être aimé doit montrer qu'il aime. Jésus-Christ se fit petit avec les petits et porta nos faiblesses. Voilà le maître de la familiarité !».

Ce texte met en lumière les trois nœuds fondamentaux autour desquels nous avons rassemblé l'interprétation de ce noyau thématique : aller à la rencontre des jeunes là où ils se trouvent et s'expriment spontanément ; la proximité qui crée la confiance et rend possible l'accompagnement ; la tonalité affective de la relation éducative que Don Bosco appelle de ses vœux avec un terme qui découle de l'expérience familiale. C'est dans cette perspective de foi que nous voulons chercher les raisons de ce que nous vivons, avec ses lumières et ses ombres, pour faire ressortir les défis qui nous attendent et identifier les critères pour y faire face.

 

COMMUNAUTÉ EN SORTIE VERS LES JEUNES PAUVRES

7. Deux facettes d’un même problème

Trop souvent, la pauvreté prive les enfants et les jeunes de la possibilité de grandir en paix, d'avoir une bonne éducation, de décider de leur avenir. Il n'est pas rare que la pauvreté les éloigne également de la communauté chrétienne et de la possibilité de rencontrer la joie de l'Évangile, qui est justement destinée aux derniers : « L’Esprit du Seigneur est sur moi (…) Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres » (Lc 4,18). La pauvreté devient ainsi aujourd'hui une barrière d'exclusion, qu'il faut surmonter.

Le Magistère prophétique du Pape François aide l’Église à prendre de plus en plus conscience que s'éloigner des pauvres trahit l’Évangile et génère de nombreuses « maladies » dans la communauté chrétienne. Nous aussi, nous ressentons le besoin d'approfondir l'interprétation de l'époque dans laquelle nous vivons, jusqu'à reconnaître que les phénomènes sociaux et les défis spirituels, les appels des jeunes et les motions de l'Esprit sont étroitement liés, sans séparation possible. C'est l'expérience qu'a vécue Don Bosco et qui l'a rendu capable de répondre aux besoins les plus urgents de ses jeunes, et de leur faire sentir la tendresse de Dieu qui réchauffe le cœur et insuffle l'espérance. Là où cela se produit encore aujourd'hui, avec un engagement généreux et une créativité pastorale, nous voyons une véritable floraison du charisme. En revanche, là où les communautés perdent la « familiarité » avec les pauvres, la vie religieuse devient tiède, au risque de devenir du sel qui perd sa saveur, une lampe placée sous le boisseau (cf. Mt 5, 13-15).

 

8. Consacrés à Dieu pour les jeunes les plus pauvres

Aller vers les jeunes pauvres et le faire en tant que communauté de croyants est certainement un défi toujours nouveau, mais c'est aussi une perspective qui nous remplit d'enthousiasme. Comme notre Père Don Bosco, nous avons nous aussi dit à Dieu le jour de notre profession religieuse : « Je m'offre totalement à toi (...) en m'engageant à donner toutes mes forces à ceux à qui tu m'envoies, surtout les jeunes les plus pauvres » (C 24).

Cela exige de nous, tout d'abord, une capacité de discernement communautaire : il ne s'agit pas de confier à un seul confrère la réalisation de nouveaux projets, mais d'écouter ensemble l'appel que Dieu nous adresse à travers les pauvretés des jeunes. Cet appel requiert également une profondeur spirituelle pour ne pas tomber dans l'activisme ou dans une mentalité d'entreprise, une préparation culturelle pour comprendre les phénomènes dans lesquels nous sommes plongés et les nouvelle pauvretés des jeunes, une disponibilité à travailler ensemble en abandonnant tout individualisme pastoral, de la flexibilité pour repenser notre style de vie et nos œuvres, surtout lorsqu'elles n'expriment plus l'énergie missionnaire du charisme et répondent principalement à la logique du maintien des choses en l'état.

 

ACCOMPAGNEMENT DES JEUNES EN CLÉ VOCATIONNELLE

9. Une tradition rich

« Sans familiarité, il n'y a pas de preuve d'amour et sans cette preuve, il ne peut y avoir de confiance ». Ces paroles de Don Bosco suffisent à nous faire comprendre la valeur que cela avait pour lui d'atteindre le cœur du jeune, lui permettant une sincère et confiante ouverture d'esprit. Don Bosco n'utilisait pas le mot « accompagnement », mais toutes ses actions y tendaient précisément. Son engagement éducatif, riche en propositions et attentif aux différentes dimensions de la croissance, tendait à accompagner les jeunes de manière simple et concrète vers la sainteté. Négliger cette dimension du Système Préventif, c'est le dénaturer.

Si toute l'Église, dans le cadre du Synode pour les jeunes, a redécouvert la valeur de l'accompagnement pour le discernement, nous sommes, nous aussi, invités à relire les richesses de notre tradition à cet égard. Celle-ci nous livre trois niveaux d'accompagnement étroitement liés entre eux : le milieu, le groupe, la personne.

Le premier (accompagnement du milieu) se réalise par l'offre d'une ambiance accueillante, joyeuse, riche en propositions différenciées et capable de déclencher des chemins de croissance.

Le second (accompagnement du groupe) favorise un plus grand engagement dans la maturation personnelle et dans le chemin de foi, met en valeur les aptitudes de chacun, promeut la spiritualité du Mouvement Salésien des Jeunes et l'appartenance à celui-ci.

Le troisième (accompagnement personnel) conduit le jeune à discerner plus profondément le sens de son existence devant Dieu.

En ce sens, le Synode sur les jeunes a parlé d'un accompagnement « en clé vocationnelle » (Document final du Synode, nn.138-143 ; Christus Vivit, chapitre VIII), aidant à penser la vie non pas comme un projet d'autoréalisation individuelle, mais comme un chemin pour découvrir et répondre à l'appel divin. L'expression du Pape François « Je suis une mission » (Christus Vivit, n. 254) indique clairement le but que poursuit l'accompagnement : aider chacun à découvrir sa singularité comme don pour les autres.

 

10. Sujets et but de l’accompagnement e

Comme il découle de la familiarité dans la vie quotidienne, l'accompagnement implique une pluralité de sujets et n'est pas la tâche exclusive de quelqu'un. Toute la communauté éducative et pastorale est impliquée, même si tous n'ont pas la même aptitude et la même préparation pour guider le discernement personnel. Dans tous les cas, le protagoniste de chaque accompagnement est l'Esprit du Seigneur qui nous comble de dons et de charismes ; nous, nous sommes simplement des serviteurs et des médiateurs de l'œuvre de Dieu.

Il est très important de souligner qu'un bon accompagnement ne place pas le jeune dans une position passive ou subordonnée, mais favorise, au contraire, sa participation active à la vie de la communauté et sa coresponsabilité au service des plus pauvres. Il s'agit donc d'un accompagnement pour l'engagement, pour une présence active et responsable dans la société et dans l'Église. Le protagonisme des jeunes dans la fondation de notre Congrégation et l'engagement actif des « Compagnies » à l'Oratoire du Valdocco ont encore beaucoup à nous dire en ce sens.

Sûrs que « ceux qui accompagnent les autres dans leur croissance doivent être des gens à larges vues, capables de réunir limites et espérance, en aidant ainsi à toujours regarder en perspective, dans une perspective salvifique » (du Message du Pape François au CG28), nous sommes appelés à promouvoir un engagement renouvelé en faveur de l'accompagnement, ce qui exige, avant tout, que nous prenions davantage soin de la préparation de confrères et de laïcs dans ce domaine délicat, et que nous vivions nous-mêmes l'expérience d'être accompagnés.

La perspective d'une participation active des jeunes suppose alors une plus grande confiance dans leurs ressources : nous ne devons pas craindre leur saine inquiétude, leurs questions et leur sensibilité aux nouveaux enjeux, auxquels nous ne sommes pas toujours prêts à faire face. Apprenons donc chaque jour à écouter avec empathie et à proposer notre aide avec humilité. L'autorité authentique d'un éducateur ne consiste pas dans le pouvoir de diriger, mais dans la force de promouvoir la liberté : telle est la paternité de Don Bosco.

 

CHEMINEMENT AVEC LES FAMILLES ET ÉDUCATION AFECTIVE

11. Être proches des familles

Nous sommes conscients que la famille est l'école de l'amour, dans laquelle nous apprenons la grammaire de l'affection à travers laquelle Dieu se fait connaître et rencontrer. Les récents Synodes sur la Famille et l'Exhortation Apostolique postsynodale Amoris Lætitia ont donné de nombreuses indications pastorales sur l'accompagnement des familles et sur l'éducation affective, que nous sommes, nous aussi, appelés à accueillir et à assimiler.

Pour nous, Salésiens, l'intérêt pour la famille jaillit spontanément du cœur même de notre charisme éducatif. Nous savons combien Don Bosco a appris de Maman Marguerite, à tel point qu'il l'a voulue avec lui au Valdocco comme une présence précieuse pour faire de l'Oratoire une véritable « maison ». Par ailleurs, le jeune Jean Bosco n'a pas grandi dans une famille parfaite : il a vécu la souffrance d'être orphelin de père, l'incompréhension de son frère Antoine, l'humiliation de la pauvreté, la nécessité de quitter la maison pour chercher du travail. Tout cela a contribué à faire mûrir en lui un cœur paternel, riche en miséricorde et accueillant.

Aujourd'hui, nous ressentons, nous aussi, le besoin d'une grande proximité avec les familles, en les accueillant avec leurs peines et leurs fatigues, mais surtout en valorisant les richesses qu'elles portent en elles. De fait, à travers nos œuvres, nous rencontrons de nombreuses familles dans les situations les plus variées : certaines se tournent vers nous pour nos propositions éducatives, d'autres partagent le choix religieux et l'inspiration charismatique, d'autres encore vivent leurs premières années de mariage et demandent à être accompagnées. Nombreuses sont celles qui se trouvent dans des situations de pauvreté, de mal-être ou qui sont des familles blessées et le fruit de secondes unions. Il y a aussi des jeunes qui ont grandi avec nous et qui nous demandent de les accompagner vers le mariage, et même des personnes qui vivent dans de nouvelles configurations relationnelles et viennent aussi dans nos milieux.

Cette complexité constitue sans aucun doute un défi et nécessite une préparation adéquate. La présence de nombreuses familles dans les Groupes de la Famille Salésienne, et d'autres qui collaborent avec nous, constitue pour nous, en tout cas, une grande ressource, surtout si nous sommes capables d'écouter leur expérience et de prendre en considération leur témoignage.

 

12. Pastorale des jeunes, famille, éducation affective

Le critère fondamental de notre travail avec les familles est le caractère éducatif de notre mission. Nous ne voulons pas pratiquer une pastorale familiale parallèle à la pastorale des jeunes, mais plutôt présenter la communauté éducative et pastorale comme le lieu et la forme de notre cheminement avec les familles.

De ce critère découle également la nécessité d'assumer de manière plus courageuse le défi de l'éducation affective et sexuelle des jeunes. C'est une demande que le Concile avait déjà adressée aux institutions éducatives de l'Église (cf. Gravissimum Educationis, n. 1) et que nous avons encore trop peu pris en considération. Il ne s'agit pas simplement de donner des informations mais d'accompagner en un parcours de connaissance de soi et de découverte de l'appel à l'amour.

Nous savons l'importance que Don Bosco accordait à la pureté dans la croissance des jeunes et la délicatesse avec laquelle il en parlait. Dans un contexte qui banalise souvent la sexualité, nous sommes appelés à présenter une vision sereine, positive et équilibrée de l'affectivité, à éclairer le discours sur les langages du corps et sur le sens de la réciprocité entre l'homme et la femme en conformité avec la Parole de Dieu. Le soin de contextes proactifs et « préventifs », une animation qui sache impliquer les jeunes dans toutes leurs dimensions (théâtre, sport, art, jeu, musique, etc.), un accompagnement personnel qui prenne soin de la dynamique profonde de la personne sont les outils que notre tradition nous offre et que nous sommes appelés à repenser dans les nouveaux contextes d'aujourd'hui.

 

CHOISIR

13. Communautés en sortie vers les jeunes pauvres

Nous allons vers les jeunes pauvres en dépassant une pastorale de maintien des choses en l'état et en renouvelant nos dynamismes communautaires.

Attitudes et mentalités à convertir

  1. D'une pastorale de la conservation à une pastorale missionnaire qui ait pour critère de choix les besoins des jeunes.
  2. D'une pastorale élitiste et exclusive à une pastorale populaire et inclusive.
  3. D'une communauté repliée sur elle-même dans des zones de confort à un témoignage de fraternité affichée dans le partage avec les jeunes pauvres.

Processus à activer

  1. Les Secteurs de la Pastorale des Jeunes et des Missions proposeront un projet spécifique d'attention et d'accueil des pauvretés des jeunes.
  2. Dans le cadre du réaménagement des présences, les Provinces prévoiront des communautés pouvant accueillir avec les Salésiens des enfants et des jeunes en difficulté (migrants, réfugiés, enfants des rues, etc.) pour leur offrir des possibilités d'études, de formation professionnelle et d'insertion dans le monde du travail.
  3. La Congrégation veillera, à tous les niveaux, à ce que les conditions de promotion et de défense des droits des jeunes soient garanties, notamment en ce qui concerne la protection des mineurs et des adultes vulnérables.

Conditions structurelles à garantir

  1. On développera, au niveau central, une coordination en réseau avec d'autres religieux et Organisations nationales et internationales, au service des jeunes les plus pauvres.
  2. On élaborera, aux niveaux provincial et local, un Code de Conduite pour assurer un contact réel, sûr et garanti avec les jeunes, en particulier les pauvres.
  3. Les communautés adopteront des moments spécifiques et des conditions permanentes d'accueil de jeunes : elles reverront leurs horaires, leurs structures, leurs lieux et leurs styles relationnels pour être des communautés authentiquement ouvertes et accueillantes.

 

14. Accompagnement des jeunes en clé vocationnelle

Nous promouvons un engagement renouvelé pour l'accompagnement dans une perspective vocationnelle, en prenant soin d'une formation adéquate des Salésiens et des laïcs dans ce domaine.

Attitudes et mentalités à convertir

  1. D'une pastorale d'initiatives et d'activités à une attention aux parcours personnels de croissance.
  2. De la fragmentation du travail pastoral en de nombreux secteurs à son intégration dans une perspective vocationnelle.
  3. D'une mentalité d'autosuffisance pastorale à l'implication des jeunes selon leur degré de maturité.

Processus à activer

  1. Les Secteurs de la Pastorale des Jeunes et de la Formation proposeront des parcours d'habilitation pour l'accompagnement des Salésiens et des laïcs.
  2. Le Secteur de la Pastorale des Jeunes animera, soutiendra et orientera l'engagement des Provinces sur les thèmes vocationnels.
  3. Chaque Province offrira aux jeunes un « temps destiné à la maturation d'une vie chrétienne adulte » à vivre dans nos Maisons, à travers un projet précis de partage du vécu, de fraternité, d'apostolat et de spiritualité (cf. Document final du Synode, n. 161).

Conditions structurelles à garantir

  1. Le Recteur Majeur avec son Conseil envisagera d'établir une coordination centrale pour l'animation vocationnelle.
  2. Les Régions mettront en œuvre le développement et la création de Centres régionaux de formation pour Salésiens et laïcs sur l'accompagnement.
  3. Les Provinces favoriseront l'insertion de jeunes dans les équipes de pastorale des jeunes, dans les Consultes provinciales et autres structures d'animation pastorale.

 

15. Cheminement avec les familles et éducation affective

Nous consolidons le cheminement avec les familles dans la communauté éducative et pastorale, et nous proposons des parcours plus précis d'éducation affective.

Attitudes et mentalités à convertir

  1. D'une famille considérée seulement comme destinataire de la pastorale à la famille comme sujet actif de la mission qui doit s'engager dans la communauté éducative et pastorale.
  2. D'un schéma mental rigide et simplificateur à l'accueil et à l'accompagnement des expériences familiales dans le respect de leur complexité.
  3. De considérer notre affectivité comme un acquis réalisé une fois pour toutes à une formation salésienne qui l’entend comme un chemin de croissance et de maturation du cœur.

Processus à activer

  1. Les Secteurs de la Pastorale des Jeunes et de la Formation, en valorisant l'expérience et l’apport des familles, donneront des indications pour l'élaboration de propositions adéquates d'éducation affective et sexuelle et s'occuperont de la formation de Salésiens et de laïcs dans ce domaine.
  2. Les Provinces promouvront des groupes familiaux inspirés par la spiritualité salésienne, en favorisant leur leadership apostolique et leur participation active dans la communauté éducative et pastorale.
  3. Les Provinces encourageront la réflexion déjà engagée par la Congrégation lors du Congrès International « Pastorale des Jeunes et Famille » (Madrid, 2017) et élaboreront des outils et des parcours pour soutenir les familles dans leur tâche éducative.

Conditions structurelles à garantir

  1. Les Provinces investiront dans la formation de personnel pour l'accompagnement des familles et pour l'éducation affective.
  2. Les Provinces favoriseront l'insertion de certaines familles dans le Conseil de la communauté éducative et pastorale, en promouvant des temps réguliers de communion et de formation.
  3. Les Provinces encourageront l'engagement apostolique des Groupes laïcs de la Famille Salésienne au service de la famille.

 

Deuxième noyau

PROFIL DU SALÉSIEN AUJOURD’HUI

 

RECONNAÎTRE

16. Vocation et formation : la force du charisme nous interpelle

Dans le rêve des neuf ans, la Vierge Marie, après avoir indiqué à Jean Bosco le champ dans lequel il devrait travailler, l'invite à devenir « humble, fort et robuste ». Avec ces mots, Elle lui propose un parcours de formation exigeant et étroitement lié à la vocation reçue et à la mission qui lui a été confiée. Nous aussi, nous reconnaissons que la formation est un don précieux du Seigneur et une exigence indispensable de l'itinéraire vocationnel. Cet engagement pour la formation touche toutes les dimensions de notre consécration apostolique : c'est pourquoi le CG27 a tracé de façon cohérente le profil du Salésien comme mystique dans l'Esprit, prophète de la fraternité et serviteur des jeunes.

En examinant les statistiques de la Congrégation, nous avons constaté qu'au cours de la dernière décennie, nous avons eu une moyenne annuelle d'environ 2600 jeunes en formation. Cela nous remplit de joie et d'espérance car cela montre que notre charisme continue à être fécond. En même temps, ce fait nous interpelle et nous responsabilise, en nous demandant de vérifier la qualité de notre formation initiale et permanente.

En effet, nous constatons que l'identité consacrée salésienne semble parfois faible et peu enracinée : le primat de Dieu dans la vie personnelle et communautaire n'apparaît pas toujours clairement ; des formes de cléricalisme et de sécularisme risquent d'introduire la « mondanité spirituelle » dans la Congrégation ; la promotion du Salésien laïc reste rare dans certaines régions ; le manque de personnel formé dans le domaine de la salésianité, malgré l'abondance du matériel disponible, est le signe d'une attention insuffisante à l'approfondissement du charisme.

 

17. Formation et mission : un décalage dont il faut prendre consciencee

Dans la réflexion capitulaire sur le profil du Salésien aujourd'hui, une préoccupation est clairement apparue : l'écart entre le parcours de formation, dans ses différentes phases, et la réalité de la mission éducative et pastorale ordinaire. Certains parlent d'un décalage entre formation et mission, d'autres d'une séparation entre formation initiale et formation permanente, d'autres encore d'une certaine incohérence entre ce que la Congrégation propose en matière de formation initiale et ce qui se vit réellement dans les communautés apostoliques.

La formation actuelle, avec ses structures, ses styles et ses méthodes, apparaît parfois plus informative que performative, car elle ne transforme pas toujours le cœur. La mission apostolique, d'autre part, n'est pas toujours en mesure de tirer de la réalité des jeunes et du caractère concret de la vie les éléments pour une formation permanente : la « chaire de la réalité » a du mal à devenir lecture croyante de l'histoire (lectio vitæ), en offrant des éléments pour un renouvellement continu de notre être et de notre agir.

Nous reconnaissons également qu'il est urgent d'approfondir certains des thèmes qui doivent entrer pleinement dans le processus de formation : la qualification pour l'accompagnement spirituel des jeunes, qui exige la maturation de sensibilités spécifiques ; la prise de conscience claire que notre mission est partagée avec les laïcs et nécessite donc de nouvelles compétences relationnelles ; l'attention croissante aux questions écologiques qui implique une préparation spécifique en ce domaine. Enfin, le nouveau monde numérisé exige de repenser la façon dont nous abordons l'ensemble de notre vie fraternelle et de notre mission apostolique, car « le repli individualiste, si répandu et socialement proposé dans cette culture largement numérisée, requiert une attention particulière non seulement en ce qui concerne nos modèles pédagogiques mais aussi en ce qui concerne l'utilisation personnelle et communautaire du temps, de nos activités et de nos biens. » (du Message du Pape François au CG28)

 

18. Formation permanente : vivre l’existence dans une optique de formatione

Nous sommes reconnaissants de la présence d'un bon nombre de Salésiens qui ravivent continuellement le don de Dieu qu'ils ont reçu (cf. 2Tm 1,6) à travers « une attitude contemplative, capable d'identifier et de discerner les points clés » (du Message du Pape François au CG28). C'est la seule façon de surmonter l'idée malheureusement bien ancrée que la formation s'achève avec la conclusion des étapes initiales et l'accès au ministère.

En fait, certains confrères n'ont pas la conviction que l'engagement dans leur propre formation est un style précis d'assumer la mission, à tel point qu'il apparaît difficile d'allumer le désir et la passion pour la formation permanente. Nous reconnaissons que, tant au niveau central qu'au niveau provincial, un effort a été fait pour offrir des outils et des parcours de formation ; mais ceux-ci ne portent pas toujours les fruits escomptés. Il est difficile, en particulier, de transformer l'expérience pastorale quotidienne elle-même en une occasion de formation car nous n'avons pas été initiés à discerner à partir du caractère concret de la réalité. C'est pourquoi la communauté – tant religieuse que pastorale et éducative – n'est pas en mesure de devenir le milieu naturel et ordinaire dans lequel on se forme.

Mais il faut aussi reconnaître qu'il y a une certaine confusion concernant les sujets responsables et les parcours de la formation permanente : il y a souvent un manque de confrères préparés pour accompagner ce parcours, et l’on se trouve en état de faiblesse devant une pluralité de références formatives tant au niveau provincial que local. Certains signalent le risque de réduire la formation permanente à quelques cours de recyclage sporadiques ou de la confier [et la confiner] à tel ou tel nouveau manuel que l'on distribue [pour l’occasion]. Enfin, dans un monde toujours plus fluide, il y a le défi du « labeur culturel » dans la Congrégation, car sans étude, sans lecture ni mise à jour continue, il ne sera pas possible d'échapper à une pastorale du conservatisme et de la répétition.

 

19. Formation initiale : une réalité en devenir qui doit être accompagnéee

D'après les données et les discussions qui sont apparues au Chapitre, nous reconnaissons que la formation initiale dans son ensemble est une réalité à multiples facettes, positive et prometteuse. C'est une grande mosaïque de situations différentes, dans laquelle nous reconnaissons la présence de nouveaux dynamismes dans la Congrégation.

Qui sont les jeunes en formation aujourd'hui ? En résumé, nous pouvons dire que la plupart d'entre eux viennent d'Asie et d'Afrique. Dans l'ensemble, ce sont de « jeunes adultes », et non plus, comme autrefois, des « adolescents » ; ce sont des jeunes de notre temps, qui apportent donc avec eux tout le potentiel et la fragilité des jeunes d'aujourd'hui ; ils sont à la recherche d'une vie authentique et d'une fraternité prophétique, même si parfois les motivations qui les conduisent à la vie salésienne ont besoin de mûrir. Étant plus proches de la jeune génération par l’âge, ils ont une facilité de contact et un langage naturel commun avec le monde des jeunes. Tout cela implique une approche formative complètement différente dans nos maisons de formation et nos centres d'études.

De ce changement d'époque, nous comprenons que la recherche et la formation de formateurs sont une véritable urgence à laquelle il faut répondre de la meilleure façon possible. Reconnaissant qu'être formateur est une « vocation dans la vocation », il faudra passer de l'improvisation à un authentique discernement pour le choix qualifié des formateurs et des professeurs : il ne s'agit pas de « recrutement », mais d'un véritable dialogue vocationnel. Reconnaissant donc la communauté comme le premier espace de formation, les capitulaires ont souligné combien est décisive une équipe de formateurs agissant en synergie et sous la conduite du Directeur qui a surtout pour tâche d'accompagner et de coordonner l'engagement de tous.

 

20. La nécessité d’adopter un nouveau style de formatione

Comme nous le dit le Pape François, « penser à la figure du Salésien pour les jeunes d'aujourd'hui implique d'accepter que nous soyons plongés dans un temps de changements » (du Message du Pape François au CG28). Il est donc nécessaire de renouveler notre style de formation, qui doit être pensé de plus en plus de manière personnalisée, holistique, relationnelle, contextuelle et interculturelle.

Nous avons surtout besoin d'un style qui soit capable d'assumer à partir de la mission ses registres fondamentaux, car c'est la mission qui « donne à toute notre existence son allure concrète ; elle spécifie notre rôle dans l’Église et détermine notre place parmi les familles religieuses » (C 3), et aussi parce que nous sommes tous convaincus que « lorsque nous nous isolons ou nous nous éloignons des gens que nous sommes appelés à servir, notre identité de personnes consacrées commence à se défigurer et à devenir une caricature.» (du Message du Pape François au CG28)

Ce nouveau style de formation dont nous rêvons devrait faire briller l'unité de la Congrégation dans la pluralité de ses expressions : il est très important, contre « le grave danger d'uniformisation monolithique des cultures », de reconnaître que la présence mondiale de notre réalité charismatique « est un stimulant et une invitation à conserver et à préserver la richesse de nombreuses cultures dans lesquelles vous êtes plongés sans chercher à les "homologuer". » (du Message du Pape François au CG28)

 

INTERPRÉTER

21. L’expérience de formation de Don Boscoe

Afin d'effectuer un sain discernement sur notre formation, il est utile de réfléchir sur l'expérience de formation vécue par Don Bosco. Il en raconte lui-même les principaux moments dans les Mémoires de l'Oratoire, avec de nombreuses observations qui donnent un aperçu clair de sa vision à cet égard. Nous nous arrêtons ici en particulier sur une des étapes de formation que Don Bosco a le plus appréciée : celle du « Convitto Ecclesiastico » (Foyer sacerdotal). Don Bosco dit ceci de cette institution : « Ici on apprend à être prêtre » (G. BOSCO, Memorie dell'Oratorio di San Francesco di Sales, in ISS, Fonti Salesiane, 1. Don Bosco e la sua opera, LAS, Rome 2014, p. 1233).

La formation du Convitto permettait d'associer une solide proposition spirituelle et culturelle (« Méditation, lecture [spirituelle], deux conférences par jour, des cours de prédication, une vie retirée, toutes facilités pour étudier... ») et l'accompagnement pour rencontrer dans le vécu « la malice et la misère des hommes » dans les lieux de plus grande pauvreté. Le point fort qui guidait les jeunes prêtres à faire une synthèse entre prière et ministère, entre réflexion et pratique pastorale, c'était un groupe de formateurs de très haut niveau, parmi lesquels Don Cafasso. Don Bosco les rencontrait à leur chaire lorsqu'ils donnaient des cours, mais il les voyait aussi personnellement engagés dans les formes de ministère les plus variées et les plus difficiles. Ils étaient pour lui et ses compagnons de solides maîtres de doctrine, des apôtres entreprenants et de véritables modèles de vie. Aujourd'hui, nous parlerions d'une équipe exemplaire et compacte accompagnant totalement la manière d'assumer la mission.

Les années du Convitto ont été décisives pour la maturité apostolique de Don Bosco, et il est bon de noter qu'elles ont été son choix, sans aucune obligation de sa part. Il a pris cet engagement alors qu'il était déjà prêtre et qu’il aurait pu immédiatement s'immerger à plein temps dans la vie active. Mais sur les conseils de Cafasso, il a suivi une autre voie, plus exigeante mais immensément plus fructueuse. Son exemple nous apprend que la formation ne s'arrête pas à la fin des études, à la profession perpétuelle ou à l'ordination sacerdotale, mais reste un processus ouvert à cultiver avec soin tout au long de la vie. Il nous rappelle également que le véritable apôtre ne mûrit pas en brûlant les étapes et que l'investissement le plus fructueux pour la mission est celui d'une bonne formation.

 

FORMATION ET VOCATION : UN ACCOMPAGNEMENT À LA LUMIÈRE DU CHARISME

22. Le don de la formatione

Dans la vie consacrée, la formation ne se réduit pas à un ensemble de techniques et de méthodologies, mais elle est une expérience de foi enracinée dans le mystère même de la vocation. Dieu le Père, qui nous a choisis avant la création du monde, continue à travailler en nous avec la puissance de son Esprit, pour nous rendre toujours plus conformes au Christ. Le but de notre parcours de formation est, en effet, d'arriver à avoir en nous les sentiments mêmes du Fils, c'est-à-dire à ressentir, penser et agir en Lui (cf. Ph 2, 5).

Comprendre la formation dans l'horizon de la vocation nous aide à ne pas la considérer comme un devoir imposé de l'extérieur – par les normes de l'Église ou de la Congrégation – mais comme un don de la grâce qui nous aide à faire vraiment nôtre la « forme » de la vie consacrée salésienne, en évitant qu'elle ne reste une sorte d'habit extérieur.

L'existence d'échecs vocationnels nous rappelle combien ce processus est délicat et combien l'accueil initial de l'appel ne nous protège pas automatiquement contre le risque de perdre notre route ou de faire demi-tour. Que sont, en effet, le cléricalisme, le sécularisme et l'individualisme, sinon des déviations de l'énergie vocationnelle qui en éteignent la beauté et en empêchent la croissance par manque de profondeur, par manque de motivations ou par manque de générosité ? La vocation sans formation adéquate est alors confondue avec une sorte de « volontariat à vie » dans lequel on ne donne pas vraiment son cœur à Dieu et aux jeunes, et où l'on n'accepte pas la conversion, à travers la formation, que cela implique.

 

23. Le Système Préventif comme système de formatione

La formation étant une pédagogie de la grâce, elle ne pourra jamais être avant tout une question de règles et de normes. Sans aucun doute, celles-ci sont-elles nécessaires, car elles préservent des erreurs et indiquent des voies bien établies, mais elles ne suffisent pas à elles seules à créer les conditions d'une authentique expérience formatrice. Nous devons donc veiller à ne pas proposer de solutions essentiellement normatives à un défi qui est avant tout charismatique et générateur.

La formation est un savoir-faire quotidien, une sagesse pratique, une qualité du témoignage, une capacité à lire les situations et à toucher les cœurs : autant de choses qu'aucune loi ne peut garantir et qu'aucun manuel ne suffit à assurer. Comme nous le rappelle le vénérable Père Giuseppe Quadrio, modèle extraordinaire de formateur et de professeur, ces qualités sont avant tout le fruit de la docilité intérieure à l'Esprit qui suscite dans notre Famille charismatique de vrais maîtres de vie.

Toutes les indications de sagesse pratique que Don Bosco mettait en actes dans l'éducation sont donc valables pour notre proposition de formation. Le Système Préventif est à redécouvrir de plus en plus comme le principe inspirateur et l'âme profonde de notre système de formation. Cela signifie affirmer le primat de la charité théologale et de la confiance sur tout légalisme et formalisme ; transmettre les valeurs vocationnelles à travers un authentique esprit de famille ; impliquer activement les plus jeunes confrères et les rendre coresponsables des choix de formation. La pédagogie du Système Préventif est, en effet, une pédagogie de la confiance, qui croit aux ressources des jeunes et les provoque à un engagement généreux, sans jamais en étouffer les intuitions ni en freiner la créativité. C'est dans cette logique que l'article 99 de nos Constitutions stipule : « Chaque Salésien assume la responsabilité de sa formation ». En fidélité à cette inspiration, la Congrégation se montre mère pour chaque confrère et l'aide à mûrir dans son cheminement vocationnel.

 

FORMATION ET NISSION : UN PROCESSUS UNITAIRE

24. Le « da mihi animas » comme énergie du processus de formation

La nature apostolique de notre charisme détermine notre formation. Comme nous le rappelle le Pape François, « il est important de faire valoir que nous ne sommes pas formés pour la mission, mais que nous sommes formés dans la mission, à partir de laquelle tourne toute notre vie, avec ses choix et ses priorités. La formation initiale et la formation permanente ne peuvent pas être une instance préalable, parallèle ou séparée de l'identité et de la sensibilité du disciple. » (du Message du Pape François au CG28). Ces mots indiquent très clairement que formation et mission sont étroitement liées et ne sont pas indépendantes l'une de l'autre.

Comprendre la formation à l'horizon de la mission signifie tout d'abord mettre l'accent sur le « Da mihi animas » en tant qu'énergie profonde du processus de formation. Si cette énergie s'éteint et ne libère plus de ferveur pour le bien des jeunes, la maturation vocationnelle est sérieusement compromise. Si, en revanche, la passion apostolique est vivante, elle nourrit la croissance humaine, l'engagement dans l'étude, le soin de la vie spirituelle, la maturation pastorale. Le « Da mihi animas » est, en fait, la façon dont Dieu nous rend participants de son amour pour le monde.

« Don Bosco, affirme encore le Pape, non seulement ne choisit pas de se séparer du monde pour rechercher la sainteté, mais se laisse interpeller et choisit comment et dans quel monde vivre. » Assumer la mission comme principe formateur exige de développer le regard du pasteur et le courage du prophète qui sait rester avec les jeunes pauvres et rêver avec eux et pour eux d'un monde différent. Voilà pourquoi « la mission inter gentes est notre meilleure école : à partir d'elle, nous prions, nous réfléchissons, nous étudions, nous nous reposons. » (du Message du Pape François au CG28)

 

25. Pour une plus grande intégration

Afin de surmonter le fossé entre formation et mission, il faut tout d'abord sortir de la « mentalité de délégation » qui tend souvent à se décharger de la responsabilité dans ce domaine délicat sur les communautés de formation. La transmission du charisme, en effet, ne se fait pas d'abord dans des communautés spécialement structurées, mais dans la fraîcheur du partage quotidien du service des jeunes. La première source de formation dans la Congrégation se trouve dans le trésor de la vie généreuse des confrères. Là où les communautés sont vivantes dans le service, solides dans la spiritualité et capables de réflexion, les itinéraires proposés par les maisons de formation sont plus incisifs, car ils conduisent à une manière de vivre la salésianité que les jeunes confrères rencontrent dans la réalité ordinaire des maisons. Cela explique l'importance que notre tradition a toujours accordée au stage (« tirocinio ») qui est une étape de formation typiquement salésienne. En revanche, lorsque la mission est confondue avec le travail et que la formation permanente dans les communautés n'est pas bien soignée, c'est tout le processus de formation qui s'en trouve appauvri.

Une plus grande intégration exige donc « de trouver un style de formation capable d'assumer de manière structurelle le fait que l'évangélisation implique la pleine participation, et avec une pleine citoyenneté, de chaque baptisé », en faisant de nos maisons « un "laboratoire d'Église" capable de reconnaître, d'apprécier, de stimuler et d'encourager les différents appels et missions dans l'Église. » C'est ce que nous essayons de faire en appliquant le modèle de la communauté éducative et pastorale. La question de savoir comment ce modèle peut et doit affecter la formation initiale est une question qui n'a pas encore trouvé de réponses claires. Le Synode des jeunes a parlé, par exemple, de l'importance de former des équipes de formation différenciées comprenant également des figures féminines « au sein desquelles interagissent des vocations diverses » (cf. Document final du Synode, n. 163). Le dialogue entre les communautés provinciales et les maisons de formation peut également favoriser une interaction plus significative avec le parcours des communautés éducatives et pastorales, et permettre aux formateurs une plus grande présence aux côtés des jeunes confrères dans les expériences pastorales. Plutôt qu'une solution structurelle unique, qui ne tiendrait pas compte de la diversité considérable des contextes, il est donc nécessaire de travailler à une planification de la formation renouvelée dans un sens missionnaire, qui cherchera dans chaque milieu sa mise en œuvre la plus appropriée.

 

FORMATION ET STRUCTURES : UN RENOUVEAU NÉCESSAIRE

26. Références institutionnelles et soin des processus de formation

Un des risques de notre parcours de formation, dénoncé à plusieurs reprises dans la Congrégation, consiste en une certaine fragmentation entre les différentes étapes. Le passage d'une phase à l'autre de la formation initiale offre sans aucun doute la richesse de nouveaux stimuli et contribue à élargir les horizons, mais il entraîne aussi la difficulté de devoir reprendre plusieurs fois le chemin d'un accompagnement. Cette difficulté s'accentue lorsque les choix de formation et les outils proposés pour l'accompagnement ne sont pas correctement coordonnés.

Il en ressort la nécessité pour la Congrégation de clarifier et, si possible, de simplifier les références institutionnelles et de déterminer avec plus de précision les tâches et les responsabilités des structures de coordination entre les différentes phases et entre les différents niveaux de la formation. Trop souvent, en effet, des décisions importantes pour les processus de formation sont ralenties ou restent sans suite en raison d'incertitudes du système.

La Ratio et ses annexes ne manquent pas d'indications précieuses pour le travail de formation, surtout en ce qui concerne les objectifs à atteindre et les critères d'admission. En revanche, la méthodologie et les outils s'avèrent plus faibles. Il est donc important de mettre en œuvre le processus de révision de l'accompagnement de la formation qui a été entrepris dans la Congrégation et d'en vérifier les résultats. La clarté et le partage sur ce thème sont la première condition pour une formation plus solide et plus personnalisée.

27. Formateurs et Centres de formatione

Tout processus de croissance nécessite des conditions structurelles qui le facilitent. Dans cette logique, la volonté de promouvoir un meilleur accompagnement doit se traduire par un investissement généreux de la Congrégation dans la recherche et la formation adéquate de formateurs qui sachent travailler en équipe sous la direction et la responsabilité du Directeur.

Non moins important est le renouveau au sein de nos Centres d'études, appelés à assumer avec détermination les indications de la Constitution Apostolique « Veritatis Gaudium ». Ils rendent un service indispensable non seulement aux jeunes confrères qui les fréquentent, mais aussi à la solidité culturelle de nos Provinces. Parmi ces Centres, se distingue particulièrement l'Université Pontificale Salésienne qui constitue la voix culturelle la plus autorisée de la Congrégation dans l'Église. Le renouveau dont elle a besoin exige que nous redécouvrions les raisons qui ont conduit à sa fondation il y a quatre-vingts ans.

Les Centres de formation régionaux offrent un service apprécié à la formation permanente des confrères et sont de plus en plus appelés à prendre en charge la formation conjointe avec les laïcs. Les Régions qui ne disposent pas encore de tels Centres devront déterminer les formes les plus appropriées pour garantir ce type de service.

 

CHOISIR

28. Formation et vocation : un accompagnement à la lumière du charisme

Nous encourageons un engagement renouvelé pour l'accompagnement des confrères, au cours de leur formation, à la lumière du charisme.

Attitudes et mentalités à convertir

  1. D'une vision de la formation comme « obligation institutionnelle » à un regard de foi qui la conçoit comme un don et une exigence vocationnelle.
  2. Du formalisme extérieur au soin de l'accompagnement dans une logique de confiance sincère et d'esprit de famille du Système Préventif.
  3. D'une sous-estimation de la formation permanente à la prise en charge personnelle et communautaire de sa propre croissance spirituelle et apostolique.

Processus à activer

  1. Le Recteur Majeur avec son Conseil étudiera le problème de la discontinuité existant entre les étapes de la formation initiale, afin de promouvoir un parcours d'accompagnement plus unifié.
  2. Le Secteur de la Formation promouvra la mise en œuvre et la vérification des Orientations et des Directives « Jeunes Salésiens et Accompagnement ».
  3. Les communautés de formation initiale veilleront à une mise en place de la formation en cohérence avec les grandes orientations spirituelles et pédagogiques du Système Préventif : esprit de famille, participation active des confrères, pédagogie de la confiance (avoir et faire confiance) ; le « Curatorium » vérifiera et promouvra cette mise en place.
  4. Les Provinces et les communautés promeuvent une culture renouvelée de l'accompagnement, en aidant les confrères à en redécouvrir l'importance et la valeur.

Conditions structurelles à garantir

  1. Dans les communautés de formation initiale sera garantie la présence d'équipes capables de transmettre et de dynamiser le Système Préventif ; les formateurs proposeront un accompagnement spirituel personnel en cohérence avec la proposition de formation de la communauté ; on veillera à la présence de confesseurs adéquatement préparés.
  2. Les Provinciaux et les Délégués Provinciaux veilleront au dialogue et à la confrontation avec les communautés de formation afin de favoriser la continuité de l'accompagnement dans la formation initiale.
  3. Les confrères en formation initiale seront aidés à découvrir la valeur de l'accompagnement spirituel personnel.

 

29. Formation et mission : un processus unitaire

Nous nous engageons à combler le fossé entre formation et mission, en favorisant une culture renouvelée de la formation dans la mission à tous les niveaux.

Attitudes et mentalités à convertir

  1. De la délégation laissée aux maisons de formation à la prise de conscience que le style de vie des communautés a une forte influence sur la formation des jeunes confrères.
  2. De la formation comprise comme un temps préalable à la mission au soin à apporter à la solidité culturelle et spirituelle comme condition permanente de la vie apostolique.
  3. D'un style de formation élitiste à l'engagement à valoriser l'apport formateur des laïcs et la responsabilité missionnaire de chaque baptisé.

Processus à activer

  1. Les Provinces veilleront à la qualité formative du stage (« tirocinio »), en garantissant les conditions d'assimilation pratique de la pédagogie salésienne et de l'accompagnement formateur.
  2. Les communautés de formation initiale conserveront un style de vie sobre, qui préserve de l'embourgeoisement et forme aux exigences de la mission, et intensifieront l'accompagnement des expériences pastorales.
  3. Les Provinces investiront dans la qualification des confrères en salésianité et veilleront à une plus grande solidité culturelle ; les communautés locales vérifieront et renforceront leur engagement pour la formation dans la vie quotidienne.

Conditions structurelles à garantir

  1. Le Secteur de la Formation donnera des indications pour que le modèle de la communauté éducative et pastorale puisse également être mis en œuvre de manière adéquate dans les communautés de formation à travers l'implication de laïcs et de familles dans le processus de formation.
  2. Les communautés de stage garantiront l'accompagnement formateur des stagiaires qu’ils aideront à s'intégrer dans la communauté éducative et pastorale, et s'engageront à évaluer leur croissance vocationnelle.
  3. Les Commissions provinciales de formation aideront les communautés à vérifier et à renforcer leur engagement pour la formation dans la mission.

 

30. Formation et structures : un renouveau nécessaire

Nous investissons avec énergie dans la recherche et la formation des formateurs et envisageons avec courage de repenser nos références institutionnelles et nos structures de formation.

Attitudes et mentalités à convertir

  1. Du repli sur les situations d'urgence à l'investissement courageux dans la formation des confrères.
  2. Du regard porté sur les besoins locaux à la disponibilité à offrir des confrères et des ressources pour les exigences de la formation de la Congrégation et pour la collaboration entre Provinces.
  3. Du risque de la superficialité au soin à apporter à des études sérieuses et à la solidité culturelle des confrères.

Processus à activer

  1. Le Recteur Majeur avec son Conseil encouragera un engagement généreux de la Congrégation pour le recrutement et la formation des formateurs ; les Provinces investiront dans la formation des confrères et la préparation de formateurs.
  2. Le Recteur Majeur avec son Conseil vérifiera la structure de gouvernance de la formation pour la rendre plus claire, plus simple et plus fonctionnelle.
  3. Le Recteur Majeur avec son Conseil reverra le nombre et la répartition des communautés de formation initiale dans le cadre d'un projet unitaire ; il favorisera la rénovation de l'Université Pontificale Salésienne, le renforcement des Centres d'études et l'animation des Centres de formation régionaux.

Conditions structurelles à garantir

  1. Le Secteur de la Formation reverra les parties de la Ratio qui ont besoin d'être adaptées aux circonstances actuelles, en renforçant les indications concrètes de méthodes et d'outils partagés.
  2. Le Secteur de la Formation étudiera les meilleurs moyens d'accompagner les communautés de formation interprovinciales ; il précisera les tâches du « Curatorium » et suivra son fonctionnement en dialogue avec les Conseillers Régionaux ; il accompagnera les Provinciaux à prendre leurs responsabilités dans la formation.
  3. Les Régions promouvront les Centres de formation régionaux et vérifieront leurs propositions ; là où ces Centres font encore défaut, elles les institueront.

 

Troisième noyau

AVEC LES LAÏCS DANS LA MISSION ET DANS LA FORMATION

 

RECONNAÎTRE

31. Réalisations et résistances dans la mission partagée avec les laïcs

Nous reconnaissons que le CG24 est pour tous un « point de non-retour » pour le renouveau de notre façon de vivre et de travailler ensemble. Il est au centre du magistère salésien postconciliaire, et marque en même temps un retour aux origines du charisme salésien : Don Bosco, en effet, a impliqué dès le début de nombreux laïcs dans sa mission auprès des jeunes et des couches populaires.

Nous reconnaissons que de nombreuses avancées ont été réalisées dans toute la Congrégation, bien que selon des modalités et des rythmes différents : l'implication de toute la communauté éducative et pastorale ; la formation spirituelle, pédagogique et pastorale des laïcs ; l'insertion des jeunes dans les équipes d'animation ; la remise confiante de certaines œuvres aux laïcs. Cette perception d'une implication mutuelle croissante, d'une richesse partagée, de la force de l'aide commune et de la fécondité du charisme se concrétise peu à peu, passant de la perspective d'impliquer les laïcs dans l'activité éducative et pastorale à celle de partager notre spiritualité avec eux.

En même temps, nous constatons qu'il y a encore quelques difficultés car nous ne réussissons pas toujours à faire participer les laïcs à l'esprit salésien et à la mission salésienne : de nombreuses Provinces doivent encore passer de l'implication utilitariste des laïcs à la stratégie de la coresponsabilité évangélique.

Parfois, nous constatons également des phénomènes de résistance réelle : certains religieux se plaignent du protagonisme excessif des laïcs tandis que certains laïcs font preuve de motivations opportunistes dans leur offre de collaboration. Par ailleurs, pour les laïcs les plus impliqués dans l'activité éducative et pastorale, il n'est pas facile de concilier les exigences de la mission salésienne avec leur vie personnelle et familiale. Enfin, dans certaines situations, on constate une tendance à niveler les différents états de vie, au point que certains pensent que les personnes consacrées ne sont plus nécessaires pour continuer à faire vivre le charisme.

 

32. Relations réciproques entre Salésiens et laïcse

Très souvent, les relations entre Salésiens et laïcs sont empreintes d’estime, de respect, de cordialité et d’esprit de collaboration, surtout lorsqu'il y a une identité vocationnelle claire, une proposition organique de formation et un cheminement partagé avec les organismes et les instruments appropriés comme le Conseil de la Communauté Éducative et Pastorale et le Projet Éducatif et Pastoral Salésien.

La contribution particulière des laïcs n'est pas toujours acceptée et appréciée, compte tenu de leur identité et de leur expérience vocationnelle : on sait ce qu'ils font, mais on n'apprécie pas ce qu'ils sont. Là où il y a un manque de clarté sur leurs identités respectives, on assiste à une sorte de « cléricalisation des laïcs » et de « sécularisation des personnes consacrées ». Dans ce cas, la collaboration quotidienne, plutôt que de faire ressortir la spécificité de chacun, conduit à un aplatissement des identités. Parfois, les laïcs sont simplement classés et positionnés dans un modèle hiérarchique et pyramidal d'« œuvre salésienne ».

Chez les Salésiens, on ressent parfois un certain malaise dans la gestion d'œuvres complexes qui exigent des compétences managériales, et un manque de préparation pour affronter les défis qui découlent du modèle pastoral de partage avec les laïcs. On reconnaît que, face au changement d'époque, on n'est pas vraiment capable de « discerner », et donc on risque de se laisser piéger dans des logiques de conservatisme pastoral fondées sur le « on a toujours fait comme ça ».

On constate qu'il existe différents types de laïcs : des salariés, des bénévoles, de jeunes adultes, des chrétiens catholiques ou d'autres confessions, des pratiquants ou des personnes plutôt éloignées de l'Église. Parfois, avec le même mot « laïcs », qui dans le langage ecclésial désigne les baptisés (Christifideles laici), on fait aussi référence à des personnes qui travaillent dans nos œuvres mais appartiennent à d'autres religions. Afin d'éviter toute confusion ou tout raidissement, il est important de traiter sérieusement les questions théologiques et pastorales qui sous-tendent une telle complexité. Il sera ainsi possible de mieux éclairer la forme que la Communauté Éducative et Pastorale est appelée à prendre dans des contextes multi religieux ou sécularisés.

 

33. Formation conjointe de Salésiens et de laïcse

Au cours de ces dernières années, ont mûri de bonnes initiatives de formation conjointe de Salésiens et de laïcs. En ce qui concerne les cours de formation, il existe d'excellentes propositions aux niveaux local, provincial et régional. Il y a parfois un manque de systématisation dans les parcours des cours de formation, qui se manifeste dans la faiblesse de la planification éducative et pastorale. En fait, il manque une formation plus organique qui viserait à intégrer tous les aspects du charisme salésien (spirituel, pédagogique, pastoral et vocationnel). Le thème de la formation de collaborateurs d'autres religions et convictions reste ouvert.

Dans la vie quotidienne, la formation conjointe se fait principalement à travers les cheminements de la communauté éducative et pastorale, avec ses organismes et ses processus d'animation, de discernement et de gouvernance. La vie de la communauté éducative et pastorale est l'un des espaces les plus efficaces pour la formation conjointe entre Salésiens et laïcs, et constitue un excellent exemple de « formation dans la mission ».

On constate chez certains confrères une certaine résistance à s'engager dans la formation avec les laïcs et la difficulté à se défaire d'une certaine attitude de prétendue supériorité. Une autre source de difficulté dans la formation conjointe est la fatigue, l’excès d'activité et l'accumulation de tâches et de rôles. Certains laïcs sont peu conscients de leur rôle dans l'Église et donc peu disposés à assumer les responsabilités dans la formation qui en découlent.

 

34. Les différentes formes de relations entre la communauté religieuse et l’œuvre salésienne e

Dans la Congrégation, il existe actuellement différentes formes de relations entre la communauté religieuse et l'œuvre salésienne : il y a des œuvres ou des secteurs d'œuvres confiés conjointement à la communauté salésienne et aux laïcs ; il y a des œuvres confiées aux laïcs dans le cadre d'un projet provincial ; il y a aussi des œuvres où l'animation pastorale, mais non la gestion, est confiée à une communauté salésienne proche. Il y a des œuvres où le nombre de confrères permet de couvrir tous les rôles de responsabilité : dans ce cas, il y a beaucoup de collaborateurs laïcs avec peu ou pas de responsabilités ; ici les structures d'animation de la communauté éducative et pastorale sont très faibles ou absentes.

Lorsqu'il s'agit d'une œuvre confiée conjointement aux Salésiens et aux laïcs, ce qu'affirme le CG24 dans les nn. 149-159 n'a pas toujours été réalisé. Lorsqu'il s'agit d'une œuvre gérée par des laïcs sous la direction de la Province, dans de nombreux cas, les Provinces ont fait un gros effort de réflexion et de créativité pour relever le défi de l'accompagnement.

Tout en reconnaissant des aspects positifs, on constate également des problèmes d'un certain poids : la difficulté des Salésiens à garantir un accompagnement systématique, la difficulté des laïcs à trouver un équilibre entre les engagements requis par ces œuvres et les exigences de leur vie familiale, les difficultés liées au changement [remplacement] des laïcs, l'absence de critères et d'instruments de contrôle, la nécessité de mettre en route des pratiques d'évaluation de la gestion, la nécessité de trouver un cadre juridique adéquat, l'exigence d'un changement de la culture de formation des deux côtés afin de mieux se préparer à gérer ces nouvelles réalités. Il existe même des situations où le rôle, les compétences et les fonctions des Salésiens et des laïcs ayant des responsabilités dans les maisons ne sont ni clairs ni bien définis.

Confier une œuvre ou un secteur de l’œuvre entièrement aux laïcs reste dans le cadre du projet et de la responsabilité de la Province. Il existe des situations où la Province confie à une personne morale (fondation, association, coopérative, société) une activité, une œuvre ou des secteurs de celle-ci et l'utilisation d'immeubles dont elle est propriétaire. Dans ce cas, une convention régissant les relations juridiques et économiques n'est pas toujours conclue.

 

INTERPRÉTER

35. Don Bosco, père et maître dans l’implication et dans la coresponsabilitée

Les éléments fondamentaux pour approfondir la théorie et la pratique de la communion et du partage dans l'esprit et la mission de Don Bosco sont indiqués dans le texte du CG24 qui reste une référence essentielle dans ce domaine.

Du point de vue de l’inspiration, quelques paragraphes précieux montrent que tout au long de son parcours existentiel, notre Fondateur s'est soucié d'impliquer le plus grand nombre possible de collaborateurs dans son projet opérationnel donnant lieu à « un vaste mouvement de personnes qui travaillent, de diverses manières, au salut de la jeunesse » (C 5) : depuis ses amis proches jusqu'à ses camarades de classe, depuis Maman Marguerite jusqu'aux employeurs, depuis les bonnes gens du peuple jusqu'aux théologiens, depuis les nobles jusqu'aux politiciens de l'époque (cf. CG24, 69-86).

Nous sommes nés et avons grandi historiquement en communion avec les laïcs et eux avec nous. En particulier, il faut souligner l'importance que les jeunes ont eue dans le développement du charisme salésien et de la mission salésienne : Don Bosco a trouvé chez les jeunes ses premiers collaborateurs qui sont ainsi devenus, en un certain sens, « co-fondateurs » de la Congrégation !

Dans ce dynamisme constant orienté vers la recherche de la communion, du partage et de la coresponsabilité, nous trouvons encore un des traits qualifiants de notre appel à travailler pour l'avènement du Royaume de Dieu dans le monde.

 

Église synodale pour la mission et spécificité des vocations

36. À la racine des réalisations et des résistances

Beaucoup des résistances à la prise au sérieux du partage de l'esprit salésien et de la mission salésienne sont enracinées dans la faible réception des deux grands piliers ecclésiologiques du Concile Vatican II : la réalité de l'Église comme peuple de Dieu en chemin dans l'histoire et l'ecclésiologie de communion qui en découle, et qui exalte la réciprocité et la complémentarité des différentes vocations dans l'Église.

Dans cette perspective, il est évident que la participation des laïcs au charisme salésien et à la mission salésienne n'est pas une concession généreuse qui leur est faite par les Salésiens consacrés, ni une stratégie de survie. Saint Paul enseigne clairement que les charismes sont des dons que l'Esprit distribue pour le bien commun (cf. 1Cor 12) ; ils ne sont pas une prérogative d'un certain état de vie mais enrichissent la vie de l'Église dans la diversité et la complémentarité de ses vocations.

Convaincus qu'il n'y a pas de dignité plus élevée que celle qui nous est conférée par le baptême, de sorte que « chaque baptisé (...) est un sujet actif de l’évangélisation » et qu’« il serait inadéquat de penser à un schéma d’évangélisation utilisé pour des acteurs qualifiés, où le reste du peuple fidèle serait seulement destiné à bénéficier de leurs actions » (Evangelii Gaudium, n. 120), nous nous sentons appelés – Salésiens, membres de la Famille Salésienne, laïcs et jeunes –  à vivre, chacun dans sa spécificité, sa vocation propre en vue d'une édification mutuelle. Lorsque cette approche ecclésiologique est accueillie avec joie et développée avec conviction, les résultats sont clairement visibles : la communauté éducative et pastorale s'épanouit et devient une expérience d'Église qui vit la communion et la mission de manière attrayante et fructueuse.

 

37. La « synodalité missionnaire » de l’Église

La redécouverte de la forme synodale de l'Église a été l'un des points marquants du récent Synode sur les Jeunes : « Le fruit de ce Synode, le choix que l’Esprit nous a inspiré par l’écoute et le discernement, est de cheminer avec les jeunes en allant vers tous, pour témoigner de l’amour de Dieu. Nous pouvons décrire ce processus en parlant de synodalité de la mission ou de synodalité missionnaire. » (Document final du Synode, n. 118) Les jeunes, plus que de nous demander de faire quelque chose pour eux, nous ont invités à marcher avec eux !

Le Pape François est encore plus radical lorsqu'il déclare que « le chemin de la synodalité est justement celui que Dieu attend de l’Église du troisième millénaire » (cf. Discours pour la commémoration du 50ème anniversaire de l’Institution du Synode des Évêques, 17 octobre 2015). Conformément à ces déclarations, la XVIème Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques – encore en préparation et qui se tiendra en octobre 2022 – aura justement pour thème la synodalité : « Pour une Église synodale : communion, participation, mission ».

De telles paroles ne peuvent laisser indifférents nos milieux salésiens. Elles exigent plutôt une conversion du cœur et de l'esprit associée à une volonté renouvelée de changer nos pratiques. C'est précisément la pastorale des jeunes – qui « ne peut être que synodale » (Christus Vivit, n. 206) – qui devrait s'orienter sans tarder dans cette direction en ouvrant de nouvelles voies pour le bénéfice de tous. Il est de plus en plus évident que seuls des hommes et des femmes de communion pourront construire l'esprit de famille et partager la mission.

 

38. Réciprocité de relations, de charisme des laïcs et rôle de la communauté religieuse

Une bonne identification à sa propre vocation et une connaissance adéquate de la vocation des autres sont fondamentales pour ne pas réduire la mission partagée à une simple collaboration exécutive. Les Salésiens qui vivent avec joie et spontanéité leur appel spécifique sont capables d'une présence animatrice incisive et fraternelle, et savent offrir aux laïcs un soutien affectif et efficace dans les difficultés qu'ils rencontrent. Les laïcs qui assument avec conviction leur appel baptismal au témoignage de l'Évangile sont libérés du complexe d'être relégués aux services pastoraux de second degré. Ensemble, on devient un « laboratoire d'Église » et un signe prophétique de communion pour l'Église et la société.

Parfois, les jeunes accueillent mieux le témoignage des laïcs car il est moins évident et l’on suppose que ces laïcs ne parlent et n’agissent pas dans une logique d'appartenance. Leur vocation, en les plaçant au cœur du monde, les rend parfois plus aptes à répondre aux nouvelles demandes culturelles des jeunes. Ainsi, les laïcs parlent un langage plus adapté aux situations ordinaires de la vie et possèdent souvent des spécificités professionnelles qui rendent précieuse leur présence dans la mission.

L'évolution du rôle de la communauté religieuse dépendra de divers facteurs mais, parmi ceux-ci, seront de plus en plus importantes la disposition à « se relire » face à l'option charismatique fondamentale, la volonté de remettre en question son rôle de gestionnaire et de seul responsable de l’œuvre face à la coresponsabilité avec les laïcs, la capacité de relire le sens de sa propre présence dans le contexte où elle se trouve.

 

Gestion de l’œuvre, vie de la communauté et noyau animateur

39. Deux modalités opérationnelles et centralité du noyau animateure

Aujourd'hui, la Congrégation ne reconnaît que deux modes de relation entre la communauté salésienne et l'œuvre. Le premier et le plus important, qui doit être considéré comme la norme de référence, est composé conjointement de la communauté salésienne et des laïcs ; le second se réfère aux « activités et œuvres confiées à des laïcs au sein du projet provincial salésien » (cf. CG24, nn. 180-182).

Nous retenons qu'il n'y a plus le modèle – qui pouvait être considéré comme valable avant le Concile Vatican II – qui prévoit l'animation de l'œuvre par les seuls Salésiens. Nous réaffirmons avec force que la mission salésienne est structurellement communautaire et qu'elle est confiée à une communauté éducative et pastorale et à son noyau animateur, lequel sera composé de Salésiens et de laïcs de manière et dans des proportions différentes et complémentaires : la mission que Don Bosco nous a laissée n'est jamais une action individuelle ni autoréférentielle !

Dans chacun de ces deux modèles, le « noyau animateur » ou « Conseil de la communauté éducative et pastorale » est central et il doit être considéré comme le moteur et le cœur de toute la communauté éducative et pastorale, car de sa qualification et de son bon fonctionnement dépend la bonne marche de l’œuvre. C'est un précieux organe d'animation et la clé de voûte de l'œuvre : c'est « un groupe de personnes qui s'identifient avec la mission, le Système éducatif et la spiritualité de Don Bosco, et qui assument de façon solidaire la tâche d’inviter, de motiver, et d’associer tous ceux qui s’intéressent à une œuvre, pour former avec eux la communauté éducative et réaliser un projet d'évangélisation et d'éducation des jeunes. » (Cf. J.E. Vecchi in ACG 363, p. 8-9 ; Cadre de Référence de la Pastorale Salésienne des Jeunes, V,1,3 ; Animation et gouvernance de la communauté, n. 121-122).

 

40. Œuvres confiées à des Salésiens et des laïcse

Dans les œuvres confiées à la communauté religieuse et aux laïcs, la communauté est une partie significative du noyau animateur et un point de référence charismatique : « Un tel niveau de partage de l'esprit et de la mission de Don Bosco avec les laïcs marque une nouvelle étape dans le développement de notre charisme. D'où la nécessité, pour la communauté religieuse salésienne, de reconsidérer et d'assumer pleinement son rôle, relativement nouveau, au sein de la Communauté Éducative et Pastorale.  […] Il s'agit de passer radicalement d'une structure d'autorité pyramidale à un style d’une plus grande participation où les relations et les processus personnels sont de la plus haute importance. » (Animation et gouvernance de la communauté, n. 124).

La forme concrète de la relation de la communauté religieuse avec l'œuvre dans son ensemble ne peut être réduite à un modèle unique (cf. CG26, n. 120). Pour cette raison, il est nécessaire de prendre en compte certains facteurs déterminants : les différents niveaux d'appartenance et de partage de l'esprit salésien et de la mission salésienne, les différents degrés de concrétisation de la coresponsabilité, la typologie de l’œuvre, le caractère bénévole ou contractuel de la présence des laïcs. Enfin, il convient de rappeler que « la relation précise entre la communauté salésienne et l'œuvre, ainsi que la manière dont s’exerce l'autorité du Directeur, doivent être codifiées dans le Projet Éducatif et Pastoral Salésien provincial et local. » (Animation et gouvernance de la communauté, n. 125).

 

41. Activités et œuvres gérées par des laïcs au sein du projet provincial salésien e

Le CG24 plaçait ce deuxième type d'œuvres, il y a 24 ans, parmi les « Situations nouvelles particulières » (cf. CG24, Troisième partie, chapitre III). Aujourd'hui, nous pouvons affirmer que ces innovations font partie du patrimoine ordinaire de la Congrégation au niveau mondial, même si elles ont des proportions, des formes et des modalités très différentes selon les Régions et les Provinces.

Il est important de réaffirmer les deux conditions essentielles pour confier une œuvre à des laïcs : il faut tout d'abord vérifier les critères d'identité, de communion et de significativité salésienne ; ensuite, il faut garantir l'accompagnement constant et qualifié du Provincial et de son Conseil (cf. CG24, nn. 180-182 ; Cadre de Référence de la Pastorale Salésienne des Jeunes, VIII,2,2 ; Animation et gouvernance de la communauté, 126).

Ces conditions doivent être soigneusement prises en compte au moment de discerner et de confier l’œuvre aux laïcs. Un choix charismatique et une formation adéquate sont nécessaires, en particulier pour les personnes occupant des postes de haut niveau, ainsi qu'une rémunération et des conditions de travail justes et équitables. Enfin, il ne faut pas oublier que ce chemin entrepris avec les laïcs, en plus d'être accompagné, doit être constamment vérifié.

 

Formation conjointe pour la mission

42. Une priorité absolue qui engage les différents niveaux de gouvernance et d’animation

Partager de l'esprit salésien et croître en coresponsabilité exige de partager certains parcours de formation et des expériences orientées vers la spiritualité et la mission, sans négliger évidemment les parcours de formation spécifiques pour consacrés salésiens et laïcs. La formation conjointe dans la mission partagée est une priorité absolue et doit s'adresser avant tout aux membres du noyau animateur (cf. Animation et gouvernance de la communauté, nn. 106.122). Nos collaborateurs laïcs ont besoin de vivre et de connaître Don Bosco de près, et de réfléchir sur ce qui se vit dans nos œuvres.

Il incombe à la Province et à la Région de proposer des parcours de formation adaptés aux Salésiens et aux laïcs. La Province est appelée à développer un projet de formation commune au niveau de la Province et à accompagner les processus au niveau local, en garantissant des ressources adéquates en personnel et en moyens. Au niveau local, un des premiers objectifs que le Directeur salésien poursuit avec le Conseil de la communauté salésienne et le noyau animateur de la communauté éducative et pastorale est l'élaboration d'un projet de formation qui porte attention à ce thème.

L'expérience confirme qu'il est très positif de confier à des équipes mixtes, composées de Salésiens et de laïcs, l'organisation des différentes initiatives de formation : les Salésiens offrent la sagesse acquise dans la formation, l'assistance et la spiritualité ; les laïcs offrent à leur tour, en plus de leurs compétences spécifiques, les fruits du contact avec le monde des métiers, une plus grande attention à la vie familiale, un style de simplicité et d'amitié dans leur relation avec les femmes et le sens évangélique de la vie quotidienne.

Enfin, il est bon de rappeler que la formation ne se fait pas seulement à travers des cours académiques, mais surtout à partir de l'expérience de la vie et du travail en commun, car « le premier et le meilleur moyen de se former et de former au partage et à la coresponsabilité est le fonctionnement correct de la communauté éducative et pastorale [CEP]. » (CG24, n. 43)

 

43. Formation initiale et formation permanente des Salésiens

« Il est important de faire valoir que nous ne sommes pas formés pour la mission, mais que nous sommes formés dans la mission, à partir de laquelle tourne toute notre vie, avec ses choix et ses priorités. La formation initiale et la formation permanente ne peuvent pas être une instance préalable, parallèle ou séparée de l'identité et de la sensibilité du disciple. La mission inter gentes est notre meilleure école : à partir d'elle, nous prions, nous réfléchissons, nous étudions, nous nous reposons. Lorsque nous nous isolons ou nous nous éloignons des gens que nous sommes appelés à servir, notre identité de personnes consacrées commence à se défigurer et à devenir une caricature. » Ces affirmations fortes du Pape François dans son Message au CG28 nous disent l'importance d'un changement radical de perspective dans la formation de tous les confrères, et en particulier de ceux qui vivent la formation initiale : nous devons apprendre de plus en plus à réfléchir de manière critique sur l'expérience pastorale que nous vivons parmi les jeunes !

La formation dans et pour la mission partagée doit également toucher à la formation initiale des Salésiens, non seulement comme thème d'étude mais aussi à travers les expériences pastorales hebdomadaires et estivales. L'expérience de travail avec et sous la direction de laïcs pendant le stage (« tirocinio »), ainsi que la participation au Conseil de la communauté éducative et pastorale, sont des moments précieux de formation, surtout s’ils sont bien accompagnés par les membres du noyau animateur, tant laïcs que Salésiens.

 

44. Collaborateurs d’autres religions et croyances

Dans les contextes sécularisés et multireligieux, notre engagement éducatif est partagé par des personnes de religions et de croyances différentes. Beaucoup d'entre elles font également partie du noyau animateur de la communauté éducative et pastorale. Leur formation est un défi délicat qui requiert sagesse, courage et créativité. La doctrine de l'Église enseigne que la révélation de Dieu en Christ, tout en dépassant étonnamment la sagesse humaine et l'expérience des autres traditions religieuses, porte à son terme les semences de vérité qu'elles contiennent et invite de nombreuses manières à s'engager dans le dialogue interreligieux. C'est pourquoi il est possible d'identifier des valeurs communes qui jetteraient les bases d'une formation différenciée, « inculturée » et contextualisée sans perdre l'originalité de la foi chrétienne.

Le CG24 avait déjà consacré une riche réflexion à ce thème (cf. nn. 113.183-186), en identifiant deux éléments fondamentaux qui constituent la base de la collaboration avec les personnes d'autres traditions et croyances : premièrement, le partage du Système Préventif (dans ses valeurs humaines et laïques avec ceux qui ne croient pas en Dieu ; dans ses valeurs religieuses avec ceux qui acceptent Dieu ou le Transcendant ; dans l'Évangile du Christ avec les chrétiens d'autres Églises et communautés ecclésiales) ; deuxièmement, l'ouverture à la recherche de Dieu de la part de ceux qui ne professent pas une foi particulière (cf. CG24, nn. 185.100). Puisque « la mission pour les jeunes nous porte vers une éducation qui est aussi une évangélisation », le CG24 avait également reconnu que des positions hostiles à l'Église catholique – telles qu'on les trouve dans certaines idéologies, sectes ou mouvements – sont en revanche incompatibles avec notre mission (cf. CG24, n. 185).

Après l'expérience de ces dernières décennies, il serait utile de vérifier la mise en œuvre de ces critères et les résultats concrets qui en découlent dans le domaine de l'éducation et de l'évangélisation, afin de mettre en évidence les bonnes pratiques à renforcer et les risques à éviter. Certes, la condition fondamentale est la présence constante de Salésiens et, si possible, de laïcs chrétiens qui vivent leur identité vocationnelle avec joie et authenticité (cf. CG24, nn. 183-185 ; Animation et gouvernance de la communauté, n. 135), sans dissimuler ce qui constitue le cœur et la motivation fondamentale de leur vie. Tout aussi important est le climat de respect, de patience, d'accueil et d'amitié, qui évite à la fois l'imposition de valeurs et de convictions et la crainte d'aborder des thèmes qui qualifient notre identité.

Nous sommes convaincus que nous pouvons partager, avec toutes les personnes de bonne volonté qui souhaitent participer à la mission salésienne, la bonté affectueuse et paternelle (« amorevolezza ») de Don Bosco, le caractère raisonnable inhérent à son système éducatif et la confiance dans les ressources des jeunes, le choix privilégié des plus pauvres et l'engagement pour une culture de l'accueil qui ne connaît pas de limites de race, de couleur, de nation, de culture et de religion.

 

CHOISIR

45. Église synodale, mission partagée et communauté éducative et pastorale

Nous assumons résolument la mission partagée entre Salésiens et laïcs, en valorisant la réciprocité des vocations.

Attitudes et mentalités à convertir

  1. D'une mission confiée aux « rôles personnels » des personnes consacrées à une prise de conscience de l'ecclésiologie de communion et à la redécouverte du rôle du laïcat.
  2. De considération des laïcs comme de simples « collaborateurs » pour une meilleure mise en œuvre du travail apostolique à la prise en compte de la coresponsabilité des laïcs comme un critère charismatique fondateur.
  3. De la considération des jeunes comme de simples destinataires de nos interventions éducatives au sentiment qu'ils sont coresponsables de notre unique mission.

Processus à activer

  1. Les Secteurs de la Formation et de la Pastorale des Jeunes favoriseront l'élaboration de quelques lignes directrices pour l'animation et l'accompagnement de la communauté éducative et pastorale, à partir des « bonnes pratiques » de la Congrégation.
  2. Les Provinces accorderont une attention particulière à mieux comprendre ce qu'est la communauté éducative et pastorale, s'occuperont de la formation de ses membres et de la préparation du projet éducatif et pastoral salésien, et vérifieront périodiquement le cheminement effectué.
  3. Les Provinces confieront progressivement des rôles de responsabilité institutionnelle aux laïcs imprégnés du charisme et professionnellement préparés aux niveaux local et provincial, en les impliquant dans la planification pastorale et la gestion économique.

Conditions structurelles à garantir

  1. Les Provinces étudieront et définiront les modèles de gestion des différents types de tâches confiées aux laïcs dans le cadre d'un projet provincial (Plan Organique Provincial, Projet Éducatif et Pastoral Salésien Provincial, Directoire Provincial), en particulier en ce qui concerne les tâches, les nominations, la juste rémunération financière, la durée des mandats et les organes de décision.
  2. Les Provinces assureront un accompagnement sérieux des œuvres gérées par des laïcs, à travers la présence du Provincial et de l'Équipe d'animation provinciale, et élaboreront un statut à cet égard.
  3. Les Provinces impliqueront les Groupes de la Famille Salésienne dans le plan de réaménagement des présences salésiennes, en préparant des expériences de collaboration en faveur des plus pauvres.

 

46. Formation conjointe pour la mission

Nous assurons des espaces et des temps de formation conjointe et de partage de vie entre Salésiens et laïcs, pour un meilleur service éducatif et pastoral auprès des jeunes.

Attitudes et mentalités à convertir

  1. D'une formation conjointe sporadique et occasionnelle à une formation plus systématique qui visera à intégrer tous les aspects de la mission salésienne (spirituel, pédagogique, pastoral et professionnel).
  2. D'une formation dispensée uniquement par des personnes consacrées à une formation planifiée et réalisée avec les laïcs.
  3. D'une mentalité d'autosuffisance à une expérience réelle de la nécessité d'une formation conjointe.

Processus à activer

  1. Les Secteurs de la Formation et de la Pastorale des Jeunes promouvront une réflexion au niveau régional pour une compréhension et une appréciation renouvelées de la formation conjointe dans l'optique de la mission partagée.
  2. Le Secteur des Missions coordonnera une réflexion pour approfondir les conditions nécessaires à la participation de collaborateurs laïcs d'autres religions et croyances à la mission salésienne, en proposant des parcours de formation adaptés et différenciés, centrés sur les piliers du Système Préventif.
  3. Les Provinces investiront dans la formation conjointe – ainsi que dans la formation initiale – avec l'aide des structures régionales de formation permanente et en assurant un soutien économique pour permettre la participation des laïcs.

Conditions structurelles à garantir

  1. Les Provinces élaboreront un projet de formation conjointe qui distinguera les niveaux de formation, les contenus, les destinataires et les sujets, à travers des itinéraires diversifiés de formation (humaine, spirituelle, salésienne et professionnelle).
  2. La communauté locale mettra en œuvre des processus de formation pour Salésiens et laïcs capables de partager la vie spirituelle et fraternelle en plus de l'action éducative et pastorale.
  3. La communauté locale entreprendra des itinéraires pour construire la communauté éducative et pastorale et les Conseils de la communauté éducative et pastorale comme noyau d'animation et espace efficace pour mettre en route des expériences systématiques de spiritualité, de communion et de service avec les laïcs et avec les jeunes.

 

 

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