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PRÉSENTATION DE LA LETTRE DU RECTEUR MAJEUR SUR LA PAUVRETÉ

ECONOMIE DCOUMENTS

 

PRÉSENTATION  DE  LA LETTRE  DU  RECTEUR  MAJEUR SUR  LA  PAUVRETÉ

« ENVOYÉS  PORTER  LA BONNE  NOUVELLE  AUX  PAUVRES »

 

1.     Introduction

La lettre récente du Recteur majeur sur la pauvreté a orienté de façon évidente le choix du thème central de cette rencontre des économes provinciaux de provinces de la Region Interamerica. Avant de traiter des aspects plus spécifiquement économiques, financiers et de gestion, je suis personnellement heureux de pouvoir m’entretenir avec vous justement de ce contenu charismatique qui se réfère directement à notre identité de religieux consacrés et qui, en tant qu’économes, est confié directement par la tradition salésienne à notre responsabilité et à nos soins. Du reste, si notre travail sur le terrain financier s’inspire de l’autonomie des réalités séculières et accepte d’être réglé par ses lois propres, il a surtout pour but le témoignage transparent de la consécration religieuse et la mission salésienne en faveur des jeunes. Nous aborderons donc aussi des sujets techniques et spécialisés, mais il est providentiel qu’ils se situent dans notre situation réelle de personnes consacrées à Dieu en vue de la mission en faveur des jeunes.

J’ai l’intention d’entrer dans l’analyse de la lettre du Recteur majeur à deux moments différents, selon le programme. La première fois, je présenterai les points essentiels de la lettre et je les rattacherai directement à la réflexion du CG24. La deuxième fois, selon le commentaire paru dans le même numéro 367 des ACG, je présenterai quelques problèmes plus pratiques et concrets sur lesquels, je crois, il sera utile de faire ensemble une analyse, et d’ajouter les points concrets qui concernent les Provinces que vous représentez.

2.      Du CG24 : « La communauté des consacrés, âme de la CEP »

(Chapitre ii de la iiie partie. « Vers l’avenir »).

Le CG24 le souligne avec clarté, précisément pour souligner que la mission salésienne est conduite par diverses entités complémentaires : Don Bosco a voulu des personnes consacrées au centre de son œuvre : « Mais à certains, Don Bosco demande davantage. Il demande de rester avec lui pour toujours, de se consacrer aux jeunes à temps plein et pour la vie, et de se vouer sur les traces du Christ obéissant, pauvre et chaste, au service fidèle de Dieu et des jeunes » (CG24, 149). « Il voulait ses religieux comme points de référence précis de son charisme, [à cause de] leur donation totale. » Les salésiens consacrés sont, dans les divers contextes, « Don Bosco aujourd’hui » (cf. CG24, 150) pour les jeunes avec qui ils entrent en contact et pour les laïcs avec qui ils partagent la mission pour les jeunes.

Au nº 152, le CG24 souligne en particulier la valeur de la pauvreté librement embrassée pour le Royaume, entendue comme « imitation des options radicales du Christ », et il indique les parcours suivants :

-   Le choix des « marginaux : les pauvres, les gens du peuple, les jeunes » ;

-   Le partage de la vie des pauvres, et le refus de la sécurité des structures, du traitement, des propriétés ;

-   Dieu seul suffit comme unique sécurité et comme richesse fondamentale ;

-   Le dynamisme apporté au sein de la CEP pour le triomphe de la justice, de la solidarité et de la charité.

Le point de départ de la réflexion que nous ferons sur la pauvreté ne peut être que celui-là, tant par méthode que pour une orientation correcte de la lecture des contenus. Le P. Vecchi, du reste, propose à toute le Congrégation, comme l’ont déjà fait ses prédécesseurs, une actualisation des vœux en voulant de cette façon concrétiser la programmation des six ans, qui s’inspire du vaste programme exigeant tracé par le CG24. Nous devons réfléchir aussi sur la pauvreté à cette lumière, et souligner ce qui est spécifique au témoignage du salésien SDB dans la pluralité des visages qui convergent dans la CEP pour réaliser la mission salésienne.

3.     La référence immédiate de la lettre du Recteur majeur au CG24

Avant d’analyser la structure et le contenu de la lettre, je crois utile de souligner quelques formules être l’écho direct de la réflexion du CG24 et que je retrouve dans le paragraphe intitulé « Liberté et détachement ».

*        Jésus est notre bien le plus grand : « Dans la rencontre de Jésus et en sa personne, nous avons découvert des biens infiniment supérieurs aux biens temporels, qui ont eux aussi leur valeur. Tel est le sens premier de notre pauvreté » (p. 5 et 6). Cela nous dit aussi beaucoup, à nous les économes, sur la façon de gérer les biens, qui doit toujours être fonctionnelle et orientée vers des « biens d’une autre nature ».

*        Dans cette perspective, faisant écho à la formule du CG24 que « Dieu seul suffit » (152), le P. Vecchi souligne, presque comme un thème qui les sous-tend tous, que « parce que les biens temporels ne comblent pas notre désir et que nous en avons découvert d’autres supérieurs, le détachement s’applique aux affections, à la santé, à la liberté individuelle, au pouvoir, à la préparation culturelle personnelle, à la suffisance de notre intelligence, aux moyens matériels, à notre volonté et à nos décisions. Dans ce sens la pauvreté se rapproche de l’obéissance et se fusionne avec elle » (p. 6).

*        Il est donc évident que la pauvreté est surtout une question de convictions et de dispositions intérieures plus que de gestes extérieurs et visibles. « La pauvreté, il faut l’avoir dans le cœur » disait Don Bosco. « Nous comprenons pourquoi, dans l’Ecriture, le “pauvre” représente non seulement celui qui se limite dans l’utilisation des biens matériels, mais celui qui est entré dans le mystère de l’existence humaine assoiffée de l’infini de Dieu » (P. 6-7).

4.     La structure de la lettre

I.                    Introduction : référence au CG24, objectifs de la lettre, suggestion d’une lecture créative.

II.                 Notre pauvreté

Cette première partie de la lettre présente notre tradition salésienne en matière de pauvreté, telle qu’elle a été codifiée dans les Constitutions rénovées, en relation directe avec Don Bosco et à l’écoute du contexte d’aujourd’hui. Le fondement et l’horizon de notre engagement concret de pauvreté sont les deux grands faits de la communauté et de la mission. Les points présentés par la lettre sont les suivants :

i.                    Liberté et détachement

ii.                   Investir dans la communauté : au sens plein tant à propos de l’objet à partager que des sujets avec qui partager.

Solidarité et partage : « La solidarité avec les pauvres éveille des dispositions de partage : présence physique avant tout où la pauvreté signifie la dégradation, l’insuffisance des conditions essentielles, les carences éducatives, l’absence de perspectives. et avec la présence, également le partage des conditions de vie, la participation à l’effort d’en sortir » (p. 8).

iii.                  Signe de la mission salésienne : notre pauvreté tend à s’exprimer dans un service concret, parce que le « détachement du cœur » s’ordonne au « service de nos frères » :

–        nos ressources sont au service des jeunes ; c’est dans ce sens que nous sommes entreprenants ;

–        L’incidence sociale de notre mission avec des valeurs éducatives : le bien commun, la justice, l’attention portée aux faibles et aux déshérités.

iv.                 Travail et tempérance : la spiritualité de l’action apostolique rattache le travail à la pauvreté et aussi à la tempérance, et elle se rapporte au style de vie de chaque confrère autant qu’au rythme de vie des communautés elles-mêmes.

v.                   Administrer avec sagesse : « Notre pauvreté inclut la bonne administration des biens : précise, prudente dans ses prévisions, sage dans ses dispositions, transparente et responsable en esprit communautaire » (p. 16).

III.       Les défis d’aujourd’hui (lettre pages 17-20).

            Dans cette deuxième partie de la lettre, le Recteur majeur aborde, en en spécifiant quelques unes, les tendances des mœurs d’aujourd’hui, qui s’opposent souvent au cadre de référence tracé ci-dessus et qui exigent donc de nous une évaluation ponctuelle de la qualité de notre témoignage.

i.                     Le monde est divisé par la possession des biens :

–        On procède à diverses vitesses sur la route du développement ;

–        Mentalité consumériste ;

–        Dans les contextes plus pauvres : discernement courageux.

ii.                   L’importance de la valeur économique et de l’argent dans le système économique et social :

–        L’argent plus déterminant que le travail ;

–        La solidarité plus souple et en développement ;

–        Les bienfaiteurs et la Providence.

iii.         La complexité de la gestion économique

–        Le coût élevé de nos structures ;

–        Les retombées fiscales de nos activités, impôts fiscaux, la bureaucratie dans le domaine du droit du travail ;

–        Nécessité d’énormes quantités d’argent.

iv.        La tendance à gérer notre vécu de façon autonome

–        Tendance individualiste dans l’organisation de la vie ;

–        Respect des exigences du vœu de pauvreté et responsabilité personnelle à ce sujet.

IV.       Les icônes de la pauvreté salésienne (Lettre p. 20-31)

Selon les Constitutions et l’exhortation apostolique sur la Vie consacrée, le P. Vecchi propose trois icônes bibliques pour aider l’approfondissement et l’orientation, et projette sur elles le témoignage de la pauvreté de Don Bosco.

i.          Le disciple : celui qui suit Jésus

–        L’aspect christologique de la pauvreté : elle nous greffe sur le mystère du Christ ;

–        Se vider de soi-même dans le Christ ;

–        La dépendance d’un autre ;

–        La prière comme caractéristique du pauvre.

ii.         Un joyeux message aux pauvres

–        L’aspect ecclésial de la pauvreté : elle est la clé de la fécondité de l’Eglise ;

–        Les pauvres, premiers destinataires de la mission ;

–        La pauvreté est le contenu de l’annonce ;

–        L’enseignement de Jésus sur la richesse et sur les biens ;

–        La pauvreté, caractéristique indispensable du missionnaire évangélisateur.

iii.         Les premiers chrétiens

–        L’aspect social et solidaire de la pauvreté évangélique ;

–        Communion et partage au sens plein dans un très large horizon.

iv.        La pauvreté de Don Bosco

–        Orienté vers l’idéal de Jésus pauvre ;

–        Pauvreté personnelle et exigences de l’œuvre éducative ;

–        Quémandeur pour le bien de la jeunesse ;

–        Confiance inébranlable en la Providence.

V.            Quelques indications pour aujourd’hui (Lettre, p.31-36)

Après nous avoir rappelé les solides motifs, le Recteur majeur nous donne quelques orientations pour la pratique, et insiste sur la nécessité de discerner avec sagesse, de se centrer sur l’essentiel et de se fier à la mémoire de l’Esprit pour interpréter.

i.            Responsabilité attentive

–        La vertu de la vigilance ;

–        Le scrutinium paupertatis au niveau personnel et communautaire pour l’austérité prophétique.

ii.            Destination apostolique des biens

–        Destination des biens à l’éducation, à la formation et à la charité ;

–        Critère de conservation des biens : la disponibilité immédiate à l’apostolat ;

–        Providence et prévoyance.

iii.            Solidarité

–        Devoir imposé par les Constitutions ;

–        Responsabilité du gouvernement de la Province ;

–        Plan périodique de solidarité économique.

iv.            Eduquer à l’utilisation des biens

–        L’idolâtrie du confort et la tendance au gaspillage ;

–        Vision chrétienne sur les biens et leur gestion ;

–        former les jeunes à la dimension sociale de la charité.

v.         Aimer les pauvres en Jésus Christ

–        Se sentir pauvre parmi les pauvres ;

–        Conscience différenciée de la pauvreté.

VI.            Conclusion

Dans la conclusion, le P. Vecchi s’inspire de Marie qui chante la pauvreté dans le Magnificat et se présente dans la tradition des pauvres de Yahvé : « L’histoire commence toujours par les pauvres et s’ouvre à l’avenir selon la mesure de leur espérance ».

5.     Indications pour l’approfondissement

Le P. Vecchi nous a proposé sur la pauvreté une lecture linéaire, immédiate et certainement stimulante. Pour cette lettre comme d’ailleurs pour toutes les autres, il souhaite dans l’introduction qu’il en soit fait en communauté une lecture « créative ». C’est dans ce sens que j’ai songé à vous la proposer à l’occasion de cette rencontre des économes provinciaux. Je pense à une lecture vivante, précisément parce qu’elle se réfère à notre vie de consacrés, à une expérience que nous cherchons à vivre, et non à des notions que nous cherchons à assimiler de façon détachée. Nous allons donc nous organiser en groupes pour nous pencher sur les « défis d’aujourd’hui » et sur les « indications pour aujourd’hui », sans oublier le cadre de référence. Nous avons tous en mémoire le songe des diamants et les deux scènes qui représentent le visage de la Congrégation. Avec équilibre, mais aussi un grand sens de notre responsabilité, nous nous confrontons aux graves paroles de notre Fondateur : « Notre Société est bénie du ciel, mais Il veut que nous accomplissions notre travail. Les maux qui la menacent ne nous atteindront pas si nous prêchons sur les vertus et les vices connus ; si nous pratiquons ce que nous prêchons, nous le transmettrons à nos frères par une tradition pratique de ce qui s’est fait et que nous ferons » (MB, vol. XV, p. 187).

Aujourd’hui la signification de ce songe et la préoccupation de Don Bosco nous interpellent et nous invitent à retourner aux sources régénératrices de notre consécration et à la pratique fidèle de la pauvreté.