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Critères et normes pour le Discernement des Vocations Salésiennes 2000

CRITÈRES ET NORMES POUR LE DISCERNEMENT

DES VOCATIONS SALÉSIENNES

LES ADMISSIONS

Supplément à “LA FORMATION DES SALÉSIENS DE DON BOSCO”

(Ratio Fundamentalis Institutionis et Studiorum)

Troisième édition.

ROME 2000

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SOMMAIRE

Table des matières

Abréviations et sigles

Présentation

1. FORMATION SALÉSIENNE ET DISCERNEMENT DES VOCATIONS

1.1 Vocation salésienne et discernement

1.2 Nature et caractéristiques du discernement des vocations

1.2.1 Nature du discernement des vocations

1.2.2 Discernement d’une vocation “salésienne”

1.2.2.1 Discernement “salésien”

1.2.2.2 Discernement attentif aux diverses formes de l’unique vocation

1.2.3 Discernement au cours de la formation initiale

1.2.3.1 Le discernement: attitude constante tout au long de la formation

A. Discernement graduel et progressif

B. Discernement attentif à la spécificité des étapes et des moments

C. Discernement vu dans l’unité et la continuité de la formation

1.2.3.2 Discernement: moments particuliers et admissions

1.3 Les responsables du discernement des vocations

1.3.1 Responsabilité du candidat

1.3.2 Responsabilité  communautaire: ses diverses expressions

1.3.2.1 Au niveau provincial

1.3.2.2. Au niveau local

1.4 Conditions indispensables

1.4.1 Un projet de vocation

1.4.2 Une attitude de foi

1.4.3 Une sensibilité d’éducateur

1.4.4 Des compétences spécifiques

1.5 Moyens et méthodes

1.5.1 La connaissance au jour le jour

1.5.2 Autres méthodes d’approche

2. CRITÈRES DE DISCERNEMENT

2.1 Définition et types de critères

2.2 L’application des critères

 

2.3 Domaines de discernement

2.3.1 Dimension humaine

2.3.1.1 Santé physique

2.3.1.2 Contexte familial

A. Aspects positifs et obligatoires à considérer

B. Difficultés et contre-indications à évaluer

2.3.1.3 Équilibre psychique et capacité relationnelle

A. Aspects positifs et obligatoires à considérer

B. Diffucultés et contre-indications à évaluer

2.3.1.4 Maturité affective-sexuelle

A. Indications générales pour le discernement

B. Difficultés et contre-indications à évaluer

a. Contre-indications relatives ou absolues à la base du discernement

    - Quelques situations et comportements personnels

    - Expériences vécues avant le début du parcours de formation

    - Un problème particulier: la masturbation

b. Contre-indications absolues

c. Discernement de la vocation et homosexualité

2.3.2 Dimension spirituelle

2.3.2.1 Aspects à considérer

A. Vie chrétienne et caractérisation salésienne

B. Vie communautaire

C. Les conseils évangéliques

D. Signes de vocation spécifique

- Signes indicateurs d’une vocation de salésien coadjuteur

- Signes indicateurs d’une vocation de salésien prêtre

2.3.2.2 Motivations et intention droite

2.3.3 Dimension intellectuelle

2.3.3.1 Aspects positifs et requis à considérer

A. Intelligence, capacité de réflexion et de jugement

B. Qualification nécessaire

2.3.3.2 Difficultés et contre-indications à évaluer

2.3.4 Dimension éducative-pastorale

2.3.4.1 Aspects positifs et requis à considérer

2.3.4.2 Difficultés et contre-indications à évaluer

3. LES ADMISSIONS

3.1 La demande, les responsables et les modalités des admissions

3.1.1 La demande

3.1.2 Les responsables

3.1.3 Les modalités

3.2 Admission au prénoviciat

 

 

 

3.3 Admission au noviciat

3.3.1 Aptitude à la vie salésienne

3.3.2 Conditions, empêchements et prescrits juridiques

 

3.4 Admission à la première profession

3.4.1 Aptitude à la vie salésienne

3.4.2 Prescrits juridiques

3.5 Admission au renouvellement de la profession

3.5.1 Aptitude à la vie salésienne

3.5.2 Prescrits juridiques

3.6 Les admissions au cours de la formation spécifique du salésien prêtre

3.6.1 Admission aux ministères

3.6.2 Admission aux ordres sacrés: diaconat et prêtrise

3.6.3 Aptitudes à l’exercice salésien du ministère

3.6.3.1 A propos de l’aptitude à remplir les devoirs sacerdotaux

3.6.3.2 A propos de la façon d’affronter la vie du prêtre salésien

3.6.4 Prescrits juridiques

3.7 Admission à la profession perpétuelle

3.7.1 Aptitude à la vie salésienne

3.7.2 Prescrits juridiques

 

Annexe: Documents de référence ecclésiaux et salésiens

 

ABRÉVIATIONS ET SIGLES

ACG           Actes du Conseil Général

ACS            Actes du Conseil Supérieur

C                 Constitutions

can.             canon du Code de Droit canonique, 1983

CDF            Congrégation pour la Doctrine de la Foi

CEC            Congrégation pour l’Education Catholique

Cfr, cfr        voir (confer)

CG Chapitre Général

CGS            Chapitre Général Spécial (CG20)

DSM           Le Directeur Salésien (Il Direttore Salesiano). Un ministère pour l’animation et le             gouvernement de la communauté locale. Rome 1986

Form. Cel.  Lignes Directrices pour la formation au célibat sacerdotal. CEC, 1974

FSDB        La Formation des Salésiens de Don Bosco. 3ème édition, Rome 2000

ISM           L’inspecteur Salésien (L’Ispettore Salesiano). Un ministère pour l’animation et le                     gouvernement de la communauté provinciale, Rome 1987

MuR          Mutuae Relationes. Directives de base concernant les rapports entre les Évêques                      et les Religieux dans l’Eglise, Congrégation pour les Religieux et les Instituts                                      Séculiers et Congrégation pour les Évêques, 1978

PDV          Pastores Dabo Vobis.Exhortation Apostolique postsynodale, Jean-Paul II, 1992

PEPS         Projet Educatif-Pastoral Salésien

PI               Potissimum institutioni. Directives pour la formation dans les Instituts Religieux,                     Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie                                  apostolique, 1990

R                Règlements généraux

RFIS          Ratio Fundamentalis Institutionis et Studiorum, CEC, 1985

RI              Religiosorum Institutio, Sacrée Congrégation pour les Religieux, 1961

Sac.Coel.   Sacerdotalis Coelibatus, Lettre Encyclique, Paul VI, 1967

VC Vita Consecrata, Exhortation apostolique postsynodale, Jean-Paul II, 1996



PRÉSENTATION

 

Chers confrères,

 

En même temps que la troisième édition de la “Ratio”, La formation des Salésiens de Don Bosco, je vous présente le texte renouvelé du fascicule Critères et normes pour le discernement des vocations salésiennes. Les admissions, qui veut être un développement et un commentaire de ce que dit la Ratio sur le discernement des vocations.

 

Cette brochure témoigne en termes concrets de l’amour de la vocation salésienne et de ceux qui se sentent appelés à la vivre dans l’Église. Elle exprime la responsabilité de la Congrégation, engagée  à découvrir et à accueillir le don de Dieu et à en assurer une réalisation joyeuse et fidèle. Parfois, ce qui est demandé peut apparaître exigeant. Notre sensibilité d’éducateurs nous aide à être positifs et confiants face aux personnes, à reconnaître en elles ce qui est indispensable pour “rester avec Don Bosco” et ce qui peut grandir et mûrir. Mais nous ne pouvons, ni donner des illusions ni nous illusionner nous-mêmes: le chemin salésien vers la sainteté doit être construit sur des bases solides; il  requiert une formation de qualité. Les exigences elles-mêmes, à assumer avec une compréhension d’éducateur, au lieu d’être considérées comme excessives, doivent plutôt être perçues comme une volonté d’estime et de respect pour la vocation salésienne et pour la personne appelée, comme une expression de fidélité à Don Bosco fondateur et formateur.

 

La brochure, qui tient dans la Ratio son fondement et son cadre de référence, veut offrir des indications claires, concrètes et motivées. Comme elle doit servir dans toute la Congrégation et que, par conséquent, elle doit tenir compte d’une grande variété de situations, on s’en tient à des lignes directrices valables pour tous. A ceux qui doivent les appliquer dans le contexte de leur province incombe le devoir non seulement de les personnaliser, en les insérant dans le cadre de l’histoire passée et présente de chaque candidat, mais aussi de le faire en prêtant attention aux caractéristiques des situations et des cultures locales.

 

Les destinataires du document sont tous ceux qui, d’une façon ou d’une autre, ont à intervenir dans le cadre des vocations et de leur formation, principalement les Provinciaux et les Directeurs avec leurs Conseils respectifs, les confesseurs, les formateurs et les animateurs des candidats à la vocation, appelés à donner un conseil ou fournir une aide, à exprimer un avis ou à prendre des décisions au nom de la Congrégation. En tant que médiateurs de l’action du Seigneur et serviteurs de leurs frères, il est de leur devoir de connaître et d’appliquer les “Critères et Normes” de façon responsable et équilibrée. Il est important que les confrères en formation initiale, premiers responsables du discernement de leur vocation, connaissent les critères de la Congrégation et se positionnent à leur endroit.

 

Les critères et les normes, que je vous présente ici, ont pour but d’assurer une meilleure sécurité et la convergence dans l’évaluation et les décisions. Les Provinciaux et les Commissions pour la formation feront en sorte qu’ils soient connus et appliqués et qu’il y ait unité et collaboration entre tous ceux qui interviennent dans le processus de discernement.

 

Que la Madone, Auxiliatrice de la vocation salésienne, obtienne pour nous tous le don du discernement, qui brillait de façon remarquable chez notre père Don Bosco, afin que nous sachions reconnaître les signes de l’Esprit dans la vie des confrères et que nous soyons des collaborateurs de son action en eux.

 

Rome, 8 décembre 2000.

Don Juan Edmundo Vecchi,

Recteur majeur

 

1. FORMATION SALÉSIENNE ET DISCERNEMENT DES VOCATIONS

         L’objet de cette brochure, qui constitue un supplément à la Ratio (FSDB)[1], est le discernement des vocations au cours de la formation initiale et, plus spécialement, le discernement en vue des admissions : un discernement vu comme un service rendu à tout candidat et à l’authenticité du charisme. Il convient, en guise d’introduction, d’en présenter les principales composantes.

1.1    VOCATION SALÉSIENNE ET DISCERNEMENT

         Les Constitutions et la Ratio sont les deux points de référence fondamentaux, quoique de valeur différente, pour la formation. Elles présentent la vie salésienne dans la perspective d’un dialogue en vue d’un appel et d’une réponse.

La vocation salésienne « est une grâce du Père »[2] « qui nous a aimés le premier »[3], mais elle est en même temps une « option »[4] et un « choix ». La vocation et l’option doivent être évaluées, motivées et mûries[5].

Dans le dialogue vocationnel, qui constitue le cœur de l’expérience de la formation[6], se rencontrent, d’un côté, Dieu qui appelle (comme il veut, quand il veut, qui il veut) et, de l’autre, un homme concret (né dans une culture, élevé dans une famille, qui a développé une certaine vision de la vie), qui répond à l’appel intérieur de façon « existentielle » avec tout son être. Les façons dont une vocation est perçue, reçue et développée, peuvent être diverses.

3.      Comment quelqu’un peut-il, et avec lui les coresponsables de sa décision vocationnelle, comprendre s’il est appelé « à faire partie de la Société salésienne »[7], à vivre dans l’Église le projet de Don Bosco au service des jeunes[8], à le vivre « dans une forme spécifique de vie religieuse » ?[9] Comment discerner la volonté de Dieu,[10] « approfondir l’option d’une vocation »[11] et les « motivations de son choix » ? [12]. Le processus de formation vise à favoriser la réponse à ces questions fondamentales par l’outil du discernement, qui est une condition indispensable, une disposition permanente et unetâche spécifique de la formation.

4.      Les Constitutions ne présentent pas de façon systématique et complète les critères de discernement, mais elles constituent le point de référence fondamental pour qui envisage la vocation salésienne. La Règle indique des dispositions, des aptitudes, des motivations, des conditions, des éléments de capacité, de compétences et de responsabilité, qui font partie du discernement et interviennent dans ce dernier.

La Ratio explicite les aspects fondamentaux qui caractérisent le discernement salésien. Le chapitre 2 met en lumière l’identité salésienne, élément déterminant du discernement, et ses composantes. Le chapitre 3 décrit, suivant le schéma des quatre dimensions de la formation – humaine, spirituelle, intellectuelle, éducative et pastorale – les éléments essentiels (valeurs et dispositions) à considérer et à cultiver de façon permanente pour pouvoir vivre dans la joie et la maturité le projet salésien.

1.2  NATURE ET CARACTÉRISTIQUES DU DISCERNEMENT DES VOCATIONS

1.2.1 Nature du discernement d’une vocation

5.      Par discernement des vocations salésiennes nous entendons le processus de connaissance (analyse et compréhension) et d’évaluation des aspects, signes et faits de la réalité personnelle, à travers lesquels l’Esprit Saint indique qu’un candidat déterminé est appelé à la vie salésienne. Ce discernement permet de comprendre si ce candidat possède les aptitudes et les vertus requises, en particulier les motivations et l’intention droite, qui sont les signes les plus caractéristiques de la vocation.

Le but est d’évaluer la possibilité de choix d’une vocation spécifique. Il ne s’agit pas de porter un jugement moral sur la personne ni de pratiquer un diagnostic psychologique, ni non plus de se limiter à constater la présence ou l’absence de contre-indications. Il s’agit de découvrir dans le contexte global de la personne et de sa vie les signes de la volonté de Dieu, grâce à une interprétation prudente et éclairée des éléments de la situation concrète.

1.2.2 Discernement d’une vocation « salésienne »

1.2.2.1 DISCERNEMENT « SALÉSIEN »

6.      On n’envisage pas ici le discernement d’une vocation « générique », mais le discernement d’une vocation salésienne. Il s’agit du discernement de la vocation salésienne pour elle-même. Il concerne celui qui « s’oriente vers la vie salésienne »[13] et se sent appelé à vivre la « forme spécifique de vie religieuse »[14] incarnée dans le projet salésien de vie consacrée. Ce discernement a comme critère fondamental l’identité salésienne, ses éléments constitutifs, les qualités requises et les conditions pour la vivre. Il a comme point de référence normative les directives de la Congrégation, responsable de la vocation salésienne dans l’Église.

Le discernement d’une vocation « salésienne », pratiqué tout au long de la formation, comporte la comparaison entre la vocation personnelle et le charisme de la Congrégation.

Le candidat doit arriver à la conviction motivée de pouvoir vivre de façon substantiellement cohérente et dans la joie l’esprit et la mission de la Congrégation, et la Congrégation doit acquérir la certitude morale, fondée sur des raisons positives, qu’il possède les qualités requises pour parcourir la voie entreprise. Cette certitude morale se fonde d’abord sur la grâce de Dieu, mais aussi sur les ressources de la personne, sur le chemin qu’elle a parcouru et sur sa capacité d’assumer en toute responsabilité et confiance ce projet de vie.

Il s’agit d’identifier les aptitudes à l’aide d’un critère qui privilégie la qualité de l’expérience salésienne. Il est en effet de la responsabilité fondamentale de la Congrégation d’assurer la fidélité au charisme et l’authenticité des vocations.

1.2.2.2 DISCERNEMENT ATTENTIF AUX DIVERSES FORMES DE L’UNIQUE VOCATION

7.      A l’intérieur de l’unique vocation salésienne, le discernement des vocations tient compte de la distinction entre la façon laïque et la façon presbytérale de la vivre. La vocation salésienne n’est pas une vocation abstraite et générique, mais une vocation concrète et spécifique. Dieu n’appelle pas à être un salésien générique, mais fait comprendre, parfois petit à petit, que l’appel s’oriente spécifiquement vers la réalisation du projet de Don Bosco comme religieux laïc ou comme religieux prêtre[15].

Par rapport au discernement des vocations, cela signifie que :

– Les critères de discernement sont fondamentalement valables pour tous les candidats ;

– La perspective de la « forme spécifique » et, donc, l’insistance sur les caractéristiques qui en découlent, doivent être présentes tout au long du processus de discernement et pas seulement à son début ou pendant la période de la formation spécifique ;

– Il serait bon que le choix de vocation soit clair dès la première profession et, en tout cas, avant le début de la formation spécifique et avant la profession perpétuelle[16].

1.2.3 Discernement au cours de la formation initiale

1.2.3.1 LE DISCERNEMENT : ATTITUDE CONSTANTE TOUT AU LONG DU PARCOURS DE LA FORMATION

8.      Tout le processus de formation est un chemin de discernement et doit être vécu dans une disposition permanente de discernement. « A celui qui s’oriente vers la vie salésienne, on offrira le milieu et les conditions qui lui permettront de connaître sa vocation personnelle et de mûrir comme homme et comme chrétien. Ainsi pourra-t-il, avec l’aide d’un guide spirituel, faire son choix de façon plus consciente et libre des pressions externes et internes »[17]. En faisant « l’expérience des valeurs de la vocation salésienne »[18], le candidat parvient à une plus profonde connaissance de soi et devient capable de donner une réponse personnelle mûrie.

Toute la formation initiale est pédagogiquement organisée à cette fin. C’est pourquoi, avant d’être intégré définitivement dans la Société, le candidat passe par différentes étapes de formation. « Elles sont, disent les Constitutions, nécessaires aussi bien au candidat qu’à la communauté pour discerner, dans une collaboration réciproque, la volonté de Dieu, et pour y correspondre. Le candidat apprend à connaître progressivement la Société et celle-ci, à son tour, peut évaluer ses aptitudes à la vie salésienne »[19], en particulier ses motivations et son intention droite.

9.      Le discernement se pratique à chaque étape ; il accompagne le cheminement de croissance et évalue la réalisation des objectifs spécifiques ; il s’exprime dans une succession pédagogique et graduelle d’évaluations et de tâches (demande, jugement d’aptitude, admission). Celui qui discerne doit être attentif à l’unité et à la personnalisation du parcours de formation et doit en assumer les caractéristiques.

A. Discernement graduel et progressif

 

10. Le long du parcours de formation, il y a, en un certain sens, des critères pour une évaluation de base et des critères pour évaluer les progrès et la croissance. Une fois vérifiées l’aptitude de base et l’absence de contre-indications absolues, il faut constater, entre le premier début et la profession perpétuelle, si la connaissance s’est accrue, les capacités ont mûri et les motivations se sont approfondies. À partir de la présence des dispositions fondamentales, qui ne sont pas encore des aptitudes développées, il s’agit de vérifier – à l’occasion des différentes admissions et d’autres moments du discernement – si la croissance a atteint la maturité nécessaire pour assumer les engagements correspondants.

B. Discernement attentif à la spécificité des étapes et des moments

 

11.    Chaque étape de la formation a ses objectifs propres, c’est-à-dire qu’elle vise à souligner des aspects divers et offre des possibilités particulières de se connaître, et d’avoir des contacts avec l’expérience salésienne et de se faire une idée de la Congrégation. Ainsi, ce ne sont pas les mêmes indicateurs qu’il faut considérer pendant le noviciat et ceux qui caractérisent le stage pratique. Il s’agit d’évaluer le type de croissance que veut favoriser chaque étape et les défis qu’elle doit affronter, en prêtant une « attention particulière aux moments de passage d’une étape à l’autre »[20] et en s’assurant, à la fin de chaque étape de la formation, qu’ont été atteints les objectifs requis pour l’étape suivante. Par conséquent, tout en se rappelant que les valeurs de la vocation s’acquièrent peu à peu, le discernement aidera à ne pas « prolonger des situations à problèmes ou d’indécision qui n’offrent pas de perspectives sérieuses d’amélioration »[21].

C. Discernement vu dans l’unité et la continuité de la formation

 

12.    Le discernement doit se pratiquer dans la perspective de l’unité de la personne et de son expérience et de la continuité du parcours de formation. Bien qu’il s’accomplisse en plusieurs étapes et dans diverses communautés, avec des groupes différents de formateurs et à des moments successifs de vérification et d’admission, il ne peut se limiter à une dimension unique de la formation ni au seul moment présent. Le discernement implique une vision unitaire de la formation, la continuité de la méthode de formation et de la connaissance du sujet, personnalisée et mise en contexte. Cette perspective est indispensable pour une évaluation juste des manifestations et des faits.

1.2.3.2 DISCERNEMENT : MOMENTS PARTICULIERS ET ADMISSIONS

13.    L’accompagnement et le discernement sont une constante tout au long de la formation initiale, avec des accentuations spécifiques aux différentes étapes qui préparent à la pleine intégration dans la Congrégation : au moment de la vérification de l’aptitude fondamentale, lors de la première réponse à la vocation, et au moment des admissions qui constituent des points de synthèse[22].

Les périodes qui précèdent la première profession, à savoir la préparation au noviciat et le noviciat, revêtent une importance particulière. « Immédiatement avant le noviciat, déclarent les Constitutions, une préparation spéciale est requise pour approfondir l’option vocationnelle du candidat et vérifier ses aptitudes à commencer un noviciat »[23]. Pendant le noviciat, « avec l’aide du maître, le novice approfondit les motivations de son choix, vérifie son aptitude à la vocation salésienne et s’oriente vers le don total de soi à Dieu pour le service des jeunes, selon l’esprit de Don Bosco »[24]

Une attention particulière doit est à prêter également au discernement de la maturité spirituelle requise pour la profession perpétuelle, en raison de l’importance de cette décision.[25]

Même après la formation initiale peuvent survenir des circonstances qui réclament un discernement plus approfondi et une évaluation mieux pesée : face à des situations nouvelles et de nouveaux défis, dans des moments de doute, de démotivation ou de réaffirmation de la vocation, en des moments de difficultés ou des situations gravement compromises[26].

14.    Il y a une relation étroite entre le discernement et les admissions. Les admissions aux divers engagements du parcours de la vocation constituent des moments particulièrement importants du discernement ; elles résument et expriment la lecture et l’évaluation des signes qui motivent aussi bien la demande du candidat que le jugement des responsables sur la capacité correspondant à l’engagement qui doit être pris[27].

La demande est présentée librement par le candidat se fonde sur le discernement qu’il fait lui-même, avec la collaboration de ceux qui l’accompagnent et de la communauté ; elle reste ouverte à un signe décisif de la volonté de Dieu qui s’exprime dans le jugement de ceux qui sont les « médiateurs de l’action du Seigneur »[28].

D’autre part, ce jugement des supérieurs[29] est le fruit de l’effort de compréhension, à la lumière des critères de l’Eglise et de la Congrégation, qui parcourt toute l’expérience de la formation et entend se mettre au service de la vocation personnelle et de l’identité salésienne.

Ce qui est dit du discernement en vue des admissions s’applique également aux cas de réadmissions d’un candidat qui aurait quitté légitimement la Congrégation à la fin du noviciat ou après la profession[30].

1.3 LES RESPONSABLES DU DISCERNEMENT DES VOCATIONS

15.    Dans le discernement en vue de décisions définitives, d’options significatives et des admissions, s’expriment tous ceux qui, quel que soit leur rôle et leurs responsabilités, sont impliqués dans le processus de la formation.

Le discernement se réalise en collaboration intime entre le candidat et la communauté, à travers un dialogue basé sur la confiance réciproque pour comprendre la volonté de Dieu et reconnaître ses signes[31].

L’aspect personnel et l’aspect communautaire du discernement sont en jeu quand, au cours de la formation initiale, on cherche à déterminer l’aptitude de base du candidat en face du projet salésien de vocation ou encore les capacités requises pour faire un pas de plus sur le chemin des engagements définitifs.

16.    L’expérience de la formation part d’un présupposé fondamental : la volonté de réaliser ensemble un processus de discernement, de choix et de fidélité à la vocation avec une disposition de communication ouverte et de sincère coresponsabilité, dans l’attention à la voix de l’Esprit et aux médiations concrètes[32].

C’est au candidat lui-même qu’il revient de comprendre l’intention de Dieu sur sa propre vie ; c’est pourquoi, dans ce cas aussi, il « assume la responsabilité de sa formation »[33]. La communauté, quant à elle, se sent tout entière impliquée et est invitée à apporter sa part.

Le Provincial et le Directeur, avec leurs Conseils respectifs, ont une responsabilité juridique spécifique dans les admissions et dans le discernement qui les précède. A eux incombe la tâche d’évaluer et d’émettre un jugement, à titre personnel et de façon collégiale, à un moment précis du processus de formation. C’est, d’une certaine façon, l’aspect officiel du discernement. Cela ne relègue pas réduire au second plan le rôle déterminant des autres responsables, comme le directeur spirituel et le confesseur.

Tous les confrères, spécialement ceux qui constituent la communauté formatrice, ont une responsabilité morale. Celle-ci pèse naturellement avant tout sur ceux qui ont la responsabilité juridique ; ils doivent assurer les conditions pour agir selon les critères fixés par l’Eglise et par la Congrégation, sur la base d’une information adéquate et dans la perspective d’un processus de discernement qui exige de la progressivité et de la continuité.

1.3.1 Responsabilité(s) du candidat

17.    La tâche du discernement d’une vocation, comme on vient de le dire, incombe au premier chef au candidat à la vie salésienne ou au confrère en formation. Il est le premier intéressé à comprendre la volonté de Dieu à son égard et il est responsable d’y apporter une réponse authentique ; c’est pourquoi il adopte une disposition permanente de discernement, reste sans cesse ouvert à la voix de Dieu et à l’action des formateurs, il oriente sa vie suivant une perspective de foi et se compare aux critères salésiens de la vocation. Il cherche à se connaître en vérité, à se faire connaître et à s’accepter ; il tire profit de toutes les médiations et de tous les moyens que lui offre l’expérience de la formation, en particulier de l’accompagnement des formateurs, de l’entretien avec le Directeur, de la direction spirituelle, du sacrement de la Pénitence, de l’échange d’idées et du discernement de la communauté[34]. Il entretient un rapport ouvert et confiant avec le Directeur de la communauté, à qui est confiée la tâche d’accompagner sa formation, de façon qu’il puisse acquérir la connaissance nécessaire pour l’orienter, discerner et décider[35].

L’accompagnement de la formation et la direction spirituelle sont les moyens privilégiés pour progresser dans la connaissance profonde de soi et pour orienter sa vie personnelle dans une perspective spirituelle, spécialement au moment d’affronter des options délicates et difficiles[36].

Même après la formation initiale le salésien se maintient en état de discernement, en assumant les circonstances changeantes de la vie comme un défi et un stimulant sur le chemin de sa vocation et comme une invitation à renouveler son engagement dans sa formation personnelle.

1.3.2 Responsabilité communautaire : ses diverses expressions.

18.    La communauté salésienne, et en premier lieu la communauté provinciale, est responsable du discernement des vocations et, par le fait même, au service de la personne et du charisme.

– Service de la personne : elle aide le candidat à comprendre sa vocation, les motifs qui le poussent et les signes de l’Esprit en rapport avec le choix de sa vocation.

–Service du charisme salésien : par la tâche assumée au nom de la Congrégation et de l’Eglise d’apprécier et de déterminer, sur la base des critères établis par elles, si une personne est vraiment idoine et appelée à vivre le projet de vie consacrée salésienne.

Au niveau mondial, il revient au Recteur majeur avec à son Conseil de fixer les critères de discernement des vocations et de veiller à ce qu’ils soient connus, assumés et appliqués dans les Provinces, surtout au moment des admissions.

1.3.2.1 AU NIVEAU PROVINCIAL

19.    La communauté provinciale accomplit sa tâche dans les admissions par l’intermédiaire des divers responsables.

La tâche d’admettre les candidats – que ce soit au noviciat, à la profession ou aux ordinations – revient au Provincial, en vertu du droit[37]. Au moment des admissions, c’est toujours à lui qu’il revient de se prononcer de manière définitive ; il s’agit d’une responsabilité à laquelle il ne peut se soustraire, pour s’en remettre à l’avis d’autrui.

Avec l’aide de son Conseil, il est le garant du discernement des vocations ; sa responsabilité ne se limite pas à la décision définitive.

Il « Il veille à ce que soient offerts à celui qui s’oriente vers la vie salésienne le milieu et les conditions qui permettront le premier discernement de sa vocation ; il l’accompagne dans les étapes délicates de la formation initiale et assume sa responsabilité dans le discernement et lors des admissions »[38].

Personnellement ou à travers la Commission provinciale pour la formation, le Provincial veille à l’unité des critères de discernement et d’admission.[39] Il encourage à bien connaître les candidats, aussi bien par les membres du Conseil provincial que par les responsables des différentes étapes, en favorisant tout au long du parcours de formation le souci du discernement et la communication d’informations adéquates suivant les modalités les plus opportunes.[40]

20.    Les membres du Conseil provincial et, dans une mesure analogue, ceux du Conseil local sont appelés à formuler un avis et à exprimer une approbation. Ils ont donc le devoir de se former un jugement le plus possible personnel et complet sur le candidat. Conscients de la continuité du discernement, les Conseillers provinciaux comparent les évaluations précédentes à celle qui apparaît au moment d’une nouvelle admission. Après avoir approfondi la connaissance des sujets, le Conseil exerce sa tâche dans les délais, sans différer les décisions qui conviennent.

1.3.2.2 AU NIVEAU LOCAL

21.    Au niveau local, le rôle du Directeur est déterminant. Il accompagne les confrères en formation initiale, anime et coordonne le travail du Conseil de la communauté et se maintient en dialogue avec le Provincial et son Conseil.

Vis-à-vis de la Province, il est responsable du processus de la formation personnelle, ce qui suppose de sa part d’être attentif au cheminement de formation de chacun, et d’être capable de se rendre proche, d’accueillir et d’orienter. Il le fait particulièrement par l’entretien parsonnel.

En ce qui concerne le « secret professionnel »[41], il faut rappeler que le Directeur ne peut pas utiliser, même lors des votes secrets du Conseil de la maison, ce qu’il a appris à travers le « colloque »[42]. Il ne peut s’en servir que si le confrère donne son accord librement et explicitement.

22.    Les membres du Conseil de la communauté pratiquent un discernement périodique par les évaluations trimestrielles, faites suivant les modalités déterminées au niveau provincial ; ils évaluent le progrès du candidat dans la vocation et lui proposent des suggestions et des indications appropriées.[43] À l’occasion des admissions, ils formulent un avis à communiquer au Provincial, en se basant sur une connaissance personnelle adéquate.

Il est important d’assurer la convergence des critères d’évaluation entre le Conseil local et le Conseil provincial.

23.    Toute la communauté collabore au discernement des vocations, en assurant une atmosphère formative, par les différents rôles et services. L’atmosphère communautaire stimule la croissance spirituelle et la confrontation de chacun aux critères de l’identité salésienne, à travers le témoignage réciproque, la pratique de la correction fraternelle, les évaluations et l’expression d’un avis au moment de l’admission à la profession, aux ministères et aux ordres sacrés[44].

24.    A certains membres de la communauté sont confiées des responsabilités spécifiques de discernement, qui les engagent dans le quotidien ou à travers des interventions spécifiques.

Les formateurs, en particulier, « suivent le cheminement de chacun, évaluent au nom de l’Eglise et de la Congrégation l’aptitude à la vocation ; ils offrent également des éléments d’information et de discernement en vue des diverses admissions. »[45] Ils guident les confrères « sur les routes du Seigneur, tant par leurs paroles que par le témoignage cohérent de leur vie consacrée[46].

25.        Le directeur spirituel personnel offre une aide à qui est à la recherche de la plénitude de sa vocation chrétienne et religieuse. Il lui fournit un service « de lumière, de soutien et de guidance pour discerner la volonté de Dieu en vue d’atteindre la sainteté ; il motive et suscite son engagement personnel, le stimule à des options sérieuses conformes à l’Evangile, et le met en face du projet salésien de la vocation[47].

26.    Le rôle du confesseur peut avoir une grande influence sur le discernement de la vocation, sur l’orientation et l’ensemble de l’expérience de formation. C’est pour cette raison que la Ratio conseille que, pendant la formation initiale, le candidat ait un confesseur stable qui « ordinairement sera salésien »[48].

Au confesseur et à celui qui assure le service de la direction spirituelle sans être Directeur de communauté est confiée une responsabilité morale importante dans le discernement des vocations. Même s’ils ne sont pas appelés à formuler un jugement sur l’aptitude à la vocation et n’interviennent pas dans les admissions, ils ont une tâche souvent décisive dans la clarification des motivations et l’acquisition des valeurs morales. C’est pourquoi le candidat doit les consulter et tenir compte de leur avis qui, dans certains cas, peut devenir contraignant au for intérieur.

Les confesseurs sont toujours tenus au secret sacramentel et les directeurs spirituels au sens strict sont tenus eux aussi au secret de en vertu de leur fonction. Ils ne doivent agir qu’au for intérieur pour orienter et convaincre éventuellement les candidats inaptes à abandonner la voie sur laquelle ils se sont engagés.

Il est de leur devoir de connaître et d’adopter comme points de référence obligatoires dans leur service les critères de discernement fixés par l’Eglise et par la Congrégation.

27.    Une contribution spécifique peut être sollicitée de la part d’autres personnes qui ont une compétence particulière dans des domaines particuliers (des experts). « Quand ces experts ne sont pas salésiens, il est important de faire en sorte que leur service tienne compte des caractéristiques de la vocation et se place dans la perspective globale de la formation salésienne »[49].

28.    Egalement des membres non salésiens de la Communauté éducatrice et pastorale, qui ont des relations significatives avec les candidats ou avec les confrères en formation initiale, peuvent être appelés à partager la responsabilité du discernement de la vocation, par des avis prudents et opportuns à la demande du Directeur de la communauté.

1.4 CONDITIONS INDISPENSABLES

29.    Pour exercer un bon discernement et se situer convenablement vis-à-vis de cette tâche importante et délicate, il est indispensable de réunir certaines convictions, attitudes et conditions. Il faut entretenir la perspective de la vocation, une disposition de foi, une sensibilité d’éducateur et de formateur, et certaines compétences spécifiques.

1.4.1 Une perspective de vocation

30.    La vie de chacun est une vocation et elle doit se comprendre, s’accueillir et se réaliser comme telle. Chacun a reçu un ensemble d’aptitudes et de qualités à faire fructifier, un projet à réaliser.

Les signes d’une vocation apparaissent dans la personne : pour comprendre l’appel et l’intention de Dieu, le projet auquel Il invite, il faut donc connaître en profondeur la personne, sa réalité humaine, son histoire et sa structure actuelle, pour percevoir en elle les signes de la « vocation divine ».

La vocation doit se reconnaître dans les signes quotidiens. L’Esprit, ne suit en général pas des modalités extraordinaires ; mais il parle à travers les dispositions et les aspirations, les intentions et les motivations qui se perçoivent dans le quotidien, dans l’interaction avec les personnes, dans la confrontation avec la réalité et dans le cours des événements.

En tant que forme spécifique de vie religieuse, la vocation salésienne se reconnaît à travers des signes caractéristiques qui manifestent la convergence entre la vocation personnelle et le projet de vie des salésiens de Don Bosco.

1.4.2 Une disposition de foi

31.    Le discernement d’une vocation est un discernement spirituel. Par conséquent :

a) Il requiert d’entretenir intensément une perspective de foi, dans la conviction que c’est Dieu qui appelle et que la vocation est une grâce du Père, qui « aime la Congrégation et la veut vivante pour le bien de son Eglise et ne cesse de l’enrichir de nouvelles énergies apostoliques »[50].

b) On agit sur un plan où « seul Dieu seul est le maître (du cœur) et où nous ne pourrons rien réussir, si Dieu ne nous montre pas comment ni ne nous met en main la clé »[51].

Les responsables du discernement sont des médiateurs attentifs à et respectueux de l’action divine, des collaborateurs et non les maîtres du projet du Seigneur, des garants des conditions de qualité de la vocation afin qu’elle soit vécue dans la fidélité à l’Esprit.

c) Pour comprendre les intentions de Dieu, pour découvrir et interpréter son langage, il faut vivre en harmonie avec Lui et être dociles à l’Esprit.

1.4.3 Une sensibilité d’éducateur

32.        La sensibilité d’éducateur :

a) Requiert et favorise un climat de liberté, exempt de contraintes et de pressions de toute sorte, un climat de famille, d’acceptation et d’accueil réciproques, qui caractérise le style des rapports dans le Système préventif ; elle implique aussi le soutien de la communauté dans les moments plus délicats.

b) Stimule une connaissance concrète et profonde de la personne et réclame l’engagement pour y arriver par le contact personnel, l’accompagnement éducatif, la direction spirituelle et les autres clés de lecture de l’expérience, telles que : la connaissance du contexte culturel, notamment celui des jeunes, la connaissance de la situation familiale, l’apport des sciences humaines.

c) Rend attentif au sens du processus de formation qui amène à tenir compte des rythmes de maturation de la personne, aujourd’hui plus longs et plus complexes qu’autrefois, et des difficultés à prendre des décisions définitives. Ceci exige :

– la capacité d’organiser les étapes de la formation suivant une pédagogie graduelle qui conduit à des engagements progressifs, qui accepte des moments de pause et stimule les reprises ;

– le zèle pour assurer la réalisation de certains objectifs de la formation sans prolonger des situations qui n’offrent pas les conditions requises ;

– l’habileté à allier dans le discernement la confiance éducative et la prudence, pour ne pas entretenir des illusions, mais bâtir sur des éléments positifs avérés ;

– la conviction que la vocation se développe durant toute la vie et réclame un milieu éducatif et l’effort personnel de croissance spirituelle.

1.4.4 Quelques compétences spécifiques

33.    Reconnaître la présence ou l’absence éventuelles des signes de l’appel de Dieu est une entreprise délicate ; elle réclame une conscience claire de la fonction et des compétences spécifiques. Le discernement des vocations est une grâce qui se concrétise ordinairement par l’intermédiaire de capacités humaines de jugement, qui agissent en synergie avec la grâce. L’interprétation des faits de vocation ne se fait pas de façon univoque ; elle s’associe étroitement à l’expérience et à la formation des personnes qui y interviennent.

Pour exercer le discernement salésien, il faut connaître les orientations de l’Eglise et de la Congrégation (voir chapitre 2), les principes de la théologie de la vocation, l’aide que peuvent fournir les sciences psychologiques et celles de la formation. Il faut obligatoirement une prudence éclairée, qui rende capable d’identifier les signes de la vocation dans le déroulement concret de l’histoire de chaque personne.

Les capacités humaines de jugement s’acquièrent par l’expérience ; mais on ne peut se passer d’une préparation spécifique qui rend capable de comprendre les processus psychiques, conscients et inconscients, normaux et pathologiques, relatifs à la vie intellectuelle, affective, personnelle et interpersonnelle. Il faut noter que le processus de discernement suppose deux conditions : que le formateur soit en mesure de comprendre et d’aider le candidat dans ses dimensions psychiques et spirituelles, et que le milieu, caractérisé par le style du Système préventif, favorise la confiance réciproque, en sorte que le candidat puisse se connaître et s’ouvrir, pour permettre aux formateurs de le comprendre et de l’aider.

Dans le discernement intervient le jugement donné par des personnes qui ont une mentalité spécifique. Les schémas mentaux conditionnent souvent l’interprétation des faits. Le discernement des formateurs doit donc s’appuyer non seulement sur la capacité de reformuler des « connaissances » et des « données », mais aussi sur une mentalité ouverte, entraînée à saisir les connexions entre des éléments de différente nature. C’est pourquoi, afin d’assurer un bon discernement, ceux qui sont appelés à y participer doivent travailler à avoir une vision d’ensemble de la vie salésienne et la capacité d’interpréter les « signes » de vocation de façon harmonieuse et interactive, en rapport aussi bien avec la croissance humaine individuelle qu’avec le style de vie propre de la consécration salésienne.

 

 

1.5 MOYENS ET MÉTHODES

34.    Ces conditions une fois remplies et les critères fixés une fois adoptés, il est indispensable de réunir tous les éléments de connaissance jugés utiles pour formuler le jugement personnel et objectif qui est demandé aux responsables du discernement et des admissions. A cet effet, divers moyens et méthodes sont utiles.

1.5.1 La connaissance au jour le jour

35.    La convivialité salésienne attentive et cordiale permet ordinairement aux formateurs préparés d’observer de façon fiable la santé physique, les aptitudes intellectuelles, la volonté et l’affectivité du candidat. Les éléments suivants contribuent à constituer cette connaissance :

a) L’attention constante à la formation de la personne du candidat, pratiquée dans le partage des diverses activités de la vie quotidienne, vécue dans le style des rapports propres au Système préventif ;

b) La récolte systématique et l’évaluation des informations sur les conditions extérieures et passées, importantes et significatives ;

c) L’entraînement du candidat à son auto-observation, à la connaissance de soi, à l’évaluation de ses comportements et de son cheminement, ainsi qu’à la communication ;

d) Les diverses formes de relation personnelle cognitive et formative.

1.5.2 Autres méthodes d’approche

36.    En plus de la connaissance ainsi acquise ou pour lever des incertitudes dans l’évaluation devant lesquelles peuvent se trouver aussi des formateurs préparés, il est recommandé de recourir, en cas de besoin, à d’autres méthodes d’approche, y compris la consultation d’un spécialiste. Il est certain que les techniques médico-psychologiques ne peuvent pas fournir de résultat sûr et garanti ; cependant, leur utilisation et leur apport, ajoutés aux résultats de l’observation faite par les formateurs, peuvent se révéler opportuns ou nécessaires dans certains cas. Il convient donc d’en tenir compte dans la décision finale, en leur donnant leur juste poids. Les formes d’approche à prendre en compte peuvent être les suivantes :

a) L’examen de la santé physique, pratiqué par un médecin expérimenté et de confiance, qui connaît les exigences de la vie salésienne, et dûment certifié ;[52]

b) L’examen des aptitudes psychiques, pratiqué par des personnes compétentes, comme composante du processus de discernement des vocations. Il peut y avoir plusieurs modalités, plusieurs domaines et niveaux de profondeur dans l’approche psychologique ; en tout cas, cet examen doit se faire dans le respect de la liberté et de la dignité de la personne, et respecter absolument le secret professionnel et la vie privée (ndt : privacy dans le texte italien).

Cet examen n’est pas destiné à la recherche ni à l’exploration, mais il doit servir positivement aux objectifs de formation. C’est dans cette perspective que se place l’exploration psychologique pratiquée avant l’entrée au noviciat, quand la personnalité du candidat se précise et s’oriente vers l’appel.

c) L’examen d’un spécialiste en cas de doutes ou de déficiences qui apparaissent au début du processus de la formation ou plus tard pendant son déroulement, et réclament une analyse plus précise. Le spécialiste aidera à apprécier correctement si ces difficultés sont surmontables et dans quelle mesure elles le sont, ou si elles manifestent une forme déjà consolidée et structurée, non modifiable, de personnalité. « Les erreurs de discernement des vocations ne sont pas rares et trop d’inaptitudes psychiques, plus ou moins pathologiques, ne se manifestent et ne se détectent qu’après l’ordination sacerdotale »[53].

Au spécialiste, on demande d’exprimer un avis compétent sur l’aptitude ou l’inaptitude du candidat à un certain mode de vie, apprécié suivant les standards de la santé physique et mentale, sur la base de son expérience professionnelle. Le spécialiste sortirait du cadre de sa compétence s’il prenait position sur la « vocation » qu’exprime le candidat ; son intervention doit rester dans le cadre d’une consultation.

Le supérieur expliquera avec tact au candidat la nécessité et l’objectif de cet examen, afin qu’il puisse l’accepter et l’assumer dans la perspective du discernement et dans l’esprit d’une collaboration indispensable avec les responsables de sa formation. Dans ce but, il est important que le candidat soit effectivement disposé à consentir à ce que le spécialiste communique au supérieur, de la façon la plus opportune, avec prudence et loyauté, les conclusions auxquelles il arrive. Dans tous les cas, l’accord de l’intéressé est indispensable.

Le spécialiste est lié par le secret professionnel ; il ne peut donc pas, si ce n’est avec le consentement explicite et libre de celui qui consulte, communiquer à d’autres ce qui vient à sa connaissance, directement ou indirectement, pendant une consultation.

37.    Quand l’évaluation des aptitudes psychiques, le travail de formation qui la suit ou les consultations de spécialistes dont il vient d’être question suggèrent l’opportunité ou la nécessité d’une intervention thérapeutique professionnelle, visant à améliorer les conditions d’aptitude du candidat, le supérieur, en accord avec l’intéressé, devra préciser avec le spécialiste le cadre du traitement et le but pour lequel on le sollicite. On recourra à des psychothérapeutes connus pour leur respect des valeurs humaines et religieuses.

 

2. CRITÈRES DE DISCERNEMENT

 

2.1 DÉFINITION ET TYPES DE CRITÈRES

38.    Discerner, c’est percevoir dans la réalité d’une personne les signes qui permettent de reconnaître sa vocation : son orientation vers elle, son aptitude à la vivre, sa volonté de la vivre.

Quels sont les aspects de la réalité d’une personne qui sont significatifs au point de vue de la vocation ? Quels sont les signes qui indiquent une vocation déterminée ?

Les critères de discernement sont les points de référence pour identifier les aspects qui permettent de percevoir la présence ou l’absence d’un appel divin et de l’aptitude à y répondre. Il y a des critères positifs ou requis et des critères négatifs ou contre-indications.

39.    Les critères positifs ou requis permettent d’identifier les dons (états, dispositions, aptitudes ...) nécessaires pour établir l’aptitude à la vocation adaptée à l’âge et à l’engagement envisagé. Ce sont « les dons physiques, intellectuels et moraux, relevant tant de la nature que de la grâce, par lesquels le jeune est rendu apte et bien disposé à accepter et à remplir dignement les devoirs religieux et sacerdotaux »[54]. Il est possible de détailler de la façon suivante :

– Critères positifs non spécifiques : ils désignent les éléments fondamentaux pour la vocation, qui indiquent une aptitude de base, mais dont la présence n’a pas, par elle-même, une signification univoque comme signe de l’appel de Dieu ; ils indiquent que la personnalité et le caractère du candidat peuvent soutenir la vocation salésienne, mais pas nécessairement que cette dernière est présente.

– Critères positifs spécifiques : ils désignent le signe le plus caractéristique et indispensable, à savoir l’intention droite ; ils manifestent l’intérêt et l’inclination authentiques pour la mission salésienne, une motivation spirituelle réelle, et surtout la capacité concrète de faire un choix personnel de Jésus Christ dans la Congrégation.

40.    Les critères négatifs ou contre-indications aident à identifier les situations et les comportements qui posent problème ou suscitent des doutes sur l’aptitude à la vocation ou excluent la possibilité de vivre la consécration salésienne.

– Les contre-indications absolues sont liées à des situations qui excluent radicalement l’aptitude à la vocation : tels sont, par exemple, les états de santé psychique perturbée considérés comme chroniques et irréversibles, comme les états clairement psychotiques.

– Les contre-indications relatives sont celles qui offrent une certaine possibilité d’évolution et de récupération, par exemple, les états d’immaturité affective qui laissent un espoir plus ou moins fondé de dépassement qui devra, à son tour, être démontré.

41.    Dans le cadre des contre-indications, se rencontre toute une gamme de situations face auxquelles on reste souvent perplexe. Il est dès lors indispensable de vérifier attentivement le degré de compatibilité des contre-indications avec une vie salésienne suffisamment sereine. Dans certains cas, on se trouve devant des situations qu’il faut essayer d’analyser et de comprendre, quitte à recourir au conseil d’experts et de spécialistes.

Les critères fixés par l’Eglise et la Congrégation sont le fruit de la réflexion sur la signification d’éléments déterminés ; ils ont été établis sur la base de principes doctrinaux et des conclusions des sciences humaines, et sont le fruit de l’expérience séculaire de l’Eglise elle-même et de l’authentique tradition salésienne.

Certains critères positifs et négatifs sont fixés par le Code de droit canonique, par les Constitutions ou par les Règlements généraux, et ils doivent êtres assumés et appliqués comme tels : ce sont des normes de caractère juridique.

D’autres ne sont pas directement codifiés, mais correspondent à des critères issus de l’expérience, de la science et de la prudence, soit de la part des autorités compétentes (communiqués dans divers documents ecclésiaux ou dans les Actes du Conseil général...), soit de la part de ceux qui sont appelés à prendre des décisions : ce sont des indications dictées par la prudence.

2.2 L’APPLICATION DES CRITÈRES

42.    L’application des critères de discernement, dont voici la description, doit tenir compte de l’organisation et des conditions décrites dans le premier chapitre :

– Evaluer les divers éléments dans l’ensemble de la personne et non comme une somme de conditions séparées ;

– Savoir distinguer, dans la gradation du processus de formation, entre les critères de base et les critères de croissance et de maturité ;

– Considérer l’exigence de qualité de la vocation sans la dissocier de la compréhension pédagogique ;

– Assurer de façon responsable les conditions pour une expérience de vocation authentique et positive, sans donner d’illusions ni s’illusionner soi-même, et sans oublier qu’il y a beaucoup de façons de réaliser l’unique vocation salésienne, suivant les personnes qui y sont appelées et les dons qu’elles ont reçus.

C’est dans cette perspective que doit s’interpréter cette présentation des aspects positifs ou requis, qui peut sembler excessive ou idéalisée. En fait, en plus des aspects constitutifs de l’idonéité, qui pourraient s’appeler fondateurs et caractéristiques, sans lesquels il ne peut être question d’idonéité ou d’aptitude à la vie salésienne, elle inclut d’autres éléments dont la présence n’est pas nécessaire et ne constitue pas une obligation, mais qui peut influencer positivement le développement de la personne, favoriser sa formation, enrichir le profil de sa vocation.

43.    Les Constitutions déclarent que pour « l’admission au noviciat, à la profession temporaire ou perpétuelle, aux ministères et aux ordres sacrés, [...] les supérieurs fondent leur jugement sur des éléments positifs, qui prouvent les aptitudes du candidat. »[55].

L’absence de contre-indications n’est pas un critère suffisant d’admission. Il faut vérifier chez le candidat la présence des qualités requises[56] ; cette vérification doit conduire à la certitude morale[57].

Le processus de formation vise principalement au développement de l’aptitude nécessaire pour donner à la vocation sa réalité. Les admissions, vues dans la perspective de la formation et de l’éducation, servent à favoriser et à évaluer la maturation de l’aptitude à la vocation. La découverte de contre-indications absolues constitue un premier pas dans le discernement des vocations, en ce qu’il dispense d’une vérification ultérieure des signes positifs.

44.    Les exigences et les contre-indications seront appliquées en tenant compte de l’étape de la formation où se trouve le candidat, de son âge et de son degré de maturité.

Il importe avant tout de connaître et d’évaluer la situation du candidat, de nos jours ordinairement plus adulte, au moment du début du processus de formation, et les circonstances de son entrée.

Une attention particulière doit se prêter à la situation des candidats qui possèdent une expérience vécue plus longue de vie et souvent aussi de travail, d’engagement et de réflexion sur la vocation. L’étude de la personnalité devra être soignée ; il faudra éviter de se laisser emporter par la hâte ou d’arriver à l’admission sans une évaluation appropriée. Il faut se demander pourquoi le candidat n’a pas fait plus tôt un choix de vie stable. La réponse peut aider à comprendre la dynamique sous-jacente à la décision de sa vocation.

Durant la période de la formation initiale, il suffit, au début d’une étape, de constater la présence des possibilités de développement de la vocation du candidat ; mais à la fin de cette étape ou à l’occasion des moments décisifs (professions, ministères, ordinations), il faudra vérifier la présence des aptitudes suffisamment développées pour atteindre le niveau de maturité requis.

Pour les candidats présentant de bonnes perspectives globales, mais confrontés à des difficultés non encore résolues ou se trouvant dans un état provisoire de perturbation, il faudra évaluer avec prudence la possibilité de retarder l’admission, dans l’attente d’une maturation probable.

45.    Dans le discernement, il faut tenir compte du rapport possible entre l’apparition et la disparition de certaines problèmes et les conditions d’environnement. Certaines contre-indications peuvent disparaître temporairement en présence de conditions atypiques ou en quelque sorte artificielles ou bien d’intense stimulation positive. Des problèmes apparemment surmontés tendent à réapparaître quand les personnes sont soumises au stress ou à la solitude.

Le noviciat, par exemple, peut introduire dans un climat de forte tension spirituelle et ascétique, sans susciter la collaboration personnelle et consciente de la part du candidat. Des expériences analogues, quoique pour des raisons diverses, peuvent se produire au cours du stage pratique, moment d’engagement intense dans l’action salésienne, ou lors de la formation au sacerdoce, par le passage à un autre rythme de vie et d’activités, ou à d’autres moments de la formation. Il est très probable que les aspects problématiques réapparaissent par la suite, en face de conditions de vie différentes[58].

Quant au rapport entre l’expérience personnelle et les conditions ambiantes, il convient de rappeler que la vie communautaire ne peut pas servir de milieu thérapeutique, comme si elle constituait le milieu idéal pour guérir de certains troubles ou pour surmonter des situations d’immaturité, si le candidat n’a pas la capacité réelle et la volonté ferme d’y arriver. Dans certains cas, la maturité doit être acquise et testée dans d’autres cadres de vie.

46.    Il faut évaluer avec prudence l’incidence des contre-indications relatives. La constatation d’une seule contre-indication relative ne peut pas constituer à elle seule un motif suffisant pour exprimer un jugement négatif sur une vocation. Mais, si une telle contre-indication ne s’intègre pas bien dans la personnalité, ou bien s’il y a i convergence de diverses contre-indications dont plusieurs particulièrement importantes, on peut penser à un manque de maturité qui rend l’intéressé inapte à la vocation salésienne.

47.    Dans la pratique, il n’est pas toujours possible d’établir de façon précise les aspects personnels à discerner à chaque étape de la vocation et dans chaque phase de la formation ; il est cependant important de certifier dans l’ensemble la croissance effective du candidat sur les différents terrains faisant l’objet du discernement.

Dans chaque cas, devant une absence systématique de croissance dans un point significatif, les formateurs devront évaluer la possibilité réelle de réussite de la vocation.

Le discernement doit conduire à la certification positive des qualités du candidat. En cas de doute, vu qu’ils qui doivent fonder leur jugement sur des éléments positifs qui prouvent l’aptitude du candidat et pas seulement sur la confiance dans une aptitude future, les supérieurs ne doivent pas accepter l’admission. Leur première responsabilité est de servir le charisme salésien, en assurant les conditions d’une expérience authentique de vocation salésienne.

2.3 DOMAINES DE DISCERNEMENT

48.    Compte tenu des quatre dimensions de la formation proposées par la Ratio, voici les éléments qui profilent l’aptitude du candidat à la vocation salésienne : les points positifs et les exigences à prendre en compte, les difficultés et les contre-indications à évaluer ; ils constituent les paramètres du discernement.

Même si, pour les besoins de l’exposé, les domaines de discernement sont présentés de façon séparée et successive, le discernement se produit dans la mesure où celui qui l’exerce est capable de saisir les liens et les influences réciproques entre les différents signes, et le rapport étroit entre les divers domaines. Les domaines sont en effet interdépendants ; ils ne constituent pas des terrains détachés l’un de l’autre.

Il faut donc une perception cohérente qui considère les divers aspects de façon intégrée et non de façon isolée.

D’autre part, il faut évaluer cas par cas. En effet, les aptitudes à la vocation se manifestent dans la personne du candidat ; elles n’ont donc de valeur que si elles sont replacées dans sa totalité psychique et personnelle.

2.3.1 Dimension humaine

2.3.1.1 SANTÉ PHYSIQUE

49.    Le style salésien de vie et d’action exige une bonne santé et de la résistance physique[59]. Le salésien doit être prêt au sacrifice et à la vie dure. D’autre part, une bonne santé favorise l’harmonie entre les différentes dimensions de la personne.

50.    Certaines contre-indications absolues d’ordre médical et physiologique sont liées à des syndromes graves qui peuvent porter préjudice à la vie communautaire et à l’engagement dans la mission. Ce sont par exemple l’épilepsie, les maladies chroniques comme le diabète, etc., considérées jusqu’à présent comme des tares héréditaires graves :

– Des maladies chroniques graves qui, même soignées, peuvent avoir laissé des séquelles débilitantes importantes.

À propos de l’épilepsie, les positions médico-psychiatriques actuelles diffèrent assez bien de celles du passé : elle n’est plus considérée plus comme irréversible, du fait que, presque toujours, il est possible de la tenir sous contrôle à l’aide de médicaments et l’on sait qu’elle n’est pas transmissible … Il reste cependant difficile d’en prévoir l’évolution et la permanence de la maîtrise. En pratique, vu les exigences de notre style de vie et de travail, l’épilepsie est à considérer comme un empêchement à la vocation.

– Des invalidités physiques graves ou totales (cécité, surdité, mutisme ...) constituent des contre-indications, en ce qu’elles empêchent une pratique normale de l’action éducative et pastorale salésienne.

– En raison de la spécificité de la mission salésienne, être porteur du virus VIH (séro-positif) ou être malade du SIDA[60] constitue une contre-indication absolue. C’est pourquoi, en conformité avec les législations locales, il faut pratiquer le test du VIH avant l’admission au prénoviciat. Il se fera avec la prudence requise et en y préparant obligatoirement le candidat. Dans certains cas, pour assurer la protection juridique de la Congrégation, il est prudent de refaire le même test avant l’abandon éventuel du candidat ou du confrère.

51.    Les contre-indications relatives sont des handicaps physiques partiels ( poliomyélite légère, perte d’un œil, etc.) qui doivent s’apprécier dans le contexte de la personnalité du candidat, en prévoyant des répercussions qu’ils pourraient éventuellement provoquer chez le candidat et dans son entourage (complexe d’infériorité, peur du jugement des jeunes, ou au contraire, acceptation, spontanéité, sérénité ...). D’habitude, quand le candidat possède des qualités suffisantes et facilement reconnues aussi par les jeunes, elles compensent et aident à surmonter le risque d’un certain sentiment d’infériorité.

52.    Il faut prendre en compte également les troubles apparemment légers, mais rebelles à tous les soins médicaux : maux de tête persistants, insomnie, épuisements habituels disproportionnés par rapport aux conditions ordinaires de la vie, et toutes les manifestations hypocondriaques diagnostiquées comme telles. Ils représentent souvent des somatisations de situations difficiles et conflictuelles qui ne trouvent pas toujours de solution dans le cadre de la vie consacrée, mais exigeraient des changements radicaux.

Dans de tels cas, il faut remonter aux racines et ne pas s’arrêter à l’apparence extérieure. Il faut apprécier la portée, la signification et le degré de maîtrise de ces situations avant l’admission définitive.

On demandera l’avis d’un médecin qui connaît de façon concrète notre mode de vie.

53.    L’abus habituel, dans la vie passée du candidat, de substances qui altèrent la psychè (drogues, alcool) peut constituer une contre-indication, dans la mesure où les dynamiques qui ont poussé à ces expériences s’associent généralement à des problèmes graves de personnalité, qui devraient être « soignés » ou au moins pédagogiquement traités. Les effets de l’abus peuvent même n’avoir pas eu d’incidence ou demeurer cachés pendant longtemps ; mais les dynamiques qui les ont engendrés doivent être maîtrisées. Le recours intermittent à de telles substances doit s’évaluer dans l’ensemble de la personnalité du candidat.

54.    Avant ou pendant le prénoviciat, il y aura un contrôle médical et un examen psychologique pour certifier l’existence d’un bon état général de santé et l’absence des problèmes physiques énumérés dans les contre-indications[61].

2.3.1.2 CONTEXTE FAMILIAL

55.    Dans le discernement, il faut prêter une grande attention au contexte familial du candidat. L’influence de la famille est importante et parfois déterminante. Il est donc essentiel de connaître l’incidence de l’expérience familiale sur le développement humain du candidat, de s’assurer qu’elle lui a offert un modèle parental normal qui a pu favoriser la croissance du Moi et une identification sexuelle correcte, et qu’elle n’a pas déformé des aspects importants de sa personnalité. Ces éléments serviront de fondement pour la formation ultérieure. Il est nécessaire aussi de considérer l’impact de la situation familiale actuelle, compte tenu de la vision de la famille dans le contexte culturel[62].

A. Aspects positifs et requis à considérer

 

56.    Compte tenu des conditions concrètes des familles, on peut souligner quelques indicateurs de situations familiales qui favorisent la croissance des valeurs humaines et chrétiennes :

a) Une bonne communication au sein de la famille, les rapports affectueux et le dialogue, qui aident à réfléchir sur le sens de la vie et à intérioriser les valeurs ;

b) Un style de relations qui développe chez les enfants la sérénité, l’autonomie de la pensée et le bon usage de la liberté, la gestion équilibrée des conflits ;

c) Une atmosphère qui éduque à la responsabilité, à la cohérence, à la valeur des choses, à la discipline et au travail ;

d) L’ouverture aux autres, le sens de la solidarité, la participation active sur le territoire et sur le terrain social ;

e) L’attention à la dimension et à la pratique religieuse, le témoignage chrétien, l’exemple de la fidélité dans la vie conjugale, la participation à la communauté ecclésiale.

B. Difficultés et contre-indications à évaluer

 

57.    La difficulté ou la contre-indication ne tient pas au fait que le candidat provienne d’une famille donnée, mais à l’incidence que la situation familiale a eue et peut encore avoir sur sa personnalité. Dans cette perspective, il faut évaluer avec soin certaines situations et faire preuve de précaution pour l’admission quand le candidat :

a) a vécu dans un climat familial qui l’a marqué négativement de façon irréversible pendant ses premières années et peut encore avoir une influence négative sa personnalité. Dans certains cas graves, on ne peut procéder à l’admission qu’après un examen consciencieux qui exclue l’éventualité de déséquilibres. La gravité de cette contre-indication doit être évaluée très sérieusement ;

b) appartient à une famille où il y a des tares héréditaires graves, physiques ou psychiques, comme l’alcoolisme, les épilepsies évidentes et manifestes, les déficiences mentales ou des cas graves d’épisodes psychotiques reconnus par des diagnostics de spécialistes ;

c) est fils illégitime (né hors mariage) ; quoique le Code ne considère plus ce fait comme une irrégularité[63], la situation doit s’évaluer par rapport aux qualités et à l’équilibre du candidat, en appréciant dans quelle mesure cette situation peut constituer un obstacle au développement normal de la vie religieuse et/ou à l’exercice du ministère sacerdotal ;

d) a des parents divorcés ou séparés, spécialement si cette séparation a eu lieu dans sa prime enfance ;

e) appartient à une famille bigame ou polygame. Cela peut constituer un préliminaire négatif ayant une grande influence sur la structure de la personne. Dans les contextes où les familles polygames font partie de la culture traditionnelle, dans le cas d’un candidat issu d’une famille non chrétienne, il faudra considérer avant tout la stabilité de la famille elle-même et le type de rapports entre ses membres, conforme aux modèles admis dans la saine culture locale ;

f) provient d’une famille ayant mauvaise réputation dans son propre milieu et si cela a marqué négativement le développement psychologique et moral du candidat ;

g) appartient à une famille non catholique qui, non seulement ne partage pas son choix de vocation mais s’y oppose ouvertement de façon radicale et active ;

h) provient d’une famille se trouvant dans une situation socio-économique et culturelle tellement « pauvre » que cela peut vicier le choix de vocation par des motivations profondes, toujours insconscientes, de simple promotion humaine et sociale. C’est une situation à évaluer au cas par cas.

58.    On sera également attentif, lors de l’admission, dans les cas ou situations suivants qui, bien qu’objectivement moins graves que les précédents, peuvent cependant avoir laissé des séquelles négatives dans la structure de la personne :

a) Un milieu familial fortement désuni, tendu ou peu affectueux, où l’agressivité exprimée entre les parents a exercé une influence négative sur l’enfant, et en a fait une personne manquant d’assurance, désorganisée, instable dans ses affections et ses relations interpersonnelles ;

b) L’immaturité affective des parents, visible, par exemple, dans des réactions excessives d’anxiété, de désespoir ou d’exaltation, ou dans des comportements hyperprotecteurs ou aliénants, ce qui a pu provoquer des troubles importants du caractère et réduire la liberté et la responsabilité en créant de fortes dépendances ;

c) L’éventuelle provenance de milieux sociaux militant plus ou moins dans des groupes opposés à l’Eglise ; ou de quartiers particulièrement corrompus, à moins qu’il ne soit moralement certain que le candidat n’en a pas subi des dommages notables ;

d) Des parents catholiques non pratiquants ou pratiquants, mais fermement opposés à la vocation de leur fils, mais en tenant compte de l’âge et de la maturité du candidat.

2.3.1.3 ÉQUILIBRE PSYCHIQUE ET CAPACITÉ RELATIONNELLE

A. Aspects positifs et requis à considérer

59.    L’équilibre psychique et la capacité relationnelle sont des conditions nécessaires à la vocation salésienne ; on peut les considérer comme présentes quand la personne fait preuve d’équilibre émotionnel, de capacité de faire des choix libres, d’ouverture aux autres et de capacité d’amour personnel vrai.

 

– Équilibre émotionnel : il s’exprime par des manifestations diverses parmi lesquelles : une lucidité croissante du candidat sur son expérience personnelle, intérieure et extérieure, sans déformations ni négations, le contrôle serein de ses émotions face aux succès et aux échecs, un vécu quotidien exempt de raideurs ou d’extrémismes inadéquats, la stabilité du caractère. Celui qui a acquis un tel équilibre se révèle toujours plus souple, créatif et optimiste et reste habituellement maître de soi.

60.    – Capacité de faire des choix libres à la lumière de motifs vrais et authentiques. Elle suppose :

a) Une suffisante autonomie psychologique intérieure et extérieure, qui rend la personne indépendante des pressions du milieu et libre intérieurement, pour pouvoir mettre ses propres ressources au service de son projet de vie ;

b) L’aptitude à prendre des initiatives pesées et cohérentes, en faisant bon usage de sa liberté et en assumant les responsabilités qui en résultent. Cela suppose un comportement actif, créatif et stable, qui ne se bloque pas en face des difficultés ;

c) Une perception exacte de sa valeur réelle, de ses limites, de ses émotions, impulsions et tendances, en même temps qu’une saine confiance en soi ;

d) La capacité de renoncements, même importants, quand sont en jeu ses responsabilité, les besoins d’autrui ou le service éducatif et pastoral, sans éprouver pour autant des frustrations négatives ;

e) La liberté intérieure vis-à-vis de sa propre famille, pour ne pas limiter le souffle universel de la vocation salésienne.

61.    – Ouverture aux autres : cette exigence synthétise un ensemble de comportements dont le dénominateur commun est la capacité d’établir des relations avec les autres sur un plan adulte, exempt de dépendances et de rébellions de type infantile. Elle inclut :

a) La communication : l’art du dialogue ; l’ouverture à la réalité de l’autre ; l’aptitude à la sympathie, au contact et à la rencontre ; le jugement équilibré des opinions d’autrui, capable de surmonter les préjugés et les réactions émotives ;

b) La capacité de s’ouvrir : savoir s’exprimer et se manifester, en maîtrisant un excès de réserve ; savoir accepter l’accompagnement des formateurs ;

c) Le sens de l’appartenance, par lequel la personne s’identifie elle-même comme membre actif d’une communauté et l’assume telle qu’elle est avec sa mission ;

d) La collaboration, qui implique de savoir travailler avec les personnes proches et lointaines par intime conviction et devoir de conscience, en esprit de réciprocité et d’acceptation de l’autorité ;

e) Le travail en équipe : savoir travailler « avec » et « pour » les autres dans un projet commun. Celui qui développe cette dimension sait accepter la confrontation, respecter l’opinion d’autrui, faire preuve de loyauté dans l’exécution des décisions communes, même quand elles sont contraires à son propre point de vue.

 

62.    – Capacité d’amour personnel vrai, qui s’exprime par :

a) La connaissance, le respect, l’attention, l’affabilité vis-à-vis des personnes dont on partage la vie ;

b) L’acceptation et l’estime inconditionnelle de chaque personne, le dépassement des raideurs et des comportements de défense, la prédilection pour qui en a le plus besoin ;

c) Une affectivité mûre, qui unifie et oriente ses forces vitales personnelles vers des gestes concrets et significatifs : le service désintéressé et inventif à la communauté et à la mission éducative et pastorale, la disponibilité à autrui en toute circonstance ;

d) L’aptitude à susciter et à cultiver l’amitié ;

e) Savoir faire le premier pas vers l’autre ; savoir pardonner ;

f) Savoir accepter les justes manifestations d’affection, savoir « se faire aimer » dans le style du Système préventif de Don Bosco ; savoir manifester gratuitement de l’affection dans le cadre communautaire et éducatif.

B. Difficultés et contre-indications à évaluer

 

63.    Les contre-indications d’ordre psychique et relationnel doivent être observées et suivies avec une attention particulière. On considère comme porteurs de contre-indications absolues ceux qui, selon l’observation attentive de formateurs expérimentés, pratiquée dans la vie quotidienne et sur la base d’un psychodiagnostic structurel approprié, manifestent des troubles de la personnalité qui atteignent le niveau de psychopathologies graves[64] Une évaluation attentive et compétente est indispensable pour déterminer si certains traits de personnalité présents de façon caractérisée constituent des troubles de la personnalité, des schémas constants d’expérience intérieure et de comportement, qui rendent inaptes à la vie salésienne.

64.    Dans le domaine relationnel, il y a des signes d’immaturité qui amènent à douter que le candidat ait les qualités humaines nécessaires pour être salésien. On peut considérer comme des contre-indications absolues ou relatives, suivant la mesure où ils s’inscrivent dans l’ensemble de la personnalité et suivant leur intensité[65], les attitudes et comportements suivants :

a) Une vision idéalisée de soi et le manque d’autocritique ; le souci excessif de sa personne et de son aspect physique ; ou au contraire, un manque de confiance en soi exagéré ; le besoin excessif d’attirer l’attention, ou au contraire, la peur d’attirer l’attention sur soi due à une habitude de fuir les situations impliquant des changements ;

b) Une fermeture habituelle aux autres, un manque de dialogue et de compréhension d’autrui, l’insensibilité à son entourage, à la société et à l’Eglise ;

c) Le manque de sincérité et de transparence, de fidélité aux promesses, de cohérence entre les paroles et les actes ;

d) Le manque de docilité, un non-conformisme habituel, accompagné d’une attitude d’opposition constante, « l’esprit de contradiction », une tendance excessive à l’indépendance ; ou au contraire, une dépendance excessive vis-à-vis de l’entourage, de la famille, de groupes ou d’autres personnes ;

e) Une difficulté importante d’établir des contacts avec le groupe ou un large milieu jeune, l’incapacité de construire un rapport éducatif ;

f) L’incapacité de travailler en équipe et de collaborer loyalement aux objectifs communs ; l’incapacité d’assumer une responsabilité et de conduire à terme des projets ; l’individualisme dans la réflexion et l’action ; le manque du sens de l’amitié ;

g) Des anomalies persistantes, un manque d’autocontrôle ; un manque d’équilibre et des extrémismes, caractéristiques des individus exagérément mortifiés et pratiquant une vertu purement extérieure qui ne découle pas de l’amour du bien et fait suspecter une contrainte intérieure provoquée par la peur, l’anxiété, le sentiment d’infériorité, le besoin de démontrer quelque chose à soi-même ou à autrui ;

h) Une attitude possessive envers les personnes et les choses ; l’envie, la jalousie ; un rapport anormal avec les biens matériels, le besoin excessif de ces biens et la non compréhension qu’ils ne sont que des moyens.

2.3.1.4 MATURITÉ AFFECTIVE ET SEXUELLE

A. Indications générales pour le discernement

65.    Le terrain de la maturité affective et sexuelle a une grande influence sur le développement de la vie religieuse en général et sur la pratique du célibat en particulier. Déterminer la maturité affective et sexuelle d’une personne, et par conséquent son aptitude à la vie religieuse salésienne et à l’exercice du célibat, exige un discernement complexe qui prend en compte fondamentalement trois aspects : la structure de la personnalité et toute l’expérience vécue, la comparaison des caractéristiques de la personne avec le charisme de la Congrégation, le contexte où s’exerce la mission salésienne vis-à-vis des jeunes.

66.    Le discernement de la maturité affective et sexuelle considère avant tout la structure globale de la personne et toute l’expérience vécue. Plusieurs points son à prendre en compte : le tempérament, le climat affectif de la famille, l’histoire de l’enfance, la force de volonté, les motivations, la maîtrise du sentiment de culpabilité, la piété sincère, les résultats obtenus.

La sérénité et l’équilibre du candidat encouragent un jugement positif. Mais des troubles psychiques, des fragilités morales traînées depuis longtemps, des légèretés actuelles avec d’autres personnes (hommes, femmes ou jeunes), l’anxiété ou le scrupule éventuels posent des questions sérieuses sur les possibilités concrètes d’une issue positive.

Souvent, chez les sujets porteurs de déficiences en matière de chasteté, il ne s’agit pas d’un « problème sexuel », mais d’un problème plus large de personnalité. En effet, les troubles affectifs et sexuels peuvent n’être que la pointe de l’iceberg de désorganisations plus profondes de la personne. Au contraire, beaucoup de désordres de la personne, comme certains désirs de possession, une certaine dureté dans les jugements, parfois radicaux, de même que certaines formes anormales de spiritualité, ne sont souvent que les manifestations extérieures de tares ou de refoulements affectifs et sexuels.

Il faut donc, en ce domaine, identifier les motivations de l’agir de la personne, par exemple l’égocentrisme, le repliement sur soi, l’habitude de s’abandonner à la rêverie, la fuite du devoir quotidien ou la recherche de satisfactions immédiates, l’isolement au lieu du contact, la peur qui empêche la réalisation du projet.

Le travail de formation fera très attention aux motivations de fond dans les manifestations d’immaturité, afin de pouvoir donner à la personne une orientation positive et efficace.

 

67.    En deuxième lieu, le discernement confronte la structure de la personne et son expérience vécue avec le projet de vie des salésiens de Don Bosco. Pour celui qui veut entrer dans la Congrégation, l’identité salésienne constitue le critère fondamental de la formation.

Il est nécessaire de constater une bonne identification sexuelle des candidats et la présence de l’aptitude affective et sexuelle requise pour assumer avec sérénité et cohérence la vocation salésienne. Il s’agit d’une condition essentielle chez celui qui est appelé à vivre la chasteté dans la mission éducative et à la traduire dans le style du Système préventif, fait de bonté affectueuse (amorevolezza) et de transparence.

Les fragilités de la vie passée peuvent empêcher en fait la personne d’assumer les valeurs de la vocation salésienne ; c’est pourquoi elles doivent faire l’objet d’une attention spéciale. Il est difficile aux candidats eux-mêmes, au moment de la demande d’entrée, d’être conscients de la portée réelle de leurs expériences précédentes par rapport à la réussite de leur vocation.

D’autre part, comme l’affirment les Constitutions, « les exigences éducatives et pastorales de notre mission et le fait que l’observance de la continence parfaite touche des inclinations particulièrement profondes de la nature humaine, requièrent du salésien équilibre psychologique et maturité affective. Don Bosco donnait cet avertissement : “Celui qui n’a pas l’espoir fondé de pouvoir conserver, avec l’aide de Dieu, la vertu de chasteté dans les paroles, les actes et les pensées, ne doit pas faire profession dans cette Société, parce que souvent il se trouverait en danger” »[66].

68.    En troisième lieu, le discernement doit être attentif au contexte où le salésien doit exercer la mission. En effet, les conditions de l’éducation de la jeunesse et la relation pastorale présentent des exigences particulières en fait de maturité affective et sexuelle. Il est important de certifier l’aptitude à vivre dans des contextes sociaux « ouverts » au monde féminin et à la « coéducation », désormais courante dans l’activité pastorale salésienne. Il faut tenir compte en même temps de ce que l’expérience du salésien s’acquiert dans des communautés masculines et que les enfants et les jeunes garçons sont les premiers destinataires de la Congrégation.

B. Difficultés et contre-indications à évaluer

 

69.    Dans le domaine affectif et sexuel, le discernement doit certifier dans la structure de la personne et dans l’expérience précédente du candidat la présence ou non de situations ou de faits qui peuvent poser problème au cours de la formation ou sont à considérer comme des contre-indications du point de vue de la vocation.

Bien que ne constituant pas, au jugement de l’Eglise, une contre-indication absolue, certaines situations doivent s’évaluer en elles-mêmes ainsi que par rapport aux engagements futurs, parce qu’elles peuvent révéler une incapacité de vivre pleinement la vie salésienne.

C’est au discernement, accompagné s’il le faut de consultations spécialisées, qu’il reviendra de faire apparaître si de semblables situations ou états peuvent se modifier par l’expérience de la formation ou des traitements psychothérapeutiques, de façon à rendre possibles la réponse aux exigences de la vocation salésienne et l’intégration de la sexualité dans la ligne de la chasteté.

Dans tous les cas, les responsables du discernement accorderont l’importance requise à ces aspects ; ils se donneront le temps de chercher les moyens appropriés pour les comprendre et les évaluer.

 

 

a. Contre-indications relatives ou absolues sur la base du discernement

Quelques situations et dispositions personnelles

70.    Pour la maturité affective et sexuelle, il faudra retenir comme contre-indications relatives ou absolues, selon les possibilités de dépassement, les situations suivantes :

a) Certains tempéraments fermés et apparemment insensibles, très contrôlés et extrêmement durs dans leurs jugements sur autrui, qui en réalité sont fondamentalement refoulés ;

b) L’hypersensibilité habituelle et le besoin de donner et de recevoir sans cesse des marques d’affection, ainsi que les attachements affectifs excessifs ;

c) Une sensualité exacerbée, sous quelque forme qu’elle se manifeste, y compris celles de la paresse et de la gourmandise ; une excessive sensibilité sexuelle, même non accompagnée de manquements formels ; l’introversion morbide[67] ;

d) Sur le terrain spécifique de la sexualité : le mépris de tout ce qui s’y rattache, la peur du monde féminin ou des attitudes misogynes, ou bien, plus souvent, l’idéalisation du mariage et une attirance hétérosexuelle excessive ;

e) Une tendance hétérosexuelle mal gérée et encline à accepter ou, pire, à créer des situations imprudentes de risque en relation avec des femmes ou des filles, et en conséquence de scandale.

Expériences précédant le début du parcours de formation

 

71.    L’expérience sexuelle complète vécue avant le début du parcours de la formation salésienne réclame un discernement soigneux. L’accompagnement lors de la formation devra faire la lumière sur l’impact qu’une telle expérience a eue sur le candidat et évaluer sa capacité de l’intégrer de façon sincère et responsable dans la perspective de la chasteté consacrée. Cela suppose :

1) une analyse du contexte global de la personne, de ses ressources et de l’influence de ces faits dans son expérience actuelle ;

2) de constater l’ouverture et le partage avec le directeur spirituel et avec les responsables du discernement de la vocation, l’esprit de foi exprimé dans la prière personnelle et communautaire, l’aptitude au sacrifice personnel et au renoncement, la consistance des motivations. Si ces conditions sont absentes, il n’y aurait pas de sens à laisser le candidat continuer sur le chemin du discernement ;

3) d’accorder au facteur « temps » une attention particulière : l’époque de la vie au cours de laquelle ont eu lieu les rapports (enfance - en tant que victime de violence -, l’adolescence ou l’âge adulte) ; la durée de la période pendant laquelle ils ont eu lieu, et leur fréquence ; le temps écoulé depuis leur arrêt ;

4) pour acquérir l’espoir d’intégration, on doit vérifier pendant un délai suffisamment long la plénitude de l’engagement et la fermeté des résolutions. Des signes évidents d’auto-indulgence ne sont jamais positifs : chez des personnes ayant un passé semblable, ils peuvent constituer une série de contre-indications ; il ne convient pas dans ces cas de prolonger le discernement ;

5) dans le cas de convertis, il importe de vérifier si les relations sexuelles ont eu lieu avant ou après le baptême.

 

 

 

 

 

Un problème particulier : la masturbation

72.    Dans le domaine affectif et sexuel, la masturbation constitue un problème particulier qu’il faut traiter selon des critères sérieux et avec des méthodes mises à jour.

Face à ce phénomène, les documents ecclésiaux récents insistent sur la nécessité de le considérer non comme un fait en soi, mais plutôt comme une manifestation symptomatique à replacer dans l’ensemble de la personnalité, de son histoire et du moment où chacun se trouve dans sa propre évolution ; il convient d’examiner dans leur ensemble les conditions dans lesquelles se trouve le sujet, sans se limiter aux critères de temps et d’objectivité, de dégager les causes qui provoquent le phénomène et les circonstances dans lesquelles il est pratiqué. Dès lors, malgré la gravité objective de la masturbation, il faut montrer une grande prudence pour établir la responsabilité subjective de la personne[68]. Il en résulte la nécessité d’une évaluation attentive et sérieuse et en même temps la difficulté de proposer des directives objectives ayant valeur universelle.

73.    Concrètement, le problème sera traité sur la base des éléments suivants d’évaluation :

a) les qualités humaines et les ressources de la personne, la maturité affective et sexuelle sous d’autres expressions, l’équilibre personnel ou la tendance au sentiment de frustration en général ;

b) la qualité de la vie spirituelle, l’ouverture aux accompagnateurs de la formation, la responsabilité dans la pratique des méthodes classiques de croissance spirituelle (direction spirituelle, prière et sacrements, ascèse, décision d’éviter les « occasions prochaines ») ;

c) les causes qui provoquent le phénomène ; elles peuvent être en relation avec l’agressivité, l’image de soi ou la dépendance à autrui, ou avec la qualité des relations à l’intérieur de la communauté[69] ;

d) les conditions qui accompagnent l’acte, qui donnent à la masturbation différentes significations dans la dynamique de la personne comme : soulager une anxiété ou un stress, fuir sa solitude ou une souffrance, compenser des frustrations, remplir un moment de vide existentiel, ou simplement soulager, souvent sans le chercher directement, des tensions physiologiques non provoquées ;

e) l’intensité ou la fréquence du phénomène, la vigueur de l’engagement à le surmonter et la durée du dépassement effectif.

74.    Une vision intégrale permettra une évaluation objective de la signification prédictive que peuvent avoir des faits précis de nature sexuelle, soit au niveau de l’acte soit au niveau d’une poussée instinctive et d’une obsession idéative. A ce sujet, il est nécessaire de tenir compte, pour un jugement prudent, de certains faits qui contribuent à replacer la signification de l’acte masturbatoire dans la dynamique de la personne : son apparition très précoce dans la vie du jeune, son maintien et sa persistance après l’adolescence, la récidive, l’apparition tardive, le caractère obsessionnel, les fantasmes qui l’accompagnent, etc., mais aussi l’absence totale de semblables manifestations. Un silence total de la tendance au cours de l’adolescence et par la suite ne peut pas par lui-même être interprété comme un indice sûr de normalité.

 

Voilà autant de circonstances qui poussent à la prudence ceux qui doivent donner un conseil, apprécier si le candidat présente un espoir solide de dépassement dans un délai raisonnable, exprimer un jugement ou prononcer un diagnostic pour une vie de célibat consacré, vécue dans la fidélité, la liberté et la sérénité. Dans ce domaine, il ne suffit pas de se demander si celui qui se forme montre de la bonne volonté. Il faut rechercher dans la nature, dans la structure psychique de la personne et dans l’expérience de son histoire, les signes de la volonté de Dieu dans la perspective des engagements et de la forme de la vie à venir.

b. Contre-indications absolues

 75.   Plusieurs situations, faits ou habitudes, qui par leur nature même constituent une contre-indication grave et absolue et un empêchement pour la vocation salésienne doivent être identifiés dès le premier instant du discernement, spécialement quand il s’agit de candidats adultes :

a) Le fait d’avoir été partenaire (partner dans le texte italien) actif dans des actes de pédérastie ou de pédophilie, ou d’avoir favorisé de quelque façon que ce soit l’exploitation sexuelle d’enfants, d’adolescents ou de jeunes de l’un ou l’autre sexe. Même indépendamment de la conduite actuelle, de tels faits passés (qui dans beaucoup de pays peuvent être poursuivis pénalement, sur accusation, sans prescription) constituent un risque grave pour le bien de la jeunesse, pour la pratique de notre style de chasteté consacrée et pour la réputation de la Congrégation.

Suivant la législation du pays, quand on l’estime nécessaire, que l’on prévoie de requérir la « déclaration d’innocence » du candidat par rapport à des faits de ce genre.

Ne rentrent pas dans ce cadre d’éventuels actes isolés pratiqués pendant l’adolescence avec d’autres sujets mineurs.

b) Actes de perversion sexuelle : rapports incestueux ; violences ou abus sexuels envers d’autres personnes ; travail ou implication dans le domaine de la pornographie ou les spectacles immoraux ; exercice ou exploitation de la prostitution,...

c) Une cohabitation plus ou moins longue comportant l’activité sexuelle ; la séparation ou le divorce (y compris au seul plan civil).

76.    d) Le « péché grave avec autrui » après l’admission dans le parcours de formation salésienne constitue une contre-indication absolue.

Rentrent dans cette catégorie les actes graves recherchés et voulus avec malice, surtout s’ils ont été délibérément répétés. De tels faits engendrent une division morale intérieure qui s’exprime par la cœxistence de comportements parallèles contradictoires (la « double vie ») ; dans ces cas, il faut agir absolument conformément à la règle. S’il s’agit d’un prénovice, d’un novice ou d’un profès temporaire, ils doivent être éloignés ou renvoyés ; s’il s’agit d’un diacre, il devra envisager sérieusement d’introduire une demande de dispense.

Il faudra considérer de façon nuancée les cas d’actes isolés, objectivement graves, qui n’ont pas provoqué de scandale, qui sont restés isolés et surtout s’ils ont résulté de l’ingénuité, de l’inexpérience ou d’une pulsion soudaine, lorsque l’intéressé les reconnaît et exprime sa volonté de changement. Une évaluation sérieuse et précise peut amener à reconnaître la possibilité d’une vraie récupération.

c. Discernement de la vocation et homosexualité

 

77.    Voici maintenant les critères qui devraient guider le discernement des vocations par rapport à l’homosexualité, qu’il s’agisse de la tendance ou de l’état, ou qu’il s’agisse d’actes homosexuels. On ne considère pas ici ces situations du point de vue moral ou éducatif-pastoral, mais spécifiquement dans la perspective du discernement de l’aptitude à la vocation salésienne,en tenant compte de la dignité intrinsèque de toute personne[70] et des exigences particulières du projet de vie consacrée et de la mission salésienne.

Le phénomène complexe de l’homosexualité concerne les personnes « qui éprouvent une attirance sexuelle, exclusive ou prédominante, envers des personnes du même sexe »[71]

L’Eglise fait la distinction entre la tendance ou l’état homosexuels et leur actualisation[72] ; elle prend la défense des personnes homosexuelles, « appelées à réaliser la volonté de Dieu dans leur vie », vis-à-vis de « toute marque de discrimination injuste »[73], tout en condamnant les actes d’homosexualité[74]. Malgré cela, elle soutient « qu’il y a des milieux dans lesquels tenir compte des tendances sexuelles ne constitue pas une discrimination injuste »[75] et elle invite les Instituts religieux à faire leur et à expliquer « les raisons qui justifient le fait d’écarter de la vie religieuse celles et ceux qui n’arriveront pas à maîtriser leurs tendances homosexuelles »[76].

Pour nous, l’évaluation se réfère spécifiquement à la vocation consacrée salésienne, qui réclame une capacité particulière de maturité, d’équilibre et d’ascèse dans le domaine affectif et sexuel, y compris chez ceux qui ont des tendances hétérosexuelles normales. Mais, en raison de ses caractéristiques particulières, elle comporte des exigences spécifiques vis-à-vis de l’homosexualité. Il s’agit en effet d’une vocation-mission qui se vit dans des communautés masculines, qui comporte des activités en contact constant avec la jeunesse pauvre, de préférence masculine, avide d’attentions et d’affection, suivant un style de vie familial et une méthode éducative qui s’expriment à travers l’amorevolezza, la capacité de se faire aimer et de montrer son amour.

L’expérience salésienne, dans son aspect communautaire et dans son expression éducative et pastorale, enseigne combien il est difficile à une personne de tendance ou d’état homosexuel de satisfaire de façon équilibrée, sereine et cohérente aux exigences du projet de vie de la Congrégation Salésienne. C’est pourquoi, il est indispensable que le discernement en matière d’homosexualité se fasse sérieusement et strictement, dans l’amour de la Congrégation qui doit garantir l’authenticité de son témoignage, et dans le respect du candidat, à qui on rend le service de lui éviter un genre de vie qui exigerait de lui un effort extraordinaire de maîtrise et d’équilibre.

78.    En particulier, en matière d’homosexualité, les éléments suivants constituent une contre-indication absolue pour la vie salésienne :

a) L’habitude homosexuelle et les actes d’homosexualité, constatés après l’entrée dans le parcours de formation salésien. Dans le second cas s’appliquent les critères présentés plus haut[77].

 

Ne rentrent pas dans ce cadre les manifestations homosexuelles occasionnelles, les attachements, les manifestations temporaires d’immaturité, etc., que l’on considère comme surmontables au cours d’un processus de formation normal. Pour les admissions, on doit évaluer attentivement le temps passé, l’intégration réussie des faits, la capacité acquise d’équilibre et de contrôle (compréhension et critère, motivation religieuse, maturité dans les relations, etc.).

79.    b) La tendance ou état homosexuels, relevés en collaboration avec un professionnel, estimés intégrés dans la structure de la personnalité. Il s’agit seulement de la tendance, sans actes ou habitudes homosexuels.

De par soi, la tendance peut être contrôlée par l’éducation[78], elle ne se traduit pas nécessairement en activité homosexuelle ou en comportements qui mettent en danger l’identité sexuelle. Souvent cependant, cette tendance rend très difficile pour l’individu d’adopter et de garder un comportement éducatif-pastoral « salésien » face à une jeunesse masculine. Souvent, l’état homosexuel conduit à la perte d’équilibre dans l’interaction pédagogique et peut entraîner un épuisement psychologique de la personne.

Dans le contexte éducatif-pastoral salésien, le style de vie homosexuel trouve des occasions d’hyperstimulation et de situations qui peuvent conduire à lier des relations intenses et immatures, avec le risque d’une certaine morbidité dans les contacts avec les jeunes. Il y a là des faits qui deviennent facilement publics et qui, dès lors, compromettent l’image de la Congrégation et l’efficacité de son témoignage.

Ne rentre pas dans ce cadre, la peur de l’homosexualité, qui, dans des milieux caractérisés par l’absence de filles, peut tourmenter les jeunes en situation de particulière insécurité : cette peur peut exprimer, davantage, une fragilité générale ou une identité faible, ou dénoter des moments de règlement et de changement. Le travail de formation dans ces cas-là se concentrera sur les motivations réelles du phénomène.

2.3.2 Dimension spirituelle   

2.3.2.1  ASPECTS À CONSIDÉRER

80.    Nous indiquons ici quelques dispositions, comportements, états, qui permettent d’évaluer l’idonéité spirituelle des candidats à la vie religieuse salésienne. Leur développement dépend de l’action de l’Esprit et d’un engagement constant dans la formation.

Nous les regroupons autour des axes suivants : vie chrétienne et caractérisation salésienne, vie communautaire, conseils évangéliques, signes de vocation spécifique.

A. Vie chrétienne et caractérisation salésienne

81.    En ce qui concerne la relation à Jésus-Christ, le choix d’adhérer à sa personne et de le suivre dans la construction du Royaume, dans l’esprit du charisme de Don Bosco, il convient d’évaluer et de développer les aspects suivants :

a) un comportement de foi, caractérisé par l’accueil de la Parole, reçue comme un critère de vie ;

b) un rapport amical et intime avec le Seigneur, exprimé par la place centrale donnée à l’Eucharistie, la célébration du sacrement de la Réconciliation, la participation assidue à la prière communautaire, la fidélité aux moments de prière personnelle et les pratiques de dévotion propres à la vocation salésienne ;

 

c) l’identification avec le mot d’ordre « da mihi animas, cetera tolle », mis en œuvre dans le zèle apostolique envers les jeunes, la disponibilité à affronter les exigences pastorales, l’aptitude au sacrifice ;

d) la disponibilité vis-à-vis des formateurs, la persévérance dans la pratique de la direction spirituelle et la collaboration dans l’exercice du discernement ;

e) le choix conscient et la décision d’organiser sa propre vie autour des valeurs de la consécration salésienne, manifestés par la cohérence des actes ;

f) la croissance dans les vertus humaines et chrétiennes ainsi que dans les attitudes pédagogiques et pastorales propres au Système préventif ;

g) une connaissance suffisante de Don Bosco et une expérience positive de la vie salésienne ;

h) le sens de l’Eglise, exprimé dans la communion pastorale, l’adhésion au magistère, l’insertion dans l’Eglise locale, suivant les possibilités personnelles et le charisme de la Congrégation.

B. Vie communautaire

 

82.    En ce qui concerne la « vie communautaire salésienne », en plus des éléments indiqués dans le cadre des aptitudes relationnelles, il convient d’examiner les indicateurs suivants :

a) une référence explicite au style de fraternité voulu par Don Bosco dans le concret de la vie et de l’action quotidiennes ; l’agrément de la communauté et de la Province pour les décisions et les initiatives ; le sens de l’appartenance à la Congrégation et à la Famille Salésienne ;

b) l’attitude d’accueil et la cordialité des contacts, conformes à l’esprit de famille ; l’aptitude à partager l’expérience vocationnelle et de prêter attention aux processus et aux dynamiques vécus par la communauté ;

c) la capacité de vivre et de travailler avec les confrères et d’assumer loyalement et généreusement un projet communautaire ;

d) la responsabilité personnelle dans l’exécution des tâches confiées, sans le besoin de constants incitants extérieurs, en exploitant ses propres talents et en acceptant ses propres limites ;

e) la coresponsabilité dans la communauté éducative-pastorale, la mise en valeur de la contribution des autres, dans le respect de leur rôle.

C. Les conseils évangéliques

83.    En ce qui concerne “les conseils évangéliques”, on peut examiner les indicateurs suivants d’aptitude à la vie salésienne :

a) la disposition positive face aux différentes médiations humaines ; la prise en charge d’un projet communautaire ; l’aptitude à agir dans un esprit et une vue globalisants ;

b) l’acceptation libre et sereine de l’autorité, dans une disponibilité positive à l’obéissance, exempte aussi bien de dépendance passive que d’opposition systématique ;

c) l’esprit d’initiative et la capacité de travail ; le souci des biens de la communauté et de l’œuvre ; la capacité de partager ses propres ressources et compétences, ses biens et ses outils ; le sens social des biens et des services ;

d) la compréhension correcte du rapport salésien entre l’austérité de la vie personnelle et communautaire et la qualité des instruments requis pour un service efficace ;

e) la mise réelle au service de la communauté et du supérieur, la capacité de partager les cadeaux reçus, la sobriété dans le style de vie et l’usage des outils personnels ; la responsabilité et le souci de l’aspect économique ;

f) la capacité d’aimer authentiquement les personnes avec qui on vit, de privilégier les jeunes destinataires de notre mission, de vivre des amitiés sereines, mûres et conformes à la vocation ;

 

g) une attitude d’estime, respectueuse et prudente, vis-à-vis des femmes ; la capacité d’auto-contrôle et d’équilibre émotionnel ; la spontanéité naturelle dans les marques d’affection, en accord avec son propre choix de vie consacrée.

D. Signes de vocation spécifique

84.    Les critères de discernement énoncés jusqu’ici sont valables pour tous les Salésiens. Cependant, comme la spécificité de la vocation investit toute la vie du confrère, la dimension laïque ou cléricale de son existence constitue une préoccupation constante du discernement vocationnel. Il apparaît donc opportun d’en mettre en évidence quelques signes, en restant conscient qu’il s’agit de signes spécifiques, mais non exclusifs.

85.    Signes indicateurs d’une vocation de salésien coadjuteur

Le salésien coadjuteur, de par sa laïcité consacrée, est signe en même temps de la dimension séculière de l’Eglise et des valeurs de la consécration ; il est, pour la communauté salésienne, pour la Communauté éducative-pastorale et pour l’Eglise, un appel vivant aux valeurs de la dimension séculière du monde et de l’histoire.

L’état laïque ne doit pas être vu comme quelque chose de négatif — ne pas pouvoir ou vouloir devenir salésien prêtre ou diacre — ni ne se réduit à un service ou une simple fonction[79]. On ne se réfère pas en premier lieu à ce que le coadjuteur peut ou veut faire, mais à sa manière d’être en le faisant. Sa façon de vivre la vocation salésienne, de se situer face à la mission, son rôle dans la communauté salésienne[80] et dans la communauté éducative, réclament des comportements et des conditions spécifiques :

86.    a) Se sentir appelé à vivre l’ensemble des valeurs salésiennes comme laïc consacré ; ce qui suppose :

Ø   de répondre à la volonté de Dieu, de se mettre à son service et de réaliser sa propre sanctification en tant que religieux laïc : une réponse exprimée dans le témoignage du « bon chrétien », vécu dans la vie consacrée ;

Ø   d’accepter cette vocation spécifique comme une dimension personnelle « originale », avec ses richesses et la diversité de ses rôles, qui ne remplit ni ne limite ses propres aspirations, et comprendre ce que cela signifie aux niveaux spirituel, communautaire et pastoral ;

Ø   assumer en toute conscience l’engagement de vivre dans la Congrégation « la même vocation, en fraternelle complémentarité »[81] avec le salésien prêtre et se montrer disponible à une collaboration inventive à la mission[82].

b) Se rendre capable d’accomplir la mission d’éducateur-pasteur des jeunes, sous la forme laïque ; développer ses capacités et acquérir les compétences nécessaires pour pouvoir rendre service et s’engager dans des milieux professionnels, sociaux, culturels, davantage en accord avec l’identité du salésien coadjuteur ;

c) Se former à un style inventif et concret, en développant :

 

Ø   la proximité au monde et l’attention aux problèmes humains, l’intérêt à la réalité du travail et la sensibilité à l’entourage, la disponibilité à intervenir ;

Ø   le sens du professionnalisme, la conviction que tout métier est important, le sérieux dans son programme d’action, la capacité de collaborer ;

Ø   l’estime et le goût du travail manuel et technique, mais aussi l’appréciation du travail intellectuel et la disposition à en tirer profit ;

Ø   le partage de l’esprit et de la mission avec les membres de la Communauté éducative-pastorale et ceux de la Famille Salésienne, conformément à sa propre identité de salésien coadjuteur.

87.    Signes indicateurs d’une vocation de salésien prêtre[83]

On souligne en particulier les aspects suivants qui doivent caractériser le salésien qui s’oriente vers le sacerdoce et entreprend un cheminement visant à se configurer au Christ Prêtre, à la suite et à l’exemple de Don Bosco ;

a) se sentir appelé à une expérience spirituelle d’union au Christ, caractérisée par l’identification personnelle au ministère et à l’œuvre de Don Bosco prêtre, père et maître de la jeunesse ;

b) faire sienne l’expression salésienne du ministère sacerdotal dans la mission auprès des jeunes ; un ministère vécu dans la perspective éducative, dans un projet communautaire, pratiqué dans des œuvres diverses, en interaction avec des rôles complémentaires ;

c) vivre et cultiver les formes du ministère sacerdotal conformément aux destinataires, aux critères, aux méthodes et à l’esprit salésiens, dans la radicalité du « da mihi animas » et le style du Système préventif ;

d) vivre la vie et la mission en communion et collaboration avec les confrères coadjuteurs ; pratiquer le service ministériel dans le cadre de la CEP et de la Famille Salésienne, en tant qu’animateur ;

e) témoigner, dans l’esprit du charisme salésien, l’amour de l’Eglise dans la communion pastorale, la docilité au Pape et aux Evêques, dans la participation à la vie diocésaine, dans la disponibilité à la mission universelle.

2.3.2.2 MOTIVATIONS ET INTENTION DROITE

88.    Celui qui se sent appelé à la vocation salésienne et demande à être admis exprime qu’il opte pour un style de vie et pour un ensemble de valeurs qu’il perçoit en accord avec sa propre réalité et ses aspirations.

Le premier pas du discernement de la vocation consiste à vérifier la présence des indices requis d’idonéité et l’absence de contre-indications. Cependant, même si ces signes sont importants et nécessaires pour découvrir un authentique appel de Dieu, ils ne sont pas suffisants.

89.    Il faut aller plus loin, c’est-à-dire, identifier et évaluer l’origine de cette inclination, de cette orientation. Il faut comprendre quels besoins, désirs ou intérêts, quelles dynamiques, positives et négatives, intérieures ou extérieures, sont à la base et donnent consistance à ce choix. En un mot, il faut individualiser les motivations profondes du choix de la vocation. La pratique de la formation contribuera à les rendre adéquates, vraies et authentiques, pour en arriver au signe positif essentiel, l’intention droite.

 

90.    L’intention droite est la volonté claire et décidée de s’offrir entièrement au Seigneur, de Lui appartenir et de le servir dans le prochain à la mode de Don Bosco. Il s’agit d’une volonté sincère, bien motivée, déclarée et exprimée à travers une conduite cohérente et la pleine disponibilité à la formation. L’intention droite est bien différente de la simple attirance sensible ou d’un désir généreux de servir ou d’autres aspects, même importants, de la vocation salésienne, comme par exemple le plaisir d’être avec des jeunes, le travail éducatif, un rôle social. L’intention surnaturelle est un engagement de toute la personne éclairée par la foi. C’est l’offrande de soi à une mission perçue et acceptée de la main de Dieu par l’intermédiaire de l’Eglise.

L’intérêt et l’inclination authentiques, orientés vers la mission salésienne, et une vraie motivation surnaturelle sont les composantes essentielles de l’intention droite. C’est là le signe de vocation le plus caractéristique et indispensable, qui assure un fondement solide aux autres éléments de l’idonéité.

91.    Le discernement des motivations est un aspect déterminant du processus de formation. Les motivations sont complexes et pour une bonne part inconscientes, comme est complexe la personne dans laquelle le physiologique, le psychologique (conscient et inconscient), le spirituel et la grâce forment une unité.

Pour le discernement et l’évaluation des motivations, il convient de distinguer les différents types et les différents niveaux. On peut ainsi parler de motivations :

Ø   conscientes et inconscientes : celles que le sujet exprime par ses paroles et qu’il croit avoir, et celles par lesquelles il vit et agit, même sans s’en rendre compte ;

Ø   dominantes ou simplement présentes : celles qui de fait poussent la personne vers des choix précis, et celles qui accompagnent les choix sans être décisives ;

Ø   convergentes ou divergentes : celles qui sont cohérentes avec l’orientation à la vocation, comme, par exemple, l’aspiration personnelle à travailler pour les jeunes et la volonté de se donner totalement à Dieu pour la construction du Royaume ; ou, au contraire, les divergentes, qui produisent une incohérence intérieure, comme vouloir devenir religieux et vouloir grimper dans l’échelle sociale ;

Ø   authentiques ou apparentes, adéquates ou inadéquates, valides ou invalides : celles qui sont intériorisées ou seulement apparemment assumées par le sujet ; celles qui poussent vers les autres et leur bien et orientent toute la personne vers Dieu, son Royaume, son projet, ou bien celles qui sont polarisées sur le sujet, la satisfaction de ses besoins, de ses désirs.

92.    Le discernement doit pouvoir apprécier la qualité des motivations :

a) La motivation authentique, adéquate et valide est fondée sur des valeurs essentiellement religieuses, sur l’amour de Dieu et du prochain ; elle réussit à orienter vers ces buts les énergies du sujet. On la reconnaît à la cohérence entre les valeurs proclamées et la vie vécue, à la sérénité et à la joie dans lesquelles le candidat vit son quotidien.

C’est la motivation spécifique qui coïncide avec « l’intention droite » : c’est une motivation fondamentale qui touche à l’essence de la vocation. Une semblable motivation est capable de purifier, d’unifier et de consolider les autres motivations, conscientes ou inconscientes.

Pour réussir la vocation, le discernement et la pratique de la formation devront certifier que la motivation authentique est présente chez le candidat, ou qu’il pourra l’acquérir au cours d’un processus normal de formation.

b) La motivation inadéquate est basée sur des valeurs saines, cohérentes avec la vocation, mais non fondamentales et, en un certain sens, marginales ou périphériques, comme par exemple : les gratifications pour le succès de l’éducation, le plaisir de travailler avec des jeunes, la satisfaction de pouvoir exprimer de façon significative ses propres talents, la promotion des pauvres, le goût pour le service social, la passion pour l’étude, le plaisir d’une vie d’amitié.

 

Quand elles apparaissent dominantes, exemptes de correctifs et d’éléments intégrateurs surnaturels, même si elles sont valables en soi, de semblables motivations ne sont pas suffisantes pour justifier une vie consacrée et soutenir la fidélité envers elle. Elles s’épuisent, si elles n’ont pas de racines solides et définitives dans la conviction de l’appel à témoigner de la primauté de Dieu et à placer Jésus-Christ au centre de sa propre vie[84]. Grâce à l’aide des formateurs, elles peuvent être purifiées et intégrées dans des motivations religieuses authentiques.

c) La motivation invalide, même si elle a une apparence religieuse, est basée en fait sur des besoins et intérêts subjectifs multiples, comme le besoin de sécurité, l’affirmation de soi, la recherche d’affection ; elle ne permet pas de gouverner le choix de la vocation, le cheminement de la formation et la persévérance.

93.    La certification d’une motivation authentique est toujours une entreprise délicate. Les motivations ne sont jamais présentes à l’état pur. Après avoir vérifié la sincérité du candidat, qui exclut une duplicité consciente, on ne peut pas présumer de l’existence d’une intention droite. On peut la retrouver mêlée à un ensemble de motivations égocentriques, qui relèvent clairement de la sphère de l’inconscient.

Dès lors, le discernement doit permettre de révéler les motivations conscientes et, autant que possible, même les inconscientes, éventuellement avec l’aide des sciences humaines, surtout quand la personne ne se montre pas suffisamment intégrée. Il s’agit de comprendre le comportement de fond de la personne, les valeurs, les besoins, les carences et les aspects qui, pour positifs qu’ils soient, peuvent cacher des comportements défensifs.

De même, il est nécessaire d’apprécier quelles sont les motivations dominantes et lesquelles sont simplement présentes, jusqu’à quel point elles sont convergentes et surtout, si elles sont plus ou moins authentiques.

L’engagement du candidat est dès lors indispensable, comme aussi un contact étroit pour une direction et une guidance spirituelles avec quelqu’un qui a la sensibilité et la capacité de discernement.

La compréhension et l’évaluation des motivations sont du ressort, principalement, du directeur spirituel et du confrère lui-même, même si les membres du Conseil ne peuvent perdre de vue cet élément d’importance capitale.

94.    En ce qui concerne l’intervention des formateurs, il faut rester conscient que les motivations sont susceptibles de maturation et de purification graduelles et continues. Souvent, le candidat se présente en manifestant comme dominante une motivation inadéquate, que l’intervention des formateurs aide à transformer, en l’orientant dans une direction plus authentique. A cet effet, le processus de formation doit privilégier l’engagement du sujet dans sa réponse et sa croissance vocationnelles. Les formateurs peuvent agir à ce niveau, moins par des interventions directes que par la création d’un climat qui favorise la connaissance de soi et l’amélioration des motivations personnelles, et qui conduit à l’authenticité de la vocation.

Ainsi, la formation amène progressivement le candidat à comprendre avec plus de profondeur et de clarté que c’est le Seigneur qui « appelle » et « motive le choix » du service aux jeunes dans la Congrégation.

 

 

 

2.3.3 Dimension intellectuelle

 

2.3.3.1 ASPECTS POSITIFS REQUIS À EXAMINER

A. Intelligence, capacité de réflexion et de jugement

95.    La capacité intellectuelle n’est pas un élément isolé de la personnalité. Elle est insérée dans un contexte (tempérament, tournure d’esprit, facteurs ambiants) et c’est dans ce contexte qu’elle doit être évaluée.

D’une part, on doit vérifier si l’intelligence du candidat est suffisante et si elle est intégrée dans l’ensemble de sa personnalité, si elle le conduit à reconnaître ses propres limites, à remédier à ses propres lacunes par l’information et la formation. On doit pouvoir constater si l’intéressé sait raisonner pour affronter et accueillir des aspects nouveaux et réussit à prendre des décisions cohérentes. Il faut certifier s’il s’agit d’une intelligence habile dans l’élaboration de la pensée et capable d’établir des relations.

D’autre part, il faut que l’intelligence soit proportionnée et adaptée au type d’engagement qui sera vécu dans une Congrégation appelée à une mission éducative et pastorale, qui s’exprime sous de multiples formes et se pratique en collaboration avec différents acteurs, dans des fonctions diverses. Il ne s’agit donc pas de la capacité à accumuler des connaissances, mais plutôt d’une capacité à penser et à discerner correctement et de la compétence pour mettre en œuvre la mission.

96.    Il faut rester conscient que l’incapacité de tirer des leçons de la vie, comme aussi la fermeture d’esprit et l’absence d’honnêteté face à la vérité, sont des signes qui peuvent révéler des problèmes psychologiques : peurs, angoisses, différentes atttitudes de défense, qui empêchent l’ouverture aux autres et, donc, peuvent rendre le candidat incapable de vivre la vocation salésienne.

C’est pourquoi, lors du discernement, il ne suffira pas de prendre en compte seulement les résultats scolaires ou académiques. Il faut aussi trouver une habileté intellectuelle pratique capable de comprendre et d’affronter les problèmes quotidiens, et aussi le sens de la réalité qui permet d’éviter des idéalisations naïves.

Quelqu’un qui ne réussit pas tellement bien dans les études peut résoudre de manière satisfaisante des problèmes pratiques et de relations interpersonnelles, et évaluer de façon prudente les situations, faisant ainsi la preuve d’une bonne intelligence pratique.

Quelqu’un qui réussit très bien dans les études peut être, au contraire, un individu fauteur de problèmes, qui éprouve des difficultés à accepter un projet communautaire, à se montrer docile aux demandes les plus simples mais urgentes, qui peut devenir un opposant systématique.

97.    Il s’agit d’une aptitude à développer en permanence. Elle requiert une volonté constante et la capacité de concentration, la présence d’intérêts culturels authentiques ; l’engagement à garder l’intention de devenir salésien comme critère pour orienter et caractériser les choix  et les efforts pour se tenir à jour et mûrir intellectuellement ; l’attention portée aux niveaux de vie émergeant dans les cultures des jeunes.

 

 

98.    En résumé, la capacité intellectuelle du salésien doit être suffisante pour réussir les études qui correspondent aux engagements futurs (aussi bien des salésiens coadjuteurs que de ceux qui sont appelés au ministère sacerdotal) et pour acquérir une juste connaissance de la nature de la vocation et de ses exigences[85]. Elle doit inclure la capacité de réflexion et de jugement, propre à l’éducateur-pasteur, nécessaire pour cultiver une ouverture à la culture, à l’éducation et à la pastorale, qui permette de rester attentifs aux signes des temps, de discerner la voix de l’Esprit et d’acquérir la capacité de tirer des leçons de la vie[86].

B. Qualification nécessaire

99.    Tous doivent atteindre un niveau d’études qui les mette à la hauteur d’exercer un rôle utile dans la communauté et dans l’exécution de la mission éducative-pastorale salésienne. Pour le débutant, on doit certifier au moins l’aptitude à acquérir une qualification professionnelle. Tout au long du parcours de formation, le salésien doit obtenir les certificats d’études établis dans le projet provincial de formation. Suivant les contextes dans lesquels se produit l’appel et se déroule la formation initiale, les titres qui attestent de la qualification du candidat peuvent être divers.

Pour être en état de vivre et partager les valeurs salésiennes aujourd’hui et d’actualiser le Système préventif, il faut posséder une connaissance suffisante de Don Bosco et de son histoire, de l’expérience, de la réflexion et des orientations de la Congrégation, des différents groupes de la Famille Salésienne.

Dans tous les cas, il est indispensable d’évaluer le progrès quotidien de la qualification à travers une forme quelconque de rencontre communautaire et de réalisation programmée de la mission, accompagnée et soutenue par une réflexion personnelle et partagée ainsi que par des gestes de discernement.

2.3.3.2 DIFFICULTÉS ET CONTRE-INDICATIONS À ÉVALUER

100.  Voici quelques signes qui peuvent indiquer l’absence d’idonéité pour la vie salésienne :

a) l’échec dans les études nécessaires à notre mission, telles qu’elles sont prévues par les règles de l’Eglise et les directives salésiennes ;

b) le manque de zèle dans la qualification personnelle, nécessaire pour pouvoir jouer un rôle d’animateur et de responsable tel qu’on peut l’attendre ;

c) un intérêt réduit pour sa propre mise à jour culturelle et professionnelle ; la rareté du temps consacré à l’étude ; ces comportements peuvent induire un sentiment de marginalisation et d’infériorité et conduire à la superficialité de l’action ;

d) un style de vie activiste et superficiel, qui ne se préoccupe pas de soigner la qualité de l’expérience et du travail, qui ne se réserve aucun temps pour la réflexion, qui ne profite pas des occasions de partage et de lecture de la réalité.

2.3.4 Dimension éducative-pastorale

2.3.4.1 ASPECTS POSITIFS REQUIS À CONSIDÉRER

101.  Les qualités propres de l’éducateur-pasteur salésien sont des signes d’idonéité qu’il faut examiner et faire mûrir durant la formation. On vérifiera en particulier les suivants :

 

a) la prédilection pour les jeunes pauvres et abandonnés et pour les milieux populaires ; la solidarité, la capacité de garder le contact avec les milieux jeunes et de s’incarner dans des milieux différents du sien propre ;

b) l’aptitude à accueillir et apprécier les valeurs de notre temps ; la capacité d’appréhender de façon critique les langages de la communication sociale, de les comparer aux situations culturelles, et d’être ouvert à l’information ;

c) la capacité d’accomplir la mission salésienne pour des raisons de foi profonde, comme une vraie expérience spirituelle, en intégrant la spiritualité et l’action pastorale, l’éducation et l’évangélisation, en exprimant le zèle pastoral par l’initiative, la générosité et le sacrifice ;

d) la possession d’un sens pastoral correct et l’adoption du Système préventif comme méthode et spiritualité ; la capacité de témoigner d’un ensemble de valeurs en accord avec le projet éducatif-pastoral salésien ;

e) la compétence éducative-pastorale, qui comporte un ensemble de connaissances spécifiques, en particulier celle de la pastorale salésienne des jeunes, l’acquisition de compétences pratiques et la recherche de qualification. Cette recherche s’exprime de façon privilégiée dans l’attention constante aux problèmes éducatifs, aux diverses formes de communication et aux nouveaux messages, en vue de l’annonce de la Parole aux jeunes ;

f) la capacité d’animer et d’accompagner des personnes et des groupes, de les guider sur le chemin vers plus de qualité humaine et chrétienne ;

g) l’esprit communautaire de la mission provinciale et locale, qui s’exprime dans la participation au Projet Educatif-Pastoral Salésien (PEPS), dans le respect de la programmation commune et dans la référence faite aux responsables, dans la collaboration au cours de l’exécution, notamment avec les laïcs et les membres de la Famille Salésienne ;

h) l’habitude de réfléchir à sa praxis, sur la base des incitants et des directives de l’Eglise, des critères de la science pastorale et des directives de la Pastorale Salésienne des jeunes ;

i) vivre la mission comme chemin de formation.

2.3.4.2 DIFFICULTÉS ET CONTRE-INDICATIONS À ÉVALUER

102.  Les contre-indications correspondent à l’absence ou au développement désordonné des éléments indiqués ci-dessus :

a) sensibilité et intérêt insuffisants pour les destinataires spécifiques de notre mission ; faible curiosité pour la culture locale et son propre milieu ;

b) superficialité de l’activité éducative-pastorale ; exécution purement matérielle de ces activités sans réflexion et comparaison constantes ; maigre souci des directives pastorales de l’Eglise et de la Congrégation ;

c) difficulté d’adopter le Système préventif comme critère permanent de vie et d’action ; vision sécularisée de l’activité éducative-pastorale, s’appuyant sur l’usage des techniques efficaces, sans la force du « da mihi animas » ; ou encore une vision qui n’intègre pas la perspective éducative.

d) l’individualisme apostolique, l’absence de communication avec les autres acteurs et responsables de la mission commune ; insertion déficiente dans la communauté éducative-pastorale.

e) manque de zèle à acquérir les qualifications requises par la mission.

 

3.  LES ADMISSIONS

103.     On a mis précédemment en évidence la signification et l’importance des admissions au cours du long et délicat cheminement du discernement des vocations. Les admissions constituent des moments de synthèse et de grande responsabilité décisionnelle; elles constituent  une véritable aide pédagogique dans l’accompagnement du candidat vers une réponse toujours plus convaincue et mûrie. C’est pourquoi les admissions doivent être considérées dans la perspective d’un cheminement dans lequel il faut distinguer clairement le processus de maturation d’avec l’inaptitude à la vie religieuse salésienne[87], les critères de base d’avec les critères de croissance. 

Les conséquences qu’auront les admissions pour le candidat et pour la communauté exigent que les décisions soient fondées sur des éléments positifs, comme le prévoit explicitement le texte des Constitutions[88]. Les responsables des admissions doivent assurer en priorité que les conditions pour que le candidat puisse vivre une vocation authentique existent bien; en cas de doute sur l’idonéité, la prudence et l’expérience conseillent de ne pas procéder à l’admission[89]

Comme tout au long du processus de discernement, lors des admissions, il faut garder présentes à l’esprit les deux formes de l’unique vocation salésienne, celle du salésien coadjuteur et celle du salésien prêtre.

3.1 LA DEMANDE, LES RESPONSABLES ET LES MODALITÉS DES ADMISSIONS

104.     On ne répète pas ici ce qui a été dit précédemment au sujet de la nature, des conditions et des critères du discernement. L’attention est portée ici spécifiquement sur les admissions et sur le jugement d’aptitude à la vocation des confrères en formation initiale.

3.1.1 La demande

L’admission fait suite à la demande présentée librement par le candidat[90]. L’admission n’est pas un passage effectué automatiquement, à la fin d’une période de formation ou par suite d’une échéance du calendrier. Ce que disent les Constitutions pour la profession perpétuelle est valable, de manière analogue,  pour chaque étape de la formation: le candidat présente sa demande “quand il a atteint la maturité spirituelle salésienne requise par l’importance d’un tel choix”[91].

La demande est exigée pour l’admission au noviciat, à la profession temporaire ou perpétuelle, aux ministères, au diaconat et à la prêtrise. La Ratio fait référence également à des demandes diverses, comme celles pour le prénoviciat, pour la formation spécifique des candidats à la prêtrise, pour la préparation à la profession perpétuelle[92].

105.     Il convient que la demande, adressée au Provincial par l’intermédiaire du Directeur, tout en respectant la forme personnelle, contienne les éléments suivants:

 

·                     nom et prénom du requérant et date de présentation de la demande;

·                     référence au dialogue tenu avec le Directeur et mention de son accord pour la demande;

·                     référence au discernement pratiqué et à la demande d’avis du directeur spirituel et du confesseur;

·                     l’objet de la demande, exprimé d’une façon claire, à savoir: l’entrée au noviciat, la première profession temporaire ou son renouvellement, la profession perpétuelle, les ministères et les ordres;

·                     exprimer qu’on a bien conscience de l’acte public que l’on va poser, qu’on le pose en toute liberté, et en donner la motivation fondamentale.

3.1.2 Les responsables

106.     Les responsables des admissions sont, à des degrés divers, le Provincial avec son Conseil et le Directeur avec son Conseil. “L’admission au noviciat, à la profession temporaire ou perpétuelle, aux ministères et aux ordres sacrés... — déclarent les Constitutions — est décidée par le Provincial avec l’approbation de son Conseil, après avoir pris l’avis du Directeur de la communauté accompagné de son Conseil”[93].

La responsabilité juridique des admissions incombe donc au Provincial, au Directeur et à leurs Conseils, à chacun selon sa compétence propre consultative ou délibérative. Par le discernement et l’admission, ils assument les responsabilités juridiques et morales associées à leur fonction. Il est indispensable qu’ils établissent des instances de dialogue permettant d’assurer l’unicité des critères et d’empêcher des divergences ou des contradictions dans l’évaluation et dans les décisions.

107.     La demande sera examinée à deux niveaux: par le Conseil de la Communauté à laquelle appartient le candidat et par le Conseil provincial dont dépend cette communauté.

Au niveau local, le Directeur et les membres de son Conseil, qui ont d’ordinaire un contact plus proche avec le candidat et une connaissance plus directe de la situation de sa vocation, sont appelés à exprimer un avis personnel et un vote consultatif. Le Directeur participe aussi aux votes; la majorité est calculée sur la base du nombre des membres présents.

108.     Au niveau provincial, les Constitutions déclarent que “Il est nécessaire que le Provincial ait l’approbation de son Conseil... pour l’admission au noviciat, à la profession, aux ministères et aux ordres sacrés”[94].

Les membres du Conseil provincial ne peuvent pas s’en remettre simplement au jugement du Conseil de la communauté. Ils doivent se forger un avis personnel, autant que possible direct, sur les candidats; qu’ils cherchent à connaître et à suivre leur préparation, en usant de toute forme de contact et de vérification qui leur permettent d’exprimer un vote motivé et conscient. A cette fin, la considération attentive du jugement du Conseil de la communauté locale et la comparaison avec les observations pratiquées à l’occasion des admissions précédentes seront décisives dans l’évaluation des progrès accomplis et de la maturité acquise. Face à d’éventuelles perplexités, que l’on cherche à acquérir une meilleure compréhension de la situation, grâce au dialogue et à un supplément d’information. Il n’est pas prudent de se limiter simplement à voter comme à voté le Conseil de la communauté.

 

 

109.     L’admission proprement dite est un acte formel du Provincial[95]. Le rapport Provincial-Conseil, en ce qui concerne le vote d’admission, doit se conformer aux règles suivantes:

Si l’approbation du Conseil est exigée (c’est le cas des admissions au noviciat, à la profession, aux ministères et aux ordres), l’obligation du supérieur de s’en tenir au vote émis signifie qu’il ne peut admettre un candidat pour lequel le Conseil a émis un vote négatif. Par contre, il n’est pas obligé d’admettre un candidat pour lequel le Conseil a voté positivement; il peut refuser l’admission dans des cas où il existe une raison grave connue de lui.

Si l’avis du Conseil est requis, pour garantir la validité de la décision, le Provincial doit entendre tous les conseillers. Ensuite, que ceux-ci soient favorables ou non, il peut agir en pleine autonomie, suivant sa propre conscience. Cependant, il ne devrait pas, sans motif grave,  s’écarter de leur avis, surtout s’ils concordent.

110.     Lors des votes du Conseil, la majorité est calculée sur le nombre de membres présents (et non sur le nombre de votes valides), en se rappelant que le Provincial ne vote pas. En cas de parité des voix, le Provincial ne peut pas prendre de décision[96].

Aucun membre du Conseil local ou provincial ne peut céder à des ordres ou des pressions  de quelque genre que ce soit ni d’où qu’ils viennent, quand il s’agit d’exprimer son vote  personnel sur l’idonéité d’un candidat.

Qu’on se rappelle que la règle du secret couvre toutes ces démarches.

3.1.3 Les modalités

111.     Pour les modalités des admissions, que l’on suive la succession des moments, désormais éprouvée, en tenant compte de la diversité des situations:

·                     colloque avec le Directeur (le confesseur et le directeur spirituel) et présentation de la demande;

·                     avis de la communauté[97];

·                     avis du Provincial de la province d’origine avec son Conseil (pour le candidat hors de sa propre province)[98];

·                     avis et vote du Directeur de la communauté avec son Conseil;

·                     vote délibératif du Conseil provincial compétent et admission par le Provincial[99].

3.2 ADMISSION AU PRÉNOVICIAT

112.     Pour l’admission au prénoviciat, on doit considérer attentivement la diversité des situations et des expériences personnelles d’où proviennent les candidats et qu’ils portent avec eux, notamment: l’âge, les études, les expériences vécues, les situations familiales, la vie chrétienne, la connaissance de la vie salésienne, etc.

 

Pour l’application des critères présentés plus haut, qui concernent les aptitudes et les dispositions, les motivations et les contre-indications, que l’on considère les objectifs de cette étape de la formation, et donc l’idonéité et la maturité qu’elle réclame.En ce qui concerne l’idonéité, il importe de “recueillir en collaboration avec le candidat, toutes les données et informations utiles pour faire apparaître les signes d’une vraie vocation salésienne et d’éventuelles contre-indications”[100]. Que l’on procède aux examens médicaux prévus par la Ratio et le Directoire provincial[101].

Certaines exigences jugées nécessaires pour l’admission au noviciat doivent être prises en compte pour l’admission au prénoviciat (cfr par exemple, les situations qui rendent invalide l’admission au noviciat)[102].

“C’est seulement quand le candidat a opté pour la vie salésienne (option initiale, bien sûr) qu’il est en état de commencer la préparation immédiate au noviciat”[103]

3.3 ADMISSION AU NOVICIAT

3.3.1 Aptitude à la vie salésienne

113.     L’admission au noviciat signifie que le candidat a été jugé idoine à commencer l’expérience de la vie religieuse salésienne[104]. Suivant les Règlements, il “doit être exempt des empêchements prévus par les canons 643-645 §1, faire preuve des aptitudes et de la maturité nécessaires pour entreprendre la vie salésienne, avoir une santé suffisante pour pouvoir observer les Constitutions de la Société”[105].

L’importance et, par conséquent, le sérieux de l’admission au noviciat sont mis en évidence par une constatation faite au niveau de la vie religieuse, selon laquelle “la plupart des difficultés rencontrées de nos jours dans la formation des novices proviennent du fait qu’ils n’ont pas, au moment de leur admission au noviciat, le minimum de maturité nécessaire”[106].

Avec le noviciat débute l’expérience de la vie religieuse salésienne; le candidat y adhère parce qu’il la juge en accord avec son appel personnel. L’admission ne peut donc avoir lieu qu’après qu’on ait vérifié la présence d’une semblable intention, qui détermine une option vraie et une authentique volonté de se former. Il faut certifier l’existence d’une motivation suffisamment authentique, adéquate et valable.

Si cette décision ou cette motivation sont absentes, le noviciat peut se réduire à une expérience artificielle et extérieure, pour ainsi dire une entreprise imprudente de la part du candidat, étant donné les exigences qu’on lui demandera de satisfaire, et les effets non positifs sur le climat même de la formation.

3.3.2 Conditions, empêchements et prescrits juridiques

 

114.     Le canon 642 prescrit  “Que les supérieurs mettent le soin le plus attentif à n’admettre que ceux qui, outre l’âge requis, ont la santé, un tempérament adéquat et une maturité suffisante pour assumer le genre de vie propre à l’Institut; la santé, le tempérament et la maturité seront également vérifiés, en cas de besoin, par des spécialistes, le canon 220 restant d’application”.

115.     Les empêchements auxquels font réfèrence les Règlements généraux à l’article 90 sont présentés de la façon suivante dans les canons 643-644: “Est admis invalidement au noviciat:

·                     quelqu’un qui n’a pas encore 17 ans accomplis;

·                     quelqu’un qui est marié, si son mariage persiste;

·                     quelqu’un qui est actuellement engagé par un lien sacré avec un Institut quelconque de vie consacrée ou a été incorporé dans une Société de vie apostolique, restant sauve la disposition du canon 684;

·                     quelqu’un qui entre dans l’Institut, poussé par la violence, par une grande peur ou  une tromperie, et qui est accepté par un supérieur contraint de la même façon;

·                     quelqu’un qui a dissimulé son appartenance à un Institut de vie consacrée ou à une Société de vie apostolique”[107].

“Les supérieurs ne doivent pas admettre au noviciat des clercs séculiers sans consulter l’Ordinaire du lieu, ni des personnes grevées de dettes et incapables de les apurer”[108].

En ce qui concerne l’admission de fils illégitimes ou de  divorcés, on suivra les indications données ci-dessus (N° 57).

116.     Les exigences juridiques requises pour l’admission au noviciat sont que le candidat:

·                     soit exempt d’un quelconque des empêchements mentionnés ci-dessus;

·                     soit admis par le supérieur légitime;

·                     présente les documents prescrits, à savoir:

- la demande,

- l’attestation de baptême et de confirmation,

- l’attestation de son état non engagé,

- pour quelqu’un qui est incorporé dans un Institut religieux ou une Société de vie apostolique, l’attestation du supérieur majeur de l’Institut ou de la Société,

- pour les clercs séculiers, l’attestation du dernier ministère ou ordination et les lettres testimoniales des Ordinaires des diocèses dans lesquels le candidat a servi pendant plus d’un an après avoir reçu le ministère ou l’ordination.

Les destinataires de ces informations ont l’obligation stricte de garder le secret sur les informations reçues et sur les personnes qui les ont fournies. Quant aux consultations des spécialistes, il faut tenir compte aussi des lois relatives à la vie privée (privacy).

3.4 ADMISSION À LA PREMIÈRE PROFESSION

3.4.1 Aptitude à la vie salésienne

 

117.     Pendant le noviciat, le candidat, avec l’aide du maître, “approfondit les motivations de son choix, vérifie son aptitude à la vocation salésienne et s’oriente vers le don total de soi à Dieu pour le service des jeunes dans l’esprit de Don Bosco”[109]. Le jugement exprimé par les supérieurs  chargés d’admettre à la première profession doit être fondé sur des éléments positifs qui prouvent que les objectifs propres du noviciat ont été atteints.

Les critères d’admission dont on a parlé permettent de reconnaître les éléments qui prouvent l’aptitude du novice à la vie salésienne; il s’agit notamment de:

·                     une santé suffisante et une qualification adéquate;

·                     un développement normal de la capacité d’établir des relations personnelles;

·                     une affectivité riche et équilibrée;

·                     une expérience chrétienne profonde et une motivation fondée sur la foi;

·                     une connaissance et une assimilation suffisante de l’esprit salésien; l’identification à la mission de la Congrégation, caractérisée par la charité pastorale et la prédilection pour les jeunes, et vécue dans le style du “Système Préventif”.

118.     La vie et l’expérience communautaires exigent positivement:

·                     la capacité de s’intégrer dans la communauté, en surmontant l’isolement et l’individualisme, en faisant l’apprentissage de la diversité et en promouvant l’unité, même au prix de sacrifices personnels;

·                     une capacité affective qui porte à la communication, au partage de la prière et des expériences, à la correction fraternelle;

·                     un sentiment d’appartenance exprimé par la disponibilité, l’engagement et le fait de se sentir responsable de la mission de la communauté;

·                     une attitude d’ouverture et d’accueil envers les personnes qui entrent en contact avec la communauté.

119.     L’expérience vécue conformément aux conseils évangéliques suppose certains comportements intériorisés de façon adéquate:

·                     par rapport à l’obéissance: accepter positivement et de façon responsable aussi bien les ordres que les critiques, être ouvert aux formateurs, faire preuve de sa capacité de collaboration et d’initiative;

·                     par rapport à la pauvreté: le zèle pour adopter un style de vie sobre et austère; se contenter de peu et se montrer souple en ce qui concerne les exigences et les goûts personnels, la nourriture, l’habillement et autres; l’amour du travail, la générosité à accepter les services demandés; savoir partager avec les autres ses propres affaires; être attentif aux situations de pauvreté et d’injustice et à la situation des destinataires de la mission salésienne;

·                     par rapport à la chasteté: être conscient de la dimension sexuelle de sa propre vie; adopter  une vision juste et sereine du célibat, comme valeur caractéristique de sa vie; se faire connaître exactement par son directeur spirituel; être à même de donner et de recevoir des manifestations de fraternité et d’affection et de vivre des amitiés; cultiver la capacité d’ascèse dans la vie quotidienne.

3.4.2 Prescrits juridiques

120.     Une fois satisfaits les prescrits exigés par l’admission au noviciat, pour la validité de la profession temporaire conformément au canon 656, il faut que:

·                     le candidat ait atteint au moins 18 ans accomplis;

·                     le noviciat ait été achevé validement;

·                     l’admission ait été prononcée librement par le supérieur compétent, après le vote de son Conseil, conformément au droit;

·                     la profession soit exprimée et soit émise sans violence, ni crainte, ni tromperie;

·                     la profession soit reçue par le supérieur légitime en personne ou par son délégué.

 

121.     En ce qui concerne la durée du noviciat, il faut rappeler la prescription de l’article 111 des Constitutions: “Le noviciat dure douze mois, comme l’indique le droit. Il commence quand le candidat, admis par le Provincial, entre dans la maison du noviciat canoniquement érigée et se met sous la guidance du Maître. Une absence supérieure à trois mois, continue ou discontinue, le rend invalide. Une absence qui ne dépasse pas deux semaines devra être récupérée”.

Par absence, on entend l’éloignement effectif et temporaire de la maison du noviciat, justifiée ou non, avec ou sans permission. Quand les novices pris en groupe résident tous dans une autre maison de l’Institut, désignée ad hoc par le Provincial, en vertu du canon 647 §3, ceci n’est pas considéré comme une absence[110].

En ce qui concerne les stages pastoraux ou des périodes de formation apostolique, dont parle le canon 648 §2, on doit appliquer les mêmes critères que ci-dessus, puisque notre droit propre ne fixe pas de règles particulières à ce sujet. Par conséquent, dans ce cas aussi, on ne peut pas parler d’absence, si l’on s’en tient au prescrit du canon 647 §3; s’il en est autrement, ces périodes devront être comptabilisées comme des absences.

122.     Nos Constitutions, tenant compte de ce qui est prescrit par le canon 655, établissent que “La profession du premier triennat sera triennale ou annuelle; pour le second triennat, elle sera habituellement triennale”[111]. “Rien n’empêche — ajoute la Ratio — qu’elle puisse être biennale. Le choix entre les diverses possibilités doit être basé sur des motifs de formation, en tenant compte de la gradation et du sérieux de l’engagement. La décision dépend de la demande du novice ou du profès temporaire et du Provincial qui l’admet”[112].

La période de la profession temporaire dure ordinairement six ans; le Provincial, s’il l’estime opportun, peut la prolonger, mais pas au-delà de neuf ans[113]. Le canon 658 établit que la profession temporaire doit durer au moins trois ans, sauf ce qui est prescrit pas le canon 657 §3.

123.     “La réadmission dans la Congrégation de quelqu’un qui est sorti légitimement de la Société à la fin du noviciat ou après la profession revient au Provincial et à son Conseil. Celui qui est réadmis doit refaire le noviciat et accomplir la période des voeux temporaires.

Conformément au canon 690, le Recteur Majeur avec l’assentiment de son Conseil peut dispenser de la charge de refaire le noviciat, donnant ainsi ipso facto au Provincial avec son Conseil la faculté de réadmission.

Il revient au Recteur Majeur de fixer — dans ces cas — une période convenable d’essai avant la profession temporaire et la durée des voeux temporaires avant la profession perpétuelle.

Le Provincial, après avoir évalué avec son Conseil les motivations de la demande de réadmission, présentera la requête au Recteur Majeur, accompagnée d’un rapport circonstancié sur le cas (curriculum détaillé du requérant, motifs pour lesquels il n’a pas fait la profession ou a décidé de sortir après la profession et demande maintenant à être accepté, etc.)”[114].

 

3.5 ADMISSION AU RENOUVELLEMENT DE LA PROFESSION

3.5.1 Aptitude à la vie salésienne

124.     “La première profession ouvre une période de vie consacrée pendant laquelle le confrère... complète le processus de maturation en vue de la profession perpétuelle et développe, soit comme salésien laïc, soit comme aspirant au sacerdoce, les divers aspects de sa vocation”[115].

Le critère de jugement pour l’admission au renouvellement de la profession consiste dans le constat de l’acquisition progressive de cet objectif, soit au cours de l’immédiat postnoviciat[116], soit durant le stage pratique[117].

125.     Plus concrètement, après avoir certifié l’idonéité à la vie salésienne et avoir approfondi les motivations du choix de la vocation, deux objectifs du noviciat qui restent valables tout au long de la formation, le profès vit successivement les étapes de l’immédiat postnoviciat et du stage pratique qui, suivant le texte des Constitutions, ont comme but:

l’immédiat postnoviciat: d’aider “le jeune confrère à intégrer progressivement foi, culture et vie”, grâce à “l’approfondissement de la vie de foi et de l’esprit de Don Bosco, grâce aussi à une adéquate préparation philosophique, pédagogique et catéchétique menée en dialogue avec la culture”[118];

le stage pratique:d’aider le confrère à réaliser “la synthèse personnelle entre son activité et les valeurs de la vocation”, dans la “confrontation vitale et intense avec l’action salésienne d’une expérience éducative-pastorale”. Il l’exerce en s’entraînant “à la pratique du Système Préventif et en particulier celle de l’assistance salésienne”[119].

3.5.2 Prescrits juridiques

126.     Vers le moment du renouvellement, il ne faut pas oublier que les voeux, une fois écoulé le temps pour lequel ils ont été émis, doivent être renouvelés sans retard[120].

Le renouvellement est obligatoire, même dans le cas où, à l’approche de la profession perpétuelle, on voudrait, pour des motifs raisonnables, retarder cette dernière pour une brève période et la reporter à une date opportune. Dans ce cas, la profession temporaire doit être renouvelée pour la période à courir jusqu’à la profession perpétuelle. Cependant, une interruption éventuelle, due à l’ignorance ou à la négligence, n’infirme pas la validité ni la licéité de la profession prononcée.

La profession doit être publique, c’est-à-dire reçue par le supérieur compétent.

3.6 LES ADMISSIONS AU COURS DE LA FORMATION SPÉCIFIQUE

      DU SALÉSIEN PRÊTRE

 

 127.    Les admissions aux ministères et aux ordres sacrés constituent des moments de discernement, de choix et de décision à replacer dans le processus de formation du salésien prêtre. Les critères de discernement et les prescrits pour l’acceptation doivent être considérés dans la perspective globale de l’identité du salésien prêtre, décrite dans la Ratio et dont on rappelle ici quelques-unes des composantes.

128.     Il faut se rappeler avant tout que, pour celui qui s’oriente vers la prêtrise, la perspective de la formation sacerdotale doit être présente tout au long du parcours de la formation et pas seulement lors de l’étape de la formation spécifique.

En effet. La formation salésienne, tout en offrant ordinairement un curriculum commun à tous les confrères, avec les mêmes étapes, des objectifs identiques et des contenus similaires,  présente certains éléments distinctifs propres à la vocation spécifique de chacun. C’est pourquoi, toute la formation initiale offre au salésien candidat au sacerdoce la possibilité de développer les divers aspects de sa vocation comme “aspirant au sacerdoce”[121].

129.     La formation spécifique du candidat à la prêtrise, qui s’acquiert partiellement ou entièrement après la profession perpétuelle, complète la formation initiale. Pour le candidat au ministère sacerdotal, la formation spécifique suit les orientations et les directives établies par l’Eglise et la Congrégation et vise à préparer le prêtre pasteur éducateur dans la perspective salésienne[122].

130.     La configuration progressive du futur prêtre au Christ Pasteur est le fruit de l’initiative de Dieu, qui appelle, habilite et envoie, et, en réponse, d’un engagement généreux dans la formation. Elle s’exprime à travers un processus graduel, surtout à l’occasion des événements qui manifestent et signifient, de façon visible, l’appel et la réponse, l’attribution de la grâce et le mandat pour le service.

La réception du lectorat, de l’acolytat et du diaconat, orientés vers la prêtrise, sont des moments importants. L’exercice de ces ministères et du diaconat, bien qu’ils aient chacun des contenus et des objectifs propres, revêt une finalité principalement pédagogique (spirituelle, ascétique, liturgique) en vue de l’ordination sacerdotale.

131.     Les admissions aux ministères et aux ordres s’appuient sur le critère fondamental qu’est l’identité du salésien prêtre. C’est en effet par rapport à elle qu’on évalue l’idonéité progressive et la maturité du candidat. Pour cette raison, quand on parle du lectorat et de l’acolytat, que l’on ne s’en tienne pas à en expliciter les critères positifs d’aptitude; mais que l’on  tienne compte aussi de ce qui est dit du diaconat et de la prêtrise.

3.6.1 Admission aux ministères

132.     “Les ministères du lectorat et de l’acolytat, prévus pour les clercs à des fins pédagogiques, doivent être conférés au cours de la formation spécifique du salésien prêtre”[123].

Pour l’admission aux ministères, sont requis:

·                     la demande présentée librement par le candidat au Provincial, par l’intermédiaire du Directeur de la communauté;

 

·                     la présence des prescrits fixés par l’Eglise et de ceux réclamés pour la forme salésienne du ministère, ainsi que le niveau de maturité de la vocation requis par l’étape de formation dans laquelle se trouve le candidat[124];

·                     le respect des intervalles fixés par le Saint Siège et les Conférences épiscopales.

Ceci est valable pour l’admission à l’acolytat et au diaconat; “La réception du lectorat et de l’acolytat est illicite s’il ne s’écoule pas entre eux un délai d’au moins quelques mois; elle est irrégulière et fait perdre le sens pédagogique des ministères eux-mêmes. Il en est de même pour un délai trop court entre l’acolytat et le diaconat”[125].

3.6.2 Admission aux ordres sacrés: diaconat et prêtrise

133.     Les critères pour reconnaître l’idonéité du salésien candidat au diaconat et à la prêtrise se fondent sur l’identité du prêtre dans l’Eglise, en tenant compte que la spécificité de la vocation salésienne imprime des caractéristiques propres au ministère.

En effet, le modèle de Don Bosco prêtre inspire et oriente la vocation et le parcours de formation du salésien prêtre. Le charisme salésien le marque comme prêtre éducateur pasteur, dans une forme concrète de vie consacrée, et le distingue du point de vue spirituel et pastoral.

C’est également dans cette perspective qu’il faut voir les critères permettant d’évaluer la maturité et la croissance par rapport aux fonctions fondamentales du ministère de l’ordre. Ces critères sont valables, de façon analogue, pour d’admission au diaconat et celle au sacerdoce.

L’expérience diaconale, outre qu’elle permet l’approfondissement et la synthèse de certaines orientations de la formation, offre la possibilité d’acquérir une préparation particulière dans le domaine de la spiritualité sacerdotale, d’annoncer la Parole, d’exercer l’animation liturgique, de pratiquer la catéchèse et la pastorale des jeunes et celle du sacrement de la Réconciliation.

Pour l’admission à la prêtrise, on tiendra compte du succès de l’expérience diaconale.

3.6.3 Aptidude à l’exercice salésien du ministère

134.     Sans vouloir répéter ici les critères fondamentaux de discernement[126], on rappelle les éléments qui indiquent l’idonéité du sujet pour les fonctions ministérielles et font comprendre la pertinence de leurs motivations.

3.6.3.1 À PROPOS DE L’APTITUDE À  REMPLIR LES DEVOIRS SACERDOTAUX

135.     Dans le service de la Parole, le candidat doit faire preuve de:

·                     une foi vivante et adulte, basée sur une intériorisation personnelle sérieuse du message chrétien;

·                     la capacité d’émettre des jugements droits, théoriques et pratiques, dans le domaine du discernement spirituel et pastoral;

·                     la docilité et l’accord avec le magistère de l’Eglise dans l’exercice du ministère[127];

·                     la capacité d’écoute, de communication et d’adaptation aux circonstances diverses;

 

·                     une synthèse théologique suffisamment solide, constituant le fondement des devoirs exigés, d’une part par la transmission du message évangélique et son inculturation, et d’autre part par un constant aggiornamento personnel.

136.     Dans le service de la sanctification, il faut que le futur diacre ou prêtre fasse la preuve de:

·                     un sens salésien et sacerdotal de sa consécration religieuse; l’expérience de Dieu et de la vocation, vécues comme pilier central de son existence; la chasteté religieuse et le célibat sacerdotal, acceptés positivement comme un don et comme style de vie;

·                     une vie de foi, cultivée et soutenue par une pédagogie spirituelle concrète et permanente, exprimée par la prière personnelle, le partage des expériences et l’accomplissement des devoirs relatifs à la prière liturgique de l’Eglise;

·                     la capacité d’accompagner, spécialement les jeunes, dans la vie spirituelle et de les introduire dans la pratique des sacrements, en particulier l’Eucharistie et la Pénitence.

137.     Dans le service de la charité, par l’animation de la communauté d’esprit et le service éducatif-pastoral aux jeunes, le candidat devra faire la preuve de posséder les ressources suivantes:

— la maturité humaine requise du prêtre salésien dans l’exercice de sa mission éducative-pastorale, en particulier:

·                     la fermeté d’âme, la stabilité du caractère, l’acceptation de la discipline personnelle et communautaire requise par la vie sacerdotale[128];

·                     un bon sens pratique, enraciné dans la vertu de prudence, capable d’évaluer objectivement les situations;

·                     une peronnalité affectivement mûre, ayant une image correcte de soi, capable d’établir des relations pastorales positives avec des hommes et des femmes, de démontrer un intérêt sincère et de conserver un juste équilibre quand les circonstances demandent de s’impliquer dans des situations personnelles (capacité d’affection et de détachement);

·                     l’esprit d’ouverture  salésienne aux problèmes des personnes, du milieu et de l’époque.

138.     — la capacité d’exercer adéquatement la fonction spécifique du salésien prêtre:

·                     dans le monde moderne et parmi les jeunes d’aujourd’hui;

·                     avec le sentiment d’appartenir à la Congrégation et de s’identifier avec sa mission spécifique;

·                     dans la valorisation et la complémentarité du rôle du salésien coadjuteur;

·                     dans la communauté salésienne et dans la CEP, dans l’animation spirituelle de la Famille salésienne et des laïcs;

139.     — la capacité d’animer la communauté éducative-pastorale, qui s’exprime par des compétences spécifiques: savoir:

·                     lancer, diriger et animer l’organisation de la communauté chrétienne;

·                     accompagner comme prêtre des personnes et des groupes dans la direction spirituelle et le dialogue pastoral;

·                     gérer les différents types de milieux et de secteurs pastoraux salésiens;

·                     transmettre l’esprit salésien aux laïcs et partager le travail éducatif-pastoral.

 

3.6.3.2 À PROPOS DE LA FAÇON D’AFFRONTER LA VIE DU SALÉSIEN PRÊTRE

140.     Il faut souligner les aspects suivants:

— le souci de la formation permanente et une pédagogie de vie qui privilégie l’attention prêtée à sa propre expérience spirituelle et à l’entretien du rapport avec Dieu;

— le dépassement de la simple satisfaction des besoins personnels, la croissance de la liberté intérieure et de l’unité de vie, la consolidation du sens de la vocation et des motivations surnaturelles capables d’aider à faire face sereinement aux inévitables épreuves de la vie salésienne;

— la mise en valeur du partage fraternel, des rapports avec le supérieur, de l’accompagnement spirituel et du discernement pastoral;

141.     — un sens vivant de l’Eglise, de sa présence et de sa mission dans le monde d’aujourd’hui, dont voici quelques signes:

·                     le zèle apostolique, l’intérêt pour les urgences du Royaume, l’ouverture au monde;

·                     une acceptation convaincue de l’identité du prêtre et du ministère, tels qu’ils sont présentés par l’Eglise, l’accueil des directives du Pape et des Evêques;

·                     la conscience de la place du prêtre dans le rapport de communion avec les autres membres de la communauté ecclésiale;

·                     une façon spécifique de se situer comme prêtre religieux dans l’Eglise locale[129];

142.     — la capacité de se comporter “sacerdotalement” dans les diverses oeuvres à travers lesquelles se réalise la mission salésienne et dans les divers rôles que cette mission requiert (directeur spirituel, administrateur, curé, formateur, éducateur de jeunes des rues, homme de communication sociale,...);

— vivre le ministère sacerdotal comme une expérience spirituelle qui donne sa signification à la vie et remplit l’existence, et non comme un service fonctionnel dans une structure déterminée.

3.6.4 Prescrits juridiques

143.     Sont requis les prescrits juridiques suivants de la part de ceux qui, à l’issue des trois ans de formation spécifique dans le cas du diaconat et des quatre ans dans le cas de la prêtrise, demandent d’être admis à l’ordination[130]:

— avoir reçu les ministères de lectorat et d’acolytat, en ayant respecté les intervalles de temps prescrits: un délai convenable, d’au moins quelques mois entre le lectorat et l’acolytat, d’au moins six mois entre l’acolytat et le Diaconat (cfr can. 1035 §2) et entre le Diaconat et le Sacerdoce (cfr can. 1031 §1); on rappelle que “l’ordination au Diaconat ne peut être conférée ordinairement avant la fin de la troisième année des études de théologie”[131];

— la demande librement formulée et signée (cfr can. 1036);

— avoir émis les voeux perpétuels (cfr can. 1037);

— être exempt des irrégularités et empêchements mentionnés dans les canons 1040-1049;

 

— avoir présenté les documents requis: 1°) certificat des études régulièrement accomplies, conformément au canon 1032 (troisième année des études de théologie pour le diaconat, quatre ans pour la prêtrise); 2°) certificat de l’ordination au diaconat, dans le cas des ordinands au sacerdoce; 3°) pour les ordinands au diaconat, le certificat de baptême et de confirmation et celui de la réception valide des ministères dont parle le canon 1035; également, le certificat de la déclaration prescrite au canon 1036[132];

— avoir fait l’objet d’un scrutin relatif aux qualités mentionnées au canon 1051: doctrine correcte, piété sincère, bonnes moeurs, aptitudes à exercer le ministère, rapport sur son état de santé aussi bien physique que psychique.

Après l’admission au diaconat ou à la prêtrise, suivant la procédure établie par les Constitutions[133], le Provincial remet les lettres dimissoriales mentionnées au canon 1019 §1, en vue de l’ordination.

3.7 ADMISSION À LA PROFESSION PERPÉTUELLE

144.     La période de profession temporaire a pour but de compléter “le processus de maturation en vue de la profession perpétuelle”[134]. L’admission à la profession perpétuelle constitue donc le point d’arrivée du processus de discernement de la vocation salésienne; elle est en continuité avec  lui et, en même temps, elle détient en elle-même une importance unique. Cette valeur exige un temps adéquat de préparation prochaine et un soin particulier dans l’application des critères exposés jusqu’ici.

La Ratio souligne l’importance de l’étape de préparation à la profession perpétuelle qui “comprend la période de vérification et de discernement en vue de la demande, le processus d’admission et la préparation à la célébration de l’acte de la profession; elle ne se limite pas à la célébration une fois décidée l’admission”[135].

“Le profès temporaire, environ un an avant l’échéance de la période de ses voeux, doit manifester explicitement au Provincial, sous la forme la plus opportune, sa volonté d’entamer la préparation à la profession perpétuelle”[136].

3.7.1 Aptitude à la vie salésienne

145.     L’admission à la profession perpétuelle suppose que le confrère ait atteint “le degré de maturité spirituelle salésienne requis par l’importance d’un tel choix”[137], qui devient “la référence de jugement et le critère de discernement de tous les choix ultérieurs”[138], et en particulier qu’il ait  démontré être poussé par des motivations adéquates.

Les aptitudes à la vie salésienne, décrites précédemment, devront être prises en compte dans une perspective synthétique, dans leur globalité et leur cohérence.

146.     En particulier, en tenant principalement compte de l’expérience du stage pratique, il faudra vérifier les aspects suivants:

 

à propos de l’activité apostolique: si le candidat a montré dans les contacts éducatifs-pastoraux une maturité humaine adéquate, correspondant à son âge biologique, base de tout autre type de maturation; si l’expérience du stage pratique a été vécue avec zèle, en tant qu’engagement et réponse vocationnelle ou dans un esprit activiste et le désir de sortir de l’anonymat, dans une attitude d’équilibre serein aussi bien dans les réussites que dans les difficultés, en sachant s’adapter aux lieux, circonstances et devoirs apostoliques divers; si le candidat a manifesté sa prédilection pour les jeunes, surtout les plus pauvres; s’il a mis en pratique le Système Préventif dans l’enthousiasme et la fidélité; s’il a vécu la mission en esprit communautaire;

à propos de la vie communautaire: si le candidat a adopté une attitude conviviale avec les autres confrères, même ceux d’âge et de mentalité différents; s’il a fait montre d’ouverture et d’esprit de collaboration et a cherché à s’intégrer docilement et activement dans les initiatives communes;

à propos de la vie conforme aux conseils évangéliques: si le candidat a fait montre de discernement et de disponibilité, d’esprit d’initiative et de coresponsabilité; s’il a donné un témoignage de pauvreté dans son style et ses choix de vie, dans la réalisation de la mission et dans l’engagement au travail; s’il a montré un équilibre et une maturité suffisants dans les rapports interpersonnels, dans le contact avec les jeunes et avec les laïcs; s’il s’est montré capable de communiquer et de nouer des amitiés, capable de prudence et d’ascèse;

à propos de la vie de prière.personnelle, de la direction et du partage spirituels et de la formation permanente: si le confrère a agi avec zèle et constance; s’il a fait preuve de vouloir activement se former et a tiré parti de l’accompagnement spirituel; s’il s’est montré sensible à une certaine ouverture culturelle et à son aggiornamento.

3.7.2 Prescrits juridiques

147.     Outre les prescrits et les contre-indications précautionneuses dont il faut tenir compte pour la première profession, pour la profession perpétuelle il est aussi requis:

pour la validité:

·                     un temps d’essai, après la première profession qui, selon les normes du Code de droit canonique, ne doit pas être inférieur à trois ans ni supérieur à neuf ans[139]. Suivant nos Constitutions[140], pour nous le temps d’essai est ordinairement de six ans. Dans des cas particuliers et pour un motif valable, reconnu par le Provincial et son Conseil, la profession perpétuelle pourra être anticipée , mais pas plus d’un trimestre. Pour anticiper, dans des cas exceptionnels, la profession perpétuelle pour une période supérieure à trois mois, avant l’échéance des six années de profession temporaire, la demande devra être adressée au Recteur majeur :

·                     avoir atteint l’âge de 21 ans accomplis[141];

·                     être libre du service militaire, soit qu’il ait déjà été accompli, soit que le candidat ait été déclaré inapte ou exempté définitivement[142];

pour la licéité: oberver le rite prescrit.

 

Chacun de nous est appelé par Dieu à faire partie de la Société salésienne. Pour cela, il reçoit de Lui des dons personnels et, s’il répond fidèlement à cet appel, il trouve le chemin de son plein épanouissement dans le Christ.

La Société le reconnaît dans sa vocation propre et l’aide à la développer. Lui, de son côté, en membre responsable, se met lui-même avec ses talents au service de la vie et de l’action communes.

Chaque appel manifeste que le Seigneur aime la Congrégation, qu’il la veut vivante pour le bien de son Eglise et qu’il ne cesse de l’enrichir de nouvelles énergies apostoliques.

(Constitutions, art. 22)

 

ANNEXE

DOCUMENTS DE RÉFÉRENCE, ECCLÉSIAUX ET SALÉSIENS

Note:

On indique seulement quelques documents ecclésiaux et salésiens récents, qui peuvent présenter un intérêt particulier pour le discernement des vocations salésiennes et les admissions. D’autres documents sont renseignés dans la Ratio.

1. DOCUMENTS ECCLÉSIAUX

v Jean-Paul II

— Exhortation apostolique Pastores Dabo Vobis, 1992

— Exhortation apostolique Vita consecrata, 1996

v Congrégation pour l’Education Catholique (CEC)

Ratio fundamentalis institutionis sacerdotalis, 1985

— Lignes directrices pour la formation au célibat sacerdotal, 1974

— Lettre circulaire sur la formation spirituelle dans les séminaires, 1980

— Lignes directrices pour la formation à l’amour humain, 1983

— L’admission au séminaire de candidats provenant d’autres séminaires ou familles                          religieuses, 1986

— Directives concernant la préparation des formateurs pour les séminaires, 1993

v Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie                apostolique

Potissimum Istitutioni. Directives pour la formation dans les instituts religieux, 1990

— La vie fraternelle en communauté, 1994

v Congrégation pour le culte divin

— Lettre: Les scrutins concernant l’idonéité des candidats aux ordres, 1997

v Conseil Pontifical pour la Famille

— Sexualité humaine: vérité et signification, 1995

2. DOCUMENTS SALÉSIENS

Le projet de vie des Salésiens de Don Bosco. Guide de lecture des Constitutions                        Salésiennes, 3 tomes, 1986

Le Directeur Salésien. Un ministère pour l’animation et le gouvernement de la                  communauté locale, 1986

L’Inspecteur Salésien. Un ministère pour l’animation et le gouvernement de la                              communauté provinciale, 1987; contient en annexe les “Eléments juridiques et la               praxis administrative, voir ci-dessous.

Eléments juridiques et praxis administrative pour le gouvernement des provinces, 1987

 


[1]) Les Constitutions et la Ratio proposent des éléments abondants pour le discernement. La Ratio renvoie à cette brochure pour l’explicitation de certains aspects concrets.

[2]) C 3

[3]) C 195

[4]) C 109

[5]) Cf. C 23, 110, 117

[6]) Cf. C 105

[7]) C 22

[8]) Cf. C 96

[9]) C 2

[10]) Cf. C 107

[11]) C 109

[12]) C 110

[13]) C 109

[14]) C 2

[15]) Cf. CG21, 173

[16]) Cf. FSDB 310, 323

[17]) C 109

[18]) C 98

[19]) C 107

[20]) FSDB 321

[21]) Ib.

[22]) Cf. FSDB 268-276

[23]) C 109

[24]) C 110

[25]) Cf. C 117

[26]) Cf. FSDB 276 ; ISM 390-395

[27]) Cf. C 108

[28]) C 104

[29]) Cf. C 108

[30]) Cf. FSDB 394

[31]) Cf. FSDB 269

[32]) Ib.

[33]) C 99

[34]) Cf. FSDB 270

[35]) Cf. FSDB 292

[36]) Cf. FSDB 276

[37]) Cf. can. 641

[38]) FSDB 246

[39]) Cf. FSDB 247, 281

[40]) Cf. FSDB 298

[41]) En termes juridiques, il est parfois appelé « secret confié » ou de conscience, parce qu’il est remis (« confié » ) à la conscience de la personne en raison de la fonction qu’elle exerce.

[42]) Cf. DSM 264

[43]) Cf. FSDB 296

[44]) Cf. R 81

[45]) FSDB 237

[46]) FSDB 236

[47]) FSDB 262

[48]) Cf. FSDB 117

[49]) FSDB 243

[50]) C 22

[51]) Epistolario di San Giovanni Bosco, aux soins du P. Eugenio Ceria, SEI Turin, vol. IV p. 209

[52]) Cf. can. 642

[53]) Form. Cel. 38

[54]) RI 15 ; cf.can. 642

[55]) C 108

[56]) Cf. can. 1029 ; RI 15 ; Sac. Cœl. 63

[57]) Cf. RI 16 ; RFIS 39, 41

[58]) Cf. Form. Cel. 38

[59]) Cf. FSDB 59-60

[60]) VIH = Virus de l’Immunodéficience Humaine.(anglais : HIV = Human Immunodeficiency Virus) ; SIDA = Syndrome de l’Immuno-Déficience Acquise (anglais : AIDS = Acquired Immune Deficiency Syndrome)

[61]) Cf. FSDB 352

[62]) Par exemple, il y a des cultures dans lesquelles le premier-né a la responsabilité totale de ses frères et sœurs ; dès lors, après le décès des parents, il doit assumer ce devoir difficilement compatible avec les engagements de la vie religieuse.

[63]) Can. 1040-1042, 1139-1140

[64]) À titre indicatif et de référence, nous donnons ici une liste des troubles de la personnalité avec leur définition, empruntée à un manuel classique (DSM-IV Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, American Psychiatric Association, Milan - Paris - Barcelone, 1996, 687).

« Le trouble de la personnalité paranoïaque se caractérise par la méfiance et le soupçon, poussant à interpréter les motivations d’autrui comme malveillantes.

« Le trouble de la personnalité schizoïde se caractérise par la prise de distance dans les relations sociales et par une gamme réduite d’expressions émotives.

« Le trouble de la personnalité schizotypique se caractérise par un malaise aigu dans les relations étroites, des distorsions cognitives ou perceptives, et des comportements excentriques..

« Le trouble de la personnalité antisociale se caractérise par le non respect et la violation des droits d’autrui.

« Le trouble de la personnalité limite (anglais borderline) se caractérise par l’instabilité des relations interpersonnelles, de l’image de soi et des sentiments, et par une impulsivité manifeste.

« Le trouble de la personnalité histrionique se caractérise par une émotivité excessive et le désir d’attirer l’attention.

« Le trouble de la personnalité narcissique se caractérise par l’esprit de grandeur, la nécessité d’être admiré et le manque d’empathie.

« Le trouble de la personnalitéévitante se caractérise par un comportement soumis et collant, lié à un besoin excessif qu’on s’occupe d’elle.

« Le trouble obsessionnel-compulsif se caractérise par la préoccupation de l’ordre, le perfectionnisme et le besoin de tout vérifier ».

Ces troubles de la personnalité peuvent se présenter seuls ou associés à un autre ; ils impliquent souvent des altérations physiologiques (troubles psychosomatiques).

[65]) Cf. RFIS 39

[66]) C 82

[67]) Cf. RI 30 § 5

[68]) Cf. CDF, Persona humana, Déclaration sur quelques questions d’éthique sexuelle, 1975, n. 9 ; CEC, Orientamenti educativi sull’amore umano, Lignes directrices pour une éducation sexuelle, 1983.

[69]) Form. Cel. 5, 36, 63

[70]) CDF, Lettre Homosexualitatis problema, 1er octobre 1986, 6

[71]) Catéchisme de l’Eglise Catholique, 2357

[72]) Cf. CDF, Persona humana, Déclaration sur quelques questions d’éthique sexuelle, 1975

[73]) Catéchisme de l’Eglise Catholique, 2358 ; cf.2359

[74]) Catéchisme de l’Eglise Catholique, 2396

[75]) CDF, Quelques considérations concernant la réponse à des projets de loi sur la non-discrimination des personnes homosexuelles, in : L’Osservatore Romano, 24 juillet 1992, 11

[76]) PI 39

[77]) Cf. N 76, deuxième partie

[78]) Catéchisme de l’Eglise Catholique, 2359

[79]) Cf. CG21, 178

[80]) Cf. ACS 298 (1980), pp. 16-17

[81]) C 4

[82]) Cf. ACS 298 (1980), pp. 20, 23

[83]) Cf. Troisième partie, 127-143 ; PI 108-109

[84]) Cf. Vecchi J., Discours du Recteur majeur en conclusion du CG24, in CG24 240 ;

 ACG 365 (octobre-décembre 1998) 79, p. 10

[85]) Cf. VC 98 ; PDV 51

[86]) Cf. C 19, 119

[87]) Cfr CGS 697

[88]) Cfr C 108

[89]) Cfr FSDB 321; voir plus haut, n° 47

[90]) Cfr C 108

[91]) C 117

[92]) Cfr FSDB 351, 482, 515

[93]) C 108

[94]) C 165

[95]) Cfr can. 127

[96]) Cfr can. 127 et l’interprétation officielle donnée par la Commission pour l’interprétation du CIC, in AAS 1985, p. 771; cfr Eléments juridiques et praxis administrative dans le gouvernement des Provinces, Rome 1987, n. 18

[97]) Cfr R 81

[98]) Cfr FSDB 301

[99]) Cfr C 108

[100]) FSDB 351

[101]) Voir plus haut, N° 54

[102]) Cfr can 643-645 §1

[103]) CG21 267

[104]) Cfr C 109

[105]) R 90

[106]) CRIS, Renovationis causam. Instruction sur l’aggiornamento de la formation à la vie religieuse, 1969, n. 4 (cité par PI 42)

[107]) Can. 643

[108]) Can. 644

[109]) C 110

[110]) Dans le can. 647 §3, on lit: “Le supérieur majeur peut permettre que le groupe des novices, pour des périodes de temps déterminées, réside dans une autre maison de l’Institut, désignée par lui”.

[111]) C 113

[112]) FSDB 390

[113]) Cfr C 117

[114]) FSDB 394

[115]) C 113

[116]) Cfr C 114

[117]) Cfr C 115

[118]) C 114

[119]) C 115

[120]) Cfr can. 657 §1

[121]) Cfr C 113

[122]) Cfr C 116

[123]) FSDB 491

[124]) Cfr can. 230 §1

[125]) ACS 293 (1979), p. 26; cfr can.1035

[126]) Cfr Chapitre Deux

[127]) Cfr MuR 33

[128]) Cfr Sac. Coel., 66

[129]) Cfr MuR, spécialement 30, 33

[130]) Cfr FSDB 494-495

[131]) FSDB 494, cfr 495, cfr Elementi giuridici 76, 78

[132]) Il s’agit de la déclaration du candidat qui atteste vouloir recevoir l’ordination spontanément et librement et se consacrer pour toujours au ministère; pour les documents requis, cfr can. 1050

[133]) Cfr C 108; R 81

[134]) C 113

[135]) FSDB 512

[136]) FSDB 512

[137]) C 117

[138]) ACS 295 (1980), p. 20

[139]) Cfr can. 658, 2°; 657 §2

[140]) Cfr C 117

[141]) Cfr can 658, 1°

[142]) Cfr SCR Décret Militare Servitium (Sur les religieux astreints au service militaire), 30 juillet 1957, AAS 49; Eléments juridiques et praxis administrative du gouvernement des provinces, n.53, 73