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ACG 431_Vivre le sacerdoce en Salésiens

VIVRE LE SACERDOCE EN SALÉSIENS

Père Ivo COELHO

Conseiller Général pour la Formation

Après avoir consacré une lettre pour réfléchir à la vocation du Salésien laïc – « Une attention renouvelée pour le Salésien Coad juteur » (ACG 424) – il était juste de se concentrer sur la vocation du Salésien prêtre.

Il ne faut pas oublier que le premier objectif à poursuivre dans la section « formation » du projet du Recteur Majeur et de son Conseil pour la période 2014-2020 est de « promouvoir dans la Congrégation une meilleure compréhension de la vocation consa crée salésienne sous ses deux formes », « en approfondissant des thèmes comme la vie consacrée, le Salésien prêtre et le Salésien coadjuteur » (ACG 419, 52). C’est une réponse à l’invitation du CG27 à approfondir notre identité charismatique, à prendre da vantage conscience de notre vocation et à vivre fidèlement le projet apostolique de Don Bosco, en se concentrant sur quatre secteurs thématiques : « Vivre dans la grâce d’unité et dans la joie notre vo cation consacrée salésienne qui est don de Dieu et projet personnel de vie ; faire une forte expérience spirituelle, en assumant la ma - nière d’être et d’agir de Jésus obéissant, pauvre et chaste, et en de venant des chercheurs de Dieu ; construire la fraternité dans nos communautés de vie et d’action ; nous consacrer généreusement à la mission, en marchant avec les jeunes pour donner de l’espérance au monde. » (CG27, pp. 94-95 dans l’édition en langue française). Le CG26 avait déjà demandé aux Salésiens de « rendre prioritaire et visible l’unité de la consécration apostolique, tout en la réalisant sous deux formes différentes » et « d’approfondir l’originalité salé sienne du ministère ordonné et de soutenir davantage la vocation du Salésien coadjuteur. » (CG26, 55)

Nous présentons ces réflexions et orientations sur le presbyté rat salésien alors que nous approchons du CG28, en espérant qu’elles pourront contribuer à la réflexion provenant de la grande question que nous nous sommes posée et qui est au cœur du Cha pitre lui-même : « Quels Salésiens pour les jeunes d’aujourd’hui ? ».

 

1. Quelques considérations générales

 

Notre vocation consacrée salésienne est un don

La première étape est de reconnaître que notre vocation est  un don de Dieu. Le Père Juan Vecchi, huitième successeur de Don Bosco, nous a rappelé que la catégorie du « don » est fondamentale pour comprendre la vraie nature de la vie consacrée. C’est, en effet, un terme qui revient très fréquemment dans Vita Consecrata « se référant à la totalité de la Vie Consacrée, à chacune de ses mani festations historiques ou charismes, à beaucoup de ses composantes ou aspects particuliers : les vœux, la communauté, le service de la charité. Un don reçu et un don offert » (ACG 357, p. 8). Les nom breux saints qui ont vécu leur consécration religieuse comme prêtres ou qui ont été prêtres fondateurs de familles religieuses sont eux-mêmes des dons merveilleux à l’Église : Basile, Benoît, Dominique, Ignace de Loyola, François Xavier, Jean de la Croix, Joseph Vaz, François de Sales, Vincent de Paul, Don Bosco, Joseph Benoît Cottolengo, pour n’en citer que quelques-uns. En ce temps que nous vivons, nous sommes comblés avec le Pape François qui apporte à l’Église le don de son sacerdoce vécu comme religieux.

Notre vocation consacrée salésienne est un don de Dieu pour nous, pour les jeunes, pour l’Église, pour le monde et nous sommes appelés à en être profondément reconnaissants et à nous réjouir de sa beauté.

 

La consécration religieuse est notre identité fondamentale dans l’Église

Notre consécration religieuse est notre identité fondamentale dans l’Église. Le Droit Canonique illustre la nature du peuple de Dieu, composé de fidèles laïcs, de ministres ordonnés et de membres de la hiérarchie, ainsi que de membres d’Instituts de Vie Consacrée et de Sociétés de Vie Apostolique. Comme religieux, nous tous, Salésiens prêtres et Salésiens laïcs, nous appartenons à la vie consacrée dans le Peuple de Dieu. C’est là que se trouve la source de notre vocation et de notre mission. C’est là que l’Église nous situe et souhaite nous voir nous épanouir et porter du fruit.

Curieusement, le thème du sacerdoce religieux n’a pas fait l’objet d’une attention suffisante dans l’Église. Le Père Viganò, septième successeur de Don Bosco, a commenté ce fait à deux reprises ; la première fois dans sa lettre de 1991, « Nous nous soucions du prêtre de l’an deux mille” (ACG 335), après le Synode sur la formation au sacerdoce ; puis de nouveau en 1995, dans « Le Synode sur la Vie Consacrée » (ACG 351). « Il est cependant dom mage, dit le P. Egidio, que le Synode n’ait même pas mentionné le problème délicat et complexe du religieux prêtre. Peut-être que le temps n’est pas encore mûr et qu’il est nécessaire, d’abord, de poursuivre les recherches doctrinales. »[1] Même aujourd’hui, la situation semble rester la même. La nouvelle Ratio pour l’Église, Le don de la vocation presbytérale (2016), ne contient aucune consi dération spéciale pour le prêtre religieux, malgré le fait qu’en 2016, il y avait 134 495 prêtres religieux, soit 32,3%, c’est-à-dire presque un tiers du nombre total de prêtres dans l’Église catholique.

Pour nous, cependant, il est urgent de réfléchir sur l’identité du Salésien prêtre. Une identité claire et saine apporte joie et uni té dans la vie et donne une orientation stable au travail aposto lique. Dans cette lettre, nous essaierons de mettre en évidence ce qui est à la base de l’être « Salésien prêtre » dans le cadre de notre unique vocation consacrée, en nous appuyant sur une compréhen sion renouvelée de la vie religieuse et du sacerdoce. La vie frater nelle, les conseils évangéliques et la mission ne sont pas des élé ments qui existent à côté du ministère des Salésiens prêtres. Ils sont plutôt la matrice fondamentale et la racine vitale de notre vo cation. Selon les termes de notre Ratio : « Le Salésien prêtre [ou diacre] unit en lui les dons de la consécration salésienne et ceux du ministère pastoral, mais c’est la consécration salésienne qui déter mine les modalités originales de son sacerdoce et de l’exercice de son ministère. » (FSDB 39)

 

Salésiens prêtres et Salésiens laïcs participent du même sacerdoce du Christ

La réflexion théologique dans la période postconciliaire est caractérisée par une conscience intense du lien entre le sacerdoce ministériel et le sacerdoce commun des fidèles. Nous tous, Salésiens clercs et coadjuteurs, nous participons du sacerdoce du Christ.

Le sacerdoce du Christ est unique et absolument original. Dans les autres religions, et même dans le judaïsme, le prêtre ap partient à la sphère du sacré. Dans le Nouveau Testament, cepen dant, loin d’être une expression religieuse particulière du sacré, le sacerdoce de Jésus découle directement de sa vie et des événe ments salvifiques de sa Pâque, et implique donc l’ensemble de la réalité humaine. Le sacrifice de Jésus est un sacrifice d’obéissan ce : il consiste à s’offrir complètement et entièrement au Père, jus qu’à l’abandon total de lui-même sur la croix. Sa vie et sa mort transforment nos résistances et le mal que nous portons en nous, ouvrant la voie au repentir et au pardon, à la nouvelle vie de Za chée, de Pierre, de Marie de Magdala, c’est-à-dire à la vie de la Ré surrection : « Par son unique offrande, il [Jésus Christ] a mené pour toujours à leur perfection ceux qu’il sanctifie. » (He 10,14)

Il n’y a donc pour nous qu’un seul prêtre et un seul sacrifice, compte tenu du fait que, du point de vue juif, Jésus était un laïc,  et que son sacrifice n’a pas été fait dans le temple, mais sur le Calvaire et dans un contexte qui n’était certainement pas « sacré ». « Une telle façon de devenir grand prêtre est diamétralement op posée à l’ancienne : au lieu d’une séparation rituelle, nous trouvons une solidarité existentielle ; au lieu d’une élévation au-dessus des autres, nous trouvons un abaissement extrême ; au lieu d’une in terdiction de tout contact avec la mort, nous trouvons l’exigence d’accepter la souffrance et la mort. »[2]

Tous les baptisés en Christ sont appelés à s’unir à lui, en offrant leur corps « en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu » (Rm 12,1). C’est le « sacerdoce commun » des fidèles, et nous tous, Salésiens coadjuteurs et clercs, participons à ce sacer doce. Ce sacerdoce commun, fondé sur le baptême, est « l’expres sion suprême de la dignité humaine ... la manière historique de se sentir impliqué dans la rédemption et le salut » (ACG 335, 16-17). Il n’y a pas de dignité plus élevée que celle qui nous est conférée par le baptême. Pour ceux d’entre nous qui sont habitués à entendre parler du prêtre comme d’un alter Christus, ces paroles de saint Jean Paul II peuvent nous surprendre et nous faire du bien :

« Déjà au temps des Pères, on avait l’habitude d’affirmer : “ Christianus alter Christus “ (Le chrétien est un second Christ), voulant souligner ain si la dignité du baptisé et sa vocation, dans le Christ, à la sainteté. (...) Saint Augustin (...) répétait : “ Vobis sum episcopus, vobiscum christia nus “ (Pour vous je suis évêque, avec vous je suis chrétien). À la réflexion, “christianus” signifie beaucoup plus qu’”episcopus”, même s’il s’agit de l’Évêque de Rome. »[3]

 

Le sacerdoce ministériel n’existe que pour servir

Le sacerdoce ministériel est totalement au service du sacer doce commun des fidèles. Son seul but est d’aider les disciples du Christ à participer à son sacerdoce, à vaincre le mal par l’amour et le pardon et à s’offrir totalement au Père (ACG 335, pp. 15-20). En plaçant le ministre au cœur de sa communauté, l’ordination le consacre au service de cette communauté. C’est une grâce non pas de séparation mais de communion. Le prêtre est appelé à avoir le cœur du Bon Pasteur et à avoir « une conscience et un sentiment intérieur qui le lient inséparablement » à ceux à qui il est envoyé. La charité pastorale conduit à une immersion constante dans la vie du peuple de Dieu, dans le don de soi continu pour le service.[4]

« Cette charité pastorale, nous rappelle le Concile Vatican II, découle avant tout du sacrifice eucharistique ; celui-ci est donc le centre et la racine de toute la vie du prêtre » (Presbyterorum Ordinis [PO] 14). Si dans l’Eucharistie tout baptisé est appelé à s’unir à l’offrande que Jésus a faite de lui-même au Père, à plus forte raison, ceux qui sont appelés au sacerdoce ministériel sont-ils appelés à s’appliquer à eux-mêmes « ce qui se fait sur l’autel du sacrifice » (PO 14), en se prenant et en s’offrant eux-mêmes au Père, en se rompant comme le pain et en se donnant à leurs frères, transformant leur vie en Eucharistie.

La charité pastorale n’est pas un élément nouveau qui vient s’ajouter après l’ordination et identifié à des « activités pasto rales » particulières réservées au prêtre ; elle est, au contraire, à la racine même de la vocation des Salésiens appelés à devenir prêtres. La charité pastorale est au centre de notre esprit, comme une force motrice et une motivation qui donne de l’énergie à tout ce que nous sommes et faisons.

« Don Bosco a vécu et nous a transmis, sous l’inspiration de Dieu, un style original de vie et d’action : l’esprit salésien.

La charité pastorale en est le centre et la synthèse ; elle est marquée par le dynamisme juvénile qui se manifestait avec tant de force dans notre Fondateur et aux origines de notre Société. C’est un élan apostolique qui nous fait chercher les âmes et ne servir que Dieu seul. » (C 10)

Le Salésien prêtre est un homme qui se laisse guider par la charité, “ordonné” pour servir. On comprend immédiatement pourquoi le cléricalisme ne peut et ne doit pas trouver de place dans sa vie. Le Père Egidio Viganò anticipe de façon surprenante les rappels forts du Pape François contre le cléricalisme :

« S’il y a une incrustation vraiment délétère à éliminer chez un ministre ordonné, c’est celle d’une éventuelle modalité “cléricaliste” (dont les exemples ne manquent pas dans l’histoire) qui l’amènerait à se conduire en “patron” au sein du Peuple de Dieu. Cette modalité ne convient pas du tout au profil du Christ Bon Pasteur qui est le “Serviteur de Yahvé” ; le prêtre qui la ferait sienne montrerait qu’il n’a pas compris le sacerdo ce de la Nouvelle Alliance. » (ACG 335, p. 18)

Il nous est bon d’accepter l’invitation du Pape François à mé diter sur la « grandeur incommensurable du don » et sur notre pe titesse : [5]

« L’incommensurable grandeur du don qui nous est fait par le ministère nous relègue parmi les plus petits des hommes. Le prêtre est le plus pauvre des hommes – oui, le prêtre est le plus pauvre des hommes – si Jésus ne l’enrichit pas de sa pauvreté, il est le serviteur le plus inutile si Jésus ne l’appelle pas ami, le plus insensé des hommes si Jésus ne l’ins truit pas patiemment comme il l’a fait avec Pierre, le plus désarmé des chrétiens si le Bon Pasteur ne le fortifie pas au milieu de son troupeau. »

Lisant en contraste l’annonce à Zacharie dans le Saint des Saints du Temple de Jérusalem et l’annonce à Marie dans un village inconnu de Galilée, à une époque marquée par des conflits et par la misère, le Pape continue en lançant un appel paternel aux prêtres :

« Personne parmi nous n’a été appelé pour un poste important, personne. Parfois, sans le vouloir, sans faute morale, nous avons coutume de confondre notre activité quotidienne de prêtres, de religieux, de consa crés, de laïcs, de catéchistes, avec certains rites, avec des réunions et des rencontres, où la place que nous occupons dans la réunion, à la table 

ou bien dans la salle, est d’ordre hiérarchique ; nous ressemblons plus à Zacharie qu’à Marie. »

Le Pape invite donc les prêtres à retourner à Nazareth : « Il nous faut peut-être sortir des lieux importants et solennels ; il nous faut retourner aux endroits où nous avons été appelés, où  il était évident que l’initiative et le pouvoir étaient de Dieu. » Le secret est de « retourner à Nazareth » pour nous renouveler en tant que pasteurs qui soient à la fois disciples et missionnaires. Nous devons prier sans jamais nous lasser avec les paroles de notre Mère : « Je suis prêtre parce qu’il a regardé avec bonté ma petitesse (cf. Lc 1, 48) ».

 

2. Le Salésien prêtre

 

Nous avons parlé du sacerdoce baptismal comme de notre plus grande et insurmontable dignité (même pour l’évêque de Rome !), et du fait que le sacerdoce ministériel est en tout point un minis tère entièrement orienté vers le service du sacerdoce baptismal. Le Salésien prêtre assume pleinement le sacerdoce ministériel et le vit « de l’intérieur » de sa consécration salésienne.

Nous trouvons la même vérité fondamentale sur notre identi té exprimée dans l’article 3 de nos Constitutions, qui est comme un mot de passe pour tout le texte constitutionnel : « La mission donne à toute notre existence son allure concrète ; elle spécifie notre rôle dans l’Église et détermine notre place parmi les familles religieuses. » Ce n’est pas principalement ce que nous faisons dans la grande variété de nos œuvres qui définit la dimension mission naire de notre vie, mais plutôt notre existence même de Salésiens consacrés. Au contraire, « nous sommes une mission », comme le dit le Pape François : « Elle [la mission] est quelque chose que je ne peux pas arracher de mon être si je ne veux pas me détruire. Je suis une mission sur cette terre, et pour cela je suis dans ce mon de. Je dois reconnaître que je suis comme marqué au feu par cette mission afin d’éclairer, de bénir, de vivifier, de soulager, de guérir, de libérer. » (EG 273). Si cela est vrai pour chaque chrétien, c’est certainement vrai pour ceux qui sont appelés à faire de leur consé cration baptismale la raison d’être de leur vie par la consécration religieuse et sacerdotale.

Si la mission dont j’ai hérité avec le charisme de Don Bosco ne « donne pas [son] allure concrète » à toute ma vie, je ne suis ni Salésien ni prêtre, car l’unique modalité de vivre le sacerdoce que l’Église reconnaît en moi quand j’ai été choisi pour recevoir les ordres sacrés est celle contenue dans nos Constitutions, du pre mier au dernier article. Même le rite de l’ordination l’exprime clai rement : c’est la Congrégation, en la personne du Provincial qui présente les « lettres dimissoriales » de ceux qui vont être ordon nés, et c’est à l’Évêque consécrateur et au Provincial, qui repré sentent l’ensemble de l’Église et de la Congrégation, que l’on fait une promesse d’obéissance. En effet, c’est toujours et seulement sous l’autorité de l’Église et de la Congrégation que la potestas d’un prêtre salésien trouve sa source et sa pleine justification.[6]

Comme nous le répéterons plus bas, la mission n’est jamais gé nérique. Elle se réalise dans un domaine spécifiquement assigné et de façon originale et salésienne, avec des racines qui viennent d’en haut, comme nous le professons dans le premier article des Consti tutions :

« Humblement et avec action de grâce, nous croyons que la Société de saint François de Sales est née, non d’un simple projet des hommes, mais par l’initiative de Dieu. Pour contribuer au salut de la jeunesse, “cette part la plus délicate et la plus précieuse de la société humaine”, l’Esprit Saint suscita, avec l’intervention maternelle de Marie, saint Jean Bosco.

Il forma en lui un cœur de père et de maître, capable de se donner tota lement : “J’ai promis à Dieu que ma vie, jusqu’à son dernier souffle, serait pour mes pauvres garçons”. »

Passons maintenant à quelques points sur l’identité-mission du Salésien prêtre, même s’il ne s’agit pas d’une étude systéma tique ou exhaustive.[7]

 

2.1. La communauté

Comme le souligne la nouvelle Ratio de l’Église, la communau té tient une place absolument essentielle dans la vie d’un prêtre, tant dans les phases de sa préparation (le fait d’être disciple  [“discepolato”, configuration, synthèse vocationnelle) que dans son ministère vécu comme formation permanente.[8]  La vie fraternelle en communauté est essentielle pour la maturité humaine et spiri tuelle, pour grandir dans l’amour. En tant qu’êtres humains, nous ne grandissons qu’à travers des relations empreintes d’amour. Nos frères et sœurs grandissent dans leur capacité d’aimer et d’être  aimés au sein de leurs familles ; pour nous, Salésiens prêtres et Salésiens laïcs, cela se passe au sein de la communauté religieuse et, avec les laïcs, dans la communauté éducative et pastorale.

En tant que religieux, le ministère du Salésien prêtre passe tou jours par la médiation de la communauté. Le titre de l’article 44 des Constitutions le dit explicitement : « Mission communautaire ».

« Le mandat apostolique que l’Église nous confie est assumé et mis en œuvre en premier lieu par les communautés provinciales et locales, dont les membres ont des fonctions complémentaires, avec des tâches qui toutes sont importantes. Ils en prennent conscience : la cohésion et la co responsabilité fraternelle permettent d’atteindre les objectifs pastoraux. »

Pour le Salésien prêtre, cela signifie qu’il n’y a pas de place pour l’individualisme apostolique : ses choix apostoliques doivent passer par la médiation de la communauté ; ils ne peuvent pas être simplement identifiés à ses choix individuels basés sur des sympa thies, des antipathies ou des positions personnelles.

Nous devons également garder à l’esprit que la communauté salésienne est caractérisée par une complémentarité essentielle entre Salésiens prêtres et Salésiens laïcs.

« La présence significative et complémentaire des salésiens clercs et laïcs dans la communauté constitue un élément essentiel de sa physionomie et de sa plénitude apostolique. » (C 45)

«Le Salésien prêtre doit se sentir spontanément en rapport, par la force de communion de sa propre salésianité, au coadjuteur ; et le Salésien laïc doit se sentir de même envers son confrère prêtre. Notre vocation, radicalement communautaire, exige une commu nion effective,et non seulement de fraternité,entre les personnes. »[9]

La dimension sacerdotale n’est pas exclusive des confrères prêtres et la dimension laïque n’appartient pas exclusivement aux confrères coadjuteurs. La communauté salésienne n’est pas une agrégation artificielle de deux types de membres qui s’efforcent d’une certaine manière de vivre ensemble. Dans le cœur de chaque confrère, il y a les deux dimensions, mises en évidence de diffé rentes façons, mais toujours intimement liées, de sorte que le Salésien prêtre cultive aussi la dimension laïque de la mission commune, tandis que le Salésien coadjuteur doit cultiver aussi la dimension sacerdotale de cette même mission. « Sans la dimension laïque, nous perdrions cet aspect positif de la saine “sécularité” qui nous caractérise dans le choix des médiations éducatives. Et sans la dimension sacerdotale, nous risquerions de perdre la qua lité pastorale de l’ensemble du projet. En déséquilibrant la com plémentarité, nous pourrions tomber, d’une part, dans une sorte d’activisme social pragmatique et, d’autre part, dans un type d’engagement pastoral trop général qui ne serait plus la mission authentique de Don Bosco. »[10]

Naturellement, le Père Viganò souligne que l’intensité de la charité pastorale et le degré de sainteté ne dépendent pas du mi nistère ordonné ni des divers services que nous mettons à la dis position des autres parce qu’ils font partie de notre responsabilité apostolique partagée, mais seulement de notre vitalité intérieure, c’est-à-dire de la façon dont nous vivons le sacerdoce commun ; en d’autres termes, [ils dépendent] de la vie de foi, d’espérance et de charité. Le Père Egidio poursuit ensuite avec des déclarations qui restent assez surprenantes encore aujourd’hui.

« La vie de la grâce, c’est-à-dire de la charité pastorale, a – comme le disait saint Thomas d’Aquin – une valeur qui est pour elle-même plus grande que tout ce qui a été créé. Nous serons tous jugés sur l’amour : dans la Jérusalem céleste, il n’y aura plus besoin ni de Bible, ni d’Évêques ni de Prêtres, ni de Magistère, ni de sacrements, ni de Coordination, ni des nombreux services mutuels qui sont indispensables dans notre histoire. C’est pourquoi, déjà maintenant, dans la communauté ecclésiale, l’ordre des réalités institutionnelles, hiérarchiques et opérationnelles passe en deuxième ligne (si l’on peut dire ; il suffit de penser à la place où le cha pitre sur le Peuple de Dieu a été mis dans “Lumen Gentium” !) devant le Mystère auquel elles servent et qu’elles révèlent à ceux qui vivent leur foi. La sainteté est enracinée dans le degré de participation et de communion avec la vie trinitaire. Nous voyons l’intensité de la sainteté représentée en Marie, l’authenticité ministérielle en Pierre. Tous les deux, de grands saints : mais nous voyons en eux que le degré de sainteté ne s’identifie pas avec le degré hiérarchique et le degré ministériel. »[11]

Le sacerdoce ministériel n’est pas un privilège spécial, mais plutôt un service destiné à cesser, et qui occupe déjà maintenant la deuxième place. Sa gloire consiste à se mettre au service du peuple de Dieu pour que tous, y compris les prêtres, puissent atteindre les « hauteurs vertigineuses » de la sainteté.

 

2.2. Le charisme

Étant salésien dans son essence, comme nous l’avons vu, le mi nistère du confrère prêtre passe toujours par la médiation de son charisme. C’est pourquoi l’épithète « salésien » précède la qualifi cation qui suit « coadjuteur » ou « prêtre » : « Salésien » est enten du comme le premier indicateur de l’identité. Le charisme salésien donne le ton à tout.[12]

Considéré comme une façon de suivre le Christ, le sacerdoce religieux est très différent du sacerdoce diocésain. Pour le prêtre diocésain, c’est le ministère auquel il consacre toute sa vie qui est central et décisif. Le prêtre religieux, au contraire, trouve sa règle de vie dans un fondateur et dans sa façon originale (et qui donne naissance à une façon particulière) de suivre le Seigneur. L’exis tence du Salésien prêtre est donc en tout point marquée par le charisme qui prend sa source en Don Bosco.[13] Don Bosco ne pen sait pas en premier lieu au type de ministère qui lui serait confié dans l’Église, comme la plupart des jeunes séminaristes qui ont habituellement la perspective d’avoir à animer et à présider une communauté paroissiale. Il ne se sentait pas appelé à exercer un ministère déjà existant, mais à concrétiser et à traduire en œuvres cette nouvelle pédagogie de la grâce qui ne faisait qu’un avec sa manière d’être présent parmi les jeunes.[14]

Le sacerdoce assumé dans l’horizon d’un charisme particulier confère au ministère du prêtre religieux une place particulière dans l’Église, qui n’est pas égale à celle du clergé diocésain. Tant et si vrai que le prêtre diocésain est enraciné dans un territoire particulier, tandis que le prêtre religieux se caractérise par une ouverture universelle. Le premier est chargé de la pastorale ordi naire d’une paroisse et d’un diocèse, tandis que le second partici pe à une mission spéciale qui est transversale aux limites territo riales ecclésiastiques.[15] Le prêtre diocésain est appelé à un minis tère général qui couvre toute la vie humaine, de la conception à la mort. Le prêtre religieux, quant à lui, a une vocation qui est es sentiellement un service particulier à une phase ou une dimension de la vie, telle qu’elle est manifestée et ensuite codifiée dans son charisme. Saint Benoît, Antoine de Padoue, Camille de Lellis et, dans des temps plus proches de nous, Maximilien Kolbe, Alberto Hurtado et beaucoup d’autres ont été de très grands dons pour l’Église et le monde grâce à leur fidélité au charisme particulier auquel ils ont été appelés et avec lequel le don de leur sacerdoce était en parfait accord.

C’est pourquoi les choix apostoliques d’un Salésien prêtre sont toujours traversés par la médiation de notre charisme éducatif et pastoral pour les jeunes, surtout les plus en difficulté. J’entends parfois de jeunes diacres ou prêtres salésiens se plaindre de ne pas avoir eu l’occasion de célébrer un baptême ou de présider un ma riage et je me demande : combien de baptêmes Don Bosco a-t-il cé lébrés ou combien de mariages a-t-il présidés ? Était-il moins prêtre pour autant ? Nous ne devons jamais perdre de vue la particularité très concrète de la physionomie du Salésien prêtre, telle que Don Bosco l’a façonnée. Avec son confrère Salésien laïc, le Salésien prêtre est invité à une mission immergée dans le monde des jeunes et des couches populaires, tout entière consacrée à des engage ments éducatifs et pastoraux, et qui s’adresse à des personnes sou vent éloignées de l’Église ou appartenant à d’autres religions.

La consécration apostolique du Salésien prêtre se concrétise et s’exprime dans les trois munera [charges] du sacerdoce ministériel.

Par le ministère de la Parole (munus docendi), le Salésien prêtre sème la parole du Christ dans les situations les plus di verses et à travers différentes formes de prédication, d’aide et de conseil, en éclairant l’expérience des jeunes, en les aidant à orien ter leur vie, en les accompagnant dans la transformation et la transfiguration de leur existence (cf. FSDB 39).

L’identité charismatique émerge également du fait que le mi nistère de la Parole s’adapte à une grande variété de situations et de contextes. Le Salésien prêtre est prêt à utiliser les approches les plus variées et sait rencontrer les jeunes là où se trouve leur liber té (cf. C 38). S’adapter aux jeunes et à leur expérience, plutôt que d’attendre d’eux qu’ils se conforment à nos normes, est la premiè re et fondamentale forme d’inculturation salésienne.

La figure du Salésien catéchiste, qui faisait partie de la vie de beaucoup de nos maisons, nous donne une idée de la variété des formes où le munus docendi peut être réalisé dans un milieu salé sien. Le catéchiste était en général un Salésien prêtre, jeune et dynamique, qui s’occupait de différentes manières de tout ce qui concernait l’évangélisation, la catéchèse et la vie chrétienne dans la maison salésienne. Il s’occupait des célébrations liturgiques et des pratiques de piété, de la vie des groupes, surtout ceux qui étaient animés par un intérêt apostolique explicite (comme le groupe missionnaire) ; il suivait l’animation vocationnelle et l’ac compagnement personnel des jeunes. Cette figure, repérable dans l’histoire non lointaine de nos maisons, nous aide à percevoir com ment le charisme salésien peut se fondre harmonieusement avec le munus docendi du ministère sacerdotal, à l’intérieur de la mission confiée à la communauté.

Il est également significatif que ce soit le ministère de la Paro le qui occupe la première place, et non celui de la sanctification.  Il serait donc dommage que nos jeunes Salésiens concluent leur formation spécifique avec une préoccupation excessive et exclusive pour le munus celebrandi, au lieu d’avoir dans leur cœur une vibrante passion pour la première annonce, sur laquelle Christus Vivit insiste fortement.[16]

Le ministère de la sanctification (munus sanctificandi) peut avoir de nombreuses expressions en clé salésienne, mais la plus significative est de se mettre au service des jeunes en les ac compagnant dans l’initiation à la vie dans le Christ, dans la prière liturgique et dans la célébration des sacrements, spécialement ceux de la Réconciliation et de l’Eucharistie (cf. FSDB 39). Le Sa lésien prêtre est un spécialiste de l’initiation à la vie sacramentel le des Garelli et des Magon d’aujourd’hui. Dans ce domaine aussi, il apprend à rencontrer « les jeunes au point où ils en sont de leur liberté » et de l’expérience de vie à laquelle ils ont été exposés (cf. C 38). Il sait qu’il est appelé à être un expert dans cet art, avec la capacité de créer des symboles et des langages qui ont un sens pour les jeunes d’aujourd’hui.

Le Synode sur Les Jeunes, la Foi et le Discernement Vocation nel devient un appel fort pour l’Église à renouveler sa capacité d’atteindre les nouvelles générations, les natifs du monde numé rique qui vivent dans les réseaux sociaux, avec les grands risques, mais aussi l’immense potentiel, que tout cela comporte. L’Église est en droit d’attendre des fils de Don Bosco qu’ils soient à l’avant-garde pour trouver de nouvelles voies d’initiation au mys tère du Christ sur ce nouveau terrain numérique. « Il ne s’agit plus seulement d’”utiliser” des instruments de communication, mais de vivre dans une culture largement numérisée, qui in fluence profondément les notions de temps et d’espace, la percep tion de soi, des autres et du monde, la façon de communiquer, d’apprendre, de s’informer et d’entrer en relation avec les autres. » (CV 86). Le munus sanctificandi prévoit d’accompagner ces jeunes et d’autres dans leur rencontre avec le Christ avec une créativité qui émerge des profondeurs de notre vie de foi, d’espé rance et de charité.

Nous devons donc insister sur le fait que le service consiste à « initier » à la vie dans l’Esprit, et non pas seulement à adminis trer les sacrements. Préparer les jeunes Salésiens à vivre avec pas sion et compétence dans ce domaine apostolique est certainement l’un des grands défis que la formation initiale doit affronter, parce qu’elle exige beaucoup plus que l’insertion de quelques cours sup plémentaires de catéchèse ou de théologie sacramentelle dans un programme déjà bourré d’examens à passer.

Le sacrement de la Réconciliation occupe une place particulière dans la vie d’un Salésien prêtre, comme ce fut le cas dans la vie de Don Bosco. Pour notre Père, ce sacrement a été peut-être le plus grand moyen d’initiation à la vie dans l’Esprit. Il y a consacré beau coup de temps et d’énergie, rejoignant ses jeunes un par un, trou vant ce « point accessible au bien... cette corde sensible du cœur »[17] à partir de laquelle une nouvelle vie pouvait s’épanouir. Cet art spi rituel n’est pas sorti de nulle part. Pensons à l’adolescent Jean Bos co qui a appris à aimer ce sacrement pendant les années passées à la ferme Moglia et ensuite à l’école du bon Don Calosso. Pensons au jeune prêtre qui se prépare, sous la sage direction de Don Cafasso, à l’ « examen de confession », au Convitto Ecclesiastico. Deman dons-nous quelle est la place de ce sacrement, d’abord dans notre vie personnelle et ensuite dans notre ministère. Quel genre de prêtres salésiens serons-nous si nous ne fréquentons pas assidu ment ce sacrement et si nous nous rendons rarement disponibles pour ce ministère ?

Le ministère d’animation de la communauté chrétien ne (munus pascendi) est totalement orienté vers le service de l’unité dans les différentes communautés : la communauté reli gieuse, la communauté éducative et pastorale, la Famille Salésien ne, le Mouvement Salésien et la communauté humaine et sociale au sens large (cf. FSDB 39). L’animation, avec sa racine latine ani ma, consiste à donner vie et à promouvoir l’unité. Il ne s’agit donc pas d’une dynamique verticaliste. L’âme est présente partout et travaille de l’intérieur. L’Église invite les personnes chargées du munus pascendi à adopter une nouvelle manière d’exercer l’auto rité, une manière qui donne lumière et force à « la dynamique de la fraternité » (cf. À vin nouveau, outres neuves 41).

Il est intéressant à cet égard de voir comment l’autorité est comprise dans les nouvelles orientations pour le Directeur et la communauté salésienne approuvées par le Recteur Majeur et son Conseil en juin 2019.

«De même qu’il n’y a pas de terre ingrate et stérile qui ne puisse finalement porter du fruit au bout d’une longue patience, ainsi en est-il pour l’homme. Une vraie terre morale, pour stérile et rétive qu’elle soit, produit néanmoins tôt ou tard des pensées honnêtes puis des actes vertueux, quand un directeur joint à ses prières ardentes ses efforts à la main de Dieu pour la cultiver et la rendre fécon de et belle. En chaque jeune, même le plus misérable, il y a un point accessible au bien, et le premier devoir de l’éducateur est de chercher ce point, cette corde sen sible du cœur et d’en tirer profit. » (MB V, 367)

« Le Système Préventif promeut un style de leadership où la confiance est fondamentale dans le rapport entre l’éducateur et les jeunes, et éga lement entre les confrères au sein de la communauté salésienne. Le rôle de guide et d’animation des personnes chargées d’un “service d’autorité” n’en est pas pour autant diminué. Au contraire, lorsque ce rôle et ce ser vice sont vécus selon l’esprit salésien, ils acquièrent une plus grande au torité, beaucoup plus efficace que ce qui ne peut être obtenu qu’en re courant à la “froideur d’un règlement” (cf. Lettre de Rome 1884). »

«Il est intéressant de trouver le même appel à l’autorité dans le Document Final de l’Assemblée Synodale sur Les Jeunes, la Foi et le Discernement Vocationnel : « Pour effectuer un vrai cheminement de maturation, les jeunes ont besoin d’adultes faisant autorité. Dans son sens étymologique, l’auctoritas indique la capacité de faire grandir ; cela n’exprime pas l’idée d’un pouvoir directif, mais d’une véritable force génératrice. » (DF 71)

« Pour permettre à un Salésien de mûrir dans ce type d’auctoritas, d’abord comme éducateur avec les jeunes et ensuite aussi dans son service de leadership, il faut accorder beaucoup d’attention et de soin à sa croissance humaine et spirituelle. »[18]

Par conséquent, il est nécessaire d’avoir une formation et une qualification claires dans les objectifs et efficaces dans les itiné raires à suivre, afin de permettre une grande capacité de relations humaines significatives, d’être libres et prémunis contre toute for me de cléricalisme, avec une bonne théologie du laïcat à la base et des expériences qui rendront experts en formation conjointe avec les laïcs qui partagent notre mission. La vie fraternelle en com munauté doit devenir un élément clair et un critère incontour nable pour le discernement vocationnel et l’admission à la profes sion perpétuelle.

Insistons sur ce point : aucun prêtre, et encore moins le Salé sien prêtre, ne peut se considérer exempt ou trouver des moyens pour diluer et diminuer le service de la communion. Jésus est mort pour pouvoir « rassembler dans l’unité les enfants de Dieu disper sés » (Jn 11, 52). Y a-t-il des limites que nous pouvons fixer vis-à-vis de ceux que Dieu considère et veut comme ses enfants ? « Qui est mon prochain » ne doit-il pas devenir toujours et sans exception « Qui sont mon frère et ma sœur » ? Nous qui sommes des disciples passionnés à la suite du Seigneur, pouvons-nous nous permettre de fixer des limites à la communion, en excluant peut-être d’abord les Samaritains, et puis aussi les Juifs, et enfin ceux d’autres religions, d’abord ceux que l’on juge pécheurs, et ensuite les réfugiés, les migrants et tous ceux que nous considérons comme des intrus et des perturbateurs du confort auquel nous nous sommes attachés ? Nous sommes appelés à être des prophètes de la fraternité et la communion fraternelle n’a pas de limites : elle s’étend en cercles concentriques pour embrasser toute la création de Dieu, qui est notre Père à tous, et qui « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons » (Mt 5,45). Et il serait bon de rappeler que la commu nion dans l’Église est une réalité théologique avant d’être notre préoccupation pastorale. « Il [Dieu] a tout mis sous ses pieds [du Christ] et, le plaçant plus haut que tout, il a fait de lui la tête de l’Église qui est son corps, et l’Église, c’est l’accomplissement total du Christ, lui que Dieu comble totalement de sa plénitude » [to ple¯ro¯ma tou ta panta en pasin ple¯romenou]. (Ep 1.22-23)

C’est dans le contexte de cet amour pour le Corps du Christ, dans sa totalité et sa concrétisation en tant que communauté dans laquelle nous sommes insérés, que le service de l’autorité trouve son sens et sa justification. Le ministère du Pape François est un rappel constant de la manière évangélique de « servir les serviteurs de Dieu » confiés à nos soins. Le nouveau Manuel du Directeur (cf. note 18) offre des idées valables pour la méditation et l’encou ragement de nos confrères qui sont appelés au service de l’autorité, une responsabilité qui, dans différentes régions de la Congrégation, peut exiger aujourd’hui un grand sacrifice personnel.

 

2.3. Le signe

En tant que consacré, le Salésien prêtre est un signe eschatolo gique, un mémorial vivant du mode de vie de Jésus. Dans son céli bat par amour du Royaume, il devient un signe de la vie de la résurrection que Jésus offre à tous.[19]  L’insistance de Don Bosco sur les fins dernières peut être comprise comme une prophétie liée à cette identité qui est la nôtre : nous sommes dans l’Église, en par ticulier pour les jeunes, signes de la résurrection. Le Salésien prêtre est toujours et partout un éducateur-pasteur, toujours orienté vers le bien total, vers le salut de ceux à qui il est envoyé, « totalité » qui se comprend et se définit par la mission et la per sonne du Seigneur Jésus.

C’est pourquoi, comme toutes les personnes consacrées, la vie du Salésien prêtre est marquée par une véritable passion pour le Seigneur, qui se traduit et s’exprime dans une joie qui devient facilement contagieuse et visible (joie salésienne ! cf. C 17), « en cette vie où nous espérons le bonheur que tu [Dieu] promets et l’avènement de Jésus Christ, notre Sauveur. » (Ordinaire de la Messe, rite de communion).

Lorsqu’il préside la célébration des sacrements, le confrère prêtre sait qu’il agit in persona Christi et que ses actions ont une efficacité (ex opere operato) qui ne dépend pas de sa dignité ni de  la valeur de sa personne. Mais il est également conscient qu’il  est appelé à unir son offrande à celle du Christ, comme tous les chrétiens, et que, comme personne consacrée, il est appelé à vivre de telle sorte que l’offrande de son propre corps et de sa propre vie devienne une prophétie et un signe.[20]

Comme toutes les personnes consacrées, le Salésien prêtre trou ve aussi sa place dans le cœur marial de l’Église. Marie est la fem me qui est l’Église. La vocation de chaque membre de l’Église est d’être, comme Marie, un « oui » total à Dieu. Nous sommes l’épou se qui attend avec impatience l’arrivée de l’Époux, et avec l’Esprit, nous disons : Viens, Seigneur Jésus ! (Apocalypse 22,17) La voca tion de Marie est notre vocation à tous. La vie consacrée a sa place dans ce cœur marial de l’Église, parce que son rôle et sa tâche sont d’être une prophétie de ce « oui » et de la communion finale de tous les êtres humains avec Dieu dans la vie de la Résurrection.

En même temps, Marie est aussi une personne concrète avec qui nous avons une relation très spéciale. C’est ce qui s’est passé dans la vie de Don Bosco pour qui l’Église n’avait pas seulement un visage marial, mais aussi le visage de sa mère, cette femme sage qui, tout en comprenant les exigences de la vocation sacerdotale de ceux qui se préparent à devenir prêtres, a pu aussi confier son fils entièrement à Marie.[21]

La maturité affective du Salésien prêtre, vécue dans une identi té sexuelle claire, est une expression claire de son célibat qui revêt une importance particulière dans le contexte de la protection et de la sauvegarde des mineurs. Nous pouvons saisir ici la validité per manente et la forte pertinence de l’insistance de Don Bosco sur la vertu de pureté. En tant que Salésien, le confrère prêtre est appelé à une imitation particulière de la pureté de Jésus. Jésus est celui qui a le cœur pur et en présence de qui les femmes, les enfants et les hommes se sont sentis accueillis et en sécurité. Il est si pleinement le Fils du Père qu’il a pu se montrer à chaque homme et à chaque femme exclusivement comme un frère. « Ce n’est qu’en tant que frère qu’il s’est offert à l’attention, à l’amitié, à la tendresse affec tueuse de ses sœurs et de ses frères. Sa liberté sur ce point est tota le, limpide et divine. Loin d’être un renoncement et une limitation, son célibat est la conséquence de sa condition exclusivement filiale et fraternelle. »[22] Le Salésien sait cependant qu’il est appelé non seulement à être une présence fiable pour les jeunes, mais aussi à être un signe qui brille et rayonne, un signe qui attire les jeunes, qui leur permet d’être éduqués à l’amour et la pureté (cf. C 81).

En tant que prêtre, le Salésien est appelé à exercer la paternité spirituelle avec cette finesse de maturité humaine et spirituelle qui l’aide à être vraiment paternel sans tomber dans le paternalisme. Le risque d’un paternalisme étouffant à la limite du cléricalisme et de l’abus d’autorité peut être renforcé par la manière dont les figures paternelles peuvent être vécues et comprises dans certains contextes culturels. Dans ces situations, nous devrons faire de plus grands efforts pour imiter la paternité de Don Bosco. Aussi exi geant que soit cet engagement, nous ne pouvons cependant pas abaisser la norme et s’abaisser à des compromis lorsque cet objec tif est en jeu. La paternité de Don Bosco est comme le signe dis tinctif de son esprit et de son charisme. « De notre Père, on se sou vient surtout de son souci pour le bien spirituel, de la bonté qui inspirait ses relations et de la sagesse dans l’orientation des indi vidus et du groupe : un trinôme qui caractérise sa paternité. Cela s’est ensuite exprimé par de multiples gestes et attitudes. »[23]

La bonté affectueuse [amorevolezza] est au cœur du Système Préventif. C’est la manière unique de Don Bosco d’entrer en rela tion avec les jeunes ; le même mot, né du splendide accord d’amour maternel et de force paternelle de ceux qui nous l’ont transmis, perd son sens hors de notre contexte et de notre histoire. Ce type d’amour pur ou de pureté aimante qui est au cœur de notre charis me ne peut être compris et absorbé que par osmose. Il mûrit lente ment au fil des années, jusqu’à atteindre le don de soi sincère et transparent, que nous contemplons non seulement dans la vie de Don Bosco, mais aussi dans celle de tant de ses fils, comme Srugi, Variara, Zatti, Cimatti et Sándor, pour n’en citer que quelques-uns.

Il y a un autre domaine où notre identité de « signe eschatolo gique » et de « mémorial vivant du mode de vie de Jésus » devient aujourd’hui un don précieux pour les jeunes, pour l’Église et pour le monde. La prise de conscience écologique se développe et s’ac croît en même temps que la croissance à l’échelle géométrique du risque écologique sans précédent que nous courons tous en tant que famille humaine, et qui touche principalement les jeunes géné rations. Comme signes de la résurrection à travers le don de notre consécration, nous sommes également signes de la valeur de la création et de l’appel à la conversion éco-spirituelle demandée par Laudato Si’. La résurrection jette une nouvelle lumière sur la vie, illuminant notre interconnexion la plus profonde avec l’ensemble de la création.

« Si nous réduisons l’homme exclusivement à sa dimension horizontale, à ce que l’on peut percevoir de manière empirique, la vie elle-même perd son sens profond. L’homme a besoin d’éternité et toute autre espérance est trop brève, est trop limitée pour lui. L’homme n’est explicable que s’il existe un Amour qui dépasse tout isolement, même celui de la mort, dans une totalité qui transcende aussi l’espace et le temps. L’homme n’est ex plicable, il ne trouve son sens profond, que s’il y a Dieu. (...) Nous sommes invités, encore une fois, à renouveler avec courage et avec force notre foi dans la vie éternelle, ou mieux, à vivre avec cette grande espérance et à en témoigner devant le monde : derrière le présent il n’y a pas le rien. C’est précisément la foi dans la vie éternelle qui donne au chrétien le courage d’aimer encore plus intensément notre terre et de travailler pour lui construire un avenir, pour lui donner une espérance véritable et sûre. »[24]

Plus nous grandissons dans la conscience de la destinée éter nelle incorporée dans tout visage humain, plus tout autre aspect de la vie se redécouvre dans son immense valeur, partageant l’unique plan divin dans lequel l’univers créé et la liberté créée de chaque [être] « né de la femme » se reflètent l’un l’autre, deux mystères de même portée infinie. En tant que personnes consa crées, nous sommes sans aucun doute aussi appelés à témoigner de la merveilleuse interconnexion de tout ce que Dieu a créé, de sa croissance et de son progrès vers l’eschaton (uni-vers), la récapitu lation de toutes choses dans le Christ (cf. Ep 1, 9-10).

 

3. Animation, vocation et formation

 

À la lumière de ce que nous avons partagé, je propose quelques suggestions qui pourraient nous aider à approfondir l’identité consacrée salésienne dans la forme sacerdotale de notre temps.

Un premier point est celui d’approfondir notre conscience de la beauté de la vie consacrée. L’animation vocationnelle et la formation initiale sont des processus qui fonctionnent essentielle ment « par contagion » : une personne consacrée qui vit sa vocation avec joie et passion est attirante et prophétique. Dans ce contexte, il serait bon de rappeler les livrets publiés par la CIVCSVA (Congré gation pour les Instituts de Vie Consacrée et les Sociétés de Vie Apostolique) au cours de l’année consacrée à la Vie Consacrée (2015), tous centrés sur le Seigneur : la joie de suivre le Seigneur (Réjouissez-vous) ; savoir discerner les signes de sa présence en at tendant la venue du Seigneur, qui est au cœur de la vocation consa crée (Scrutez) ; la beauté et la splendeur du Seigneur (Contemplez) ; être témoins du Seigneur Ressuscité parmi les nations (Annoncez).[25]

Un second point est celui d’approfondir notre compréhen sion du sacerdoce lui-même. Le problème ne vient pas du fait d’être trop prêtre, mais du fait de l’être trop peu : nous avons ten dance à nous concentrer sur « faire le prêtre » plutôt que sur l’être vraiment. Le problème dans la Congrégation est que nous avons « beaucoup de prêtres mais peu de sacerdoce. »[26] Nous avons ten dance à être fascinés par ce que nous faisons comme prêtres, et peut-être aussi par le retour immédiat qui en découle, avec la « pulsion sociale » liée à notre statut et à l’appréciation des fidèles, plutôt qu’à vivre le sacerdoce du Christ dans sa véritable profon deur. Il y a un véritable trésor caché à redécouvrir et à faire nôtre dans l’engagement renouvelé à comprendre la beauté du sacerdo ce du Christ.

En troisième lieu, le Salésien prêtre doit être formé à être très attentif au contexte socioculturel et aux changements rapides qui se produisent, qui sont en fait la réalité dans laquelle vivent les jeunes. Cela implique en même temps un retour constant à l’ins piration charismatique qui nourrit notre identité et notre mission salésiennes. Nous sommes nés de l’expérience de Don Bosco avec les jeunes marginalisés du Valdocco, pour qui il a dépensé toute sa vie, jusqu’à son dernier souffle. Nos Constitutions sont l’incarna tion de cette vocation et de cette mission, et l’Église nous deman de seulement et toujours d’être fidèles à cet héritage et à ce man dat spécifiques. Loin d’être une propriété privée de la Congréga tion, les Constitutions appartiennent à l’Église, et c’est sous l’au torité de Pierre que nous sommes appelés par l’Église à les vivre. Dans la variété des contextes et les changements continus qui conditionnent la culture et la vie des personnes aujourd’hui, l’ex périence charismatique de Don Bosco reste notre centre de gravi té. C’est le critère permanent non seulement pour les différentes activités que nous réalisons, mais aussi, et plus encore, pour notre engagement personnel dans la mission parmi les jeunes, comme Salésiens prêtres et coadjuteurs.

« Don Bosco a vécu une expérience pastorale typique dans son premier oratoire qui fut pour les jeunes la maison qui accueille, la paroisse qui évangélise, l’école qui prépare à la vie et la cour de récréation pour se rencontrer en amis et vivre dans la joie. Dans l’accomplissement de notre mission aujourd’hui, l’expérience du Valdocco demeure pour nous critè re permanent de discernement et de renouvellement de toutes nos acti vités et de toutes nos œuvres. » (C 40)

Quatrième point : le charisme salésien doit caractériser notre engagement dans le domaine de l’animation vocationnelle dans toutes ses expressions. Tout en accompagnant tous les jeunes dans la découverte de leur vocation, nous devons aussi leur propo ser courageusement ce qui est typique de notre charisme, en les impliquant dans notre mission, dans la vie communautaire et dans l’expérience des valeurs typiques de notre esprit.[27] Dans cette pré sentation du charisme, nous devons apprendre à promouvoir une bonne perception de la vocation consacrée salésienne, tout d’abord dans le témoignage joyeux de notre manière de la vivre, et ensuite aussi en la proposant explicitement. Il y aura toujours ceux qui viendront à nous avec l’intention première de devenir prêtres. Il faut les aider à discerner s’ils se sentent et sont vraiment appelés à embrasser le charisme salésien de tout leur cœur. Cette « conver sion » au charisme est une condition indispensable pour les pro chaines étapes du cheminement. D’où la grande tâche pour toutes nos Provinces de passer une fois pour toutes du recrutement des candidats à une véritable culture vocationnelle.[28]

En ce qui concerne la vocation de Salésien prêtre, il faut garder à l’esprit avec beaucoup de soin quelques critères de discerne ment : la consécration salésienne (chapitre 2 des Constitutions) ; la capacité à être un vrai constructeur (et non un destructeur !) de la communauté ; le zèle pour le salut des jeunes ... en nous limi tant à énoncer l’essentiel dont découlent ensuite beaucoup d’autres éléments typiques de notre vie.

Un cinquième point concerne l’amélioration et le renforcement des processus d’accompagnement pendant le prénoviciat, le noviciat et le postnoviciat. Ces trois phases forment une unité entre elles et sont d’une importance vitale pour la croissance de l’identité salésienne consacrée sous ses deux formes. S’il est vrai que, comme le révèle notre récente étude sur l’accompagnement personnel salésien, environ 80% de nos candidats parlent d’une véritable découverte de l’accompagnement spirituel personnel seulement au prénoviciat, ces phases deviennent encore plus cruciales.[29] L’accompagnement spirituel personnel dans le cadre de l’accompagnement communautaire est un outil indispensable pour l’appropriation personnelle des valeurs de notre vocation. Chaque Province est appelée à s’investir courageusement dans la préparation des formateurs, individuellement et comme équipe, pour qu’ils deviennent des guides capables de gagner la confiance des Salésiens en formation initiale et de toucher leur cœur (Essaie de te faire aimer !). Nous ne pouvons pas nous permettre d’avoir des situations où une autorité mal gérée génère des dynamiques de peur et de suspicion qui finissent par ruiner le processus d’ac compagnement et de formation dans son ensemble.[30] De plus, les formateurs, et particulièrement ceux qui prêtent le service d’ac compagnement spirituel personnel, doivent pouvoir aider à appro fondir surtout les dimensions charismatique et communautaire, dans le cheminement de configuration au Christ, qui est l’horizon ultime dans lequel chaque autre étape trouve sa raison d’être.

Un sixième point concerne l’amélioration et le renforcement des processus d’accompagnement et de discernement pendant le stage et la préparation à la profession perpétuelle. Nos Constitutions décrivent le stage comme une phase d’expérience de vie intense, faite d’action éducative et pastorale salésienne.[31] Étant donné sa proximité avec la profession perpétuelle, cette phase de la formation initiale devient encore plus importante, tant pour l’indi vidu que pour la communauté. Ne serait-il pas utile d’investir dans des formes d’accompagnement meilleures et plus efficaces au cours de cette phase si précieuse et délicate pour notre vie de Salésiens, afin qu’elle devienne vraiment une « expérience des valeurs de la vocation salésienne » (C 98) ? Le Recteur Majeur a insisté pour que les Provinciaux n’envoient les stagiaires que dans les communau tés qui ont donné la preuve de leur capacité à les accompagner. Il pourrait également être utile d’encourager une réflexion renouve lée sur les critères d’admission à la profession perpétuelle.

Le passage du stage à la phase suivante de la formation initia le, qui se déroule normalement à brève distance du temps de pré paration à la profession perpétuelle, peut offrir de bonnes occa sions de discernement tant pour le confrère que pour la commu nauté. La mise en place d’un processus d’évaluation qui embrasse toute l’expérience salésienne du confrère à partir du noviciat, avec une attention particulière au stage, offre une bonne base pour lui permettre d’approfondir ses motivations. Le choix de commencer une formation spécifique pour devenir Salésien prêtre a besoin de racines solides et de « critères positifs »[32] qui se manifestent dans l’expérience salésienne actuelle. Dans cette ligne, la Ratio nous in vite à faire une évaluation globale de l’expérience du stage.

« Il est opportun qu’à la conclusion du stage pratique, il y ait une éva luation globale de toute l’expérience et du progrès fait dans la vocation, tant de la part du Provincial et de la communauté que de la part de l’in téressé. » (FSDB 439)

« Au terme du stage pratique, le Provincial, la communauté et le confrè re feront une évaluation globale de l’expérience. » (FSDB 444)

Rien ne nous empêche d’élargir l’horizon de cette évaluation pour couvrir toute la vie salésienne depuis le noviciat jusqu’au mo ment présent, à partir duquel nous pouvons envisager un pro gramme de vie qui se projette courageusement dans l’avenir. Cer taines Provinces accordent cette évaluation globale avec la « dé claration d’intention » nécessaire pour commencer la formation spécifique au sacerdoce.

« La formation spécifique du confrère clerc exige de chaque candidat l’orientation claire vers la vie sacerdotale. C’est pourquoi, au moment de son acceptation pour cette phase de la formation, on demande du confrè re une déclaration d’intention dans ce sens. Les modalités de cette décla ration peuvent être diverses : par exemple, par la demande au Provincial d’entreprendre les études théologiques, ou la demande de commencer la préparation de la profession perpétuelle dans la ligne du sacerdoce salé sien. » (FSDB 482)

De telles bonnes pratiques peuvent aider à améliorer la transi tion cruciale entre le stage et la formation spécifique à la profes sion perpétuelle. Il est évident que les meilleures dispositions et l’implication convaincue du confrère concerné et de ceux qui l’ac compagnent à ce moment de sa vie sont nécessaires.

Un septième point concerne la formation spécifique en vue de la préparation au sacerdoce salésien. Cette phase, égale ment à cause de sa durée, a un impact formidable sur l’identité consacrée salésienne dans sa forme sacerdotale. La Ratio ne pour rait pas être plus claire dans la formulation des objectifs propres à cette phase :

« “Notre règle vivante, c’est Jésus Christ (...) que nous découvrons pré sent en Don Bosco qui donna sa vie aux jeunes”. (C 196) Cette affirma tion des Constitutions exprime en synthèse la vocation du Salésien : se rendre semblable à Jésus Christ et donner sa vie pour les jeunes, comme Don Bosco.

Toute formation, initiale et permanente, consiste à assumer et à rendre réelle cette identité dans les personnes et dans la communauté. C’est à le développer que doivent tendre l’effort de chaque candidat et de chaque confrère, le travail des animateurs et tous les projets de formation.

«L’identité salésienne est donc un fondement d’unité et d’appartenance à la Congrégation dans son extension mondiale. Elle est le cœur de toute

la formation ; c’est d’elle que part le travail de formation et à elle qu’il se réfère sans cesse. Et elle est un critère déterminant pour discerner la vo cation. » (FSDB 25)

« Le Salésien prêtre [ou diacre] unit en lui les dons de la consécration sa lésienne et ceux du ministère pastoral, mais c’est la consécration salé sienne qui détermine les modalités originales de son sacerdoce et de l’exercice de son ministère. Comme signe sacramentel du Christ Bon Pas teur chez qui il puise sa charité pastorale, il cherche à “sauver” les jeunes, en travaillant dans le contexte de sa communauté. » (FSDB 39).

Il est temps de repenser tout le processus de formation spéci fique pour donner à notre identité consacrée salésienne sa centra lité. Il ne suffit pas du tout de s’assurer que le programme d’études corresponde aux exigences académiques pour l’ordination sacerdotale. Nous devons identifier et promouvoir les méthodes qui favorisent le mieux la réalisation continue de cette synthèse charismatique qui est au cœur de la vocation du Salésien prêtre. Comme le Cardinal Jean-Jérôme Hamer l’avait fortement préco nisé lors du Synode sur La formation des prêtres dans les circons tances actuelles, les supérieurs majeurs ont la responsabilité d’as surer une parfaite harmonie entre la formation au sacerdoce et la formation à la vie religieuse, selon l’identité et le charisme parti culiers de chaque Institut.[33] Pendant Les études de théologie, nous devons combiner nos efforts et développer des itinéraires de for mation et des parcours académiques qui nous aideront à lire les traités théologiques à la lumière de notre charisme.

Il y a en particulier deux types de relations qui ont un impact très fort sur le futur ministère et qui doivent donc faire l’objet d’une attention particulière. La première est l’expérience vécue de la communauté religieuse : un sens clair d’appartenance et la ca pacité de se donner dans un service généreux sont des signes posi tifs extrêmement importants. Les problèmes de la vie communau taire après l’ordination ont souvent leurs racines dans une faible expérience communautaire pendant la formation initiale. La se conde est la capacité de vivre l’esprit salésien et la mission salé sienne partagés avec les laïcs. La cohérence de ces convictions, les compétences et les capacités n’émergeront pas d’elles-mêmes après l’ordination, comme si elles étaient automatiques ; au contraire, une attention délibérée et systématique à ce domaine est nécessaire pendant les processus de formation initiale.

Nous devons veiller à ce que la formation spécifique ne soit pas réduite dans son ensemble à sa dimension intellectuelle, même si celle-ci est toujours nécessaire, et encore moins à la simple « réus site aux examens ». Il faut aider les aspirants au sacerdoce salésien à entrer plus profondément dans leur identité spécifique de confrères appelés à vivre le sacerdoce dans la vocation et la mis sion salésiennes. Cela exigerait, comme nous l’avons dit, une révi sion en profondeur des processus et des outils de formation (projet de formation immunitaire et projet de vie personnelle ; accompa gnement personnel, de groupe et communautaire), un élargisse ment de l’équipe des personnes impliquées dans la formation en y incluant des laïcs, hommes et femmes, et des couples mariés, et en encourageant une meilleure préparation des formateurs. Tout ce la se fera avec une approche « de participation », pour garantir que les jeunes confrères soient activement impliqués, comme premiers responsables de leur formation.

Huitième point : la période du quinquennium. Rien ne peut prouver l’importance de cette phase de manière plus convaincan te que l’expérience directe de Don Bosco. C’est dans les cinq pre mières années de son sacerdoce, qui coïncident avec le temps entre son ordination sacerdotale et le début de l’Oratoire avec résidence stable au Valdocco, que la mission salésienne est née. L’expérien ce personnelle de notre fondateur offre en même temps un for - midable témoignage de l’importance d’être accompagné pendant la période cruciale de la pleine insertion dans le ministère éducatif et pastoral : sans Cafasso à ses côtés, nous ne pouvons même pas imaginer le saint Jean Bosco que nous connaissons et que nous essayons de suivre. C’est avant tout la responsabilité du Provincial d’affecter les confrères dans des communautés où ils peuvent être suivis et accompagnés, tout comme c’est, bien entendu, la respon sabilité des confrères concernés de reconnaître qu’ils ont besoin d’une telle proximité et d’accepter de bon gré d’être accompagnés et soutenus. Le soutien du groupe de ses pairs n’est pas moins im portant à ce moment-là. Il y a déjà des expériences très valables de rencontres entre Salésiens du quinquennium pour un soutien mu tuel, au niveau provincial et interprovincial ; il vaut la peine de partager ces bonnes pratiques. Et puis il y a l’étude, que Cafasso appelait le huitième sacrement du prêtre. Ce serait une tragédie  si les Salésiens prêtres cessaient de lire, de réfléchir et d’étudier immédiatement après l’ordination. Si nous voulons être des édu cateurs et des pasteurs et non des fonctionnaires ou des merce naires, nous devons certainement prendre soin de la dimension réflexive et contemplative de notre vocation. Le meilleur exemple en est Don Bosco lui-même : le Don Bosco qui avait une chambre réservée au Convitto où il pouvait se retirer chaque jour durant ses premières années de sacerdoce, pour lire et écrire.[34]

Neuvième point. Il existe un grand nombre de paroisses dans  la Congrégation, avec un fort impact formatif de cette forme par ticulière de service pastoral sur notre vie salésienne et sur notre façon de percevoir et de vivre le ministère sacerdotal. Il serait dès lors important, dans les six prochaines années, de promouvoir des processus d’écoute, d’étude et de réflexion sur ce thème, à réaliser conjointement entre les Dicastères de la Pastorale des Jeunes, des Missions et de la Formation, en impliquant les confrères et les communautés directement impliqués dans le ministère paroissial salésien.

Enfin, dixième point : le Salésien prêtre, avec le Salésien coad juteur, est appelé à promouvoir activement l’ecclésiologie de com munion, qui s’étend en cercles concentriques jusqu’à embrasser l’humanité entière. Cela signifie aller au-delà des limites de nos communautés religieuses et de nos communautés éducatives et pastorales, pour travailler en réseau avec d’autres religieux, la communauté diocésaine, la communauté humaine dans laquelle nous sommes insérés et avec tous ceux qui sont intéressés à prendre soin de notre « maison commune » et à promouvoir la vie et l’avenir des jeunes, surtout les plus marginalisés. Le sacerdoce du Christ englobe toute la famille humaine et, en fait, toute forme de vie dans la splendeur de la création, œuvre de Dieu.

*****

En apprenant au fur et à mesure à mieux prendre soin de l’identité de nos confrères prêtres, nous verrons en même temps une amélioration de la qualité pastorale, de la spiritualité et de la responsabilité partagée du premier protagoniste de la mission, qui est la communauté. La croissance continuelle dans tous ces aspects présentés jusqu’ici est un défi permanent pour la vie religieuse salésienne sous ses deux formes, avec l’objectif ultime de grandir ensemble, Salésiens laïcs et Salésiens prêtres, dans la foi et en humanité, afin de rendre un service plus fécond aux jeunes et à tous ceux à qui nous sommes envoyés, en y mettant notre cœur, toutes nos énergies et toutes les ressources à notre disposition.

 

QUESTIONS POUR LA RÉFLEXION PERSONNELLE ET COMMUNAUTAIRE

  1. Quelle étape concrète puis-je franchir pour avoir davantage conscience de la beauté de la vie consacrée ?
  2. Que ma vocation soit celle de Salésien prêtre ou celle de Salésien coadjuteur, que puis-je faire pour approfondir ma compréhension du sacerdoce salésien ?
  3. Que puis-je faire, en tant que confrère, et que pouvons-nous faire ensemble, en tant que communauté, pour améliorer notre connaissance du contexte où vivent nos jeunes, en particulier ceux d’entre eux qui se trouvent dans des conditions plus précaires ? Que pourrions-nous faire pour approfondir la connaissance de notre charisme et de son inculturation dans notre temps et notre contexte de vie ?
  4. Que pouvons-nous faire pour garantir que l’animation vocationnelle se caractérise par le charisme salésien et par une présentation significative de l’identité consacrée salésienne vécue sous ses deux formes ? Comment passer du recrutement des vocations à l’accompagnement des jeunes dans le discernement de leur vocation. Comment passer du fait de tout déléguer au « responsable des vocations » à une responsabilité partagée par tous les confrères et par chaque communauté ?
  1. Comment la Province peut-elle préparer des formateurs et des guides spiri tuels pour le prénoviciat, le noviciat et le postnoviciat, et soutenir la forma tion permanente des formateurs actuels ?
  2. Comment préparer les Directeurs et d’autres confrères à un bon accompa gnement des stagiaires confiés aux communautés ? De plus, comment pour rions-nous commencer à adopter comme nôtre la pratique de « l’évaluation globale » de l’expérience de la formation initiale ?
  3. Comment garantir que la formation spécifique comporte non seulement la dimension intellectuelle mais aussi la dimension humaine et fraternelle, pastorale, charismatique et consacrée vécue comme Salésien prêtre (ou Salésien laïc) ?
  4. Comment garantir un accompagnement adéquat des confrères du quin quennium ? Et comment faire en sorte que les confrères maintiennent vivant leur amour de la réflexion et de l’étude, en accordant toute l’attention voulue également aux documents de l’Église et de la Congrégation ?
  5. Quelles mesures concrètes pourrions-nous prendre pour mieux vivre la complémentarité de l’unique vocation salésienne sous ses deux formes (voir C 45) ?

[1] ACG 351, 20 = Lettere circolari di don Egidio Viganò ai Salesiani (Rome 1996) 1535.

[2] ALBERT VANHOYE, “La novità del sacerdozio di Cristo,” La Civiltà Cattolica n. 3541, n. 1 (1998) 16-27.

[3] JEAN PAUL II, Varcare le soglie della speranza [Entrez dans l’espérance], Mon dadori, Milano 1994, 11-12.

[4] S. DIANICH, Teología del ministerio ordenado. Una interpretación eclesioló gica, [Théologie du ministère ordonné. Une interprétation ecclésiologique], Éd. Paulines, Madrid 1988, p. 324.

[5] PAPE FRANÇOIS, Rencontre avec les évêques, les prêtres, les religieuses, les religieux, les personnes consacrées et les séminaristes, les catéchistes et les animateurs, lors du voyage apostolique au Mozambique, à Madagascar et à l’Île Maurice, 5 septembre 2019 :https://w2.vatican.va/content/francesco/it/speeches/ 2019/september/documents/papa-francesco_20190905_consacrati-mozambico. html (02.11.2019).

[6] Dans le Droit Canonique, le terme utilisé pour exprimer ce qui est conféré par l’ordination (diaconale, sacerdotale, épiscopale) est potestas. Il est intéressant de noter que, dans la traduction officielle italienne, le terme italien potestà est utilisé 155 fois, alors que le terme potere [= pouvoir] n’est utilisé que deux fois, en référence au pouvoir civil (can. 285 et 1254). La « potestà » renvoie toujours à la source dont elle provient, en dernier ressort au « pouvoir donné par le Christ à ses apôtres et à leurs successeurs légitimes, pour régir et gouverner les fidèles et les orienter vers la vie éternelle » (https://www.simone.it/newdiz/newdiz.php? action=view&dizionario=9 – 26.11.19). La potestas conférée avec l’ordination n’est pas un pouvoir privé que je peux exercer selon mon bon plaisir, comme et  où je le veux, et que je peux investir comme s’il faisait partie de mon patrimoine, tantôt dans une Congrégation religieuse, tantôt dans un Diocèse, selon les circonstances. C’est plutôt lorsque l’Église me confie [une situation donnée] selon son dessein qui, dans notre cas, est exprimé dans les Constitutions que l’Église elle-même a approuvées, que cette potestas s’exerce.

[7] Beaucoup de ces points peuvent être trouvés dans ACG 335. Après avoir noté que le Synode sur la formation sacerdotale n’avait pas traité le thème du sacerdoce des religieux, le Père Viganò a poursuivi en disant que dans la Congrégation Salé sienne, au contraire, nous avions déjà élaboré quelques réflexions, surtout quand on a réfléchi sur la qualité pastorale de notre mission, en référence probablement au CG23 sur l’éducation à la foi (voir ACG 335, pp. 20-29 = Lettres 1091-98).

[8] CONGRÉGATION POUR LE CLERGÉ, Le don de la vocation presbytérale, 2016, n. 51.

[9] ACG 335, p. 23 = Lettres 1093-94.

[10] ACG 335, pp. 23-24 = Lettre 1094. Voir aussi ACG 424, pp. 65-69 : « Une attention renouvelée pour le Salésien Coadjuteur ».

[11] ACG 335, p. 25 = Lettre 1095. Voir aussi Catéchisme de l’Église Catholique 773.

[12] Ibid. p. 21.

« Nous savons que la consécration spécifique de notre profession religieuse s’enracine dans la dignité baptismale et nous fait grandir dans la foi et dans notre être de disciples [discepolato] du Christ avec un “esprit salésien” particulier pour être signes et porteurs de l’amour de Dieu pour les jeunes. Nous avons justement exprimé ce caractère spirituel en mettant le terme “salésien” comme substantif de base ; chaque confrère est ainsi “salésien-prêtre” ou “salésien-laïc”. »

Dans cette lettre, les termes « presbitero », « prete », « sacerdote » (trois termes italiens qui signifient « prêtre »), ainsi que les termes « laïc » et « coadjuteur », ont été utilisés en référence aux confrères salésiens, dans l’état où ils ont été inscrits dans les documents de la Congrégation, sans vouloir donner une importance particulière ou une différenciation de sens à chacun d’eux.

[13]  Voir A. BOZZOLO, Salesiano prete e salesiano coadiutore : spunti per un’inter  pretazione teologica [salésien prêtre et salésien coadjuteur : notes pour une inter prétation théologique] in Sapientiam dedit illi. Studi su don Bosco e sul carisma salesiano, éd. A. BOZZOLO, LAS, Rome 2015, p. 340.

[14]  Ibid. p. 347.

« En ce sens, Balthazar reconnaît en Pierre la physionomie typique du clergé diocésain alors qu’il voit en Jean l’emblème du clergé religieux. Chez ces deux dis ciples, en fait, la coexistence de la charge et de l’amour suit “un mouvement qui va dans des directions opposées. Pierre obtient une charge et pour mieux l’exer cer, il lui est donné de surcroît l’amour. Jean personnifie à l’origine l’amour, [... et] à partir de son aspect personnel, il obtient la charge de prêtre.” (H.U. von BAL THASAR, Les états de vie du chrétien, Jaca Book, Milan 1984, p. 247).

Dans cette perspective, ce n’est pas sans signification si Pierre était certai nement marié et que Jean soit resté vierge : en tant que vierge, il est le représen tant des “prêtres réguliers” face au “prêtre séculier” marié, Pierre. La présence de Jean au pied de la croix avec Marie illumine alors le lien marial particulier de la vie consacrée et des prêtres qui l’assument. Chez eux, en effet, le sacerdoce mi nistériel et objectif semble particulièrement associé au sacerdoce subjectif et exis tentiel de l’offrande de soi, tout comme l’exigent les vœux de chasteté, de pau vreté et d’obéissance. Ainsi, chez les prêtres religieux, la grâce de l’ordination se situe dans l’espace marial de l’obéissance à Dieu propre à leur Ordre, dans une for me caractéristique de mise en œuvre de l’amour johannique que Marie enseigne toujours de nouveau aux grands fondateurs et à leurs fils spirituels. »

[15] Ibid. 352.

[16] CV 214, avec référence à EG 165.

[17] Les Memorie Biografiche, après avoir relaté la manière de vivre ce sacre ment à l’Oratoire du Valdocco, présentent brièvement la manière dont Don Bos co avait l’habitude d’argumenter :

[18] Animation et gouvernance de la communauté. Le service du Directeur salé sien, 2019, n. 40

[19] ACG 342, p. 23 = Lettre 1293 : « La vie consacrée exprime éminemment la nature sacramentelle de l’Église. En particulier, elle proclame ouvertement le ca ractère eschatologique du Peuple de Dieu. Les personnes consacrées, avec leur don total d’elles-mêmes à travers la pratique des conseils évangéliques, deviennent un signe visible de la force de la résurrection, s’efforcent d’être des gens experts dans le discernement de l’action du Christ ressuscité dans l’histoire et témoignent des engagements et de la joie de l’espérance dans la préparation du retour du Sei gneur, dans l’attente de “cieux nouveaux et d’une terre nouvelle”. »

ACG 347, p. 20 = Lettre 1437 : « En pensant à la “sacramentalité” de toute l’Église, très soulignée par le Concile, on a parlé de la fonction symbolique et trans formatrice de la vie consacrée, sous ses diverses formes charismatiques, comme s’il s’agissait d’une “parabole eschatologique” pour la foi de tout le peuple de Dieu. Sa “signification”, selon ce rôle symbolico-prophétique, ne la place pas au-dessus des autres membres de l’Église comme si elle possédait une plus grande dignité, mais la distingue et la rend subsidiaire parce que destinée à un service particulier. El le proclame certains aspects du mystère multiforme du Christ, faisant de ses riches des contenus de salut perceptibles par les contemporains. »

[20] « J’attends que “vous réveilliez le monde”, parce que la note qui caractéri se la vie consacrée est la prophétie. Comme je l’ai dit aux Supérieurs Généraux, “la radicalité évangélique ne revient pas seulement aux religieux : elle est de mandée à tous. Mais les religieux suivent le Seigneur d’une manière spéciale, de manière prophétique.”» (Lettre Apostolique du Pape François à tous les Consa crés, à l’occasion de l’Année de la Vie Consacrée, 28.11.2014). Voir aussi BOZZOLO, op. cit., 335 : « À la différence du ministère ordonné qui a une consistance insti tutionnelle au-delà de la personne, grâce à laquelle le ministère d’un prêtre indigne reste également valable, la vie consacrée consiste entièrement dans la qualité de la réponse aimante de ceux qui la vivent. Il n’y a pas de chasteté pour qui n’est pas chaste, de pauvreté pour qui n’est pas pauvre, d’obéissance pour qui n’obéit pas. »

[21] Bozzolo, op. cit., 347-349

[22] F. ROSSI de GASPERIS, Sentieri di vita, Paoline, Milano 2007, vol. 2.2:242. 23 J.E. VECCHI, ACG 365 43.

[23] J.E.  VECCHI, ACG 365 43.

[24] BENOÎT XVI, Audience générale, 2 novembre 2011.

[25] CIVCSVA, Réjouissez-vous. Aux consacrés et consacrées. Du magistère du Pape François (février 2014) ; Scrutez. Aux consacrés et consacrées en chemin sur les signes de Dieu (septembre 2014) ; Contemplez. Aux consacrés et consacrées sur les traces de la Beauté (novembre 2015) ; Annoncez. Aux consacrés et consacrées, témoins de l’Évangile parmi les nations (août 2016).

[26]  ACG 335, p. 6 = Lettre 1080

[27] Cf. Critères et normes de discernement vocationnel salésien, 3ème édition, Rome 2000, 39

[28] Cf. CG27, 75,1

[29] M. BAY, Giovani salesiani e accompagnamento. Risultati di una ricerca in ternazionale, LAS, Roma 2018, 472-473. Voir aussi Giovani salesiani e accompa gnamento. Orientamenti e direttive, Rome 2019, n° 46. Il faut avoir à l’esprit que 54,42% affirment aussi avoir été suivis, d’une manière ou d’une autre, par un « ami de l’âme » au cours des années précédant le prénoviciat.

[30] M. BAY, op. cit., 482-483, 8. Elementi di disagio o difficoltà nell’esperienza di accompagnamento spirituale personalizzato [Malaise ou difficultés dans l’ex périence d’accompagnement spirituel personnalisé]. Voir aussi Giovani salesiani e accompagnamento. Orientamenti e direttive, Roma 2019, nn. 53-59

[31] C 115 : « confrontation vitale et intense avec l’action salésienne dans une expérience éducative et pastorale. »

[32]  Cf. Critères et normes 39 ; 42-43

[33] Cité in ACG 335, p.11 = Lettre 1084. Jean-Jérôme HAMER, OP, (1916-1996) était un Cardinal belge, Préfet de la Congrégation pour les Instituts de Vie Consa crée et les Sociétés de Vie Apostolique (1985-1992)

[34] Cf. GIUSEPPE BUCCELLATO, Appunti per una “Storia Spirituale” del sacerdote Gio’ Bosco [Notes pour une «Histoire Spirituelle» du prêtre Jean Bosco], LDC, Torino 2008, 67. Voir aussi l’abondante série de publications de Don Bosco lui-mê me, désormais facilement accessible : http://www.donboscosanto.eu/.