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La Pastorale Salésienne des Jeunes

LETTRES DU RECTEUR MAJEUR - ACG 407


LA PASTORALE SALESIENNE DES JEUNES

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« Il fut pris de pitié pour eux parce qu’ils étaient comme des brebis qui n’ont pas de berger,
et il se mit à leur enseigner beaucoup de choses »
(Mc 6, 34)



Rome, 25 avril 2010
Dimanche du Bon Pasteur

Très chers confrères, 

je reprends la communication avec vous, en vous souhaitant un temps de grâce dans la lumière de la Résurrection du Seigneur Jésus, qui avec son Mystère Pascal a rempli de joie et d’espérance l’histoire. Et, nous, nous en sommes des témoins. C’est là notre vocation et notre mission : cheminer “avec les jeunes, pour les conduire à la personne du Seigneur ressuscité afin que, découvrant en Lui et dans son Evangile le sens suprême de leur existence, ils grandissent en hommes nouveaux” (Const. 34).

Dans le dernier numéro des Actes du Conseil Général (n. 406), je vous ai présenté l’Etrenne pour 2010. Aussitôt après, je vous ai écrit de nouveau pour lancer un appel à la solidarité fraternelle envers nos confrères d’Haïti. Après ma visite à ce peuple éprouvé, je vous ai écrit une nouvelle fois pour partager mon expérience et mon évaluation de la situation, et pour faire connaître à tous le projet de reconstruction. Je renouvelle l’expression de ma gratitude pour la réponse généreuse par laquelle toutes les Provinces ont apporté leur concours et pour les nombreuses initiatives des maisons et des œuvres menées en vue d’impliquer les communautés éducatives dans l’engagement pris pour donner un visage à la Providence, de façon à aider le peuple haïtien à renaître des décombres, à ressusciter comme des hommes et des femmes nouveaux.

Certes, il y a eu d’autres événements de Congrégation importants et significatifs, comme l’unification des Provinces de l’Argentine le 31 janvier 2010, mais je ne m’arrête pas à porter une réflexion sur eux, également parce que de plus en plus l’information d’ANS arrive à tous ponctuellement et en temps utile.

Je passe aussitôt par contre à la présentation de cette lettre. Elle est très différente, quant au genre littéraire, des trois dernières lettres (celle sur le 150ème anniversaire de la fondation de la Congrégation Salésienne [ACG 404], celle pour le centenaire de la mort de don Rua [ACG 405] et celle de l’Etrenne sur l’évangélisation [ACG 406]), mais elle est autant ou plus importante qu’elles. En premier lieu, parce qu’elle a quelque chose à voir avec notre mission, celle qui, comme le dit l’article 3 des Constitutions, « donne à toute notre existence son allure concrète ; [qui] spécifie notre rôle dans l’Eglise et détermine notre place parmi les familles religieuses ». Mais, surtout, parce qu’en obéissance à tout ce qui fut demandé par le CG26 nous sommes en train de continuer à repenser notre pastorale.

Je pense que la réflexion actuellement accomplie à l’UPS, dans d’autres centres d’étude de la Congrégation et dans les Provinces trouvera, dans cette présentation que je fais de la Pastorale Salésienne des Jeunes, un point de référence. En effet, dans la lettre, je recueille ce qui est réalisé dans la Congrégation et comment devrait être faite la Pastorale Salésienne des Jeunes. Mais je voudrais aider à comprendre le pourquoi.

La citation biblique que j’ai choisie comme introduction à cette lettre me semble très éclairante. A la différence du passage connu du chapitre 10 de l’Evangile selon saint Jean, dans lequel Jésus se présente lui-même comme le Bon Pasteur, dans le texte de Marc 6,30-44 nous avons une manifestation concrète de l’esprit, du cœur et des mains du Christ dans leur dimension pastorale.

L’évangéliste dit qu’en contemplant la foule immense qui l’attend, Jésus « fut pris de pitié pour eux parce qu’ils étaient comme des brebis qui n’ont pas de berger, et il se mit à leur enseigner beaucoup de choses ».

Et sa pitié de bon pasteur s’exprime avant tout dans l’action de se mettre à “leur enseigner beaucoup de choses”, et seulement après dans celle de multiplier le pain et de nourrir tous ces gens.

Cela veut dire que pour Jésus la première réaction de la compassion pastorale est l’évangélisation, inséparable cependant de son engagement pour satisfaire aussi les principaux besoins des personnes, comme celui de manger. 

Je cherche à offrir une vision cohérente et claire de l’état actuel de la Pastorale Salésienne des Jeunes. Dès à présent je vous dis que ce texte devrait faire l’objet d’une étude de la part des Provinciaux, des Conseils provinciaux, des directeurs et de ceux qui sont en formation. J’ai l’impression que le modèle pastoral de la Congrégation n’est pas pleinement connu, et moins encore assumé, même dans les Provinces les plus dynamiques et chez les acteurs pastoraux les plus zélés. Je suis convaincu qu’il y aurait à mettre en action une authentique ‘révolution culturelle’ dans la Congrégation qui, en même temps, serait une véritable ‘conversion’ aux jeunes. Je souhaite donc que la présentation de notre Pastorale Salésienne des Jeunes soit lue avec le regard de Jésus, qui nous enseigne à voir ce que ne voient pas même ceux qui le cherchent, c’est-à-dire l’abandon, le manque de guides dans lesquels les jeunes se trouvent aujourd’hui à vivre. Ainsi notre action éducative et pastorale deviendra une révélation de Dieu, une manifestation que “Deus Caritas est” [“Dieu est Amour”].

 

1.  LE CHEMIN DE LA CONGRÉGATION DANS LE DÉVELOPPEMENT DE LA PASTORALE SALÉSIENNE DES JEUNES APRÈS LE CONCILE VATICAN II

L’action salésienne en éducation et en catéchèse s’était structurée selon le modèle de l’Oratoire de Valdocco, à l’intérieur duquel, pour répondre aux besoins des jeunes, s’étaient développés une maison pour accueillir les jeunes sans famille ou éloignés de la leur, des ateliers d’arts et métiers pour enseigner un travail et une école pour les jeunes qui pouvaient accomplir les études littéraires ou scientifiques.

L’animation de ces œuvres fut confiée à quelques personnages qui constituaient le noyau de la communauté : le Directeur, centre d’unité et guide de la communauté dans son engagement éducatif et pastoral ; le Préfet, premier collaborateur du Directeur et aussi responsable de l’administration ; le Conseiller, responsable de la discipline, des questions scolaires et des problèmes d’organisation ; le Catéchiste, qui animait l’aspect religieux, la formation catéchétique, les groupes… Ce modèle guida le développement des œuvres éducatives de la Congrégation et resta codifié dans les Constitutions et les Règlements jusqu’à l’année 1972.

Au cours des cinquante dernières années, on commença à sentir le besoin d’adapter ce modèle aux nouvelles situations sociales. Ainsi fut ouvert un chemin de réflexion et de renouvellement de la pratique éducative et pastorale, qui nous a conduits jusqu’à l’actuel modèle pastoral.

1.1   Un long parcours

1.1.1  Les premiers pas : du CG19 (1965) au CG21 (1978)

Le CG19 représente le premier moment où apparaît la conscience communautaire dans la Congrégation en ce qui concerne le changement qui est en train de s’effectuer dans le monde des jeunes et l’exigence de reformuler la pratique éducative et pastorale traditionnelle. On commence par quelques retouches partielles, mais surtout on tente un premier renouvellement des structures centrales d’animation et de gouvernement pour les rendre plus adaptées à la nouvelle situation, dans la fidélité à la formulation d’origine.[1]

Jusqu’à ce moment-là les structures d’animation et de gouvernement de la mission de la Congrégation s’articulaient selon les principaux secteurs de l’activité : un Conseiller du Chapitre Supérieur responsable pour l’école, un autre pour la formation professionnelle, le Catéchiste qui coordonne l’animation des aspects religieux et la formation chrétienne… Le CG19 adopte, ad experimentum, jusqu’au Chapitre Général qui suivra, une structuration d’animation mondiale qui manifeste une vision plus unitaire de la pastorale salésienne, en instituant le Conseiller pour la Pastorale des Jeunes qui assume la responsabilité de l’animation de tous les secteurs de la pastorale salésienne dans les différentes œuvres.[2] Au niveau provincial, en correspondance, on institue des Délégués provinciaux chargés de l’une ou de l’autre des activités avec des tâches d’étude, de développement, d’organisation et de coordination.

En faisant référence aux contenus de la Pastorale des Jeunes, le Chapitre présente seulement quelques priorités : “l’œuvre « primordiale » du « patronage », opportunément rajeunie et renouvelée […] de façon qu’elle réussisse à attirer et à servir le plus grand nombre de jeunes, grâce à la variété de ses organismes (centres, clubs, associations diverses, cours, cours du soir)”.[3] Il élabore un document spécifique pour les Ecoles Professionnelles, en demandant aux Provinces d’instituer une « Commission pour l’éducation des jeunes travailleurs [… avec des] tâches de recherche, de documentation et de consultation au service des maisons ».[4] Au niveau central, sous la présidence du Conseiller pour la Pastorale des Jeunes, il institue une Commission centrale pour l’éducation des jeunes travailleurs.

Le CG20 (CGS), dans son effort pour repenser la vie et la mission de la Congrégation, reformule la mission salésienne et précise à nouveau ses destinataires, en réaffirmant la “priorité absolue à la pastorale des jeunes”,[5] présente les attitudes pastorales fondamentales qui doivent guider les Salésiens dans leur action pastorale[6] et encourage à ouvrir la présence salésienne aux nouveaux besoins des jeunes au moyen de “nouvelles présences” capables d’élargir les horizons de l’action pastorale réalisée dans les œuvres traditionnelles.[7] Dans le même temps, il confirme la nouvelle structure de l’animation centrale de la Pastorale des Jeunes en l’incluant dans les Constitutions.[8]

Le CG21, en assumant les orientations du CG20, les repense et les développe en proposant les contenus éducatifs à l’intérieur d’un cadre de référence qui avait mûri jusqu’à cette époque-là ; il propose les lignes fondamentales pour un Projet Educatif et Pastoral qui réponde à la nouvelle situation des jeunes;[9] il confirme que l’éducation et l’évangélisation sont étroitement intégrées dans le système éducatif salésien.[10] En outre, il engage les Provinces à repenser le Système Préventif, à étudier la condition des jeunes d’aujourd’hui, à exprimer d’une manière appropriée les buts, les contenus et le style salésien dans le Projet Educatif et Pastoral, à constituer et à faire croître dans chaque œuvre salésienne la Communauté éducative et pastorale.[11] Ces orientations seront, ensuite, codifiées dans les Constitutions et Règlements par le Chapitre Général 22.[12]

1.1.2 Le développement des lignes du CG21 opéré par le Dicastère (1978-1990)

Le CG21 avait engagé la Congrégation dans un profond renouvellement de la Pastorale des Jeunes. Pour aider les communautés et les Provinces à le comprendre et à l’assumer pleinement, le P. Juan E. Vecchi, Conseiller pour la Pastorale des Jeunes, et son équipe réalisent un grand effort d’approfondissement des éléments fondamentaux du Projet Educatif et Pastoral salésien et de la Communauté éducative et pastorale, en offrant des instruments pratiques pour guider son élaboration, pour apporter de la qualité aux programmes éducatifs et pastoraux dans les différentes œuvres selon les indications des Chapitres.[13] Au moyen de ces instruments le Dicastère oriente les Provinces pour que, dans leur situation concrète, elles connaissent, assument et développent les lignes centrales du modèle de la Pastorale salésienne des jeunes comme une réalité unitaire et organisée.[14]

Il faut reconnaître que cet effort, systématique et global, de réflexion, de formation et de communication est suivi par les Provinces d’une manière plutôt irrégulière. Tandis que certaines Régions et certaines Provinces l’assument et le tentent, d’autres pour diverses causes, continuent avec le modèle précédent, parfois en changeant seulement quelques noms. En général, on perçoit la difficulté des confrères et des communautés pour assumer la nouvelle mentalité et rénover la pratique quotidienne.

1.1.3 Les Chapitres Généraux 23 (1990) et 24 (1996)

Ensuite le CG23 fait sien le cheminement précédent de la Congrégation et présente une proposition unitaire de chemin pastoral qui rassemble d’une façon organisée tous les éléments fondamentaux de la Proposition éducative pastorale salésienne. 

Le Recteur  majeur disait dans son rapport au Chapitre sur l’état de la Congrégation : « Le secteur de la Pastorale des jeunes a besoin d’une sérieuse et nouvelle réflexion organisée et opérationnelle […] En jugeant au niveau mondial, on peut dire que le secteur des jeunes a été l’objet d’encouragements généraux, mais pas, sur le plan des structures, de poussées innovatrices, décisives et opérationnelles, avec l’application de personnes, de moyens et d’orientations contraignantes ».[15] On peut affirmer que le CG23 constitue la réponse à ce besoin : une présentation unitaire, organisée et opérationnelle de toute la Proposition pastorale salésienne. 

Le Chapitre propose à la Congrégation les lignes fondamentales d’un itinéraire salésien d’éducation à la foi qui réponde à la condition complexe des jeunes dans ses divers contextes et réalise dans la pratique la synthèse entre éducation et évangélisation qui caractérise notre système éducatif ; il présente, sous une forme dynamique et progressive, les éléments centraux des quatre secteurs de l’itinéraire d’éducation à la foi, secteurs qui correspondent parfaitement aux quatre dimensions de la proposition éducative et pastorale salésienne, à savoir le secteur de la maturité humaine, le secteur de la rencontre avec Jésus Christ, le secteur de l’appartenance à l’Eglise, le secteur de l’engagement pour le Royaume.[16]   

Le Chapitre développe également les valeurs de la Spiritualité Salésienne des Jeunes, qui, comme projet original de vie chrétienne et chemin de sainteté, constitue le but et l’inspiration qui doit guider et soutenir tout le cheminement d’éducation à la foi.[17]

En plus de la présentation des contenus, des valeurs et des démarches de la proposition, le Chapitre offre aussi quelques orientations pour la rendre opérationnelle : la communauté salésienne, animatrice d’une communauté éducative et pastorale, comme agent fondamental de la proposition;[18] une animation pastorale provinciale capable de favoriser et de développer l’unité organisée des différents aspects de la pastorale (le Délégué provincial pour la Pastorale des Jeunes et une équipe autour de lui);[19] l’orientation des vocations comme élément qualifiant de l’itinéraire;[20] l’importance de la communication sociale comme chemin et forme actuelle pour l’évangélisation.[21]

Après le Chapitre un bon nombre de Provinces s’engagent avec effort et enthousiasme à mettre en œuvre concrètement dans leur contexte propre les indications  de l’itinéraire d’éducation à la foi. Mais souvent la maigre formation des animateurs rend peu opérationnels ces itinéraires.

Le CG24 approfondit un aspect central du modèle pastoral, son agent fondamental, la communauté éducative et pastorale, dans laquelle les Salésiens et les laïcs partagent l’esprit et la mission de Don Bosco. A la lumière d’une ample vérification de la situation et du chemin accompli dans la Congrégation, le Chapitre présente les motivations ecclésiales, charismatiques et culturelles qui invitent à aller plus loin et offre les critères d’action et les orientations opérationnelles nécessaires.

La nouveauté, disait le Recteur majeur lors de la conclusion du Chapitre, « provient de l’irruption [des laïcs] dans l’horizon salésien et de la place que prend leur expérience au cœur de notre charisme ».[22] Le Chapitre nous invite à passer de l’acceptation des laïcs comme simples collaborateurs à leur implication dans la mission qui soit une véritable implication, d’une aide au niveau de l’action à un véritable et propre partage de responsabilités, de relations essentiellement établies dans le cadre de la fonction assumée à une profonde communication, entre les personnes comme dans le groupe, autour des valeurs de la pédagogie et de la spiritualité salésiennes, et tout cela avec des itinéraires systématiques de formation qualifiée. 

De cette façon le CG24 confirme et approfondit l’importance de la Communauté Educative et Pastorale [CEP], comme étant la forme concrète de réalisation du projet éducatif et pastoral salésien, en impliquant, dans un climat de famille, jeunes, éducateurs, religieux et laïcs ; il définit le rôle spécifique de la communauté religieuse salésienne dans l’animation de la CEP et les critères fondamentaux pour la formation pastorale salésienne qui doit l’animer.[23]

1.2   Les grands objectifs de ce cheminement

Pendant ce parcours, la Congrégation découvre et réaffirme quelques aspects caractéristiques de sa pratique pastorale : je crois qu’il est important de les présenter au moyen d’une synthèse pour mieux comprendre l’ensemble du cadre fondamental de référence de la Pastorale Salésienne des Jeunes.

1.2.1 Une perception de plus en plus approfondie de la nouvelle situation des jeunes

Les milieux et les contextes, sociaux et ecclésiaux, se sont profondément transformés. Les jeunes vivent de nouvelles valeurs et ont de nouveaux critères de vie, qui constituent une véritable nouvelle culture ; les maillons traditionnels de la transmission de la culture et de la religion (la famille, l’école, l’Eglise…) se sont affaiblis et souvent sont entrés en crise. La situation dans laquelle on doit réaliser l’engagement éducatif et pastoral est variable selon les lieux et les moments et elle est en continuel changement. Il n’est donc pas possible de se contenter de petites retouches d’ajustement de la pratique traditionnelle, ni de penser à un schéma d’action égal pour tous. 

Avec cette conscience de plus en plus explicite, on commence à dépeindre une “nouvelle” présence salésienne au milieu des jeunes,[24] une “nouvelle évangélisation”,[25] une “nouvelle éducation”,[26] et même un “nouveau système préventif”.[27] Par ces affirmations on veut exprimer le besoin de repenser et d’approfondir les contenus et la mise en place de l’éducation et de la pastorale salésiennes, en réponse à la nouvelle situation des jeunes.

1.2.2 Un effort pour reformuler les contenus et les modalités qui étaient en cours dans l’éducation et la pastorale traditionnelles

Les appels répétés et pressants de l’Eglise à renouveler la catéchèse et la formation chrétienne, surtout celles des jeunes intégrés dans des contextes profondément sécularisés, en donnant la priorité à l’évangélisation et à une annonce renouvelée de Jésus Christ, ainsi que l’expérience de l’inadéquation de nombreuses propositions offertes dans nos milieux éducatifs, font sentir l’urgence de repenser en profondeur les contenus et les modalités de l’éducation à la foi, en particulier autour de quelques points fondamentaux :

  • Avant tout l’unité et l’intégralité de la proposition éducative et pastorale, en dépassant la tendance à tout fragmenter que présente une pratique qui considère la pastorale comme un secteur (‘l’aspect religieux’) venu s’ajouter aux autres aspects de l’action éducative, plutôt que comme la qualité qui caractérise toute la proposition. Penser l’action pastorale comme une unité organisée signifie la voir comme un unique processus dans lequel les différents éléments qui le constituent s’articulent et se qualifient mutuellement, en contribuant ensemble à la réalisation de la même fin, qui est le développement intégral du jeune considéré dans la totalité de son être.

    Une manifestation de cette unité est le rapport étroit qui existe entre les quatre dimensions de la pastorale salésienne (dimension d’éducation, dimension d’évangélisation, dimension d’association et dimension de vocation) qui doivent être pensées et se développer en liaison intime, en particulier l’éducation et l’évangélisation : une éducation qui développe le sens religieux de la vie et ouvre et favorise le processus d’évangélisation, et une évangélisation qui propose à l’éducation un modèle d’humanité pleinement réussie et respecte dans son développement la dynamique éducative.

  • Le sens communautaire de la proposition salésienne, qui naît d’une communauté et donne vie à une communauté. La communauté éducative et pastorale, dans laquelle salésiens et laïcs partagent l’esprit salésien et la mission salésienne, est le véritable agent de la pastorale salésienne. Dans cette ample communauté éducative la communauté religieuse salésienne assume des tâches spécifiques de témoignage, d’animation, de communion et de formation, comme l’affirme le CG24.[28]
  • Une mentalité qui pousse à œuvrer selon des projets. Bien que l’élaboration du Projet Educatif et Pastoral fût déjà demandée aux Provinces en 1978,[29] que ce projet fût déjà codifié dans les Règlements Généraux six années plus tard,[30] et approfondi par le Dicastère au moyen d’un ensemble d’orientations qui en clarifiaient les contenus et la méthodologie, sa mise en œuvre concrète n’a pas été facile. Les communautés ne réussissaient pas à comprendre qu’il ne s’agissait pas tant d’élaborer un document, dans lequel on présentât les multiples activités et interventions que l’on voulait développer dans l’œuvre éducative, que surtout de les organiser et de les coordonner de manière à les rendre à même de constituer un chemin progressif vers des objectifs concrets et vérifiables, avec de claires options de priorité à donner et de suite d’opérations à effectuer. Sans cette mentalité qui pousse à œuvrer selon des projets, le projet, en effet, ne réussissait pas à guider et à orienter la pratique quotidienne.
  • Un style d’animation qui exprime dans la nouvelle situation des jeunes quelques éléments centraux du Système Préventif : un style de présence au milieu des jeunes qui privilégie les relations interpersonnelles plus que les relations institutionnelles, un accompagnement qui veille surtout à approfondir les motivations des orientations plutôt que leur simple accomplissement, une intervention qui fait naître la communion et la convergence autour d’un projet partagé plus que multiplier les initiatives.

1.2.3 Elargissement du champ d’action en réponse à la nouvelle situation.

Avec la crise des organisations traditionnelles qui opèrent en éducation apparaissent de nouveaux lieux et de nouvelles expériences, qui prennent une signification pour les jeunes et deviennent capables de transmettre des valeurs et des styles de vie. Avec l’allongement de l’âge des jeunes se manifestent aussi de nouvelles possibilités de formation et d’implication ; la laïcisation progressive du milieu et la multiplication de la marginalisation des jeunes présentent de nouveaux défis et ouvrent de nouvelles possibilités d’éducation parmi les jeunes.

C’est pour cela que se développent partout de “nouvelles présences” qui essaient de nouvelles formes d’approche et de rencontre avec les jeunes, aussi bien dans le secteur de la marginalisation des jeunes que dans le domaine de la recherche d’associations, qui mûrit vers 1988 dans le Mouvement Salésien des Jeunes ; se manifestent aussi des Centres de pastorale des jeunes et de catéchèse, des initiatives de communication sociale à l’adresse des jeunes pour développer les nouveaux langages et les nouveaux champs d’expression des jeunes, des Centres de spiritualité, une plus grande attention au monde des jeunes universitaires au moyen de foyers et de centres de jeunes établis pour eux, le développement du volontariat missionnaire, etc.

Si au début beaucoup de ces nouvelles présences apparaissent comme en juxtaposition et parfois en opposition avec les présences traditionnelles, progressivement elles sont assumées par les Provinces et intégrées dans leurs projets éducatifs et pastoraux. Plus encore, le thème de la “nouvelle présence” s’étend à toutes les œuvres, en poussant le renouvellement de leur pratique pastorale de sorte qu’elles deviennent de nouvelles formes de présence et de service éducatif parmi les jeunes.

Ce nouveau type de présence demande une nouvelle organisation de l’éducation et de la pastorale, un nouveau rapport avec la communauté ecclésiale et avec le territoire ; c’est pour cela que lentement, mais sans répit, les Provinces renouvellent leurs présences et tentent de les rendre plus significatives (Ecoles, Formation Professionnelle, Patronages et Centres de jeunes…).  

A partir du CG20 se produit un rapide veloppement des présences en paroisse, qui cessent d’être considérées comme ‘exceptionnelles’. Et elles se multiplient dans la Congrégation ; mais ce développement se produit avec une importante difficulté à assumer en elles les nouvelles perspectives et l’identité de la pastorale salésienne. Dans son rapport au CG22 (1984) le Recteur majeur fait connaître les difficultés rencontrées pour donner à nos présences en paroisse un visage jeune et une formulation qui s’accorde avec la proposition éducative et pastorale salésienne ; le modèle pour opérer en pastorale des jeunes et les itinéraires d’éducation à la foi n’ont été ni explicités, ni assumés.[31]

1.2.4 Rénovation des structures d’animation pastorale et de gouvernement pastoral dans la Congrégation et dans les Provinces.

Depuis le CG19 la Congrégation sent le besoin de rénover les structures d’animation pastorale. Dans la nouvelle situation, caractérisée par l’énorme variété de contextes dans lesquels opèrent les Salésiens, il n’est pas imaginable qu’un même programme ou un même schéma puissent s’appliquer partout sous une forme univoque. Les Provinces doivent reprendre les orientations générales et le cadre de référence général pour les adapter à leur propre situation, en dialogue avec les caractéristiques sociales et culturelles du lieu. C’est pour cela qu’il est indispensable de développer dans les Provinces un système d’animation pastorale et de gouvernement pastoral capable d’accomplir cette réflexion et d’accompagner les communautés locales dans la mise en pratique du modèle pastoral, en assurant aussi une communication menée souplement avec les autres Provinces et avec le centre de la Congrégation.

L’unité organisée de la pastorale salésienne exige qu’il y ait un unique point de référence pour toute la pastorale dans ses diverses manifestations et ses différents secteurs : ce point est constitué par le Conseiller pour la Pastorale des Jeunes au niveau mondial et par le Délégué pour la pastorale des jeunes au niveau provincial ; c’est à eux qu’il revient d’animer et de guider les différents secteurs et milieux de la pastorale dans l’unité et dans la coordination des opérations ; et pour cela, à côté du Délégué, est requise la présence d’une équipe qui partage avec lui la responsabilité de l’animation.

Cette structure a déjà été pleinement définie dans le CG23[32] et s’est répandue dans toute la Congrégation. La difficulté consiste à ce que soit admise de la part des confrères cette importante fonction d’animation pastorale, qui ne peut se réduire à organiser quelques activités avec les jeunes ou à coordonner quelques événements ou quelques secteurs, mais qui doit accompagner les communautés locales dans leur effort pour réaliser le modèle de la pastorale : effort qui leur permet de dépasser la tendance à perdre la vision d’ensemble pour se cantonner dans ce qui est sectoriel et de faire grandir en elles la mentalité qui pousse à œuvrer selon des projets ainsi que la dimension communautaire de la pastorale des jeunes. En outre, le Délégué, avec la collaboration de l’équipe, doit coordonner tous les secteurs de la pastorale de la Province, en faisant en sorte que dans chacun soient présentes les quatre dimensions fondamentales de la pastorale et que se réalise, au niveau de l’action, une vraie convergence pour le service de la mission éducative elle-même et pour l’évangélisation des jeunes. Cela demande un Délégué à temps plein, muni d’une capacité de contact avec les communautés locales, ainsi qu’une étroite liaison de l’animation pastorale avec le gouvernement de la Province, à savoir le Provincial avec son Conseil.

Il n’a pas été facile dans certains endroits de comprendre et surtout de mettre en œuvre cette nouvelle formulation, ce qui a entraîné une lenteur excessive pour assimiler et appliquer le modèle pastoral. On a vu que les Provinces qui comptent sur une équipe d’animation pastorale, constituée selon des critères rénovés, sur un Conseil provincial qui donne du temps à la réflexion pastorale, sur un dialogue et un échange suivis avec le Dicastère et avec d’autres organismes intermédiaires d’animation (Conférences, Centres nationaux, etc.) font de fait des progrès dans le développement d’une pastorale salésienne des jeunes dynamique, significative et capable de répondre aux nouvelles situations.

1.2.5 Le point focal d’attention : la qualité de l’action éducative pastorale

Un premier regard porté sur le chemin parcouru depuis 1970 nous fait voir un développement de type essentiellement extensif. Ce qui était particulièrement demandé par les nouveaux fronts missionnaires, par les besoins sociaux qui apparaissaient, par l’insertion de forces laïques dans nos œuvres. Pour cela, il s’est produit un agrandissement de chaque œuvre et une multiplication des présences dans presque toutes les Provinces.

Souvent une telle extension a fini par produire une certaine baisse de qualité dans les communautés, affaiblies et submergées par des tâches d’organisation et de gestion ; et surtout elle n’a pas régénéré les forces comme on s’y attendait.

C’est surtout au cours de ces vingt dernières années que l’on a insisté sur le fait de se concentrer de préférence sur la qualification de l’action éducative et pastorale. Dans beaucoup de secteurs de la société qui est complexe, la qualité se présente aujourd’hui comme une condition pour que l’on soit significatif et même pour que l’on produise de la quantité. On a donc essayé de concentrer tous les efforts d’animation sur la qualité, surtout sous les aspects suivants :

  • ne pas se contenter d’une pastorale qui se limite à de premières approches, à des activités d’amusement, à des propositions qui restent dans le vague adressées au grand groupe ou seulement à la tenue de l’administration ou de la gestion des activités, mais concentrer les interventions sur l’objectif de la maturation humaine et de l’éducation à la foi, avec des propositions explicites et fortes, en accordant du temps et des ressources pour suivre systématiquement les groupes et les personnes, en offrant une diversité de propositions selon le niveau atteint…
  • assurer un cheminement systématique d’évangélisation (annonce de Jésus Christ) et d’éducation à la foi capable de conduire les jeunes à la rencontre personnelle avec Jésus et avec l’Eglise ; donner une éducation au sens de la vocation de la vie et à l’engagement solidaire, qui puisse susciter et accompagner des vocations à un engagement spécial et à une consécration dans l’Eglise et dans la Famille Salésienne.
  • développer la dimension éducative dans nos œuvres et dans nos propositions, en favorisant la personnalisation des valeurs et la recherche du sens chrétien de la vie, en soignant le type de culture que nous transmettons dans les contenus et dans les méthodologies éducatives employées, en stimulant l’attention et l’acceptation vis-à-vis des autres ainsi que le souci du bien commun, en apportant une attention spéciale au développement de la dimension religieuse de la personne…
  • impliquer avec davantage de coresponsabilité et qualifier les agents de la pastorale, (communautés salésiennes, collaborateurs laïcs, animateurs de jeunes, etc.) pour les rendre capables de répondre de façon appropriée aux défis qui, sur le plan de l’éducation et de la pastorale, viennent des jeunes d’aujourd’hui et de vivre la mission avec enthousiasme et dynamisme.

Telles ont été les préoccupations prioritaires dans l’animation pastorale pendant ces dernières années.

 

2.   LA SITUATION ACTUELLE

A la fin des années quatre-vingt, il existait un patrimoine de réflexion et de pratique pour la pastorale salésienne extraordinairement riche et consistant : on sentait la nécessité d’en avoir une vision d’ensemble complète et d’établir, dans une synthèse organisée et partagée, la collection des lignes fondamentales afin d’en faciliter l’assimilation personnelle et l’orientation de la pratique. Le Dicastère pour la Pastorale des Jeunes chercha à répondre à cette nécessité en offrant aux Provinces et aux communautés la collection organisée susdite, en développant ces dernières années un processus systématique de formation pastorale, en particulier pour les confrères qui ont des responsabilités d’animation et de gouvernement, et en insistant sur quelques points qu’il est bon de rappeler.[33]

2.1. Connaissance et assimilation du modèle de pastorale

Les diverses Provinces et les différentes communautés ont fait un effort remarquable d’assimilation et se sont engagées pour mettre en œuvre les lignes fondamentales du modèle pastoral, pour répondre de mieux en mieux aux nouvelles exigences de la jeunesse. Dans ce cheminement, on a fait l’expérience de quelques difficultés, comme celle de l’écart entre la quantité de propositions reçues et la possibilité de les mettre en pratique, celle de la diversité du rythme d’assimilation de la nouvelle mentalité pastorale de la part des communautés et des Provinces, comme celle de l’augmentation des demandes et des nécessités qui souvent pousse à une action dispersée et peu programmée, qui laisse peu de place à la réflexion. De tout cela il s’ensuit que les Provinces en arrivent à assimiler et surtout à traduire dans la pratique les orientations de la Congrégation avec bien du mal et d’une façon limitée.

Au cours de ces années, on a présenté et approfondi ce modèle pastoral avec toutes les équipes interprovinciales de Délégués pour la pastorale des jeunes, en vérifiant le chemin accompli, en clarifiant les éléments fondamentaux, en particulier la compréhension de l’unité et de l’intégralité de la pastorale salésienne dans la pluralité des œuvres, des services et des activités, en aidant à dépasser la tendance, encore assez présente, à perdre la vision d’ensemble pour se cantonner dans ce qui est sectoriel. Le modèle pastoral a été également étudié dans les rencontres de Provinciaux dans les Conférences provinciales ; on a accompagné quelques Régions et quelques Provinces, en favorisant en elles une plus grande connaissance des lignes fondamentales et une coordination pastorale plus efficace.

Dans cet effort d’assimilation, cependant, on perçoit souvent des conceptions qui tendent à réduire l’importance de la pastorale : c’est le cas, par exemple, lorsque celle-ci se ramène à l’action immédiate ; ces conceptions favorisent une vision peu unitaire entre pastorale, vie communautaire et spiritualité, en faisant qu’il devient difficile de vivre l’unité de la vocation et le développement intégral du “Da mihi animas”.

La spiritualité salésienne, expression concrète de la charité pastorale, constitue un élément fondamental de l’action pastorale salésienne : elle est la fontaine d’où coule sa vitalité évangélique, le critère pour discerner et affronter les défis quotidiens, la source de l’enthousiasme et de la passion apostolique, le fondement de l’unité de tous ceux qui partagent et collaborent dans la mission. “Pour nous, la récupération de la spiritualité ne peut se détacher de la mission […] C’est pourquoi il devient inconcevable et injustifiable d’estimer que la « mission » serait un obstacle pour rencontrer Dieu et cultiver l’intimité avec Lui”.[34]

De la même manière, la vie communautaire n’est pas seulement une aide pratique pour l’efficacité de l’action pastorale, mais elle en constitue un élément fondamental : “Vivre et travailler ensemble est pour nous, salésiens, une exigence fondamentale et une voie sûre pour réaliser notre vocation” (Const. 49). Comme nous le rappelait le CG25 : « Le premier service […] que les jeunes attendent de nous est le témoignage d’une vie fraternelle qui devienne une réponse à leur besoin profond de [communion], une proposition d’humanisation, une prophétie du Royaume et une invitation à accueillir le don de Dieu ».[35]

Spiritualité, communauté et action pastorale expriment ensemble la richesse de notre mission sous des points de vue différents, et doivent être pensées et vécues dans une relation continuelle et dans une profonde unité.

2.2. Un rapport plus systématique du Dicastère avec les équipes des délégués provinciaux pour la Pastorale des Jeunes

Une stratégie importante dans cet effort a été de développer dans toutes les Régions ou dans tous les groupes de Provinces la collaboration systématique des Délégués provinciaux au moyen de rencontres régulières de vérification, d’étude et de programmation. Les démarches du Dicastère pour contacter fréquemment et pour accompagner les équipes provinciales ont permis d’orienter l’action pastorale de chacune des Provinces selon les indications de la programmation de la période de six années et de développer un lien fécond entre elles.

Pour faciliter ce rapport et ce dialogue entre le Dicastère et les équipes des Délégués provinciaux, on a mis en place la “Consulte Mondiale” : en elle se trouvent des représentants de tous les groupes interprovinciaux de Délégués et elle constitue un moment fort de réflexion et d’approfondissement sur des aspects centraux de la pastorale, en favorisant l’unité de vision et d’orientation.

En regardant chacune des Provinces, on constate qu’a été davantage comprise et appréciée la fonction d’animation du Délégué provincial et de l’équipe : cela se voit, par exemple, dans le choix du délégué, dans la continuité dans le service, dans la vérification et la réorganisation de l’équipe provinciale pour la rendre plus opérationnelle et efficace, etc.… ; on doit toutefois reconnaître que dans quelques Provinces on doit encore renforcer cette physionomie du Délégué et son rôle comme coordinateur de toute la Pastorale.

2.3 Quelques aspects du renouveau pastoral

  • Ouverture généreuse et créative à de nouveaux fronts d’action pour les jeunes, surtout aux nouvelles et aux anciennes pauvretés (enfants de la rue, drop-out [marginaux], immigrants…), au monde des associations recherchées pour et par les jeunes ainsi qu’aux nouveaux langages (musique, théâtre, tourisme…), au volontariat et, d’une manière plus modeste, mais significative, au secteur de la spiritualité des jeunes (maisons et équipes au service de la spiritualité des jeunes).

    En vérité, ces fronts d’action ne sont pas encore pleinement intégrés dans le Projet des Provinces, éprouvent des difficultés pour se coordonner avec les présences plus institutionnalisées, comme les écoles, les paroisses, etc. et, souvent, leur gestion et leur organisation demandent un tel effort qu’aux salésiens qui en ont la responsabilité il reste peu d’énergies pour veiller à la qualité et à l’organisation méthodique de la proposition d’éducation qu’on y offre.

  • Une sensibilité renouvelée pour donner plus de qualité sur le plan de l’éducation et de l’évangélisation à la proposition éducative et pastorale que nous offrons dans nos œuvres, au moyen d’une réflexion sur le Système Préventif pour l’adapter aux nouveaux défis que présente le monde de l’éducation, aux nouvelles exigences du travail avec les jeunes à risque, à l’urgence du renouvellement de l’évangélisation et de l’éducation à la foi.

    Mais cette volonté d’un renouvellement trouve des difficultés pour qu’il soit traduit dans des programmes et des processus concrets. En effet, notre pastorale est encore peu missionnaire, c’est-à-dire qu’elle présente une attention insuffisante à la première annonce ou à l’annonce renouvelée de l’Evangile, qu’elle ne trouve pas la manière de s’adapter aux possibilités qu’offre un grand groupe, sans oublier cependant les besoins de ceux qui sont plus ouverts et disponibles ; il manque dans la pastorale des vocations une organisation méthodique, animée par la communauté et vraiment insérée dans la pastorale ordinaire des jeunes. C’est pourquoi les initiatives, qui sont pourtant développées en grand nombre, réussissent avec difficulté à produire un itinéraire solide d’éducation à la foi, capable d’aider les jeunes à la personnaliser et à l’intégrer dans leur vie.

  • Processus systématiques de formation pastorale et salésienne des éducateurs

    Il existe dans les Provinces la préoccupation pour la formation pastorale et salésienne des collaborateurs et des animateurs de jeunes, avec de nombreuses initiatives : cours pour la formation des professeurs d’enseignement général et des professeurs de centres de formation professionnelle, centres pour la formation des animateurs de jeunes, rencontres diverses dans les communautés et les Provinces, etc. Il y a en outre quelques centres pour la formation pastorale et salésienne des Salésiens et des collaborateurs laïcs comme le Centre Régional de Formation Permanente de Quito, pour la Région Interaméricaine, qui a intégré dans son programme la formation pastorale et qui est en train de développer un cours de formation pastorale pour les Délégués et les membres des équipes provinciales de pastorale des jeunes ; comme le Centre Don Bosco de Lyon (France) ou le “DonBoscovormingscentrum” de Belgique Nord, etc. En collaboration avec les IUS [Institutions Universitaires Salésiennes] * et la Commission de l’Ecole Salésienne en Amérique, on a commencé un cours virtuel pour la formation salésienne des professeurs de l’école, selon les lignes définies lors de la deuxième rencontre continentale (Cumbayá II), et auquel ont déjà participé 702 professeurs.

    Dans ce domaine de la formation pastorale, on doit prendre beaucoup plus de soin de l’organisation méthodique des propositions, de leurs retombées dans la vie quotidienne des œuvres, de la coordination et du partage des initiatives et des programmes, d’une formulation selon le modèle de la Pastorale Salésienne des Jeunes qui puisse favoriser une vision plus unitaire et intégrale de la pastorale ; on doit prendre soin, en outre, du travail en équipe et du travail en réseau, ainsi que du développement de méthodologies adaptées pour affronter positivement la complexité de la pastorale et dépasser la tendance à perdre la vision d’ensemble pour se cantonner dans ce qui est sectoriel.

    Un objectif stratégique à poursuivre d’une manière spéciale est la formation pastorale des Salésiens afin qu’ils puissent devenir des animateurs du nouveau modèle de la Pastorale des Jeunes et assumer leur tâche spécifique de promoteurs et de guides de la formation salésienne et pastorale de leurs collaborateurs.[36]

 

3.  LES DIVERS SECTEURS DE LA PASTORALE SALÉSIENNE DES JEUNES

La pastorale salésienne des jeunes est réalisée, dans un territoire donné, selon une “pluralité de formes que déterminent d’abord les besoins de ceux dont nous nous occupons” (Const. 41) et les exigences des milieux dans lesquels les jeunes vivent, milieux surtout d’appauvrissement économique, politique et culturel. Cette pluralité d’œuvres et de services laisse voir son unité et en même temps sa richesse. Chacune des œuvres et des structures apporte sa spécificité à l’ensemble et contribue à concrétiser le critère présenté par l’expérience de l’Oratoire décrite dans l’article 40 des Constitutions. Pour exprimer avec clarté cette unité de la pastorale salésienne dans le territoire et dans l’Eglise locale, on doit penser les différentes œuvres et les divers services, qui constituent une présence salésienne dans un territoire déterminé, en termes de mutuelle référence et de complémentarité.[37]

3.1 Les Patronages et les Centres de Jeunes

L’Oratoire est à l’origine et constitue le prototype de chaque œuvre salésienne. Comme tel il est même aujourd’hui la première forme de présence salésienne au milieu des jeunes. Aujourd’hui, cependant, la réalité de l’Oratoire prend des formes et des caractéristiques multiples, en essayant de répondre aux besoins et aux attentes des jeunes et d’atteindre le plus grand nombre possible d’entre eux, en particulier ceux qui sont le plus dans un état de pauvreté et en manque du nécessaire. 

En décembre 2007, dans la Congrégation, on comptait 635 Patronages du dimanche et des jours de fête ou de fin de semaine,[38] plus 164 Patronages quotidiens qui offrent différents services aux jeunes après le temps scolaire ; il y avait aussi 529 Centres de Jeunes pour les adolescents et les jeunes gens ; plusieurs d’entre eux offrent aux jeunes qui sont sans travail ou en marge du système scolaire la possibilité d’acquérir une formation de base ou de se préparer pour un travail ; quelques-uns même essaient de récupérer les jeunes dans des situations graves de risque social.

Cette diversité de formes constitue une grande richesse, offre de multiples possibilités de contact avec la masse d’enfants, d’adolescents et de jeunes et elle est une énorme ressource éducative. Mais elle présente aussi le risque de centrer la dynamique du Patronage presque uniquement dans les activités ludiques et récréatives, en diminuant celles qui sont plus spécifiquement éducatives et formatrices. C’est pour cela que beaucoup de Provinces se sont engagées à repenser l’identité du Patronage et du Centre de Jeunes et à rétablir sa méthodologie pastorale d’origine, en impliquant les communautés salésiennes et les communautés éducatives avec les différents groupes de la Famille Salésienne. Un engagement à encourager et à accompagner.

On veut assurer l’ouverture du Patronage-Centre à tous les jeunes qui ne réussissent pas à parvenir à d’autres structures et propositions éducatives, en particulier à ceux qui sont le plus dans un état de pauvreté ou de risque, de sorte que le Patronage devienne le front d’action missionnaire de la communauté chrétienne. On cherche une méthodologie pastorale qui réussisse à répondre aux besoins les plus immédiats de la grande masse des jeunes, sans cependant oublier de faire les propositions qui engagent et exigent davantage pour les jeunes disposés à suivre un chemin de formation en profondeur.

Lui-même, le milieu de l’Oratoire de Valdocco, tout en répondant aux besoins de divertissement et d’une élémentaire formation pour la majorité des jeunes, offrait aux meilleurs d’entre eux de sérieuses propositions de formation et d’engagement chrétien. Plus encore il existait en lui une dynamique qui suscitait dans les jeunes l’envie d’accroître et d’approfondir leur formation personnelle, en passant des simples besoins dans le domaine du sport ou de l’instruction à des engagements plus systématiques et profonds de formation humaine et chrétienne, en cessant d’être des consommateurs d’activités pour être des protagonistes et des animateurs de ces dernières et pour être parmi ceux qui font naître l’ambiance éducative au service de leurs compagnons. Comment traduire aujourd’hui au sein de nos patronages cette caractéristique des origines ?

Un autre défi auquel on veut répondre, c’est de faire du Patronage-Centre de Jeunes une vraie communauté éducative fortement marquée par une identité et une dynamique sur le plan de la formation, telles qu’elles apparaissent dans un milieu humain et chrétien qui comporte une présence significative des Salésiens et des éducateurs au milieu des jeunes, dans le partage de la vie de ces derniers, des propositions éducatives diversifiées selon la réalité et les besoins des jeunes eux-mêmes, le développement de la coresponsabilité des laïcs et des jeunes animateurs autour d’un PEPS, partagé par tous, une dynamique de formation et un accompagnement approprié des groupes et des personnes capable d’aider à personnaliser les propositions et les occasions offertes.

3.2 La Paroisse confiée aux Salésiens

L’engagement des Salésiens dans le ministère paroissial est manifesté surtout au moyen des paroisses confiées à la Congrégation et des paroisses missionnaires. Leur nombre a considérablement augmenté au cours des dernières années. En 2007, les paroisses confiées à la Congrégation et les paroisses missionnaires constituaient un ensemble de 1 212 paroisses, dans lesquelles plus de 3 000 salésiens avaient la charge pastorale de plus de 11 millions de fidèles.

Pour la plus grande partie, ces paroisses se trouvent dans des quartiers populaires ou dans des territoires de première évangélisation. En beaucoup d’endroits, la paroisse confiée aux Salésiens est accompagnée du Patronage, de l’école ou même d’un Centre de promotion sociale, avec une attention particulière pour les jeunes à risque. De cette façon, les Salésiens, intégrés directement dans la structure d’une Eglise particulière, offre à cette dernière l’apport original et spécifique de leur charisme.

Malgré la quantité considérable de paroisses confiées à la Congrégation, souvent ce secteur de la pastorale salésienne ne reçoit pas l’attention, l’accompagnement et la coordination qui conviendraient de la part des Provinces. Ces dernières années, on est en train de développer des rencontres de curés et de salésiens engagés dans les paroisses en vue de leur formation et de leur coordination, des rencontres interprovinciales ou nationales en vue d’approfondir quelques défis qui ont de l’importance pour notre présence salésienne dans le ministère paroissial ; mais il reste encore beaucoup à faire, et à faire mieux.

Voici quelques aspects à approfondir avec urgence :

  1. Assurer l’identité salésienne dans le travail pastoral qui est réalisé dans la paroisse. Cela exige d’assumer certains choix charismatiques dans la vie et la mission de la communauté paroissiale ; en particulier:
    • construire la paroisse en une communauté de fidèles animée par la communauté religieuse salésienne ; une communauté articulée en groupes et en communautés plus petites dans lesquelles on développe une plus grande communication, un engagement plus intense, une participation plus réelle et une relation visible entre tous ces groupes et le milieu humain et social de la paroisse ;
    • offrir à tous une proposition systématique d’évangélisation et d’éducation à la foi, en favorisant une pastorale plus missionnaire, qui soit à même de chercher et d’entrer en contact avec tous, surtout avec les jeunes et avec ceux qui ne sont pas proches, en devenant souvent de cette façon le premier lieu de rencontre sympathique et significatif avec l’Eglise, avec une proposition d’évangélisation ou de première annonce pour ceux qui ne sont pas proches et avec un itinéraire soutenu et graduel d’éducation à la foi, surtout pour les jeunes et les familles ;
    • développer un choix pour les jeunes qui soit à même d’assurer que la pastorale des jeunes n’est pas seulement un secteur au milieu d’autres, mais qu’elle constitue la qualité qui caractérise toute la vie de la paroisse, de manière que les jeunes se trouvent “chez eux” dans la paroisse salésienne.

  2. Un autre défi important consiste à développer une méthodologie pastorale plus missionnaire et salésienne, avec une grande sensibilité éducative, capable de prendre les personnes au point où elles se trouvent pour susciter en elles le désir de s’ouvrir à la foi et de s’impliquer dans un cheminement soutenu et graduel de vie chrétienne, en accord avec les préoccupations et les expériences de la vie quotidienne de ces personnes et, en particulier, de celle des jeunes, en découvrant chez ces derniers les semences de l’Evangile et l’action de l’Esprit.
  3. On doit en outre aider la communauté paroissiale à élaborer le Projet pastoral unitaire, global et partagé, qui puisse donner l’unité et la continuité à toutes les initiatives qui s’offrent en elle.

Pour progresser dans cette direction, il est fondamental de veiller à la formation pastorale des Salésiens qui se donnent à l’animation de la paroisse et des collaborateurs laïcs, ainsi qu’à une coordination provinciale capable d’accompagner et de soutenir les communautés paroissiales sur ce chemin.

3.3 L’Ecole et le monde de l’éducation formelle

La présence salésienne dans le domaine de l’éducation formelle, et en particulier dans l’école, est l’une des plus consistantes, significatives et répandues.

En 2007 la Congrégation était responsable de 1 208 Institutions scolaires de différents niveaux, avec un peu plus d’un million d’élèves, surtout dans la tranche des préadolescents, même si, au cours de ces six dernières années, a considérablement augmenté le nombre des élèves des écoles supérieures, et en particulier de celles qui sont du niveau universitaire. Les Salésiens qui travaillent dans le secteur scolaire sont au nombre de 2 286 à temps plein et 1 364 à temps partiel, avec la collaboration d’une très grande troupe de laïcs, presque 60 000.

L’école salésienne est une présence chrétienne significative dans le monde de l’éducation et de la culture ; elle aide les jeunes à se préparer dignement pour la vie et contribue à former la mentalité et à transformer la société selon les valeurs humaines et chrétiennes ; c’est pour cela qu’elle est un instrument fondamental pour l’évangélisation. Dans beaucoup de nations de l’Asie ou de l’Afrique, l’école est souvent l’unique forme de présence d’Eglise consentie et, en elle, la communauté chrétienne offre un témoignage de service désintéressé rendu aux secteurs les plus pauvres de la société, est souvent un milieu humain imprégné des valeurs évangéliques, qui porte un témoignage silencieux de Jésus Christ et constitue aussi une occasion précieuse pour les familles chrétiennes de l’endroit d’éduquer chrétiennement leurs enfants.

Ces dernières années la Congrégation a fait un effort considérable pour rénover sa présence en ce domaine, surtout dans les principaux aspects suivants:

  1. La qualité éducative et pastorale du milieu où l’on vit, des programmes et des propositions que l’on offre, de la méthodologie que l’on emploie, des structures et des ressources matérielles elles-mêmes, des personnes qui y sont engagées, au moyen d’un PEPS opérationnel et partagé par toute la communauté éducative, de sorte qu’il devienne capable d’orienter et de guider la dynamique quotidienne de l’école.
  2. En ce sens il est important de dépasser le danger de considérer la pastorale comme un secteur à côté d’autres, et non comme ce qui  constitue la qualité de toute la vie de l’école, la qualité de la culture, de la méthodologie, des relations, des propositions, etc. que l’on y présente et réalise ; souvent cela est bien présenté dans les documents, mais un défi demeure pour réussir à le traduire en pratique dans la vie quotidienne de la communauté éducative.

  3. La communauté éducative et pastorale : s’engager à construire l’école comme une communauté humaine au service de l’éducation et de l’évangélisation des jeunes et pas seulement comme une institution de services éducatifs. Une école est une communauté éducative et pastorale lorsqu’en elle le centre est constitué par des personnes, surtout celles des jeunes, avec des relations interpersonnelles, avec le partage des valeurs de la pédagogie et de la spiritualité salésiennes, avec l’implication et le désir d’être des protagonistes de tous dans leurs différentes fonctions.
  4. Une école qui soit la plate-forme d’une évangélisation efficace et normale, en particulier au moyen de la promotion et de la transmission d’une culture et d’une mentalité qui s’inspirent des valeurs évangéliques. La pastorale salésienne des jeunes dans le domaine de l’éducation doit favoriser chez les jeunes non seulement une vie chrétienne, mais aussi une culture qui s’inspire de la foi et des valeurs évangéliques, qui soit une solution de rechange en face de la culture du milieu souvent caractérisée par le laïcisme, le relativisme, le subjectivisme, l’utilisation immodérée des biens de consommation.
  5. Les contenus culturels qui sont offerts dans la vie quotidienne d’une école, dans les diverses disciplines, dans la méthodologie et dans les relations, etc. ne reçoivent pas toujours l’attention qui serait nécessaire pour garantir une cohérence entre les contenus transmis ou les méthodologies employées et les valeurs de la foi chrétienne, de sorte que celle-ci puisse informer efficacement la vie personnelle, professionnelle et sociale des personnes et que soit établi un rapport fécond entre la foi et la culture.

  6. Une école qui soit attentive et ouverte aux jeunes les plus pauvres ; avec une dynamique et une méthodologie qui préviennent l’échec scolaire et aide à le surmonter par des cours de rattrapage, des cours du soir pour les jeunes qui se trouvent en dehors de la structure scolaire, etc. ; qui favorisent, au moyen de différentes matières et activités proposées, le contact et l’insertion dans la réalité sociale, pour que soient découvertes les causes des situations de marginalisation et d’exclusion qui s’y vivent et que soit suscité l’engagement pour les dépasser ; une école qui développe la culture du dialogue, de la collaboration, de l’acceptation du marginal, de la solidarité.

Ces objectifs ont été promus ces dernières années au moyen d’un effort systématique et soutenu mis en œuvre dans beaucoup de régions de la Congrégation. Peut servir d’exemple le processus que l’on est en train de réaliser dans l’Amérique salésienne à partir des rencontres accomplies à l’échelon du continent comme celles de Cumbayá (1994 et 2001) et de Brasilia (2008). Les conclusions de ces rencontres sont approfondies dans les différentes équipes, constituées au niveau d’une Province et au niveau d’une région, pour les traduire en programmes opérationnels capables de guider l’action des différentes communautés éducatives, en les aidant à vérifier leur pratique éducative et à la transformer. Cet effort est réalisé avec les différents groupes de la Famille Salésienne qui gèrent des écoles en Amérique.

Quelque chose de semblable est en train d’être développé également en Europe (rencontres de Rome en 1994 et en 2000, de Cracovie en 2004 et de Séville en 2010) et dans l’Asie du sud, au moyen des coordinations interprovinciales ou nationales.

Au Brésil, avec ces mêmes buts, les Salésiens et les Filles de Marie Auxiliatrice ont constitué un réseau de l’école salésienne, au moyen duquel on développe la formation des professeurs et l’élaboration de textes scolaires selon la pédagogie salésienne.

Ce chemin de renouveau exige certainement une formation permanente des éducateurs plus systématique. En plus de l’effort des Provinces pour garantir une bonne formation éducative et salésienne avec des programmes systématiques, ont été développés, dans quelques Provinces ou quelques régions, différents centres et divers projets de formation éducative et de pastorale salésienne pour les collaborateurs laïcs, en particulier pour les professeurs de nos écoles.

3.4. Formation professionnelle et la préparation au travail

Depuis ses débuts, la Congrégation salésienne a été connue et appréciée pour ses centres de formation professionnelle, au moyen desquels on offrait aux jeunes les plus pauvres, ceux qui, souvent dès leur jeune âge, devaient travailler pour aider leur famille ou ceux qui ne réussissaient pas à suivre le parcours scolaire normal, une formation humaine et une préparation à un travail professionnel de qualité, qui leur permettait d’affronter avec confiance et responsabilité leur avenir. Egalement de nos jours plusieurs pays qui n’admettent pas une présence explicite de l’Eglise nous confient des œuvres de formation professionnelle et au moyen d’elles nous pouvons constituer un témoignage silencieux, mais clair de l’Evangile de Jésus Christ.

Les œuvres de formation professionnelle sont aujourd’hui très variées, depuis les Ecoles techniques ou professionnelles, environ 180, qui offrent aux jeunes une formation secondaire systématique qui permet de suivre un développement postérieur en Université, jusqu’à des Ecoles de formation professionnelle (457) qui offrent aux jeunes qui se dirigent vers le travail une préparation professionnelle de qualité, avec un programme régulier reconnu. Parmi ces écoles, méritent une attention particulière les 46 écoles agricoles.

Dans le domaine de la formation professionnelle non formelle, se sont multipliés ces dernières années plus de 300 petits centres de préparation au travail, qui offrent, aux jeunes travailleurs ou à ceux qui se dirigent vers le travail, des cours très pratiques de courte durée pour les rendre à même d’avoir une certaine qualification pour leur travail.

Souvent ces centres de formation professionnelle favorisent et soutiennent des initiatives concrètes d’aide pour l’emploi des jeunes travailleurs, des coopératives d’aide mutuelle, des centres d’artisanat et d’autres initiatives pour faciliter l’emploi des jeunes les plus pauvres.

Dans les sociétés modernes en rapide évolution le monde technique du travail est un secteur qui fait l’expérience de changements profonds et rapides ; c’est pour cela que la formation professionnelle, si elle veut aider réellement les jeunes à s’insérer dans ce monde nouveau, doit se transformer dans ses programmes, ses méthodes et aussi dans ses instruments.

Tout cela fait qu’elle a besoin d’être d’une manière spéciale soutenue et orientée, en particulier dans les aspects suivants :

  1. Favoriser la formation intégrale des jeunes. La formation humaine, morale et spirituelle est aussi importante que la formation technique et professionnelle. Très souvent un élève d’un centre professionnel de Don Bosco est préféré aux autres surtout pour les qualités de sa personnalité, plus encore que pour l’instruction ou les qualifications obtenues. Cela, toutefois, ne veut pas dire que l’instruction professionnelle doive être considérée comme secondaire. Le but final d’un centre de formation professionnel salésien, en effet, est précisément de pouvoir assurer au jeune un emploi conforme à l’instruction reçue. Le parcours intégral de formation est précisément orienté vers cet objectif. En conséquence, il est essentiel que chaque centre ait un Projet Educatif et Pastoral, qui guide efficacement son action quotidienne.
  2. Renforcer, dans la tâche d’éducation accomplie par les écoles techniques et les écoles professionnelles, les processus de personnalisation. Aujourd’hui une bonne préparation technique et professionnelle n’est pas suffisante, mais on demande de plus en plus des personnes capables de penser d’une manière autonome, intellectuellement intéressées et douées de sens critique ; des personnes en mesure d’établir des relations positives, stables et efficaces, de promouvoir la collaboration dans des projets communs ; capables de gérer et de résoudre les conflits, d’affronter les changements avec imagination et créativité. Cette exigence est également très ressentie par les jeunes eux-mêmes, qui voudraient une plus grande attention des éducateurs à leur vie. Pour cela, il est important de développer des moments et des parcours de communication et de relation personnelle entre les éducateurs et les élèves, avec les familles, avec le milieu social ; de s’occuper avec soin d’une orientation éducative marquée de respect, mais en même temps chargée de propositions ; de programmer une formation morale et une éducation aux valeurs réellement personnelle, communautaire et solidaire.
  3. Développer dans les différents processus éducatifs une formation sociale systématique et approfondie qui puisse assurer une mentalité plus solidaire et une plus grande capacité de s’engager efficacement pour la justice. Le CG23, en face de l’énorme défi de la pauvreté, signalait la formation à la dimension sociale de la charité comme un devoir fondamental pour donner à l’éducation de la foi un caractère concret et crédible.[39]
  4. Voici quelques éléments qui ne devraient pas manquer dans cette formation :

    • une connaissance appropriée de la complexe réalité sociale et politique, en commençant par les niveaux les plus proches et immédiats ;
    • une présentation complète et systématique de l’enseignement social de l’Eglise, comme clef de lecture de cette réalité et comme indication des buts idéaux vers lesquels il convient de tendre dans l’engagement quotidien;
    • faire approcher par les jeunes des situations qui demandent de la solidarité et de l’aide, surtout dans le monde du travail, par exemple en les mettant en face du drame du chômage des jeunes, de l’exploitation, de l’immigration ou du racisme, etc.

  5. Développer dans notre proposition éducative la pédagogie du travail comme un élément important dans une formation humaine intégrale, en dépassant une pédagogie trop intellectuelle et sélective. Beaucoup de jeunes courent le risque d’une expérience d’échec scolaire ou en ont déjà vécu une ; avec peut-être en plus des problèmes d’intégration personnelle, familiale et sociale. Pour eux, une expérience de travail, positive, programmée et suivie avec des critères éducatifs, peut constituer une excellente possibilité de récupérer un bon état personnel ; le jeune peut retrouver l’estime de lui-même, redécouvrir en quoi il est habile et de quoi il est capable, être motivé pour sa formation personnelle.
  6. Cela demande que dans la proposition éducative nous accordions une large place à quelques expériences de travail, à des services rendus à la communauté, à du travail à l’intérieur d’organisations "non-profit"…, en appréciant en elles surtout la réalisation personnelle et le service rendu pour le bien commun. Cela demande aussi de développer des contacts, riches en qualité et en signification, avec des personnes, des institutions et des milieux du monde du travail, en favorisant le dialogue, l’échange et une connaissance mutuelle, ainsi qu’une collaboration dans la formation. 

  7. Offrir un processus d’évangélisation réellement inséré dans la dynamique d’éducation et de travail. Toute notre action en faveur des jeunes travailleurs a comme but l’évangélisation, mais une évangélisation vraiment intégrée dans leur monde. 

    Un tel projet d’évangélisation doit veiller d’une manière particulière aux aspects suivants :

    • offrir aux élèves une vision, inspirée par les valeurs humaines et évangéliques, de la réalité sociale, économique et relative au monde du travail, en mettant à profit le cours de religion ou de formation morale et l’étude de la Doctrine Sociale de l’Eglise ;
    • proposer des expériences de vie spirituelle et d’ouverture à Dieu, soit dans la vie ordinaire, soit dans des moments significatifs de celle-ci, avec un processus gradué d’initiation à la prière et à la célébration ;
    • offrir également des expériences de service gratuit et solidaire rendu aux plus pauvres, dont les premiers seront ceux du propre milieu ;
    • proposer des moments explicites d’évangélisation et d’éducation à la foi au moyen de groupes adaptés à leur sensibilité et à leurs besoins ;
    • se mettre en relation avec les initiatives pastorales de l’Eglise dans le monde du travail et faciliter aux jeunes leur participation.
  8. Un indice significatif de la qualité et de l’efficacité de la formation reçue sera la facilité avec laquelle les élèves qui terminent la formation trouvent un emploi et un travail et comment ils sont capables de transformer en mieux la société dans laquelle il se sont intégrés. Cela demande de développer une collaboration étroite avec le monde de l’industrie et des entreprises, en favorisant leur coopération dans les programmes de travaux pratiques offerts aux élèves et dans les "stages" de mise à jour pour les enseignants, en cherchant à les consulter dans le processus de renouvellement et de modernisation, en préparant avec les entreprises et les usines des programmes de formation permanente, surtout pour les jeunes qui travaillent déjà, en pensant à des initiatives pour accompagner les jeunes dans les premiers pas de leur insertion dans le monde du travail.
  9. Sur ce point, les Anciens Elèves peuvent avoir une grande importance et apporter une aide véritable : ils peuvent être un pont excellent entre l’école et le monde du travail dans lequel ils se trouvent déjà intégrés ; ils peuvent collaborer à la tâche éducative de l’école au moyen du travail professionnel ou par des services bénévoles ; beaucoup, en outre, peuvent aider les jeunes qui terminent les études, en les accompagnant dans l’insertion dans le monde du travail, en les aidant dans des initiatives d’auto-emploi, en établissant des bourses de l’emploi, etc.

Il existe dans la Congrégation de magnifiques expériences en ce domaine de la formation professionnelle : on pense à des écoles techniques qui sont à l’avant-garde, qui non seulement offrent aux jeunes une formation professionnelle de haute qualité, mais également développent différentes initiatives pour les aider à s’insérer dignement dans le monde du travail.

En raison, précisément, de l’importance qu’a la formation professionnelle dans notre mission éducative des jeunes les plus pauvres, ainsi que des difficultés et des défis qu’elle doit aujourd’hui affronter dans une société en rapide développement, il est urgent de la soutenir en développant une plus grande coordination entre les différents centres aussi bien dans la Province qu’au niveau national et au niveau régional, en favorisant un échange d’expériences, de projets, de ressources et une intense collaboration entre les centres plus développés et les autres plus modestes, surtout dans la formation des enseignants, dans la qualification des programmes et des méthodologies… en cherchant ensemble des moyens et des initiatives pour garantir l’entretien et le renouvellement continuel des centres. 

Ces dernières années, le Dicastère pour la Pastorale des Jeunes a développé quelques initiatives en ce sens, mais on doit certainement faire encore beaucoup plus.

3.5 Le monde de l’Université : Le chemin accompli par les IUS et par d’autres formes de présence dans le monde universitaire.

Par décision du Recteur majeur, le Dicastère pour la Pastorale des Jeunes a assumé pendant cette période de six années l’animation des IUS (Institutions Universitaires Salésiennes). L’objectif proposé a été d’assumer et de rendre opérationnelles l’identité et les politiques approuvées par le Recteur majeur avec son Conseil pour la présence salésienne dans l’éducation supérieure (janvier 2003) au moyen du “Programme Commun 2” (2003-2008), élaboré par l’Assemblée des IUS (juillet 2003). Ce programme répond à trois objectifs (“axes”) stratégiques :

  1. La formation du personnel. Cette formation se développe surtout au moyen du Cours Virtuel IUS [en abrégé : CVI] : “Apprentissage coopératif et technologique d’éducation en université, dans un style salésien”. Il s’agit d’un projet réalisé d’une manière systématique et professionnelle, qui en un temps relativement court a atteint un nombre significatif de professeurs des IUS (environ 3 000) ; il a eu également de fortes retombées sur le renouveau des IUS elles-mêmes et sur le développement positif du “Programme Commun 2” ; sans cette plate-forme humaine, qui partage les valeurs de l’éducation salésienne, il aurait été très difficile de réussir le programme proposé.
  2. Un développement spécifique du CVI est le “Cours Virtuel de formation pour les professeurs de l’école salésienne d’Amérique”, réalisé par plusieurs IUS en collaboration avec le Dicastère pour la Pastorale des Jeunes et la Commission de l’Ecole Salésienne en Amérique ; il veut renforcer l’identité et la compétence éducative des professeurs, en faisant naître entre eux une culture de coopération et de travail en groupe, en développant de nouvelles ressources pour l’action éducative dans les écoles, selon les lignes de la Deuxième Rencontre américaine de l’Ecole salésienne (Cumbayá II). Le premier cours (2006-2007) a été suivi par 702 professeurs.

  3. Le deuxième axe veut consolider les fondations des institutions selon les indications du “cadre de référence” des documents sur l’identité et les politiques. Il comprend trois aspects ou colonnes :
    • La “Charte de Navigation”, c’est-à-dire une série d’instruments et de procédures pour garantir l’orientation et la gestion des institutions dans le cadre de référence de l’identité et des politiques ;
    • Les ressources humaines, la gestion du personnel et des dirigeants, le rôle de la communauté salésienne ;
    • Les ressources économiques, les fonds et la production des ressources, la gestion professionnelle des ressources, les politiques d’investissements, les synergies, etc.

    Le développement de ce deuxième axe a constitué l’engagement fondamental des IUS ces dernières années. Il a été marqué par un cheminement rigoureux, systématique et bien accompagné.  La réponse des IUS a été bonne, mais non uniforme ; en général la majorité a participé avec dévouement et selon les conditions requises ; a été impliqué un groupe significatif de dirigeants, sous la conduite de leur Recteur lui-même. La participation aux Séminaires de Brasilia, de São Paolo, de Lima, de San Salvador et aux Conférences (Chili 2004, Guatemala 2006, Porto Alegre 2009) a été satisfaisante. Toutefois, le résultat final (l’élaboration de la “Charte de Navigation”), même s’il est méritoire pour la quantité (plus de 50% des IUS l’ont présenté) et pour la qualité (il a été un premier essai), manifeste encore des difficultés considérables pour réaliser dans les Universités un vrai processus de planification stratégique.

  4. Le troisième axe se propose de développer des relations par secteur entre les IUS. C’est une initiative très concrète et importante pour établir entre les IUS une vraie communauté scientifique de collaboration autour de projets partagés par diverses Universités, jusqu’à arriver à la construction et au fonctionnement ordinaire d’un réseau, au sens vrai et propre, d’Universités salésiennes qualitativement présentes dans le monde scientifique avec les apports les plus conformes à notre charisme d’éducation des jeunes. Actuellement existent le groupe du Cours Virtuel orienté vers la formation du personnel, le groupe “IUS-Engineering”, le groupe “IUS-Education” ; et sont en préparation le groupe “IUS-formation–pastorale” et le groupe “IUS-nouvelles technologies”.

Au moyen du développement de ce programme, non seulement les IUS augmentent quantitativement (en 2006 elles étaient 61 institutions universitaires de différent niveau : 19 en Amérique, 25 en Inde, 9 en Europe, 5 dans la Région Asie-Est - Océanie, 1 en Afrique), mais surtout elles sont en train de se consolider et croissent en qualité, en particulier celles de l’Amérique et de l’Europe. Au moyen de ce cheminement, est en train de se transformer la manière de concevoir et d’organiser la présence salésienne dans l’Université et se développent, au moyen de l’engagement de l’institution assumé pour l’élaboration de la “Charte de Navigation”, de nouvelles formes de présence et de gestion universitaire.

Dans chaque IUS on est en train de constituer des plates-formes avec des personnes qui partagent la mission et la vision salésiennes ainsi que les projets universitaires ; ces groupes deviennent capables de former le noyau animateur de la communauté universitaire et d’être les promoteurs et les guides du renouveau de l’institution. On est en train également de susciter davantage de synergie et de collaboration  entre les IUS, en dépassant l’attitude de ne faire référence qu’à soi-même et favorisant en elles une conscience commune et une vision d’ensemble.

En juillet 2007, s’est déroulée la Vème Assemblée IUS, dans laquelle a été élaboré le “Programme Commun 3”, qui reprend et approfondit les objectifs et les démarches réalisées jusqu’alors.

3.6 L’attention au monde de la marginalisation des jeunes

L’attention aux jeunes en situation de risque a toujours été une caractéristique de la pastorale salésienne. La nouvelle situation de nos sociétés nous met au défi d’apporter de nouvelles réponses. La pauvreté augmente de plus en plus jusqu’à présenter une dimension tragique, qui frappe beaucoup de personnes et de communautés, parmi lesquelles de très nombreux jeunes, au point de devenir une réalité structurelle et mondiale. Nous pouvons aussi parler de “nouvelles pauvretés” et donc de “nouvelles formes de marginalisation et d’exclusion sociales”, parmi lesquelles nous atteignent d’une manière particulière celles qui compromettent les possibilités de croissance des jeunes, en créant des situations de grave malaise et pour certains même de déviance.

L’aspect le plus préoccupant est le développement d’une mentalité ou d’une manière d’organiser sa vie (individualisme, utilisation immodérée des biens de consommation, recherche absolue de l’efficacité et du profit…) qui génère de plus en plus la marginalisation, l’exclusion, la pauvreté et la souffrance, en particulier pour les secteurs les plus faibles, comme c’est le cas pour les jeunes.

Pour cela, au cours des cinquante dernières années, se sont multipliés des projets, des initiatives et des œuvres qui essaient de répondre à cette situation et d’offrir aux jeunes une nouvelle occasion de construire leur vie positivement et de s’insérer dans la société en personne responsable. Il y a des “maisons-famille” pour accueillir et éduquer des enfants et des jeunes en situation de grave risque (enfants sans famille, enfants de la rue, enfants victimes d’abus sexuels ou de la prostitution…) ; des projets d’attention, de protection, d’éducation d’enfants et de jeunes qui sont au travail, souvent depuis leur jeune âge ; des projets pour accueillir et remettre sur un chemin de vie des jeunes victimes des drogues ou sortis de prison…, pour accueillir et former des jeunes immigrants souvent sans famille… et beaucoup d’autres réponses.

Dans les Provinces, il y a eu une augmentation de la sensibilité et de l’engagement pour les différentes situations de pauvreté et de malaise des jeunes : elle est due non seulement au service d’œuvres, de projets et d’interventions spécifiques en faveur des jeunes se trouvant dans de graves situations de malaise, mais surtout à l’insertion de cet engagement dans le Projet éducatif et pastoral de la Province et à l’intensification, dans chaque communauté éducative, d’une attention spéciale pour les facteurs de marginalisation et d’exclusion. Cette attention et cet engagement doivent être développés encore plus dans chacune des communautés et des œuvres ; on doit faire plus attention à la culture et à la mentalité que l’on y développe, en s’engageant à faire croître une culture de la solidarité et de la citoyenneté active ; il est important aussi d’approfondir le travail en réseau et en collaboration entre les diverses œuvres et les différents services dans les Provinces et avec d’autres institutions du territoire, de prendre soin de la formation et de la préparation éducative et salésienne des éducateurs dans cet engagement spécifique.

Le Dicastère pour la Pastorale des Jeunes a encouragé et/ou accompagné différentes initiatives en ce sens, par exemple la rencontre européenne sur l’immigration (Barcelone 2003) ; la rencontre régionale sur l’éducation des jeunes et leur entrée dans le monde du travail (San Salvador 2004) ; ensuite la rencontre sur la Proposition d’un travail envisagée dans la pédagogie salésienne pour les jeunes à risque (Medellín 2006) ; la rencontre sur la Formation Professionnelle et l’entrée dans le monde du travail (Afrique et Madagascar – Johannesburg 2004). Il existe aussi divers organismes de coordination régionaux ou nationaux qui encouragent un travail en réseau et une attention pour s’insérer dans et collaborer avec des institutions sociales qui travaillent dans ce domaine : l’organisme de coordination YAR (“youth at risk”) de l’Inde, le SCS [Service Civil Salésien] en Italie, la “Plataforma Social” (Espagne), et d’autres.

Dans l’animation et la coordination de ce secteur les “Bureaux de planification et de développement” constitués dans plusieurs Provinces ont une particulière importance. Ces bureaux aident les Provinces à planifier stratégiquement leurs interventions pour le développement et à rechercher des fonds de financement pour les projets. Il est très important qu’il y ait un travail d’ensemble entre ces bureaux et la délégation provinciale pour la pastorale des jeunes afin d’assurer l’insertion des projets dans le PEPS provincial et, en même temps, de développer une planification systématique et une vérification exigeante des objectifs du PEPS.[40]

3.7 Autres présences et autres formes légères au service des jeunes

Dans la société complexe et pluraliste, nous assistons à l’apparition de nouveaux lieux ou de nouvelles formes d’éducation de la jeunesse, qui proposent des modèles et des styles de vie qui fascinent en masse les jeunes ; que l’on pense à l’école parallèle des mass media, aux associations qui regroupent autour d’un intérêt pour la musique et le sport, au tourisme, aux nouvelles formes d’engagement social et ecclésial, au secteur du temps libre, devenus de nouveaux lieux d’identification personnelle.

Pour répondre à cette nouvelle situation se sont développés dans l’ensemble du monde salésien de nouvelles réalités et associations de jeunes, de nouvelles formes éducatives, des services ou des œuvres plus souples et légères, capables de répondre et de s’adapter à l’inconstance des besoins et des urgences avec une plus grande liberté d’action et d’initiative. Ces réalités utilisent davantage les possibilités de la communication avec le milieu naturel des jeunes, plutôt que la stabilité d’un milieu physique ; elles privilégient la spontanéité des relations et la liberté d’adhésion, la place centrale donnée aux personnes plus que la structure et le projet ; elles cultivent des liens de fond entre diverses réalités et travaillent en interaction avec d’autres institutions et d’autres services dans le territoire, en cherchant à offrir une réponse d’ensemble aux situations. Il y est relativement plus facile d’impliquer les jeunes eux-mêmes dans une prise de conscience du fait que le chemin à accomplir ensemble est entre leurs mains.

Voici quelques-unes de ces nouvelles formes de présence parmi les jeunes.

  1. Le Mouvement Salésien des Jeunes

    Le Mouvement Salésien des Jeunes (MSJ) est une des formes de présence parmi les jeunes : son ampleur est la plus grande avec le plus de membres. Il s’agit d’un Mouvement à caractère éducatif, offert à tous les jeunes, pour faire d’eux les agents et les protagonistes de leur croissance humaine et chrétienne, avec un élan missionnaire, ouvert à ceux qui ne sont pas proches, avec la volonté que cela soit suivi d’une incidence dans le territoire et dans la société civile, ainsi que d’une insertion et d’un apport dans l’Eglise locale.

    Les groupes et les associations de jeunes qui, tout en conservant leur autonomie d’organisation, se reconnaissent dans la spiritualité salésienne et dans la pédagogie salésienne, forment d’une manière explicite ou implicite le Mouvement Salésien des Jeunes.

    Son animation est partagée entre les groupes de la Famille Salésienne, en particulier les SDB et les FMA. Un moment fort du Mouvement a été le ‘Forum Mondial’ tenu à Turin et à Rome à l’occasion de l’an 2000 : dans les lieux des débuts du charisme salésien, des représentants des différentes Provinces ont partagé leur expérience de Mouvement, les grands défis qui aujourd’hui touchent le monde des jeunes, les nouvelles possibilités de réponses et d’engagement, pour conclure en présentant à tous les jeunes du Mouvement quelques lignes d’engagement pour les années suivantes. Ce message final du Forum a constitué le cadre de référence de l’animation qui a été déployée ces dernières années au moyen de différentes activités :

    • le message annuel du Recteur majeur aux jeunes du MSJ à l’occasion de la fête de Don Bosco, objet d’étude et de réflexion dans les groupes ;
    • l’approfondissement de l’identité du Mouvement (différentes Provinces ont élaboré une “Charte d’Identité du MSJ”) ;
    • le développement de l’intervention des jeunes comme protagonistes, avec différentes coordinations du Mouvement dans les Provinces ou entre les Provinces (en particulier, au cours de la période précédente de six années, a été institué le Service européen de Coordination du MSJ avec une large participation des jeunes eux-mêmes, comme fruit du “Confronto 2004” ;
    • de multiples rencontres provinciales et/ou régionales des groupes du MSJ, comme le “Campobosco” de l’Espagne et du Portugal, les nombreux pèlerinages de groupes de jeunes aux lieux des origines du charisme salésien, des rencontres européennes comme le “Confronto” et l’Eurizon, des rencontres des groupes du MSJ de l’Argentine, du Brésil, le “Boscoree” pour les Scouts Don Bosco de l’Inde, etc. ;
    • l’engagement pour une formation systématique et approfondie des animateurs et le développement, dans plusieurs Provinces, d’un “itinéraire de formation chrétienne pour les différents groupes” ; grandissent à l’intérieur du MSJ divers mouvements et différentes associations qui mènent clairement une action d’évangélisation ; 
    • une présence plus grande du MSJ dans les Eglises locales, etc.

    Le MSJ est une réalité prometteuse qui mobilise beaucoup d’enfants, d’adolescents et de jeunes, mais qui exige un effort de plus en plus grand, systématique et coordonné pour l’évangélisation et la formation chrétienne selon les valeurs de la Spiritualité Salésienne des Jeunes, pour le soin à apporter à la formation personnelle et à l’accompagnement personnel des animateurs, pour l’intensification de l’engagement de solidarité envers les autres jeunes, surtout ceux qui sont le plus dans un état de pauvreté et de risque, et pour une présence active et responsable dans les différents milieux de jeunes, dans la Société et dans l’Eglise.

    Au cours de la dernière période de six années ont été multipliées et approfondies les propositions de pèlerinages de jeunes aux lieux salésiens de Turin et au Colle Don Bosco surtout par les Provinces d’Europe, les rencontres de Spiritualité (retraites dans les lieux salésiens avec des jeunes et des adultes… ), les rencontres de formation salésienne pour des collaborateurs laïcs, l’expérience de formation pour de jeunes prénovices de quelques Provinces salésiennes d’Europe, etc. La Province ICP est en train de faire un effort considérable pour renforcer, avec l’aide des Provinces d’Europe, et mieux coordonner les équipes salésiennes qui animent le Projet Colle et Valdocco. La Congrégation tout entière en est reconnaissante.

    On a commencé aussi, avec l’aide et la collaboration de l’Institut de Spiritualité de l’UPS, un cheminement de réflexion et de partage entre les responsables des Maisons Salésiennes de Spiritualité de l’Europe (mai 2004) ; ont été identifiés les éléments fondamentaux pour une proposition de Spiritualité Salésienne des Jeunes à offrir dans ces maisons, ainsi que les tâches d’une Maison Salésienne de Spiritualité dans le projet pastoral de la Province.
  2. Le volontariat
  3. Au cours de ces dernières années, dans les Provinces et dans le MSJ, a été effectué le développement d’une multitude de groupes et d’associations de volontariat, surtout de la part de jeunes. Le CG24 a reconnu la réalité du volontariat comme un nouveau style d’ouverture à autrui, surtout là où il est possible de rencontrer la pauvreté et la marginalisation, un défi contre les injustices et les égoïsmes dominants, une solution significative pour la vocation et une confirmation de la valeur du chemin éducatif parcouru ensemble par les jeunes et les SDB.[41]

    Dans la Congrégation le volontariat continue à croître au moyen de multiples groupes et organisations. Dans quelques Régions on développe surtout le volontariat local ou national, aussi bien dans sa dimension missionnaire ou sociale qu’en lien avec la vocation (Amérique) ; dans d’autres est très développé le volontariat international et missionnaire (Europe) ; d’autres reçoivent des volontaires (Afrique et Asie). Le volontariat salésien est réalisé normalement comme une offre significative présentée aux jeunes qui ont parcouru le chemin de formation de la pastorale des jeunes et il les aide à faire mûrir et à approfondir, comme une réponse à leur vocation, leur option de vie chrétienne engagée ; mais souvent, pour des jeunes qui arrivent de l’extérieur de nos œuvres, il devient même une occasion significative de contact et une offre d’évangélisation.

    Le Dicastère pour la Pastorale des Jeunes et le Dicastère pour les Missions ont élaboré de nouveau le document “Le volontariat dans la Mission salésienne”, en l’enrichissant avec les apports de la rencontre internationale de 2001 et avec l’expérience des Provinces et des O.N.G. salésiennes. Dans ce document, on présente l’identité du volontariat salésien, un certain nombre d’exigences et de conditions fondamentales pour son développement, pour la formation et l’accompagnement des volontaires et pour l’animation et l’encouragement à prodiguer au volontariat salésien dans les Provinces et dans la Congrégation.

    En 2007, ce document a été présenté à toute la Congrégation au moyen de sept Rencontres régionales, afin qu’il soit connu et rendu opérationnel dans les différentes Provinces grâce à un Plan provincial du volontariat, inséré dans le PEPS de la Province.

 

4.  PERPECTIVES D’AVENIR POUR LA PASTORALE SALÉSIENNE DES JEUNES

Après avoir présenté comment a été développée et comment aujourd’hui est articulée la Pastorale des Jeunes dans la Congrégation, en y joignant un sincère remerciement à Dieu pour la quantité de bien qu’Il suscite chez nous dans le service rendu aux jeunes, pour la force d’attraction de Don Bosco et de son charisme, pour l’engagement généreux de tant de confrères, de collaborateurs laïcs et des jeunes eux-mêmes, je voudrais vous proposer et partager avec vous quelques perspectives d’avenir, dont plusieurs nous ont été proposées par le CG26 comme des objectifs prioritaires pour les prochaines années.

4.1. Continuer l’effort d’assimilation et de pratique du modèle de la Pastorale Salésienne des Jeunes

Nous avons vu l’énorme effort de la Congrégation, accompli ces cinquante dernières années, pour repenser et renouveler sa pratique éducative et pastorale, en répondant avec une plus grande fidélité aux nouveaux besoins et aux nouvelles attentes des jeunes ainsi qu’aux valeurs dont s’inspire le Système Préventif de Don Bosco. De nos jours nous pouvons compter sur un ensemble de critères, d’orientations, de structures, de lignes d’action qui traduisent dans la situation d’aujourd’hui l’esprit et le modèle d’action vécus par Don Bosco dans son premier Oratoire : le Système Préventif.

Tout cet effort pour repenser la pratique éducative implique nécessairement une ouverture à de nouveaux schémas de pensée et à de nouvelles pratiques, une nouvelle mentalité et une nouvelle façon d’organiser les éléments qui constituent l’acte éducatif, une nouvelle méthodologie et une nouvelle manière de mettre en place la présence au milieu des jeunes… Autant de choses qui demandent de la réflexion pour vérifier l’expérience quotidienne, du courage pour assumer de nouvelles perspectives et de nouvelles mises en place, de la patience pour donner du temps à la transformation lente des façons de penser et des attitudes, du partage pour qu’on ne réalise pas tout seul, mais en groupe, ces processus pour des changements.

Aujourd’hui la Congrégation a un modèle opérationnel de la Pastorale des Jeunes, c’est-à-dire une manière concrète de structurer et d’organiser les différents éléments de sa pratique éducative et pastorale pour en assurer l’identité, la cohérence par rapport aux objectifs du projet et le fait d’être un organe de fonctionnement ; un modèle fidèle aux principes dont s’inspire le Système Préventif de Don Bosco et en même temps un modèle qui réponde mieux aux besoins et aux situations des jeunes d’aujourd’hui. Il est donc urgent de s’engager à connaître à fond ce modèle, à en assumer la mise en place, et surtout à le traduire en pratique dans les divers contextes et les différents milieux. Ces dernières années, un grand effort a été fait dans cette direction, mais on doit continuer encore, en aidant chacun salésien et les communautés locales à comparer leur pratique avec le modèle pour la rendre plus fidèle et significative.

En particulier, il est important d’assumer la vision unitaire et organique d’une pastorale, centrée sur la personne du jeune et pas tellement sur les œuvres ou les services, en dépassant une tendance, encore présente dans la pratique de tous les jours, à perdre la vision d’ensemble pour se cantonner dans ce qui est sectoriel. On doit aussi affermir la dimension communautaire de l’action pastorale qui se manifeste surtout dans l’engagement de construire l’œuvre salésienne comme une communauté éducative et pastorale, dans laquelle les personnes occupent le centre, l’emportent les relations interpersonnelles, les éléments de communion et de collaboration sur les préoccupations de gestion et d’organisation. Un autre aspect sur lequel les derniers Chapitres ont insisté est la mentalité qui pousse à œuvrer selon des projets, c’est-à-dire à considérer que l’action pastorale est comme accomplie dans un cheminement effectué graduellement selon des objectifs précis et vérifiables, et pas tellement comme la somme de multiples interventions et actions peu reliées entre elles.

Tout cela implique de multiplier l’effort de formation pastorale, tant des Salésiens que des collaborateurs laïcs. Il existe de nombreuses initiatives en ce domaine, mais il est urgent de le systématiser et d’assurer leur continuité, de manière à constituer dans chaque communauté éducative et pastorale un noyau de personnes pleinement identifiées par leur rapport avec les valeurs et la mise en place de la pastorale salésienne, capables d’encourager et de guider le reste de la communauté.

4.2. Une pastorale évangélisatrice clairement orientée vers l’annonce du Christ et vers l’éducation des jeunes à la foi

L’action éducative et pastorale de la Congrégation est en train de se multiplier partout ; les besoins des jeunes et les demandes de la société et de l’Eglise sont de plus en plus nombreux et pressants. Dans l’effort pour y répondre, on court le risque de se disperser et de laisser dans l’ombre le cœur de notre mission.

Dans beaucoup de sociétés et de cultures près desquelles nous effectuons notre service éducatif et pastoral, sont en train de se développer une culture qui marginalise la religion et en particulier le christianisme, ainsi qu’un style de vie qui favorise le développement de la pauvreté matérielle et spirituelle de beaucoup et qui multiplie les facteurs d’exclusion sociale… Dans cette ambiance, s’avèrent souvent ne présenter aucunement d’intérêt et d’importance les valeurs religieuses et les motivations des croyants, qui à une autre époque transparaissaient et se laissaient percevoir dans le service d’éducation et de promotion humaine.

Cette situation a poussé beaucoup de Salésiens et de collaborateurs laïcs à rénover l’identité de leur vocation et à se donner à l’engagement éducatif et pastoral avec beaucoup de générosité et de sacrifice ; mais il existe également le danger de rencontrer « la superficialité spirituelle, l’activisme frénétique, le style de vie bourgeoise, la faiblesse du témoignage évangélique, le dévouement non total à la mission. Cela se traduit par l’embarras éprouvé pour faire apparaître sa propre identité de personne consacrée et par la timidité pour accomplir une tâche apostolique ».[42]

Tout cela demande de récupérer les racines et le moteur de notre pratique pastorale, la passion missionnaire du “Da mihi animas”, la seule qui peut garantir sa signification et son efficacité, et de centrer notre activité, très variée, d’éducation et de pastorale sur l’évangélisation et l’éducation de la foi, où tout trouve son unité et son sens.[43]

A la lumière des lignes d’action proposées par le CG26 sur le thème de l’évangélisation, voici quelques priorités qui devront caractériser la pastorale des jeunes dans les prochaines années :

  1. Une pastorale plus missionnaire capable de proposer « avec joie et courage aux jeunes de vivre l’existence humaine comme l’a vécue Jésus Christ ».[44] Aujourd’hui il n’est pas suffisant de placer les jeunes dans une ambiance positive avec une multiplicité d’activités et de propositions, pas même tout bonnement de leur offrir une formation catéchétique, ni de les habituer à une pratique religieuse (prière et sacrements) ; il faut une proposition claire et explicite où l’on annonce Jésus Christ et qui puisse réveiller chez les jeunes l’envie de le connaître et de le suivre ; il est nécessaire de leur donner un enseignement et de les initier à la prière chrétienne, à la lecture et à la méditation de la Parole de Dieu ; il faut aussi susciter en eux le désir de s’engager sur un chemin systématique d’approfondissement de la foi et les aider à mettre en place leur vie personnelle selon les valeurs de l’Evangile. 
  2. Une évangélisation pleinement insérée dans le domaine de l’éducation. La pastorale salésienne des jeunes vit et se développe dans le domaine de l’éducation, cherche à promouvoir chez les jeunes non seulement une vie chrétienne, mais aussi une culture qui s’inspire de la foi et des valeurs évangéliques, qui soit une solution de rechange en face de la culture du milieu caractérisée par le laïcisme, le relativisme, le subjectivisme, l’utilisation immodérée des biens de consommation…
  3. L’attention aux contenus culturels qui sont offerts dans le développement quotidien d’une œuvre ne reçoit pas toujours le soin qui lui serait nécessaire pour garantir une cohérence entre les contenus transmis ou les méthodologies employées sans contradiction avec les valeurs de la foi chrétienne (rencontre culture et foi) et pour assurer une vie chrétienne capable de donner une qualité évangélique à la vie privée, professionnelle et sociale des personnes.

    Aujourd’hui, donc, il est urgent d’organiser l’engagement pastoral, en veillant avec soin et d’une manière spéciale à l’intégration de l’évangélisation et de l’éducation selon la logique du Système Préventif :[45]

    • une évangélisation capable de s’adapter à la condition évolutive du jeune, qui ait soin de développer les attitudes humaines fondamentales qui rendent possibles l’ouverture personnelle à Dieu et la rencontre avec Jésus, attentive aux valeurs et aux visions de la vie, que vivent les jeunes, pour les transformer à la lumière de l’Evangile ;
    • une éducation capable de former des mentalités, d’inspirer des visions de vie ouvertes à la dimension religieuse, de faire mûrir des choix de vie qui s’inspirent de l’Evangile de Jésus ; une éducation attentive, en particulier, à développer la dimension religieuse de la personne et à favoriser les attitudes fondamentales pour une ouverture positive à la foi ; une éducation qui prenne soin de la formation de la conscience morale et éduque les jeunes à l’engagement social selon l’inspiration de la doctrine sociale de l’Eglise.

4.3. Dans chaque proposition pastorale, approfondir et renforcer la dimension donnée à la vocation

L’animation et l’orientation des vocations constituent un élément essentiel d’une Pastorale des Jeunes qui aide chaque jeune à faire des choix de vie responsables à la lumière de la foi. « Nous ressentons aujourd’hui plus fortement que jamais le défi d’établir une culture de la vocation dans chaque milieu, de manière que les jeunes découvrent la vie comme un appel et que toute la pastorale salésienne devienne réellement une pastorale de la vocation ».[46] Mais la meilleure pastorale des jeunes ne génère pas de vocations apostoliques et consacrées sans une attention spécifique à l’annonce explicite de la vocation, à la proposition personnelle clairement effectuée, à l’accompagnement spirituel constant.

Le manque de vocations a sensibilisé les communautés et les confrères à la réflexion sur la manière de faire une animation des vocations, mais cette animation est encore pensée et accomplie comme un engagement accepté pour compléter le travail éducatif et pastoral ordinaire, un engagement pris par quelques responsables ou quelques confrères qui y sont particulièrement sensibles. Voici les deux processus dans un état d’appauvrissement : une pastorale des jeunes qui ne réussit pas à orienter les jeunes pour qu’ils aient, sous l’angle de la vocation, une vision de leur vie capable de les guider vers des options évangéliques de don de soi et de service, et une animation de vocations trop basée sur l’enthousiasme et peu sur le rapport de foi, profond et personnalisé, avec Jésus Christ.

Pour cela, il est nécessaire de convertir les mentalités et de rénover certaines pratiques, en particulier dans les trois aspects suivants :

  1. Développer dans chacun de nos milieux une culture des vocations, au moyen d’une pastorale des jeunes résolument évangélisatrice, qui engage les jeunes à reconnaître leur vie comme un don de Dieu et à y correspondre avec un engagement généreux au service des autres, en particulier de ceux qui sont le plus dans le besoin.[47]
  2. Assurer dans chaque itinéraire d’éducation à la foi une attention particulière à favoriser chez les jeunes l’engagement apostolique, enraciné dans une relation personnelle d’amitié avec Jésus Christ, réalisé dans la communion et la collaboration à l’intérieur d’une forte expérience de communauté et mûri au moyen d’un engagement systématique de formation personnelle.[48]
  3. Témoigner avec courage et avec joie la beauté de sa propre vocation salésienne, toute donnée à Dieu dans la mission auprès des jeunes, en en faisant la proposition explicite et en s’engageant à accompagner, dans leur chemin de discernement et de formation relatifs à la vocation, les jeunes qui présentent des signes de vocation religieuse salésienne.[49]

4.4. Une attention spéciale aux jeunes qui sont le plus en situation de pauvreté et de risque comme caractéristique de toute présence salésienne et de toute œuvre salésienne

Avec joie je reconnais qu’il s’est effectué une croissance de la sensibilité et de la préoccupation, de la réflexion et de l’engagement pour le monde de la marginalisation et du malaise des jeunes. Cette réalité ne représente plus un secteur particulier, considéré comme une œuvre spéciale ou animé seulement par quelques confrères particulièrement motivés. L’attention aux derniers, aux plus pauvres, à ceux qui sont dans le malaise est en train de devenir une “sensibilité institutionnelle” qui, peu à peu, mobilise beaucoup d’œuvres des Provinces.

Mais il existe encore une certaine résistance à donner une nouvelle qualité à la mentalité et à la méthodologie éducative, de sorte que chacune de nos présences soit vraiment au service des jeunes qui sont le plus dans le besoin.[50] Fidèles aux indications du CG26, nous devons continuer ce chemin et concentrer nos efforts pour développer quelques processus qui impliquent l’ensemble de notre pastorale des jeunes :

  1. L’attention aux jeunes en situation de risque comme caractéristique et engagement de toute présence salésienne et de tout projet éducatif. Il ne suffit pas d’avoir dans la Province quelques œuvres ou quelques services explicitement destinés aux jeunes les plus pauvres ; il est nécessaire que l’ouverture et l’attention aux situations de pauvreté, d’exclusion et de marginalisation soient assumées par chaque présence, jusqu’à devenir une caractéristique de sa signification. Il est important que chaque communauté éducative détermine les éléments de l’ambiance, de la dynamique et de la méthodologie de l’œuvre, ou certains critères d’évaluation plus ou moins explicites, qui produisent de fait la sélection et l’exclusion et qu’elle s’engage à les transformer ; qu’elle favorise pour les jeunes qui sont le plus en situation de besoin et de risque la présence, la participation et la possibilité d’être des protagonistes dans les activités, dans les groupes, dans les responsabilités… ; qu’elle détermine avec une attention particulière les éléments de la pédagogie salésienne les plus adaptés à ces jeunes et qu’elle s’engage à les mettre en pratique.
  2. Viser à la transformation de la mentalité et des tendances culturelles, et pas seulement à une réponse aux attentes immédiates, en favorisant une culture de la solidarité selon le critère du “donner plus à celui qui a moins reçu”. La pauvreté et la marginalisation dans nos sociétés sont non seulement des phénomènes économiques ou sociaux, mais aussi, et je crois surtout, des phénomènes culturels ; il y a diverses manières (individualiste, compétitive, hédoniste ou marquée par l’utilisation immodérée des biens de consommation) de concevoir la vie qui génèrent l’exclusion des plus faibles ; on ne peut donc pas se contenter d’aider les plus désavantagés à surmonter leurs situations de marginalisation, mais notre intervention doit viser à la transformation de leur mentalité et de celle de l’ensemble de la société. Dans ce sens toute communauté éducative et pastorale doit être très attentive aux valeurs et aux styles de vie qu’elle favorise avec son action éducative quotidienne.
  3. Développer avec une attention particulière la dimension religieuse de la personne, considérée comme un facteur fondamental d’humanisation et de prévention. Dans la vision anthropologique du Système Préventif de Don Bosco la dimension religieuse est un élément fondamental de la personne et de la société ; c’est pourquoi son développement,  jusqu’à l’annonce de Jésus Christ, est une exigence indispensable de la proposition éducative salésienne. Nous croyons que dans cette relation personnelle avec Dieu, qui passe par les voies mystérieuses de l’Esprit Saint agissant dans le cœur de toute personne et d’une manière spéciale dans le cœur de ceux qui sont le plus en situation de pauvreté et de besoin, se trouvent des énergies insoupçonnées pour la construction de la personnalité et pour son développement intégral,[51] et nous croyons que c’est un élément important pour donner de l’espérance aux jeunes qui endurent d’une manière spéciale les conséquences dramatiques de la pauvreté et de l’exclusion sociale.
  4. C’est pourquoi, toute communauté éducative doit proposer, dans le projet éducatif et pastoral pour ces jeunes, des expériences et des parcours qui puissent réveiller en eux la dimension religieuse de la vie et les aider à découvrir Jésus comme Sauveur.[52] Cette proposition d’évangélisation doit être insérée pleinement dans le processus éducatif de prévention et de récupération et être organisée dans des itinéraires simples, très proches de la vie quotidienne et utilisés comme si on semait un peu à la fois.

    Le témoignage des éducateurs et de la communauté éducative, l’ambiance de joie, d’accueil et de famille, la défense et la promotion de la dignité personnelle, deviennent une première annonce et une première réalisation du salut du Christ et une offre de libération et de plénitude de vie.

    Cette première étincelle doit être ensuite traitée avec soin et développée avec patience et persévérance, en réveillant toujours le positif qu’il y a dans le jeune, la conscience de sa dignité, sa volonté de sortir de sa situation pénible. Toute la communauté lui offre des expériences religieuses simples, mais de qualité, comme des moments de prière ou de célébration, qui l’aident à s’ouvrir à la présence de Dieu et à la relation personnelle avec lui. A partir de ces expériences la communauté chrétienne pourra annoncer avec respect, mais aussi avec joie, la personne de Jésus Christ.

4.5. Redéfinir nos présences pour les rendre plus significatives, c’est-à-dire pour en faire des “nouvelles présences”

Le renouveau profond de la Pastorale des Jeunes pour mieux répondre aux besoins et aux exigences des jeunes demande comme condition indispensable de revoir profondément le but, l’organisation et la gestion de nos œuvres. C’est pourquoi depuis déjà bien des années dans la Congrégation nous sommes invités à réorganiser les présences, à les transformer et à les rendre plus significatives, à nous ouvrir à de nouveaux fronts d’action, en rendant “nouvelles” les présences et en en développant des nouvelles.[53]

Rendre nouvelles les œuvres institutionnelles que nous avons (Ecoles, Centres de Formation Professionnelle, Paroisses, Patronages et Centres de jeunes, Résidences universitaires, etc.…) demande de centrer la tâche de la communauté salésienne non pas tant sur la gestion et l’organisation de l’œuvre que sur l’accompagnement et sur la formation des éducateurs et des jeunes, en assurant une présence directe au milieu d’eux, dans l’animation d’un cheminement graduel d’éducation et d’évangélisation jusqu’à des propositions de vie chrétienne engagée, dans la mobilisation des personnes en un vaste mouvement autour d’un Projet éducatif et pastoral salésien ouvert et partagé. Il s’agit aussi d’avoir une attention privilégiée et résolue pour les jeunes à risque, en prenant avec courage et créativité les options nécessaires ; il s’agit également de favoriser des initiatives et des projets qui mobilisent le plus grand nombre de personnes et d’institutions au service de l’éducation et de l’évangélisation des jeunes, en travaillant en réseau et en communion avec la société et avec l’Eglise.

Il ne suffit pas de renouveler les présences déjà existantes. Souvent aussi, il est nécessaire de nous engager pour fonder de nouveaux types de présences où sont effectuées des propositions fortes d’évangélisation et d’éducation à la foi, ainsi que de formation salésienne des collaborateurs ; où travaillent des équipes à l’animation de maisons salésiennes de spiritualité, de centres de catéchèse, de centres de formation des collaborateurs laïcs ; de nouveaux types de présences où sont effectuées l’animation et la proposition explicite de la vocation, l’animation et la conduite des associations et des mouvements visant à l’évangélisation et à l’engagement des jeunes, comme également l’animation et la conduite du volontariat, etc.…

Pour faciliter cet engagement de rendre plus significative et efficace la présence salésienne dans un territoire, de mieux coordonner en lui les différents types de présence salésienne, de favoriser le renouvellement de l’emplacement et de la définition des œuvres, le CG25 avait demandé à chaque Province d’élaborer un Projet Organique Provincial (POI) qui puisse offrir les critères, les conditions et les exigences concrètes nécessaires pour atteindre cet objectif.[54] Le chemin a été commencé, mais on doit aller plus loin, au moyen d’une continuelle vérification et d’un renouvellement ininterrompu du POI.

4.6. Une animation pastorale qui est effectuée avec de plus en plus de relation et de coordination entre différents Dicastères, en particulier entre les dicastères de la Mission salésienne : pastorale des jeunes, communication sociale et missions

L’animation de la pastorale des jeunes est devenue de plus en plus complexe : les secteurs ou les milieux se sont multipliés, avec de nouveaux aspects à organiser et à coordonner. Certains de ces aspects sont étroitement reliés à d’autres qui sont confiés par les Constitutions à d’autres dicastères, par exemple la réalité du volontariat avec ses différents types a un rapport spécifique et concret avec les missions (quand il s’agit du volontariat missionnaire) ; la paroisse confiée aux salésiens dans les territoires de mission assume aussi la dynamique propre des stations missionnaires, accompagnées par le dicastère pour les missions ; le dicastère pour la communication sociale, en plus de l’animation des aspects propres aux moyens de communication sociale et aux services de production, s’occupe de la formation des éducateurs pour qu’ils sachent établir des milieux féconds en relations et en communications ; cet aspect se relie étroitement à la pastorale des jeunes qu’anime la communauté éducative et pastorale, agent fondamental de l’éducation et de l’évangélisation ; la formation pastorale des SDB et des laïcs doit être assurée dans une mutuelle relation et une étroite collaboration entre le dicastère pour la formation et le dicastère pour la pastorale des jeunes… Et de même d’autres domaines où l’interdépendance est en train de devenir de plus en plus présente et où différents dicastères sont concernés, de sorte que leur animation ne soit pas réalisée seulement par l’un d’entre eux, sans tenir compte des autres.

Le CG26, devant cette réalité, a demandé au Recteur majeur et à son Conseil qu’au cours de la prochaine période des six années soit développée une collaboration plus organisée entre les trois dicastères de la mission (Pastorale des jeunes, Communication sociale et Missions), de manière que, tout en sauvegardant l’unité organisée de la pastorale des jeunes, ces secteurs partagés soient enrichis par l’apport des trois dicastères qui animent d’une façon directe des aspects complémentaires de l’unique mission salésienne : l’éducation et l’évangélisation des jeunes, surtout de ceux qui sont les plus pauvres et de ceux qui appartiennent aux classes populaires, dans une culture profondément modelée par la communication sociale et de plus en plus laïcisée, demandent une mise en œuvre clairement missionnaire dans laquelle soit donnée la priorité à la première annonce de l’Evangile.

Cette indication du CG26 ne se réduit pas à une proposition d’organisation, mais elle implique une vision plus large, intégrale et accomplie ensemble de quelques aspects centraux de la mission salésienne, confiés à ces dicastères. La pastorale des jeunes doit être de plus en plus missionnaire, c’est-à-dire assumer les caractéristiques et les dynamiques de l’action missionnaire, en prenant soin avec une attention particulière de l’éveil de la dimension religieuse des jeunes, qui vivent profondément plongés dans des milieux laïcisés, en donnant la priorité à la première annonce de Jésus Christ, en veillant au dialogue avec d’autres religions… La pastorale des jeunes doit aussi assumer de plus en plus la nouvelle culture de la communication sociale, qui modèle profondément un style de vie et d’action, un ensemble de valeurs qui caractérisent les milieux, surtout chez les jeunes, dans lesquels la pastorale des jeunes accomplit sa tâche d’éducation et d’évangélisation.

Le salésien, donc, comme éducateur et pasteur des jeunes d’aujourd’hui, doit assumer beaucoup d’aspects du missionnaire et du chargé de communication ; la communauté éducative et pastorale doit devenir un centre qui développe des communications de forte qualité humaine et chrétienne ; la proposition éducative et pastorale salésienne doit assurer la présence et le développement de la dimension missionnaire ainsi que la dynamique et les valeurs du monde de la communication. La Pastorale salésienne des jeunes, la Communication sociale et l’animation missionnaire sont des aspects qui intègrent organiquement la réalisation totale de la Mission salésienne.

 

CONCLUSION

Chers confrères, j’ai voulu vous remettre cette lettre en ce IVème Dimanche de Pâques, que l’Eglise dédie au Christ Bon Pasteur, justement pour apprendre de Lui comment a su faire notre cher père Don Bosco, qui ressentit l’appel, pour sa vocation et sa mission, à être bon pasteur des jeunes.

Que Marie, qui fut pour notre Fondateur une mère et un guide, nous enseigne, comme elle les lui a enseignés, le champ d’action, la mission à accomplir et la méthode pour la réaliser.

Avec toute mon affection, en Don Bosco

P. Pascual Chávez V., sdb
Recteur Majeur