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LEVEZ LES YEUX ET REGARDEZ LES CHAMPS QUI SE DORENT POUR LA MOISSON

LETTRES DU RECTEUR MAJEUR - JUAN VECCHI

 

LEVEZ LES YEUX ET REGARDEZ LES CHAMPS QUI SE DORENT POUR LA MOISSON [1] .

Notre engagement missionnaire en vue de l�an 2000



1. Avec les yeux du Christ � 2. Une Famille missionnaire. � 3. Une phase nouvelle dans notre pratique missionnaire. � 4. La primaut� de l��vang�lisation. � 5. Une t�che n�cessaire et d�licate: l�inculturation. La place centrale du myst�re du Christ; bonne compr�hension de la culture; en communaut�; le travail d�inculturation; les parcours. � 6. Le dialogue interreligieux et �cum�nique. Attitudes et modalit�s sal�siennes dans le dialogue. � 7. Un mot d�ordre: renforcer. � 8. Nouveaux fronts. � 9. Ensemble vers l�an 2000. � Conclusion.

Rome, 1er janvier 1998
Solennité de Sainte Marie, Mère de Dieu

1. Avec les yeux du Christ.

� Levez les yeux et regardez les champs � [2] , c�est l�invitation adress�e par J�sus aux disciples quand, apr�s son dialogue avec la Samaritaine, il lui sugg�rent de manger. Myst�rieux regard que celui de Dieu qui voit le monde comme un champ de bl� pr�t pour la moisson!
Nous trouvons le secret de ce regard dans ses paroles: � Ma nourriture, c�est de faire la volont� de celui qui m�a envoy� et d�accomplir son �uvre �[3] . La volont� du P�re est le salut de chacun. Avec le Christ Sauveur universel, elle est annonc�e et �tendue � tous les peuples et � tous les temps.
Pendant qu�elle se r�alise, le P�re agit dans l�humanit�. Il pr�pare le c�ur d�un grand nombre et garde vivantes les attentes des peuples, pour qu�ils arrivent � lire les signes de leur salut. Il inspire d�intervenir � ceux qui s�attachent � sa volont� et ont pour l�homme le m�me amour que le Christ. C�est pourquoi il y a toujours beaucoup � moissonner dans le monde. J�sus l�affirme au pr�sent: � C�est l�heure de la moisson �[4] .
La maturit� de la moisson se doit aussi � la communion admirable que cr�e l�Esprit entre les g�n�rations dans une histoire r�elle de salut. � D�autres ont pein� avant vous et vous, vous profitez de leurs travaux �[5] . Rien n�est perdu des efforts ni des temps qui ont pr�c�d�, malgr� l�inf�condit� et les lenteurs apparentes.
La mission de J�sus en terre de Samarie est comme le pr�lude de l��vang�lisation des peuples. Elle sugg�re l�esprit avec lequel il faut la r�aliser. Aux disciples qui ne connaissent pas le projet de Dieu, J�sus indique le moment de l�accomplir: maintenant!
Il faut apprendre � regarder et se mettre au travail sans attendre, comme ils le pensent, d�autres phases de maturation. Tout est pr�t, dispos� par le P�re, le Fils et l�Esprit Saint. Il faut commencer la r�colte et faire de nouvelles semailles: � L�un s�me, l�autre moissonne �[6] . C�est le regard et la confiance qui devront guider l�entreprise qu�il leur confiera: � Allez dans le monde entier. Proclamez le Bonne Nouvelle � toute la cr�ation �[7] .
J�sus enseigne aussi � distinguer les � signes � de la maturit� des temps. Le don de Dieu parvient � ceux qui �taient tenus � l��cart et devient en eux une source int�rieure d�intelligence, d�amour et de paix; ils se mettent � leur tour � annoncer J�sus par le t�moignage et la parole; il se cr�e ainsi un nouvel espace o� se r�alise pour tous la rencontre de l�homme avec Dieu, au-dessus et ind�pendamment de toute loi et exp�rience religieuses pr�alables. C�est l�espace cr�� par l�offrande de Dieu et par l�accueil sinc�re de l�homme: � L�heure vient o� vous n�irez plus sur cette montagne ni � J�rusalem pour adorer le P�re. [�] Les vrais adorateurs adoreront le P�re en esprit et en v�rit� �[8] . J�sus affirme ainsi le caract�re � la fois historique et unique de l��v�nement qui marque la manifestation de Dieu: � Le salut vient des Juifs �[9] .
Moi aussi, avec le regard du Christ sugg�r� par Dieu � ses disciples, j�ai pu me rendre compte de l�abondance de la moisson � r�colter aujourd�hui et de l��tendue des terres � ensemencer pour l�avenir. J�ai entrevu le travail de pr�paration que le P�re a accompli et qu�il est en train de r�aliser en attendant ceux qu�il enverra travailler.
Les temps sont m�rs. Cela se voit � l��coute donn�e par tant de gens � l�annonce de l�Evangile, � l�accueil que re�oivent les propositions de bien, � la g�n�rosit� de ceux qui s�unissent � nous dans les activit�s apostoliques et missionnaires. Des fruits se r�coltent partout, m�me si, selon la pr�diction du Seigneur, les champs ont encore des surfaces arides et improductives.
Le 28 septembre dernier, en la basilique de Marie Auxiliatrice, j�ai remis le crucifix � 33 nouveaux missionnaires. C��tait la 127e exp�dition qui nous reliait � la premi�re, pleine d�audace et de proph�tie, que Don Bosco pr�para et envoya le 11 novembre 1875. Durant la c�r�monie, je remerciais Dieu des signes de nouvelle f�condit� qui apparaissaient dans le groupe. Les missionnaires provenaient de tous les continents et ils comptaient aussi des la�cs. Dans un cas, (un jeune couple!), la vocation missionnaire s�associait et s�int�grait � la promesse conjugale. Certains se destinaient � poursuivre un travail commenc� pr�c�demment, tandis que d�autres se voyaient confier le d�frichement de terrains nouveaux pour fonder de nouvelles pr�sences: semer et moissonner!
Je pensais � la � loi � de tout travail apostolique: � La moisson est abondante, et les ouvriers sont peu nombreux �[10] . C�est une constante de l��vang�lisation. Le P�re remplit le monde de ses dons et de ses invitations. La richesse du Christ est immense. M�me s�ils se multipliaient par cent, les ouvriers seraient toujours peu nombreux pour dispenser une telle abondance.
Les m�mes pens�es m�ont occup� durant ma visite � notre ancienne mission de Chine, et je me suis r�joui avec les confr�res des nouvelles semailles qui se font au Cambodge; de m�me lorsqu�en Afrique du Sud j�ai constat� l�abondance des r�sultats (en particulier au Swaziland et au Lesotho) et lorsque je me mettais � pr�voir l�avenir pour d�autres lieux qui en sont aujourd�hui aux premi�res phases des travaux.

2. Une Famille missionnaire.

Don Bosco s�est senti attir� par le travail missionnaire. Son d�sir et son intention ne se sont pas traduits imm�diatement dans un � d�part g�ographique � comme il l�avait pens�. Le discernement �clair� de son confesseur avait entrevu d�autres routes pr�dispos�es pour lui.
Mais l�esprit missionnaire garda chez lui la m�me intensit� et continua � inspirer sa vision, son �lan et sa situation de pasteur: il fut missionnaire � Turin. Il partit � la rencontre des jeunes marginaux et d�laiss�s; il se tourna vers les fronti�res de l��vang�lisation et de l��ducation dans les villes.
Plus tard il r�alisa aussi son projet missionnaire en terres lointaines, et cela de multiples fa�ons: envoyer chaque ann�e, � partir de 1875, des exp�ditions missionnaires, allumer chez les jeunes et les confr�res la passion de la diffusion de l�Evangile et l�enthousiasme pour la vie chr�tienne, r�ver jour et nuit de nouvelles entreprises, r�pandre par le Bulletin la sensibilit� missionnaire, chercher des ressources et entretenir des relations qui aideraient l��uvre des missionnaires.
Le souci missionnaire devint ainsi un trait caract�ristique de tout sal�sien, parce qu�� la racine m�me de l�esprit sal�sien. Il n�est donc pas un surcro�t pour quelques uns, mais comme le c�ur de la charit� pastorale, le don qui caract�rise la vocation de tous.
O� qu�il se trouve, chacun consid�re que � notre science la plus �minente est de conna�tre J�sus-Christ, et notre joie la plus profonde est de r�v�ler � tous les insondables richesses de son myst�re �[11] . Il pense donc � ceux qui ont besoin de la lumi�re et de la gr�ce du Christ; il ne se contente pas de soigner ceux qui � sont d�j� l� �; mais il va vers les fronti�res sociales et religieuses.
Ce n�est pas par hasard que Paul VI nous a appel�s � missionnaires des jeunes �: cat�chistes pour certains et porteurs d�une premi�re annonce pour beaucoup d�autres; �ducateurs dans les institutions, mais aussi itin�rants dans le vaste champ des situations des jeunes non encore rejointes par ces institutions.
Dans les m�mes exp�ditions missionnaires Don Bosco a uni ces deux orientations de l�esprit missionnaire. Le P. Ceria a voulu le documenter dans les Annales: � Il se pr�occupait fortement, a-t-il �crit, de la situation des Italiens qui en un tr�s grand nombre toujours croissant vivaient dans la dispersion [�]. Exil�s volontaires dans l�espoir de faire fortune, sans �coles pour leurs enfants, loin de toute possibilit� de pratiquer la religion � cause de la distance ou faute de bons pr�tres parlant leur langue, ils risquaient de former des masses populaires sans foi ni loi �[12] . Le projet missionnaire comprenait aussi � les chr�tiens � lointains, oubli�s, abandonn�s, �migr�s.
Ces derniers temps, on a parl� de � terres de mission � -ce n��tait pas par simple go�t des images -� propos des contextes marqu�s par une tradition chr�tienne. La paroisse se pr�sente alors comme une � communaut� missionnaire �, et l��cole, comme un � milieu de mission �. Sans nier les distinctions techniques, il est �vident que chacune de nos communaut�s se trouve aujourd�hui �galement sur des fronts qui ressemblent tr�s fort � ceux de la premi�re �vang�lisation.
Parce que le sens missionnaire n�est pas � en option �, mais appartient � l�essence de l�esprit sal�sien � toute �poque et en toute situation, nous l�avons propos� � toutes les Provinces dans la programmation du Recteur majeur et de son Conseil, comme objet d�attention pour le sexennat 1996-2002.
Parmi les activit�s concr�tes qui permettent de r�aliser notre signifiance, nous avons indiqu� qu�il fallait renforcer l�engagement de la Congr�gation en faveur des plus d�munis, viser � intensifier l��ducation des jeunes � la foi de fa�on � �veiller des vocations et � orienter le plus possible de forces (personnes, projets et moyens) vers les missions � ad gentes �.
L�esprit et le style missionnaires se manifestent avec �loquence dans la disponibilit� des nombreux confr�res � travailler dans des zones de premi�re annonce et de fondation de l�Eglise; mais ils sont en fait assum�s par tous dans l�accomplissement de leur mission. La volont� d��vang�liser et la capacit� d�exprimer de fa�on transparente le message �vang�lique est le point qui unit nos diff�rentes r�alisations.
Les confr�res qui s�engagent sur les fronts se sentent soutenus par la pri�re, la proximit�, la collaboration concr�te de tous ceux qui partagent avec eux la m�me passion. C�est pourquoi les Constitutions affirment que � nous reconnaissons dans le travail missionnaire un trait essentiel de notre Congr�gation �[13] .
A propos de notre recherche des plus pauvres j�ai d�j� eu l�occasion de m�exprimer dans la lettre � Il fut pris de piti� pour eux �[14] , et elle reste un des crit�res fondamentaux pour nous r�ajuster. C�est en effet le trait qui marque la naissance de notre charisme et r�v�le la force qui pousse la communaut� des disciples du Christ: la charit�.
La mission � ad gentes � fait l�objet de cette lettre-ci. J�entends proposer quelques orientations sur deux axes d�action qui se r�v�lent plus urgents aujourd�hui: qualifier les pr�sences missionnaires existantes et nous orienter vers de nouveaux fronts. Renforcer et avancer; donner une consistance � pastorale � � ce qui a �t� entrepris ces derniers temps et nous tourner vers des terres encore inexplor�es et des destinataires non encore rejoints, pour faire parvenir � tous la lumi�re de l�Evangile.
J�ai toujours � l�esprit -et c�est aussi un point solide pour les id�es que je vous offre -une particularit� de l��uvre missionnaire des sal�siens: elle s�engage dans la premi�re �vang�lisation et la fondation des Eglises; mais d�s le d�but elle est appel�e � enrichir la communaut� chr�tienne d�un charisme unique: celui de la pr�dilection pour les jeunes des milieux populaires � �duquer.
Le charisme d�termine, sans l�enfermer, la modalit� et la direction de l��uvre missionnaire, et celle-ci donne de la vitalit� � notre charisme en lui rendant sa vigueur �vang�lique et son sens eccl�sial.
Je voudrais susciter un renouveau d�enthousiasme pour les missions dans toutes les Provinces et inviter les confr�res, de tout �ge, � envisager l��ventualit� d�un engagement missionnaire.
Fasse le Seigneur que se r�alise aujourd�hui ce qui se passa au Valdocco lorsque Don Bosco imagina, pr�para et envoya la premi�re exp�dition et celles qui la suivirent imm�diatement.
� Entre temps, racontent les Annales, les actes et les paroles de Don Bosco sur les missions avaient jet� un ferment nouveau parmi les �l�ves et les confr�res. On vit alors se multiplier les vocations � l��tat eccl�siastique: les demandes d�inscription dans la Congr�gation se multipli�rent aussi de fa�on sensible et le z�le de l�apostolat s�empara de beaucoup de ceux qui y �taient inscrits �[15] .

3. Une phase nouvelle dans notre pratique missionnaire.

Notre pratique missionnaire se retrouve aujourd�hui dans le sillage d�une tradition d�esprit d�entreprise, de z�le, de t�nacit� et de cr�ativit�: ses r�sultats sont ind�niables. Elle m�riterait une �tude plus approfondie, pour la comprendre � fond et en tirer profit. Elle s�est implant�e et a donn� ses preuves dans des r�gions et des cultures tr�s diverses durant une p�riode suffisamment longue pour offrir une garantie de sa solidit�. Le premier projet missionnaire d�expansion en Am�rique (1875-1900), puis celui qui a port� la diffusion de la Congr�gation en Asie (1906-1950) et la r�cente expansion en Afrique ont forg� notre modalit� typique d�action missionnaire, dont les traits ont �t� regroup�s et condens�s dans les Constitutions et les R�glements[16] .
Aujourd�hui cette pratique a besoin de se repenser. La r�flexion du Concile Vatican II et les approfondissements de la th�ologie ont ouvert de nouvelles perspectives � la missionologie, face aux �v�nements qui marquent la vie de l�Eglise et le monde actuel: le mouvement �cum�nique, le r�veil et la valorisation des religions, la valence humaine et sociale des cultures, l�intercommunication au niveau mondial, la croissance des nouvelles Eglises et leur vie de foi en interaction avec leur contexte, le d�clin des anciennes r�gions de chr�tient�.
Ces ph�nom�nes ont provoqu� un approfondissement sur la gr�ce de la cr�ation et sur l��uvre du P�re dans le salut de chacun, ainsi que sur la pr�sence de l�Esprit dans la vie de l�humanit�.
Avec ces nouvelles perspectives surgissent des questions, qu�il nous faut conna�tre et r�soudre comme il se doit du point de vue doctrinal et pratique. Elles portent sur la valeur du christianisme pour le salut de l�homme, sur la port�e de la m�diation universelle du Christ, sur le r�le de l�Eglise et par cons�quent sur le sens m�me de l��vang�lisation et de ses voies actuelles.
Plusieurs de ces perspectives et de ces questions ont �t� affront�es dans l�encyclique Redemptoris missio, et son �tude est donc indispensable. Et les Synodes continentaux convoqu�s en vue d�une nouvelle �vang�lisation s�expriment avec abondance sur les m�mes sujets dont ils font des analyses circonstanci�es.
Des indications pour notre pratique missionnaire nous viennent encore aujourd�hui des exigences de l�exhortation apostolique sur la Vie consacr�e. Car elle confie aux religieux le soin d��tre attentifs � certains aspects qui sont apparus ces derni�res ann�es.
Paul VI avait d�j� soulign� la participation des religieux � l��uvre des missions: � Ils sont entreprenants, et leur apostolat est marqu� souvent par une originalit�, un g�nie qui forcent l�admiration. Ils sont g�n�reux: on les trouve souvent aux avant-postes de la mission, et ils prennent les plus grands risques pour leur sant� et leur propre vie �[17] .
Jean Paul II l�a mis en lumi�re dans l�encyclique Redemptoris missio: � L�histoire atteste les grands m�rites des familles religieuses dans la propagation de la foi et dans la formation de nouvelles Eglises, depuis les antiques Institutions monastiques et les Ordres m�di�vaux jusqu�aux Congr�gations modernes �[18] .
En termes plus directs, l�exhortation sur la Vie consacr�e consid�re la � missio ad gentes � comme une dimension de tous les charismes, parce qu�elle fait partie de la donation totale que suppose la cons�cration. La mission d�un Institut, affirme-t-elle, ne s�explique pas seulement par les �uvres propres � son charisme, mais surtout par la participation � la grande �uvre eccl�siale de la � missio ad gentes �[19] .
L�Eglise attend aujourd�hui de la part des consacr�s � le plus grand engagement possible �[20] et leur confie la t�che sp�cifique d�annoncer le Christ � tous les peuples avec un enthousiasme nouveau.
En plus de l�apport quantitatif r�alis� dans le pass�, v�rifiable aujourd�hui et souhait� pour l�avenir, l�exhortation apostolique souligne quelques aspects actuels de l�action missionnaire pour lesquels les religieux semblent particuli�rement dou�s.
Elle attribue aux consacr�s une aptitude particuli�re � inculturer l�Evangile et leur charisme dans les diff�rents peuples. � Soutenues par le charisme de leurs fondateurs et fondatrices, de nombreuses personnes consacr�es ont su rejoindre les diff�rentes cultures dans l�attitude de J�sus qui �s�an�antit lui-m�me, prenant condition d�esclave� (Ph 2, 7) et, par un effort de dialogue patient et audacieux, elles ont �tabli des contacts profitables avec les peuples les plus divers, annon�ant � tous le chemin du salut �[21] . On attend donc beaucoup de leur part pour travailler � l�inculturation et l�orienter comme il se doit.
Elle affirme quelque chose d�analogue � propos du dialogue interreligieux. Vu que le centre de la vie des consacr�s est l�exp�rience de Dieu, ils ont une disposition particuli�re pour entrer en dialogue avec d�autres exp�riences, �galement sinc�res, pr�sentes dans les diff�rentes religions[22] .
� la port�e nouvelle acquise par la vie consacr�e correspond, par ailleurs, l�impulsion nouvelle donn�e � la condition la�que. Si les Eglises fond�es doivent, d�s leur d�but, manifester la saintet� et la nouveaut� de vie du peuple de Dieu, la formation chr�tienne des croyants est primordiale. Les la�cs sont appel�s par ailleurs � d�velopper leur participation active � la communaut� et au service du monde. La nouvelle dimension du la�cat modifie l�image m�me de la communaut� chr�tienne et son fonctionnement. L�exhortation apostolique sur l�Eglise en Afrique dit ceci:On aidera les la�cs � prendre de plus en plus conscience de leur r�le dans l�Eglise [�]. On formera les la�cs � cette fin �[23]
Dans cet ordre d�id�es s�ordonnent de fa�on diff�rente les efforts et les comp�tences des consacr�s et des pr�tres.
A la lumi�re de ces encouragements, mettons au point quelques questions, en supposant connue la pratique sal�sienne ordinaire.

4. La primaut� de l��vang�lisation.

L��vang�lisation implique plusieurs aspects: pr�sence, t�moignage, pr�dication, appel � la conversion personnelle, formation de l�Eglise, cat�ch�se; et en outre: inculturation, dialogue interreligieux, �ducation, option pr�f�rentielle pour les pauvres, promotion humaine, transformation de la soci�t�. Sa complexit� et son organisation ont �t� expos�es et pr�sent�es de fa�on officielle par l�exhortation Evangelii nuntiandi[24]
Mais il y a un noyau principal, sans lequel l��vang�lisation n�est pas authentique, qui donne un sens et oriente le tout et dicte m�me les crit�res et les modalit�s selon lesquels doit se faire tout le reste: c�est l�annonce du Christ, la premi�re annonce qui pr�sente J�sus Christ � ceux qui ne le connaissent pas encore, aussi bien que le cheminement qui doit suivre pour permettre d�approfondir son myst�re jusqu�� pousser � l�apostolat.
Le Synode de l�Eglise d�Afrique dit � ce propos: � Evang�liser, c�est annoncer par la parole et par la vie la Bonne Nouvelle de J�sus Christ, crucifi�, mort et ressuscit�, chemin, v�rit� et vie �[25] . � Il est donc n�cessaire que la nouvelle �vang�lisation soit centr�e sur la rencontre avec la personne vivante du Christ �. � Elle doit atteindre l�homme et la soci�t� � tous les niveaux de leur existence �[26] .
De quelle fa�on les aspects qui viennent d��tre �num�r�s sont-ils � consid�rer -ou m�me le sont-ils en fait -comme compl�mentaires et convergents vers l�unique but qui est pr�cis�ment de conna�tre le Christ toujours plus en profondeur, d�adh�rer � sa personne par la foi et de participer � sa vie? C�est une question que les communaut�s missionnaires n�ont pas � r�soudre seulement de fa�on doctrinale, mais aussi dans leur projet quotidien d�action.
Dans la pratique missionnaire, en effet, il peut y avoir des d�s�quilibres � cause des option prises, de l��troitesse des vues ou des limites des possibilit�s, ou faute d�attention. Pour les pr�venir, il faut fixer des priorit�s et op�rer certains dosages. L�un d�eux est le juste rapport entre l�annonce explicite du Christ sous ses diverses formes (la premi�re annonce, la cat�ch�se, le soin de la communaut� des croyants, la formation chr�tienne des personnes) et la promotion humaine. L�exhortation Evangelii nuntiandi en a pr�sent� avec une clart� d�finitive les � liens profonds � et ce qui les distingue; elle a pr�sent� aussi les principes �clairants qui permettent de saisir la port�e et le sens profond de la lib�ration, telle que l�a annonc�e et r�alis�e J�sus de Nazareth, et comme la pratique l�Eglise[27] .
La tradition et l�esprit sal�siens soulignent l�harmonie et la r�f�rence r�ciproque entre ces dimensions de l��vang�lisation; en m�me temps, ils en mettent au clair la hi�rarchie des significations. La formule la plus claire se trouve dans les Constitutions: � Nous �duquons et nous �vang�lisons selon un projet de promotion int�grale de l�homme, orient� vers le Christ, homme parfait �[28] ; � Pour nous aussi, l��vang�lisation et la cat�ch�se sont la dimension fondamentale de notre mission �[29] . C�est d�elle et de Celui qui en fait l�objet que prend son sens notre engagement pour l�homme.
Il faut donc donner la priorit� � l��vang�lisation sous ses diff�rentes formes: dans notre pr�paration, notre z�le, et dans l�emploi de notre temps, de notre personnel et de nos ressources.
L�id�al d�une situation missionnaire est celle qui �tait envisag�e dans les orientations pratiques du CGS qui demandaient que la Province devienne une � communaut� au service de l��vang�lisation �[30] , que chaque communaut� sal�sienne devienne une � communaut� �vang�lisatrice �[31] , que chaque sal�sien soit un � �vang�lisateur �[32] .
� notre �poque de nouvelle �vang�lisation, l�Eglise oriente plus que jamais nos regards et notre esp�rance vers le Christ. Le conna�tre et l�accueillir, voil� qui transforme la personne et la sauve, sans ignorer ni n�gliger ses conditions temporelles, mais en les transcendant. Pr�senter cette annonce du salut, telle est la mission de l�Eglise.
Au sein de tout cela, il y a un �quilibre � �tablir: entre la premi�re annonce et le soin de d�velopper la foi des individus et de la communaut� chr�tienne, entre l�effort de r�pandre la foi et de la renforcer. Ce dernier comprend l��ducation des jeunes dans la foi, la formation des adultes selon leurs diff�rentes situations, la pr�paration des artisans et des ministres de la pastorale, l�unit� et le t�moignage des communaut�s chr�tiennes, l�engagement apostolique de la part des croyants.
Les deux aspects sont � satisfaire de fa�on suffisante: �tendre l�annonce et donner consistance � la communaut�. C�est une t�che des Provinces, de chaque communaut� et de chacun: ils doivent devenir capables de mener � bien le travail d��vang�lisation jusqu�� son degr� optimal.
Il y a enfin le dosage opportun entre les moyens et l�annonce, entre les structures et la pr�sence parmi le peuple, entre l�organisation des �uvres et la communication directe, entre le service et l�insertion. Moyens, structures et organisation sont fonction de l�annonce, de la pr�sence et de la communication. Et ils devraient avoir un style en proportion et en correspondance. Lorsque les structures et les moyens sont trop lourds, ou lorsque pour les cr�er ou les maintenir nous devons trop limiter notre m�ditation de la Parole � proclamer, notre communication directe, le temps que nous consacrons � l�annonce et � la formation des personnes, il faut les repenser � la lumi�re d�un projet mieux centr� sur l�essentiel.

5. Une t�che n�cessaire et d�licate: l�inculturation.

C�est un th�me souvent soulign� et approfondi de nos jours. Il est pr�sent� de fa�on syst�matique dans divers documents de l�Eglise. Les Synodes continentaux s�en sont longuement occup�s. Les textes pr�paratoires et les discussions, ainsi que les exhortations qui ont suivi, en ont parl� avec une clart� suffisante pour en souligner le caract�re indispensable, en expliciter les fondements th�ologiques, en indiquer les crit�res et les voies de r�alisation et en d�signer les terrains pr�f�rentiels d�application[33] .
Notre synth�se caract�ristique entre l��ducation et l��vang�lisation nous donne une sensibilit� particuli�re � l�inculturation; c�est pourquoi, nous les sal�siens, nous lui avons accord� notre attention. Le P. Egidio Vigan� l�a trait�e dans plusieurs lettres[34] . Le CG24 en a parl� comme d�une exigence et d�une voie � suivre pour pouvoir �duquer et faire participer � la mission et � la spiritualit� sal�siennes[35] .
Apr�s avoir re�u tant d��claircissements, certes n�cessaires mais organis�s et applicables dans diff�rentes directions, nous risquons, dans notre travail concret, de ne pas trouver les lignes communautaires pour les appliquer et, par cons�quent, de renoncer � l�effort ou de nous disperser dans de petites exp�riences personnelles pas toujours suffisamment pes�es. Il est donc opportun de rappeler quelques orientations pratiques.

La place centrale du mystère du Christ


Ce premier point, m�me s�il est �vident, est fondamental quand il s�agit de l�inculturation. Il touche la r�alit� historique et le caract�re unique de l��v�nement Christ.
Le Christ n�est pas une r�alit� symbolique, un objet g�n�rique du sentiment religieux, la somme des aspirations de l�humanit�, la synth�se de ce qu�il y a de noble et de g�n�reux dans les cultures. Mais il est une personne concr�te, historique, avec sa biographie personnelle, diff�rente aussi de l�ensemble de tous les �l�ments acquis et exprim�s par l�humanit�. Il s�est manifest� comme un �v�nement unique qui ne pourra jamais se r�p�ter. Les Ap�tres t�moignent de Lui. Le J�sus qu�ils ont contempl� de leurs yeux et touch� de leurs mains[36] est le Christ Seigneur, le m�me partout, hier, aujourd�hui et toujours qui reste avec nous jusqu�� la fin du monde.
Le Royaume qu�il pr�che et la vie qu�il propose ne sont pas l�accumulation ni la somme des biens que l�homme peut d�sirer et exp�rimenter. Ils sont la communication gratuite de Dieu concr�tis�e dans une alliance et une promesse qui ont eu leur r�alisation historique dans sa personne.
Il ne laisse pas derri�re lui une simple � doctrine � que nous sommes charg�s de traduire en mots ou concepts ad�quats, ni une morale � adapter � des situations diverses, mais il offre des gestes et des faits salvifiques � � vivre � et � � c�l�brer � dans une relation v�cue personnellement et partag�e en communaut�.
Il peut assumer toutes les � semences � de v�rit� et de bien dispers�es dans l�histoire humaine, mais pas n�importe comment. Le crit�re et le mod�le pour l�inculturation sont l�incarnation, la mort et la r�surrection du Christ, �v�nements d�finitifs pour le salut de l�homme.
Inculturer la foi, c�est faire p�n�trer dans la vie et la pens�e d�une communaut� humaine la v�rit� que propose le Christ, de fa�on qu�elle arrive � s�exprimer par les �l�ments de sa culture et qu�elle ait aussi une fonction d�inspiration, d�encouragement, de transformation et d�unification pour cette culture.
L�Incarnation n�est pas la fusion de deux �l�ments de dignit� et de force �gale, mais l�assomption de la nature humaine par une personne divine. Le verbe, qui a sa personnalit� divine et compl�te dans la Trinit�, se fait homme. Il y a donc un sujet d�terminant qui assume l�humanit� et une nature qui, purifi�e et rachet�e, lui donne la possibilit� de s�exprimer dans l�histoire.
De l� quelques indications pour la pratique de l�inculturation. Puisque la personne, la vie et le message du Christ ont une identit� propre et un r�le essentiel, c�est � eux que doit sans cesse se porter l�attention premi�re. Il serait inutile, voire dangereux, de vouloir inculturer l�Evangile sans approfondir sans cesse le myst�re du Christ, sans faire l�exp�rience d�une relation personnelle avec lui ni communier � son corps, l�Eglise. Malheureusement, cette attention n�est souvent qu�une compr�hension limit�e des myst�res qu�il faudrait communiquer, ou une m�ditation trop individuelle qui se r�f�re trop peu aux sources de la foi.

Bonne compréhension de la culture

D�autre part, il faut de la culture une connaissance qui vient de ce qu�on y a v�cu un temps suffisant, et de ce qu�on a �tudi�, de fa�on r�fl�chie et syst�matique, ses aspects significatifs, comme ils sont pr�sent�s dans les �tudes appropri�es et comme ils sont v�cus par la communaut�.
Mais il faut se rappeler qu�aucune culture n�est monolithique ni uniforme. Dans chaque milieu, en particulier aujourd�hui, vivent ensemble divers types de cultures. La culture n�est m�me pas une entit� � fixe �. Elle est toujours en �volution, � cause du d�veloppement de ses �l�ments propres et en vertu d��changes avec d�autres cultures. Elle subit des changements, des transformations, des processus d��volution qui se font par passages successifs, mais aussi par des sauts qui sont surtout dus � des causes libres.
Dans la culture il faut donc consid�rer non seulement ce qui a �t� et ce qui est, mais aussi ce qu�elle est en train de devenir.

En communauté

Il ne faut pas n�gliger non plus le fait que l�inculturation se passe dans une communaut�, qui est aussi un agent de la culture et de l�exp�rience de foi. C�est en elle que doit s�op�rer leur comp�n�tration r�ciproque. Pour y arriver, il faut aussi la collaboration des fid�les qui dans le quotidien, sans th�orie, fusionnent le v�cu et les exigences �vang�liques; la r�flexion des experts sur la foi, qui �tudient et interpr�tent les formes de la culture; l��ducation du peuple par les pasteurs qui l�accompagnent dans sa marche � la suite du Christ selon leur contexte particulier; la pens�e des � spirituels � qui, mieux que les autres, comprennent, savent harmoniser et d�couvrent les semences d�Evangile que rec�lent certains filons de la culture.
C�est donc � bon droit que la communion eccl�siale se pr�sente comme un crit�re fondamental pour l�inculturation. Transpos� en milieu sal�sien, ce crit�re sugg�re d�aborder le probl�me par une r�flexion de la communaut�, provinciale et locale, pour travailler dans la bonne direction.

Le processus d�inculturation

Un autre facteur � consid�rer dans l�inculturation est le temps. Il s�agit moins du temps � chronologique �, c�est-�-dire du simple fil des ans, que du temps rempli par la pr�sence du Christ, dans lequel op�re l�Esprit Saint. L�expression efficace du myst�re chr�tien dans une culture est � pl�nitude � des temps en elle. La rapidit� du processus d�pend de l�intensit� avec laquelle la communaut� chr�tienne vit le myst�re dont elle est porteuse et de sa capacit� de se faire � levain � dans la soci�t�.
Cela aide � comprendre comment se fait le processus d�inculturation pour ne pas se laisser tenter par des raccourcis impraticables.
L�inculturation de l�Evangile implique l��vang�lisation de la culture. Et celle-ci suit un parcours certes non rigide qui peut s�observer dans l�histoire: la foi se re�oit avec le v�tement culturel de celui qui l�annonce. L�accueil du message, selon les paroles et les propositions de celui qui le vit d�j�, est un premier pas n�cessaire pour introduire l'Evangile dans une culture.
L�assimilation en profondeur de l�annonce doit produire un changement de mentalit� chez ceux qui l�accueillent; une conversion progressive doit transformer les habitudes personnelles et modifier peu � peu les relations et la vie du groupe chr�tien, jusqu�� ce que le levain de l�Evangile ait transform� tout l�humain pour lui donner un visage original, tout comme l�humanit� de J�sus a caract�ris� la pr�sence historique de Dieu. De cette fa�on, la foi assume les formes typiques d�un peuple et devient en lui un ferment qui le transforme. Le processus n�est pas lin�aire, mais circulaire. Cela montre que plus on travaille intens�ment � la conversion personnelle, plus rapidement et efficacement on atteint des niveaux d�inculturation.

Les parcours


L�inculturation pr�sente enfin quelques parcours typiques. Ce sont essentiellement la continuit�, la contestation proph�tique et la cr�ation.
La continuit� invite � assumer les � semina Verbi � qui se trouvent dans un contexte d�termin� pour les corriger, les purifier, leur donner un nouveau sens ou leur ouvrir une nouvelle phase de d�veloppement. L�exemple de saint Paul � l�ar�opage d�Ath�nes peut nous servir. La religiosit� des Ath�niens ouvrait une porte � l�annonce, et Paul s�appuie sur elle. Mais vient pour eux le moment o� cette religiosit� ne suffit plus, m�me d�un simple point de vue humain, en vertu d�un �v�nement qui marque une nouvelle phase: � Et voici que Dieu, sans tenir compte des temps o� les hommes l�ont ignor�, leur annonce maintenant qu�ils ont tous, partout, � se convertir �[37] . Il est possible d�assumer beaucoup de points dans une culture, mais non sans discerner leurs significations ni les confronter avec le myst�re du Christ.
Dans une culture, tout n�est pas compatible avec l�Evangile. Il peut y avoir en elle des points et des conceptions inconciliables avec l�exp�rience chr�tienne. Et il y a aussi des � syst�mes �, des � ensembles �, des � constellations de points � dont le noyau m�me de coh�rence interne est � non �vang�lique �. Le chr�tien et la communaut� sont donc invit�s, moyennant une confrontation avec l��v�nement Christ, � abandonner et � laisser tomber certains �l�ments solidement enracin�s dans une culture. Le fait de l�Incarnation sugg�re la condescendance de Dieu qui a rev�tu la nature humaine, mais la mort et la r�surrection du Christ indiquent le passage par lequel cette m�me nature peut rejoindre la forme � laquelle elle est destin�e et pour laquelle elle a �t� assum�e.
Enfin, parce qu�elle n�est pas un simple sentiment subjectif, mais la confession de faits historiques et un myst�re r�el de salut, la foi chr�tienne a la possibilit� de produire des expressions culturelles propres. L�Eucharistie porte une culture, a des significations humaines, des paroles, des gestes, des comportements, des formes de socialit� qui se rattachent indissolublement � sa nature et au moment historique de son institution. Une telle culture traverse donc l�univers chr�tien dans le sens de l�espace et du temps. Nous lisons encore avec �motion le r�cit de ce que Paul dit avoir re�u du Seigneur par rapport � la c�l�bration de l�Eucharistie[38] et nous le voyons se r�p�ter aujourd�hui dans les communaut�s chr�tiennes �parses sous tous les cieux.
Cela se passe aussi pour la pri�re, qui se situe en celle de J�sus, et pour les autres signes dans lesquels la communaut� chr�tienne se reconna�t. C�est ce qui est universellement valable dans l�exp�rience chr�tienne, qui d�coule de la v�rit� historique et de l�unicit� de la venue du Christ. Pour exprimer ce fait unique, l�Esprit Saint donne � la communaut� eccl�siale une diversit� de langues, de dons, de charismes et de cultures. Le principe christologique est un crit�re d�unit�, et la r�f�rence � l�Esprit Saint explique la pluralit�.
Il y a une interaction �vidente entre la foi, la culture de la foi et les cultures. Plus on m�dite le myst�re chr�tien et la signification des gestes et des mots qui l�ont exprim� au moment de sa � naissance �, plus on saisit sa nouveaut� et par cons�quent son exigence interne de � convertir � la culture. Plus on approfondit la structure et les �l�ments d�une culture particuli�re, plus on comprend les chemins par lesquels un peuple recherche la pl�nitude d�humanit� et donc quelles sont les formes, les id�es et les mod�les qui sont susceptibles d�exprimer l�Evangile.
La dialectique est permanente. Il ne peut y avoir de paix qui signifierait une absence de d�fis r�ciproques, ou une sorte de convivialit� d�finitivement tranquille excluant la confrontation.
L�inculturation repr�sente non seulement la voie de p�n�tration de l�Evangile dans un groupe humain, mais aussi la conversion compl�te de la communaut� chr�tienne. Celle-ci ne devient �vang�lis�e, non � la fa�on d�une simple d�coration ou d�un vernis superficiel, que lorsqu�on rejoint la profondeur et m�me les racines de sa culture, � partir de la personne pour revenir toujours aux relations des personnes entre elles et avec Dieu[39] .
C�est pourquoi l�inculturation est ressentie comme urgente partout. Nous ne pouvons pas ne pas la prendre en charge en communion avec nos Eglises.

6. Le dialogue interreligieux et �cum�nique.

Les consid�rations pr�c�dentes sur l�Incarnation, sur l�unicit� du Christ et sur le besoin de sa m�diation pour le salut total de l�homme servent aussi � �clairer un autre axe d�engagement: le dialogue avec d�autres religions et confessions chr�tiennes.
Le dialogue interreligieux est le compl�ment de l�annonce. Il rapproche ceux qui en quelque sorte sentent la pr�sence de Dieu, valorise les semences de v�rit� pr�sentes dans les diff�rentes religions, favorise l�acceptation r�ciproque et la convivialit� pacifique. Il nous rappelle les interpellations et les questions adress�es par J�sus � ses contemporains sur les pratiques et les croyances religieuses (Juifs, Grecs, Samaritains, Syro-ph�niciens).
Il est aussi une partie importante du processus d�inculturation s�il est vrai, comme le pensent bien des sp�cialistes, que la religion repr�sente l�aspect le plus profond des cultures et, dans certains cas, elle forme avec elles une unique r�alit� pour les gens pauvres.
Jamais peut-�tre comme aujourd�hui ne s�est faite une exp�rience aussi imm�diate de la pluralit� des religions. Les moyens de communication en ont favoris� une information pour le moins sommaire. Les possibilit�s de d�placement ont permis d�en faire des exp�riences partielles et momentan�es, m�me chez celui qui entendait simplement b�n�ficier de certaines manifestations ou satisfaire sa curiosit�. Ils sont connus, les ph�nom�nes li�s aux religions, comme la recherche d�une spiritualit�, le r�veil des croyances traditionnelles et l�int�grisme.
L�Eglise a fait un long et patient cheminement de rencontre, de compr�hension et de valorisation des diff�rentes religions. On collabore avec elles dans des causes communes comme la poursuite de la paix, le d�passement de la pauvret�, la d�fense des droits de l�homme. Nous avons encore tous en m�moire la rencontre d�Assise, la visite du Pape au Maroc et son discours aux musulmans, ou, plus r�cemment, les fun�railles de M�re Th�r�se de Calcutta.
Les sal�siens travaillent dans des contextes plurireligieux o� les catholiques sont souvent minoritaires. Pour �duquer et �vang�liser, ils doivent bien conna�tre le fait religieux de leur milieu et son incidence sur les personnes et sur la culture pour pouvoir interagir par rapport aux comportements, aux traditions, aux croyances et aux pratiques religieuses.
Le dialogue ne concerne pas seulement la formulation de la v�rit�. Il inclut aussi l�accueil, la pr�sence ensemble dans les milieux �ducatifs et sociaux, les exp�riences partag�es en mati�re de promotion, le t�moignage et le service. Il ne doit donc pas se pratiquer seulement dans les circonstances formelles, mais aussi dans le quotidien. Dans bien des milieux o� nous travaillons pour le moment avec des jeunes et du personnel d�autres religions, cette mani�re de faire est d�j� courante. Mais il est demand� d�en ajouter d�autres plus explicites sur le contenu doctrinal, moral et culturel des religions. C�est ce qui permet d�abattre les pr�jug�s, de mieux comprendre le sens et les normes de chaque religion et de favoriser la libert� religieuse et la sinc�rit� de conscience.
L�exp�rience nous dit que cette forme de dialogue n�est pas toujours facile. Le soup�on que la religion chr�tienne ne fasse corps avec la domination culturelle de l�Occident cr�e bien des barri�res. La conviction que le Christ soit le m�diateur n�cessaire pour le salut de tous se pr�sente comme un obstacle insurmontable. Et la pens�e se fait jour que toute forme religieuse v�cue en conscience avec sinc�rit�, aurait pour l�homme une valeur �gale.
C�est ainsi que le dialogue interreligieux perd de son int�r�t et que s�affaiblissent le d�sir et la capacit� d�annoncer l�Evangile. Nous ne sommes pas totalement � l�abri de ce risque.
Une derni�re difficult� provient des nouveaux mouvements religieux, globalement appel�s � sectes �. Leur vari�t� ne permet pas de distinguer quel dialogue il est possible d�avoir avec elles. Le Document de travail du Synode pour l�Am�rique r�p�te � diverses reprises que leur pros�lytisme agressif, le fanatisme et la d�pendance qu�ils cr�ent chez les gens � travers des formes de pression psychologique et de contrainte morale, la critique et le persiflage injustes des Eglises et de leurs pratiques religieuses semblent rendre impossible toute forme de dialogue, de confrontation et de collaboration[40] . Et pourtant nous sommes invit�s � comprendre les raisons de leur incidence et � favoriser la libert� de conscience et la convivialit� pacifique.
Avec les distinctions que supposent ces commentaires, nous devons aussi introduire le dialogue interreligieux dans notre pastorale missionnaire. Nous nous appuyons en cela sur quelques convictions.
La lumi�re et la gr�ce que nous a port�es J�sus n�excluent pas les itin�raires valables de salut pr�sents en d�autres religions[41] . Elles les assument m�me, les purifient et les perfectionnent. � Le Verbe incarn� est l�accomplissement de l�aspiration pr�sente dans toutes les religions de l�humanit�: cet accomplissement est l��uvre de Dieu et il d�passe toute attente humaine. C�est un myst�re de gr�ce �[42] .
L�Esprit est pr�sent et agit en toute communaut� et en toute conscience qui marchent en direction de la v�rit�. Il pr�c�de l�action de l�Eglise et sugg�re � chacun la route vers le bien. En m�me temps, il pousse l'Eglise � �vang�liser les groupes et les peuples qu�il pr�pare d�j� int�rieurement � l�accueil. De nombreux documents r�cents du magist�re l�affirment. � L�Esprit, lisons-nous dans l�encyclique sur l�Esprit Saint Dominum et Vivificantem, se manifeste de fa�on particuli�re dans l�Eglise et dans ses membres: mais sa pr�sence et son action sont universelles, sans limites d�espace ni de temps �[43] . Il est m�me � l�origine de la question existentielle et religieuse de l�homme, qui na�t non seulement de situations contingentes, mais de la structure m�me de son �tre ... L�Esprit est � l�origine des nobles id�aux et des activit�s de bien de l�humanit� en marche � C�est encore l�Esprit qui r�pand les � semence du Verbe � pr�sentes dans les rites et les cultures, et qui les pr�pare � m�rir dans le Christ[44] .
Une telle lecture invite donc � d�passer le relativisme religieux qui consid�re les religions comme des approches et des routes �galement valables vers le salut, et qui ignore, au grand dam des destinataires, la pl�nitude de r�v�lation et l�unicit� de la gr�ce de gu�rison apport�e par le Christ. Mais elle nous encourage aussi � offrir avec enthousiasme notre exp�rience et celle de l�Eglise dans le respect et l�esp�rance, car nous sommes � la fois conscients des difficult�s de changer, ouverts aux surprises de la gr�ce, et heureux et reconnaissants de toutes les r�ponses, si partielles et m�me minimes qu�elles soient.
Je ne fais que mentionner en plus le dialogue �cum�nique, celui qui se d�roule avec les autres Eglises chr�tiennes. L�unit� est un des objectifs sur lequel insiste souvent Jean Paul II. Elle est une condition et un signe de la nouvelle �vang�lisation. La pri�re, les dispositions et les efforts pour la constituer font essentiellement partie de la pastorale d�aujourd�hui parce qu�ils r�pondent au d�sir de J�sus et aux besoins du monde. Chaque communaut� est appel�e � y travailler. Avec plusieurs de ces confessions s�est d�j� op�r� un cheminement et ouvert un acc�s � l��change dans la pri�re et � la collaboration dans l�action.

Dispositions et modalit�s sal�siennes dans le dialogue

Vu qu�il convient d�introduire le dialogue interreligieux et �cum�nique dans notre pratique missionnaire, il est utile d�indiquer quelques dispositions et modalit�s pour y prendre part dans un esprit sal�sien.
Je mets en premi�re place la capacit�, qui caract�rise le Syst�me pr�ventif, de d�couvrir et de valoriser le positif partout o� il se trouve. Les Constitutions la proposent � tous les sal�siens: � S�inspirant de l�humanisme de saint Fran�ois de Sales, [le sal�sien] croit aux ressources naturelles et surnaturelles de l�homme, sans ignorer pour autant sa faiblesse. Il accueille les valeurs du monde et [�] retient tout ce qui est bon �[45] . Elles le disent en particulier aux missionnaires lorsqu�elles affirment que � � l�exemple du Fils de Dieu, [�] le missionnaire sal�sien assume les valeurs des peuples qu�il �vang�lise et partage leurs angoisses et leurs esp�rances �[46] .
Puis il y a le d�sir de rencontrer les personnes, inspir� par la confiance et l�esp�rance. Le sal�sien prend l�initiative d�aller vers chaque destinataire, qu�il soit chr�tien ou adepte d�autres religions. Il y va avec toute sa charge d�humanit� (la bont�!) et sa conviction que chaque c�ur est un terrain f�cond pour le d�voilement de la v�rit� et la g�n�rosit� dans le bien.
Enfin la patience qui sait se r�jouir des petits pas, attendre des fruits ult�rieurs, accompagner des intuitions ou des d�couvertes, confier � Dieu le moment de la maturation de la foi, profiter de toute occasion pour communiquer, par l�amiti� et la parole, son exp�rience personnelle de l�Evangile.
Dans le dialogue religieux, les communaut�s ont une importance particuli�re. Car il est une �uvre chorale plut�t que de pionniers solitaires. La communaut� eccl�siale est � signe et moyen � du salut et communique sans cesse avec la soci�t� en �mettant des signaux plus encore par ce qu�elle est que par ce qu�elle pr�che. Au sein de l�Eglise, chaque communaut�, comme celles des consacr�s et des �ducateurs, ouvrent ou ferment les possibilit�s de dialogue par leur style de vie et leur capacit� d�accueil.
Il s�av�re que dans les communaut�s �ducatives plurireligieuses anim�es par nos confr�res, on vit ensemble, on apprend la tol�rance, on conna�t et on met en valeur des �l�ments d�autres religions, on rencontre les signes et les pratiques chr�tiennes, on se pr�te au dialogue approfondi avec ceux qui d�sirent mieux conna�tre J�sus Christ.
Par rapport aux communaut�s des consacr�s, d�autre part, l�exhortation sur la Vie consacr�e souligne le r�le particulier qu�elles peuvent avoir dans la communication avec d�autres exp�riences religieuses, par la connaissance r�ciproque et le respect, l�amiti� cordiale et la sinc�rit�, � la sollicitude commune pour la vie humaine, qui va de la compassion pour la souffrance physique et spirituelle � l�engagement pour la justice, la paix et la sauvegarde de la cr�ation �[47] , le dialogue de vie et l�exp�rience spirituelle.
Dans les lieux de mission, il sera important, sur ce point comme sur d�autres aspects de la vie missionnaire (inculturation, formation etc.), d�entretenir sans cesse une large collaboration avec les autres missionnaires, religieux ou la�cs, pour enrichir la contribution au travail commun pour le Royaume.

7. Un mot d�ordre: renforcer.

Au cours de ces vingt derni�res ann�es, et malgr� la raret� des vocations dans de vastes r�gions, la Congr�gation s�est ouverte avec g�n�rosit� � de nouvelles pr�sences missionnaires. Le charisme sal�sien s�est port� dans de nombreux pays. Au projet Africain s�est ajout�, peu apr�s, un intense mouvement vers l�Europe de l�Est et l�expansion dans le sud-est de l�Asie (Indon�sie, Cambodge).
Dans certains de ces contextes, la phase de la fondation s�est d�roul�e avec bonheur et celle de la consolidation est en cours en ce qui concerne les communaut�s, les structures et le projet pastoral.
Devant les r�sultats d�j� obtenus, c�est pr�cis�ment en vue de cette consolidation que je voudrais indiquer quelques besoins. Je les confie en particulier aux missionnaires qui travaillent sur place et aux Provinces responsables de pr�sences missionnaires.

L�effort principal doit porter sur la formation. Pour la formation initiale, � pr�sent que les si�ges sont construits et les communaut�s de formation fond�es, il est n�cessaire de pourvoir � la pr�paration du personnel et � la constitution d��quipes suffisantes en nombre et en qualit�. Il faudra en m�me temps constituer la commission pour la formation et activer l��laboration du Directoire prescrit par les R�glements[48] . Le Directoire assumera les orientations normatives communes et l�exp�rience du lieu, pour devenir un outil d�inculturation selon ce que j�ai rappel� dans les pages pr�c�dentes.
Il est partout indispensable de conna�tre le fond culturel et religieux des candidats pour faire un discernement soign� de leurs aptitudes et de leurs motivations, et leur donner un bon accompagnement p�dagogique, en sorte qu�ils int�riorisent les dispositions de la vie consacr�e et vivent de fa�on personnelle l�esprit sal�sien authentique bien adapt� � leur milieu. C�est dans l�assimilation profonde et convaincue de l�esprit, ainsi que dans sa pratique ext�rieure, que consiste la v�ritable fondation du charisme dans un pays. Il est donc important de soigner les communaut�s de formation, surtout en fait de personnel, � partir d�j� de celle du pr�noviciat.
La formation initiale se mod�le aujourd�hui sur la formation permanente et vise � la rendre g�n�rale et efficace. La formation permanente est donc un aspect indispensable du renforcement. Elle comporte l�engagement personnel de pri�re et de vie spirituelle, de r�flexion et d��tude, de qualification et de pr�paration progressives pour la mission, dont ne peut jamais se d�tacher le travail d��vang�lisation. Elle implique aussi la qualit� de la vie de la communaut� locale et provinciale. Il s�est av�r� toujours et partout que l�efficacit� de l��vang�lisation d�pend du style communautaire donn� � la vie fraternelle, � la pri�re et � la mise sur pied d�un projet ordonn�, plus que de l�activit� individuelle.
L�exhortation apostolique sur la Vie consacr�e rappelle que la communion est d�j� une mission par la force de son t�moignage �vang�lique. Plus que les autres peut-�tre, les � communaut�s missionnaires � sont appel�es � devenir des lieux de croissance permanente.
Il faut en plus pour chacun des temps extraordinaires de mise � jour, de synth�se et de recharge. Ils sont pens�s pour un repos p�riodique exp�dient, mais surtout pour redonner de la profondeur � la vie quotidienne et au travail d��vang�lisation. Il faudra les rendre r�guliers et sp�cifiques.

Un second point auquel il est n�cessaire de veiller est la qualification de notre travail �ducatif et pastoral. A la lumi�re de l�exp�rience, j�indique quelques points � soigner de fa�on sp�ciale.
L�un d�eux est l�harmonie et l�int�gration entre l��vang�lisation, la promotion humaine et l��ducation.
La premi�re, l��vang�lisation, constitue la finalit� principale. Elle est la raison de notre existence et de nos �uvres. C�est donc � elle que se doit, comme nous l�avons dit, la pr�f�rence en temps, en moyens, en emploi de personnel, en qualifications et en plans.
L��ducation en est pour nous un moyen et une modalit� typiques. Elle concerne principalement les jeunes, mais elle nous dicte le style � suivre avec les adultes �galement. Par nature elle s�adresse aussi � ceux qui ne sont pas chr�tiens et qui n�ont pas l�intention d�assumer la foi. Aux chr�tiens elle offre une formation humaine compl�te qui s�int�gre au cheminement cat�chistique et d�initiation � la foi.
La promotion humaine est un aspect indispensable de l��vang�lisation. Elle aussi concerne l�homme et la soci�t� comme tels; elle a des finalit�, des m�thodes et des dynamismes propres et peut assumer diverses orientations. C�est pourquoi Paul VI qualifie d�� �vang�lique � et de � fond�e sur le Royaume de Dieu � la promotion favoris�e par l�Eglise. Cela doit appara�tre dans la constance et la fa�on d�agir, en sorte de rendre �vidente la finalit� sp�cifiquement religieuse de l��vang�lisation, qui perdrait sa raison d��tre si elle s��cartait de l�axe qui la gouverne: le Royaume de Dieu avant toute autre chose, dans son sens pleinement th�ologique[49] .
Tout cela trouve un outil de clart�, d�orientation et de convergence dans le projet �ducatif et pastoral, qui motive et reprend les diverses dimensions de notre travail: �ducation et culture, �vang�lisation et cat�ch�se, communaut� et associations, ainsi que les vocations.
Son �laboration et sa r�alisation sont n�cessaire pour d�passer l�improvisation et les vues trop individuelles qui font trop pencher d�un c�t� la balance et d�tournent des finalit�s. Sa pr�paration et sa mise en �uvre sera une occasion de repenser l�action, de fixer un accord communautaire et d�approfondir la formation permanente.
La pastorale n�atteint pas ses objectifs et le projet n�est pas assur� de fonctionner si l�on ne met pas la qualification des personnes au centre de l�attention. Dans ce cas il s�agit des n�ophytes, des fid�les, des collaborateurs, des animateurs, des parents et, en g�n�ral, de ceux qui sont disponibles pour des activit�s de formation. Certaines de ces cat�gories ont besoin de soins particuliers. L�exp�rience qu�ils font leur offre la possibilit� d�entrer plus profond�ment en relation avec le Christ, et le travail qu�ils accomplissent exerce une influence d�terminante sur la communaut� chr�tienne. Je pense aux cat�chistes et aux �ducateurs.
Je veux pratiquement appeler tout le monde avec �nergie � investir principalement dans la formation des personnes: le plus grand nombre possible et au niveau le plus �lev� possible.
On �valuera l�emploi de l�argent � distribuer pour soutenir les activit�s les plus importantes, et l�on reverra l�utilisation des structures et l�orientation de nos occupations, en sorte que ce qui n�est qu�accessoire n�emp�che pas ce qui est principal. Dans les missions aussi la communaut� doit fonctionner comme � noyau animateur �.

Un troisi�me point auquel il faut veiller regarde les conditions pour que l�Evangile et le charisme sal�sien s�enracinent dans les divers contextes. L�inculturation n�est pas une op�ration qui se d�cide sur le papier entre quelques experts. C�est la vie chr�tienne et sal�sienne qui progresse et produit une interp�n�tration caract�ristique entre l�Evangile et les m�urs.
Elle doit tout d�abord se r�aliser en nous. Elle exige la volont� d�appartenir au lieu, d�apprendre et d�utiliser chaque jour la langue, d�adopter les coutumes, amend�es si l�on veut, de participer aux relations les plus simples et les plus humbles, de comprendre et d�adopter la religiosit� populaire. En un mot, de se faire � du lieu � et d��tre reconnus comme tels, d�� �tre tout � tous �.
Ce cheminement (appartenance, langue, m�urs, insertion dans le peuple), d�j� entrepris par ceux qui donnent le premier d�veloppement � une mission, facilitera la convivialit� avec les g�n�rations autochtones � qui les consignes seront transmises le moment venu.
C�est ce que vise la cr�ation de circonscriptions pour regrouper des pr�sences, renforcer le sentiment d�appartenance, cr�er des coresponsabilit�s et permettre de constituer des communaut�s compos�es de confr�res de provenances diff�rentes, qui devront modeler leur type de vie sur le crit�re de l�insertion et de l�inculturation.
A l�inculturation, � la qualit� de l��vang�lisation, � la communication de l�esprit sal�sien et � la transmission de la m�moire concourent aussi les archives, les biblioth�ques sp�cialis�es sur la culture locale, la r�colte de mat�riel ethnographique et de ce qui documente la marche missionnaire.
Les missions sal�siennes de la premi�re p�riode tenaient tr�s fortement � cette dimension historique qui r�pondait aux recommandations des sup�rieurs, � partir de Don Bosco, et � la pr�paration culturelle des pionniers. C�est une pr�occupation � reprendre aujourd�hui.

8. Nouveaux fronts.

Nous avons en chantier plusieurs projets missionnaires, tous prometteurs. Les attentes qui se manifestent dans les zones o� ils seront lanc�s, la recherche humaine et culturelle avec laquelle ils entreront en contact et les besoins extr�mes auxquels ils r�pondront encouragent � les entreprendre. Ce sont des champs pr�par�s pour la moisson. Je vous les pr�sente pour concr�tiser mon discours et partager avec vous la joie de regarder l�avenir.
En Afrique, les pr�sences qui se sont �tablies pr�c�demment se renforcent, et nous progressons en prenant place dans de nouveaux milieux: le Zimbabwe, le Malawi et la Namibie.
En Asie, notre premi�re pr�sence au Cambodge est en pleine activit�: un vaste centre moderne de formation professionnelle pour 500 jeunes avec la possibilit� d�un centre de jeunes et d�action missionnaire. Une deuxi�me �uvre se met en place, en nous prospectons aussi les possibilit�s que nous offre le Laos. R�cemment se sont �tablies des communaut�s dans les �les Salomon et au N�pal, et nous travaillons � ouvrir une fondation au Pākistān, o� seront envoy�s quatre confr�res au second semestre de 1998. Toutes les Provinces de l�Inde ont lanc� de nouvelles initiatives missionnaires
Puis il y a la Chine o� se profilent des temps nouveaux pleins de promesses �tant donn� les dimensions du territoire et de la population, les caract�ristiques humaines, les ant�c�dents missionnaires et les ferments religieux. Pour le moment, le travail rev�t des formes tr�s originales et atypiques. L�avenir offre des signes d�esp�rance et des questions. De toute fa�on, la Congr�gation suit les �v�nements politiques pour s�acheminer vers une pr�sence consistante d�s que se pr�senteront les conditions. Dans ces perspectives nous accueillons d�j� des demandes de candidats qui se sentent appel�s � y travailler.
En Europe, il est n�cessaire d�appuyer quelques communaut�s r�cemment fond�es, comme en Albanie, tandis qu�on travaille � �tablir une �uvre en Roumanie gr�ce � la collaboration des Provinces de Venise et d�Autriche. Don Bosco nous a pr�c�d�s et la diffusion de sa biographie a suscit� des vocations locales, qui sont d�j� en train d�effectuer leurs premi�res phases de formation.
En Am�rique, nous tournons les yeux vers Cuba o�, ces derni�res ann�es, nous avons eu le signe positif de l�apparition de vocations, et o� les besoins du contexte chr�tien sont immenses � cause de la p�nurie de forces. Et dans le nouveau climat de collaboration et de solidarit� non remarqu� au CG24, mais r�affirm� au Synode de l�Am�rique, nous avons un projet de pr�sence parmi les �migr�s espagnols aux Etats-Unis.
Puis il y a, dans les diff�rents pays, des indig�nes auxquels nous avons accord� notre attention dans le pass� et que nous continuons � suivre. Il s�y ajoute aujourd�hui de nombreux groupes d�Afro-am�ricains pour lesquels, dans la ligne des Eglises d�Am�rique, nous avons l�un ou l�autre projet en chantier.
Je termine la liste en mentionnant le douloureux probl�me des r�fugi�s, qui sont des millions, en particulier en Afrique, et dont les cons�quences les plus graves retombent sur les enfants et les jeunes. J�ai confi� au dicast�re pour les missions d��laborer une hypoth�se d�action, � partir de la connaissance de la situation sur chaque continent, pour aboutir � des initiatives significatives en fait d��ducation et de pastorale.
� La moisson est abondante �. Suivant l�exemple de Don Bosco et de ses successeurs, qui ont pr�sent� � la Congr�gation de nouvelles entreprises missionnaires pour susciter la g�n�rosit�, j�adresse, moi aussi, un appel aux confr�res qui sentent le d�sir et la vocation � se mettre � la disposition de Dieu. Je l�adresse � tous. La pr�sence des confr�res �g�s peut �tre providentielle, par leur t�moignage, leur pri�re et l�apport de leur sagesse, dans des communaut�s missionnaires tr�s jeunes. De m�me peut �tre pr�cieux pour les missions la p�riode de vie qui, dans de nombreux pays, n�est plus employ�e dans des �uvres d��ducation. Mais je voudrais que ce soient surtout les jeunes qui entendent cet appel.
La g�n�rosit� missionnaire a �t� une des raisons de la bonne sant� et de l�expansion de la Congr�gation au cours de son premier si�cle et demi de vie. Je suis persuad� qu�il en sera de m�me � l�avenir.
Dans cet appel, je voudrais insister sur deux points. Le premier concerne les Provinces qui ont aujourd�hui beaucoup de vocations. Longtemps, ce furent les Provinces d�Europe qui ont fourni le plus grand nombre de missionnaires et c�est gr�ce � elles que la Congr�gation s�est implant�e sur d�autres continents. Dans le r�cent congr�s europ�en sur les vocations qui a eu lieu � Rome, on a constat� que l�apport des Eglises europ�ennes � la mission � ad gentes � au cours de ces vingt-cinq derni�res ann�es a diminu� de 80 %, alors qu�elles poursuivent leur exemplaire solidarit� d�assistance financi�re et autre. En m�me temps, la contribution d�autres continents devient consistante, comme j�ai pu l�observer dans la remise du crucifix aux participants � la 127e exp�dition missionnaire.
A la fin de son encyclique Redemptoris missio, Jean Paul II affirme: � Je vois se lever l�aube d�une nouvelle aire missionnaire qui deviendra un jour radieux et riche de fruits si tous les chr�tiens, et en particulier les missionnaires et les jeunes Eglises, r�pondent avec g�n�rosit� et saintet� aux appels et aux d�fis de notre temps �[50] . Nous devons, nous aussi, r�pandre la mentalit� et l�enthousiasme dans les Provinces r�cemment �closes et ouvrir aux jeunes les possibilit�s du monde.
La r�ciprocit� missionnaire doit nous rendre disponibles � partager les uns avec les autres les moyens, le personnel et les aides spirituelles.
Le deuxi�me point est d�associer les la�cs � la mission � ad gentes �. D�une fa�on g�n�rale, s�est renforc�e la conscience du la�cat et de sa participation � la communion et � la mission de l�Eglise; du m�me coup s�est intensifi�e son int�r�t pour la mission � ad gentes �. Le d�sir s�en r�pand, les demandes augmentent, la pr�paration des candidats s�am�liore et l�on cherche comment rendre possible leur participation selon les particularit�s de leur condition. Annoncer la Bonne Nouvelle est, pour les la�cs, � la fois un devoir et un droit qui se fondent sur leur dignit� de baptis�s. Nous assistons � une mobilisation sans pr�c�dents des volontaires engag�s en premi�re ligne dans la pastorale des Eglises et dans la promotion humaine exerc�e dans un sens chr�tien.
Le CG24 a r�p�t� sous maintes formes cette possibilit� d�engagement missionnaire pour les la�cs. C�est l�heure de d�passer les r�alisations et de s�acheminer vers des formes larges et organis�es de la�cat missionnaire sal�sien.

9. Ensemble vers l�an 2000.

Nous sommes tous convoqu�s � cette �uvre de renforcement et aux nouvelles activit�s pour l�extension su Royaume. Les � missions � font partie de l�unique mission de l�Eglise. Les missions sal�siennes font partie de l�unique mission sal�sienne. Elles se r�alisent, sans solution de continuit�, partout o� l�Eglise doit annoncer l�Evangile et o� la Congr�gation est appel�e � offrir son charisme.
Parmi ceux qui travaillent dans les diff�rentes � missions �, nous trouvons une profonde communion de biens et une myst�rieuse solidarit� d�efforts et de r�sultats.
Nous partageons le trait missionnaire de la spiritualit� sal�sienne parce que nous d�sirons que la lumi�re de l�Evangile parvienne � tous. Nous partageons la pratique missionnaire pour que la priorit� de l�annonce, l�ouverture au dialogue religieux, le mouvement de l�inculturation et l�effort de renforcer la communaut� par la formation des personnes soient assum�s partout dans la mesure requise par chaque situation. Nous partageons la vie missionnaire en participant � ses �v�nements consolants et tristes et en cherchant � voir en eux la volont� de Dieu, � travers l�information et la lecture �vang�lique des �v�nements. Nous nous maintenons en communion avec les missionnaires surtout par la pri�re quotidienne et � des dates ou en des circonstances sp�ciales marqu�es par notre m�moire, les indications de l�Eglise ou par des �v�nements particuliers.
Une forme du m�me partage est une pastorale des jeunes qui, sur la route de la foi, fait vivre intens�ment la dimension missionnaire de l�Eglise. Dans les parcours de maturation humaine, d�approfondissement de la foi, d�exp�rience d�Eglise et d�orientation des vocations, il y a place pour diff�rents encouragements en provenance du monde des missions. Dans les associations de jeunes il y a place pour des groupes � finalit�s apostoliques diverses qui s�inspirent de l�int�r�t pour les missions. Ils entretiennent et font �clore des dispositions et des attitudes chr�tiennes, comme la disponibilit� � se donner, l�estime des diff�rentes cultures, la capacit� de d�passer les apparences des personnes, le sens communautaire du travail et de l�action, le go�t de la communication, la mentalit� mondiale.
Une autre forme encore du partage est aussi la diffusion de la sensibilit� missionnaire ou le t�moignage de notre vie pauvre, au milieu de la population chr�tienne ou simplement de bonne volont�. Elle doit se faire selon les principes et les finalit�s de l��vang�lisation plut�t que simplement selon les techniques de la publicit� ou pour conqu�rir l�adh�sion. L�apport des procures des missions, mondiales, interprovinciales ou provinciales, a rendu possibles le lancement et le d�veloppement de nombreux projets missionnaires, et reste toujours le signe du grand nombre de personnes qui s�associent � l�entreprise missionnaire et du sens concret qui nous a caract�ris�s d�s notre premi�re exp�dition.
Tout cela doit se vivre, il est presque superflu de le dire, non dans une mentalit� purement utilitaire, mais dans le d�sir de ne rien n�gliger pour que beaucoup aient le bonheur de faire l�exp�rience du salut apport� par le Christ.
La proximit� de l�an 2000 nous invite � donner une nouvelle preuve de notre capacit� d�entreprendre ensemble des activit�s missionnaires de grande envergure.
Il y aura alors 125 ans qu�aura eu lieu la premi�re exp�dition missionnaire. Notre histoire n�a laiss� passer aucun anniversaire important de cet �v�nement sans le signaler par des c�l�brations particuli�res.
Au d�but du si�cle il revint � don Rua de comm�morer les 25 ans. Les sal�siens d�Am�rique d�siraient vivement sa pr�sence sur le continent et firent intervenir dans ce but d�importants personnages qui n�obtinrent cependant pas le r�sultat escompt�[51] . Mais les c�l�brations eurent tout de m�me lieu avec la pr�sence du cat�chiste g�n�ral, le P. Paul Albera, dans le contexte du congr�s international des Coop�rateurs de Buenos Aires, le deuxi�me apr�s celui de Bologne[52] .
Davantage c�l�br�e fut la comm�moration du cinquanti�me anniversaire, en 1925, voulue par le bienheureux Philippe Rinaldi, et qui co�ncidait avec une ann�e jubilaire. Le premier point de son programme consistait en � une grande fonction et une nombreuse exp�dition missionnaire �[53] . Cette exp�dition se pr�para en effet. Elle comptait 172 sal�siens et 52 Filles de Marie Auxiliatrice. Il revit au cardinal Cagliero de la b�nir et de remettre les crucifix aux missionnaires en partance.
Pour le 75e anniversaire, le P. Pietro Ricaldone demanda une contribution extraordinaire de personnel aux Provinces qui avaient �t� les destinataires des premiers efforts missionnaires et stimula la fondation de plusieurs aspirantats missionnaires hors d�Europe.
En 1975, pour le centenaire de cette date qui nous est si ch�re, le P. Louis Ricceri invita � la rappeler par des activit�s pratiques dont la deuxi�me �tait une exp�dition missionnaire digne du centenaire. � Je vais vous faire maintenant, disait-il, non pas une proposition, mais un fervent appel. Reconnaissante � Dieu de tout le bien qu�elle a pu faire en ces cent ann�es, et consciente de tout ce qui reste � faire, confiante en la Providence, qui saura r�compenser le geste de celui qui quitte sa Province pour les missions en y suscitant de nouvelles et g�n�reuses vocations, la Congr�gation se propose de r�aliser une exp�dition missionnaire digne de l��v�nement �[54] .
Les dimensions de la Congr�gation et la vitalit� des nouvelles Provinces, l��largissement du monde et les nouveaux terrains � ensemencer nous invitent � mettre en pratique la r�ciprocit� missionnaire.
En vue de l�an 2000, je vous propose de former une gerbe, par la contribution minimum d�un confr�re par Province, pour renforcer les �uvres commenc�es depuis peu et avancer sur les terrains qui s�ouvrent. Les Provinces favoris�es d�un plus grand nombre de vocations pourront contribuer selon leur richesse, en commen�ant d�s � pr�sent un travail de sensibilisation et de motivation parmi les jeunes confr�res. Nous rejoindrons ainsi l�appel du Pape � une nouvelle �vang�lisation en remerciant Dieu des 10.000 vocations missionnaires environ qu�il a envoy�es � notre Congr�gation.

Conclusion.

Au terme de cette r�flexion, ma pens�e se tourne vers Marie Auxiliatrice. Ce n�est pas par hasard que nos exp�ditions partent de la basilique qui lui est consacr�e comme centre de rayonnement de la foi et de la Congr�gation. M�me si aujourd�hui, � cause de la d�centralisation missionnaire, les points de d�part sont nombreux, la remise du crucifix devant Marie Auxiliatrice reste toujours le geste par lequel la Congr�gation sal�sienne comme telle renouvelle son engagement missionnaire.
Le tableau qui la repr�sente nous fournit une synth�se de spiritualit� missionnaire par la r�f�rence au P�re qui est � l�origine de la mission, � l�Incarnation du Fils, qui est la premi�re mission source de toutes les autres, et � la pr�sence de l�Esprit envoy� pour animer l�Eglise, envoy�e � son tour �vang�liser le monde.
Marie nous fait penser � la parole accueillie le jour de l�Annonciation, � l�annonce joyeuse port�e lors de la Visitation, � la Parole m�dit�e lors de la naissance de J�sus et progressivement devenue vie par la participation au minist�re public, pleinement r�alis�e dans l�union � la passion, � la mort et � la r�surrection de J�sus.
Les territoires o� nous avons sem� sont presque tous marqu�s aujourd�hui par un sanctuaire de Marie Auxiliatrice. Les communaut�s qui se sont form�es ont appris � l�invoquer. Les trois communaut�s chr�tiennes avec lesquelles nous avons c�l�br� l�Eucharistie en Chine ont spontan�ment demand�, au moment de prendre cong�, la b�n�diction de Marie Auxiliatrice. C�est une pratique et un souvenir que de nombreuses ann�es d�isolement n�ont pas r�ussi � effacer et auxquels s�attache la foi.
Elle a ouvert et guid� notre histoire missionnaire: nous lui confions notre pr�sent et nos projets � venir.

Juan Vecchi

[1] Jn 4, 35.
[2] Ib.
[3] Jn 4, 34.
[4] Cf. Jn 4, 35.
[5] Cf. Jn 4, 38.
[6] Jn 4, 37.
[7] Mc 16, 15.
[8] Jn 4, 21. 23.
[9] Jn. 4, 22.
[10] Mt 9, 37.
[11] Const.,34.
[12] Ceria E. Annali I, p. 252.
[13] Const. 30.
[14] Cf. ACG 359, avril-juin 1997.
[15] Ceria E., Annali I, p. 252.
[16] Cf. Const. 30; R�gl. 11. 18. 20. 22.
[17] Evangelii nuntiandi, 69.
[18] RM, 69.
[19] Cf.VC, 72. 78.
[20] VC, 78.
[21] VC, 79.
[22] Cf. VC, 79. 102.
[23] EA, 90.
[24] Cf. EN, 17.
[25] EA, 57.
[26] Ib.
[27] EN, 31
[28] Const., 31.
[29] Const., 34.
[30] CGS, 337.
[31] CGS, 339.
[32] CGS, 341.
[33] Cf. EA 59-64.
[34] Cf. ACG 316, 336 et 342.
[35] Cf. CG24, 15. 55. 131. 255.
[36] Cf. 1 Jn 1, 1.
[37] Ac 17, 30.
[38] Cf. 1 Co 11, 23-26.
[39] Cf. EN, 20.
[40] Cf. Document de travail, 45.
[41] Cf. Lumen gentium, 16.
[42] Tertio millennio adveniente, 6.
[43] Cf. DEV, 53.
[44] Cf. Lumen gentium, 17; Ad gentes, 3. 15; Redemptoris missio, 28.
[45] Const. 17.
[46] Const. 30.
[47] Cf. VC, 102.
[48] Cf. R�gl. 87.
[49] Cf. EN, 32.
[50] RM, 92.
[51] Cf. Ceria E., Annali III, p. 106.
[52] Cf. ib., pp. 104-128.
[53] Proc�s verbal du Conseil sup�rieur, 17.6.1925.
[54] ACS n� 277 (janvier-mars 1975), p. 34.