
La foi comme appel à une relation de miséricorde
Lorsque le pharisien monte au temple, il apporte avec lui une image de Dieu façonnée à sa propre mesure : un Dieu qui note les mérites et les démérites, qui récompense les justes et condamne les pécheurs. Sa prière est une comparaison avec celle des autres : « Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes. » Il manque une relation authentique : il n'y a que de l’auto complaisance.
Le publicain, au contraire, entre dans le temple conscient de son indignité. Son « Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis » n'est pas du désespoir, mais une ouverture courageuse à une relation possible précisément parce qu'elle repose sur la miséricorde. Il comprend ce que le pharisien a perdu : Dieu n'est pas un juge, mais un Père qui attend le retour de ses enfants qui se sont éloignés de Lui.
Pour nous, éducateurs, cette distinction est fondamentale. Combien de fois, sans le savoir, ne transmettons-nous pas une image de Dieu plus proche de celle du pharisien ? Un Dieu qui observe, évalue, récompense ou punit en fonction de notre performance spirituelle… L'éducation à la foi favorise la rencontre avec la miséricorde, une expérience où nous découvrons que nous sommes aimés parce que nous sommes des enfants aimés, même dans notre fragilité.
Évangéliser signifie introduire les personnes dans cette relation miséricordieuse, car Dieu n'attend pas notre perfection pour nous aimer. Mais c’est précisément dans notre pauvreté, qu’Il manifeste la richesse de son amour. Voilà, la Bonne Nouvelle que nous devons annoncer : une relation qui transforme de l'intérieur.
Une relation qui commence par l'humilité du cœur
L'humilité du publicain-collecteur d'impôts est la condition qui rend possible la rencontre avec Dieu. En restant « à distance » et « n'osant même pas lever les yeux vers le ciel », il reconnaît la disproportion infinie entre la sainteté de Dieu et sa propre misère, mais aussi la confiance que ce Dieu Saint lui-même accorde à ceux qui se reconnaissent dans le besoin.
Au contraire, la prière du pharisien est remplie de « je » : « je jeûne », « je verse le dixième de tout ce que je gagne ». Il a construit son identité religieuse sur l'affirmation de soi, sur la comparaison avec les autres, sur la démonstration de ses œuvres. Il se sent déjà comblé, déjà arrivé, déjà juste.
Dans le domaine de l'éducation et de l'évangélisation, l'humilité de cœur est la capacité de se reconnaître constamment en besoin de salut, de ne jamais prendre sa relation avec Dieu pour acquise, de rester ouvert au don de sa Grâce. C'est l'attitude de ceux qui savent que la vie chrétienne n'est pas un bien acquis une fois pour toutes, mais un cheminement quotidien où l’on se laisse façonner par la miséricorde divine.
Comme éducateurs, nous sommes appelés à être les premiers à témoigner de cette humilité, en reconnaissant nos limites, notre fragilité, notre besoin constant de conversion. Ce n'est qu'ainsi que nous devenons crédibles et créons des espaces où d'autres peuvent aussi retirer leur masque et se présenter à Dieu tels qu'ils sont.
Être des pécheurs, aimés et pardonnés
La conclusion de la parabole est bouleversante : « C’est lui [le publicain] qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre. » Le publicain, qui n'avait rien à offrir d'autre que sa propre misère, reçoit tout. Le pharisien, qui avait tant à exposer, reste dans son illusion stérile.
Dieu ne justifie pas ceux qui se croient justes, mais ceux qui se reconnaissent pécheurs. Il ne comble pas ceux qui sont rassasiés, mais ceux qui sont vides. Il ne rencontre pas ceux qui n'en ressentent pas le besoin, mais ceux qui implorent la guérison. C'est le paradoxe évangélique : nous sommes sauvés parce que, bien que nous soyons pécheurs, la miséricorde de Dieu est d’autant plus grande.
Dans l'éducation religieuse contemporaine, la parabole nous montre que lorsque nous reconnaissons le péché, nous nous ouvrons à la Grâce qui transforme. Le péché ne nous écrase pas.
Être des pécheurs aimés et pardonnés n'est pas un statut d'infériorité, mais la condition propre au chrétien. C'est l'identité qui nous permet de vivre en liberté, sans prétendre être parfaits, sans cacher nos chutes, sans construire des façades de respectabilité. C'est la prise de conscience que le fondement de notre vie ne réside pas dans ce que nous avons fait, mais dans ce que Dieu a fait et continue de faire pour nous.
Témoins de la miséricorde de Dieu personnellement vécue
Le publicain qui rentre chez lui justifié devient inévitablement témoin. L'expérience d'avoir été accueilli, pardonné, relevé ne peut être silencieuse. Sa vie parlera de cette miséricorde qui l'a transformé.
Et c'est ici que la véritable évangélisation est en jeu. Nous n'énonçons pas des théories abstraites sur la miséricorde de Dieu, mais nous témoignons d'une expérience personnelle. Nous parlons d'un pardon que nous avons reçu, d'un amour qui nous a cherchés et trouvés, d'une relation qui a donné un sens à notre existence.
Pour ceux qui œuvrent dans le domaine de l'éducation et de l'évangélisation, cela signifie d'abord cultiver leur propre vie spirituelle comme une expérience vivante de cette miséricorde. Avant d'être éducateurs, nous devons être disciples ; avant d'enseigner, nous devons apprendre ; avant de donner, nous devons recevoir. La crédibilité de notre proclamation se mesure à la vérité de notre expérience.
Cela signifie aussi créer des contextes éducatifs où les personnes peuvent vivre la même expérience. Non pas des ambiances de jugement, mais d'accueil ; non pas des lieux où doit être démontré le mérite, mais des espaces où l'on peut se reconnaître fragiles ; non pas des structures où l’on acquiert des compétences religieuses, mais des communautés où est ressentie la tendresse de Dieu.
La parabole du pharisien et du publicain nous rappelle que l'éducation à la foi est essentiellement une introduction à une relation : celle avec un Dieu qui nous aime d’un amour miséricordieux, qui nous attend toujours, qui nous pardonne toujours, qui fait de notre pauvreté le lieu où il nous rencontre.