Recteur Majeur

Étrenne 2020: Commentaire

« Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel » (Mt 6,10)

« DE BONS CHRÉTIENS ET D’HONNÊTES CITOYENS »

 

INTRODUCTION

Lorsque j'ai pensé à l'Étrenne de cette année, avec d'autres confrères salésiens, j'ai clairement compris à quel point le thème était important et fascinant : titre simple, mais au contenu vaste et complexe à développer. Après le travail de ces dernières semaines, j'ai perçu encore plus clairement ce caractère fascinant, utile et complexe. Je crois sincèrement que nous devons, dans notre Famille Salésienne, dans chacun de nos Groupes, dans les différents pays où nous nous trouvons, et avec les œuvres les plus variées, examiner les aspects qui ont quelque chose à voir avec la formation du chrétien et du citoyen.

→ Nous devons faire passer toujours plus explicitement le message que notre mission est d'évangéliser et de catéchiser. Sans cela, nous ne sommes pas « Famille Salésienne » ; nous pouvons être des « prestataires de services sociaux », mais non pas des apôtres d'enfants, d'adolescents et de jeunes.

→ En même temps, il est plus qu'évident que dans notre mission d'éducateurs, nous ne pouvons pas « vivre dans les nuages », sans rien à voir avec la vie, la justice, l'égalité des chances, la défense des plus faibles, la promotion d'une vie citoyenne et honnête. Cette dimension est aujourd'hui plus urgente que jamais, car les sociétés dans lesquelles nous vivons ne croient pas beaucoup à ces valeurs. Quand nous éduquons, de quel côté sommes-nous ? C'est précisément à cause de cette question que la réflexion sur l'Étrenne de cette année est si actuelle et si nécessaire.

→ À tout cela s'ajoute un nouvel obstacle. Le binôme éducatif de Don Bosco, ce même binôme qui l'a guidé dans l'Italie du XIXème siècle, peut encore être considéré comme valable dans un « monde salésien » où la Famille de Don Bosco peut se sentir chez elle dans des pays avec des religions différentes ou majoritairement non-chrétiens ou dans les sociétés postchrétiennes, ou même dans des pays officiellement laïcs ou antireligieux ?

Quant à ce dernier aspect, c'est-à-dire une Étrenne où parler de la manière d'être de « bons chrétiens » dans des sociétés non chrétiennes, des questions me sont parvenues de certaines de ces régions. Je vous les présente : elles contiennent sans aucun doute une grande sensibilité pastorale. En voici quelques-unes :

Dans les Provinces à forte majorité non chrétienne (autres religions, agnostiques ou indifférentes), cette Étrenne sera bien accueillie dans la mesure où elle pourra offrir un espace de réflexion et quelques idées d'actions éducatives dans des milieux « non-chrétiens » ou « postchrétiens ». Comment présenter le binôme éducatif de Don Bosco pour que même nos laïcs et nos jeunes non-chrétiens puissent l'accepter, le comprendre, le suivre et le mettre en pratique ?

À l'époque de Don Bosco, dans le contexte d'une société à majorité chrétienne, l'utilité sociale était un signe de religiosité authentique. Mais aujourd'hui, dans les 134 pays du monde où notre charisme s'est propagé, nous ressentons plutôt la nécessité de maintenir l'équilibre dans une attitude d'ouverture et d'inclusion dans le processus éducatif « pour et avec » les jeunes et les laïcs non-chrétiens, partant de la première annonce de l'Évangile de Jésus-Christ à travers le Système Préventif qui crée des relations, un climat de famille où l'on éduque et où la foi se transmet par osmose.

Il faut tenir compte des milieux multiculturels et multi-religieux des 40 Provinces Salésiennes qui vivent dans les Églises minoritaires parmi les grandes religions du monde, en particulier en Asie et en Afrique.

Il ne suffit pas de répéter ce que Don Bosco a fait au XIXème siècle. Nous pouvons apprendre des expériences des Salésiens qui vivent aujourd'hui le Système Préventif dans des pays à majorité non chrétienne. Ils ont certainement de nombreuses expériences de vie riches, ils ont su interpréter la pensée de Don Bosco dans des contextes multi-religieux et multiculturels que notre Père n'aurait même pas pu imaginer.

« Bons chrétiens et honnêtes citoyens » dans des milieux en majorité non chrétienne ou postchrétienne. Nous nous posons quelques questions précises :

  • Comment mettre en pratique le binôme de Don Bosco auprès des jeunes et de nos collaborateurs laïcs non chrétiens ?
  • Comment maintenir l'équilibre entre l'ouverture aux non-chrétiens et la première annonce de l'Évangile ?
  • Comment traduire le concept de « bon chrétien » pour la majorité de nos collaborateurs laïcs non chrétiens ?
  • Comment mettre en pratique le pilier « Religion » dans les contextes multi-religieux où nous nous trouvons ?
  • Comment éduquer les jeunes et les laïcs aux trois piliers de la Spiritualité du Système Préventif de Don Bosco : Raison - Religion - Affection ?
  • Comment traduire dans la vie quotidienne les « bons chrétiens » de Don Bosco dans la mission partagée avec de nombreux non-chrétiens ?
  • Le Recteur Majeur pense-t-il que le Système Préventif de Don Bosco puisse être pleinement vécu et mis en pratique également par des collaborateurs laïcs d'autres religions ?
  • Comment inclure les non-chrétiens dans la Communauté Éducative et Pastorale (CEP) ?
  • Que disent les non-chrétiens eux-mêmes impliqués dans la mission éducative salésienne ?
  • Quelles sont les expressions les plus attrayantes de la pratique du Système Préventif de Don Bosco ?

Je pense qu'au cours du développement de cette Étrenne, il sera possible de trouver des indications qui répondent d'une manière ou d'une autre à ces questions – évidemment plus que légitimes – qui m'ont été envoyées.

 

« BONS CHRÉTIENS » ET « HONNÊTES CITOYENS » selon Don Bosco[1]

 

Plus d'un pourra se demander si ce binôme éducatif a été utilisé et proposé par Don Bosco lui-même. C’est l'un des aspects que le P. Braido approfondit avec une rigueur académique. C'est lui qui nous a fait comprendre que Don Bosco a toujours suivi cette voie ou proposition éducative, formulée avec ces mêmes mots ou paraphrasée, y apportant des nuances selon ses interlocuteurs. Mais le thème du rapport entre l'éducation des jeunes et le bien de la société, joint à celui du salut éternel, peut être considéré comme une constante. Ce binôme a, en effet, été utilisé avec ces différentes formulations au fil des années :

Faites d'eux d'honnêtes citoyens et de bons chrétiens (1857)

→ Devenir de bons chrétiens et d'honnêtes artisans (1857)

→ Puissent-ils tous devenir de bons citoyens et de bons chrétiens (1862)

→ Faire de tous de bons chrétiens et d'honnêtes citoyens (1872)

→ Éduquer la jeunesse à l'honneur d'être chrétien et au devoir d'être bon citoyen (1873)

→ Ils devenaient de bons chrétiens et d'honnêtes citoyens (1875)

→ Faire le peu de bien possible aux jeunes abandonnés, en m'employant de toutes mes forces à ce qu’ils deviennent de bons chrétiens face à la religion, d'honnêtes citoyens au sein de la société civile (1876)

→ Préparer de bons chrétiens pour l'Église, d'honnêtes citoyens pour la société civile (1877)

Dans beaucoup de ses écrits, en particulier dans ses lettres, Don Bosco a bien défini le binôme éducatif et pastoral avec ces expressions (toujours selon le P. Braido comme source scientifique-historique) :

  • Faire d'eux de bons citoyens et de bons chrétiens est l'objectif que nous nous proposons
  • Faire d'eux de bons chrétiens et d'honnêtes citoyens
  • Ce sont (...) d'utiles citoyens et de bons chrétiens
  • Ils deviennent de bons chrétiens, d'honnêtes citoyens
  • En entrant dans cet Oratoire, un jeune homme doit se persuader qu'il s'agit d'un lieu religieux où l'on souhaite faire de bons chrétiens et d'honnêtes citoyens
  • Les rendre à la société civile comme de bons chrétiens et de bons citoyens
  • Éduqués aux vertus chrétiennes et civiques (...) faire d'eux de bons chrétiens et d'honnêtes citoyens
  • Il s'agit de faire d'eux d'honnêtes citoyens et de bons chrétiens
  • Vivre toujours en bons chrétiens et en sages citoyens
  • Espérer qu'ils deviendront de bons chrétiens, d'honnêtes et utiles citoyens
  • Ils sont maintenant de bons chrétiens et d'honnêtes citoyens
  • Je me réjouis beaucoup de savoir que vous ... vivez en bons chrétiens, en citoyens honorables
  • Où que vous soyez, montrez-vous toujours de bons chrétiens et des hommes honnêtes
  • Le but de nos collèges est de former de bons chrétiens et d'honnêtes citoyens
  • Pour être rendus ensuite à la société civile comme de bons chrétiens, d'honnêtes citoyens
  • Ils sortent [de nos collèges] comme de bons chrétiens et d’honnêtes citoyens
  • Les remettre à la Société comme bons chrétiens et honnêtes citoyens
  • Les éduquer pour faire d'eux de bons citoyens et de vrais chrétiens
  • [Être] bon chrétien et honnête citoyen
  • Leur apprendre à vivre comme de bons chrétiens et de sages citoyens
  • Formés à vivre en bons chrétiens et en sages citoyens
  • Ils deviennent de bons chrétiens, de sages citoyens
  • Faire d'eux de bons chrétiens et d'utiles citoyens
  • Continuez donc à être de bons chrétiens et de sages citoyens
  • Donner à la société civile des membres utiles, à l'Église des catholiques vertueux, au Ciel des habitants heureux
  • Faire d'eux de bons citoyens et de bons chrétiens
  • Les rendre (...) à la société civile comme de bons chrétiens, d'honnêtes citoyens
  • Ils feront voir au monde que l'on peut (...) être à la fois chrétien et citoyen honnête et travailleur
  • Les instruire, les éduquer et en faire d'eux de bons chrétiens et d'honnêtes citoyens
  • Combien de bons enfants, combien de pères chrétiens et honnêtes, combien plus de meilleurs citoyens ne pourrions-nous pas donner aux familles, à l'Église, à la société
  • Devenir de bons chrétiens et d'honnêtes citoyens
  • Les rendre à la famille, à la société, à l'Église, comme de bons enfants, de sages citoyens, de chrétiens exemplaires.

 

Ainsi qu’on peut le voir, comme dans une partition musicale, la mélodie est toujours la même mais avec des nuances différentes. Le P. Braido le présente sans équivoque dans une étude qui nous a permis de comprendre que Don Bosco n'est pas un théoricien mais un homme d'action qui « réfléchit » sur le sens de ses initiatives pastorales. Par conséquent, s'il n'est pas surprenant que le lexique utilisé et les concepts exprimés soient simples et répétitifs, il est clair que son action suit des lignes bien précises et une conscience « théorique » claire, à la fois en termes de connaissance des situations et des problèmes, et en ce qui concerne les solutions opérationnelles mises en pratique. Les deux aspects ressortent avec une évidence particulière dans l'une de ses expressions les plus chères et répétées : « bon chrétien et honnête citoyen ».

 

1.1 BONS CHRÉTIENS vivant dans la Foi au Seigneur sous la conduite de l’Esprit

Si nous remontons à nos origines, lorsque Don Bosco, fin décembre, présentait l'Étrenne pour l'année nouvelle avec des messages personnalisés à chacun des garçons et des premiers Salésiens, nous comprenons que « vivre dans la foi » était le cadeau à la fois le plus précieux et le plus naturel que le premier Oratoire ait eu à offrir à ceux qui y vivaient, jeunes et éducateurs. C'était le miroir d'une réalité de vie où les premiers Salésiens, les mamans de l'Oratoire, les collaborateurs laïcs et les jeunes, formaient une vraie famille dans la même maison.

Le nombre de saints et bienheureux qui ont habité ces pauvres lieux pendant la vie de Don Bosco est impressionnant. C'était une école de sainteté mutuelle, une croissance commune dans la foi. S'il est vrai, par exemple, que Don Bosco a aidé Dominique Savio à grandir dans l'amour pour Dieu, l'influence de Dominique et de ses compagnons sur Don Bosco, sur sa « formation permanente » d'homme de Dieu n'est pas moins grande. « La foi s’affermit lorsqu’on la donne ».[2] C'est du don réciproque d'une foi intensément vécue qu'est née l'école de sainteté qui continue de nourrir le cheminement spirituel de la Famille Salésienne à travers le monde.

L'harmonie entre foi et vie est au cœur du charisme de Don Bosco. Sur son visage et dans son histoire, « nous admirons un splendide accord de la nature et de la grâce. Profondément humain, riche des vertus de sa race, il était ouvert aux réalités de ce monde. Profondément homme de Dieu, comblé des dons de l'Esprit Saint, il vivait "comme s'il voyait l'invisible". »[3]

« Vivre dans la foi » est aujourd'hui le cadeau le plus précieux que nous puissions échanger, quels que soient notre état de vie, notre âge, notre vocation et même notre religion. Dans l'ecclésiologie de communion qui nourrit et transforme le cheminement de l'Église, et qui est si intensément mise en pratique et encouragée par le Pape François, l'identité de chaque groupe et de chaque personne se réalise et se révèle en devenant un don pour les autres, ainsi qu’en sachant accueillir le don de ceux qui sont appelés à être disciples du Seigneur dans n'importe quel état de vie et quelle que soit la vocation.

Pour ceux d'entre nous qui sont consacrés dans la Famille Salésienne, « vivre dans la foi », n'est-ce pas le centre et le cœur de ce que nous sommes appelés à être et à offrir, et qui est incarné dans la spécificité de chaque vocation particulière et de chaque personne ?

Si nous, les personnes consacrées, ne sommes pas l'icône de « l'accord de la nature et de la grâce », de la rencontre fructueuse entre l'appel et l'amour de Dieu et la généreuse réponse quotidienne de notre liberté, sur quel autre « trésor dans le champ » pourra-t-on jamais compter pour que la vie ait un sens, voire ait une plénitude de sens, de manière à devenir sel et lumière, capables de donner du goût et d'illuminer l'existence de ceux qui vivent avec nous ?

Le Synode sur les Jeunes a démontré avec une clarté désarmante que ce que les nouvelles générations attendent de la part de ceux qui ont entièrement dédié leur vie au Seigneur, c’est de trouver « des témoins lumineux et cohérents ».[4]

Mais il faut en dire autant des laïcs, des parents, des jeunes : si la foi est un don, la vie de foi aussi est un don. Ce n'est pas le résultat de grandes compétences personnelles ni d'une volonté de fer. Aucune de nos contributions, qui fait également partie du dialogue entre la grâce et la liberté, ne se situe jamais en dehors de l'amour prévenant de Dieu, de la présence discrète et efficace de l'Esprit en chacun, dans la communauté, dans la Famille Salésienne, dans l'Église, dans le monde, dans l'histoire, dans tout l'univers. L'Esprit est la force créatrice et l'énergie qui porte à l'accomplissement, qui fait croître le grand arbre à partir du grain de moutarde du Royaume.

 

1.2. BONS CHRÉTIENS vivant dans l’Écoute de Dieu qui nous parle

« Il n'y a pas de plus grand cadeau que l'on puisse offrir à un autre qu'une parfaite attention. » Telle est la conclusion à laquelle est parvenu un sage missionnaire après de nombreuses années de service dans la banlieue agitée d'une grande ville.

À bien des égards, nous essayons de redécouvrir la capacité d'écoute, art fondamental également pour l'accompagnement personnel. Apprendre à écouter a été un puissant stimulant que le Synode des Jeunes a offert à toute l'Église.

Et il y a une écoute qui a des racines encore plus profondes et dont dépend une grande partie de la vitalité de l'écoute entre nous. L'écoute a des racines qui se tendent vers le haut. C'est l'ABC de chaque vocation qui est toujours une rencontre d'appel et de réponse, qui se renouvelle à chaque nouveau réveil.

L’écoute de Dieu est un mystère qui ne peut être contenu dans aucune pratique ou aucun moment particulier. Elle se réalise « par l'opération du Saint-Esprit » et ne se produit généralement pas par des soubresauts imprévisibles, mais par une maturation progressive à travers de longs « pèlerinages », nombreux comme ceux dont nous parle l'Écriture Sainte et que nous pouvons contempler dans la vie de nos saints.

Il y a une prédisposition à l'écoute de Dieu, d'autant plus précieuse que plus difficile dans la plupart des contextes sociaux où nous vivons, marqués par un excès constant de stimuli médiatiques et de rythmes d'activité de plus en plus intenses. La meilleure prédisposition est celle de « se disposer au silence ».

Le silence est la grammaire à travers laquelle s'exprime le langage entre Dieu et l'homme. Il y a une parole qui s'est toujours distinguée de toutes les autres, la parole par laquelle il nous parle : l'Écriture Sainte. Elle ne s'impose pas, elle dépend toujours de notre écoute, de l'harmonie du cœur et de sa familiarité avec le silence avec Dieu. En écoutant cette Parole, les affections et les pensées commencent à se modeler sur ce que l'Évangile révèle chaque jour. L'écoute de Dieu chez les personnes qui nous entourent et dans les événements qui surviennent devient plus attentive, et nous fait voir les choses plus en profondeur.

Sur ce sentier, se développe la cohérence entre ce que l'on écoute et que l'on annonce et ce qui est vécu. Et l'écoute de Dieu qui nous parle nécessite un exercice quotidien, tout comme un artiste ou un athlète dans la spécialité où il excelle.

 

1.3. BONS CHRÉTIENS avec le besoin d’Évangéliser et offrir la première annonce et la catéchèse.« Cette Société était à ses origines un simple catéchisme » (MB IX, 61)

« Pas un pas, pas une de ses paroles, pas une de ses entreprises qui n’ait eu pour but le salut de la jeunesse… En toute vérité, il n’eut rien d’autre à cœur que les âmes ».[5] Ce témoignage de celui qui, peut-être plus que tout autre, a connu Don Bosco et « a tout fait par moitié avec lui », nous fait percevoir de manière presque sensible l'intensité de la charité pastorale de notre Père qui n’a jamais fui les défis les plus durs de la pauvreté, à commencer par les prisons de Turin où Don Cafasso l'avait poussé à entrer pour « apprendre à être prêtre ». En même temps, il n'a jamais renoncé à proposer à tous les objectifs les plus élevés de croissance spirituelle, à Michel Magon comme à Dominique Savio, en s'adaptant au cheminement de chacun. Pour le dire dans le langage d'aujourd'hui : « Imitant la patience de Dieu, nous rencontrons les jeunes au point où ils en sont de leur liberté. »[6]

La modernité de cette approche pastorale est surprenante, qui sait marcher côte à côte avec chaque jeune, même les plus éprouvés (que l'on pense à la présence de la Famille Salésienne dans les camps de réfugiés ou parmi les migrants), et trouver précisément là, la bonne terre pour la semence de l’Évangile, sans prosélytisme et sans peurs, car la foi et la vie n'ont jamais « divorcé » là où l'on est resté fidèle au charisme que l'Esprit a donné à l'Église avec les saints de notre Famille.

Le Pape François nous rappelle que nous ne devons jamais renoncer à la première annonce, ni la reporter à plus tard en attendant des situations plus appropriées ou des temps meilleurs. Il nous dit :

« J’ai beaucoup insisté à ce sujet dans Evangelii Gaudium (n. 165) et je crois qu’il est opportun de le rappeler. D’une part, ce serait une grave erreur de penser que dans la pastorale des jeunes "le kérygme doit être abandonné au profit d’une formation prétendue plus solide. Rien n’est plus 'solide', plus profond, plus sûr, plus dense et plus sage que cette annonce. Toute la formation chrétienne est avant tout l’approfondissement du kérygme qui se fait chair toujours plus et toujours mieux." Par conséquent, la pastorale des jeunes doit toujours inclure des temps qui aident à renouveler et à approfondir l’expérience personnelle de l’amour de Dieu et de Jésus-Christ vivant. Cela se fera par divers moyens : des témoignages, des chants, des moments d’adoration, des espaces de réflexion spirituelle avec les Saintes Écritures, et même par diverses incitations à travers les réseaux sociaux. Mais jamais cette joyeuse expérience de rencontre avec le Seigneur ne doit être remplacée par une sorte "d’endoctrinement". »[7]

Croyons-nous vraiment à quel point la première annonce est importante ? Regardons le monde de la jeunesse dans son ensemble : les changements très rapides qui vont à la vitesse du numérique créent une formidable diversité de cultures, d'approche de la vie dans son ensemble, avec un « fossé » entre les générations peut-être beaucoup plus profond que celui des époques précédentes. Le monde de ceux qui sont nés après l'an 2000 n'est-il pas encore une terre à évangéliser ? Les générations de réseaux sociaux, déjà bien au-delà des jeunes de ce millénaire nés à l'époque d'Internet, attendent pour la première fois quelqu'un qui puisse leur apporter pour la première fois la lumière et la force de l'Évangile en parlant leur langue et en se connectant sur leurs fréquences.

« Qui enverrai-je ? qui sera notre messager ? » (Is 6,8). Ces antiques paroles d'Isaïe ne sauraient être plus modernes si nous les imaginons sur les lèvres de toute la communauté ecclésiale qui s'adresse à nous, Famille Salésienne, comme à ceux qui, par charisme, par don de l'Esprit, sont nés pour être des spécialistes de la rencontre avec les jeunes, prêts à être avec eux tels qu'ils sont et là où ils se trouvent, même dans la diversité des croyances religieuses. Fuir ce défi missionnaire reviendrait à se retirer de la Famille Salésienne, de l'esprit que Don Bosco nous a transmis.

Mais attention à ne pas confondre la première annonce avec quelque chose de minimal, de réducteur, de si « inoffensif » qu'elle ne laisse presque aucune trace ni signe d'elle-même. Don Bosco rappelait souvent que tout a commencé par « un simple catéchisme ». Son histoire, indissociable de celle des jeunes avec qui il a vécu, montre avec une clarté incontestable que « simple » ne signifie pas du tout « superficiel ».

Quand on arrive à « l'expérience personnelle de l'amour de Dieu et de Jésus-Christ vivant », ce sont les jeunes eux-mêmes qui deviennent bien souvent missionnaires et évangélisateurs de ceux qui les accompagnent, car ils demandent le témoignage et le partage d'une vie de foi authentique et profonde.

C'est là que réside le génie de Don Bosco : il reste accessible à tous et, avec ses jeunes, il n'a pas peur de viser directement à la sainteté, rien de moins.

Et sur ce chemin s'ouvre un champ fascinant et exigeant : faire de la « catéchèse » non seulement une série de rencontres pour les enfants et les jeunes, nécessaires pour être admis à la Première Communion ou à la Confirmation ; faire de la « théologie » non seulement une série d'examens à passer pour être ordonné prêtre. La catéchèse consiste à grandir dans la compréhension de la vie illuminée par la foi ; la théologie consiste à entrer avec l'esprit et le cœur dans la beauté du mystère de Dieu révélé en Jésus. Si, en tant que membres de la Famille Salésienne, nous nous laissons fasciner par cette « douce lumière » [luce gentile] jusqu'à ce que nous en tombions amoureux et que nous commencions à nourrir notre cœur et notre esprit de ces trésors, même notre façon d'être des éducateurs-pasteurs en sera illuminée. Et je dirai même plus : avec un tel cœur, nous saurons comment être là et comment être parmi les jeunes et les familles qui pratiquent d'autres religions ou qui se disent agnostiques ou athées. L'attitude sera celle d'un vrai partage et d'un témoignage simple dans le respect le plus délicat des différentes confessions.

Comme au début de l'Oratoire du Valdocco, la croissance dans la foi ne peut se faire qu'ensemble : plus le chemin spirituel de ceux qui accompagnent est intense, plus sera intense aussi le cheminement des jeunes et des gens qui, « plus par osmose que par processus logiques », auront tendance à en suivre les traces. À son tour, ce sera le cheminement de leur peuple qui poussera ceux qui agissent comme pasteurs à grandir de plus en plus, à se rapprocher davantage de la source pour répondre à la soif de ceux qui leur demandent, souvent sans paroles, de leur faire rencontrer le Seigneur.

 

1.4. BONS CHRÉTIENS en vivant une vraie spiritualité salésienne

À la Pentecôte, le Saint-Esprit commence le temps de l'Église et de la mission. Grâce à l'Esprit, la spiritualité et la mission vont de pair. Il n'est pas possible de séparer la mission de la spiritualité ni la spiritualité de la mission. Pour cette raison, lorsque nous sommes incapables de vivre la mission et la spiritualité de manière intégrée, vont très probablement frapper à notre porte la fatigue et la confusion de l'esprit ou notre satisfaction de « distraire » les autres avec nos activités, mais sans pouvoir « atteindre » en profondeur la vie de chacun.

Revenir à son premier amour

Aujourd'hui, de nombreux sociologues parlent de la société de la fatigue. Le Pape François dit que nous aussi, agents pastoraux, pouvons éprouver de la fatigue. Pourquoi sommes-nous si fatigués ? On pourrait prétexter que nous avons un agenda chargé ... Or « le problème n’est pas toujours l’excès d’activité, mais ce sont surtout les activités mal vécues, sans les motivations appropriées, sans une spiritualité qui imprègne l’action et la rende désirable. »[8]  Nous ne devons évidemment pas chercher la cause d’une telle fatigue dans notre agenda mais en nous-mêmes, dans notre manque de motivation et dans la déconnexion avec laquelle nous vivons la mission et la spiritualité.

Pour guérir de cette fatigue, nous devons en comprendre les causes. Revenir au premier amour donne une nouvelle vie. On se souvient comment Don Bosco, au cours des dernières années de sa vie, a également vu que son premier amour s'était perdu à l'Oratoire du Valdocco. Aussi, de Rome, a-t-il écrit une lettre aux jeunes et aux Salésiens de l'Oratoire, où il comparait la vie et la joie des premières années avec la crise que l'on était en train d'y vivre maintenant : la joie, la vie et la confiance s'étaient perdues dans l'Oratoire. En conclusion, il fallait revenir au premier amour.

A.- Spiritualité

Il est vrai que le mot « spiritualité » est à la mode, mais il est également vrai qu'il est très ambigu. Nous pouvons voir une renaissance du désir de spiritualité dans des lieux et des contextes très différents, bien que bon nombre des propositions de spiritualité qui sont à la mode aujourd'hui n'aient rien à voir avec Jésus et son Évangile.

Malgré cette ambiguïté, il faut reconnaître que le désir de spiritualité peut être la porte d'entrée de la vie chrétienne pour ceux qui sont en recherche. « Nous reconnaissons, chez certains jeunes, un désir de Dieu, bien qu’il n’ait pas tous les contours du Dieu révélé. Chez d’autres, nous pourrons entrevoir un rêve de fraternité, ce qui n’est pas rien. Chez beaucoup, il y a un désir réel de développer les capacités qui se trouvent en eux pour apporter quelque chose au monde. Chez d’autres, nous observons une sensibilité artistique spéciale, ou une recherche d’harmonie avec la nature. Chez d’autres, ce peut-être un grand besoin de communication. Chez beaucoup d’entre eux, nous trouvons un profond désir d’une vie différente. Il s’agit de vrais points de départ, d’énergies intérieures en attente et ouvertes à une parole de stimulation, de lumière et d’encouragement. » [9]

Cette attitude d'ouverture nous amène à nous demander ce que nous faisons en tant que Famille Salésienne en faveur de ces jeunes et adultes « en recherche ». Ce que nous pouvons offrir, c'est un peu de lumière et des encouragements. Cette préoccupation est urgente, en particulier dans les contextes où les signes religieux ont perdu force et vigueur, même si ces contextes se trouvent désormais partout. Savoir communiquer avec ceux qui sont en recherche signifie bâtir des ponts de relation. Peut-être est-ce là, ce que le Saint-Père demande quand il dit : « La clairvoyance de ceux qui ont été appelés à être père, pasteur ou guide des jeunes consiste à trouver la petite flamme qui continue de brûler, le roseau sur le point de se briser (cf. Is 42, 3), mais qui cependant ne se rompt pas encore. C’est la capacité de trouver des chemins là où d’autres ne voient que des murailles, c’est l’habileté à reconnaître des possibilités là où d’autres ne voient que des dangers. Le regard de Dieu le Père est ainsi, capable de valoriser et d’alimenter les semences de bien semées dans les cœurs des jeunes. Le cœur de chaque jeune doit donc être considéré comme une "terre sacrée", porteuse de semences de vie divine devant lesquelles nous devons "nous déchausser" pour pouvoir nous approcher et entrer en profondeur dans le Mystère. »[10] Et nous reconnaissons bien dans ce regard le style et la façon dont notre Père bien-aimé Don Bosco approchait et accompagnait ses garçons.

B.- Spiritualité chrétienne

Dans le vaste domaine de la spiritualité, nous nous situons dans la spiritualité chrétienne. Il existe une spiritualité chrétienne fondamentale qui découle du message essentiel de l'Évangile et qui porte également l'empreinte des valeurs les plus caractéristiques de chaque moment de l'histoire au sein de l'Église. Nous ne pouvons pas oublier que le christianisme est incarné dans l'histoire et vise à transformer l'homme concret en sa situation culturelle. La spiritualité chrétienne doit donc répondre aux besoins de tous les temps et s'exprimer avec les catégories du temps présent. Et il ne fait aucun doute que ces valeurs qui découlent de l'Évangile dans tous les contextes, dans toutes les cultures et dans tous les temps, sont des ponts très précieux de communication, de dialogue et de rencontre avec les autres religions.

Le point décisif de la vie spirituelle est de découvrir le mystère de Dieu dans le monde et dans notre vie car « Dieu agit dans l'histoire du monde, dans les événements de la vie, chez les gens que je rencontre et qui me parlent. »[11] Nous trouvons ici le fondement du discernement, parce que Dieu ne reste pas dans l'oisiveté mais demeure dans l'action, et que la mission de l'Église est de s'assurer que chaque homme et chaque femme rencontrent le Seigneur qui est déjà Présence et agit dans leurs vies et dans leurs cœurs. Dans cette manière de comprendre la mission, la pastorale des jeunes vise à aider chaque jeune à rencontrer le mystère de Dieu qui agit dans l'histoire, dans sa vie et dans son cœur.

Don Bosco a toujours su lire les événements de la vie du point de vue de Dieu. Pour vivre du point de vue de Dieu, un centre vital est nécessaire pour unifier la personne, puisqu'une personne spirituelle est une personne solide, unifiée et bien structurée grâce à l'action de l'Esprit Saint. En ce sens, la personne spirituelle est consciente d'être enfant de Dieu, possède l'intelligence de la foi qui lui permet de percevoir le mystère de Dieu, le sens du monde et de l'histoire, et vit sa foi dans une communauté de frères au service du Royaume de Dieu.

Ce qui a été dit nous aide à apprécier et à comprendre d'une manière extraordinaire l'importance que le Pape François réserve dans son Magistère à la spiritualité. Il en parle dans tous ses grands documents :

→ La spiritualité du disciple missionnaire.[12]

→ La spiritualité écologique.[13]

→ La spiritualité matrimoniale et familiale.[14]

→ La sainteté comme origine et but de la vie spirituelle.[15]

« J’espère, dit le Pape François, que tu t’estimes toi-même, que tu te prends au sérieux, que tu cherches ta croissance spirituelle. »[16] Parce que la spiritualité touche indubitablement la vie : une vie faite de rêves, d'expériences, de relations, de projets et de choix. Nous devons être capables d'animer nos jeunes à courir le risque de rêver et de choisir, à vivre intensément et à faire leurs expériences, à goûter l'amitié avec Jésus, à grandir et à mûrir, à vivre la fraternité, à s'engager et à être de braves missionnaires.

C.- Spiritualité salésienne

Nous parlons d'une spiritualité salésienne comme expression charismatique au sein du « grand fleuve » de la spiritualité chrétienne. Le substantif est la spiritualité chrétienne et l'adjectif est le style charismatique concret.

La Spiritualité Salésienne ne peut être comprise sans comprendre l'expérience spirituelle de Don Bosco. Notre Père était un prêtre qui se consacrait à l'éducation et à l'évangélisation des jeunes, fondateur de plusieurs mouvements apostoliques en faveur de la jeunesse, et père d'une Famille charismatique avec une spiritualité apostolique claire et forte.

Pour cette raison, la Spiritualité Salésienne trouve ses racines dans l'expérience spirituelle que Don Bosco a vécue, et qu'ont vécue les premiers Salésiens, les premières Salésiennes, les collaborateurs laïcs et les jeunes de l'Oratoire. Dans cette tradition spirituelle, nous voyons une manière particulière de comprendre la vie chrétienne, l'action éducative, pastorale et sociale, la proposition pédagogique et spirituelle que nous appelons Système Préventif. Notre spiritualité présente des particularités qui lui sont très spécifiques : c'est une spiritualité de la vie quotidienne, une spiritualité pascale de la joie et de l'optimisme, une spiritualité de l'amitié et de la relation personnelle avec Jésus, une spiritualité de communion ecclésiale, une spiritualité mariale, une spiritualité du service responsable qui propose toujours, comme l'a fait Don Bosco, l'objectif d'être « de bons chrétiens et d'honnêtes citoyens ».

Nous essayons de promouvoir la dignité de chaque personne et de ses droits, de pratiquer la générosité en famille et de favoriser la solidarité surtout avec les plus pauvres, de faire notre travail honnêtement et avec compétence, de promouvoir la justice, la paix et le bien commun en politique, de respecter la création et de favoriser l'accès à la culture. Tout cela fait partie de notre spiritualité, de notre façon d'être Famille Salésienne et message évangélique selon le charisme de Don Bosco dans les différents endroits du monde.

 

1.5. BONS CHRÉTIENS face au défi des milieux non chrétiens, post-croyants ou postchrétiens

Nous vivons dans un monde où nous rencontrons non seulement de jeunes croyants, mais aussi des jeunes qui s'éloignent de la foi, des jeunes qui professent d'autres confessions religieuses et des jeunes qui n'en professent aucune.

Cette pluralité de situations nous permet de nous souvenir du mandat missionnaire reçu à la Pentecôte. Où Jésus nous envoie-t-il ? Il n'y a pas de frontières, il n'y a pas de limites : il nous envoie à tout le monde, car pour l'Évangile il n'y a pas de limites ou de frontières. Le Seigneur nous envoie à tous et la mission salésienne nous conduit à tous. « "N’ayez pas peur d’aller et de porter le Christ en tout milieu, jusqu’aux périphéries existentielles, également à celui qui semble plus loin, plus indifférent. Le Seigneur est à la recherche de tous, il veut que tous sentent la chaleur de sa miséricorde et de son amour." Il nous invite à aller sans crainte avec l’annonce missionnaire, là où nous nous trouvons et avec qui nous sommes, dans le quartier, au bureau, au sport, lors des sorties avec les amis, dans le bénévolat ou dans le travail ; toujours il est bon et opportun de partager la joie de l’Évangile. »[17]

C'est pour cela que la mission est aussi stimulante qu'exigeante. À quoi faut-il penser pour pouvoir aborder au niveau pastoral même les jeunes qui s'éloignent de la foi et ceux qui professent d'autres religions ou qui n'en professent aucune ? C'est-à-dire des contextes non chrétiens ou postchrétiens.

Certains dangers nous menacent

Dans les contextes chrétiens, comme dans les contextes non chrétiens ou postchrétiens, nous devons éviter à la fois le fondamentalisme et le relativisme, ainsi que l'exclusivisme et le syncrétisme.

Le fondamentalisme, croyant avoir la vérité en poche, se ferme au dialogue, se fait « fort » et intransigeant dans ses convictions, mais de manière réactionnaire et intolérante. Le relativisme, quant à lui, part de la conviction qu'il n'y a pas de certitudes ni de vérités cognitives ou normatives absolues. Le contexte culturel postmoderne trouve son habitat naturel dans le relativisme et considère toute prétention à la vérité comme une agression insupportable. Ni le fondamentalisme ni le relativisme n'aident à la proposition pastorale.

L’Instrumentum Laboris du dernier Synode sur les Jeunes offre une piste intéressante. « Il ne s’agit pas de renoncer à la spécificité la plus précieuse du christianisme pour se conformer à l’esprit du monde, et ce n’est pas ce que les jeunes demandent, mais il faut trouver la manière de transmettre le message chrétien dans une nouvelle culture. Conformément à la tradition biblique, il est bon de reconnaître que la vérité a une base relationnelle : l’être humain découvre la vérité au moment où il l’expérimente en Dieu, le seul vraiment digne de foi et de confiance. »[18] L'Instrumentum Laboris propose d'emprunter la voie relationnelle et de renforcer une pastorale relationnelle. Il semble nous indiquer que la porte d'entrée réside dans le soin des relations. Nous savons bien que le Système Préventif de Don Bosco a toujours été un exercice pratique de ce principe de la relation.

L'exclusivisme et le syncrétisme sont deux autres dangers. Le premier, l'exclusivisme, montre deux facettes. L'une est l'offre d'une proposition destinée uniquement à une élite, les jeunes et les adultes les plus prêts [à répondre]. L'autre facette propose la censure de toute proposition pastorale, avec l'excuse-prétexte de respecter la sensibilité de chacun. En conclusion, ce serait une proposition pastorale pour quelques-uns seulement ou carrément l'absence absolue d'une proposition pastorale. Aucun de ces chemins n'est bon. Si notre proposition pastorale ne se préoccupe pas des plus éloignés, nous donnons la preuve de notre peu de confiance dans le projet évangélique et, peut-être, montrons-nous aussi à quel point notre idée de la pastorale est élitiste. Et si nous choisissons la censure, notre confiance dans le projet d'évangélisation est très faible. La censure sera le meilleur moyen de n'avoir aucune action pastorale avec qui que ce soit.

L'autre face de la médaille est le syncrétisme. Une proposition pastorale syncrétiste se caractérise par un mélange de propositions empruntées à différentes visions du monde. La proposition syncrétiste cherche toujours la nouveauté sans appliquer aucun critère de discernement.

On en vient donc à se demander si des propositions sont possibles ! Oui, elles sont possibles :

→ Avoir soin des semences du Verbe

La première proposition est de rechercher et de prendre soin des semences du Verbe. Le Concile Vatican II a encouragé cette doctrine qui, par ailleurs, repose sur une tradition de plusieurs siècles, déjà formulée au IIème siècle par un Père de l'Église comme Saint Justin.

Rappelant cette doctrine, le Concile a voulu reconnaître les différents degrés de vérité qui existent dans les différentes traditions religieuses et culturelles. Dans ces semences, le Verbe est déjà présent, ne serait-ce qu'en germe, et la direction vers laquelle elles vont est le Verbe. Ceci est d'une grande aide dans notre proposition pastorale dans les contextes non chrétiens ou postchrétiens qui nous demandent de rechercher des espaces et des lieux de compréhension et de collaboration. Nous trouvons ces « points de rencontre » dans des aspects tels que la valeur de l'humain et de la dignité humaine, la recherche de la paix, l'acquisition de vertus comme la compassion et le respect de l'autre, de l'étranger, du différent, le soin de la Création, l'écologie ...

Toutes ces raisons sont également d'une grande actualité et sensibilité sociale mondiale et cela nous suggère certainement que nous pouvons commencer par ce qui est simple.

→ Le dialogue

La deuxième proposition pastorale en contextes non-chrétiens et postchrétiens doit être le dialogue et, avec cela, nous revenons à notre réflexion sur le thème de la relation.

J'insiste sur l'importance du dialogue qui nécessite d'autres compétences telles que savoir écouter, parler de façon compréhensible, être capable de proposer des expériences de communion. Le dialogue ne consiste pas seulement à donner son avis. Lorsque nous dialoguons, nous devons nous efforcer de comprendre l'expérience et la pensée de l’autre. Il est donc important d'encourager toujours un climat de respect face à des différences indéniables, ainsi que de reconnaître que le dialogue requiert de l'humilité pour admettre ses propres limites et de la confiance pour apprécier ses propres richesses.

Le dialogue pastoral dont nous parlons est avant tout une conversation sur la vie humaine, dans une attitude d'ouverture envers les jeunes, en partageant leurs joies et leurs peines, leurs désirs et leurs espérances, leurs valeurs religieuses, vu qu'il s'agit d'un exercice de rencontre personnelle et communautaire qui nous enrichit énormément : « Ainsi, nous apprenons à accepter les autres dans leur manière différente d’être, de penser et de s’exprimer. De cette manière, nous pourrons assumer ensemble le devoir de servir la justice et la paix, qui devra devenir un critère de base de tous les échanges. »[19]

→ La valeur du témoignage

Une autre perspective non moins importante est celle du témoignage : la valeur du témoignage basée sur la cohérence, l'engagement et la crédibilité. Les jeunes peuvent nous pardonner beaucoup d'erreurs mais ils nous demandent d'être cohérents, crédibles et engagés en faveur des autres. Ils sont les témoins de notre temps.

→ L’annonce

Le Pape François rappelle avec insistance l'importance d'annoncer l'Évangile : « "Il ne peut y avoir de véritable évangélisation sans annonce explicite que Jésus est le Seigneur " et sans qu’il n’existe un "primat de l’annonce de Jésus Christ dans toute activité d’évangélisation".»[20] L'annonce ne doit jamais être du prosélytisme et aura une expression différente dans chaque contexte ; par exemple, l'annonce de l'Évangile ne sera pas la même dans des contextes non chrétiens ou postchrétiens.

Cette annonce contient dans son essence les trois grandes vérités du chrétien : Dieu nous aime, le Christ nous sauve et l'Esprit donne vie et accompagne dans la vie.

Comment faire cette annonce ? Surtout avec la certitude de savoir que l'annonce est proposée et reste ouverte pour que par la Grâce de l'Esprit puisse susciter la foi. De plus, l'annonce doit être faite dans un style caractérisé par la proximité et l'empathie, et doit être personnalisée, même si l'on se trouve dans un groupe ou une communauté, c'est-à-dire qu'elle doit toucher chaque personne. Aucune ressource ou stratégie pastorale ne pourra jamais remplacer l'annonce : « Honorez dans vos cœurs la sainteté du Seigneur, le Christ. Soyez prêts à tout moment à présenter une défense devant quiconque vous demande de rendre raison de l’espérance qui est en vous ; mais faites-le avec douceur et respect. Ayez une conscience droite » (1P 3,15-16a).

 

1.6. BONS CHRÉTIENS décentrés d’eux-mêmes

La mission est une caractéristique des disciples du Seigneur. Rappelons-nous que lorsque le Pape François décrit, dans l'Exhortation Apostolique Evangelii Gaudium, les caractéristiques de la spiritualité du disciple missionnaire, il place le mandat missionnaire au plus profond de l'être humain : « La mission au cœur du peuple n’est ni une partie de ma vie ni un ornement que je peux quitter, ni un appendice ni un moment de l’existence. Elle est quelque chose que je ne peux pas arracher de mon être si je ne veux pas me détruire. Je suis une mission sur cette terre, et pour cela je suis dans ce monde. » [21] Le Saint-Père place la mission au centre de l'existence.

a.- Ta vie pour les autres

La rencontre avec Dieu me fait sortir de moi-même pour aller vers les autres. Certains appellent cela « anthropologie du don de soi » qui peut se résumer dans l'expression « ta vie pour les autres ». Pour cette raison, une personne attentive aux autres est une personne capable d'un regard attentif et compatissant au lieu de l'indifférence, si profondément enracinée dans le cœur de beaucoup de gens en notre époque et nous rendant incapables de ressentir de la compassion face aux cris des autres.

Une personne ouverte aux autres est également capable de reconnaître le don reçu en mettant ses talents au service des autres. Le dévouement envers les autres, en particulier les plus nécessiteux, se transforme ainsi en une véritable pratique de foi, fondement de toute vie chrétienne : « Une rencontre avec Dieu prend le nom d’"extase" lorsqu’elle nous sort de nous-mêmes et nous élève, captivés par l’amour et la beauté de Dieu. Mais nous pouvons aussi être sortis de nous-mêmes pour reconnaître la beauté cachée en tout être humain, sa dignité, sa grandeur en tant qu’image de Dieu et d’enfant du Père. L’Esprit Saint veut nous stimuler pour que nous sortions de nous-mêmes, embrassions les autres par amour et recherchions leur bien. » [22]

b.- Du « je » au « me voici »

Cette manière d'appréhender la vie ouverte aux autres nous invite à passer du « je » au « me voici ». La culture de l'ego explique très bien le monde dans lequel nous vivons. Cette culture offre de grandes possibilités (croissance personnelle, autonomie, développement de la personnalité) mais cache également de grandes fragilités (personnes qui se tiennent à l'écart et restent peu ouvertes aux autres, narcissisme, présentisme).

L'anthropologie biblique présente le croyant comme quelqu'un qui est capable de dire « me voici ». Dans l'Écriture, nous voyons que ces paroles ont été prononcées dans des moments significatifs de la vie par Abraham, Moïse, Samuel, Isaïe, Marie de Nazareth, par Jésus lui-même qui, selon la Lettre aux Hébreux, entrant dans ce monde, a dit : « Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté » (He 10,7).

En accordant de l'importance à la valeur du « je » – et il ne saurait en être autrement – nous pouvons comprendre la vie chrétienne comme un chemin de transformation du « je » vers le « me voici ». Cette étape permet de nous ouvrir à un mystère transcendant. Lorsque nous disons avec foi : « Me voici », nous générons en nous une attitude et une disposition qui ouvrent l'existence à l'Esprit Saint qui guide et accompagne notre vie, pour trouver la manière d'être et de vivre qui nous identifie le plus comme êtres humains. C'est l'essence de toute vocation, avec le regard d'un croyant en Jésus-Christ ; et « la vie qu’il nous offre est une histoire d’amour, une histoire de vie qui veut se mêler à la nôtre et plonger ses racines dans la terre de chacun.»[23]

 

2. HONNÊTES CITOYENS

 

2.1. Les jeunes nous attendent dans la « maison de la Vie »

L'une des interprétations les meilleures et les plus actuelles que nous puissions faire de notre mission salésienne est de continuer à garantir notre choix de rencontrer les jeunes là où ils se trouvent et dans les situations qu'ils vivent. Les jeunes nous attendent ; et le lieu où nous devons les rencontrer, c'est leur quotidien, ce qu'ils sont en train de vivre. Il n'y aurait ni promotion humaine ni engagement social, pas même d'évangélisation et de cheminement de foi si nous n'avions pas comme point de départ le lieu où se trouvent les jeunes, leurs familles et toutes les autres personnes.

La capacité de les rencontrer, apprise de Don Bosco, nous parle d'engagement en leur faveur dans la vie qui est la leur, parle de prendre leur situation au sérieux et, surtout, du profond désir d'entrer en communion avec eux et de faire nôtre leur cause. C'est pourquoi nous ne pouvons pas oublier notre charisme fondateur, comme Famille Salésienne, qui est de rencontrer les jeunes là où ils se trouvent, et de nous engager à travailler précisément dans leurs milieux de vie, pour améliorer et transformer une réalité qui nous interpelle toujours. Par conséquent, chaque processus de promotion humaine doit être considéré comme faisant partie – et non comme une fin en soi – d'un processus de promotion plus profond et plus ample, qui conduit la personne à faire de sa vie un espace de rencontre avec les autres, d'échange de dons pour construire une société plus juste et plus digne pour tous, comme une anticipation du Royaume des Cieux qui se construit déjà sur cette terre s'il y a en nous les principes de la Bonne Nouvelle de Jésus.

Je ne pense pas qu'il faille admettre que l'engagement social, le « militantisme » dans des associations qui promeuvent le bien des jeunes et de la société soient des instances incompatibles avec la proposition de l'Évangile. Dans le Notre Père, on peut saisir la « politique » de la fraternité et de la justice, de la solidarité, de la réconciliation, du respect, de l'égalité et de la protection des plus faibles. On ne peut pas dire que les différentes manières de faire le bien soient incompatibles : il suffit que ce bien considère la personne dans son ensemble et chaque personne en particulier, en évitant la discrimination et les particularismes. Lorsqu'on présentait à Jésus la situation de ceux qui ne sont pas « de ceux qui nous suivent », il répondait immédiatement en faisant siens ceux qui ne lui étaient pas explicitement opposés : « Celui qui n’est pas contre nous est pour nous. » (Cf. Mc 9,38-40)

 

2.2. HONNÊTES CITOYENS en éduquant nos jeunes à la citoyenneté et à l’engagement social

Peut-être s'agit-il d'un des « lieux communs » sur lesquels nous comptons parfois pour nous débarrasser de questions gênantes, comme quand on dit que Don Bosco ne faisait pas de politique en affirmant que sa politique était celle du « Notre Père ». Il faut justement clarifier de quelle politique il s'agit. Il vaut la peine de réfléchir sur ce sujet et de découvrir qu'amener sur le terrain de la politique les orientations du « Notre Père » ne fait que confirmer l'engagement humain et évangélique en faveur de ce qui préoccupe les gens ou conditionne leur vie. Et plus que de donner un sens différent au « Notre Père » en le réduisant à un spiritualisme vide et désintéressé des choses « de ce monde », on doit lui donner un sens à partir de Dieu qui cherche le bien et le bonheur de l'humanité, de tous ses enfants.

Nos jeunes d'aujourd'hui, sont habitués aux choses pratiques, aux résultats faciles, à l'effet immédiat de leurs actions. Ils rencontrent des difficultés pour réaliser cheminements et itinéraires, ou pour consentir l'effort de semer et attendre longtemps avant d'en voir les fruits. Ce sont ces jeunes-là qu'il est essentiel d'éduquer à l'engagement social comme un parcours qui peut en introduire beaucoup dans le chemin de la vie chrétienne.

Il n'y a pas de vie chrétienne authentique, pourrait-on dire, sans engagement social, c'est-à-dire sans justice et charité, sans service en faveur des autres, et surtout les plus nécessiteux, les plus fragiles, les « sans voix », les abandonnés et les rejetés, tout comme il n'y a pas de bon Samaritain sans l'homme nécessiteux, ni Don Bosco sans les jeunes pauvres, abandonnés et en danger.

Et d'un autre côté, il ne peut y avoir de politique ni d'action sociale authentiques sans la promotion de la personne. L'engagement social et l'action politique doivent être l'expression de la priorité des citoyens et de la promotion humaine au sein de la société. Il se peut que cette véritable dichotomie que certains soulignent fortement entre le chemin de la sainteté (vie spirituelle) et l'engagement social (vie citoyenne) puisse se concrétiser lorsque les objectifs sont la dignité du travail et le développement chrétien à travers celui-ci, la foi par les œuvres, l'engagement envers les pauvres et la justice sociale comme une expérience cohérente de l'Évangile.

La dimension sociale n'est pas étrangère à l'expérience de la foi, et c'est précisément dans l'engagement social que la dimension transcendante de toute action humaine doit être approfondie. Dans « Christus Vivit », le Pape François fait une lecture intéressante de la capacité des jeunes à s'engager socialement, et attribue ce dévouement d'une vie pleine à l'amitié avec le Christ. Il y a là toute une proposition pastorale pour nous, éducateurs et évangélisateurs des jeunes : « Je veux t’inciter à cet engagement, parce que je sais que "ton cœur, cœur jeune, veut construire un monde meilleur. Je suis les nouvelles du monde et je vois que de nombreux jeunes, en tant de parties du monde, sont sortis sur les routes pour exprimer le désir d’une civilisation plus juste et fraternelle. Les jeunes sur les routes. Ce sont des jeunes qui veulent être protagonistes du changement. S’il vous plaît, ne laissez pas les autres être protagonistes du changement ! Vous, vous êtes ceux qui ont l’avenir ! Par vous l’avenir entre dans le monde. Je vous demande aussi d’être protagonistes de ce changement. Continuez à vaincre l’apathie, en donnant une réponse chrétienne aux inquiétudes sociales et politiques, présentes dans diverses parties du monde. Je vous demande d’être constructeurs du monde, de vous mettre au travail pour un monde meilleur. Chers jeunes, s’il vous plaît, ne regardez pas la vie ′du balcon′, mettez-vous en elle, Jésus n’est pas resté au balcon, il s’est immergé ; ne regardez pas la vie ′du balcon′, immergez-vous en elle comme l’a fait Jésus." »[24]

 

2.3. HONNÊTES CITOYENS en éduquant nos jeunes à l’engagement dans le service politique

« La société que Don Bosco avait en tête était une société chrétienne, construite sur les fondements de la morale et de la religion. Aujourd'hui, la vision de la société a changé : nous vivons dans une société laïque, construite sur les principes d'égalité, de liberté, de participation, mais la proposition éducative salésienne conserve sa capacité à former un citoyen conscient de ses responsabilités sociales, professionnelles et politiques, capable de s'engager pour la justice et de promouvoir le bien commun, avec une sensibilité et un souci particuliers pour les groupes les plus faibles et les plus marginalisés. Par conséquent, nous devons travailler pour un changement de critères et pour la vision de la vie, pour la promotion de la culture de l'autre, d'un style de vie sobre, d'une attitude constante de gratuité, de la lutte pour la justice et la dignité de chaque vie humaine. »[25]

C'est un fait que, protégés par les « règles du jeu », de nombreux systèmes sociopolitiques contemporains dominent ou soumettent les citoyens plus que nous ne le souhaiterions ou pourrions le croire. Nos milieux éducatifs doivent préparer les jeunes à répondre à des questions similaires avec un sens politique et une participation civique responsables. Je me demande :

→ Comment pouvons-nous aider les jeunes à acquérir les connaissances, les aptitudes, les compétences et les attitudes essentielles pour pouvoir développer une citoyenneté effective, libre et cohérente ?

→ En tant que Famille Salésienne, comment pouvons-nous être des citoyens salésiennement coresponsables en notre temps ?

Dans un présent fragile et fragmenté, où la dimension politique de la vie est souvent perçue comme en connivence avec la corruption et au manque d'éthique, où règne l'anémie d'une pratique centrée avant tout sur l'individualisme, nous devons nous proposer à nouveau d'éduquer nos jeunes à l'engagement au service d'une « citoyenneté honnête » dans le domaine sociopolitique.

Parmi les nombreuses politiques (économiques, sociales, éducatives, sanitaires, internationales ...), on peut choisir en tant que Famille Salésienne celle du « Notre Père », celle du « pain de chaque jour », celle des « pieds nus » dans le « toujours » des plus pauvres (Mc 14, 7) ayant besoin d’une véritable politique de la justice et de la charité. Nous voulons être et devons continuer d'être du côté du « politiquement incorrect » parce que nous choisissons de prendre parti pour ceux qui n'ont pas de voix. Monseigneur Romero le disait : « La dimension politique de la foi n'est pas autre chose que la réponse concrète de l'Église (…) en faveur des pauvres ; il s’agit de s'incarner dans leur monde, de leur annoncer une Bonne Nouvelle, de leur donner une espérance, de les encourager à une praxis libératrice, de défendre leur cause et de prendre part à leur destin.»[26]

Par conséquent, en tant qu'éducateurs et chrétiens, en tant que Famille Salésienne de Don Bosco aujourd'hui, nous aspirons à une action politique qui soit sociale : une action qui contribue à la solidarité, à la fraternité humaine, à la vraie rencontre qui accepte et respecte l'autre, à la réalisation du « Royaume de Dieu » ici et maintenant.

Éduquer nos jeunes à cette vision et à ce critère de participation politique en orientant vers le bien commun, raison d'être et but de la vie politique, implique que nous éduquions avec une forte conviction à :

  • la dignité et les droits humains, recherchant toujours le bien intégral de la communauté et de la personne humaine ;
  • la garde et la protection de la dignité transcendantale de la personne créée à l'image de Dieu ;
  • la promotion d'un développement intégral, durable et solidaire de tout l'humain et de tous les êtres humains ;
  • la mondialisation de la charité et de la solidarité, notamment envers les pauvres, les faibles et les exclus, contre l'énorme bulle de l'indifférence, de l'exclusion et de l'égoïsme ;
  • la réalisation de la fraternité comme principe régulateur de l'ordre économique et du développement de toutes les potentialités des peuples ;
  • la diffusion de la subsidiarité comme participation libre et responsable sur les bases d'une société démocratique où chacun a une voix et peut participer ;
  • la destination commune des biens de la terre, comme culture de la rencontre et du partage ; également le soin de la « maison commune », avec une écologie naturelle et humaine de coexistence, d'harmonie, de paix et de bien-être présent et futur.

Cela exige de notre part un travail éducatif qui éveille et cultive l'humanité de chaque homme et femme, qui le ou la fasse grandir dans l'auto-conscience de sa vocation, de sa dignité et de son destin ; un travail éducatif aussi chez les « nouvelles générations politiques » afin qu'elles ne s'éloignent pas de la participation à la vie publique, passionnées par le bien, charismatiquement présentes là où se prennent les décisions pour l'avenir.

Comme nous dit le Pape François : « L’avenir de l’humanité n’est pas seulement entre les mains des politiciens, des grands dirigeants, des grandes sociétés. Certes, ils possèdent une immense responsabilité. Mais l’avenir, avant tout, est entre les mains des hommes qui reconnaissent l’autre comme un "toi", et eux-mêmes comme un élément du "nous". »[27] Un « nous » qui demande d'aller au-delà du silence, au-delà de l'indifférence, afin que nous tous, citoyens de notre époque, puissions remplir notre mission dans la communauté.

Ce regard n'est pas étranger à ce qui nous identifie par essence comme charisme salésien. Les Constitutions et Règlements des SDB doivent nous servir d'exemple quand il y est dit en substance que la dimension sociale de la charité appartient à l'éducation de la personne socialement et politiquement engagée pour la justice, la construction d'une société plus juste et plus humaine, pleinement inspirée de l’Évangile. Et nous pouvons trouver la même thématique dans de nombreux documents des différents Groupes qui font partie de notre grande Famille.[28]

Le bienheureux Alberto Marvelli, « oratorien » de Rimini, en fut un exemple. Il ressentit et vécut l'engagement politique comme un service et une réponse de l'expression de la foi vécue dans le monde, dans la « polis » ; et il essaya d'incarner dans sa vie les idéaux de solidarité et de justice que l'Église de son temps prêchait et qu’il connaissait grâce à la lecture des encycliques sociales. Pour lui, la politique était amour, c'était la conséquence extrême de la charité sociale et un instrument de vérité. C'est ainsi que saint Jean-Paul II le décrira dans l'homélie de sa béatification : « Dans la prière, il cherchait également l'inspiration pour l'engagement politique, convaincu de la nécessité de vivre pleinement en fils de Dieu dans l'histoire, afin de faire de celle-ci une histoire de salut. » Voilà un jeune homme qui s'est laissé éduquer à l'école de l'engagement sociopolitique et a réalisé une synthèse entre foi et vie pour la transformation du monde. Alberto a très bien compris dans sa vie ce que signifiait le service des autres dans la vie citoyenne.

Pour cette raison, il est toujours indispensable de « nous orienter vers une réaffirmation adaptée du "choix socio-politico-éducatif" de Don Bosco. Cela ne signifie pas promouvoir un activisme idéologique lié à des choix politiques partisans particuliers, mais former à une sensibilité sociale et politique qui porte, de quelque manière, à engager sa vie comme une mission, pour le bien de la communauté sociale, en référence constante aux valeurs humaines et chrétiennes inaliénables. » [29]

C'est un défi dans notre éducation sociopolitique des jeunes générations chez lesquelles nous devons encore nous développer beaucoup. « Être honnête citoyen implique aujourd’hui pour un jeune homme qu’il promeuve la dignité de la personne et ses droits, dans tous les contextes ; qu’il vive avec générosité dans sa famille et se prépare à la fonder sur la base du don mutuel ; qu’il favorise la solidarité, surtout avec les plus pauvres ; qu’il exerce son métier avec honnêteté et compétence professionnelle ; qu’il promeuve la justice, la paix et le bien commun en politique ; qu’il respecte la création et favorise la culture (cf. CG 23, n. 178). »[30]

L'éducation a une dimension politique en soi : l'action éducative est une manière d'intervenir dans le monde. Cela implique d'accorder plus d'attention à la dimension politique de l'éducation, de la citoyenneté, de l'engagement envers la société, avec les familles de nos jeunes et avec eux-mêmes.

C'est aujourd'hui – et il le restera toujours – un grand défi pour nous, éducateurs, que de rendre possible une réalité qui génère de nouvelles normes éthiques. Nous ne pouvons donc pas nous satisfaire du fait que nos œuvres éducatives produisent des diplômés mais pas des citoyens engagés dans le changement, critiques devant les différentes réalités. Nous ne pouvons pas nous satisfaire de former des citoyens compétents seulement par la « formation » reçue ; nous devons former des citoyens capables aussi de « transformer » la réalité même, comme acteurs de changement et d'amélioration, d'espérance et de renouveau dans le monde de l'économie, de la politique, de l'éducation, du travail, de l'engagement social, des mass-médias, etc., et pour un nouveau monde de citoyenneté active, protagonistes du bien commun. En tant qu'éducateurs de la Famille Salésienne, consacrés et laïcs, nous devons poursuivre ce chemin avec conviction afin qu'une fois la semence jetée en terre, elle puisse grandir avec le temps et devenir comportement et style de vie.

 

2.4. HONNÊTES CITOYENS en éduquant nos jeunes à l’honnêteté et à la légalité

Il y a des questions que nous ne pouvons cesser de nous poser, me semble-t-il, alors que nous pensons éduquer et former nos jeunes comme honnêtes citoyens capables de surmonter les tentations de la facilité, de l'argent gagné sans effort ni professionnalisme.

→ Comment pouvons-nous aider les adolescents et les jeunes que nous rencontrons chaque jour à prendre des décisions et à résoudre les problèmes de leur vie avec vérité et honnêteté ?

→ Comment pouvons-nous leur proposer des expériences qui les aideraient à prendre confiance en eux-mêmes et, en même temps, à reconnaître les comportements corrects ?

Nous devrions être capables d'éduquer à la vérité qui rend libre, à la beauté de la transparence, sans double vie ni auto-illusions, sans tomber dans les formes d'esclavage qui oppriment, ou dans les réponses contraires à l'éthique qui affaiblissent la personne en son for interne. Jésus l'a personnellement vécu dans l'honnêteté et la transparence de son annonce : en restaurant la liberté des prisonniers, en rendant la vue aux aveugles, la liberté aux opprimés et en proclamant une année de grâce du Seigneur (cf. Lc 4,18-19) ; en lavant les pieds de ses disciples comme exemple de service des autres, en vivant les « richesses insondables » de l'amour et de la vérité qui lui ont coûté la vie sur la croix à la face du monde. Il a souffert dans sa propre chair l'injustice structurelle qui corrompt en raison de l'égoïsme, de l'autoréférentialité, de la recherche de ses intérêts propres et du mensonge qui, de nombreuses fois répété, devient « vérité » au point de tuer.

En tant qu'éducateurs, nous devons pratiquer et promouvoir l'honnêteté et la légalité. Comment ? Par la prévention. À notre époque, nous entendons souvent de nombreux « chants de sirène » qui proposent comme la chose la plus naturelle du monde de tout réaliser facilement par des voies qui corrompent l'intériorité de la personne et nuisent à son intégrité, à la force et à la vérité de ce que nous sommes. « La société, dans son ensemble, est appelée à s’engager concrètement pour combattre le cancer de la corruption sous toutes ses formes. (…) La corruption est une des plaies qui déchirent le plus le tissu social, parce qu’elle lui nuit lourdement, que ce soit sur le plan éthique ou économique : avec l’illusion de gains rapides et faciles, en réalité elle appauvrit tout le monde, ôtant la confiance, la transparence et la fiabilité au système tout entier. » [31]

→ Que faisons-nous en tant qu'éducateurs pour renforcer de manière préventive dans la vie de nos jeunes la conviction que nous devons être honnêtes ?

→ Quels exemples, quelles idées, quels contenus transmettons-nous pour que les jeunes – mais aussi leurs familles – n'acceptent pas comme normal à tout prix ce qui est injuste, le mensonge, la fausseté et leurs avantages propres ?

→ Que construisons-nous avec l'éducation et les valeurs évangéliques dans des aspects essentiellement humains comme la conscience, la capacité critique, la dénonciation en faveur de la vérité, l'authenticité et la justice ?

La corruption est « un processus de mort » qui est devenu coutumier dans de nombreuses sociétés mais qui est, bien sûr, un véritable mal et un péché grave (dont on ne parle pas), même si elle ne peut pas, cependant, empêcher l'espérance apportée par le Seigneur Jésus. Nous devons semer en chacun de nos jeunes une espérance comme une force, un levier. Et sachant que les écoles et les associations de jeunes sont toujours des outils d'éducation civique, il est de la plus haute importance que quiconque s'occupe d'éducation et de problèmes de société se demande quel type de citoyen visent nos programmes éducatifs. Les éducateurs subissent aujourd'hui une pression énorme pour réduire l'éducation à l'enseignement, à l'apprentissage de disciplines et à la préparation d'examens.

J’aimerais croire que la plupart des éducateurs – du moins les éducateurs des présences de la Famille Salésienne dans le monde – croient que les écoles, outre apprendre aux enfants à lire et à écrire, à résoudre des problèmes mathématiques et à comprendre la science et l'histoire, ont également une merveilleuse influence sur la vision du monde et, par conséquent, sont un outil important et puissant pour façonner notre société, pour la changer en mieux. Il est important d'apprendre aux jeunes à se poser des questions, à se remettre en question et à s'interroger sur ce qu'on nous offre comme idéaux de vie ; leur apprendre à exprimer leurs points de vue et leurs perspectives, à prendre en considération leurs propres milieux et les circonstances spécifiques de leur vie, leur passé et leurs rêves pour l'avenir; leur apprendre à se considérer comme des citoyens actifs, disponibles, capables, critiques et bien armés pour avoir de l'influence dans la vie publique.

Éduquer veut dire tout cela. « Éduquer veut dire aider les individus à se retrouver soi-même, les accompagner avec patience dans un processus de récupération des valeurs et de confiance en soi ; éduquer comprend la reconstruction des raisons de vivre en découvrant la beauté de la vie. Éduquer dit également une capacité renouvelée de dialogue, mais aussi de proposition riche d’intérêts et solidement ancrée dans ce qui est fondamental. Cela signifie encore impliquer les jeunes dans des expériences qui les aident à saisir le sens de l’effort quotidien ; leur offrir des outils fondamentaux pour gagner leur vie et se rendre ainsi capables d’agir en sujets responsables en toutes circonstances. Éduquer requiert de connaître les problématiques sociales des jeunes de notre temps. »[32]

 

2.5. HONNÊTES CITOYENS sensibles et coresponsables dans un monde en mouvement et touché par la migration

Permettez-moi, à titre d'exemple de ce que je veux soutenir, de faire référence à ce que j'ai moi-même vécu au cours des différentes visites de ces dernières années. J'ai été grandement émerveillé par l'énorme créativité et l'engagement de mes confrères et de la Famille Salésienne, qui ont su donner des réponses au phénomène impressionnant de notre époque qu'est la migration humaine. Je l'ai constaté à Kakuma, un camp de réfugiés dans le nord du Kenya qui accueille environ 190 000 personnes. Mes confrères SDB sont la seule institution autorisée à vivre dans le camp même, s'occupant totalement de jeunes provenant de différentes régions d'Afrique, notamment du Sud Soudan et de Somalie, au moyen de la formation professionnelle, de l'oratoire-patronage et du centre de jeunes, et des activités éducatives et pastorales. Je l'ai également vu dans la présence significative de Tijuana, au Mexique. À cette frontière entre le monde économique du Sud et celui du Nord, avec la cantine scolaire et le réseau des oratoires-patronages, les Salésiens répondent aux besoins de centaines de jeunes en quête d'avenir ; ils les accompagnent et les préviennent des dangers de la violence et de la drogue, leur offrant des opportunités éducatives. Dans notre communauté du « Sacré-Cœur » de Rome, nous avons aussi un centre de jeunes, petit mais dynamique, fréquenté par de jeunes étudiants universitaires et des volontaires qui accueillent de jeunes migrants et réfugiés de différentes parties du monde dans un cadre d'oratoire-patronage. Nous pourrions ainsi parcourir le monde entier de notre Famille Salésienne et trouver partout des réponses créatives aux besoins des jeunes migrants, car cette sensibilité découle de notre ADN salésien. Je crois pouvoir affirmer, sans crainte de me tromper, que nous sommes fils et filles d'un émigré qui a accueilli des émigrants et envoyé ses fils missionnaires s'occuper des émigrés.

Le phénomène

Le phénomène migratoire touche aujourd'hui plus de 1 000 millions de personnes ; c'est le plus grand mouvement de populations de tous les temps, qui s'est transformé en une réalité structurelle des sociétés contemporaines et constitue une réalité de plus en plus complexe du point de vue social, culturel et religieux, exacerbée par l'existence d'une migration irrégulière. Les causes du phénomène sont diverses et variées : elles vont des asymétries sociales et économiques planétaires aux crises politiques et sociales qui se transforment en conflits armés ; ces migrations sont dues aussi aux persécutions ethniques et religieuses, ainsi qu’à des raisons climatiques telles que la désertification de diverses parties de la planète ; il faut même signaler l'énorme facilité et possibilité de communication et de mobilité qui existent aujourd'hui.

Selon les données des Nations Unies, il y a aujourd'hui 271,6 millions de migrants internationaux, soit environ 3,5% de la population mondiale. Parmi ceux-ci, 39 millions ont moins de 18 ans. L'émigration interne (à savoir celle qui se produit au sein d'un pays) a été estimée, selon les données de 2009, à 790 millions de personnes.

Un chapitre particulier et plus dramatique est celui des 70,8 millions de personnes obligées d’émigrer : 41,3 millions de migrants, en particulier des personnes qui, en raison des conflits armés, ont dû migrer à l'intérieur de leur propre pays. 25,9 millions de réfugiés quittent leur pays dont plus de 3,5 millions de demandeurs d'asile. Ce sont les données officielles de l'ONU, tout en sachant que les chiffres pourraient être encore plus élevés. La moitié de ces migrants obligés ont moins de 18 ans. On a dénombré 111 000 mineurs sans famille, non accompagnés. De plus en plus de réfugiés vivent dans les villes (61%), devenant ainsi plus « invisibles ».

Don Bosco

Pour notre Famille Religieuse, le phénomène de la migration n'est pas une nouveauté charismatique. Don Bosco lui-même a émigré de la région rurale, sereine et austère, des Becchi à Chieri, et plus tard, dans la ville agitée de Turin. Dès le début, Don Bosco a fait face à cette réalité. Les premiers jeunes qu'il a accueillis dans son Oratoire étaient des migrants saisonniers ou permanents provenant des zones rurales à la recherche d'un emploi dans la capitale piémontaise ; c'étaient de jeunes étrangers qui ne parlaient ni italien ni piémontais. Lors d'une discussion avec certains curés de Turin, qui pensaient que Don Bosco éloignait les jeunes de leurs paroisses, le saint a répondu que c'étaient en grande partie des étrangers :

« Ce sont presque tous des étrangers, abandonnés par leurs parents dans cette ville, ou venus ici chercher du travail sans pouvoir en trouver. Savoyards, Suisses, Valdotains, Biellois, Novarais, Lombards, voilà ceux qui fréquentent habituellement mes réunions. [...] L'éloignement de leur patrie, la diversité des langages, l'incertitude du gîte et l'ignorance des lieux rendent difficile, pour ne pas dire impossible, l’occasion d'aller dans les paroisses ... »[33]

L'aventure missionnaire salésienne commence par l'attention portée aux émigrés italiens en Argentine. Don Bosco a exhorté ainsi la première expédition missionnaire de 1875 :

« Allez trouver nos frères que la misère ou le malheur ont menés en terre étrangère, et employez-vous à leur faire connaître la grandeur de la miséricorde de ce Dieu qui vous envoie vers eux pour le bien de leurs âmes. »[34]

La Congrégation Salésienne, à l'époque de Don Rua et de Don Albera, a consolidé l'attention aux émigrés Italiens, mais aussi Polonais et Allemands. Qu'il suffise de penser à l'énorme travail réalisé parmi les migrants ; déjà en 1904, rien qu'en Amérique, il y avait 450 000 émigrés aidés par les Salésiens.[35] Une « Commission Salésienne de l'Émigration » a également été créée avec Don Rua, opérationnelle pendant plusieurs années. Le service rendu en faveur des migrants a été énorme, à la fois pour les émigrés européens en Amérique, en Afrique, au Moyen-Orient ou en Europe même, ainsi que pour les migrants qui fuyaient l'Europe de l'Est vers l'Europe Occidentale à l'époque du régime communiste.

Ainsi, le phénomène migratoire, d'une manière ou d'une autre, a toujours été présent dans notre histoire salésienne. Le défi de la migration humaine des jeunes est aujourd'hui beaucoup plus étendu et complexe en raison de sa dimension culturelle, sociale et religieuse, à cause de son grand impact démographique et des nouveaux aspects liés aux techniques de l'information, à la mondialisation et aux facilités de transport. Face à cette réalité, une pastorale de communion (plus inclusive et intégrante) devient plus nécessaire que la pastorale traditionnelle, tournée vers un seul groupe ethnique et national : les compatriotes. Nous sommes également confrontés à des phénomènes nouveaux et dramatiques tels que celui des réfugiés, des mineurs non accompagnés et de la traite des personnes. Tout cela lance de grands défis à notre Famille Salésienne face à ce nouveau « continent des jeunes » du XXIème siècle.

Vision d’avenir

Lorsqu'on nous demande quels jeunes nous rencontrons dans le monde aujourd'hui, ces millions de jeunes contraints de migrer nous interpellent certainement. C'est une réalité que, en plus d'être une présence à la frontière, dans des situations d'urgence, la plupart des œuvres de la Famille de Don Bosco accueillent des centaines de milliers d'enfants, d'adolescents et de jeunes migrants de la première ou de la deuxième génération qui s'intègrent sereinement dans nos communautés éducatives. Ce service précieux, généralement très silencieux et très discret, offre une aide importante aux jeunes qui émigrent, en leur offrant un abri et en les aidant dans une intégration effective et naturelle dans la société civile et parfois dans l'Église.

Notre action dans ce monde exigeant de la mobilité humaine doit se réaliser à partir de notre identité charismatique :

→ Se concentrer d'abord sur les enfants, les adolescents et les jeunes, en leur proposant des parcours éducatifs et pastoraux d'une certaine profondeur.

→ Maintenir notre approche éducative et évangélisatrice, en évitant d'être réduit à une ONG. Le sujet de la mission est confié à une communauté éducative en communion de vie entre personnes consacrées et laïcs compétents pour cette délicate mission.

→ Soutenir une « présence éducative » avec laquelle nous nous insérons le plus possible dans l'espace géographique et existentiel de nos destinataires.

→ Être des éducateurs et des amis qui sont avec eux non seulement comme agents humanitaires, prestataires de services en leur faveur, mais comme éducateurs et pasteurs.

→ Mettre l'accent sur la « prévention », essayer d'offrir aux jeunes l'opportunité de développer leurs compétences dans leur propre contexte culturel pour pouvoir s'y insérer dignement, sans l'urgence de devoir émigrer. Tout jeune a le droit de ne pas avoir à émigrer.

→ Avec une présence de plus en plus coordonnée, de plus en plus institutionnelle, de plus en plus visible et de plus en plus professionnelle. C'est une grande opportunité pour la Famille Salésienne d'intervenir là où chaque Groupe peut mettre à disposition ses dons pour la mission. Le Volontariat Missionnaire et le Mouvement Salésien des Jeunes trouvent un immense horizon d'engagement avec cette Jeunesse en mouvement.

Ce continent en mouvement nous interpelle fortement au XXIème siècle en nous proposant que leur existence puisse être motif pour nous tous d'une véritable source de renouveau pastoral, charismatique et vocationnel.

 

2.6. HONNÊTES CITOYENS qui prennent soin de la « maison commune » comme nous le demandent les jeunes

L’engagement pour la « maison commune » (vision de l’écologie proposée par Laudato Si’) n’est pas un engagement supplémentaire : c’est un horizon qui défie pleinement notre culture, notre foi, notre mode de vie, notre mission, notre éducation et notre évangélisation. De plus, l'écologie nous parle aussi d'une proposition éducative intégrale (dans ses valeurs humaines et spirituelles).

Lorsque nous parlons de prendre soin de la « maison commune » ou de la Création, nous ne sommes pas confrontés à un choix facultatif, mais à une question essentielle de justice, car la Terre que nous avons reçue appartient également à ceux qui viendront après nous. L'environnement est un prêt que chaque génération reçoit et doit transmettre aux générations suivantes.

Quelques propositions pastorales

→ Conversion écologique

La première proposition a beaucoup à voir avec un changement de mentalité et de regard sur la réalité. Le Pape François nous invite à « prendre une douloureuse conscience, d’oser transformer en souffrance personnelle ce qui se passe dans le monde ».[36] Pour cette raison, nous devons adopter une spiritualité radicalement nouvelle, une spiritualité dans laquelle notre engagement à prendre soin de la Terre soit intense et efficace dans la mesure où il sera enraciné dans une conversion écologique effective.

Nous sommes appelés à aller aux racines éthiques et spirituelles des problèmes environnementaux, qui nous invitent à rechercher des solutions non seulement en utilisant des techniques, mais aussi en changeant en tant qu'êtres humains. Chacun doit passer de la consommation au sacrifice, de l'avidité à la générosité, du gaspillage à la capacité de partager, du « ce que je veux » au « ce dont a besoin le monde de Dieu ».

→ Accompagner le rôle de la jeunesse dans l'engagement pour la « maison commune »

Ce que personne n'aurait probablement pu imaginer – encore moins les « grands et puissants de ce monde » – , c'est que la plus grande réaction et la plus grande protestation pût venir des jeunes et dans un mouvement presque mondial. Il y a des jeunes dans le monde qui sont très bien préparés aux questions écologiques et qui vivent une citoyenneté active pour la sauvegarde de la « maison commune ».

  • Greta Thunberg, une jeune militante suédoise de 16 ans, a déclaré aux dirigeants du monde réunis à New York pour le Sommet des Nations Unies sur le climat 2019 : « Vous avez volé mes rêves et mon enfance avec vos mots vides. Des écosystèmes entiers s’effondrent, nous sommes au début d’une extinction de masse, et tout ce dont vous parlez, c’est d’argent et de contes de fées de croissance économique éternelle ? Comment osez-vous ! Vous nous avez laissés tomber. Mais les jeunes commencent à comprendre votre trahison. »[37]
  • Ces mots forts défient les dirigeants, changent les perspectives des adultes et dirigent un vaste Mouvement de jeunes pour sauver la « maison commune ». La « Génération Laudato Si' » en est un exemple concret. Il s'agit du « Secteur Jeunes » du « World Catholic Climate Movement » [Mouvement Catholique Mondial pour le Climat], un réseau international de plus de 800 organisations catholiques. Ils se mobilisent pour la justice climatique et pour demander à l'Église et au monde d'agir. En tant que membres actifs de ce réseau international, les groupes « Don Bosco Green Alliance » et le « Mouvement Salésien des Jeunes » représentent la Famille Salésienne.
  • Comme éducateurs de jeunes, nous accompagnons non seulement ceux qui ont déjà « mis leurs chaussures », mais nous nous soucions également de ceux qui sont allongés sur le canapé, regardent par la fenêtre ou sont rivés sur leur écran. En même temps, nous savons parfaitement que les jeunes sont tout à fait capables de stimuler les copains de leur âge, de leur « mettre les chaussures ».[38]

→ Vers une écologie humaine

L'écologie environnementale nous pousse intrinsèquement à réfléchir sur l'écologie intégrale. Depuis les années 1970, du Pape saint Paul VI aux différents Papes qui se sont succédé au fil du temps, tous ont toujours insisté sur cet aspect. « L'écologie humaine » est un terme introduit par le Pape saint Jean Paul II dans sa Lettre Encyclique Centesimus Annus.[39] Reprenant cette expression à son compte, le Pape François dit que « La destruction de l’environnement humain est très grave, parce que non seulement Dieu a confié le monde à l’être humain, mais encore la vie de celui-ci est un don qui doit être protégé de diverses formes de dégradation. »[40]

→ L’œuvre éducative et culturelle

  • Saint Jean-Paul II, face à la crise écologique, parlait déjà de la nécessité et de l'urgence[41] d'une grande œuvre éducative et culturelle.
  • Nos propositions éducatives pour le soin de la « maison commune » prévoient les trois phases suivantes : Informer, Éduquer et Cultiver.[42]
  • Face au phénomène de la consommation, il faut rappeler aux jeunes de nos réalités trois principes (3R : réduire, réutiliser et recycler).
  • Nous sommes bien conscients que les problèmes écologiques sont la conséquence de structures injustes. Pour y faire face, nous avons besoin de structures vertueuses de grâce, de réconciliation, de guérison et d'écologie environnementale, humaine, sociale et intégrale.[43] Ce sont les structures que nous, en tant qu'éducateurs, devons offrir aux jeunes.
  • Pour commencer des parcours qui mènent à la citoyenneté écologique, il y a des réflexions fondamentales très proches de notre sensibilité salésienne. Par exemple, notre confrère Joshtrom Isaac Kureethadam travaille au Dicastère de l'Église qui traite de cet aspect. Dans son livre Les Dix Commandements Verts, nous trouvons de nombreuses idées pour continuer à développer chez nos jeunes une grande sensibilité pour la Création, pour rêver et concrétiser ce que nos dirigeants ne veulent pas prendre au sérieux pour des raisons économiques et divers autres intérêts.

 

2.7 Dans la défense des droits humains et spécialement des droits des mineurs

Je ressens un besoin urgent de lancer un appel fort à notre Famille car, dans le présent et dans l'avenir, nous pouvons nous distinguer pour la défense de chaque mineur. L'essence du message que je veux transmettre est précisément celle-ci :

→ Le but pour lequel nous avons été suscités par l'Esprit Saint chez Don Bosco comme Famille Salésienne est de donner toute notre vie aux mineurs, aux jeunes, aux garçons et aux filles du monde entier, en donnant la priorité avant tout à ceux qui sont sans défense, aux plus désavantagés, aux plus fragiles, aux plus pauvres.

→ Pour cette raison, nous devons être des experts dans la défense de tous les droits humains, en particulier ceux des mineurs, et demander pardon jusqu'aux larmes si quelqu'un ne l'avait pas fait. Nous ne pouvons être complices d'aucun abus, c’est-à-dire « abus de pouvoir, abus économiques, abus de conscience, abus sexuels », tel que cela a été défini à l'occasion du Synode sur Les Jeunes, la Foi et le Discernement Vocationnel.[44]

En tant que Famille de Don Bosco, nous participons à tous les efforts que l'Église entière déploie en faveur des droits humains. Comme nous le savons tous, le langage des Droits est entré dans la vie de l'Église avec le développement de sa Doctrine Sociale. L'Église, en vertu de l'Évangile qui lui est confié, proclame les Droits de l'Homme, reconnaît et apprécie grandement le dynamisme avec lequel de nos jours ces Droits sont promus partout.

Alors que la société civile opère de différentes manières dans la défense des Droits Humains, nous, Famille de Don Bosco, ainsi que l'Église, sommes appelés aujourd'hui à retrouver la dimension objective de ces Droits, basée sur « la reconnaissance de la dignité et des droits égaux, inaliénables et inhérents à tous les membres de la famille des êtres humains[qui]constitue la base de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde. »[45] Sans cette vision, s'instaure un court-circuit de droits et l'on privilégie « la globalisation de l’indifférence qui naît de l’égoïsme, fruit d’une conception de l’homme incapable d’accueillir la vérité et de vivre une authentique dimension sociale. »[46] La tentation moderne est de souligner beaucoup le mot « droits », en laissant de côté le mot le plus important : « humains ». Si les droits perdent leur lien avec l'humanité, ils ne deviennent que des expressions de groupes d'intérêt.

  • Pour Don Bosco, le garçon marginalisé n'est pas un bénéficiaire passif, un simple destinataire à qui prêter assistance ou offrir des services. Don Bosco souhaite une nouvelle vision du jeune marginalisé : une relation éducative entre éduqué et éducateur, qui anticipe la vision du jeune comme sujet de droits, que la Convention de New York a sanctionnée pour la première fois, il y a trente ans, le 20 novembre 1989, comme outil de droit international désormais juridiquement contraignant pour 193 États.
  • Les droits des enfants et le Système Préventif ont en commun certains principes de base. Les deux ont le même objectif, à savoir le développement intégral et le bien-être total des enfants. Les droits des enfants et le Système Préventif ont des tâches à accomplir pour atteindre leurs objectifs en faveur des enfants. Ces tâches comprennent la prise en charge intégrale des personnes, la formation d'un personnel responsable, la création d'un environnement sain, l'élaboration de lignes directrices pour une discipline positive et la formulation de protocoles pour la protection des mineurs.

Pour la défense des droits des mineurs

  1. Du 21 au 24 février 2019, s'est déroulé le « sommet » de la Conférence des Évêques Catholiques du monde sur « La protection des mineurs dans l'Église ». 190 responsables ecclésiastiques et les présidents de 140 Conférences Épiscopales y ont participé. Au cours de la Rencontre, le Pape François a dit que, dociles à l'Esprit Saint, nous devons entendre le cri des petits qui demandent justice. Nous savons bien que tout scandale peut rendre invisible la lumière de l'Évangile, [47] et que les abus de pouvoir et de conscience sont très douloureux et très dangereux.
  2. Nous ne pouvons pas parler des droits des mineurs sans faire référence à la « Convention sur les Droits de l'Enfance et de l'Adolescence » des Nations Unies, qui appelle « enfant » tout être humain de moins de dix-huit ans, et établit une norme pour le soin à leur égard et leur protection, l'identification [de cas d’abus], la gestion des cas, le signalement et le renvoi [de la personne reconnue coupable]. La Convention identifie quatre aspects des droits des enfants : la participation des enfants aux décisions qui les concernent ; la protection des enfants contre la discrimination et toutes les formes d'abandon et d'exploitation ; la prévention des dommages et l'assistance aux enfants dans leurs besoins fondamentaux.
  3. Dans notre Projet Éducatif et Pastoral, l'écoute des jeunes mineurs est importante et vitale, comme l'a souvent répété le Synode.[48] Notre Projet ouvre la voie à une pleine participation. Et la participation contribue au développement personnel, conduit à de meilleurs décisions et résultats, sert à protéger les mineurs, contribue à former et à développer [chez les jeunes] le sens de l'engagement dans la société civile, de la tolérance et du respect d'autrui, et renforce le sens de la responsabilité.
  4. Connaissance et réflexion plus approfondies sur les droits des mineurs : il s'agit de nombreux documents et déclarations constamment publiés sur les Droits Humains et surtout sur les droits des mineurs. Certains [de ces documents] se situent au niveau ecclésial et mondial, d'autres au niveau régional ou thématique.[49] L'ignorance de ces documents nous empêchera certainement d'être des éducateurs efficaces. Nous devons donc les étudier à fond et les diffuser dans nos réalités.
  5. Travailler en réseau avec d'autres agences : dans la mission de protéger et de promouvoir les droits des mineurs, nous devons travailler en réseau avec de nombreuses autres agences qui travaillent avec une « approche basée sur le droit ». Il y en a vraiment beaucoup, gouvernementales et non gouvernementales. Dans certaines Provinces [salésiennes] du monde, certains Salésiens font partie du « Conseil de la Justice pour Mineurs » (Juvenile Justice Board) grâce auquel ils sont en mesure de défendre et protéger les droits des mineurs. Il y a d'autres Salésiens qui sont avocats et défendent les droits des mineurs devant les tribunaux civils et obtiennent justice pour eux. Il s'agit d'une excellente plate-forme pour diffuser les valeurs évangéliques dans les milieux laïcs.
  6. Le « Système de Protection de l’Enfance » est défini par l’UNICEF comme « un ensemble de lois, de politiques, de règles et de services, de capacités, de suivi et d’une vue d’ensemble des besoins à travers tous les secteurs sociaux (…) pour prévoir et répondre aux risques liés à la protection. » Beaucoup de nos présences sont entièrement dédiées aux services sociaux et aux centres pour jeunes à risque. Cela doit continuer à être, en tant que Famille Salésienne, notre « petite mais grande » contribution.
  7. Il est essentiel que dans chaque Œuvre de notre Famille, partout dans le monde, existe un « Code d'Éthique » qui définisse très clairement ce qui est attendu de tous, des personnes consacrées, des éducateurs laïcs, et qui établisse clairement aussi ce qui constitue une violation grave du Code d'Éthique lui-même.
  8. Enfin, mais c'est un aspect fondamental pour nous en tant que personnes consacrées, ce qui doit être renforcé, c'est notre relation personnelle et communautaire avec le Christ. Sa compagnie devrait nous inciter à travailler davantage pour protéger les enfants et les jeunes mineurs qu'Il aime beaucoup et qu'il a indiqués comme modèles de « l’être disciple » [discepolato].
  • Le Système Préventif et les Droits Humains : Deux propositions
  • Ensemble, nous faisons beaucoup de bonnes et belles choses pour la promotion des Droits Humains. Pour être plus efficaces dans ce ministère, nous devons cependant changer de stratégie dans notre façon de penser et d'agir. Nous devons devenir une Famille de Don Bosco qui soutienne la dimension sociale de la charité[50] et promeuve les Droits Humains à travers une utilisation créative du Système Préventif. C'est le changement de paradigme nécessaire.
  • Passer du Système Préventif vu simplement comme une alternative au Système Répressif au Système Préventif vu comme un excellent outil de promotion des Droits Humains : jusqu'à présent, nous avons été habitués à ne considérer le Système Préventif que comme un système éducatif différent du Système Répressif. Nous n'avons pas accordé toute l'attention à son potentiel en matière de Droits Humains. Nous devons étudier et élaborer son potentiel intrinsèque pour la promotion des Droits Humains et l'utiliser en leur faveur.
  • Passer par la formation d'une loi qui respecte les citoyens aux droits que revendiquent les citoyens : Nous avons toujours déclaré comme l'un des objectifs de l'éducation la formation d'honnêtes citoyens et nous avons compris que cela signifie former des citoyens qui respectent la loi. Cela ne suffira pas à l'avenir dans un monde de plus en plus complexe. Nous devons éduquer les jeunes à faire valoir leurs droits ; en fait, si les droits ne sont pas revendiqués, ils seront très probablement ignorés.[51]

LE DERNIER MOT REVIENT À DON BOSCO LUI-MÊME, QUAND IL PARLE DE POLITIQUE

Je conclus ce long récit où j'ai évoqué de nombreux aspects, à mon avis très importants et de la plus haute pertinence, en donnant la parole à Don Bosco lui-même. Parmi les nombreuses citations possibles, j'ai choisi le discours qu'il adressait aux anciens élèves revenus à l'Oratoire, le 15 juillet 1883, pour fêter Don Bosco.

C'est incroyable mais une bonne partie du discours de Don Bosco se rapporte à la politique. Je pense que c'est très instructif et très en phase avec ce que j'ai développé jusqu'à présent. Voici ce qu'il disait :

« Outre l'aide du ciel, ce qui nous a facilité et facilitera de faire le bien, c'est la nature même de notre œuvre. Le but que nous visons est bien vu par tous les hommes, y compris ceux qui, en fait de religion, ne pensent pas comme nous. Si quelqu'un s'oppose à nous, il faut dire deux choses : soit il ne nous connaît pas, soit il ne sait pas ce que l'on fait. Or nous pratiquons l'éducation civique, l'éducation morale des jeunes abandonnés ou en danger, afin de les arracher à l'oisiveté, aux mauvaises actions, au déshonneur, et peut-être même à la prison, voilà le but de notre œuvre. Or, quel homme sensé, quelle autorité pourrait nous empêcher de le faire ?

Dernièrement, comme vous le savez, j'étais à Paris, et j'ai pris la parole dans différentes églises pour plaider la cause de nos œuvres et, disons-le carrément, pour recueillir de l'argent afin de fournir le pain et la soupe à nos jeunes qui ne perdent jamais l'appétit. Eh bien ! Parmi les auditeurs, il y en avait qui n'y venaient que pour s'informer des idées politiques de Don Bosco, puisque certains supposaient que j'étais allé à Paris pour attiser la révolution tandis que d'autres [disaient que c'était] pour rechercher des adhérents à un parti, etc. Dès lors, des gens bienveillants craignaient vraiment qu'une mauvaise “blague” ne m'arrive. Mais dès mes premières paroles, toutes les illusions cessèrent, toutes les craintes se dissipèrent et Don Bosco fut laissé libre de parcourir la France d'un bout à l'autre. Non, vraiment, avec notre Œuvre, nous ne faisons pas de politique ; nous respectons les autorités établies, nous observons les lois en vigueur, nous payons les impôts et continuons, en demandant seulement qu'on nous laisse faire du bien aux jeunes pauvres et sauver des âmes. Si l'on veut, nous faisons aussi de la politique, mais d'une manière tout à fait inoffensive, voire bénéfique pour tout gouvernement.

 La politique se définit comme la science et l'art de bien gouverner l'État. Or l’œuvre de l'Oratoire en Italie, en France, en Espagne, en Amérique, dans tous les pays où elle est déjà établie, en s'employant particulièrement à soulager [la pauvreté] des jeunes les plus nécessiteux, contribue à faire diminuer le nombre des délinquants et des vagabonds, le nombre des petits malfaiteurs et des petits voleurs ; elle contribue à vider les prisons. En un mot, elle tend à former de bons citoyens qui, loin de causer des problèmes aux pouvoirs publics, les soutiendront afin de maintenir l'ordre, la tranquillité et la paix dans la société.

Voilà notre politique ; nous l'avons employée jusqu'à présent, nous l'emploieront à l'avenir. »[52]

Avec la médiation maternelle de notre Mère, Immaculée et Auxiliatrice, demandons à Dieu de nous accorder son Esprit pour continuer à faire une véritable « politique du Notre Père » pour les jeunes d'aujourd'hui, dans une société qui nous pousse, face à ses inégalités, à ne pas nous taire ni à rester passifs. Et dans un monde qui a toujours besoin de Dieu, nous devons être de plus en plus Témoins-Disciples-Missionnaires du Dieu qui, respectant scrupuleusement la liberté humaine, est disposé chaque jour à la rencontre avec ses enfants.

Prions à cette intention :

 

Seigneur Jésus,

Tu sais quels efforts nous devons déployer
pour mettre en pratique ton Évangile ;
aide-nous à te contempler en Don Bosco,
à voir ton amour dans ses gestes,
à discerner ton chemin dans ses actions,
à apprendre ta miséricorde dans son affection.

Éclaire-nous pour que nous sachions intérioriser
le style avec lequel Don Bosco a été ton disciple.

Façonne notre cœur à l'image de ton cœur de Bon Pasteur,
et donne-nous la force de traduire tes paroles
en actes concrets dans notre vie. [53]

 

Père Ángel Fernández Artime, SDB

Recteur Majeur


[1] Le commentaire que je développe de ce binôme « Bons Chrétiens et Honnêtes Citoyens », salésien précisément parce que selon le cœur de Don Bosco, a été amplement étudié et approfondi par Pietro Braido, Buoni cristiani ed onesti cittadini, RSS, vol. 24, 1994 (p. 36-42)

[2] JEAN PAUL II, Redemptoris Missio, Rome, 7 décembre 1990, n. 2

[3] Constitutions Salésiennes 21

[4] Synode des Evêques, Les Jeunes, la Foi et le Discernement Vocationnel.Instrumentum Laboris, 175

[5] Constitutions Salésiennes 21, citant Don Rua, Lettre du 24.8.1894

[6] Constitutions Salésiennes 38

[7] PAPE FRANÇOIS, Christus Vivit 214

[8] PAPE FRANÇOIS, Evangelii Gaudium 82

[9] PAPE FRANÇOIS, Christus Vivit 84

[10] Ibid. 67

[11] PAPE FRANÇOIS, Angélus du lundi 28 octobre 2019 à Loreto

[12] Evangelii Gaudium 239-288

[13] Laudato Si’ 181-213

[14] Amoris Lætitia 278-289

[5] Gaudete et Exsultate pour une grande partie de son contenu

[16] Christus Vivit 159

[16] Ibid. 177,avec citation de l’Homélie de la Messe des XXVIIIèmes J M J à Río de Janeiro (28 juillet 2013) 

[18] Synode des Évêques, Les Jeunes, la Foi et le Discernement Vocationnel, Instrumentum Laboris 55 : « Ainsi, nous apprenons à accepter les autres dans leur manière différente d’être, de penser et de s’exprimer. De cette manière, nous pourrons assumer ensemble le devoir de servir la justice et la paix, qui devra devenir un critère de base de tous les échanges. »

[19] Evangelii Gaudium 250

[20] Ibid. 110, avec citation de JEAN PAUL II in Exhortation Apostolique postsynodale Ecclesia in Asia (6 novembre 1999), n. 19

[21] Ibid. 273

[22] Christus Vivit 164

[23] Ibid. 252 : Citation du Discours lors de la Veillée avec les jeunes aux XXXIVèmes JMJ à Panama (26 janvier 2019)

[24] PAPE FRANÇOIS, Christus Vivit 174 avec citation du Discours de la veillée des XXVIIIèmes JMJ à Río de Janeiro (27 juillet 2013)

[25] PASCUAL CHÁVEZ, Actes du Congrès International sur le Système Préventif et les Droits Humains, p. 82

[26] OSCAR ROMERO, Discours prononcé à l’occasion du Doctorat Honoris Causa qui lui a été conféré par l’Université de Louvain, le 2 février 1980

[27] PAPE FRANÇOIS, Message vidéo envoyé à la Conférence TED 2017 de Vancouver (26 avril 2017). [TED : Technology, Entertainment and Design : conférences qui traitent d’idées qui valent la peine d’être diffusées]

[28] Constitutions et Règlements des SDB, 32 et 22 respectivement

[29] Pascual CHÁVEZ, ACG 415, « Comme Don Bosco éducateur, offrons aux jeunes l’Évangile de la joie à travers la pédagogie de la bonté »

[30] DICASTÈRE POUR LA PASTORALE SALÉSIENNE DES JEUNES, La Pastorale Salésienne des Jeunes. Cadre de Référence, p. 99, citant CG23, n. 178

[31] PAPE FRANÇOIS, Discours aux fonctionnaires de la Cour des Comptes Italienne,Cité du Vatican, 18 mars 2019

[32] Cadre de Référence, o.c. p. 85

[33] giovanni Bosco, Memorie dell’Oratorio, ISS, Fonti Salesiane. Don Bosco e la sua opera. LAS, Roma, 2014, 1250

[34] MB XI, p. 385

[35] francesco motto, Bosco (Don) Giovanni e la missione dei Salesiani per i migranti, in G. BATTISTELLA (sous la direction de), Migrazioni. Dizionario Socio-Pastorale, Cinisello Balsamo (Milano) 2010, p. 62

[36] Laudato Si’ 19

[37] See #FridaysForFuture e #Climatestrike.

[38] Cf. PAPE FRANÇOIS, Discours aux jeunes à l’occasion du voyage apostolique au Chili, 17 janvier 2018

[39] Joshtrom Isaac Kureethadam, I dieci comandamenti verdi [Les dix commandements verts], Turin, Elledici, 2016, p.142

[40] Laudato Si’ 5

[41] Centesimus Annus 36

[42] aldo coda negozio, guglielmo aldo ellena, Gestire il pianeta Terra [Gérer la planète Terre], Turin, SEI, 1995, p. XI

[43] tebaldo vinciguerra, “Ecologia” in Note di pastorale giovanile

[44] Synode des Évêques, o.c. Document Final 30

[45] Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, 10 décembre 1943 (sigle : DUDH), préambule

[46] Pape FranÇois, Discours au Conseil de l’Europe, Strasbourg, 25 novembre 2014

[47] BenoÎt XVI, Lettre Pastorale aux Catholiques d’Irlande, mars 2010

[48] Synode des Évêques, Les Jeunes, la Foi et le Discernement Vocationnel, 6

[49] Motu Proprio, On the protection of minors and Vulnerable Persons, issued on 29, March, 2019 - Council of the Baltic Sea States Secretariat, Guidelines: promoting the human rights and the best interests of the child in transnational child protection cases, Sweden: 2015. - Rachel Hodgkin and Peter Newell, Implementation Handbook for the Convention on the Rights of the Child, UNICEF, 2007

[50] CG XXIII, nn. 204, 209, 212

[51] Jose Kuttianimattathil, Don Bosco’s Educative Method and the tenets of the Universal Declaration of Human Rights, in Charles Maria, Pallithanam Thomas, Dörrich Hans-Jürgen, Reifeld Helmut, In Defence of the Young; New Delhi, 2010.

[52] ISS, Fonti Salesiane. Don Bosco e la sua opera. [Sources Salésiennes. DB et son œuvre], LAS, Rome, 2014, p.106

[53] Xavier Matoses, Spirito Salesiano, in J. JosÉ BartolomÉ (éd), Luce sui miei passi[Lumière devant mes pas], Elledici, 2016