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Da mihi animas, caetera tolle

CHAPITRE GÉNÉRAL XXVI - DA MIHI ANIMAS CETERA TOLLE


DA MIHI ANIMAS CETERA TOLLE

INTRODUCTION

 

“J’ai promis à Dieu que ma vie,
 jusqu’à son dernier souffle,
  serait pour mes pauvres garçons”
(Mémoires Biographiques XVIII, 258).

La passion de Don Bosco pour le salut de la jeunesse est notre héritage le plus précieux. Le 26ème Chapitre général s’est proposé de la raviver dans chaque salésien en mettant au centre de la réflexion des communautés et des provinces la célèbre devise de notre Père et Fondateur Da mihi animas, caetera tolle. Ainsi, a commencé un processus de renouveau intérieur et de réflexion, qui a débouché sur les apports parvenus à l’assemblée capitulaire afin de servir de point de départ pour ses travaux. 

Pèlerins aux lieux de Don Bosco, nous avons perçu dès le début que la devise Da mihi animas, caetera tolle recueille l’expérience charismatique des origines et le témoignage de beaucoup de confrères d’hier et d’aujourd’hui. Elle nous interroge sur notre capacité à être Don Bosco dans notre temps et nous invite à être des enthousiastes de son projet de sainteté, des témoins joyeux et crédibles de l’esprit salésien, passionnés pour Dieu et dévoués aux jeunes “jusqu’au dernier souffle”. Nous nous trouvons ainsi à la source de la vie consacrée et au cœur de la mission, car dans cette devise se résument la mystique et l’ascétique qui caractérisent la vocation salésienne. Tout cela signifie, pour nous, revenir à Don Bosco et repartir avec lui pour aller à la rencontre des jeunes d’aujourd’hui. 

Nous les avons rendus présents comme principaux interlocuteurs pendant toute la durée du Chapitre, en ayant le vif désir de leur révéler l’amour de Dieu. Le front d’action auprès des jeunes est aujourd’hui plus que jamais rempli de défis et de ressources ; il se présente avec des attraits et des difficultés. Il est pour nous indispensable de comprendre les attentes et les besoins des jeunes, d’apprécier les valeurs auxquelles ils sont le plus sensibles et de reconnaître les capacités qui leur sont propres. Nous devons nous rendre compte des menaces et des obstacles qu’ils doivent affronter et surmonter dans leur recherche de vie, sur la route de la liberté, dans l’expérience de l’amour. C’est notre responsabilité, au niveau de notre vocation, d’accepter le défi de cette urgence, de ne pas déserter ce front d’action qui nous appartient. L’éducation et l’évangélisation sont la contribution la plus grande que nous puissions offrir aux jeunes, à l’Eglise et à la société d’aujourd’hui dans l’esprit du système préventif, au moyen des méthodes et des contenus propres à celui-ci. 

En accueillant l’invitation du Recteur majeur formulée dans la lettre de convocation, nous avons explicité le “repartir de Don Bosco” sur la base de quatre thèmes : l’urgence d’évangéliser, la nécessité d’appeler, la pauvreté évangélique et les nouveaux fronts d’action. Il ne s’agit pas de thèmes séparés, mais d’aspects constitutifs du programme de vie spirituelle et apostolique de notre Père et Fondateur. Ce sont des éléments de grande actualité, desquels découlent des engagements concrets et exigeants de renouveau. Ce sont nos priorités pour ce moment. 

Nous les avons déterminées en nous mettant en résonance avec l’Eglise et à l’écoute de la Congrégation, en portant notre attention sur les différents contextes régionaux, en recueillant les témoignages les plus vivants et les plus prophétiques, en discutant sur les nouvelles pauvretés et sur les défis que l’évangélisation présente à toute l’Eglise, aussi bien dans les pays de vieille tradition chrétienne que dans les pays de mission. La discussion entre nous a été très utile pour nous, aussi bien lors des débats en assemblée que pendant les travaux de commission ; mais l’ont été encore plus le climat de prière et de fraternité qui a caractérisé notre vie en commun, et surtout la parole autorisée du Saint-Père Benoît XVI. 

Nous sommes ainsi parvenus à la rédaction du texte que nous présentons maintenant, comme mémoire de l’expérience recueillie et du partage effectué lors de l’effort que nous avons accompli pour déchiffrer et interpréter les signes des temps. Dans ce texte les pôles sont articulés en : 

  • interpellation par Dieu : avec le regard tourné, dans le même temps, vers Don Bosco et vers les jeunes, nous avons fait œuvre de discernement pour percevoir ce que Dieu veut de nous aujourd’hui ; 
  • situation : nous avons rassemblé tout ce que les confrères nous ont offert comme fruit de leur recherche et exposé de leur expérience, et nous avons déterminé tant les aspects positifs que les aspects liés à des problèmes, en étant conscients que Dieu nous parle à travers l’histoire ; 
  • lignes d’action : introduites par quelques idées qui peuvent favoriser le changement dans les mentalités et les structures, elles déterminent sous forme de synthèse les principales priorités que la Congrégation entend affronter au cours de la prochaine période de six années ; elles s’articulent autour d’interventions qui concernent chaque salésien, la communauté, la province, la région et le gouvernement central, et elles proposent des indications qui doivent être assumées et concrétisées dans les différents contextes. 

Le fruit de notre travail arrive à présent entre les mains des confrères et devient une invitation au renouveau et à la fidélité à Don Bosco et, à travers lui, à Dieu et aux jeunes. Constituent pour nous un stimulant et un encouragement ces confrères, ces jeunes, ces laïcs et ces autres membres de la Famille salésienne, qui ont porté témoignage par la sainteté à la beauté de notre projet de vie, à la fécondité de l’esprit salésien et à la force spirituelle du Da mihi animas, caetera tolle

Les prochaines années apparaissent pour nous salésiens comme un temps de grâce. En 2009, le 150ème anniversaire de la fondation de la Congrégation ; en 2010, le centenaire de la mort du bienheureux Michel Rua ; et, en 2015, le bicentenaire de la naissance de Don Bosco : tout cela fait de la prochaine période une saison extraordinaire. Nous aurons moyen de faire mémoire de notre expérience charismatique et d’en approfondir l’histoire, pour la faire devenir nôtre et la vivre avec la passion et le caractère radical du Da mihi animas, caetera tolle, pour la proposer et la partager avec joie et avec la puissance d’une prophétie. Nous avons devant nous un temps favorable pour revenir à Don Bosco et repartir avec lui et comme lui, passionnés pour Dieu et pour les jeunes, attentifs et dociles à l’Esprit, confiants dans la présence de l’Auxiliatrice. C’est un parcours et une grâce que nous voulons partager avec tous les membres de la Famille salésienne. 

Les confrères du 26ème Chapitre Général

I. REPARTIR DE DON BOSCO

“Ce que vous avez appris, reçu,
entendu de moi, observé en moi, tout cela,
mettez-le en pratique”

(Ph 4,9)

 

INTERPELLATION PAR DIEU 

   « Le Seigneur nous a donné en Don Bosco un père et un maître. 
     Nous l’étudions et nous l’imitons. En lui nous admirons un splendide accord de la nature et de la grâce. Profondément humain, riche des vertus de sa race, il était ouvert aux réalités de ce monde. Profondément homme de Dieu, comblé des dons de l’Esprit Saint, il vivait “comme s’il voyait l’invisible”. 

     Ces deux aspects se sont fondus dans un projet de vie d’une profonde unité : le service des jeunes. Don Bosco le réalisa avec une constante fermeté au milieu des obstacles et des fatigues, et avec toute la sensibilité d’un cœur généreux. “Pas un de ses pas, pas une de ses paroles, pas une de ses entreprises qui n’ait eu pour but le salut de la jeunesse… En toute vérité il n’eut rien d’autre à cœur que les âmes” » (Const. 21).

 

1.

Revenir à Don Bosco 

A l’écoute de l’Esprit nous sentons que nous sommes appelés à revenir à Don Bosco, considéré comme guide sûr pour marcher à la suite du Christ avec une ardente passion pour Dieu et pour les jeunes, surtout les plus pauvres. 

Revenir à Don Bosco signifie l’aimer, l’étudier, l’imiter, l’invoquer et le faire connaître, en nous appliquant à la connaissance de son histoire et à l’étude des origines de la Congrégation, à l’écoute constante des attentes des jeunes et des provocations de la culture d’aujourd’hui. La richesse des sources et des études salésiennes, dont à présent nous disposons, nous permet d’approfondir les motivations qui l’ont conduit à des choix déterminés, les buts et les projets qui progressivement se sont précisés dans son action, la synthèse originale de pédagogie et de pastorale qu’il a atteinte en s’inspirant de Saint François de Sales. En particulier ces éléments nous invitent fortement à découvrir la riche humanité, qui faisait de lui immédiatement un ami des jeunes, et la profonde spiritualité, qui le poussait chaque jour à dédier sa vie à la plus grande gloire de Dieu et au salut des âmes

�� Revenir à Don Bosco signifie également approfondir les multiples expressions de la transmission du charisme dans les contextes culturels des différents pays et mettre en valeur l’apport de l’expérience acquise dans la vie par de nombreuses générations de salésiens, parmi lesquels ressortent quelques brillantes figures de sainteté. Cela permet aux confrères, dans chaque Région, de redécouvrir la richesse de la tradition reçue et d’en tirer de l’inspiration pour une insertion authentique du charisme dans la culture.

2.

Revenir aux jeunes 

Revenir à Don Bosco signifie “être dans la cour”, c’est-à-dire se tenir auprès des jeunes, spécialement des plus pauvres, pour découvrir en eux la présence de Dieu et les inviter à s’ouvrir à son mystère d’amour. Don Bosco revient parmi les jeunes d’aujourd’hui à travers le témoignage et l’action d’une communauté qui vit son esprit, animée par la même passion apostolique. Il recommande à chaque salésien de rencontrer les jeunes avec joie dans leur vécu quotidien, et pour cela de s’engager à écouter leurs appels, à connaître leur monde, à encourager leurs actions de protagonistes, à réveiller leur sens de Dieu et à leur proposer des itinéraires de sainteté selon la spiritualité salésienne. C’est sans cesse Don Bosco qui nous demande d’affronter avec audace les défis des jeunes et de donner des réponses courageuses aux crises de l’éducation de notre temps, et pour cela d’impliquer un vaste mouvement de forces au profit de la jeunesse. 

�� Dans le rêve des neuf ans, Don Bosco a reçu Marie comme mère et maîtresse et s’est laissé guider par elle dans la mission en faveur des jeunes. C’est pourquoi, nous aussi, nous la sentons présente dans nos maisons et nous la proposons aux jeunes comme modèle spirituel et aide pour leur croissance.

3.

Identité charismatique et passion apostolique 

En approfondissant l’itinéraire spirituel de Don Bosco et en revivant de nos jours sa passion apostolique, nous sentons que nous sommes appelés à faire resplendir la fascination de son charisme, à en montrer la beauté, à en communiquer la force d’attraction. Cela nous engage à développer un témoignage visible et crédible de notre vocation, une démarche radicale à la suite du Christ, un sens fort d’appartenance à l’Eglise, à la Congrégation et à la Famille salésienne, une claire perception de notre identité spirituelle et pastorale. Sans une proposition charismatique, qui captive et implique, le processus d’identification dans la vocation est, en effet, difficile. 
  
Chaque salésien est appelé à regarder vers le cœur du Christ, bon pasteur et apôtre du Père, et à se mettre à sa suite, sur l’exemple de Don Bosco, avec un style de vie d’obéissance, de pauvreté et de chasteté. De cette façon il se dévoue aux jeunes avec générosité, vit avec joie sa vocation dans la communauté et trouve ainsi le chemin de la sainteté. 

Don Bosco, qui remet les Constitutions à Don Giovanni Cagliero avant que celui-ci ne parte pour la Patagonie, nous indique la manière de construire aujourd’hui la forme définitive, la “belle copie”, de la Congrégation : lui être fidèles au moyen de l’observance, vécue avec conviction, de notre Règle de vie. La croix, ensuite, qui nous est remise lors de la profession perpétuelle, avec les images qu’elle porte gravées, nous invite à passer notre vie avec les jeunes et pour les jeunes jusqu'au dernier souffle, et à assumer l’invitation de Don Bosco : “cherche à te faire aimer”.

 

SITUATION


4.

Revenir à Don Bosco 

La personne de Don Bosco est toujours attirante et actuelle. Beaucoup de confrères ont le désir de mieux le connaître et de l’imiter dans leur propre vie. Un signe en est donné dans la disponibilité croissante pour participer à des temps de formation qui renvoient aux origines du charisme. Même des jeunes et des laïcs demeurent impliqués dans cet intérêt renouvelé. 

Un soutien dans le parcours d’approfondissement de notre expérience spirituelle et apostolique a été offert par la publication de nouvelles études salésiennes et par l’édition critique des sources historiques. Pour éviter une connaissance purement affective ou nostalgique, nous percevons l’exigence de mettre mieux en lumière l’expérience mystique de Don Bosco et d’approfondir la richesse spirituelle et pédagogique de notre tradition, avec une particulière attention à la mise en pratique du système préventif et à son insertion dans les cultures. 

�� En grand nombre et de qualité sont les attestations d’estime et de reconnaissance pour le service éducatif, que nous rendons dans des contextes difficiles et avec des jeunes à risque. Les demandes pressantes de vivre que tant de jeunes nous font parvenir suscitent en nous le besoin de trouver des réponses adéquates et nous donnent la conviction de l’efficacité et de l’actualité du charisme salésien dans le monde d’aujourd’hui.   

5.

Revenir aux jeunes 

Les confrères et les communautés apportent un dévouement généreux au service éducatif et pastoral. Ils réalisent un intense travail pour les jeunes défavorisés, les pauvres, les milieux populaires, au moyen d’une multiplicité d’œuvres et d’initiatives. Devant des situations d’urgence éducative, nous nous laissons interpeller et souvent nous savons trouver les moyens et les modalités pour une réponse adéquate. 

La passion de quelques confrères fait tache d’huile et enthousiasme de nombreux adultes qui, de collaborateurs, deviennent coresponsables et, de cette façon, rendent possibles la vie et l’action des communautés éducatives et pastorales. Nous apprécions aussi la disponibilité de nombreux jeunes pour être des protagonistes : ils deviennent apôtres de leurs compagnons jusqu’à faire mûrir des choix de vocation à une consécration spéciale. Parfois cependant le type de gestion de l’œuvre empêche une présence plus directe des confrères au milieu des jeunes et des laïcs, en absorbant leurs énergies dans des tâches qui pourraient être confiées à d’autres. 

�� On doit constater que, pour un bon nombre de confrères, le monde des jeunes se présente difficile et lointain, avec la crainte et la sensation de ne pas être préparés de façon adéquate. La difficulté à comprendre leurs langages accentue le fait de se sentir étranger à leur culture, et cela peut se traduire par une distance physique et affective.

6.

Identité charismatique et passion apostolique 

Beaucoup de confrères se sont engagés dans le renouveau de la vie spirituelle. Cela se manifeste dans le climat joyeux d’un bon nombre de communautés, dans le dynamisme pastoral qui les anime et dans la profondeur de leur vie de prière. Beaucoup ont trouvé dans leur projet personnel de vie et dans celui de la communauté une aide pour leur propre croissance. Nous ne pouvons pas oublier, d’autre part, les nombreux confrères âgés et malades qui vivent avec sérénité et esprit de foi, qui offrent leur maladie pour le salut des jeunes, qui soutiennent la communauté par la prière. Là où cela s’est produit, on a constaté une heureuse implication d’adultes et de jeunes dans l’unique mission, surtout quand leur a été offert un parcours de formation. 

Avec souffrance nous reconnaissons toutefois que dans les communautés sont entrés des modèles de vie marqués d’individualisme, de confort, d’embourgeoisement, d’immobilisme, de refus des signes visibles de la vie consacrée. Ce sont des dangers contre lesquels déjà Don Bosco avait mis en garde les premiers salésiens. 

L’activisme et la recherche de l’efficacité, le manque d’un projet communautaire, l’individualisme, une distribution des tâches insuffisante ou désordonnée sont des obstacles à la prière, rendent fragile la vie intérieure, refroidissent les relations fraternelles, diminuent les attentions envers chaque confrère. Affaiblir l’ascétique du caetera tolle nuit à la passion apostolique, qui trouve son inspiration et son expression dans le da mihi animas

Ces lumières et ces ombres des communautés montrent avec clarté les difficultés que rencontre notre vie consacrée pour réaliser la synthèse demandée par le Concile Vatican II entre la sequela Christi, le charisme du Fondateur et l’adaptation aux conditions changeantes des temps (PC 2).   

 

 

LIGNES D’ACTION


7.

Processus à mettre en place pour le changement 

   Pour affronter les exigences de l’interpellation par Dieu et les défis qui proviennent de la situation et pour réaliser les lignes d’action qui en découlent, il est nécessaire de convertir les mentalités et de modifier les structures, en passant : 

  • d’une connaissance superficielle de Don Bosco à une étude sérieuse et engagée de l’histoire, de la pédagogie, de la pastorale et de la spiritualité de notre Père et Fondateur et de la réflexion de la Congrégation ; 
  • d’une pastorale centrée sur les activités qu’il faut mener, à une pastorale plus attentive à rencontrer les jeunes là où ils se trouvent ;
  • de l’accomplissement routinier de la vie spirituelle et de l’action pastorale à l’acceptation vécue du “da mihi animas, caetera tolle” comme invocation et passion de chaque jour.

LIGNE D'ACTION 1

Revenir à Don Bosco

8.

S’engager à aimer, à étudier, à imiter, à invoquer et à faire connaître Don Bosco, pour repartir de lui.

9.

Que le salésien

  • réveille dans son cœur un intérêt renouvelé pour une connaissance plus systématique et approfondie de Don Bosco acquise en s’appliquant de façon sérieuse et persévérante à l’étude de l’histoire, de la spiritualité, de la pédagogie et de la pastorale salésiennes et du système préventif en vue d’une mise en œuvre de ce dernier ; 
  • lise et médite fréquemment les Constitutions, vrai “testament de Don Bosco” (Const. 196) ; 
  • renouvelle sa dévotion personnelle à Don Bosco afin de partager la passion pour Dieu et pour les jeunes qui animait notre Fondateur.

10.

Que la communauté

  • fasse référence aux Constitutions dans la vie de chaque jour : qu’elle les utilise ordinairement dans les réunions communautaires, spécialement dans les réunions de discernement ; qu’elle choisisse des moments opportuns pour en faire la lecture et le commentaire ; qu’elle propose des occasions de révision de vie ; 
  • pratique la lectio divina avec une sensibilité salésienne, par ex. en faisant référence aux textes de notre tradition et à la situation des destinataires ; 
  • prévoie dans le projet communautaire des temps spécifiques de formation et de mise à jour sur la réalité salésienne, pour les confrères et aussi pour les laïcs coresponsables de la mission ;  
  • mette à jour la section salésienne dans la bibliothèque de la maison.

11.

Que la province 

  • favorise la mise à jour des confrères, des laïcs coresponsables et des membres de la Famille salésienne dans les études concernant la réalité salésienne ; mette en place des retraites spirituelles avec une référence à la Parole de Dieu certes, mais en plus aux sources du charisme ; propose de temps en temps des pèlerinages dans les lieux salésiens ; 
  • mette en valeur la préparation immédiate à la profession perpétuelle, considérée comme une occasion privilégiée pour approfondir des thèmes de la réalité salésienne et pour faire une relecture des Constitutions ; 
  • ait soin d’envoyer quelques confrères à des cours de spécialisation dans les études concernant la réalité salésienne auprès de l’UPS ou d’autres Centres, en vue de l’animation de la province et en vue des exigences de la formation ; 
  • s’engage à répandre la connaissance de Don Bosco en utilisant les médias ; 
  • étudie et approfondisse l’histoire du charisme salésien dans son propre contexte culturel.

12.

Que le Recteur majeur avec son Conseil 

  • engage des ressources adéquates en personnel dans l’Université Pontificale Salésienne, dans l’Institut Historique salésien et dans les autres Centres où l’on se livre à l’étude et à la diffusion de la réalité salésienne ; 
  • coordonne et organise une collaboration entre ces Centres pour approfondir théologiquement l’expérience spirituelle de Don Bosco, développer ses intuitions pédagogiques et pastorales, étudier l’insertion progressive du charisme dans la culture des différents contextes ; 
  • étudie la possibilité d’expériences spécifiques de formation permanente sur les contenus fondamentaux de la spiritualité salésienne, en ayant une attention particulière pour les directeurs, en préparation au bicentenaire de la naissance de Don Bosco ; 
  • mette en place une équipe internationale de confrères pour l’animation des lieux d’origine du charisme salésien ; 
  • rende accessibles dans les diverses langues et disponibles aussi sous une forme numérique les textes salésiens considérés comme les plus importants ; 
  • s’occupe de la traduction et de la publication d’une collection des principales sources salésiennes.

LIGNE D'ACTION 2

Revenir aux jeunes

13.

Revenir aux jeunes, spécialement aux plus pauvres, avec le cœur de Don Bosco.

14.

Que le salésien 

  • apprenne à rencontrer Dieu à travers les jeunes auxquels il est envoyé (cf. Const. 95) ; 
  • trouve le temps de se tenir au milieu des jeunes en ami, en éducateur et en témoin de Dieu, quel que soit son rôle dans la communauté ; 
  • lorsque l’âge, la santé ou d’autres motifs l’empêchent d’avoir une présence physique au milieu des jeunes, qu’il coopère à la mission auprès des jeunes au moyen de la prière, de l’intérêt porté, de l’offrande de sa propre vie.

15.

Que la communauté 

  • retrouve le sens et vise au renouveau de la pratique de l’assistance salésienne (cf. Const. 39), en impliquant les laïcs coresponsables ; 
  • prévoie chaque année dans le projet de vie communautaire quelques rencontres de formation qui prennent comme thème l’étude approfondie de la condition des jeunes ; 
  • accueille les jeunes aussi bien pour des temps de partage de vie que pour des rencontres de réflexion sur leur condition ; 
  • programme des initiatives pour rencontrer les jeunes dans leurs milieux de vie.

16.

Que la province 

  • développe une attention constante et approfondie à l’évolution de la réalité des jeunes dans son territoire, en dialogue avec les institutions ecclésiales et civiles ;  
  • étudie la possibilité de constituer des centres de spiritualité qui permettent d’offrir aux jeunes des occasions de prière, des propositions de récollection et de retraite spirituelle et des propositions d’éducation à l’écoute de la Parole de Dieu et à la vie sacramentelle.

17.

Que la région

  • favorise la collaboration des provinces pour établir des critères et des normes de comportement auxquelles doivent se conformer les confrères et les laïcs coresponsables de la mission salésienne, afin de garantir dans nos milieux la sécurité des enfants mineurs et de prévenir toute forme d’abus, cela venant accomplir ce qui est dit en CG25, 36 [ACG 378, pp. 41-42].

18.

Que le Recteur majeur avec son Conseil

  • intensifie la présence salésienne dans les institutions internationales qui s’intéressent aux politiques concernant les jeunes.

LIGNE D'ACTION 3

Identité charismatique et passion apostolique

19.

Redécouvrir le sens du Da mihi animas, caetera tolle comme programme de vie spirituelle et pastorale.

20.

Que le salésien 

  • demande chaque jour à Dieu, dans son engagement à la vivre, la grâce de réaliser l’unité entre la contemplation et l’action apostolique, de façon à éviter le risque de la dispersion et de la superficialité ; 
  • assume la responsabilité de sa propre formation spirituelle et pastorale afin de parvenir à un stade de maturité authentique dans sa vocation ; 
  • reprenne ou renforce, en regardant vers l’expérience de Don Bosco, la pratique de se faire accompagner par un guide spirituel ;
  • artage son parcours personnel de foi, la richesse de la spiritualité salésienne et l’action apostolique avec les confrères, les laïcs coresponsables, les membres de la Famille salésienne et les jeunes.

21.

Que la communauté 

  • organise les rythmes quotidiens de vie de manière à accorder à chaque confrère de participer aux temps communautaires et d’être réellement présent au milieu des jeunes ; 
  • prenne soin de la qualité de la prière communautaire et des célébrations liturgiques (cf. Const. 86) ; 
  • donne de l’importance aux fêtes salésiennes, en les considérant comme une occasion de formation communautaire et de communication du charisme ; 
  • mette en valeur le service que le directeur, en tant que premier responsable de la formation, exerce au moyen du mot du soir, de la conférence, de l’entretien personnel, de l’animation fraternelle.

22.

Que la  province 

  • prépare des confrères pour remplir le rôle de guides spirituels dans les communautés, avec une particulière attention pour les communautés de formation initiale ; 
  • accompagne les communautés dans la rédaction du projet communautaire afin que soient garantis des parcours de formation permanente capables d’atteindre les confrères de tous les âges ; 
  • prévoie des interventions de formation pour aider les confrères à vivre une chasteté resplendissante, qui traduise l’amour de Dieu pour les jeunes et prévienne toute forme de contre-témoignage et d’abus à leur égard.

II. URGENCE D’ÉVANGÉLISER

Annoncer l’Evangile n’est pas un motif d’orgueil pour moi,
c’est une nécessité qui s’impose à moi : malheur à moi
si je n’annonce pas l’Evangile” (1 Co 9,16)

 

INTERPELLATION PAR DIEU

« “Cette Société était à ses origines un simple catéchisme”. Pour nous aussi, l’évangélisation et la catéchèse sont la dimension fondamentale de notre mission.  Comme Don Bosco, nous sommes appelés, tous et en toute occasion, à être des éducateurs de la foi. Notre science la plus éminente est donc de connaître Jésus-Christ, et notre joie la plus profonde est de révéler à tous les insondables richesses de son mystère.  Nous cheminons avec les jeunes, pour les conduire à la personne du Seigneur ressuscité afin que, découvrant en Lui et dans son Evangile le sens suprême de leur existence, ils grandissent en hommes nouveaux » (Const. 34).

23.

Communauté évangélisée et communauté évangélisatrice 

“Le mot évangélisation a un sens très riche. Au sens large, il résume l’entière mission de l’Eglise : en effet, toute sa vie consiste à réaliser […] l’annonce et la transmission de l’Evangile, qui est « puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit » (Rm 1,16) et qui, au sens le plus profond, s’identifie avec Jésus Christ (cf. 1 Co 1,24). […] En tout cas, évangéliser signifie non seulement enseigner une doctrine, mais plutôt annoncer le Seigneur Jésus par des paroles et des actions, c’est-à-dire se faire un instrument de sa présence et de son action dans le monde” (Congrégation pour la Doctrine de la foi, Note doctrinale sur certains aspects de l’évangélisation, n. 2). Insérés dans l’Eglise et guidés par l’Esprit, nous travaillons pour l’avènement du Royaume de Dieu, “en apportant aux hommes le message de l’Evangile, étroitement lié au développement de l’ordre temporel” (Const. 31). 

La source de toute l’œuvre d’évangélisation réside dans la rencontre personnelle avec le Christ. Cette expérience est pour nous un événement quotidien qui se renouvelle dans l’écoute de la Parole de Dieu, dans la participation au mystère pascal à travers la liturgie et les sacrements, dans le partage fraternel et dans le service apporté aux jeunes. 

�� Marie, qui la première a accueilli et porté l’annonce du Salut, nous enseigne à réaliser des communautés évangélisées et des communautés évangélisatrices. D’elle nous apprenons que la profondeur de l’expérience de Dieu est la racine de la mission et que la première et principale voie d’évangélisation est le témoignage de la foi. Ce témoignage devient plus convaincant lorsque nous nous approchons des jeunes en amis et que nous les accompagnons en pères et en maîtres, tout rayonnants de joie et d’espérance. De cette manière nous transmettons celui en qui nous croyons et nous montrons par notre vie celui que nous annonçons.

24.

Place centrale de la proposition de Jésus Christ 

Nous percevons l’évangélisation comme l’urgence principale de notre mission, conscients que les jeunes ont le droit d’entendre l’annonce de la personne de Jésus présentée comme source de vie et promesse de bonheur dans le temps présent et dans l’éternité. Donc notre “tâche fondamentale s’avère être de proposer à tous de vivre l’existence humaine comme Jésus l’a vécue. […] Doivent être au centre de [l’] action apostolique l’annonce de Jésus Christ et de son Evangile, ainsi que l’appel à la conversion, à l’accueil de la foi et à l’insertion dans l’Eglise ; de là ensuite naissent les chemins de foi et de catéchèse, la vie liturgique, le témoignage de la charité active” (Benoît XVI, Lettre au P. Pascual Chávez Villanueva, Recteur majeur des Salésiens, à l’occasion du 26ème Chapitre général, 1er mars 2008, n. 4). 

�� A travers l’Eglise, le Seigneur Jésus nous appelle à réaliser une nouvelle évangélisation : “nouvelle dans son ardeur, dans ses méthodes et dans ses expressions” (Jean-Paul II, Discours à l’assemblée du CELAM, 9 mars1983). Cela nous engage à préparer, avec créativité et audace, des itinéraires diversifiés pour conduire les jeunes à la rencontre personnelle avec le Christ, de manière qu’ils fassent mûrir la volonté de le suivre et deviennent des apôtres de l’Evangile, des constructeurs d’un monde nouveau. Cette tension est l’âme de toute notre intervention éducative ; nous devons la communiquer également aux laïcs en les impliquant de plus en plus dans des tâches pastorales.

25.

Evangélisation et éducation 

L’évangélisation demande de sauvegarder à la fois l’intégralité de l’annonce et la progression par étapes dans la proposition. Don Bosco eut cette double attention pour pouvoir proposer à tous les jeunes une profonde expérience de Dieu, en tenant compte de leur situation concrète. 

Dans la tradition salésienne nous avons formulé ce rapport par diverses expressions : par exemple “d’honnêtes citoyens et de bons chrétiens” ou bien “évangéliser en éduquant et éduquer en évangélisant”. Nous percevons l’exigence de continuer la réflexion sur ce délicat rapport. En tout cas, nous sommes convaincus que l’évangélisation propose à l’éducation un modèle d’humanité pleinement réussie et que l’éducation, quand elle arrive à toucher le cœur des jeunes et développe le sens religieux de la vie, favorise et accompagne le processus d’évangélisation : “Sans éducation, en effet, il n’y a pas d’évangélisation durable et profonde, il n’y a pas de croissance et de marche vers la maturité, on n’obtient pas de changement de mentalité et de culture” (Benoît XVI, Lettre au P. Pascual Chávez Villanueva, Recteur majeur des Salésiens, à l’occasion du 26ème Chapitre général, 1er mars 2008, n. 4). 

C’est pourquoi, dès le premier instant, l’éducation doit s’inspirer de l’Evangile et l’évangélisation doit s’adapter à la condition évolutive du jeune. C’est seulement ainsi qu’il pourra découvrir dans le Christ sa véritable identité personnelle et croître vers la pleine maturité ; c’est seulement ainsi que l’Evangile pourra toucher en profondeur son cœur, le guérir du mal et l’ouvrir à une foi libre et personnelle. 

�� Conscients que nous sommes appelés à éduquer et à évangéliser aussi les mentalités, les langages, les mœurs et les institutions, nous nous engageons à développer le dialogue entre la foi, la culture et les religions ; cela aidera à éclairer avec l’Evangile les grands défis présentés à la personne humaine et à la société par des changements propres à notre époque et à transformer le monde au moyen du levain du Royaume.

26.

Evangélisation dans les différents contextes 

L’urgence de porter l’annonce du Seigneur Ressuscité nous entraîne à être confrontés à des situations qui résonnent en nous comme un appel et une préoccupation : les peuples non encore évangélisés, la laïcisation qui menace des terres de longue tradition chrétienne, le phénomène des migrations, les nouvelles et dramatiques formes de pauvreté et de violence, l’expansion de mouvements et de sectes. Nous sentons que nous sommes interpellés aussi par quelques événements, comme le dialogue œcuménique, le dialogue interreligieux et le dialogue interculturel, comme la nouvelle sensibilité pour la paix, pour la sauvegarde des droits de l’homme et pour celle de la création, comme les nombreuses expressions de solidarité et de volontariat qui de plus en plus se répandent dans le monde. 

�� Ces éléments, reconnus dans les Exhortations apostoliques qui ont suivi les Synodes des divers continents, constituent des défis pour toute l’Eglise et nous engagent à trouver de nouvelles voies pour communiquer l’Evangile de Jésus Christ dans le respect et la mise en valeur des cultures locales. De là ressort l’exigence pour chacune de nos régions et chacune de nos provinces de s’efforcer de déterminer les formes les plus appropriées pour réaliser la mission commune dans la spécificité des contextes.

 

 

SITUATION


27.

Communauté évangélisée et communauté évangélisatrice 

Beaucoup de confrères vivent avec intensité la passion pour Dieu et pour les jeunes. Elle se manifeste dans le désir d’une vie consacrée plus prophétique, qui se caractérise par la profondeur spirituelle, la fraternité sincère et le courage apostolique. De cette manière, en vivant et en travaillant ensemble, ils ont le sentiment de pouvoir donner un témoignage authentique et joyeux du charisme et aussi le sentiment que, par leur intermédiaire, les jeunes sont attirés à être confrontés sérieusement à la proposition chrétienne et à la vie consacrée elle-même. 

�� D’autre part, on rencontre la superficialité spirituelle, l’activisme frénétique, le style de vie bourgeoise, la faiblesse du témoignage évangélique, le dévouement non total à la mission. Cela se traduit par l’embarras éprouvé pour faire apparaître sa propre identité de personne consacrée et par la timidité pour accomplir une tâche apostolique. La complexité de certaines œuvres risque parfois d’absorber les énergies des confrères dans des tâches de gestion, ce qui affaiblit leur engagement premier d’éducateurs et d’évangélisateurs.

28.

Place centrale de la proposition de Jésus Christ 

L’éducation des jeunes à la foi, relancée par le CG23, voit l’engagement généreux de beaucoup de confrères pour proposer des expériences et des parcours diversifiés selon les âges, adaptés aux différentes conditions des jeunes et aux diverses réalités culturelles. Malgré cela, on constate que l’invitation à construire des itinéraires pour conduire les jeunes à rencontrer le Seigneur Jésus n’a pas été pleinement accueillie. 

Nos initiatives ne sont pas toujours clairement orientées vers l’éducation de la foi. Les processus de catéchèse sont faibles et dans bien des cas ils ne suscitent pas chez les jeunes une vie sacramentelle convaincue et régulière, une véritable appartenance à l’Eglise et un courageux engagement apostolique. Le manque d’organisation et de continuité, fruit aussi d’une insuffisance de réflexion et d’étude, a parfois conduit à mettre en place une pastorale des initiatives et des événements plus que des processus. Dans d’autres cas les propositions n’ont pas été suffisamment insérées dans les parcours des églises locales. 

�� Dans de nombreux contextes on fait l’expérience d’une certaine fatigue due à l’éloignement de la foi de la part des jeunes, aux résistances provoquées par une mentalité laïcisée répandue même parmi les familles, à un respect mal compris des traditions religieuses non chrétiennes, au manque de courage de la part des éducateurs.

29.

Evangélisation et éducation 

Nous percevons que le charisme salésien fait partie d’une manière vivante des Eglises locales et qu’il est estimé d’elles. Le Système préventif de Don Bosco est plus actuel que jamais et jouit en tout lieu d’une grande force d’attraction. Beaucoup de jeunes sont ouverts à la recherche d’un sens pour leur vie et disposés à accueillir une proposition sérieuse et courageuse d’éducation et de vie chrétienne. Il ne manque pas de jeunes prêts à prendre un engagement personnel direct dans l’évangélisation de leurs copains du même âge, en particulier dans le cadre d’associations. D’autres au contraire, victimes du manque d’attention à leur égard de la part de la société d’aujourd’hui, ont besoin de notre aide pour parvenir à avoir conscience des demandes profondes que pourtant ils portent en eux. 

Nous constatons la croissance du nombre de laïcs et de membres de la Famille salésienne qui sont coresponsables non seulement pour des questions d’organisation, mais aussi dans la prise en charge de tâches pastorales dans nos œuvres et dans leur propre milieu de vie. Souvent, cependant, nous ne nous sommes pas préoccupés d’une manière adéquate de leur offrir une formation systématique. 

Nous sommes héritiers d’une forte tradition dans le domaine de la recherche et des publications relatives à la catéchèse et à la pastorale des jeunes. Nous percevons toutefois qu’il y a le danger de voir diminuer cet engagement, étant donné la difficulté rencontrée pour trouver et préparer du personnel spécialisé et pour coordonner les initiatives. Nous percevons également la difficulté rencontrée pour être présents de manière significative dans le dialogue entre la foi, la culture et les religions qui constitue aujourd’hui un défi fondamental pour notre mission. 

�� Une impulsion a été donnée aux institutions d’éducation supérieure pour répondre aux exigences de préparation scolaire et professionnelle des jeunes. Ces centres sont fréquentés par des étudiants de nationalités, de cultures et de religions diverses. Cela comporte l’engagement d’assurer non seulement la qualité de l’enseignement et de la recherche, mais aussi l’identité salésienne et la proposition d’évangélisation.

30.

Evangélisation dans les différents contextes   

Dans les régions de récente évangélisation nous rencontrons des milieux qui sont disposés à accueillir l’Evangile. L’emplacement en milieu populaire de nos œuvres permet le contact avec beaucoup de gens et offre la possibilité d’œuvrer de diverses manières au service de la foi. La missio ad gentes, qui est une partie essentielle de notre charisme, continue à susciter de l’enthousiasme chez des confrères qui s’offrent pour la mission et à impliquer de nombreux jeunes dans des projets de volontariat. Nous nous engageons à connaître et à comprendre les cultures, les langues, les religions et les traditions locales pour y insérer l’Evangile. Dans quelques pays en voie de développement il y a des communautés qui jouent un rôle prophétique dans le domaine de la justice sociale. 

Dans les pays de longue tradition chrétienne il reste des expressions du sentiment religieux populaire qui sont une grande richesse pour la transmission de la foi et qui méritent d’être mieux conservées, développées et, si nécessaire, purifiées. Dans le monde occidental on perçoit cependant une crise diffuse de la culture qui s’inspire des valeurs chrétiennes, de manière que l’Eglise n’est plus une référence autorisée pour beaucoup de personnes et d’institutions. De là jaillit une difficulté particulière pour proposer l’Evangile et pour éduquer à la foi. 

�� Beaucoup de nos œuvres ont une action qui se déroule dans un contexte, aux multiples religions, aux multiples ethnies et aux multiples cultures, qui présente de nouveaux défis et de nouvelles occasions à l’évangélisation. Dans ces œuvres apparaît d’une manière particulière la relation avec l’Islam, qui exige la définition de stratégies adéquates de dialogue et d’annonce. Là où n’est pas possible une annonce explicite ou immédiate de Jésus Christ, notre présence d’éducateurs chrétiens constitue un signe prophétique et dépose une graine précieuse d’évangélisation.   

 

LIGNE D'ACTION


31.

Processus à mettre en place pour le changement 

   Pour affronter les exigences de l’interpellation par Dieu et les défis qui proviennent de la situation et pour réaliser les lignes d’action qui en découlent, il est nécessaire de convertir les mentalités et de modifier les structures, en passant : 

  • d’une mentalité qui privilégie les rôles de gestion directe à une mentalité qui privilégie la présence d’évangélisation au milieu des jeunes ; 
  • d’une évangélisation faite d’événements sans continuité à un itinéraire systématique et intégral ; 
  • d’une mentalité individualiste à un style communautaire qui implique les jeunes, les familles et les laïcs dans l’annonce de Jésus Christ ; 
  • d’une attitude d’autosuffisance pastorale au partage des projets des églises locales ; 
  • de la considération de l’efficacité de notre présence sur la base de l’estime qu’en ont les autres, à son évaluation sur la base de la fidélité à l’Evangile ; 
  • d’une attitude de supériorité culturelle à un accueil positif des cultures qui sont différentes de la propre culture ; 
  • du fait de considérer la Famille salésienne seulement comme une occasion de rencontre, de connaissance et d’échange d’expériences, à l’engagement d’en faire un véritable mouvement apostolique en faveur des jeunes ; 
  • d’un modèle d’évangélisation orienté seulement vers la transformation de la personne à une évangélisation capable de viser aussi à la transformation des structures sociales et politiques.

LIGNE D'ACTION 4

Communauté évangélisée et communauté évangélisatrice

32.

Mettre la rencontre avec le Christ dans la Parole et dans l’Eucharistie au centre de nos communautés, pour être des disciples authentiques et des apôtres crédibles.

33.

Que le salésien

  • prévoie dans son projet personnel de vie le temps nécessaire pour la prière individuelle et la prière communautaire ; accomplisse avec soin la méditation de la Parole de Dieu ; accorde de la valeur au sacrement de la Réconciliation et donne une place centrale à l’Eucharistie quotidienne.

34.

Que la communauté 

  • prévoie dans le projet de vie communautaire des initiatives opportunes qui favorisent la place centrale de la Parole de Dieu et de l’Eucharistie ; 
  • implique les confrères âgés, selon ce qui leur est possible, dans le travail d’évangélisation, afin qu’ils y contribuent au moyen de leur expérience et de leur sagesse, comme aussi en qualité de guides spirituels et de confesseurs.

35.

Que la province 

  • offre des parcours vers un renouveau fort ainsi que des moyens appropriés pour y aider, en prenant soin de la qualité des Retraites Spirituelles, des récollections mensuelles et de la lectio divina ; 
  • assure un accompagnement adéquat pour la formation des confrères en stage pratique et des confrères du quinquennium.

LIGNE D'ACTION 5

Place centrale de la proposition de Jésus Christ

36.

Proposer avec joie et courage aux jeunes de vivre l’existence humaine comme l’a vécue Jésus Christ.

37.

Que le salésien 

  • s’applique à une étude systématique et spirituelle de la Parole de Dieu, pour l’assimiler et trouver en Jésus l’inspiration, le critère et la fin de toute action éducative et pastorale ; 
  • donne un témoignage de la foi, en racontant ce que la rencontre avec le Christ a opéré dans sa propre vie ; 
  • se mette soigneusement à jour dans les disciplines dans lesquelles sont possibles une interprétation critique de notre temps et une proposition efficace de la foi.

38.

Que la communauté 

  • formule dans le projet éducatif et pastoral des itinéraires d’annonce, de catéchèse et d’éducation à la foi, appropriés à ses destinataires et à ses contextes ; 
  • offre aux laïcs de la communauté éducative et pastorale, qui ont déjà effectué un choix pour la vie chrétienne, une formation qui puisse les aider à être des éducateurs de la foi ; 
  • éduque les jeunes à la prière personnelle et développe avec soin un style de célébration qui puisse communiquer une expérience authentique de la rencontre joyeuse et vivante avec le Seigneur Jésus ; 
  • propose fréquemment et avec une note éducative le sacrement de la Réconciliation comme étape essentielle du chemin de conversion et l’Eucharistie comme source et sommet de la vie chrétienne ; 
  • favorise les associations de jeunes, comme lieu où les jeunes puissent être des protagonistes dans le chemin de la foi et dans le service rendu à leurs frères.

39.

Que la province 

  • revoie le projet éducatif et pastoral de la province dans l’optique de la nouvelle évangélisation, en déterminant les lignes les plus indiquées pour porter l’Evangile même dans les milieux et dans les situations qui présentent de nouveaux défis ; 
  • renforce la préparation des confrères et des laïcs coresponsables dans le domaine des disciplines pastorales : pastorale des jeunes, catéchèse, liturgie, missiologie et communication sociale.

40.

Que le Recteur majeur avec son Conseil

  • développe, par l’intermédiaire du Dicastère de la Formation, une préparation théologique et pastorale plus consistante dans les parcours de la formation spécifique.

 

LIGNE D'ACTION 6

Evangélisation et éducation

41.

Veiller avec soin dans chaque milieu à rendre plus efficace l’intégration d’une évangélisation et d’une éducation selon la logique du Système préventif.

42.

Que le salésien

  • donne de la valeur à la relation directe et cordiale avec chaque jeune en la considérant comme une modalité privilégiée pour le témoignage et l’annonce.

43.

Que la communauté 

  • examine son action pastorale pour vérifier si elle sauvegarde à la fois l’intégralité de l’annonce et la progression par étapes dans la proposition, selon la logique de l’itinéraire ; 
  • s’intéresse au renouveau de la catéchèse et s’ouvre aux nouvelles formes d’accompagnement d’enfants, de jeunes et d’adultes dans le parcours de l’initiation chrétienne ; 
  • s’occupe de la formation de la conscience morale et qu’elle éduque les jeunes à l’engagement social et politique en s’inspirant de la doctrine sociale de l’Eglise ; 
  • favorise d’opportunes réflexions sur le rapport entre la foi, la culture et les religions pour annoncer l’Evangile au sein des grandes questions qui traversent la conscience de l’homme d’aujourd’hui.

44.

Que la province 

  • fasse en sorte que d’une manière sûre toutes les œuvres, au moyen de l’action éducative, réalisent un réel travail d’évangélisation ; 
  • prépare du personnel et favorise des initiatives de formation qui puissent aider à mettre en valeur la communication sociale en vue de l’éducation et de l’évangélisation ; 
  • accompagne et vérifie la qualité de l’enseignement de la religion et de la catéchèse dans nos milieux.

45.

Que le Recteur majeur avec son Conseil 

  • s’emploie, par l’intermédiaire des Dicastères compétents, à l’approfondissement du rapport entre l’évangélisation et l’éducation, pour actualiser le Système préventif et faire correspondre le cadre de référence de la pastorale des jeunes au changement des conditions culturelles ; 
  • favorise, par l’intermédiaire du Dicastère de la Pastorale des Jeunes, une réflexion sur l’apport que le critère constitué par l’Oratoire (cf. Const. 40) peut offrir pour le renouveau de la catéchèse conduit dans l’Eglise.

LIGNE D'ACTION 7

Evangélisation dans les différents contextes

46.

Adapter à la culture le processus d’évangélisation pour apporter une réponse aux défis des contextes régionaux.

47.

Que le salésien

  • apprenne les langues des peuples avec lesquels il travaille afin d’assurer une évangélisation qui soit vraie et insérée dans la culture.

48.

Que la communauté

  • fasse l’étude et le projet des interventions, des méthodes et des stratégies d’évangélisation des jeunes de son contexte de vie, en relation avec la culture et les choix des églises locales ; 
  • dans un contexte plurireligieux, qu’elle forme des jeunes et des adultes chrétiens à être des disciples missionnaires, dans le respect des autres traditions religieuses.

49.

Que la province 

  • accompagne chaque communauté dans l’établissement du projet de réponses spécifiques aux défis du contexte dans lequel elle travaille ; 
  • propose aux confrères et aux laïcs des initiatives de formation sur le thème de l’insertion de la foi dans la culture ; 
  • encourage l’esprit missionnaire, mette généreusement à la disposition du Recteur majeur du personnel salésien pour la missio ad gentes et favorise les vocations missionnaires également parmi les laïcs et les familles ; 
  • éduque les confrères en formation initiale à la sensibilité missionnaire et au dialogue avec les différentes traditions, culturelles comme religieuses.

50.

Que la région

  • anime les provinces pour qu’elles soient effectivement à même de développer l’évangélisation en tenant compte du contexte, selon les indications des Conférences Episcopales et des Synodes des Continents, et en partageant les expériences plus significatives.

51.

Que le Recteur majeur avec son Conseil 

  • favorise des expériences de communautés interculturelles qui soient un signe de communion et de fraternité et aident à l’évangélisation dans des contextes multiculturels et multiethniques ; 
  • accompagne au moyen d’indications opportunes, par l’intermédiaire des Dicastères pour la mission salésienne, l’action d’évangélisation et d’éducation en faveur de jeunes et de familles d’autres religions.

III. NÉCESSITÉ D’APPELER

“Levez les yeux et regardez ; déjà les champs
sont blancs pour la moisson” (Jn 4, 35)

 

INTERPELLATION PAR DIEU

« En réponse aux besoins de son peuple, le Seigneur ne cesse d’adresser des appels à le suivre et de prodiguer les dons les plus variés pour le service de son Royaume.  Nous sommes persuadés que beaucoup de jeunes sont riches de ressources spirituelles et présentent des germes de vocation apostolique.  Nous les aidons à découvrir, à accueillir et à mûrir le don de la vocation, qu’elle soit laïque, consacrée ou sacerdotale, pour le bien de toute l’Eglise et de la Famille salésienne.  Avec la même attention, nous prenons soin des vocations d’adultes » (Const. 28).

52.

Témoignage comme première proposition de vocation 

Nous reconnaissons avec gratitude que la vocation salésienne est une grâce que nous avons reçue de Dieu. Il nous a appelés à vivre à la suite du Christ obéissant, pauvre et chaste, à l’intérieur d’une communauté fraternelle, avec une mission auprès des jeunes, selon l’exemple de Don Bosco. La générosité de confrères et l’exemple de communautés qui vivent la primauté de Dieu, l’esprit de famille et le don de soi à la mission sont la première et la plus belle proposition de vocation que nous puissions offrir aux jeunes. 

Nous sommes conscients qu’un jeune découvre l’appel à la vie consacrée salésienne quand il rencontre une communauté significative, un modèle dans lequel il peut trouver son identité, une expérience de vie spirituelle et d’engagement apostolique, l’aide d’un guide qui l’accompagne vers le choix du Christ et le don de soi. 

�� Le manque de vocations vécu par quelques provinces, tandis qu’il nous oblige à une inévitable vérification, nous interpelle à intensifier l’authenticité de notre vie et à faire grandir notre capacité à faire des propositions. Nous sommes, en effet, convaincus que Dieu continue à appeler beaucoup de jeunes au service du Royaume et que les facteurs qui peuvent favoriser leur réponse sont divers.

53.

Vocations à l’engagement apostolique 

Nous ressentons aujourd’hui plus fortement que jamais le défi d’établir une culture de la vocation dans chaque milieu, de manière que les jeunes découvrent la vie comme un appel et que toute la pastorale salésienne devienne réellement une pastorale de la vocation. Cela demande d’aider les jeunes à surmonter la mentalité marquée d’individualisme et la culture de l’autoréalisation, qui les pousse à projeter l’avenir sans se mettre à l’écoute de Dieu ; cela demande aussi d’impliquer et de former les familles et les laïcs. 

Un engagement particulier doit être porté pour susciter chez les jeunes la passion apostolique. Comme Don Bosco nous sommes appelés à les encourager à être apôtres de leurs copains, à assumer diverses formes de service ecclésial et social, à s’engager dans des projets missionnaires. Pour favoriser un choix de vocation avec engagement apostolique, on devra proposer à ces jeunes une vie spirituelle plus intense et un accompagnement personnel systématique.  

�� Tel est le terrain dans lequel fleuriront des familles capables d’un témoignage authentique, des laïcs engagés à tous les niveaux dans l’Eglise et dans la société et aussi des vocations pour la vie consacrée et pour le ministère.

54.

Accompagnement des candidats à la vie consacrée salésienne 

Don Bosco, tout en œuvrant avec une inlassable générosité pour encourager diverses formes de vocations dans l’Eglise, appelait quelques jeunes à demeurer pour toujours avec lui. Pour nous aussi, la proposition de la vocation consacrée salésienne, adressée aux jeunes, fait partie de la fidélité à Dieu en raison du don reçu. C’est à cela que nous pousse le désir de partager la joie de suivre le Seigneur Jésus, en demeurant avec Don Bosco, pour donner de l’espérance à de nombreux autres jeunes du monde entier. 

Encourager les vocations consacrées exige quelques choix fondamentaux : la prière constante, l’annonce explicite, la proposition courageuse, le discernement sérieusement mené, l’accompagnement personnalisé. La prière doit être un engagement quotidien des communautés et doit impliquer les jeunes, les familles, les laïcs, les groupes de la Famille salésienne. L’annonce demande de mettre en valeur les multiples occasions qui se présentent dans le cours de l’année liturgique pour parler de la vocation. La proposition et le discernement exigent cette proximité cordiale qui suscite la confiance et permettent de deviner les signes de vocation qu’un jeune peut manifester. L’accompagnement demande d’aider les jeunes à intensifier leur vie spirituelle, à faire l’expérience de formes adaptées d’apostolat, à vivre l’expérience de vie en communauté, à connaître la Congrégation, à vérifier les motivations et à mettre en œuvre les dynamiques qui conduisent à une décision. 

�� Nous reconnaissons qu’il est nécessaire que chaque province ait des communautés de vocations ou des maisons de vocations qui puissent accueillir les jeunes en recherche pour eux-mêmes d’une rencontre avec la vie consacrée salésienne. D’autre part, dans l’animation des vocations, il faut mettre en valeur, avec des modalités diverses, l’apport indispensable des familles.

55.

Les deux formes de la vocation consacrée salésienne 

Don Bosco a voulu que la Congrégation se caractérise par la présence, sous l’angle de la complémentarité, de salésiens laïcs et de salésiens marqués d’un ministère ordonné. Nous sommes donc appelés à rendre prioritaire et visible l’unité de la consécration apostolique, tout en la réalisant sous les deux formes différentes. Ce que nous pouvons faire en renforçant la primauté de Dieu et la suite radicale du Christ en tant que fondement de notre vie. 

La consécration apostolique salésienne donne à la manière d’être un ministre ordonné la connotation particulière d’éducateur, en mettant l’annonce de la Parole, la célébration liturgique et la conduite de la communauté au service de la croissance des jeunes ; c’est l’apport spécifique que doit offrir le ministre aux communautés éducatives et pastorales, ainsi qu’aux Eglises locales. 

La même consécration caractérise le salésien coadjuteur, en en faisant un éducateur et un évangélisateur à plein temps, capable de porter dans tous les domaines de l’éducation et de la pastorale la valeur de son état de laïc et d’être proche des jeunes et des réalités du travail (cf. Const. 45). 

�� Conscients que la Congrégation compromettrait son identité, si elle ne conservait pas cette complémentarité, nous sommes appelés à approfondir l’originalité salésienne du ministère ordonné et à soutenir davantage la vocation du salésien coadjuteur.

 

SITUATION


56.

Témoignage comme première proposition de vocation 

Beaucoup de confrères respirent la joie de vivre et s’emploient pour établir un milieu favorable à la naissance des vocations. L’attitude d’un bon nombre de salésiens qui accueillent les jeunes avec des gestes simples mais significatifs, tels que la salutation cordiale, la conversation amicale, la présence pleine d’animation, devient un témoignage pour la vocation. L’exemple d’un âge avancé serein et actif et l’offrande patiente des confrères malades, qui savent donner à leur vie “une nouvelle signification apostolique” (Const. 53), peut faire connaître aux jeunes la beauté d’une existence donnée et encore féconde. 

Le manque de vocations a sensibilisé les communautés et les confrères à la réflexion sur la manière de mener aujourd’hui une animation au sujet des vocations. En invitant les jeunes, les laïcs et les familles à se joindre à elles, beaucoup de communautés prient pour les vocations, avec différentes modalités de prière et de célébration. 

�� D’autre part, notre vie ne manifeste pas toujours la place centrale de Dieu et un style inspiré par les béatitudes. Parfois nous ne sommes pas disponibles pour accueillir les jeunes en communauté. Nous trouvons aussi des difficultés pour assurer un accompagnement éducatif et spirituel. L’individualisme sur le plan pastoral affaiblit la valeur du “vivre et travailler ensemble” et rend peu crédible l’invitation à partager notre vie fraternelle. Les comportements qui ne sont pas en accord avec la vie consacrée, en particulier avec le vœu de chasteté, et les sorties de la Congrégation influent négativement sur les choix des jeunes. Egalement la culture propagée par les médias, qui souvent banalisent l’affectivité et offrent une image déformée de la personne consacrée, constitue un obstacle pour qu’on puisse se reconnaître dans cette vocation.

57.

Vocations à l’engagement apostolique 

Beaucoup de communautés s’appliquent à attribuer de l’importance à la dimension de la pastorale des jeunes sur le plan de la vocation. Néanmoins, on constate le risque d’une action menée dans l’improvisation et au rythme des occasions ; souvent on propose des expériences significatives mais isolées, fruit d’activités non coordonnées entre la pastorale des jeunes et l’animation des vocations. 

La crise de la famille, la mentalité courante qui est empreinte de relativisme et qui porte à un usage immodéré des biens de consommation, l’influence négative des médias sur la conscience et sur les comportements constituent un obstacle fort pour la culture des vocations. Nous n’avons pas toujours rendu sensibles de manière opportune les communautés éducatives et pastorales aux questions de l’apostolat et des vocations ; et nous n’avons pas toujours mis en valeur la coresponsabilité dei laïcs et la collaboration avec les groupes de la Famille salésienne. 

�� La présence de nombreux jeunes dans nos milieux est l’occasion pour développer le dialogue sous l’angle de l’éducation, pour entrer en confidence, pour les aider à découvrir les desseins de Dieu sur leur vie, pour les inviter au don de soi. Cependant nous ne savons pas toujours susciter en eux le désir de devenir apôtres parmi leurs copains, au moyen de la proposition de parcours spirituels et d’engagements diversifiés de service. Nous risquons de cette façon d’abaisser au plus bas le niveau de la proposition et de ne pas savoir susciter des vocations apostoliques, en nous privant du contexte naturel dans lequel peuvent mûrir des vocations dans une consécration spéciale.

58.

Accompagnement des candidats à la vie consacrée salésienne 

Il y a quelques provinces qui ont un engagement pour les vocations bien structuré et partagé. Elles ont mis en place des groupes de recherche, des récollections spirituelles dont le thème porte sur la vocation, des expériences de volontariat, des communautés qui constituent une proposition et de nouvelles formes de maison de vocations. Elles utilisent aussi les moyens de la communication sociale pour favoriser la connaissance du charisme de Don Bosco. 

Est assez courante la pratique de faire rencontrer les confrères en formation initiale avec les jeunes en recherche de vocation ; cela s’avère particulièrement utile parce que les jeunes, au moyen de ce témoignage, peuvent découvrir la vie consacrée comme une modalité attrayante de vie chrétienne. 

Les adolescents et les jeunes sont généreux, mais ils montrent des difficultés à assumer un engagement suivi. La mentalité du recrutement porte quelquefois à avoir des candidats à la vie consacrée qui présentent de la fragilité dans leurs motivations. Malheureusement certains jeunes sont introduits dans les étapes de formation sans avoir l’aptitude suffisante. D’autres ont derrière eux une situation familiale difficile qu’il faut connaître et dont il faut tenir compte de manière à ne pas compromettre leur marche vers la maturité. L’animation des vocations est orientée presque exclusivement vers les étudiants, tandis que nous négligeons les jeunes ouvriers. 

Dans l’accompagnement spirituel on trouve parfois un manque de préparation chez les salésiens. En outre, dans l’organisation des initiatives et des propositions en vue de la vocation, on note encore des faiblesses tant au niveau provincial qu’au niveau local. Quand la continuité n’est pas assurée au moyen de projets, le changement de fonction des confrères engagés dans l’animation des vocations s’avère particulièrement délicat. Dans quelques provinces il n’y a pas de communautés d’accompagnement des vocations.

59.

Les deux formes de la vocation consacrée salésienne 

Beaucoup de salésiens prêtres vivent leur ministère au service des jeunes, dans un style éducatif fidèle aux intuitions de Don Bosco. Dans quelques cas cependant on rencontre un vague pastoral et une prise en charge partielle de l’identité charismatique. Cela invite à caractériser de mieux en mieux les itinéraires de la formation spécifique. 

Souvent la vocation du salésien coadjuteur n’est pas connue, car il se trouve qu’elle a peu de visibilité et qu’elle est faiblement présentée. Cela dépend entre autres de sa mise en œuvre, pour la majorité des cas, dans des rôles de gestion et pas directement dans l’activité auprès des jeunes. Dans les maisons de vocations, dans les prénoviciats et les noviciats, cette figure n’est pas toujours présentée avec un relief adéquat. Dans certains contextes demeure le préjugé que la vocation du salésien prêtre est plus importante que celle du coadjuteur. Egalement la diminution de notre présence au milieu des jeunes ouvriers a pesé négativement sur la proposition de cette vocation. 

�� Là où, au contraire, pour un nombre significatif, des salésiens coadjuteurs, culturellement et professionnellement qualifiés, sont placés dans des rôles de responsabilité, alors on favorise la visibilité de cette vocation et on suscite chez les jeunes le désir de la suivre. La naissance dans toutes les régions de l’étape de la formation spécifique du salésien coadjuteur a été positive.   

 

LIGNE D'ACTION


60.

Processus à mettre en place pour le changement 

Pour affronter les exigences de l’interpellation par Dieu et les défis qui proviennent de la situation et pour réaliser les lignes d’action qui en découlent, il est nécessaire de convertir les mentalités et de modifier les structures, en passant : 

  • du fait de penser que nous sommes les protagonistes de l’animation des vocations au fait de reconnaître humblement que nous sommes comme des intermédiaires de l’action de Dieu ; 
  • d’une proposition occasionnelle et vague à la mise en place d’un projet bâti avec attention et bien ciblé, qui puisse établir une culture des vocations ; 
  • d’une animation des vocations gérée par nous-mêmes tout seuls à des projets partagés avec les groupes de la Famille salésienne et avec l’Eglise locale ; 
  • de la manière de concevoir l’animation des vocations comme une réponse au problème du manque de vocations au goût retrouvé d’aider les jeunes à découvrir le projet de Dieu ; 
  • d’une mentalité qui fait déléguer l’animation des vocations à quelques personnes responsables à l’implication de tous, confrères, communautés et laïcs ; 
  • d’une animation des vocations détachée de la pastorale des jeunes à une animation comprise et vécue comme le couronnement de la pastorale des jeunes elle-même.

LIGNE D'ACTION 8

Témoignage comme première proposition de vocation

61.

Témoigner avec courage et avec joie de la beauté d’une vie consacrée, toute donnée à Dieu dans la mission auprès des jeunes.

62.

Que le salésien 

  • maintienne vive la conscience du don de sa vocation personnelle, en assumant une attitude de reconnaissance à l’égard de Dieu ; 
  • s’engage dans le témoignage d’une vie remplie de joie et partage l’histoire de sa vocation personnelle, lorsque l’occasion s’en présente ; 
  • veille avec soin à être fidèle dans sa vocation en ayant recours constamment à l’accompagnement spirituel ; dans les moments de difficulté qu’il accorde aussi de la valeur aux aides offertes par les sciences humaines ; 
  • prie chaque jour pour les vocations ; 
  • transforme, au moment de l’âge avancé et en temps de maladie, la patience réclamée par les désagréments et par les souffrances en une offrande, empreinte de confiance, pour les vocations.

63.

Que la communauté 

  • ouvre la maison aux jeunes, en particulier à ceux qui sont en discernement de leur vocation, en les invitant à partager les principaux moments de la vie communautaire ; 
  • soutienne le chemin vers la maturité affective des confrères, en les aidant surtout dans les moments difficiles ; 
  • examine chaque année son propre témoignage de vie ; 
  • propose des occasions de prière pour les vocations, en impliquant aussi les jeunes.

64.

Que la province

  • développe fortement chez les confrères un sens d’appartenance pour qu’ils témoignent de la valeur du “vivre et travailler ensemble”.

LIGNE D'ACTION 9

Vocations à l’engagement apostolique

65.

Susciter chez les jeunes l’engagement apostolique pour le Royaume de Dieu avec la passion du Da mihi animas, caetera tolle et favoriser leur formation.

66.

Que le salésien

  • soit convaincu que chaque jeune reçoit une mission de Dieu ; qu’il l’accompagne à la découvrir.

67.

Que la communauté 

  • élabore une proposition d’animation des vocations adaptée au contexte, en impliquant la communauté éducative et pastorale, la Famille salésienne, en tenant compte des choix de l’Eglise locale et en assurant des ressources économiques ; 
  • s’occupe de la pastorale familiale au moyen d’expériences de rencontre, de réflexion, de prière, pour que les parents soient ouverts à la vocation de leurs enfants ; 
  • mette en valeur les ressources qu’apportent sur le plan de l’apostolat et de la vocation les associations, le volontariat et l’animation missionnaire ; 
  • saisisse les occasions offertes par l’année liturgique pour l’animation des vocations ; 
  • présente avec conviction la figure du salésien coopérateur, en tant que proposition d’une vocation apostolique laïque.

68.

Que la province 

  • élabore une proposition d’animation des vocations dans le cadre du projet éducatif et pastoral de la province ;
  • assure les conditions pour que le directeur puisse jouer le rôle de premier animateur des vocations et renforce la figure du coordinateur pastoral de chaque œuvre ; 
  • offre aux jeunes des expériences de service apostolique, de travail dans des associations et de volontariat ; 
  • collabore avec les groupes de la Famille salésienne, avec l’Eglise locale et avec les autres instituts de vie consacrée dans le soutien des vocations. 
  • favorise la mise à jour des salésiens et des laïcs coresponsables sur le discernement de la vocation et sur l’accompagnement ; 
  • investisse, de manière appropriée, des ressources d’ordre économique et des ressources en personnel pour les initiatives d’animation des vocations.

LIGNE D'ACTION 10

Accompagnement des candidats à la vie consacrée salésienne

69.

Faire la proposition explicite de la vie consacrée salésienne et promouvoir de nouvelles formes pour l’accompagnement des vocations et pour la maison de vocations.

70.

Que le salésien 

  • apprenne à reconnaître les signes de vocation que les jeunes manifestent ; qu’il ait à cœur de leur proposer la vie consacrée salésienne ; 
  • soit disponible pour assurer un accompagnement spirituel, en veillant à sa préparation personnelle.

71.

Que la communauté 

  • organise des rencontres et des groupes de vocations avec un itinéraire pour le discernement et l’accompagnement ; 
  • oriente les jeunes, qui y sont préparés, vers la participation aux propositions provinciales de discernement de la vocation en vue de la vie consacrée salésienne. 
  • mette en valeur les fêtes et les événements habituellement soulignés concernant nos saints, ainsi que les anniversaires des professions religieuses et des ordinations, en en faisant une occasion d’animation des vocations ; 
  • favorise le partage d’expériences sur la manière d’accompagner les jeunes dans le chemin de vocation.

72.

Que la province 

  • étudie la possibilité de nouvelles formes de maison de vocations pour avoir une ou plusieurs communautés dans lesquelles soit réalisé l’accompagnement de la vocation des jeunes candidats ; 
  • favorise la réflexion et la collaboration entre la pastorale des jeunes et la formation ; 
  • propose des initiatives d’animation des vocations selon les tranches d’âge, en couvrant toute la période de l’évolution et en prêtant attention à leur marche vers la maturité affective ;  
  • collabore avec les groupes consacrés de la Famille salésienne pour des propositions de vocation adressée également aux jeunes filles ; 
  • prévoie des propositions spécifiques de vocation pour les jeunes immigrés de familles catholiques ou de minorités ethniques et pour les autochtones ; 
  • tienne davantage compte, dans le discernement de la vocation, des critères indiqués dans la Ratio ; 
  • implique les jeunes confrères dans l’animation des vocations au niveau local et au niveau provincial.

73.

Que le Recteur majeur avec son Conseil 

  • développe, par l’intermédiaire du Dicastère de la pastorale des jeunes et du Dicastère de la formation, une réflexion sur de nouvelles formes de maison de vocations et sur l’accompagnement spirituel ; et qu’il offre aux provinces les indications opportunes ; 
  • étudie, avec le Dicastère de la formation, le Dicastère de la pastorale des jeunes et le Dicastère des missions, les problèmes concernant l’âge des candidats, les parcours spécifiques pour les vocations d’autochtones, les critères pour l’acceptation de ceux qui viennent d’autres expériences de vocation.

LIGNE D'ACTION 11

Les deux formes de la vocation consacrée salésienne

74.

Développer la complémentarité et la spécificité des deux formes de l’unique vocation salésienne et assumer un engagement renouvelé pour la vocation du salésien coadjuteur.

75.

Que le salésien

  • accorde de la valeur et favorise l’unicité de la vocation consacrée salésienne dans ses formes complémentaires.

76.

Que la communauté 

  • soit aux côtés des confrères ordonnés pour que leur ministère soit empreint du charisme éducatif, en privilégiant les engagements pastoraux qui ont pour but direct les jeunes ; 
  • favorise la présence des confrères coadjuteurs au milieu des jeunes dans des rôles d’animation éducative et pastorale, et pas seulement dans des secteurs d’organisation ou d’administration ; 
  • fasse connaître la figure du salésien coadjuteur, en présentant les modèles les plus significatifs de cette vocation.

77.

Que la province 

  • fasse de la célébration de la profession perpétuelle une occasion pour approfondir et expliquer la complémentarité des deux formes de la vocation salésienne ; 
  • favorise, là où c’est possible, la présence de salésiens coadjuteurs dans les différents services d’animation de la province, en particulier dans l’animation des vocations et dans la commission provinciale pour la formation ; 
  • soutienne la formation spécifique du salésien coadjuteur, qui est en train de se réaliser au niveau régional ou au niveau interrégional.

78.

Que le Recteur majeur avec son Conseil

  • développe une réflexion sérieuse et mise à jour sur la complémentarité et la spécificité des deux formes de vocation consacrée salésienne de la Congrégation.

IV. PAUVRETÉ ÉVANGÉLIQUE

“Si tu  veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes,
donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans les cieux ;
puis viens, suis-moi” (Mt 19, 21)

 

INTERPELLATION PAR DIEU

« Don Bosco a vécu la pauvreté comme un détachement du cœur et un service généreux de ses frères, dans un style de vie austère, ingénieux et riche d’initiatives.  A son exemple, nous vivons nous aussi dans le détachement de tout bien terrestre et, avec un esprit entreprenant, nous participons à la mission de l’Eglise et à son effort pour la justice et la paix, en particulier par l’éducation de ceux qui sont dans le besoin.  Le témoignage de notre pauvreté, vécue dans la communion des biens, aide les jeunes à surmonter l’instinct de possession égoïste et les ouvre au sens chrétien du partage » (Const. 73).

79.

Témoignage personnel et témoignage communautaire 

En assumant la condition humaine, le Seigneur Jésus a choisi de naître et de vivre pauvrement, s’est confié totalement au Père et a partagé la situation de vie des pauvres, en les proclamant bienheureux en tant que destinataires de la Bonne Nouvelle et héritiers du Royaume. Il a demandé à quelques-uns de tout quitter pour le suivre de plus près : par leur vie, ils annonceraient que Dieu est la vraie richesse. C’est de cet appel que naît la pauvreté du salésien, pauvreté qui exprime l’abandon confiant entre les mains du Père, la proximité et le service des pauvres, la béatitude d’une existence remplie de l’amour pour Dieu et pour les frères. 
  
Don Bosco, homme aux humbles origines, fit l’expérience dès l’enfance des privations et des valeurs d’une existence pauvre. A l’école de maman Marguerite il apprit le goût pour le travail et la sobriété, la sérénité dans les épreuves et la solidarité avec ceux qui sont dans le besoin. En mettant une confiance totale dans la Providence, il décida de vivre pauvrement et de dépenser toutes ses énergies pour les jeunes auxquels Dieu l’avait envoyé : “Pour vous j’étudie, pour vous je travaille, pour vous je vis, pour vous je suis disposé à donner jusqu’à ma vie” (Const. 14). Le détachement de tout ce qui rend insensible à Dieu et fait obstacle à la mission est le sens profond du caetera tolle et constitue le critère pour vérifier notre manière de vivre la pauvreté. 

La première manifestation de la pauvreté est la remise totale de soi à Dieu, dans la disponibilité aux exigences des jeunes ; cela comporte le renoncement à soi-même et aux projets individuels pour partager ceux de la communauté. Conscients de l’avertissement de Don Bosco au sujet des commodités de l’existence et du confort, nous sommes appelés à vivre un style de vie austère, à assumer un travail inlassable sans céder à l’activisme, à maintenir notre cœur libéré de l’attachement à des biens et à des instruments. En particulier la communauté se sent appelée à rechercher des formes institutionnelles de témoignage qui expriment une pauvreté crédible et prophétique.

80.

Solidarité avec les pauvres 

En raison de notre vocation, nous sommes appelés à nourrir, avec une attention et un sens du partage, une écoute du cri des pauvres et à leur proposer l’annonce du Royaume en tant que fondement de la véritable espérance et du vrai levain d’un monde nouveau. Cela comporte le choix préférentiel pour les jeunes qui sont le plus dans le besoin, l’attention à ce qui leur est nécessaire, le partage de leur situation, l’abandon, en la surmontant, d’une mentalité qui ne connaît que des gestes d’assistance à outrance et de paternalisme, l’engagement à faire d’eux les protagonistes de leur développement. 

�� Fidèles à notre charisme, nous ne nous contentons pas d’offrir des aides immédiates, mais nous entendons dénoncer et contrecarrer les causes de l’injustice, en contribuant à établir une culture de la solidarité, en développant par l’éducation la conscience morale, la citoyenneté active, la participation politique, le respect du milieu, en proposant des initiatives et des projets d’intervention, en collaborant avec des organismes et des institutions qui favorisent la vie. Cet engagement demande de renouveler dans les communautés et dans les milieux éducatifs la sensibilité à ces thèmes et de surmonter l’embourgeoisement qui provoque de l’indifférence au drame mondial de la pauvreté.

81.

Gestion responsable et solidaire des ressources 

Don Bosco nous rappelle “que ce que nous avons n’est pas à nous, mais aux pauvres ; malheur à nous si nous n’en faisons pas un bon usage” (Const. 79). La pratique de la pauvreté demande, pour les ressources qui nous sont confiées, une gestion qui soit en accord avec les buts de la mission, responsable, transparente et solidaire. Cela signifie entre autres une présentation des comptes claire et complète, un usage raisonnable et optimal des biens immeubles, un esprit d’initiative pour trouver les ressources nécessaires pour assurer les conditions de maintien des œuvres, le respect des règles dans les contrats de travail, l’attention à la situation du milieu social dans lequel nous sommes placés, la démarche pour redécouvrir la valeur de la gratuité dans l’hospitalité et pour certains services rendus, la solidarité avec les communautés, les provinces et la Congrégation. 

�� Les défis de l’illégalité courante, de l’injustice planétaire et de l’accaparement des biens de la part d’un petit nombre de personnes nous appellent à dénoncer ces scandales et à élaborer une culture de ce qui est essentiel, de la distribution équitable des ressources, du développement soutenable. La pauvreté assume de cette façon une forte valeur éducative : elle affirme la primauté de l’être sur l’avoir, réalise une authentique solidarité chrétienne avec les pauvres, conteste les styles de vie marqués par la consommation à outrance.

 

SITUATION


82.

Témoignage personnel et témoignage communautaire 

En général les confrères offrent le témoignage d’un travail généreux et d’un don de soi gratuit jusqu’à un âge avancé, en mettant au service des pauvres ce qu’ils sont et ce qu’ils ont ; malgré la diminution du nombre des confrères, les communautés font marcher de nombreuses œuvres sur des fronts diversifiés. 

Parfois nous risquons de réduire l’exercice de la pauvreté à n’être qu’une question de dépendance du supérieur ; on constate aussi une gestion irrégulière de l’argent et de comptes personnels. La sobriété n’est pas toujours vécue dans la nourriture, dans le logement, dans les voyages, dans l’utilisation des instruments de communication, dans l’organisation des temps de repos, dans le soin de la santé. Dans certains contextes se produisent, d’une manière exagérée, un attachement et un soutien à la famille d’origine, qui ne sont pas en accord avec le vœu de pauvreté. 

Dans de nombreuses communautés on vit le partage des biens et l’on aide les familles qui se trouvent dans la gêne. Il y a des confrères qui prêtent leurs services pour l’administration et l’entretien de la maison, mais l’augmentation en nombre du personnel salarié risque d’affaiblir la coresponsabilité dans les services communs. N’étant ni impliqués dans la gestion économique de la communauté ni suffisamment informés, certains sont portés à ne pas se rendre compte des difficultés de la maison, du coût de la vie, des problèmes quotidiens affrontés par les pauvres. Et le scrutinium paupertatis ne réussit pas toujours à modifier des pratiques incorrectes. 

La formation initiale semble parfois être dépourvue de l’attention à la pauvreté évangélique vécue concrètement dans le quotidien : on connaît les implications du vœu de pauvreté, mais on n’apprend pas sur le plan de la pratique à penser et à vivre en pauvre.

83.

Solidarité avec les pauvres 

Nombreuses sont les interventions pour contrecarrer les formes les plus graves de pauvreté, comme l’accueil des immigrés, les projets de soutien au développement, l’aide aux peuples éprouvés par la guerre et par des calamités naturelles, la promotion humaine dans les territoires de mission. Le travail que nous effectuons dans les institutions scolaires pour éduquer aux exigences de la justice et à la cause de la paix est important ; dans ces institutions nous proposons la culture de la solidarité au moyen d’initiatives en faveur de ceux qui sont le plus dans le besoin et en faveur des exclus. Nous travaillons pour les pauvres, mais parfois ce n’est pas auprès d’eux et avec eux : en effet, nous ne sommes pas toujours attentifs à favoriser leur action de protagonistes dans les projets de développement. On remarque chez quelques confrères la résistance pour aller vers les jeunes qui sont le plus dans le besoin et pour s’offrir à rejoindre de nouvelles présences sur le secteur d’action contre les pauvretés des jeunes. 

�� Les structures imposantes, qui parfois ne sont plus significatives eu égard au contexte social, les moyens souvent coûteux et tape-à-l’œil, un emploi incongru de l’argent, tout cela risque de ne pas donner un témoignage de pauvreté communautaire et institutionnelle. D’autre part certaines œuvres, commencées en faveur des plus pauvres, se sont peu à peu tournées vers les classes moyennes.

84.

Gestion responsable et solidaire des ressources 

De nombreux efforts ont été effectués pour obtenir une plus grande transparence dans l’administration, en particulier au moyen d’une rédaction plus soignée du bilan, une meilleure utilisation des bâtiments, un respect croissant de la réglementation en vigueur, une solidarité efficace au niveau provincial. Nous encourage le fait que des bienfaiteurs privés, des institutions ecclésiastiques et publiques continuent à avoir confiance dans notre travail et à accorder des fonds pour soutenir nos œuvres. 

Pour la gestion des ressources économiques nous n’avons pas toujours la compétence nécessaire ; malgré l’engagement pour qualifier les économes, tous ne jouissent pas d’une préparation adéquate. La pratique du budget est peu courante. Dans le rapport avec les employés on note parfois un style patronal, peu respectueux de leur dignité ; il faut sans cesse nous rappeler à être plus attentifs à la pratique d’une justice sociale vis-à-vis d’eux. On a aussi du mal à rendre coresponsables les laïcs dans les choix de gestion. 

����� Les urgences et la complexité croissante de certaines activités risquent de faire de l’œuvre salésienne une entreprise, avec le danger d’excès dans l’importance donnée au fonctionnement et dans la recherche du rendement, surtout quand s’affaiblit la préoccupation pour les buts pastoraux. Dans la conduite de projets de grandes dimensions, relatifs à de nouvelles structures et à des restructurations, on risque de perdre des énergies, du temps et de l’argent.

 

LIGNE D'ACTION


85.

Processus à mettre en place pour le changement 

Pour affronter les exigences de l’interpellation par Dieu et les défis qui proviennent de la situation et pour réaliser les lignes d’action qui en découlent, il est nécessaire de convertir les mentalités et de modifier les structures, en passant : 

  • d’un dévouement apostolique peu convaincu à un don de soi inconditionné aux exigences de la mission ; 
  • d’une estime théorique et d’une observance formelle de la pauvreté à la pratique effective et à la vraie liberté intérieure dans l’esprit des béatitudes ; 
  • d’une connaissance vague et indifférente des situations de pauvreté à une solidarité concrète avec les pauvres et un plus grand engagement pour la justice sociale ; 
  • d’une mentalité ne considérant que les problèmes locaux et renfermée sur elle-même, à une solidarité provinciale et mondiale ; 
  • d’une compétence inadéquate à une approche plus professionnelle dans l’administration ; 
  • d’une mentalité de patron dans la gestion des ressources à la conscience que nous sommes les administrateurs de biens qui nous sont confiés.

LIGNE D'ACTION 12

Témoignage personnel et témoignage communautaire

86.

Donner un témoignage crédible et courageux de pauvreté évangélique, portée dans la vie personnelle et dans la vie communautaire selon l’esprit du Da mihi animas, caeteratolle.

87.

Que le salésien 

  • développe le détachement intérieur en se rappelant les paroles de Don Bosco : “la pauvreté, il faut l’avoir dans le cœur pour la pratiquer” ; 
  • exprime la pauvreté par un travail marqué par l’assiduité et le sacrifice, en ayant horreur de la paresse et de la frénésie ; qu’il prête aussi son concours pour les travaux et les services de la maison ; 
  • ait soin de sa santé et programme, en accord avec la communauté, les temps opportuns de repos ; 
  • vive la tempérance voulue par Don Bosco avec un train de vie sobre dans la nourriture, l’habillement, les voyages, l’ameublement, l’usage des instruments de travail, des médias et du temps, en acceptant avec maturité la gêne occasionnée par le manque d’un bien utile ou nécessaire ; 
  • redécouvre les exigences de la dépendance par rapport au supérieur et à la communauté (cf. Const. 75) et du partage des biens demandé par les Constitutions (cf. Const. 76) ; qu’il rende compte des biens qu’il a reçus à un titre ou à un autre.

88.

Que la communauté 

  • fasse en sorte que d’une manière sûre tous les confrères connaissent et mettent en pratique les indications du directoire provincial – section pauvreté et administration - en particulier celles qui concernent l’utilisation personnelle des biens et des instruments technologiques ; 
  • fasse chaque année le scrutinium paupertatis en vue d’un témoignage plus crédible ; 
  • prépare le budget annuel, présente le bilan, informe régulièrement les confrères sur la situation économique et les sensibilise sur le coût de la vie ; remette ponctuellement à la Province l’argent de la gestion qui s’avérerait disponible (cf. Règl. 197).

89.

Que la province 

  • élabore un plan de solidarité économique qui garantisse une équitable distribution des ressources et définisse les critères permettant d’assurer un train de vie commun entre les différentes communautés ; 
  • veille à ce qu’il y ait de la cohérence entre les indications sur la pauvreté qui sont proposées aux confrères en formation initiale et la pratique effective des personnes individuelles et des communautés.

LIGNE D'ACTION 13

Solidarité avec les pauvres

90.

Développer la culture de la solidarité avec les pauvres dans le contexte local.

91.

Que la communauté 

  • exprime la solidarité avec les pauvres non seulement au moyen des œuvres de bienfaisance, mais aussi par des choix qui ont des répercussions sur son train de vie ; 
  • éduque, en collaboration avec la communauté éducative et pastorale, à la culture de la solidarité, en aidant les jeunes à interpréter avec un esprit critique les phénomènes économiques et sociaux de notre temps, en les impliquant dans des initiatives et des projets de promotion et de développement, en favorisant l’adhésion à des initiatives de solidarité équitable ; 
  • éduque au respect de la diversité ethnique et religieuse et favorise l’esprit de fraternité.

92.

Que la province 

  • prévoie pour les confrères en formation initiale des expériences au service des jeunes les plus défavorisés ; 
  • choisisse les secteurs de plus grande pauvreté dans l’ouverture de nouvelles œuvres.

93.

Que le Recteur majeur avec son Conseil 

  • aide les provinces à croître dans l’engagement en faveur de la justice sociale ; 
  • apporte son appui aux institutions qui soutiennent les droits des jeunes et, quand c’est possible et opportun, prenne position au nom de la Congrégation contre leur violation.

LIGNE D'ACTION 14

Gestion responsable et solidaire des ressources

94.

Gérer les ressources d’une manière responsable et transparente, en accord avec les buts de la mission, et faire fonctionner les formes nécessaires de contrôle au niveau local, au niveau provincial et au niveau mondial.

95.

Que la communauté 

  • vérifie périodiquement les objectifs et les stratégies de l’œuvre, pour éviter qu’elle ne devienne une activité d’entrepreneurs plus qu’un service d’éducation et d’évangélisation ; 
  • fasse en sorte que d’une manière sûre l’opération de gestion financière de tous les secteurs soit enregistrée par le service administratif (cf. Règl. 198), que l’inventaire soit mis à jour et que dans le roulement du personnel administratif soient transmises toutes les informations nécessaires ; 
  • assure une bonne planification et une bonne gestion du personnel employé, en respectant et en faisant respecter les droits et les devoirs sanctionnés par la législation ; 
  • soit responsable de la planification, de l’exécution et du contrôle, effectué au moyen d’appareils de surveillance, des travaux de construction et d’entretien, en accord avec l’économe provincial (cf. Règl. 195) ; 
  • étudie sa propre situation économique, pour assurer la viabilité de l’œuvre et, si cela dépend d’aides extérieures, pour mettre en route des plans de financement autosuffisant ; 
  • fasse attention à un emploi correct des financements qui proviennent d’autres organismes ou d’autres institutions ; 
  • respecte les intentions des bienfaiteurs.

96.

Que la province 

  • accompagne avec l’aide de laïcs compétents, qui soient de confiance et partagent notre esprit, la gestion économique de chacune des maisons et en fasse les vérifications nécessaires ; 
  • favorise la sensibilité éthique dans la gestion et dans l’utilisation des moyens financiers, en se servant des professionnels de qualité disponibles dans ce domaine ; 
  • fasse en sorte que les structures de nos œuvres soient adaptées à la réalisation de la mission, soient utilisées de façon adéquate et soient prises en charge soigneusement dans l’entretien ; 
  • tienne compte, pour demander des financements, des lignes opérationnelles du projet organique de la Province, afin d’éviter de mettre en route des initiatives et des structures qui dans le temps ne pourraient pas être maintenues ; 
  • repense la formation initiale au sujet de la pauvreté, en aidant les confrères à faire un usage correct du temps, des biens et de l’argent ; en offrant des notions essentielles de comptabilité et de gestion ; en les impliquant dans la conduite de la maison ; 
  • éduque les communautés à la sensibilité écologique, en favorisant les initiatives qui sur le territoire sont mises en œuvre pour le respect du milieu de vie, l’emploi de l’énergie de remplacement et l’économie des ressources ; 
  • étudie la possibilité de contrats communs pour l’acquisition de biens et la gestion des articles de consommation courante et les propose aux communautés dans le but de faire des économies.

97.

Que le Recteur majeur avec son Conseil 

  • appelle, au niveau des ressources et du personnel, à une solidarité plus concrète entre les provinces et les régions, également à travers la formule de jumelages ; 
  • veille à ce que la gestion des ressources financières des provinces soit réalisée sur un mode éthique et solidaire ; 
  • assure une effective supervision des actes des économats provinciaux, en vérifiant dans le même temps le processus de mise en œuvre des projets financés par la Congrégation ; 
  • donne des indications pour que la distribution de ce qui relève de la bienfaisance soit effectuée par l’intermédiaire des canaux institutionnels au niveau de la Direction Générale ou de la province ; veille à ce qu’il y ait une distribution équitable des ressources et que soient respectées les intentions des bienfaiteurs ; 
  • par l’intermédiaire du Dicastère de la Communication Sociale, qu’il juge d’utiliser le système “Free/Libre Open Source Software” [FLOSS] et qu’il donne des indications aux provinces.

V. NOUVEAUX FRONTS D’ACTION

“L’Esprit du Seigneur est sur moi,
parce qu’il m’a consacré par l’onction.
Il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres” (Lc 4,18)

 

INTERPELLATION PAR DIEU

« Notre action apostolique se réalise dans une pluralité de formes que déterminent d’abord les besoins de ceux dont nous nous occupons.    Nous rendons effective la charité salvifique du Christ par l’organisation d’activités et d’œuvres à but éducatif et pastoral, attentifs à répondre aux besoins du milieu de vie et de l’Eglise. Sensibles aux signes des temps, nous avons le souci, dans un esprit d’initiative et d’adaptation constante, de les vérifier, de les renouveler et d’en créer de nouvelles.  L’éducation et l’évangélisation de nombreux jeunes, surtout parmi les plus pauvres, nous incitent à les rejoindre là où ils sont et à les rencontrer dans leur manière de vivre, grâce à des types de service adéquats » (Const. 41).

98.

Principale priorité : les jeunes pauvres 

Don Bosco, en parcourant les rues de Turin, vit les besoins de la “jeunesse en péril” et répondit promptement en ouvrant de nouveaux secteurs d’action et en agissant avec “témérité” pour “gagner des âmes à Dieu”. En parcourant les routes du monde, nous aussi, nous rencontrons les visages des jeunes immigrés, des enfants exploités par le tourisme sexuel et par le travail d’enfants mineurs, des toxicomanes, des porteurs du V.I.H. et des malades du sida, de ceux qui sont socialement désadaptés, de ceux qui sont au chômage, de ceux qui sont victimes de la violence, de la guerre et des fanatismes religieux, des enfants soldats, des enfants de la rue, des handicapés physiques et mentaux, des jeunes à risque. Nous sommes frappés à la vue de certains lieux de marginalisation dans lesquels les jeunes vivent, comme les périphéries des villes et les bidonvilles, et à la vue de certaines situations de marginalisation, comme celles des réfugiés, des indigènes, des gitans et d’autres minorités ethniques. Nous reconnaissons aussi les attentes des jeunes spirituellement et culturellement pauvres, qui sollicitent notre engagement : des jeunes qui ont perdu le sens de la vie, qui sont dépourvus d’affection à cause de l’instabilité de leur famille, déçus et amenés à constater le vide laissé en eux par la mentalité qui développe la consommation à outrance, indifférents religieusement, démotivés par les doctrines permissives, par le relativisme moral, par la culture de mort qui est répandue. 

�� Don Bosco sentit qu’il était envoyé par Dieu pour répondre au cri des jeunes pauvres et eut l’intuition que, s’il était important de donner des réponses immédiates à leur malaise, il était encore plus important d’en prévenir les causes. Sur son exemple, nous voulons aller à leur rencontre, convaincus que la façon la plus efficace pour répondre à leurs pauvretés est justement l’action préventive. C’est pourquoi nous percevons la nécessité d’approfondir son système éducatif pour expliciter les tâches qu’il demande d’effectuer pour surmonter le malaise et la marginalisation des jeunes : éducation morale, promotion de la dignité de la personne, engagement social et politique, exercice de la citoyenneté active, défense des droits des enfants mineurs, lutte contre l’injustice et construction de la paix. En reconnaissant que, chez les jeunes pauvres, on rencontre une ouverture à l’Evangile et une disposition à l’accueillir, nous leur annonçons avec courage Jésus Christ et nous leur proposons des chemins de foi.

99.

Autres priorités : famille, communication sociale, Europe 

Il faut réserver une particulière attention à la situation actuelle de la famille qui est la première à accomplir l’éducation et qui est le premier lieu de l’évangélisation. Toute l’Eglise a pris conscience des graves difficultés dans lesquelles se trouve la famille et elle perçoit la nécessité d’offrir des aides extraordinaires pour sa formation, son développement et l’exercice responsable de sa tâche éducative. C’est pourquoi, nous aussi, nous sommes appelés à faire en sorte que la pastorale des jeunes soit de plus en plus ouverte à la pastorale familiale. 

Nous sentons aussi que nous sommes interpellés par les nouvelles technologies de la communication sociale et par les défis éducatifs qu’elles posent. Les occasions de communication d’aujourd’hui deviennent pour les jeunes un moyen habituel pour se rencontrer, échanger des messages, partager avec rapidité et mobilité, mais aussi d’une manière impersonnelle et virtuelle. La culture des personal media [médias à usage personnel et privé] peut compromettre le développement de la capacité de relation vers la maturité et expose surtout les jeunes au danger de rencontres et de dépendances fortement négatives ; c’est dans cette “cour de récréation” que nous devons nous rendre présents pour écouter, éclairer, orienter. 

�� Nous partageons la préoccupation de l’Eglise pour les conditions futures de l’Evangile dans le monde occidental et, en particulier, en Europe. En effet, s’affaiblit de plus en plus la référence aux racines chrétiennes qui ont contribué à l’identité du continent, inspiré la pensée, les mœurs et l’art, orienté l’histoire des peuples, enrichi l’Eglise de splendides figures de sainteté, nourri pendant des siècles l’élan missionnaire dans le monde tout entier. En raison de l’interdépendance entre les peuples, le destin de l’Europe implique le monde entier et devient une préoccupation de l’Eglise universelle. S’ouvre ainsi un nouveau front d’action par rapport au passé ; pour nous  Salésiens, c’est une invitation “à porter une attention croissante à l'éducation des jeunes à la foi” (Ecclesia in Europa, n. 61).

100.

Nouveaux modèles dans la gestion des œuvres 

L’attention aux nouveaux fronts d’action nous engage à renouveler notre mentalité, en développant la coresponsabilité dans les projets, qui ne sont jamais ceux d’un individu, mais ceux de la communauté salésienne et de la communauté éducative et pastorale. Les nouveaux besoins des jeunes demandent le détachement personnel d’avec des rôles, des situations et des liens qui menacent la réelle disposition à accueillir le changement, comme ils demandent aussi le courage apostolique qui dispose à repenser des initiatives et des œuvres pour mieux répondre à leurs demandes. 

Un nouveau modèle de gestion des œuvres demande que soient assurées la consistance quantitative et qualitative de la communauté ; la coresponsabilité réelle des confrères et des laïcs ; la disponibilité du directeur pour son devoir principal ; la promotion de nouvelles formes de présences plus souples ; les projets menés en commun avec la Famille salésienne et le travail en réseau avec d’autres organisations et d’autres agences au service de l’éducation, en synergie avec l’Eglise et la société. 

�� Cela permettra de faire naître des “nouvelles présences”, c’est-à-dire des projets inédits en réponse aux besoins qui se manifestent, ou de renouveler les œuvres et les propositions qui existent déjà de façon à en faire des “présences nouvelles”, c’est-à-dire plus efficacement orientées vers la mission.

 

SITUATION


101.

Principale priorité : les jeunes pauvres 

Il est courant de porter l’attention sur les formes si nombreuses de pauvreté présentes aujourd’hui dans le monde et, en particulier, sur celles qui menacent le présent et l’avenir des jeunes. Et la Congrégation est fortement engagée en faveur de la croissance humaine et de la promotion sociale dans les secteurs où la pauvreté est plus évidente. Dans nos maisons les jeunes sont accueillis sans aucune forme de discrimination et notre service éducatif et pastoral est offert à tous. Sont particulièrement efficaces les œuvres qui préparent les jeunes au monde du travail en leur offrant de la valeur professionnelle et de l’accompagnement. 

Dans les provinces sont nées des expériences positives pour répondre aux pauvretés qui se manifestent. On développe le travail en réseau, en collaboration avec la Famille salésienne, avec des éducateurs et des volontaires des communautés éducatives et pastorales, avec des personnes du monde tant ecclésial ou social qu’associatif, avec les organisations non gouvernementales. Des aspects positifs qui favorisent l’ouverture aux nouveaux fronts d’action sont la capacité accrue de penser et d’agir au moyen de projets, la confiance et la disponibilité des institutions, privées comme publiques, l’engagement à investir sur la formation en vue d’habiliter des salésiens et des laïcs à des réponses adéquates. 

�� D’autre part il existe une certaine résistance à rénover, à donner une nouvelle qualité, à convertir notre mentalité. S’avère encore faible la formation de salésiens et de laïcs pour savoir lire les signes des temps et conjurer le danger de se tenir éloigné des jeunes. Ensuite, parfois, notre engagement éducatif ne réussit pas à rejoindre quelqu’un qui se trouve à l’extérieur de notre milieu de vie. Pour répondre aux nouvelles pauvretés, quelquefois les provinces se sont reposées sur l’esprit d’initiative d’un confrère sensible et elles n’ont pas toujours mis en place des initiatives programmées ensemble.

102.

Autres priorités : famille, communication sociale, Europe 

C’est une préoccupation particulière que suscite, dans presque tous les contextes, la situation de la famille. Elle est menacée non seulement par le relativisme moral qui est répandu, mais aussi par des processus qui cherchent à lui enlever sa légitimité à être une institution. On arrive même à la désagréger et à reconnaître d’autres formes d’union, avec de graves conséquences sur le plan éducatif, telles que l’abandon des enfants mineurs, le fait d’imposer à des personnes de vivre en commun, les violences à l’intérieur des familles. C’est pourquoi dans les provinces s’est accrue l’attention portée sur la famille, qui est la référence essentielle pour l’éducation, mais les engagements qui ont été pris jusqu’à maintenant sont encore insuffisants. 

Se sont accrus la sensibilité et l’engagement de la Congrégation dans le domaine de la communication sociale. En sont le signe, par exemple, l’institution de la Faculté de Sciences de la communication sociale à l’UPS, la mise en œuvre de différents projets pour l’éducation à l’usage critique des médias, la présence croissante sur internet de sites d’institutions, la plus grande familiarité avec le réseau informatique tant pour les échanges personnels que pour la formation à distance, la nouvelle manière de voir du Dicastère pour organiser la communication sociale. Nous avons toutefois conscience que les mondes virtuels habités par les jeunes sont multiples et que nous ne sommes pas toujours capables de les partager et de les animer en raison d’un manque de formation, de temps et de sensibilité. 

�� Au cours des dernières décennies nous avons assisté à un affaiblissement progressif de la présence salésienne dans quelques nations d’Europe. La diminution préoccupante du nombre des vocations a engagé les confrères à maintenir le plus possible les présences en impliquant les laïcs, à redéfinir les frontières des provinces, à construire des projets communs pour mieux répondre aux défis de l’éducation et de l’évangélisation. On perçoit que cet effort ne peut pas être maintenu sans un projet courageux de la part de toute la Congrégation.

103.

Nouveaux modèles dans la gestion des œuvres 

Dans le travail en faveur des jeunes pauvres, on a obtenu, dans quelques provinces, de bons résultats en formant, en impliquant et en rendant coresponsables les laïcs. Il s’agit d’une attention de plus en plus courante, mais elle n’est pas encore assumée de façon appropriée dans toutes nos présences. 

Parfois se présente un modèle d’organisation que l’on n’a pas su renouveler selon l’exigence des temps : il subsiste une mentalité héritée du style traditionnel de conduite des maisons. Cela se manifeste, par exemple, dans la rigidité de la mise en place des activités, dans l’insuffisance d’attention aux rythmes de vie des jeunes, dans la lenteur à donner de nouvelles bases ou de nouvelles orientations aux présences et aux œuvres, dans la difficulté à rendre coresponsables les laïcs dans les postes de décision. 

�� Pour nous adapter aux conditions de l’époque qui avaient changé, nous avons souvent adopté la stratégie de l’agrandissement des œuvres, en les portant à des dimensions difficiles à gérer, au point qu’elles ne sont plus en mesure de répondre aux nouvelles pauvretés avec la souplesse et l’urgence que ces dernières demandent.

 

LIGNE D'ACTION


104.

Processus à mettre en place pour le changement 

Pour affronter les exigences de l’interpellation par Dieu et les défis qui proviennent de la situation et pour réaliser les lignes d’action qui en découlent, il est nécessaire de convertir les mentalités et de modifier les structures, en passant : 

  • d’une attention occasionnellement portée sur les jeunes pauvres à des projets bien ciblés et durables en vue de leur service ; 
  • d’une mentalité qui ne connaît que des gestes d’assistance à outrance à l’implication des jeunes pauvres pour qu’ils soient les protagonistes de leur développement et s’engagent dans le domaine social et politique ; 
  • d’une intervention directe pour les victimes de l’injustice à un travail en réseau pour en combattre les causes ; 
  • d’une pastorale des jeunes qui ne porte pas suffisamment l’attention sur les contextes familiaux à une pastorale des jeunes qui investisse davantage en déployant ses énergies en faveur de la famille ; 
  • d’une attitude timide et d’une présence sporadique dans les médias à un usage responsable et à une animation éducative et évangélisatrice de plus grand poids ; 
  • d’une situation d’affaiblissement progressif des œuvres dans quelques pays d’Europe à un relance du charisme ; 
  • de la tendance à se concentrer sur la gestion d’œuvres désormais consolidées à une souplesse courageuse et créative ;
  • d’une action éducative autosuffisante au travail en réseau avec tous ceux qui ont à cœur les besoins des jeunes.

LIGNE D'ACTION 15

Principale priorité : les jeunes pauvres

105.

Effectuer des choix courageux en faveur des jeunes pauvres et à risque.

106.

Que la communauté 

  • affronte les nouvelles pauvretés que vivent les jeunes de son contexte de vie et maintienne vive la sensibilité pour les formes les plus graves ; 
  • exprime la prédilection pour les pauvres en établissant, avec la communauté éducative et pastorale, des projets pour des initiatives explicitement dédiées aux jeunes les plus pauvres de son secteur ; 
  • se sente particulièrement solidaire avec les œuvres de la province dédiées aux plus pauvres ; 
  • cherche des réponses aux pauvretés spirituelles des jeunes, en proposant des expériences et des parcours qui puissent réveiller la dimension religieuse de la vie et les aider à découvrir Jésus comme Sauveur.

107.

Que la province 

  • donne pour sûr que dans le projet organique de la Province il y ait des œuvres explicitement dédiées aux jeunes les plus pauvres et à risque, et qu’elle prépare du personnel qualifié ; 
  • fasse en sorte que d’une manière sûre, dans le projet éducatif et pastoral de chaque œuvre, on offre une proposition de promotion humaine et d’éducation à la foi qui soit appropriée à la situation des jeunes les plus pauvres ; 
  • prenne avec courage, là où c’est nécessaire, la décision de donner à ses œuvres de nouvelles bases et de nouvelles dimensions pour quelles soient au service des jeunes pauvres et des catégories populaires ; 
  • étudie la possibilité de mettre en œuvre des projets et d’établir des espaces pour offrir aux jeunes une solution qui vienne remplacer des formes de divertissement physiquement et moralement dangereuses ; 
  • encourage la défense des droits des enfants mineurs et des jeunes et dénonce leur violation avec un courage de prophète et une sensibilité d’éducateur.

LIGNE D'ACTION 16

Autres priorités : famille, communication sociale, Europe

108.

Apporter une attention privilégiée à la famille dans la pastorale des jeunes ; intensifier la présence éducative dans le monde des médias ; relancer le charisme salésien en Europe.

109.

Que la communauté 

  • implique et forme les parents dans l’action éducative et évangélisatrice des enfants ; 
  • développe des itinéraires d’éducation affective, surtout pour l’âge de l’adolescence, et accompagne les jeunes dans l’expérience des fiançailles, en mettant en valeur l’apport des parents, des laïcs coresponsables et des groupes de la Famille salésienne ; 
  • favorise les nouvelles formes d’évangélisation et de catéchèse des familles et par l’intermédiaire des familles ; 
  • prévoie des projets éducatifs pour aider les jeunes à faire un usage critique et responsable des différents types de médias (“mass media”, “folk media”, “personal media”, “convergent media”, etc.) et encourage leur action de protagonistes dans le domaine de la communication sociale et de l’expression des jeunes et des gens du peuple ; 
  • fasse usage des technologies de la communication sociale pour donner une plus grande visibilité à sa propre présence et pour diffuser le charisme.

110.

Que la province 

  • coordonne et soutienne les efforts des communautés éducatives et pastorales dans l’éducation affective des jeunes et dans l’accompagnement des fiancés ; 
  • définisse une stratégie réaliste pour favoriser une présence éducative de plus grand poids dans le monde des médias et des expressions artistiques des jeunes et des gens du peuple, et qu’elle prépare du personnel qualifié dans ce domaine ; 
  • développe avec les laïcs et la Famille salésienne des projets de pastorale familiale.

111.

Que le Recteur majeur avec son Conseil 

  • offre, par l’intermédiaire du Dicastère de la pastorale des jeunes, des orientations sur les itinéraires d’éducation affective des jeunes, pour soutenir l’engagement des provinces et des communautés ; 
  • réfléchisse, par l’intermédiaire du Dicastère pour la communication sociale, du Dicastère pour la formation et du Dicastère pour la pastorale des jeunes, sur les nouveaux défis de la culture des personal media en vue de la formation des salésiens, en vue de la préparation des laïcs, en vue de l’aide à apporter aux jeunes ; 
  • définisse la nature et les objectifs de l’intervention de la Congrégation pour une présence salésienne rénovée en Europe.

LIGNE D'ACTION 17

Nouveaux modèles dans la gestion des œuvres

112.

Revoir le modèle de gestion des œuvres pour une présence éducative et évangélisatrice plus efficace.

113.

Que la province 

  • renforce la consistance quantitative et qualitative de la communauté salésienne et l’aide à discerner quelle est sa responsabilité principale dans l’animation de l’œuvre ; 
  • détermine les interventions nécessaires pour mettre en route de “nouvelles présences” ou pour rénover celles qui existent de manière qu’elles soient mieux orientées vers la mission ; 
  • repense la distribution des responsabilités dans chaque communauté, vérifie le fonctionnement des conseils aux différents niveaux pour que le directeur puisse accomplir son devoir principal ; 
  • réfléchisse sur la complexité des œuvres et détermine dans le projet organique de la Province des formes plus souples de présence ; 
  • sollicite et mette en valeur l’apport de la Famille salésienne en vue de l’établissement d’un projet commun pour la présence sur le territoire ; 
  • favorise le travail en réseau avec des personnes de la Famille salésienne, de l’Eglise et de la société.