Consiglio Risorse

Revue du Théologat Ebugu mai- juillet 2012.

Nº 4 Mai-Juillet 2012 2ème année
POÈME À DON BOSCO
Life is an adventurious road but without
Jesus Christ every thing is meaningless
With no experience
Lord assist us and make us understand
That with you life has meaning
Life and death is are mystery
The earth, the ocean and the whole universe are
mystery while the human life remains an un unaccomplished
mystery
Live is a light when we live it to the full
With the fear of the lord we live life to the full
Life changes from time to time but to the full
But when Jesus is there
Every thing is joy full
Every thing is successful
And our life is wonderful
Jesus is our light, is
With him that we discover God’s mystery
Like Don Bosco who
Had faith in God by
Respecting God’s commandments
He knew what love is;
To share and help without
Distinguishing race, tribe and nation
Please God like Don Bosco
Help our young generation
To have faith in you.
MBAPPE Elvira, Oratoire Don Variara d’Ekié
SOMMAIRE
Editorial 3 - 4
Quelle Eglise en Afrique après Africae Munus
Pensée salésienne 5 - 12
 Jalons pour une formation salésienne inculturée
en Afrique
 Africae Munus, lecture salésienne à la lumière
du « vivre ensemble » chez Don Bosco.
Théologie 13 - 22
 De l’Eglise famille de Dieu à la fraternité
universelle : Apports de Africae Munus
 L’Afrique sur le chemin de la Réconciliation :
Une lecture de « Africae Munus »
Témoignages 23– 27
 Don Bosco, diplomate « officieux » durant
l’unification italienne
 Hommage au professeur Eric de Rosny !
Flash info 28 - 31
Les nouveaux diacres ont la parole
Ephémérides 32
Directeur de publication :
P. Grégoire KIFUAYI
Administration :
P. Marco Porfirio DIAZ
Rédacteur en chef :
Gildas SANT’ANNA
Maquette - Mise en page :
Rigobert FUMTCHUM
Rédaction :
Arnaud BIDOUZO
Francis ZANMENOU MISSIGBETO
Jérémie LOUZOLO
Jerry MATSOUMBOU
Jonathan POULI
Narcisse BADIATA
Paul TEGUE
Ebugu, Mai - 2012 2
Q uelle mission de l’Église en Afrique aujourd’hui ? (Africae Munus, 1). La mission de l’Église en Afrique aujourd’hui doit dépasser les frontières de l’Église. Elle appartient au domaine de l’espace public. Pour-quoi ? Parce qu’elle touche à des questions qui impliquent toute la société. Et cela correspond à une sorte de rupture au coeur même de sa mission, c’est-à-dire le passage d’un discours théo-rétique à un engagement de l’Église comme agent de change-ment dans les batailles contre les dictatures et pour l’instaura-tion d’un véritable processus démocratique, en vue d’une évan-gélisation en profondeur.
Il nous faudra une édition africaine de la Constitution pas-torale Gaudium et Spes de Vatican II sur le rôle de l’Église dans le monde africain d’aujourd’hui et de demain. C’est à partir du moment où les Églises cessent de se penser en fonction d’elles-mêmes et de la signification du Christ pour leur propre cons-cience religieuse, qu’elles découvrent que tout projet d’enraci-nement dans les valeurs de la tradition culturelle ou biblique n’a de sens que s’il est un projet pour le monde, comme l’a dit le théologien Jean Baptiste Metz dans sa théologie du monde. Or un projet pour notre monde, pour notre Afrique d’aujourd’hui ne peut être qu’un projet de rupture en vue de proposer autre chose dans le désordre de notre existence et la désorientation de nos consciences. Dans les pays africains où les droits élémen-taires de l’homme sont bafoués, l’Église et sa mission ne peu-vent se satisfaire de la liberté qui leur est donnée de construire les lieux de culte et de prêcher. La nécessité d’une évangélisa-tion en profondeur dans les réalités culturelles africaines impose à l’Église le refus de toute forme de compromission et de com-
EditorialEditorialEditorial
plaisance.
À l’heure actuelle, l’Église risque, le plus souvent, en dehors de quelques excep-tions, de s’adapter aux sys-tèmes établis, pourvu que ceux-ci lui laissent une marge de li-berté pour enseigner le caté-chisme aux enfants des pa-roisses et des écoles catholiques et ainsi distribuer des visas pour l’éternité. Il lui faut ici vaincre la tentation de se replier sur elle-même et d’abandonner la solidarité avec les milieux popu-laires et les laissés pour compte d’un développement inégal. Ce qui se passe en Afrique, dans certains pays, interpelle l’Église et l’oblige à se redéfinir devant les problèmes sociaux qui se po-sent à tous les niveaux de la vie africaine (Cf. Eccleisa in Africa et Africae Munus).
Comment être l’Église du Christ dans ces pays où des ty-rans sanguinaires célèbrent les assassinats innombrables et les exterminations répétées des po-pulations inoffensives sans voix ? Comment revenir aux plus humbles, aux plus déshérités, comme le fit le Christ lui-même qui est mort crucifié pour té-moigner son amour aux hommes, ses frères ? Dans une situation où n’importe quel ci-toyen peut devenir à tout mo-ment prisonnier et être torturé pour une réflexion banale ou pour une opinion, comment évi-
Quelle Église en Afrique après Africae Munus ?
« Pour une Église publique et prophétique dans le domaine social et politique »
Père Grégoire Marie KIFUAYI,
Salésien de Don Bosco,
Nationalité Congolaise RDC
Directeur du Théologat Salésien
Ebugu, Mai - Juillet 2012
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Ebugu, Mai - 2012
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ception de la société que la démocratie et le plu-ralisme exigent. Il est du devoir de l’Église de dire clairement la parole du Christ (AM, 30), la seule parole dans laquelle les paroles des hommes de-vront s’enraciner pour que la démocratie ne soit pas une mascarade ni le pluralisme un simple jeu politicien, mais une éthique d’être ensemble. L’Église doit proposer une vision du monde dont la logique est d’assurer la parole dans le dialogue, le débat, la confiance réciproque, la recherche com-mune de l’humain.
Plus explicitement encore, il appartient à l’Église de faire découvrir à nos sociétés le seul ferment qui puisse faire tenir ensemble nos pays africains en quête de fraternité et de démocratie : l’exigence de l’amour et de la solidarité au sens que Jésus donne à ces mots. C’est ce que le théo-logien béninois, J. M. Agoussou, appelle « la civili-sation du frère », c'est-à-dire de l’espace de vie où je suis responsable de mon frère. Si tout homme a le droit de vivre à hauteur d’homme, toute société a le droit de s’épanouir à hauteur humaine. Si tout homme a le devoir d’être un frère, toute société a la responsabilité d’être pour tout homme un espace de fraternité. Autrement dit, les perspectives de la vie humaine ne sont à la mesure de Dieu que lorsqu’elles sont essentielle-ment éthiques. Bibliquement parlant, être humain, c’est toujours être en vue du bonheur que Dieu ouvre comme champ de responsabilité dans sa pro-messe à tout homme comme personne, et à toute société comme civilisation du frère. Le frère dont le visage est une fenêtre ouverte sur l’infini, comme l’a mis en lumière E. Levinas…
ter d’être confondu avec les forces complices des injustices subies par les masses désar-mées des campagnes et des bidonvilles d’Afrique ? Bref, au moment où les privilégiés du système étouffent leur conscience pour protéger leur situation, qui osera faire face aux forces d’oppressions qui condamnent des hommes, des femmes et des jeunes à subir des conditions de vie atroces et à mourir de faim dans les prisons ?
Dans une société qui aspire au change-ment et au progrès, aux mieux-être et à la liberté, l’Église ne doit pas se complaire dans les assemblées dominicales bien pleines et les liturgies soi-disant vivantes, en langues lo-cales ou avec les instruments de musique du pays, mais avec un peuple famélique. L’Église n’a pas seulement à développer des spirituali-tés d’enthousiasme populaire, d’exubérance et d’incandescence sacrale sans commune mesure avec les exigences de la transforma-tion de nos sociétés et de nos systèmes insti-tutionnels. Sortir du cercle enchanté de ces spiritualités est un défi pour la mission de l’Église en Afrique. Sans engagement profond dans sa vocation, - « étant, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c'est-à-dire à la fois signe et moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain… et sacrement universel du salut », - l’Église ne peut accomplir sa mission de salut dans une Afrique en quête de vie. Là où des hommes livrés à des souffrances inouïes et au désespoir, meurent à petit feu, l’Église doit faire entendre la voix de l’Évangile, même dans le désert, pour le respect de l’homme quelle que soit sa condition et quelles que soient ses convictions. Dans la mesure où il faut oser proclamer le message chrétien comme un défi à la domination en Afrique, la libération de l’oppression est le lieu où il nous faut redécouvrir le caractère évangé-lique de l’Église : celle-ci fait partie inté-grante des « damnés de la terre ».
À l’heure où partout s’élève, du sein des peuples africains une soif irrépressible de démocratie et de pluralisme politique, il ap-partient à l’Église d’éclairer de la lumière du projet de Jésus l’idée de l’homme et la con-
L a formation à l’identité charisma-tique salé-sienne des fils du conti-nent africain se veut être aujourd’hui une mission d’inculturation pour nos provinces à l’ère de l’insertion du charisme salésien dans les diverses cultures. La « Ratio Fundamentalis », patrimoine commun à toute la Congrégation, en matière de normes pour la formation, a tou-jours été utilisée pour des adaptations locales là où les besoins se pré-sentent.
Notre présente réflexion veut simple-ment interroger les créa-tivités dans la formation salésienne en Afrique en général mais surtout nos présences en Afrique
JALONS POUR UNE FORMATION
SALESIENNE INCULTUREE EN AFRIQUE
Pensée salésiennePensée salésienne
subsaharienne. Plus qu’une créativité, il devrait s’agir, en fait, d’un change-ment de mentalité pour initier des actions concertées et réfléchies pour non seulement mettre en évidence d’une part les critères et normes de la Congré-gation, mais aussi d’autre part, asseoir une formation adaptée aux temps et aux milieux. A cet effet, Le Recteur Majeur, dans son discours à Nairobi, si-gnalait que « les itinéraires de formation initiale ne réussissent pas encore à focaliser adéquatement l’inculturation du charisme en Afrique »(1). Il note une séparation entre la dimension intellectuelle et celle de la pastorale. Dans le même paragraphe, le successeur de Don Bosco nous rappelle que le temps de faire face et « d’affronter le problème de l’excessive dépendance financière de l’extérieur de nos oeuvres » est arrivé.
Les questions qui nous ont toujours traversé l’esprit et qui nous lan-cent dans cette réflexion rejoignent ces préoccupations. Ce sont entre autres : Dans quelle mesure, malgré sa mission spécifique, une maison de for-mation salésienne peut-elle répondre aux besoins du milieu dans lequel elle
Fr. Gildas SANT’ANNA
Salésien de Don Bosco,
Nationalité Béninoise
Etudiant en Théologie
Ebugu, Mai - Juillet 2012
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est installée ? Quelles sont les options forma-tives à prendre dans notre Afrique salésienne pour réduire la main tendue vers l’extérieur ?
En fait, il s’agit bel et bien d’une cer-taine mentalité de for-mation qui doit traverser non seulement les mai-sons de formation mais aussi toute la formation permanente. Dans ce sens, « il s’agit de re-prendre la question de la mission en se deman-dant si elle n’est pas d’abord celle de chaque Eglise locale dans un contexte où tout donne à penser que le christia-nisme bascule vers le Sud »(2). Le Pape Benoît XVI, citant Jean-Paul II, souligne en effet que c’est « dans les Eglises locales que peuvent se fixer les éléments con-crets d’un programme - objectifs et méthodes de travail, formation et va-lorisation du personnel, recherche des moyens nécessaires - qui per-mette à l’annonce du Christ d’atteindre les personnes, de vivifier les communautés, et d’agir en profondeur par le té-moignage des valeurs évangéliques sur la so-ciété et sur la cul-ture »(3). Ce temps de défi pour l’Eglise, l’est aussi pour l’Afrique salé-sienne, qui doit se mettre debout pour marcher.
Le besoin d’inculturer la for-mation aujourd’hui doit passer né-cessairement par la connaissance de Don Bosco, dans une étude sé-rieuse des sources salésiennes et en même temps à travers une écoute attentive des réalités de nos jeunes. Nous avons déjà abordé brièvement cet aspect dans la der-nière parution de notre bulletin de réflexion Ebugu sous le titre : Don Bosco et la formation des candidats à la vie salésienne(4). L’interroga-tion qui nous préoccupe ici rend encore plus impérieuse la réponse attendue, par l’Afrique, du cha-risme salésien. Les soucis qui sont à la base des changements dans les communautés de l’Occident ne sont pas toujours sentis avec la même vigueur dans le monde africain.
L’Afrique salésienne de-mande une vie religieuse vraiment prophétique, une vie vécue avec le souci d’identité, de vérité en vue de répondre à tant de jeunes et enfants de notre temps, dans les situations concrètes de leur exis-tence. N’est-ce pas une demande d’authenticité du mystère de l’Incarnation ? Il faut pour cela évi-ter certaines erreurs dans la ma-nière de former les jeunes pour promouvoir une véritable personna-lisation de la formation. Parmi les choix stratégiques énoncés par le
Recteur Majeur à Nairobi, se trouve en tête le soin de l’identité de la vocation consacrée salésienne, comme base de toute formation. Dans ce sens, la forma-tion à l’identité charismatique salé-sienne est donc la première exigence de notre mission d’éducateur-pasteur. C’est une mission d’abord tournée vers les confrères avant toute action ad ex-tra. Il s’agit de valoriser en leurs per-sonnes les dons que l’Esprit fait à l’Eglise et viser à les insérer dans un projet éducatif et pastoral spécifique. Une vocation spécifique a besoin d’une formation spécifique en cohérence avec l’esprit charismatique fondateur.
La formation des Salésiens au-jourd’hui en Afrique doit pouvoir ré-pondre aux besoins des exigences de notre temps, aux défis de l’Eglise d’Afrique et de la mission qui nous at-tend auprès des jeunes. Toutes les com-munautés, quelque soit leur spécificité, sont des lieux privilégiés pour la forma-tion de chaque confrère. Les questions relatives à la foi, au charisme, ou même à notre action pastorale surgissent tou-jours de la vie quotidienne. Des ré-ponses adéquates ne peuvent être trou-vées que par une communauté en per-pétuel discernement de la volonté de Dieu face aux réalités de nos milieux. Don Bosco percevait déjà en son temps qu’il fallait former les Salésiens dans la mentalité de leur culture pour les
Un nécessaire retour à Don Bosco
Ebugu, Mai - 2012
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rendre capable d’évangéliser en profondeur. Ses clercs s’adon-naient à leurs études de philoso-phie et de théologie et, tout à la fois, assistaient les garçons du collège et leur enseignaient les disciplines les plus disparates, animaient les jeux de cour et donnaient à l’ensemble du com-plexe éducatif un ton joyeux et détendu d’immédiateté et de fraîcheur qui rapprochait aisé-ment les jeunes dans la famille éducative salésienne(5). C’est une question de choix stratégique, qui doit nous interpeller aujour-d’hui suite à l’acquisition d’une mentalité nouvelle face à la nou-velle évangélisation. Certes, cer-tains peuvent objecter que l’existence de plusieurs centres d’attention au cours des étapes de formation initiales risquerait d’abaisser la tension spirituelle et communautaire, mais nous ne devons pas perdre de vue qu’en son temps, Don Bosco envisa-geait conjointement formation et action éducative et pastorale. Pour faire face au risque de dis-persion de ce choix formatif, nous devons prendre conscience que notre culture actuelle nous demande de la vigueur spiri-tuelle, une consistance intellec-tuelle et une identité charisma-tique pour donner des réponses adéquates à tant d’enfants et de jeunes qui nous attendent dans différents contextes où le cha-risme salésien s’est incarné. « Héritiers et exécuteurs d’un rêve »(6) qui nous confie une mis-sion, nous sommes appelés à nous armer de courage pour être à la hauteur de cette noble tâche avec l’aide de Marie Auxi-liatrice, celle qui a tout fait.
L’appel de Dieu qui nous saisit dans l’aujourd’hui de la situa-tion concrète des jeunes, la réappropriation du charisme de Don Bos-co et la fidélité à son système éducatif et pastoral au milieu des si-tuations actuelles, feront surgir avec courage d’autres modalités de formation dans cette Afrique salésienne. Nous avons à construire l’unité de la Congrégation dans la diversité, et la diversité acceptée et vécue, nous permettra de cheminer ensemble vers une plus grande communion.
Le monde réel dans lequel nous vivons est le théâtre des situations qui font frémir le coeur des salésiens et provoquer une dé-marche pour le salut des jeunes abandonnés. La formation initie t-elle à percevoir les cris de la souffrance, de l’exploitation, de la pau-vreté, des injustices de tous genres dont souffre le continent afri-cain ?
Il y a un besoin réel que la formation immerge les formés dans le tissu de la vie du peuple pour aiguiser leurs sensibilités. De ce point de vue, une maison de formation salésienne ne peut se refer-mer sur elle-même et chercher sa voie de formation spécifique tout en y répondant exclusivement. Des opportunités du milieu qui sont productrices de richesses doivent être saisies ; des services à rendre dans le milieu en termes d’actions éducatives et pastorales doivent aussi être répertoriés pour la gloire de Dieu et le salut des jeunes. En effet, l’article des nos Constitutions sur le travail stipule : « le travail assidu et mortifiant est l’une des caractéristiques que nous a laissées Don Bosco ; il est aussi une expression concrète de notre pauvreté. Par notre labeur quotidien, nous nous associons aux pauvres qui vi-vent du fruit de leur peine, et nous témoignons de la valeur humaine et chrétienne du travail »(7).
Il est clair que dans notre mission salésienne auprès des jeunes, les initiatives ne doivent pas manquer. Comme l’a souligné Jean-Marc Ela, « pour s’ouvrir à l’inédit et à l’inattendu de Dieu qui surgit dans l’action de l’Esprit, l’adhésion au mystère du Christ exige non seulement le passage de l’uniformité à la diversité mais aussi le passage de la tutelle à la prise d’initiative »(8). Il nous faut rejeter
Jerry, salésien étudiant en théologie à l’école saint Cyprien de Ngoya
Ph.Arnaud
Une formation à l’autosuffisance financière
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toute forme de fatalité pour amorcer un véritable combat pour la vie et le développement(9). En effet, l'Eglise a été un mo-teur de développement dans les siècles passés et elle continue de l'être de nos jours à travers son action dans le monde.
Du moment où l’Afrique salésienne vit en sa grande par-tie une situation de dépendance financière parfois aiguë, il est urgent de travailler à générer les ressources nécessaires à la sub-sistance et capables de soutenir les petits projets d’éducation et d’évangélisation. Réduire la dé-pendance vis-à-vis de l’extérieur est une nécessité pour parvenir à une vraie autonomie. C’est aussi une façon de témoigner auprès des populations qu’il est possible de créer les conditions d’une vie décente par le travail et l’ex-ploitation judicieuse des res-sources locales disponibles. Pourquoi ne pas avoir des mai-sons d’accueil et de spiritualité salésienne, pour prêcher des re-traites et sessions et assurer l’accompagnement et la forma-tion des jeunes ? Ce serait des structures éducatives et pasto-rales qui, non seulement ren-dront service aux jeunes du point de vue spirituel, mais aussi contribueront à la construction du temporel en générant des res-sources pour la même mission. Certes, l’Eglise vit de la charité, mais Engelberg Mveng dénonce cette pratique de charité en fa-veur des Eglises africaines en la qualifiant d’aliénant(10). Il est clair pour l’Afrique aujourd’hui que l’aide extérieure amène ses filles et fils à se passer progressi-vement de l’aide. Il ne s’agit nullement d’un repli sur soi, car l’autonomie ne signifie pas au-
tarcie ni indépendance, mais ren-force la solidarité et la commu-nion. C’est toute la probléma-tique de la mondialisation qui se dessine ici en filigrane. Comment entrer dans un monde globalisé sans une autonomie propre ? Al-lons-nous continuer de dormir sur « la natte des autres »?(11)
Il s’agit pour l’Afrique sa-lésienne de développer des stra-tégies, en cohérence avec notre vocation et notre mission, en vue de restreindre l’aide extérieure. Pour cela il nous faut utiliser toutes les potentialités locales et faire participer tous les membres de la famille salésienne, collabo-rateurs et destinataires à l’autofi-nancement de nos oeuvres. Ce que nous proposons ici est loin de l’idée d’une suppression immé-diate de l’aide extérieure. Des grands projets conçus et initiés pour le bien de la jeunesse ont toujours besoins d’appuis exté-rieurs et intérieurs tant dans leur conception que dans leur réalisa-tion et leur évaluation. Toute-
fois, prolonger sa survie unique-ment à partir des formules d’aides extérieures est vraiment suicidaire. L’Afrique salésienne, dans son processus de dévelop-pement, doit d’abord compter sur ses propres potentialités et richesses avant d’aller chercher des soutiens ailleurs.
L’Eglise à toujours rendu des services louables de charité. « Au nom du droit des nécessi-teux et des sans-voix, et au nom du respect et de la solidarité qu’il faut leur apporter, elle de-mande que les organismes inter-nationaux et les Organisations non gouvernementales s’enga-gent à oeuvrer dans la pleine transparence »(12).
NOTES
1. Cf Don Pascual Chavez V., Discours de clôture, Visite d’ensemble de la Ré-gion Afrique et Madagascar, Nairobi, 25 février 2012.
2. Jean-Marc Ela, Repenser la théologie africaine, Karthala, Paris, 2003, p.164.
3. Benoît XVI, Exhortation Apostolique post-synodale, Africae Munus, N°14.
4. « Don Bosco et la formation des candidats à la vie salésienne » in Bulletin trimestriel d’information et de réflexion du théologat salésien Saint Augus-tin, Ebugu, N°3, Janvier-Mars 2012, p. 11.
5. P. Stella, « Portrait du clerc de ce temps », in Don Bosco nella storia della religiosita cattolica, t.II, p.392, cité par Francis Desramaut, Don Bosco en son temps, (1815-1888) Societa Editrice internazionale, Torino, 1996, p. 931.
6. Cf Don Pascual Chavez V., Discours de clôture, Visite d’ensemble de la Ré-gion Afrique et Madagascar, Nairobi, 25 février 2012.
7. Article 78, Constitutions Salésiennes.
8. Jean-Marc Ela, op.cit., p. 164.
9. Cf Antoine Babé, Eglises d’Afrique ! De l’émancipation à la responsabilité, Academia Bruylant, Belgique, 1998, pp. 43-44.
10.Cf A. Mveng, L’Afrique dans l’Eglise, Parole d’un croyant, L’harmattan, Paris, 1985, p. 22.
11.Nous empruntons cette expression de Joseph Ki-Zerbo.
12.Benoît XVI, Exhortation Apostolique post-synodale, Africae Munus, N°87.
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D ’une manière générale, « vivre ensemble » c’est vivre en collec-tivité ou en famille. « Vivre en-semble » c’est aussi apprendre à construire avec d’autres, à développer la solidari-té, la coopération, à exprimer son point de vue, à maîtriser ses sentiments, ses émotions, à accepter les différences, et enfin à gérer les relations entre les personnes. De nos jours, vivre ensemble ne va plus de soi. Spontanément, chacun se sent avoir plus de droits que de devoirs, vise son bonheur per-sonnel plutôt que le bien commun, se réunit avec ses semblables plutôt qu’avec les « autres ». De ce fait, beaucoup d’entre nous se plaignent de ce qu’il est difficile à l’heure actuelle de compter sur les autres. Actuellement tout en vivant dans de grands groupes, beaucoup se sentent seuls face à leurs difficultés. Le quotidien devient alors une bataille extrêmement pénible. Chacun se dé-brouille ou chacun porte sa croix comme on dit si bien. Aujourd’hui, la société en général et l’indivi-
S. Narcisse
BADIATE
Salésien de Don Bosco,
Nationalité Congolaise
Etudiant en Théologie
AFRICAE MUNUS, LECTURE
SALESIENNE A LA LUMIERE DE
L’EXPERIENCE DU « VIVRE ENSEMBLE »
CHEZ DON BOSCO
du en particulier doivent se construire à nouveau frais. Dès lors, revient-il à chacun d’imaginer des règles qui nous permettent de vivre ensemble ? Y a-t-il des initiatives heureuses dans ce domaine ? De nombreuses initiatives dessinent les prémices de ce nouveau monde. En Afrique, par exemple, la vie communautaire à une très grande importance. Cela semble une évidence. Des généralisations scienti-fiques indiquent que le jeune africain valorise l’harmonie sociale ; c’est-à-dire que pour lui, il est fondamental de trouver un accord avec l’autre. Cela vaut pour la famille nucléaire. Pourtant, com-ment vivons-nous ensemble dans notre continent, nos pays, nos quartiers, nos cours communes, nos familles ? Dans un monde enténébré par les conflits de tout genre, quels sont les vertus essentielles pour le vivre ensemble dans la société actuelle ? Dans cette crise anthropologique, la vie en Eglise est un laboratoire singulier où peuvent s’ébaucher des manières de vivre ensemble. Dans ce sens, l’exhortation apostolique post-synodale, du Pape Benoît XVI nous propose des lignes d’actions centrées sur la réconciliation, la justice et la paix, en vue d’un bon « vivre ensemble » dans la société africaine en général et dans l’Eglise d’Afrique en particu-lier. Le saint piémontais du 19e siècle, Jean Bosco est aussi un modèle de vie communautaire qui se réalisa à travers son ex-périence éducative avec les
La Communauté du Théologat saint Augustin lors de la sortie communautaire à Limbé, avril 2012
Ph. Arnaud, sdb
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jeunes et les enfants dans son premier oratoire de Valdocco à Turin. Dans les lignes qui suivent nous nous efforcerons de dégager les idées maitresses d’Africae Munus et de la pédagogie salésienne du point de vue du vivre ensemble. Pour ce faire, nous examinerons pour conclure la synthèse des deux visions.
Dans un premier temps, il convient de souli-gner avant tout que, les problèmes de réconcilia-tion, de justice, et de paix sont aussi anciens que ceux de l’homme, et ils sont tout autant toujours d’actualité que ceux de l’humanité. Dès le jour où deux hommes entreprirent de vivre ensemble, la justice et la paix vertus fondamentales de la nature humaine, firent leur apparition et exercèrent leurs rôles. Depuis toujours, la vie de l’homme en socié-té a suscité des problèmes de réconciliation, de justice et de paix et a été comme pétrie, pour ainsi dire de ces mêmes problèmes. Dans l’exhortation apostolique Ecclesia in Africa, Jean Paul II faisait remarquer qu’ « en dépit de la civilisation contem-poraine du ’’village global’’, en Afrique comme ail-leurs dans le monde, l’esprit du dialogue de paix et de réconciliation est loin d’habiter le coeur de tous les hommes. Les conflits, les attitudes racistes do-minent encore trop le monde des relations hu-maines »(1). Ce constat confirme bien que le vivre ensemble dans la société d’aujourd’hui est en crise. Dans une société où l’on a tendance à consi-dérer l’autre au mieux dans l’indifférence, au pire comme un danger, il est impérieux de promouvoir la civilisation de l’amour pour la réconciliation, la justice et la paix.
Parlant de justice, Mgr Joachim MBADU KIKHELA, dans son allocution aux semaines théolo-
giques de Kinshasa de 1981 affirmait que « justice chrétienne est égale à justice plus charité »(2), ou pour mieux dire, justice dans la charité. Dès lors, il n’y a pas de justice chrétienne sans la charité. C’est comme dirait saint Paul dans sa lettre aux Corinthiens: « l’Amour prend patience, l’Amour rend service (…), il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il trouve sa joie dans la vérité. Il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout»(3). Dès lors, la justice chrétienne imprègne toute la vie de l’homme. Elle intervient dans nos actes en rapport avec l’ordre qui nous unit à nos semblables et à la société. Avec l’exhortation apostolique, Africae Munus, le Pape Bénoît XVI invite les Africains « au service de la réconciliation, de la justice et la paix ». Vertus qui ont pour source primordiale la personne de Jésus-Christ. Il s’agit pour nous de nous engager résolument à nous réconcilier avec Dieu, avec nos frères et soeurs, mais surtout avec nous même, pour une meilleure construction d’un ordre social juste et pacifique dans la perspective des Béatitudes. Voilà pourquoi, l’évêque de Rome dans Africae Munus, nous montre les chantiers, les voies à suivre pour un bon vivre ensemble dans la société actuelle en général et plus particulière-ment dans l’Eglise en Afrique. Pour le pontife ro-main, ce vivre ensemble, ne pourrait être effectif que si nous chrétiens, dans le contexte qui est le notre, développions dans toute personne humaine et dans la société, par l’enseignement et l’éduca-tion les fruits de la charité que sont la réconcilia-tion, la justice et la paix. Aussi, le vivre ensemble dans la perspective de l’exhortation apostolique ne serait possible que, dans une société où on accorde un véritable respect à la vie, respect de la création et de l’écosystème, à la personne humaine et plus encore à la famille. S’agissant de la famille, Afri-cae Munus, relève le riche patrimoine de l’Eglise famille de Dieu. A cet effet, « l’image de l’Eglise famille de Dieu met l’accent sur l’attention à l’autre, la solidarité, la chaleur des relations, l’ac-cueil, le dialogue et la confiance»(4). En outre, ceci est bien vrai, car sur qui compter pour se sentir aimé, accepté, entouré, sinon sur la famille ? A ce propos, la famille est le sanctuaire de la vie et une cellule vitale de la société et de l’Eglise. C’est à travers elle, pourra-t-on dire que se modèlent les valeurs primordiales du vivre ensemble. Dans la même perspective, le saint Père souligne égale-ment l’idée selon laquelle, la famille est bien « le lieu propice pour l’apprentissage et la pratique de
Les Anciens(nes) de Don Bosco lors de leur rencontre mensuelle à la Maison Provinciale à Yaoundé, mai 2012
Ph. Rigobert, sdb
Ebugu, Mai - 2012
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contact entre les personnes. Un lieu propice pour l’apprentissage et la pratique de la culture du pardon, de la paix et la réconciliation(7). D’ail-leurs, Don Bosco voulait que, dans ses maisons chacun se sente chez soi. C’est pourquoi il disait que la maison salésienne devient une fa-mille quand l’affection est réci-proque entre ses membres et que tous, confrères et jeunes, s’y sen-tent accueillis et responsables du bien commun(8).
En plus, une grande partie de l’art éducatif de saint Jean Bosco consistait à toujours savoir instaurer autour de lui un climat de paix et de sérénité joyeuse. « Celui qui a le coeur en paix est toujours en fête »(9), répétait-il aux jeunes de son oratoire. En fait, un accent con-sidérable est placé, en matière de pédagogie salésienne, sur la vie de groupe. En outre, la vie partagée dans le groupe permet au jeune de se situer face aux autres, et de dé-couvrir les exigences inhérentes à la vie collective. Dans ce sens, elle permet de développer chez le jeune deux sens fondamentaux : celui de la responsabilité et celui de la jus-tice et de la solidarité. Au sujet de la responsabilité, le jeune est invité par le père et maitre de la jeunesse à être co-responsable du groupe au-quel il appartient, et il peut être amené à prendre en charge l’organi-sation de telle ou telle activité. En-fin, quant à la solidarité, chaque
membre du groupe doit recon-naitre les autres, s’il veut lui-même être reconnu.
En guise de synthèse des deux visions, il convient de no-ter que, ce qui constitue l’inté-rêt du document post-synodal, s’est qu’il balaie tous les pro-blèmes que rencontre le conti-nent africain aujourd’hui, no-tamment ceux de la réconcilia-tion, de la justice et de la paix. En outre, l’engagement de l’Afrique pour la promotion de la réconciliation entre les per-sonnes et les communautés pour la paix et la justice dans la véri-té est confié à tous les acteurs de la société africaine. A cet effet, l’exhortation apostolique est fondamentalement une caté-chèse joyeuse en vue de la paix, la réconciliation et la justice. Cette nouvelle catéchèse pour les jeunes africains nous impres-sionne en tant que salésien en vue de la formation de bons chrétiens et d’honnêtes citoyens pour le continent. A présent, il est indispensable de nous arrê-ter sur le binôme pédagogico-sacramentel de Don Bosco à sa-voir : l’Eucharistie et la Réconci-liation. « La célébration de l’Eu-charistie et la Réconciliation of-frent des ressources d’excep-tionnelle valeur pour l’éducation à la conversion du coeur et à l’esprit de partage … »(10). Par conséquent, c’est à travers ces sacrements, souligne le pape Benoît XVI, que « des hommes et des femmes d’origine, de cul-tures, de races, de langues, et ethnies différentes (…) à travers le Christ-Eucharistie, ils devien-nent consanguin, et donc au-thentiquement frères et soeur »(11). Dans cet itinéraire, nos communautés, nos oratoires-centre des jeunes, nos paroisses
la culture du pardon, de la paix et de la réconciliation. En outre pour le successeur de saint Pierre, dans une saine famille, on fait l’expérience de certaines composantes fondamentales de la paix : la justice et l’amour entre frère et soeurs, … le ser-vice affectueux envers les membres les plus faibles parce que petits, malades ou âgés, l’aide mutuelle devant les né-cessités de la vie, la disponibili-té à accueillir l’autre et, si né-cessaire lui pardonner»(5). Bref, la famille selon Africae Munus, rend service à la société, en lui donnant des hommes et des femmes capables d’édifier un tissu social de paix et d’harmo-nie. Elle est par conséquent le socle où se réalise la vie commu-nautaire et où l’on apprend les fruits de la charité. Enfin, Afri-cae Munus, nous exhorte afin que le vivre ensemble passe par l’unité des religions et la solida-rité entre les personnes hu-maines. Elle invite les chrétiens d’Afrique au dialogue oecumé-nique, au dialogue interreligieux surtout avec les religions tradi-tionnelles et l’Islam.
Dans la seconde partie, il est aussi question du vivre en-semble selon la vision de saint Jean Bosco. Chez le saint Pié-montais, la vie communautaire s’enracine dans l’esprit de fa-mille que celui-ci vécu avec les jeunes de son premier oratoire de Valdocco à Turin, qui « fut pour les jeunes la maison qui accueille, la paroisse qui évan-gélise, l’école qui prépare à la vie et la cour de récréation pour se rencontrer en amis et vivre dans la joie »(6). En effet, l’ora-toire chez Don Bosco est une ’’famille’’, un lieu d’éducation qui privilégie la relation et le
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sont appelés à vivre une spiritualité de communion, l’esprit de famille de Don Bosco, à être réconciliées et réconciliateurs, parce qu’ils sont sans cesse évan-gélisés et évangélisateurs. Enfin, Africae munus, appuyé par le génie éducatif de saint Jean Bosco, constitue en quelque sorte un laboratoire où s’es-quissent des manières d’être solidaires, attentifs aux différences en vue du vivre ensemble entre les hommes et pour la construction d’une paix équi-table et durable dans le respect de chaque individu et de tous les peuples.
Africae Munus, lecture salésienne à la lu-mière de l’expérience du vivre ensemble chez Don Bosco était le thème de notre réflexion. Nous avons voulu mettre en lumière que vivre ensemble, ce n’est pas seulement vivre les uns à côté des autres, en s’intéressant bien sûr, et parfois même en com-patissant aux problèmes des uns et des autres. Mais, vivre ensemble demande d’aller un peu plus loin : s’organiser pour résoudre ensemble les problèmes qui surviennent dans le lieu de vie que l’on partage. Donc, le vivre ensemble, comme nous l’avons vu dans Africae Munus et chez Jean Bosco, suppose un partage qui nous mette en mouvement pour la cons-truction d’une société réconciliée, par les voies de la vérité et de la justice, de l’amour et de la paix. Enfin, Don Bosco nous transmet une façon de vivre et de travailler ensemble dans un esprit qui im-prègne nos relations avec Dieu, nos rapports person-nels et notre vie de communauté, dans la pratique d’une charité qui sait se faire aimer.
Dès lors, saint Jean Bosco à travers son oeuvre éducative ainsi que, le Souverain Pontife, dans son exhortation apostolique post-synodale,
NOTES
1. Africae Munus, 12
2. MBADU KIKHELA Joachim, « Justice chrétienne et promo-tion humaine », Semaines théologique de Kinshasa, 1981. p.15.
3. 1 Corinthien 13
4. Africae Munus, 7
5. Africae Munus, 43
6. Constitutions de la Société de saint François de Sales, 40
7. Africae Munus, 43
8. Constitutions de la société de saint François de Sales, article 16
9. Jean Marie PETITCLERC, la pédagogie de Don Bosco, édi-tions Don Bosco, Caen, p.34.
10. Constitution, 36
11. Africae Munus, 332-33, 155-156
12. Ps 85/84 ; 11-14.
nous invitent à bâtir une société de paix et de joie, de proximité et de dialogue, de bonheur et d’abondance, de piété et d’amour. Une société où puisse se réaliser le chant du psaume 85 : « Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embras-sent ; la vérité germera de la terre, et des cieux se penchera la justice ; Yahvé lui-même donnera le bonheur et notre terre donnera son fruit. La jus-tice marchera devant lui et de ses pas traceront le chemin » (12).
P. Vincent NGALEU et les participant au Mouvement Salésien de Don Bosco
de Mbalmayo en avril 2012
Ph. Arnaud B., sdb
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ThéologieThéologieThéologie
De l’Eglise famille de Dieu à la fraternité
universelle : Apports de Africae Munus
Q uand il m’a été demandé de réfléchir sur l’Ex-hortation apostolique post-synodale Africae mu-nus, je me suis demandé ce qu’il faut faire, si on sait que l’Université Catholique de l’Afrique Centrale de Yaoundé a fait des conférences sur l’exhorta-tion, l’Ecole Théologique saint Cyprien de même, le dernier bulletin salésien a mené une réflexion salésienne sur le même document. Alors je me suis dit que je n’ai certaine-ment rien à inventer. Cependant, il faut se laisser guider par ce que l’Esprit dit aux Eglises (Ap 3, 7), certainement qu’il a quelque chose à me dire et aux autres encore aujourd’hui.
Au premier synode des Evêques consacré à l’Afrique de 1994, les Pères ont vu dans l’Eglise en Afrique l’image de la famille de Dieu. Cet attribut est le fruit d’une longue ob-servation de la réalité ecclésiale en Afrique, car l’Afrique est culturellement considérée comme terre où la famille résiste encore aux assauts de toutes parts. L’Afrique est selon les Pères, la terre de la chaleur dans les relations humaines, la solidarité, l’accueil, le dialogue, la confiance (cf. EIA, 63) la joie pour l’accueil des nouveau-nés dans les familles. L’Eglise qui est en Afrique vit aussi ces valeurs culturelles qui ne sont pas propres à l’Afrique mais qui sont plus mani-festes chez les Africains. Au même moment, les Pères ont su lire la réalité africaine avec une certaine objectivité qui leur a permis de déceler sur le continent africain, la poussée de l’individualisme, la solidarité pervertie en solidarisme, les guerres fratricides et ethniques qui font de l’Afrique le con-tinent riche, mais pauvre à cause de ces fléaux qui menacent « le vivre ensemble » en terre africaine.
En 2009, pour la seconde assemblée consacrée à l’Afrique, les Pères ont voulu inviter l’Eglise famille de Dieu en Afrique à être responsable vis-à-vis d’elle-même, de ses enfants et jeunes, avenir de l’Afrique et de l’Eglise. De 1994
D. Eric ELAKOU
Salésien de Don Bosco,
Nationalité Togolaise
Etudiant en Théologie
à 2009, les changements tant souhaités sont restés dans les coeurs. Pour les Pères, seule une Eglise famille de Dieu réconci-liée peut être signe de changement en terre africaine. Car la famille aujourd’hui en Afrique n’est plus la même comme au-paravant. D’ailleurs, il serait hypocrite de se voiler la face quand beaucoup d’Afri-cains continuent à penser et à dire que l’Afrique traditionnelle tenait à la famille comme valeur essentielle. Car, ce sont les mêmes Africains qui ont vendu leurs frères, soeurs, fils et filles hier. Aujour-d’hui encore ce sont ces Africains qui re-fusent de s’unir et se trahissent les uns les autres pour quelques enveloppes ou quelques présumés postes qu’ils n’obtien-dront que dans le mensonge et dans le sang. De plus, la situation de crise, de manque de solidarité, de confiance mu-tuelle, d’ethnicisme est plus forte que partout ailleurs.
Pour ce faire, la notion de famille doit être revisitée en Afrique. Cet article essayera de faire la lumière sur les fonde-ments nouveaux de la famille de Dieu en Afrique selon Africae munus car la notion de famille est fondamentale pour la pro-motion de la paix en Afrique.
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Il est des historiens africanistes qui ont pro-babilisé sur l’Afrique comme terre d’accueil, de solidarité, terre où l’étranger avait le même droit que le natif. Effectivement, dans la plupart des langues africaines, le concept d’étranger ne cor-respond pas au sens que lui donnent les langues indo-européennes. Pour le Français, l’étranger se définie comme celui qui n’est pas Français. Il est d’abord étrange, bizarre, exotique. C’est pourquoi la limite entre étranger et étrange est floue. Le barbare et le païen sont, semble-t-il, les ancêtres de l’étranger.
Par contre, dans certaines langues afri-caines, l’étranger signifie, par exemple, chez les Ewé (peuple du sud Togo, Ghana) Amedzro, c’est-à-dire l’homme désiré. Il est désiré, parce que pour ces peuples, parfois ce sont les ancêtres qui se transforment en étrangers pour visiter leurs des-cendants. C’est ainsi que l’étranger peut passer des jours, des mois voire des années dans un vil-lage et peut devenir aussi natif de ce village. C’est ce que certains appellent aujourd’hui l’ancienne solidarité des Africains (cf. Ahmadou KOUROUMA, Allah n’est pas obligé, p. 209). Pour Kourouma, les Africains étaient encore des cons en donnant à manger à toute personne qui passe par le village durant des jours, ils ne comprenaient rien à rien.
Définir l’Eglise en Afrique comme famille de Dieu n’est pas une utopie ou une fausse idée. Cer-tains Africains pourraient se glorifier ou s’enor-gueillir. C’est surtout un défi pour l’Eglise en Afrique de revenir sur ses valeurs culturelles ances-trales qui ont fait d’elle la terre où il faisait bon vivre ensemble. Car, parler de famille, même s’il y a un grand ensemble de personnes qui forment la famille, ce n’est pas le cas en Occi-dent, et aussi pas le cas de nos jours, la famille fait toujours intervenir les liens de sang qui sont très forts chez les Africains. L’Abbé Marcus Ndogmo (Sauver la famille africaine, p.195) le souligne quand il dit : « les liens de sang et de fraternité restent très forts en Afrique malgré toutes les muta-tions sociales et culturelles. Quand on parle de la famille en Afrique, il ne s’agit surtout pas seulement de la fa-mille nucléaire restreinte au père, à
la mère et aux enfants. La famille africaine est beaucoup plus élargie et englobe aussi bien les tantes, les oncles, les cousins que les neveux ».
Cette conception de l’Africain comme un-être-avec les autres est tronquée aujourd’hui, mieux elle ne se conçoit pas aujourd’hui comme une valeur. Ce qui prédomine aujourd’hui, c’est l’intérêt personnel et égoïste, l’individualisme ac-cru d’une part, et le communautarisme ou le para-sitisme d’autre part. Même si longtemps certains auteurs africains se plaignaient ou se résignaient sur leur pauvre sort en se lamentant sur l’apport non négligeable de l’Occident dans l’introduction de l’individualisme exacerbé sur le continent afri-cain, il faut penser que les Africains eux-mêmes avaient les dispositions ou étaient d’accord sur cet état de chose. Car, hier comme aujourd’hui, on ne trouve, nulle part ailleurs, la trahison dont souf-frent les Africains. Les Africains se vendent les uns les autres à l’oppresseur qui attend toujours que ses intérêts soient protégés aux dépens des besoins des autres Africains.
La plupart des conflits et des problèmes des Africains au niveau socio-politique, la confiscation du pouvoir entre les mains d’une poignée d’indivi-dus mal intentionnés qui oppriment les autres, l’économie mise à genoux par les corrompus et cor-rupteurs viennent de la mauvaise gestion des va-leurs qui autrefois étaient pour le bien commun (Africae munus 24) : la famille. Cette mauvaise ges-tion des liens de parenté et de famille a engendré la prise en otage des pouvoirs dans les pays afri-cains. L’Eglise en Afrique n’est pas du reste. Il suf-fit de voir comment sont gérés les diocèses, les pa-roisses, les communautés religieuses pour se rendre compte de cette transposition du politico-culturel au niveau ecclésial. On parle chaque jour de fa-
Les jeunes de la Cité Don Bosco de Yaoundé en attente de l’Urne de Don Bosco
Mars 2012
Ph. Arnaud, sdb
L’EGLISE, FAMILLE DE DIEU EN AFRIQUE
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mille dans les communautés religieuses, mais au fond, les décisions sont parfois prises par sentiment natio-naliste ou ethnique, racial ou linguistique.
L’Eglise-signe doit être le lieu où se vit cette fraternité. L’Eglise est dans le monde mais elle n’est pas du monde. Elle n’est pas une fin mais le moyen pour le salut. Pour qu’elle ne soit pas obstacle au sa-lut, mais un moyen pour le salut de tous les hommes, elle est invitée à vivre ce qu’elle annonce : l’amour de Dieu qui ne connaît pas de limites. Il me semble que le Pape, de façon très subtile, invite tous les chré-tiens d’Afrique à se reconnaître dans la grande famille de Dieu autour du Christ, frère Ainé de tous les hommes. L’on sait depuis toujours que les luttes fratricides et ethniques (cf. Africae munus, no 9) sont fréquentes en Afrique, comment alors concevoir cet abîme entre la famille et la fraternité tant exaltées par les Africains et les luttes ethniques. Tel est le contexte dans lequel Africae munus est donné à l’Afrique.
Pour le Pape, avec le contexte que nous avions décrit plus haut, l’Afrique a besoin de se réconcilier avec elle-même. Les anciens fondements de la famille qui avilissent les Afri-cains sont à bousculer. Si pour les Africains, « le linge sale se lave en famille » (proverbe afri-cain), il faut d’abord pour une Afrique réconciliée, la recherche de la vérité historique. La recon-naissance de la responsabilité de chacun est le début d’une vraie réconciliation. Car, on ne peut parler de justice sans chercher la vérité qui rend libre. La vérité et la justice sont les préalables pour la réconciliation qui con-duit nécessairement à la paix entre les hommes. C’est dès le premier numéro que le Pape fait appel à la vérité comme garante de la justice, la paix et la récon-ciliation. Certes, la vérité dont il s’agit est celle de l’amour qui est sous la conduite de l’Esprit Saint et aboutit à la restauration des liens de fraternité dans la famille humaine comme une communauté de paix réconciliée
PAROLE DE DIEU ET
EUCHARISTIE, RÉALITÉS CRÉATRICES DE LA
FAMILLE DE DIEU
avec Dieu par le Christ. C’est dire que le Christ est le seul ré-conciliateur (no17).
En effet, seul le Christ est le modèle de toute réconci-liation. Il est au coeur des réali-tés africaines (no17). Il est celui qui a fait la paix entre Dieu et les hommes par son sacrifice sur la croix. Il n’y a pas à ce propos une autre voie pour rencontrer Dieu en dehors de Jésus Christ. Lui, le Christ, l’amour de Dieu incarné, a montré par sa vie ce qu’est l’amour de Dieu pour l’homme et pour Dieu. Il est allé dans l’amour jusqu’à donner sa vie pour l’amour des hommes et de Dieu.
La réconciliation qui res-taure les liens de famille brisés par les différends que propose le Christ est dans son amour. Révo-lutionnaire de l’amour et non de la violence et de la force op-pressive, le Christ est allé à l’en-contre de la mentalité des hu-mains qui veut tout obtenir par la force et la violence. La lo-gique que le Christ nous propose est celle des Béatitudes. Selon cette logique, l’attention doit être portée au pauvre, à l’affa-mé, au malade, à l’étranger, à l’humilié, au prisonnier, au mi-grant méprisé, au refugié ou au déplacé (no 27). L’on peut être surpris de cette logique du
Procession De l’évangéliaire à la Paroisse Notre Dame de Fatime de Nko’ovos (Ebolowa-Cameroun)
Lors de la célébration des 25 ans de présence salésienne en 2008
Ph. Arnaud, sdb
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Christ qui bouscule et met en déroute l’intelligence calcula-trice humaine.
Pour suivre le Christ, il faut être à son écoute. C’est lui Jésus, la Parole de Dieu qui s’est révélée. Dès les premières pages de l’exhortation, le Pape invite tous les chrétiens à se laisser guider, orienter, pénétrer, con-duire par la Parole de Dieu. Par l’écoute attentive et effective de la Parole de Dieu, les hommes deviennent frères et soeurs (Lc 8, 21). Pour le Pape, écouter at-tentivement, c’est obéir et oeu-vrer, faire naître la justice et l’amour ; offrir dans l’existence et dans la société un témoignage conforme à l’appel des pro-phètes (no 16).
Pour ce faire, la Parole de Dieu traverse toute l’exhorta-tion et touche toutes les couches. Tous les membres de l’Eglise sont obligés d’être servi-teurs de la Parole de Dieu. Les Evêques sont invités à être des amoureux du Christ et à l’imiter (no100). En devenant imitateurs du Christ, ils doivent porter à
tout le monde la Bonne Nouvelle du salut (no 103). Les prêtres, à la suite des Evêques, sont invités à devenir des familiers des Saintes Ecritures, de la Parole de Dieu qu’ils doivent méditer chaque jour et expliquer aux fi-dèles. Le Pape a ensuite rendu un hommage aux missionnaires qui ont su partager la saveur du sel de la Parole (no113). C’est également une invitation à ne pas délaisser cette pratique qui consiste à être serviteurs de la Parole. En parlant de la fidélité des diacres permanents, il est souligné la proposition qu’ils doi-vent faire à la jeunesse sur ce que le Christ enseigne dans l’Evangile (no115). Les personnes consacrées (no117), les sémina-ristes (no121) les catéchistes dans leur accompagnement caté-chuménal et l’animation et le soutien des communautés (no125) et les laïcs doivent être formés dans les centres bibliques (no128).
De façon plus précise, le Pape prend encore le temps de revenir sur la pertinence ou la nécessité de la Parole de Dieu dans le processus de réconcilia-tion. La Parole de Dieu est l’âme de la connaissance du Christ. On acquiert la science du Christ (Ph 3, 8), les racines solides dans le Christ et on est orienté vers la réconciliation, la justice et la paix (no150). Il requiert à cet effet, une lecture quotidienne de la Bible, car c’est la Parole de Dieu qui peut aider à la con-naissance de Jésus Christ et opé-rer les conversions qui aboutis-sent à la réconciliation (no151). Les CEV, les familles et les asso-ciations et mouvements ecclé-siaux sont encouragés à des mo-ments de partage de la Parole de
Le Diacre Eric proclame l’Evangile dans la chapelle du Théologat saint Augustin de Nkol’Afeme le Jeudi saint 2012
Ph. Arnaud, sdb
Dieu. La Parole de Dieu est né-cessaire, car en définitive, c’est elle qui régénère sans cesse la communion fraternelle.
Si la Parole de Dieu con-duit à la connaissance du Christ, oriente, guide, génère la récon-ciliation, cette Parole se fait chair dans la célébration de l’eucharistie. En effet, la Parole de Dieu, en créant la fraternité autour du Christ, à travers l’eu-charistie, tous les hommes de-viennent consanguins, et donc authentiquement frères et soeurs, grâce à la Parole, au Corps et au Sang du Christ (no152). Pour le Pape, ce lien de fraternité est plus fort que celui de nos familles, celui de nos tri-bus. Le soin de cette célébration est d’une importance capitale pour montrer la beauté et la di-gnité en suivant les normes éta-blies. Aussi, l’adoration eucha-ristique, personnelle et commu-nautaire permettra d’approfon-dir ce grand mystère (no153).
Emmanuel, salésien étudiant en théologie, lors de la récollection communautaire de janvier 2012 chez les carmes à Nkol’bisson
Ph. Rigobert, sdb
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LA RÉCONCILIATION POUR UNE VRAIE FRATERNITÉ EN AFRIQUE
Pour le Pape, les bles-sures dont souffre l’Afrique doi-vent être portées à Jésus pour qu’il les guérisse. C’est à travers le sacrement de la Réconcilia-tion que le Seigneur pansera ses plaies (no155). Car, la Réconci-liation renoue les liens rompus entre la personne humaine et Dieu et restaure les liens dans la société. Elle est aussi le sacre-ment qui éduque les coeurs et les esprits pour apprendre à vivre en esprit d’union, dans la compassion, l’amour fraternel, la miséricorde, l’esprit de l’hu-milité. Pour ce faire, une place de choix doit être réservée à ce sacrement tant au niveau per-sonnel que communautaire (no156). A cause de la pénurie des prêtres ou pour d’autres rai-sons, les formes non sacramen-telles du sacrement de la Récon-ciliation peuvent être vécues, mais elles ne peuvent pas rem-placer le sacrement de le Récon-ciliation.
L’Afrique porte en son sein des valeurs traditionnelles qui ont résisté au temps et aux invasions venues de partout. Hier comme aujourd’hui, la no-tion de famille et de liens de sang restent à christianiser en Afrique. Car, les souffrances en Afrique proviennent parfois et surtout de la mauvaise gestion des différences qui, au lieu d’enrichir, divisent et bloquent des pays entiers. Le Pape, tout en reconnaissant la famille comme lieu où la vie prend chair, sanctuaire de la vie (no42), cellule vitale de la socié-té, visage primordial d’un peuple, lieu d’apprentissage et la pratique de la culture du par-don, de la paix et de la réconci-liation, invite à des valeurs plus que la famille.
A travers la Parole de Dieu lue, méditée et mise en pratique, le chrétien devient un frère de tous les hommes pour qui Dieu a envoyé son Fils. L’eu-charistie aussi est un moyen à travers lequel les chrétiens de-viennent consanguins, une seule chair dans le Christ. Enfin le sa-crement de la Réconciliation comme lieu où se rétablit le lien
Les enfants de l’Oratoire de Doba (Tchad)
Si en Afrique la parole revêt d’une importance capitale, il suffit de voir l’importance que les Africains accordent à l’arbre à palabre (Jean-Marc ELA, Re-penser la théologie africaine, le Dieu qui libère, Paris, Karthala, 2009, p. 73.) dans la résolution des différents entre les per-sonnes. Le Pape reconnaît l’exis-tence des pratiques tradition-nelles de réconciliation, mais il invite les pasteurs africains à étudier ces pratiques pour voir comment les intégrer ou mieux qu’elles accompagnent le sacre-ment de la Réconciliation, car pour lui, le sacrement de la « Réconciliation est suffisant » pour nous réconcilier avec Dieu et avec le prochain (no33). Ainsi les médiations traditionnelles peuvent uniquement contribuer à réduire la déchirure ressentie et vécue par certains fidèles en les aidant à s’ouvrir avec plus de profondeur et de vérité au Christ.
Les enfants du Centre Don Bosco d’Ebolowa lors des cours de vacances en août 2008
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entre Dieu et l’homme et l’homme avec ses frères. Toutes les familles en Afrique sont invi-tées à puiser inspiration et force dans le Sacrement de l’Eucharis-tie (no44) qui est toujours ou-verte par la Parole qui régénère la communion fraternelle (no151).
Il va s’en dire qu’il faut trouver des voies et moyens pour l’effectivité de ces réalités dans la vie des chrétiens africains. Peut-être il serait urgent de re-visiter la catéchèse, mieux cen-trer celle-ci sur la Bible, aider les fidèles par des rencontres fréquentes de partage de la Pa-role ; revenir à la centralité de la Parole de Dieu par rapport à toutes les activités ecclésiales (Verbum domini nno50-63) ; prendre le temps pour former les coeurs et les consciences pour des chrétiens authentiques doit devenir impérieux pour les pas-teurs en Afrique. Aussi, le refus des baptêmes par mode ou par suivisme, de toutes formes de simonie qui sont à l’origine d’une foi sans racines en Dieu de Jésus Christ, constituent-ils les nouvelles perspectives pour une pratique joyeuse et juste de la foi chrétienne en Afrique. Les
critères pour le choix à la vie consacrée doivent être longue-ment réfléchis et l’accompagne-ment de chaque candidat doit être pris au sérieux, ainsi que la formation et le soin des pasteurs pour échapper au risque d’avoir des fonctionnaires et non des ministres intendants des mys-tères du Christ.
Pour terminer, je sollicite l’assistance de Martin Luther King qui, dans son livre La force d’aimer (Paris, Casternman, 1964, pp. 39-43), en parlant du
Place des fêtes à Yaoundé lors la fête du travail le 1er mai 2012
Ph. Rigobert, sdb
Bon Samaritain, a montré le choix clair et sans détours que tout chrétien doit faire. Il me semble que l’exemple du Bon Samaritain peut nous aider à mieux voir ce à quoi nous sommes invités. Pour lui, le Sa-maritain a été d’un altruisme universel qui consiste à sortir des limites de sa race, religion ou nationalité; un altruisme dangereux qui consiste à risquer sa vie pour l’autre sur la route des bandits et enfin un al-truisme excessif qui est le fait de se dessaisir de sa vie, de ses forces pour aider l’autre, de ne pas seulement commander à faire, mais à agir soi-même en faveur de l’autre. L’Afrique n’a plus besoin des violences de guerres, mais de paix qui s’ob-tient dans l’amour qui se mani-feste dans la vérité, la justice, le pardon, la réconciliation et la paix. Nous avons besoin de révo-lution, et la seule qui soit juste et véritable est celle de l’Amour.
Ebugu, Mai - 2012
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D ans son Ex-hortation Post-synodale, Africae Munus, le Pape Benoît XVI invite toute l’Afrique à la Réconciliation : « Laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2 Co 5, 20b). Ce thème invite à une redécouverte et à une mise incessante de l’esprit de ré-conciliation. Se réconcilier qu’est-ce à dire ? La réconci-liation est-elle aujourd’hui une démarche crédible, une valeur réelle, un dessein mobilisa-teur ? Est-ce une démarche qui fait le poids dans les réalités du monde et dans l’histoire des hommes ? Ce mot a une saveur doucereuse qui semble plutôt le situer dans une cul-ture de faiblesse comme dirait Nietzsche. Détrompons-nous! C’est un mot riche en réso-nances. Ces résonances sont multiples et retentissantes. Tous les tam-tams de nos églises ensemble n’ont pas d’échos qui aillent aussi loin dans le monde et aussi profond dans le coeur.
L’Afrique sur le chemin de la Réconciliation :
Une lecture de « Africae Munus »
Le devenir de l’homme fait jouer des dynamismes fondamentaux qui le projettent et le soutiennent dans son histoire : - Un dynamisme de création : C’est la vocation de l’homme à achever le monde et à construire, de génération en génération, la vie humaine. C’est tout ce qui se déploie dans le champ de l’efficacité, de la culture, de l’écono-mie… - Un dynamisme de libération : C’est la vocation de l’homme à se libérer des contraintes qui l’affectent et entravent sa condition : l’op-pression, la misère, la tyrannie, la maladie, les fléaux naturels, l’injus-tice… De ce point de vue, la vie humaine est appelée à être un combat permanent. La tâche de la libération humaine est à coup sûr coextensive à toute l’histoire. Elle s’inscrit aussi dans le dessein de Dieu : « Le com-bat pour la justice est une dimension constitutive de l’oeuvre de l’évan-gélisation ». - Un dynamisme d’alliance : C’est dans l’alliance que s’en-racine la démarche de la réconciliation. Car dans le mot réconciliation il y a celui de l’alliance. La réconciliation est à l’alliance ce que la solida-rité est à l’interdépendance. La réconciliation, c’est l’alliance sans cesse assumée, re-construite ; cette alliance soumise aux avatars de l’histoire et aux fragilités de la condition humaine, aux ruptures du péché, doit être sans cesse ressaisie par la force de l’amour.
Aucun homme ne peut s’accomplir tout seul, ni aucun peuple, ni aucune nation. C’est l’alliance qui est non seulement le passage obligé, mais le chemin nécessaire de tout accomplissement. L’alliance est un autre nom de l’histoire. Elle est, en positif et en négatif, l’application de son passé, la logique de son présent, la condition de son avenir. Cela peut et doit être dit par conséquent de la réconciliation. La réconcilia-tion n’est pas la gomme qui efface les conflits, mais la force de convic-tion et de relation qui renvoie sans cesse à l’autre, aux autres, pour exister ensemble, pour marcher dans une avancée solidaire.
Père Grégoire Marie KIFUAYI,
Salésien de Don Bosco,
Nationalité Congolaise RDC
Directeur du Théologat Salésien
LA RÉCONCILIATION EST UN DYNAMISME CONSTITUTIF
DU DÉVELOPPEMENT HUMAIN.
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Elle s’inscrit dans la conscience et doit se déployer dans le comportement au plan des rela-tions personnelles et collectives. Le premier champ d’application est celui des relations inter-personnelles. C’est le domaine qui est pour chacun le plus immédiat et le plus sensible. Chacun peut témoigner à ce plan, à la fois de la difficulté et de la fécondité de la réconciliation. Il est des do-maines, et nous pensons particulièrement à celui de la famille, où la capacité de pardon et la récon-ciliation commande d’une manière décisive la pos-sibilité de destin que comporte la vie conjugale « La famille est le sanctuaire de la vie […] La fa-mille est bien le lieu propice pour l’apprentissage et la pratique de la culture du pardon, de la paix et de la réconciliation » (AM, 43-44). C’est sans doute le lieu le plus repérable et le plus significatif de la valeur qui s’attache à la pratique de la ré-conciliation et des chances qu’elle donne à la vie des personnes et à leur amour. Le deuxième champ d’application est celui des relations collectives. (AM, 81) C’est au plan des relations collectives que la réconciliation est surtout appelée à s’inscrire et à jouer dans le champ de l’histoire. L’histoire at-teste l’omniprésence des conflits et de la violence. Les séquences actuelles de cette histoire sont fer-tiles en témoignages significatifs. La violence a investi le champ des rapports sociaux dans toutes ses dimensions ; elle a investi les relations entre les peuples et les nations… les foyers de tensions, les guerres civiles, inter-ethniques ou inter-étatiques, avec leurs cortèges d’horreurs, en sont les tragiques manifestations en Afrique. À l’échelle planétaire, de multiples foyers de violences effec-tives ou potentielles mettent le monde en convul-sion… La violence n’a-t-elle pas investi aussi le plan des relations inter-religieuses ? On repère des situations d’intolérances, qui sont des foyers de violences et de cause de guerres.
La réconciliation n’est pas une opération de déminage d’un champ de bataille, ni une stratégie de neutralisation des adversaires, ni une sublimation des conflits. La réconciliation implique la fidélité au réel. L’agressivité des hommes, les conflits d’inté-rêts, les confrontations des opinions, les oppositions des projets, les rapports de force… tout cela fait partie du réel. C’est le réel qu’il faut assumer pour y inscrire une énergie nouvelle qui influence les lo-giques à l’oeuvre. La réconciliation appelle, dans le jeu même des rapports de force, à la primauté du dialogue (AM, 88), au respect du droit et des per-sonnes, à la compréhension et à la reconnaissance mutuelle, au dépassement des ambitions person-nelles et des recherches de domination. La réconci-liation est un moment où le passé et le présent sont convoqués pour ouvrir un avenir. Il s’agit d’une démarche capitale. Rien ne sert de bâtir, d’imaginer l’avenir si on fait l’impasse sur le passé, les obstacles et les drames qui l’ont jalonné. Rien ne sert non plus de se fixer sur le passé si on ferme la porte à l’avenir. C’est pour une grande part le drame de certains peuples, de certaines personnes, avec une mémoire sclérosée, sans espérance, dont l’histoire est vécue comme un règlement de comptes qui n’en finit jamais, où la justice est con-fondue avec la passion instinctive haineuse. Ainsi, là ou se vérifie qu’une logique d’existence ne parvient pas à intégrer le sens de la réconciliation, on est exposé non seulement à des fragilités mais aussi à des impasses.
La réconciliation est précisément ce qui, dans une histoire douloureuse faite d’un passé tour-menté et d’un présent tragique, fait surgir une autre logique et ouvre la porte de l’avenir. La ré-conciliation en ce sens est, et peut être, un creuset où l’histoire se façonne à nouveau pour prendre un nouvel envol. « Justice et paix s’embrassent » dit le psaume. Ces deux valeurs forment un diptyque indissociable. Chacune a ses requêtes et ses exi-gences irréductibles. La paix sans la justice serait une parodie ouvrant la porte à toutes les oppres-sions, à toutes les exploitations, à toutes les atroci-tés. La justice sans la paix pourrait recouvrir aussi et justifier des violences, des tyrannies, d’autant plus redoutables qu’elles seraient parées d’un man-teau de la bonne cause. Si « Paix et Justice » s’em-
LA RÉCONCILIATION EST UNE VALEUR FONDAMENTALE
DE LA CONSCIENCE HUMAINE.
QUE PEUT FAIRE ET SIGNIFIER DANS CE CONTEXTE LA RÉCONCILIATION ?
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brassent, c’est qu’elles sont en dialogue. N’est-ce pas la réconciliation qui est le lieu de leur dialogue, le secret de ce que la justice doit dire à la paix pour qu’elle soit vraie, de ce que la paix doit dire à la jus-tice pour qu’elle soit humaine ? La paix est avant tout oeuvre de justice et la justice est au coeur de la paix.
Ce mot symbolise et récapitule l’histoire du salut. Il évoque à la fois ce que Dieu est pour nous et ce que l’homme représente et devient pour Dieu. « Toi Dieu de tendresse et de pitié, sans te lasser tu offres toujours ton pardon et tu invites l’homme pécheur à s’en remettre à ta seule bonté » (Préface de la 1ère Prière Eucharistique pour la Réconciliation). C’est sur le registre de la réconciliation que s’expri-ment nos relations avec Dieu en reconnaissance du don qu’il nous fait et dans la réponse que nous lui donnons. Car dans chacune de nos vies de croyant s’exprime et s’actualise la logique qui est celle de l’histoire du salut nous révélant un Dieu « qui ne se résigne pas à nos ruptures d’alliance. C’est en Jé-sus-Christ qu’il a noué, entre l’humanité et Lui, un lien si fort que rien ne pourra le défaire ».
C’est un lien indéfectible du côté de Dieu, fra-gile du côté de l’homme. Mais ce lien peut sans cesse se renouer et s’affirmer, même dans l’épreuve des tensions auxquelles il est exposé. Ainsi l’expérience elle-même du péché est un lieu où se déploie la misé-ricorde et où s’opère, d’une manière incessante le mystère de la réconciliation. C’est donc en Jésus-Christ que « Dieu se réconcilie le monde ». En Jésus-Christ en tant qu’il est « l’Homme-Dieu ». C’est dans son humanité que s’est accompli ce mystère, par son humanité qu’il en inscrit la grâce dans le coeur de
LA RÉCONCILIATION EST UNE DIMENSION
DU MYSTÈRE DE LA FOI.
l’homme et la fécondité dans l’histoire. La récon-ciliation par conséquent doit rejoindre et impré-gner l’expérience humaine. La foi en la miséri-corde de Dieu élargit notre coeur. Le sacrifice pas-cal du Christ mort et ressuscité, en qui nous sommes « morts au péché et vivants pour Dieu » est la source à laquelle il nous est donné de puiser la force nécessaire à toutes les réconciliations que nous sommes appelés à vivre. La foi est la force de présence et d’action, de don et de pardon, qui, jaillie du coeur de Dieu, déploie sa puissance dans le coeur de l’homme. Dieu « riche en miséri-corde » nous fait participer à sa puissance et à sa manière d’aimer, qui trouve son expression su-prême lorsqu’il patiente et prend pitié. La foi est donc une source et une ressource pour l’agir quo-tidien. Elle révèle un horizon qui est celui de la paix, elle fait découvrir des chemins qui y condui-sent, elle communique l’élan pour la marche. La réconciliation est le nom de ce chemin, le secret de cet élan.
« Réconciliation » : « ce mystère est grand ». Grande est donc la mission qui doit en assurer le déploiement en Afrique. Cette mission
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est particulièrement celle de tout chrétien. C’est une responsabilité merveilleuse et redoutable qui nous incombe à nous Africains, d’être, dans le champ des relations entre les hommes et entre les peuples, le signe de cette chance offerte à notre histoire, grâce à la réconciliation, d’avancer un peu plus vers « la justice et la paix », c’est-à-dire vers le Royaume. Au-jourd’hui des urgences et des chances nouvelles s’inscrivent dans la situation vécue, particulière-ment dans notre Afrique déchirée par les guerres. En définitive, rien de plus ! Peut être, tout bonne-ment, des occasions ou manières nouvelles de nous inscrire, modes-tement, mais franchement et joyeusement dans l’adhésion à ce discours paulinien : « Il nous a ré-conciliés avec lui et il nous a don-né pour ministère de travailler à cette réconciliation » (2 Co 5, 18-21). Ce sera donc un motif d’espé-rance, en Afrique, de constater que, malgré de nombreux et graves obstacles, des initiatives et des projets de réconciliation conti-nuent à se développer chaque jour, grâce à la collaboration généreuse des chrétiens.
Avec Africae Munus un nouvel engagement s’offre à nous. Le-quel ? Sinon la réconciliation pour tous, selon le souhait du Pape Be-noît XVI. La réconciliation entre les hommes, les femmes, les jeunes, les familles, les ethnies, les peuples et les nations…
Le Pape invite tous les ca-tholiques Africains à se consacrer avec une intensité particulière au service et pour la cause de la ré-conciliation. La réconciliation est un projet, un engagement. Elle ne sera pas sans nous…
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L e Père Artur Lenti, salésien, historien et chercheur au « Don Bosco Hall, Berkeley, Californie » écrit : « Les biographies populaires de Don Bosco offrent peu d’infor-mation sur son activité comme médiateur entre l’Eglise et l’Etat italien, à l’époque de leur éloi-gnement l’une de l’autre à cause de la Révolution libérale, de l’unification de l’Italie et de la conquête de Rome. Il y a pour-tant des témoignages d’une telle activité médiatrice durant une bonne vingtaine d’années (1858-1878) qui montrent une caracté-ristique assez extraordinaire dans la vie de l’humble et « poli-tiquement non impliqué » curé du Valdocco.
Ami des Papes, Don Bosco le sera aussi des leaders poli-tiques de son temps. Pie IX (1846-1878) appréciera son at-tention filiale dans les moments difficiles de la « Question Ro-maine », et, à son tour, facilite-ra la naissance de la Société Sa-lésienne en décembre 1859.
Léon XIII (1878-1903) appuiera ses démarches pour l’ouverture des Missions en Patagonie, et s’inscrira chez les « Coopéra-teurs salésiens » comme le pre-mier « opérateur ».
Ami des papes et des
responsables politiques
Les principaux dirigeants du pays seront attentifs au « pe-tit prêtre de Turin ». Camillo Benso de Cavour (1810-1861), principal artisan du nouvel état italien, lui dira : « Ne venez pas me voir au Ministère, nous n’au-rons pas le temps de parler. Mais venez manger à la maison. » Don Bosco y alla plusieurs fois.
Comment vint au Ministre Rattazzi (1808-1873), au mo-ment où il faisait fermer tous les couvents et Congrégations, de dire à Don Bosco ? : « Il faut que votre oeuvre puisse continuer. Ne créez pas une congrégation. Mais faites surgir une Société. » Nous lui devons notre « Société de Saint François de Sales.»
Ami des Papes et des res-ponsables politiques, Don Bosco
Témoignages
devait être à plusieurs reprises sollicités par eux pour une véri-table « diplomatie », quoique « non officielle », pour des pro-blèmes à résoudre entre l’Etat piémontais qui était en marche pour devenir l’Etat italien, et le Vatican qui allait perdre ses « Territoires Pontificaux » dans ce que l’on appelait alors la « Ques-tion Romaine ».
Deux époques de la vie de Don Bosco seront particulière-ment marquées par ces événe-ments. Ce sera durant les années 1848 et 1860.
I.1848- 1849 : BOULEVERSE-MENTS DANS LES PAYS D’EUROPE
Durant ces années, Don Bosco a 33 et 34 ans. Ce sont des années de changements de régimes dans toute l’Europe. On relève des événements graves et des soulè-vements populaires à Vienne, Paris, Milan, Berlin, Budapest, Venise.
P. Jean-Baptiste BERAUD
Salésien de Don Bosco,
Nationalité Française
Formateur au Théologat salésien
Don Bosco, diplomate « officieux » durant l’unification italienne
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Comment cela est vu à Turin ?
« Les esprits fermentaient à Turin au cours des derniers mois de 1847, cite l’historien salésien Francis Desramaut : «Une animation inaccoutu-mée se voit en tout, écrit Costanza d’Azeglio le 28 novembre de cette année. On parle, on va, on remue, on s’aborde, on se réunit. On voit les gens de bonne humeur, expansifs… » Et le chargé d’affaires français observe inquiet le 28 dé-cembre : « Quand on se reporte à l’état de sou-mission complète et d’inertie qui existait en Pié-mont, il y a deux ans à peine, on ne peut s’em-pêcher d’être effrayé de la rapidité avec la-quelle les choses ont marché.» (« Francis Desra-maut, Don Bosco en son temps », p 264- Plus loin, nous noterons seulement FD)
A partir d’Octobre 1847, un climat de fête per-manente s’installe à Turin : « La liberté enivrait les esprits. »
« C’était d’immenses vagues populaires en cos-tumes de fête, a écrit Boggio, avec des dra-peaux, des guirlandes qui parcouraient les rues et les places acclamant le prince, acclamant Pie IX, acclamant avec eux, les noms des citoyens généreux, dont les sages écrits avaient dégagé la route pour le triomphe de la liberté et du pro-grès. » (FD p. 268)
Le « bas clergé » participe à la fête. Mais, dans l’ensemble, les prêtres, les évêques, les jésuites sont classés comme anti-modernistes, donc contre ce nouveau régime de plus de libertés.
La « fronde » des séminaristes contre leur évêque
« Le 11 novembre 1847, une circulaire épiscopale de Mgr Luigi Fransoni invite le clergé turinois à ne pas se mêler «aux bruyantes manifestations… » En réponse, les séminaristes décident, eux, une ovation au roi Charles Albert. L’évêque le leur interdit sous peine de les renvoyer du séminaire. Quatre vingt d’entre eux iront quand même. Plus grave, à Noël, ils s’affi-cheront aux offices à la cathédrale, avec sur leurs vêtements la nouvelle cocarde nationale.
Le 17 janvier 1848, le recteur du grand séminaire Viglietti présente sa démission. Elle est refusée par l’archevêque. Tous les clercs qui ont pris part aux manifestations, sont refusés aux ordres, et le sémi-naire de Turin est fermé. Certains jeunes trouveront place dans d’autres diocèses.
Les « Piémontais » volontaires pour la bataille
de Milan
Le 17 mars 1848, on apprend à Turin l’insurrection de Milan. Les Milanais demandent l’assistance du Pié-mont. Les volontaires affluent. Le 23 mars, Charles Albert se décide à intervenir. En juillet, c’est l’alarme à la suite des insuccès militaires. Les 24 et 25 juillet, éclate la défaite de Custoza. Les Piémon-tais battent en retraite et, dans la honte, abandon-nent Milan. Le 9 août, c’est l’armistice (FD p 292 Note 19)
Mais le 20 mars 1849, le gouvernement dénonce l’ar-mistice, lance de nouveau les Piémontais contre les Autrichiens. Trois jours après, le 23 mars, les Pié-montais sont vaincus à Novara. Charles Albert abdique en faveur de son fils Victor Emmanuel et part en exil.
Don Bosco a vu certains de ses jeunes partir comme volontaires. Il a montré son désaccord. Face à cette situation, il est soupçonné de faire cause com-mune avec les jésuites qui, en gros, refusent le changement. C’est l’époque où il sera menacé. « Je fus à plusieurs reprises attaqué chez moi et sur la rue », notera-t-il dans ses « Me-morie dell oratorio ». Il refusera de laisser entraîner son oratoire Saint François de Sales dans un cortège pa-triotique de reconnaissance au souve-rain réformateur. Il perdra ainsi l’aide de Roberto d’Azeglio et de plusieurs laïcs et ecclésiastiques. (FD P 270)
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II. 1860 - 1861 : VICTOR EMMANUEL II, ROI DES ETATS SARDES, DEVIENT ROI D’ITALIE. LE VATICAN PERD LES ETATS PONTIFICAUX
En 1858, Camille Cavour est 1er Ministre des Etats sardes. Il s’en-tend avec Napo-léon III à Plom-bières, en France. Suite à cette en-trevue, qui a lieu les 20 et 21 juillet 1858, les troupes fran-çaises faciliteront Ca-vour et ses armées dans la recherche de l’unité italienne, tandis que Nice et la Savoie reviendront à la France. L’année 1861 voit de très grands évènements pour la nouvelle Italie. Le 17 mars 1861, le Parlement et le Sénat votent et proclament Victor Emmanuel II premier Roi d’Italie
Six jours après, le 23 mars 1861, est institué le premier gouvernement de la nouvelle nation. Le comte Camille Cavour devient premier ministre. Les idées de Cavour sont reconnues comme celles d’un grand visionnaire politique, mais paraissent inacceptables à Pie IX et à Don Bosco. Rome doit devenir capitale. Il faut donc la libérer…du Pape. Prendre Rome, c’est le premier objectif pour uni-fier l’Italie. Il faut que Rome, capitale des Etats Pontificaux, devienne capitale de l’Italie, et en même temps, sauver la liberté spirituelle et l’indé-pendance de la papauté. L’Italie en sera garante devant le monde. Une telle politique sera un exemple du fameux principe libéral de Cavour : « Une Eglise libre dans un Etat libre ».
Les 25 et 27 mars 1861, dans deux discours restés fameux, Cavour explique au Parlement que « Rome, et Rome seule » doit être la capitale de l’Italie.
Le 25 mars, il dira : « Nous devons aller à Rome, mais à deux conditions. Nous devons y aller en ac-cord avec la France (ndlr. Les troupes françaises étaient déjà à Rome) et sans que la réunion à cette cité au reste de l’Italie puisse être interprétée par les catholiques, en Italie et ailleurs, comme le signe de la servitude de l’Eglise. Nous devons par conséquent aller à Rome, sans que l’autorité civile étende son pouvoir sur l’ordre spirituel. Telles sont les deux conditions pour que nous puissions aller à Rome sans mettre en danger le sort de l’Italie. »
Don Bosco et les évêchés
Pendant ce temps, Don Bosco est spécialement préoccupé pour la situa-tion du Piémont où huit des onze diocèses, y com-pris Turin, sont vacants. Les évêques ont été éloi-gnés, parfois exilés de leur siège épiscopal, par les exigences de la nou-velle administration.
Comment DB a été mêlé à cette « nouvelle mission spéciale » ?
Au printemps 1864, Pie IX invite le roi Victor Emma-nuel II à entamer des né-gociations pour résoudre cette crise religieuse. A cette époque, Don Bosco a un ami au Vatican, Mgr Emiliano Manacorda. Par ailleurs, Don Bosco a maintenu des correspon-dances avec plusieurs pre-miers ministres ou mi-nistres actuels, Alfon-so La Marmora, Juan Lanza. Il a déjà eu l’occasion d’écrire à Camille Cavour, Prési-dent du conseil, à Rat-tazzi, ministre de l’intérieur, au comte Provana di Collegno…Avec tous ces con-tacts, ce ne devrait
pas être trop difficile pour Don Bosco de dé-tecter les disponibilités du gouvernement dans son souci de solution-ner les problèmes avec le Saint Siège. Pie IX envoie une lettre au Roi le 6 mars 1865. En substance, il lui de-mande : « Envoyez un laïc pour dialoguer sur la nomination des évêques à remplacer… » Le Roi envoie la lettre à son gouverne-ment, qui est déjà à Florence, en route vers Rome, mais les bu-reaux sont encore à Turin. Le ministre de l’intérieur Lanza étudie la lettre. Le 17 mars 1865, 11 jours après la lettre du Pape, Don Bosco reçoit une invita-tion d’un certain « Ve-glio » pour une ren-contre. Don Bosco a –t-il traité avec Lanza ? On ne sait. En tout cas, il a répondu à l’invita-tion. Les années sui-vantes, en décembre 1866 et juin 1867, de nouvelles négociations ont lieu avec Toniello.
En juin 1866, le comte Ricasoli revient au pou-voir. Il cherche de nou-
PIE IX
Camille Cavour
Ratazzi
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veau des solutions aux pro-blèmes avec le Vatican. Le 1er décembre 1866, le Gou-vernement italien envoie à Rome son représentant, le professeur Michel Ange To-niello, avec une lettre du Roi à Pie IX. Peu après la nomina-tion de Toniello, Don Bosco est à Florence, siège du gou-vernement pour l’instant. Ce-ci est connu par des lettres à la comtesse Jeronima Uguc-cioni du 22 juillet 1866 et à M.Uguccioni, le 28 septembre 1866.
Berto, secrétaire de Don Bos-co note que : « En 1867, le premier ministre Racasoli ap-pela Don Bosco à Florence afin d’obtenir que, à titre privé, il intervienne auprès du pape pour les nominations des évêques. »
De fait, Don Bosco est connu dans tous ces milieux. Il écrit souvent au Pape, au ministre Ricasoli, ainsi qu’à la com-tesse et au comte Uguccioni. Tous ces gens participent d’une façon ou d’une autre à l’aider. On l’invite. On reçoit les Lectures Catholiques. (Arthur Lenti T. 2 esp p 636 ss )
Présence de Don Bosco dans ces nominations : (A Lenti T. 2 esp p. 642 a)
Le 1er février 1867, Toniello informe le gouvernement : « Le Cardinal An-tonelli (ndlr Secrétaire d’Etat), m’a remis une note. C’est une liste de personnes qui, au jugement du St Siège, peuvent être désignés pour les sièges épiscopaux. Je suggérerais que le gouvernement fasse les investiga-tions pertinentes. J’ai des motifs pour croire que les noms proposés pour le Piémont ont été suggérés par le prêtre turinois, Don Bosco. Je pense qu’il est venu à Rome, dans ce but. »
« J’ai des motifs pour croire » : en clair, ces mots diplomatiques veulent dire : « Je sais que DB a participé à cette liste de noms que m’a remis le Pape ». Cela veut dire aussi : « DB, vous le connaissez tous. Vous êtes tous amis avec lui. Vous pouvez donc lui faire confiance ». Don Bosco, l’homme qui se disait « en dehors de toute politique », indiquait aux res-ponsables de son pays et à son propre Pape, les chemins à prendre pour guider l’Etat et l’Eglise.
De toute façon, pour Francesco Motto, sdb, Directeur de l’institut histo-rique salésien, il n’y a aucun doute sur la participation de Don Bosco dans ces nominations d’évêques. Don Bosco contribuait à sauver l’Eglise dans la nouvelle Italie. Il s’agissait d’une participation diplomatique de la plus haute importance. Don Bosco menait au plus haut niveau une action poli-tique pour la Paix et le Développement de deux Etats, l’Italie naissante et le St Siège, qui allait bientôt être reconnu comme l’Etat du Vatican.
Comment DB connaissait-il tous ces hommes politiques ?
Il ne cessait de leur écrire et de demander de l’aide pour ses jeunes. Suite à ces demandes, la plupart lui prenne des billets pour ses loteries. Plusieurs lui envoient des « jeunes » pour as-surer leur éducation, et finan-cent leur pension. On participe aux Fêtes qu’il organise avec ses jeunes. On le visite au Valdoc-co. Des dialogues s’instaurent. Des amitiés se nouent. Certains deviennent « coopérateurs ». Beaucoup savent le conseiller. Tous savent le questionner. Ils rencontrent en lui l’un des meil-leurs visionnaires pour l’Italie en construction. S’assurer que chaque diocèse du pays ait son évêque est certes une aide pour l’Eglise. Des hommes ouverts comme Cavour savent aussi le prix d’une telle action pour la paix sociale dans l’Italie nais-sante.
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L a sagesse africaine enseigne par la bouche de Hamadou Hampâté Bah, que « quand un vieux sage meurt en Afrique, c’est une bibliothèque qui se brule ». Eric de Rosny que certains prénommaient « patriarche africain » n’a pas échappé à la règle. Ainsi, bien que décédé à 81 ans, il avait en-core beaucoup à léguer aux nou-velles générations. Qui était cet homme aux multiples facettes?
Bien qu’il soit difficile de pré-senter un monument du savoir, nous allons essayer de balbutier quelques mots en guise de bio-graphie. Le père de Rosny était un jésuite français, né le 13 mai 1930 à Fontenebleau. Fils d’un aristocrate français, il entre au noviciat jésuite de Laval en 1949, arrive au Cameroun en 1957 et y reste pendant de longue années surtout à Douala où il passe près de quarante ans dans la formation des jeunes et de l’élite africaine. Il fut l’ac-teur majeur de la fondation du collège Libermann. Au début des années 1970, il intègre la con-frérie des « beyoum ba ba-to » (hommes-souches) après son initiation. Il a aussi travaillé en Afrique de l’Ouest, plus précisé-ment à Abidjan (RCI), entre 1975 et 1982 en assurant la direction
de l’institut africain pour le déve-loppement économique et social (INADES). Ensuite il fut nommé su-périeur provincial des jésuites de l’Afrique de l’Ouest, basé à Doua-la. Il a écrit de nombreux livres sur la médecine traditionnelle afri-caine et dans d’autres domaines, dont Dimsi (ceux qui soignent dans la nuit), les yeux de ma chèvre, l’Afrique des guérisons, la nuit, les yeux ouverts, justice et sorcel-lerie : colloque international de Yaoundé en 2005. L’homme à mul-tiples visages est à la croisée de l’anthropologie, de l’ethnologie et de la théologie. Il fait la synthèse entre foi et culture, entre la sa-gesse tribale africaine et la grande tradition ignacienne. Il a aimé l’homme et l’homme africain en particulier. En effet, même au soir de sa vie, Le père de Rosny n’a cessé d’être à l’écoute de ce der-nier surtout, le malade, le faible, et celui qui souffre, en discernant les causes de leur souffrance, en les orientant, soit dans la dé-marche spirituelle, traditionnelle ou médicale. Il a été un vrai « nganga » de manière scienti-fique et pratique. Dans sa retraite il était partagé entre l’enseigne-ment à l’UCAC et l’ETSC de Ngoya et son ministère pour soulager l’homme dans son intégrité. D’au-cuns diront que s’il y a un homme qui connait bien la racine des
maux de la société camerou-naise, c’est bien le Père de Ros-ny. Il a vu l’évolution de cette nation qu’il a tant aimée et ser-vie comme il aimait le dire « moi qui avais vécu la guerre, l’exode, l’occupation allemande puis la guerre d’Algé-rie, j’ai trouvé ici une humanité profonde et attachante. Au delà de tous les malheurs du Came-roun ». Ce fut un chercheur infatigable, tant sur les pra-tiques des guérisseurs que sur les nouveaux mouvements reli-gieux. Que retenir du profes-seur ? Nous qui sommes la der-nière génération ayant été à son école, avons découvert, un pro-fesseur qui aime son métier de « transmettre » le savoir et sur-tout l’expérience avec le souci de servir l’avenir. Le Père de Rosny était très méthodique, c’est le genre d’enseignant qui vous suspend à ses lèvres et vous ne voyez pas le temps passer. Le père Eric de Rosny a achevé sa course, non sa mission. Ses écrits restent. Sa pensée de-meure. Le souvenir de son atti-tude comme croyant, prêtre jé-suite, théologien, missionnaire et professeur est présent dans nos mémoires. Homme de dia-logue, militant de l’incultura-tion, il a combattu le bon com-bat du Christ.
S. Jérémie LOUZOLO
Salésien de Don Bosco,
Nationalité Congolaise-Bz
Etudiant en théologie
Hommage au professeur
Eric de Rosny !
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Flash infoFlash info
D. Jérémie
LOUZOLO
Salésien de Don Bosco,
Nationalité Congolaise-Bz
Etudiant en théologie
M on histoire de vocation remonte après mes sacrements d’initiation chrétienne en 1997 à la paroisse Saint Jean Bosco de Pointe Noire, où je militait comme enfant de choeur puis lecteur et animateur d’oratoire. En cette même période je res-sens le désir de servir Dieu par la vie religieuse. En 1999, je rencontre de façon providentielle un prêtre salésien de passage dans ma paroisse, avec qui j’ai noué une amitié. Je lui ai ex-primé mon désir d’être prêtre. Il m’orienta vers ses confrères, et m’envoya des dépliants et des revues salésiennes. L’année d’après j’adhére au groupe vocationnel, puis au groupe des aspirants salésiens, puisque le travail avec les jeunes me passionnait, à l’exemple de don Bosco, « faire des jeunes de bons chrétiens et d’honnêtes citoyens ». Malgré le fait que mes parents avaient d’autres projets pour moi ; à la fin des études secondaires, je commençe le cheminement salésien, par le postulat à Brazzaville en 2002, puis au noviciat salésien au Togo ou je fais ma première profession religieuse en 2004, suivi du cycle de philosophie à Lomé, le stage pratique pendant 3 ans à Oyem au Gabon (2006-2009). Je suis en 3e année de théologie à l’ETSC. L’an dernier, j’ai fais ma profession perpétuelle. Cette année avec la grâce de Dieu je suis appelé au diaconat pour que l’évangile de Jésus Christ soit annoncé.
« Je me suis fait le
serviteur de tous »
Co.9, 19
D. Célestin
DANSOU
Salésien de Don Bosco,
Nationalité Béninoise
Etudiant en théologie
N é à Abomey-Calavi au Bénin en 1980, Célestin Dansou OUSSOU est l’aîné de sa mère, TOLEGBE Gnanbodè, et le 9è enfant de son père, OUSSOU Ahissou. Après son Certificat d’Etude Primaire (CEP) en 1990 dans son village à Adjagbo (environ 30 km de Cotonou, la capitale du Bénin), il poursuit ses études secondaires au Collège d’Enseignement Général (CEG) d’Abomey-Calavi jusqu’en classe de 3è avant de passer le concours d’entrée à l’Ecole Pro-fessionnelle Salésienne (EPS) de Zogbo à Cotonou en 1996 où il obtiendra son baccalauréat technique op-tion ‘‘OB’’ (Ouvrage de Bois) en 2002. C’est également dans cette école qu’est née sa vocation salésienne. Il sera admis la même année pour commencer le postulat dans la communauté salésienne de Parakou au nord du Bénin. En 2004, il prononça ses premiers voeux à la fin du noviciat à Gbodjomè au Togo. Entre 2004-2007, ses études philosophiques seront sanctionnées par une licence en Sciences de l’éducation à l’Institut Supérieur de Philosophie et des Sciences Humaines (ISPSH) Don Bosco de Lomé au Togo. Suivra le stage pratique à Porto-Novo au Bénin (2007-2009) avec les enfants en situation difficile. Depuis septembre 2009, il est ici à Yaoundé pour ses études théologiques. Prions le Seigneur pour que sa vie, jusqu’à son der-nier souffle, soit consacrée pour le service et le salut des jeunes pauvres et abandonnés auxquels il est en-voyé.
« Je viens chercher moi-même mon troupeau pour en prendre soin »
Ez 34, 11
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D. Christophe TCHAWO
Salésien de Don Bosco,
Nationalité Camerounaise
Etudiant en théologie
O riginaire du Haut-Nkam, je suis né à Ebolowa, où j’ai reçu mes premiers sacrements, commencé ma sco-larité et rencontré les fils de Don Bosco à la paroisse Notre de Fatima. Enfant et être vulnérable, je suis très vite séduit par leur prédilection pour les enfants et les jeunes de notre école (Ecole catholique de Nko’ovos). C’est dans cette ambiance que j’intègre l’ACE Cop-Monde et le groupe des enfants de choeur où j’apprends à connaitre et à aimer davantage le Christ dans mes frères sous le prisme de la pédagogie salésienne.
En1991, je quitte Ebolowa pour Yaoundé où je continue ma scolarité à l’Ecole Primaire de la Gendarmerie Mobile Groupe II. L’année qui suit me conduit à Bamenda où j’obtins mon C.E.P.E) au GBS Old Town, suivi d’un bref séjour au Lycée Bilingue de Ntamulung. A Bamenda, je continue ma recherche au groupe des enfants de choeur et comme aide catéchiste à la chapelle catholique de Up Station (station secondaire de la cathédrale de Bamenda). Ma recherche a sa première débouchée avec mon admission au St Aloysius’ Minor Seminary Kumbo, où j’achève mes études secondaires et où grâce à l’aide des formateurs et des compagnons de route, je muris et renforce mes convic-tions vocationnelles.
Après mon GCE A/L, je suis de retour à Ebolowa pour une année d’observation et d’imprégnation à l’Institut Technique Don Bosco. L’année qui suit marque le début de mon cursus de formation salésienne. Prénoviciat à la Pa-roisse Notre Dame de Fatima Ebolowa, Noviciat et Post-Noviciat au Togo, deux ans de stage pratique à la Paroisse St Chrales Lwanga de Brazzaville. Aujourd’hui je passe en quatrième année de théologie à l’ETSC de Ngoya. J’ai choisi pour devise le service (1 Cor 9, 19) « Je me suis fais serviteur de tous, afin d’en gagner un plus grand nombre. » Durant mon parcourt vocationnel, j’ai toujours été marqué par cette valeur qu’a prêché et vécu le Christ et que j’ai pu admirer et bénéficier auprès des fils de Don Bosco. Puisse le Seigneur qui s’est mis en tenue d’esclave et de servi-teur me donner la force et la grâce de toujours le servir avec humilité et dans la joie dans mes frères à temps et à contretemps.
« Je me suis fais serviteur de tous, afin d’en gagner un plus grand nombre. »
1 Cor 9, 19)
D. Gildas SANT’ANNA
Salésien de Don Bosco,
Nationalité Béninoise
Etudiant en théologie
B aptisé le 16 Juin 1990 à la paroisse saint Michel de Cotonou, au Bénin, j’ai reçu la pre-mière communion sur la même paroisse le même jour. Poussé par le désir ardent de devenir prêtre, j’avais milité dans le groupe des vocations sur ma paroisse d’origine et après, à la cathédrale de notre Dame de Porto-Novo. Ce temps d’aspirantat dans ces paroisses m’a permis de discerner un temps soit peu l’appel que je ressens au-dedans de moi.
Après mon baccalauréat, le désir de me consacrer au Seigneur a persisté dans mon coeur. Quatre années d’études économiques et de gestions à l’Université d’Abomey-Calavi (Bénin) ainsi que mes responsabilités dans la communauté des étudiants catholiques (Emmaüs) m’ont aidé à approfondir mon discernement vo-cationnel. J’ai donc frappé à la porte des Salésiens de Don Bosco en mai 2001, où j’ai désiré le mieux me consacrer au Christ et à son Eglise, dans la mission d’évangélisation et d’éducation des jeunes.
Me voici aujourd'hui à cette étape de ma formation, c'est-à-dire le diaconat. Que le Seigneur lui-même achève en moi ce qu’il a commencé.
« … Lui, qui avait aimé les siens qui sont dans le monde, les aima jusqu’à l’extrême »
Jn 13,1
Ebugu, Mai - Juillet 2012
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D. Kévin
KOUHALAMA
Salésien de Don Bosco,
Nationalité Congolaise
Etudiant en théologie
J e suis KOUHALAMA Kévin, Salésien de Don Bosco, origi-naire du Congo Brazzaville, plus précisément de la pa-roisse saint Jean Bosco du diocèse de Pointe Noire. Je suis né d’une famille chrétienne de six enfants, tous de sexe masculin.
Au départ mon père voulait faire de moi un ingénieur en fabrication méca-nique. Moi-même je pensais faire autre chose dans ma vie. Mais comme les pro-jets de Dieu sont toujours au-dessus des projets des hommes, sa volonté a voulu donc que je devienne son serviteur avec un ministère ordonné. « Seule la bénédic-tion du Seigneur donne la prospérité. Les efforts de l’homme n’y ajoutent rien ».
« La foi agissant par la charité »
Ga 5,6
D. Nichodemus Chinazo NEBIGWE
Salésien de Don Bosco,
Nationalité Béninoise
Etudiant en théologie
J e m’appelle NEBIGWE Nichode-mus Chinazo. Je suis né, dans la famille de Jacob et Agnès NE-BIGWE, le 19 juillet 1979 à Onitsha, une ville commerciale dans l’Etat d’Anambra au Nigéria. Nous sommes sept en-fants en famille ; quatre garçons et deux filles. A l’âge de deux ans, on m’a fait accom-pagner ma grande soeur pour vivre avec notre grande mère au village de mon Père Enugu-Umuonyia. C’est dans ce village que j’ai fait l’école maternelle et primaire. Durant mes études secondaires, je fais parti du groupe des servants de messe à la paroisse, « Saint Pa-trick Catholic Church » Enugu-Umuonyia. Après l’école secondaire à Achina, je remonte à Onitsha pour vivre avec ma Mère, mes frères et mes soeurs, car j’ai perdu mon père à l’âge
« Ngozi anyi Chukwu »
(La bénédiction n’est pas impossible à Dieu)
(Pr 10,22)
Quand j’ai senti l’appel de Dieu pour la première fois j’avais 12 ans. Pour faire mûrir cet appel en moi, j’avais pris la décision d’adhérer au groupe des servants d’autel où j’ai passé environ 11ans. On peut dire que c’est mon passage dans ce groupe qui m’a permis de répondre sans ambages à l’appel de Dieu. Voilà pourquoi après mon Baccalauréat et mon Brevet de technicien (BT) en fabrication mécanique, j’avais pris la décision de commencer mon aventure avec les salésiens de Don Bosco.
Mon expérience vocationnelle dans la congrégation salé-sienne a commencé en 2003 à Brazzaville. En 2004 à la fin du novi-ciat j’ai fait ma première profession religieuse. Chemin faisant en 2011 à la fin de la deuxième année de théologie j’ai fait la profes-sion perpétuelle.
Aujourd’hui le Seigneur m’appelle à servir mes frères et mes soeurs comme diacre. Avec une conscience droite j’ai répon-du favorablement à cet appel. Recevoir l’ordination diaconale n’est pas pour moi un tour de magie pour exorciser le temps qui passe, mais plutôt c’est vouloir me mettre au service des autres, à l’exemple du Christ serviteur qui a lavé les pieds de ses disciples et nous invite à suivre cet exemple. Plus on s’approche de Dieu, plus on est utile aux autres.
de neuf ans lorsque j’étais encore à l’école primaire.
De 2000 à 2002, j’ai fait une formation en électromécanique dans l’école salésienne « Saint John Bosco Technical Institute » et c’est à travers le témoignage de vie de la communauté salésienne d’Onitsha, surtout celle du Père Nicholas Ciarapica et du Frère Carlo Bacalla que le désir de devenir prêtre s’est réveillé en moi plus fort que lorsque j’étais enfant de choeur au village. Après ma formation en 2002, assimilée déjà à un temps d’aspirantat, j’ai commencé l’expérience au pré noviciat et au noviciat à Ondo – Nigeria. Le 4 août 2004, j’ai fait mon premier voeu en tant que Salésien, aspirant au sacerdoce.
2004 à 2007 – Etudes à l’institut supérieur de philosophie et des sciences humaines (ISPSH) Lomé – Togo où j’ai obtenu une li-cence en Sciences de l’Education.
De 2007 à 2009 – Stage pratique dans la communauté salésienne d’Onitsha. Nous avons comme oeuvre ; une école technique, une école secondaire, un internat, une aumônerie et un centre des jeunes.
Depuis Septembre 2009, je suis au théologat Saint Augustin de Nkol-Afame où je fais mes études théologiques à l’école théolo-gique Saint Cyprien de Ngoya.
Quand je regarde ma vie et le parcours vocationnel que j’ai fait, je dis merci au Seigneur pour son assistance et son soutien.
Ebugu, Mai - 2012
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D. Patrick Raveli
MPAMA
Salésien de Don Bosco,
Nationalité Congolaise-Bz
Etudiant en théologie
L ’histoire de ma vocation se détermine véritablement en 2001 ; c’est cette année là que je me décide d’entrer
« Quoi qu’il vous dise, faites-le »
Jn 2, 5
D. Rigobert
FUMTCHUM
Salésien de Don Bosco,
Nationalité Camerounaise
Etudiant en théologie
C ’est Dieu qui est l’initiateur de tout amour. Il m’a aimé le premier et me rend capable d’aimer les autres. Epris pas son amour pour moi, je n’ai posé aucune résistance.
C’est d’abord la proximité géographique entre la maison famille et la paroisse Notre Dame de Fatima de Nko’ovos à Ebolowa qui a parmi ma rencontre avec les salésiens de Don Bosco. Etant engagé au Centre de jeunes Don Bosco et dans divers groupes,
« Dieu nous a aimé le premier »
1 Jn 4, 19
dans la Société de Saint François de Sales après un long temps d’hési-tation entre la vie de prêtre diocésain et la vie de prêtre religieux. Né à Brazzaville, au Congo, je fais en 2002 mon postulat à Bangui en Cen-trafrique. En 2003, j’ai fait mon noviciat à Gbodjomè au Togo, novi-ciat bouclé par les premiers voeux le 08 septembre 2004. Juste après j’ai fait mes études de philosophie bouclées avec un Master1
J’ai fait par la suite deux années de stage, une comme assistant des novices à Lomé et une autre comme enseignant de français en Centra-frique. Depuis Octobre 2009, je suis étudiant en théologie à Ngoya et depuis le 17 Juillet 2011 je suis profès perpétuel Salésien.
j’ai ressenti l’appel du Seigneur à travers mes frères et soeurs. Aujour-d’hui, je continue à rendre grâce au Seigneur car « c’est Lui qui a tout fait ». Devenir Diacre n’est pas le fruit de mes mérites. Je ne puis m’en enorgueillir. Mon seul mérite c’est d’avoir répondu favorable-ment à son appel en lui ouvrant les portes de mon coeur. C’est un don gratuit de Dieu pour moi, pour ma famille, pour l’Eglise, pour les jeunes et pour l’humanité toute entière. Dans un monde en manque d’amour, devenir diacre c’est justement, professer que l’amour seul sauvera notre monde.
Que le Seigneur m’accorde ce coeur de bon pasteur qui puisse aimer tout homme car, l’aimé n’est pas choisi, il m’est donné. Mon minis-tère diaconal n’aura servi à rien si l’amour me faisait défaut. Cela est un appel et par conséquent une exigence de fidélité, de radicalité et de vérité.
Que le Seigneur m’accorde de gouter aux délices de sa Parole et me donne la liberté qui habitait ses Apôtres pour que je puisse annoncer l’Evangile partout où il m’enverra.
D. Alinindji Wilfrid HOUNTONDJI
Salésien de Don Bosco,
Nationalité Béninoise
Etudiant en théologie
N é en 1979 à Glazoué dans le Zou-Colline au Bénin, je suis fils de Henri Claude HOUN-TONDJI et e Marie Elisabeth GANGBE. Unique graçon au milieu de trois filles, j’ai fait mes études primaires et sécondaires
Qu’est ce que l’homme pour que tu penses à lui, le Fils d’un homme, que tu en prennes soucis ? »
Ps 8, 5
dans la capitale du Bénin où j’ai obtenu mon CEPE, mon BEPC et le Baccalauréat G2 option comptable en 2002.
Ma vocation est véritablement née dans le groupe des servants de l’autel dont la devise est ‘’Pépinière de vocation’’. Après trois ans d’aspirantat, j’ai fait la demande pour mon prenoviciat et grâce à Dieu, l’année suivante, j’ai fait ma première profession c'est-à-dire en 2004. Mon stage canonique s’est déroulé en Côte d’Ivoire dans le mi-lieu des enfants de la rue de 2007 à 2009, après trois ans de philoso-phie qui ont été sanctionnés par la licence en science de l’éducation.
Aujourd’hui, je suis en troisième année de théologie et je rend grâce à Dieu pour ses merveilles. C’est pourquoi je ne peux que redire avec le psalmiste : ‘’qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, le fils d’un homme pour que tu en prennes souci ?’’ Ps 8,5.
Ebugu, Mai - Juillet 2012
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DEVINETTES :
1. Quand il sort de sa case il réveille tout le monde. Qui est-ce ?
2. On me frappe pour me faire parler. Qui suis-je ?
3. Qui regarde à droite et à gauche sans jamais voir sa soeur ?
ELLE ECRIT A DON BOSCO
Oh notre ami Don Bosco !
Pendant tes années auprès de nous,
Tu nous as appris la gentillesse,
La foi, la joie et aussi à nous aimer les uns les autres
Comme Dieu lui-même nous a aimés.
Don Bosco notre grand ami,
Tu es un guide, un modèle, un père.
Tu as appris de bonnes choses à de nombreux enfants et nous en faisons partie.
Tout ce que tu as fait est très bon et très humble
Mais nous n’avons pas pu te remercier
parce que tu es vite allé dans les cieux auprès de notre Père.
Les frères et soeurs qui sont tes fils aujourd’hui,
Nous parlent toujours de toi et nous font découvrir ta passion pour nous
Ils nous aiment comme tu nous as aimés.
Accepte oh grand ami Don Bosco,
les remerciements qui viennent du plus profond de nos coeurs.
Viens aussi nous apprendre à mieux connaître Dieu et à vivre la main dans la main.
Merci Don Bosco !
(Par MEKAYEM Doriane Juanita, Oratoire Don Variara d’Ekié)
REPONSES
1. Le soleil
2. Le tambour
3. L’oreille
HISTOIRES DRÔLES
I.
Un mari affamé rentre chez lui. « ton riz au poisson sent bien bon ! est-il déjà cuit ? »
« À moitié seulement » répond la femme. Et le mari de répondre : « Hé bien, sers-moi déjà cette moitié, le reste on verra après ! »
II.
Une petite fille demande à son père: -dis moi papa, de qui est-ce que je tiens mon intelligence ?
Et le père de répondre:
-oh, certainement de ta mère, moi j'ai en-core la mienne !
A toi Don Bosco
Don Bosco, nous faisons partie de la famille salésienne que tu as fondée et qui nous apprend à grandir dans la foi et dans la prière. Toi qui as tant aimé les enfants, tu n’as cessé de les encadrer et de pren-dre soin d’eux. C’est pourquoi nous aussi, enfants rassemblés devant toi, voulons te dire merci et te dire que nous continue-rons à marcher sur tes traces afin que nous aussi, par ton intercession, arrivions auprès de toi dans la gloire de la sainteté.
(Par ELISABETH,
Oratoire Don Variara d’Ekié)