Ksiądz Bosko Zasoby

Un projet de sainteté offert aux jeunes - J. Aubry

SPIRITUALITÉ SALÉSIENNE


UN PROJET DE SAINTETÉ OFFERT AUX JEUNES - J. Aubry

Pages : /110-126/

DEUXIÈME PARTIE :

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UN PROJET DE SAINTETÉ OFFERT AUX JEUNES

On peut affirmer que Don Bosco n'a jamais écrit pour le plaisir d'écrire ni pour le plaisir de se raconter lui-même. Les Mémoires de l'Oratoire ont été rédigés tardivement, nous l'avons vu, sur ordre de Pie IX pour l'édification de ses fils religieux. Mais, bien plus tôt, l'urgence pastorale lui avait fait prendre la plume au profit de ses jeunes et des chrétiens des milieux populaires.

Le tout premier de ses écrits, une biographie de son ami Comollo (1844), s'ouvrait par ces mots caractéristiques : « Comme l'exemple des actions vertueuses vaut beaucoup plus que n'importe quel élégant discours, il ne sera pas hors de propos de vous présenter une notice historique sur la vie... etc. ». Et nous savons qu'un des signets de son bréviaire portait cette phrase de saint Maxime de Turin : « Validiora sunt exempla quam werba, et plus est opere docere quam voce »:« Les exemples ont plus de force que les paroles ; et l'on enseigne mieux avec des ceuvres qu'avec des discours » [1]. A cette certitude le portaient à la fois son tempérament réaliste, sa tournure d'esprit concrète, la psychologie de ses jeunes peu intéressés par les considérations générales, mais tout yeux et tout oreilles devant qui leur proposait des exemples vivants :« Un prince dans un /111/ livre apprend mal son devoir... », à plus forte raison les gamins de Turin ! Le Seigneur lui-même d'ailleurs semblait l'encourager dans cette voie, en lui envoyant à Valdocco des garçons d'une vertu exceptionnelle, tout indiqués pour être proposés aux autres comme stimulants modèles.

Maître spirituel, Don Bosco l'a été en premier lieu, par dessein providentiel, de ses innombrables adolescents et jeunes gens du patronage et du foyer de Valdocco [2]. Guidé par ses intuitions de psychologue, par sa capacité d'affection et de don, par son sens pratique, mais tout autant par sa foi, par ses rêves, par ses charismes d'envoyé de Dieu, il découvre et met au point une méthode de formation chrétienne et une formule de sainteté pour ses jeunes. Et les résultats viennent lui donner l'assurance que la voie choisie est valable : des saints authentiques se lèvent entre les pauvres murs de son école, sur la cour de récréation et dans l'humble chapelle Saint François de Sales [3]. Coup sur coup, en cinq ans (1859-1864), Don Bosco fait paraître, dans la collection des Lectures Catholiques, trois biographies d'adolescents de son Oratoire, qui toutes seront rééditées de son vivant [4]. /112/

Ajoutons que cette période a une valeur privilégiée dans l'expérience et dans la réflexion de Don Bosco. C'est l'âge d'or de l'Oratoire, comme l'a noté Don Stella : « La décennie 1853-1863 est celle où germent la plus grande ' partie de ses initiatives, certaines arrivant déjà à leur pleine maturité ; le premier noyau de la Congrégation salésienne existe déjà. C'est la période où il écrit la plus grande partie des ceuvres d'u~ certain souffle, où se perçoit son ceuvre personnelle d'écrivain... C'est l'âge d'or de son activité directe d'éducateur... où il fut au contact permanent de ses jeunes, sur la cour, dans le face à face des rencontres directes, au confessionnal, dans les mots du soir où presque toujours s'instaurait un dialogue entre Don Bosco et son public. C'est la décennie qui donne à Don Bosco Dominique Savio, Magon, Besucco, et plusieurs de ses meilleurs collaborateurs : Cagliero, Bonetti, Barberis, Berto, Cerruti... On commençait à bien savoir désormais que l'Oratoire était l'objet de faveurs divines particulières » [5].

Ces réflexions suffisent à faire comprendre pourquoi et comment Don Bosco a exprimé la substance de sa doctrine spirituelle principalement à travers la présentation d'exemples vivants, et au maximum à travers l'exemple vivant de jeunes qu'il avait lui-même conduit à la sainteté. De ce point de vue, les trois biographies de Savio, Magon et Besucco ont un exceptionnel intérêt. -

Mais on ne saurait sous-estimer non plus la valeur de l'un des instruments de formation que Don Bosco lui-même mit très tôt entre les mains de ses garçons et dont Savio, Magon et Besucco imprégnèrent leur pensée et leur vie : le manuel Il Giovane provveduto, rédigé et imprimé dès 1847, donc à peine réalisée l'installation définitive à Valdocco. Il peut /113/ servir excellemment d'introduction aux vies de ces trois adolescents.

Et en conclusion, nous verrons que Don Bosco ne se laissait nullement accaparer par les âmes d'élite, mais s'occupait de tous et de chacun. Une autre série de textes nous permettra de faire un dernier pas dans la présentation concrète de la sainteté à portée des jeunes. Nous avons la chance de posséder des lettres de Don Bosco à ses garçons, lettres individuelles ou lettres adressées à des groupes. Evidemment, el les n'étaient pas destinées à être publiées ! Nous y verrons le bon berger s'adapter à chacune de ses brebis, la conduire au pas qui convient, lui offrir la nourriture qu'elle attend. Rien de mieux pour illustrer cette conviction de Don Bosco que chaque jeune est personnellement appelé à la sainteté.

 

/114/

I

 

LE GARÇON INSTRUIT DE LA PRATIQUE
DE SES DEVOIRS
DE PIÉTÉ CHRÉTIENNE
[6]

 

 

Ce n'est pas seulement un manuel de prières et de dévotion. Don Bosco a voulu en faire, comme il dit dans le prologue, « une méthode de vie chrétienne », un vade mecum /115/ du jeune chrétien qui y apprend à éclairer sa foi et à orienter sa conduite autant qu'à prier et chanter la louange de Dieu. L'élément pour nous le plus intéressant est que nous y voyons Don Bosco exposer sa conception de la vie spirituelle du jeune chrétien.

Pour le rédiger Don Bosco, selon l'usage admis à l'époque, a largement puisé dans la littérature antérieure et contemporaine destinée aux jeunes, en particulier dans Charles Gobinet (1613-1690), recteur du collège Duplessis à Paris, éducateur connu, imprégné de l'esprit de saint François de Sales, auteur d'une Instruction de la jeunesse en la piété chrétienne, tirée de l'Ecriture Sainte et des SS. Pères (Paris 1655), traduite et largement diffusée en Piémont ; et aussi dans le Guide angélique, instructions pratiques pour la jeunesse, par un prêtre séculier milanais (Turin 1767), ouvrage luí-même inspiré du précédent et du courant jésuite qui mettait en relief la figure de saint Louis de Gonzague. Mais tout en puisant à ces sources, Don Bosco a donné à son manuel sa profonde marque personnelle : simplicité et vigueur du style, conception « salésienne » de la sainteté des jeunes. Les lignes essentielles de sa pensée pourraient être exprimées ainsi :

1) Pas de vocation humaine sans la perspective du salut. Nous sommes tous des sauvés : le Dieu d'amour, en son Fils, nous appelle à sa propre vie (c'est « la grâce »).

2) En conséquence : « Mes fils, nous sommes faits pour la joie ! », certes pour la joie éternelle, mais aussi pour une joie présente, offerte déjà aux enfants, aux jeunes : précisément la joie de se sentir fils de Dieu et de pouvoir l'aimer activement. Contrairement à ce que dit le monde, c'est le joug du péché qui est pesant et le joug du Seigneur qui est léger.

3) Cette joie envahit tout l'être ; elle peut et doit se vivre dans l'ordinaire de la vie. Elle s'entretient ou se récupère par la communion eucharistique et par la confession sincère. La /116/ sainteté est donc possible même aux jeunes ; mieux, elle est facile, à portée de la main.

4) Dieu aime les jeunes d'un amour particulier. Il est souverainement important de lui répondre au plus tôt, dès sa jeunesse. Les trois vertus majeures à travers lesquelles s'exprime ce don de soi sont l'amour de Dieu (auquel se lie étroitement l'amour de Marie), l'obéissance inspirée par la confiance envers les guides providentiels, et la pureté, sauvegarde concrète du caractère spirituel de l'être, de la vie, et de la joie [7].

Ce programme, Don Bosco l'a vu s'incarner dans la vie de centaines de ses garçons, devenus des hommes épanouis par la grâce de Dieu.

Les extraits que nous présentons proviennent de l'édition de 1863, la dernière dont nous soyons sûrs qu'elle soit sortie entièrement de la main de Don Bosco. Dans les éditions suivantes, en effet, sont intervenus des collaborateurs pour certains compléments.

24. Préface : « A la jeunesse ». Notre Dieu est le Dieu de la joie.

Il y a deux ruses principales dont se sert habituellement le démon pour détourner les jeunes du sentier de la vertu. La première, c'est de leur faire croire que le service du Seigneur les condamnera nécessairement à une vie plutôt triste et privée de tout divertissement et plaisir. Or ce n'est pas vrai, mes chers garçons. Je veux vous enseigner une méthode de vie chrétienne qui puisse aussi vous rendre joyeux et vous épanouir, vous indiquant où sont les divertissements et /117/ plaisirs véritables, de sorte que vous puissiez dire avec le saint prophète David : « Servons le Seigneur dans une sainte allégresse : servite Domino in laetitia ». Le petit livre que je vous offre n'a pas d'autre but : vous apprendre à servir le Seigneur et à vivre dans l'allégresse.

L'autre ruse, c'est de vous bercer de l'illusion d'une longue vie, vous persuadant que vous aurez tout le temps de vous convertir dans un âge plus avancé ou au moment de la mort. Mes fils très chers, soyez sur vos gardes, car un grand nombre sont tombés dans ce piège. Qui vous assure que vous aurez une longue vie ? Avez-vous signé un pacte avec la mort pour qu'elle vous attende jusqu'à la vieillesse ? Vie et mort sont entre les mains du Seigneur, qui en dispose à son gré.

Et même si Dieu vous accorde une longue vie, écoutez l'avis important qu'il vous donne : la route que l'homme entreprend durant sa jeunesse, il continue de la suivre jusqu'à la vieillesse et jusqu'à la mort. Adolescens juxta viam suam etiam cum senuerit non recedet ab ea (Prov 22,6). Ce qui veut dire : si nous commençons à vivre selon le bien maintenant que nous sommes jeunes, nous seront vertueux dans l'âge mûr, et nous arriverons à une sainte mort, qui nous introduira dans une joie éternelle. Si au contraire nous laissons le vice prendre possession de nous dès notre jeunesse, il est fort probable qu'il continue de régner en nous dans toute la suite de notre vie jusqu'à notre mort, qui alors deviendra le funeste prélude d'une éternité malheureuse. Pour prévenir un si grand malheur, je vous offre ici une méthode de vie courte et facile, mais apte à vous permettre de devenir la consolation de vos parents, l'honneur de votre patrie, de bons citoyens sur cette terre en attendant de devenir un jour d'heureux habitants du ciel [8]. /118/

Ce petit ouvrage est divisé en trois parties. Dans la première vous trouverez ce que vous devez faire et ce que vous devez éviter pour vivre en vrais chrétiens. Dans la seconde on a recueilli quelques-unes des pratiques de dévotion habituellement en usage dans les paroisses et les maisons d'éducation. La troisième contient l'office de la Sainte Vierge, les vêpres de l'année liturgique et l'office des défunts. A la fin de cette partie vous trouverez aussi un exposé dialogué sur les fondements de notre sainte religion catholique répondant aux besoins actuels [9]. Il est suivi d'un choix de cantiques.

Mes chers garçons, je vous aime de tout mon coeur, et il suffit que vous soyiez jeunes pour que je vous donne toute mon affection. Je puis vous assurer que vous pouvez trouver bien des livres écrits pour vous par des personnes de loin plus vertueuses et plus savantes que moi ; mais difficilement vous trouverez quelqu'un qui plus que moi vous aime /119/ en Jésus Christ et qui désire davantage votre bonheur [10]. Le Seigneur soit donc toujours avec vous, et qu'avec sa grâce, mettant en pratique ces quelques conseils, vous puissiez réaliser le salut de votre âme et accroître ainsi la gloire de Dieu, but suprême de ce petit livre.

Vivez heureux, et que la sainte crainte de Dieu soit votre richesse tout au long de votre vie.

Votre très affectionné en Jésus Christ
Jean Bosco, prêtre.

Ce qui est nécessaire à un jeune.pour devenir vertueux [11]

25. Art. II. Les adolescents sont grandement aimés de Dieu [12].

O mes chers fils, vous êtes tous créés pour le Paradis, et Dieu, ce Père plein d'amour, éprouve une grande douleur lorsqu'il est contraint d'envoyer quelqu'un en enfer. Ah ! /120/ combien le Seigneur vous aime, et désire vous voir accomplir des oeuvres bonnes pour vous rendre ensuite participants de cet immense bonheur qu'il a préparé pour tous dans le Paradis !

Bien persuadés, mes chers fils, que nous sommes tous créés pour le Paradis, nous devons orienter chacune de nos actions vers ce grand but. Pour nous y encourager, il y a la perspective de la récompense qui nous est promise et du châtiment qui nous menace. Mais ce qui doit bien davantage nous pousser à aimer Dieu et à le servir, c'est le grand amour qu'il nous porte [13]. Bien sûr, il aime tous les hommes, qui sont l'ouvrage de ses mains, mais il porte une affection toute spéciale aux adolescents, jusqu'à trouver en eux ses délices : Deliciae meae esse cum filIIs hominum  /121/ (Prov 8,31). Oui, vous êtes les délices et l'amour de ce Dieu qui vous a créés. Il vous aime parce que vous avez encore devant vous la possibilité de faire tant d'oeuvres bonnes ! Il vous aime parce que vous êtes à un âge de simplicité, d'humilité, d'innocence, non encore devenu, en général, la malheureuse proie de l'ennemi infernal.

Le Sauveur lui-même a donné aussi des marques de sa particulière bienveillance à l'égard des enfants. Il dit qu'il regarde comme fait à lui-même tout le bien qu'on leur fait. Il a des menaces terribles pour ceux qui les scandalisent par leurs paroles ou leurs actes. Voici ses propres termes : « Si quelqu'un scandalise un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu'on lui attachât au cou une meule de moulin et qu'on le précipitât au fond de la mer ». Il aimait être entouré par les enfants, il les appelait à lui, les embrassait, leur donnait sa divine bénédiction.

Puisque le Seigneur vous aime à ce point à l'âge où vous êtes, quelle ne doit pas être votre ferme résolution de correspondre à cet amour, en ayant soin de faire en toutes choses ce qui lui plaît et d'éviter tout ce qui pourrait lui déplaire !

26. Art. IV. La première vertu d'un garçon est l'obéissance à ses parents [14]

Comme un jeune arbre, même quand il est planté dans la bonne terre d'un jardin, pousse de travers et finit mal s'il n'est pas cultivé et en quelque sorte guidé jusqu'à ce qu'il ait /122/ atteint un certain développement, de même vous, mes fils très chers, vous vous tournerez sûrement vers le mal si vous ne vous laissez pas guider par ceux qui sont chargés de votre éducation. Ces guides providentiels, vous les trouvez dans la personne de vos parents et de ceux qui en tiennent la place, et vous devez leur obéir avec exactitude. « Honore ton père et ta mère, et tu auras longue vie sur cette terre », dit le Seigneur. En quoi consiste donc cet « honneur » ? Il consiste dans l'obéissance, dans le respect et dans l'assistance.

Dans l'obéissance : et donc lorsqu'ils vous commandent quelque chose, faites-le promptement, sans vous faire prier, et surtout n'imitez pas certains enfants qui haussent les épaules, secouent la tête, ou ce qui est pire encore, répondent insolemment, faisant injure à leurs parents et à Dieu même qui par eux commande telle ou telle chose. Bien que notre Sauveur fût tout-puissant, il voulut néanmoins, pour nous enseigner l'obéissance, être soumis en tout à la sainte Vierge et à saint Joseph et exercer un humble métier d'artisan. Et c'est pour obéir encore à son Père céleste qu'il mourut dans les douleurs de la croix.

Vous devez de même porter un grand respect à votre père et à votre mère. Gardez-vous donc de rien faire sans leur /123/ permission, de vous montrer impatients devant eux, ou de découvrir leurs défauts. Saint Louis de Gonzague n'entreprenait rien sans une permission de ses parents, et en leur absence il la demandait aux serviteurs de la maison...

Vous devez encore assister vos parents dans leurs besoins, soit en leur rendant à la maison les menus services dont vous êtes capables, soit plus encore en leur remettant votre argent ou ce que vous recevez, et en en faisant usage selon leurs conseils. C'est encore un strict devoir, pour un jeune chrétien, de prier matin et soir pour ses parents, afin que Dieu leur accorde tous les biens spirituels et temporels.

Ce que je vous dis ici de vos parents s'applique aussi à vos éducateurs et à vos maîtres : d'eux aussi recevez de bon coeur, avec humilité et respect, les enseignements, les conseils, les corrections, tenant pour sûr qu'ils n'ont en vue que votre plus grand bien, et qu'en leur obéissant, c'est comme si vous obéissiez à Jésus et à sa très sainte Mère.

J'ai encore deux choses à vous recommander avec tout mon coeur. La première est la sincérité envers vos supé•rieurs : ne cherchez pas à dissimuler vos manquements derrière de fausses raisons, encore moins à les nier. Dites toujours la vérité avec franchise ; car la fausseté nous rend fils du démon, prince du mensonge, et quand la vérité viendra au jour, vous serez regardés comme des menteurs et vous perdrez l'honneur devant vos supérieurs et vos compagnons. En second lieu, je vous invite à prendre les conseils et recommandations de vos supérieurs comme règle de votre vie et de votre conduite. Heureux serez-vous si vous agissez ainsi ! Vos jours s'écouleront dans la joie, vos actions seront accomplies comme elles doivent, et elles édifieront le prochain. Je termine donc en vous disant : « Donnez-moi un garçon obéissant, il est sur le chemin de la sainteté. Dans le cas contraire, il marche sur une route qui le conduira à la perte de toutes les vertus ».

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27. Art. VI. Lecture et parole de Dieu

Outre le temps que vous donnez habituellement à votre prière du matin et du soir, je vous exhorte à consacrer aussi quelques instants à la lecture d'un livre qui traite de choses spirituelles, par exemple le livre de l'Imitation de Jésus Christ, l'Introduction à la vie dévote de saint François de Sales, la Préparation à la mort de saint Alphonse, Jésus dans le ccpur du jeune chrétien, les vies des saints, ou d'autres de ce genre [15].

Ce que vous lirez dans ces livres fera un bien énorme à votre âme. Et votre mérite devant Dieu pourrait redoubler si vous racontez à d'autres ce que vous avez lu, ou si vous en faites la lecture devant eux, et plus encore en présence de ceux qui ne sauraient pas lire.

Notre corps, s'il est privé de nourriture, s'affaiblit et meurt, et la même chose arrive à notre âme si nous ne lui donnons pas sa nourriture. L'aliment de notre âme, c'est la parole de Dieu, qui nous est distribuée dans les prédications, dans l'explication de l'Evangile, au catéchisme [16]. /125/ Soyez donc très assidus à vous rendre au moment voulu à l'église, à vous y maintenir dans la plus grande attention ; et songez à vous appliquer à vous-mêmes tout ce qui peut vous convenir. D'autre part il est de grande importance que vous veniez au catéchisme. Dire :« J'ai déjà passé l'examen pour la sainte communion » ne vaudrait rien, car votre âme continue d'avoir besoin de nourriture exactement comme votre corps ; si vous la privez de cet aliment, vous l'exposez aux plus graves dommages.

Gardez-vous aussi de la ruse du démon qui vous suggère : « Ce qui est dit va tout juste pour mon camarade Pierre, cette autre leçon est faite pour Paul ». Non, mes amis, c'est à vous que s'adresse le prédicateur, pensant que les vérités qu'il expose s'appliquent à votre situation. Et si ce qui est dit n'est pas nécessaire pour vous corriger, cela pourra servir à vous préserver de commettre quelque faute.

Quand donc vous avez entendu une prédication, tâchez de vous en souvenir durant la journée ; et plus encore le soir avant de vous coucher, arrêtez-vous un moment à réfléchir sur les choses entendues. Votre âme tirera de là grand profit.

Enfin je vous recommande de faire tout votre possible pour accomplir ces devoirs religieux dans vos paroisses, car votre curé a reçu de Dieu à un titre particulier la charge de prendre soin de votre âme [17].

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[1] VoirMB XVIII, 808.

[2] Le patronage des dimanches et jours fériés (mais où fonctionnaient aussi chaque soir des « cours du soir ») ; et le foyer ouvert en 1847 pour jeunes apprentis et jeunes travailleurs, et en 1850 également pour des étudiants futurs prêtres, de famille pauvre (on l'appelait « la maison adjointe au patronage »). Les garçons de ces deux groupes étaient 36 en 1852, 200 en 1857, environ 600 en 1861.

[3] Le soir du 9 avril 1863, Don Bosco pouvait dire :« Il y a dans notre maison des jeunes de si haute vertu qu'ils laisseront derrière eux sain* Louis (de Gonzague) lui-même pour peu qu'ils continuent sur le chemin qü'ils ont pris. Presque chaque jour je vois ici des choses qu'on croirait irréelles si on les lisait dans les livres, et pourtant Dieu se plaît à les réaliser parmi nous » (Chronique de Don Bonetti, cahier Annali III, 70 ; Archives 110 ; voir MB VII, 414).

[4] Du vivant encore de Don Bosco, la biographie de Savio aura six éditions, celle de Magon trois, et trois également celle de Besucco.

[5] P. Stella, Don Bosco nella storia 1, 117.

[6] Ii Giovane provveduto per la pratica dei suoi doveri negli esercizi di cristiana pietà, lfe éd. Turin, Paravia 1847, petit format 8 x 12,5 cm, pp. 352. L'énorme succès de ce manuel, qui pour les seules éditions italiennes dépassa le million du vivant de Don Bosco, encouragea celui-ci à en accroître et à en améliorer sans cesse le contenu. Dès 1851, il s'était enrichi de réflexions apologétiques sur l'Eglise. A partir de 1863 (l'édition citée ici), il fut imprimé à Valdocco (430 pages ; l'édition de 1885 aura 520 pages). Il y eut deux éditions françaises en 1876 et 1880 : La Jeunesse instruite de la pratique de ses devoirs et des exercices de la piété chrétienne... par l'abbé Jean Bosco, Turin, imprimerie et librairie de l'Oratoire de Saint François-de-Sales. Paris chez P. Lethielleux, rue Cassette, pp. 510 (9 x 14,5 cm). Nous avons refait nous-mêmes la traduction des extraits cités ici.

[7] Voir P. Stella, Valori spirituali nel « Giovane Provveduto » di san Giovanni Bosco, Rome 1950 (extrait d'une thèse de doctorat).

[8] Ces premiers paragraphes nous présentent les deux thèmes fondamentaux de la catéchèse de Don Bosco : le « service de Dieu », en quoi consiste la vie chrétienne, est source de joie profonde et continue ; et la jeunesse engage tout l'avenir : vie adulte, mort, vie éternelle. Le Garçon instruit enseigne donc une méthode de vie chrétienne qui poursuit ce double but : donner la joie, assurer un heureux avenir, perspectives qui sont en consonance profonde avec la psychologie des adolescents et des jeunes. Noter l'expression : « bons citoyens sur cette terre, heureux habitants du ciel », qui deviendra un des leit môtiv de Don Bosco : l'éducation chrétienne saisit tout l'homme en toutes ses tâches et vise son bien temporel aussi bien qu'éternel.

[9] Ce « dialogue » n'existait pas dans la première édition de 1847. Les « besoins de l'époque » évoquent la confusion des esprits et le péril de relativisme religieux provoqués par le souffle anticlérical de 1848 et en particulier par les décrets des 17 février et 29 mars 1848 : le roi Charles-Albert y accordait les droits civils aux vaudois et aux juifs. Les vaudois engagèrent alors une propagande audacieuse. Dès la seconde édition de son Garçon instruit, en 1851, Don Bosco, toujours soucieux de répondre aux situations concrètes, introduisit une partie apologétique, sous forme de dialogue, sur la véritable Eglise et ses caractères (partie directement inspirée d'opuscules qu'il avait fait paraître en 1850). Dans la suite, elle sera reprise et complétée par deux fois. Ceci nous permet de remarquer que Don Bosco, sous la pression des événements, fera de plus en plus entrer la réalité de l'Eglise dans sa pespective de sainteté. Avec les théologiens de son temps, il affirmera aussi un peu rapidement que la sainteté ne peut pas fleurir hors de l'Eglise catholique.

[10] Don Bosco s'attendrit facilement quand il s'adresse à ses garçons, et son « coeur » trouve les expressions les plus exquises pour leur dire son affection sacerdotalement paternelle. Il exprime aussi cette vérité, pour lui évidente : « Aimer, c'est vouloir le bonheur de l'autre ».

[11] Cette section comporte six brefs « articles », dont nous avons choisi de citer ici les principaux à cause de leur intérêt pastoral. Les thèmes sont plus intéressants que les formules : celles-ci relèvent évidemment du style religieux de l'époque, ceux-là exposent les vérités de base de la vie chrétienne que Don Bosco proposait à ses garçons.

[12] Nous traduisons par « adolescents » la parole italienne giovanetti. Plus loin, Don Bosco parle des « enfants »(fanciuUi), selon les textes évan géliques auxquels il a recours. En fait, c'est bien aux adolescents de douze à dix-huit ans qu'il s'est senti plus directement envoyé. Le premier paragraphe ici cité termine l'article I précédent, intitulé :« Connaissance de Dieu », d'un Dieu qui est inséparablement le « Créateur tout-puissant » qui nous a tout donné et le « Père plein d'amour »(amoroso) qui nous appelle à lui. D'emblée est proposée une spiritualité du bonheur. Mais aussi de la liberté, au point que ce Dieu peut être « douloureusement contraint » de ne pas recevoir celui qui le refuse. La paternité divine, révélée en Jésus, est le fondement de la spiritualité pastorale de Don Bosco.

[13] Cette proposition doit être soulignée, comme d'ailleurs l'ensemble de cet article. L'insistance généralement mise par Don Bosco sur la pratique des « vertus » et la fuite des « péchés » pourrait le faire accuser de « moralisme » plutôt étroit. En fait, c'est bien une visée d'alliance qu'il propose à ses garçons : les « vertus » sont « bien davantage » des exigences de l'amour que Dieu a pour nous et des « réponses » de notre amour pour lui. Et Don Bosco le souligne d'autant plus qu'il affirme que Dieu a pour les jeunes « une affection toute spéciale ». La citation scripturaire de Prov 8,31 (la Sagesse créatrice) est évidemment utilisée en un sens accomodatice. Plus significatif est le recours à l'attitude de Jésus selon l'évangile. La conclusion est limpide : vivre en chrétien, c'est « correspondre » à cet amour, « plaire » à Dieu en tout. Jésus n'a pas eu d'autre programme : « Le Père ne m'a pas laissé seul parce que je fais toujours ce qui lui plaît » (Jn 8,29).

[14] Il n'est plus guère de mode aujourd'hui, de recommander aux enfants et aux jeunes l'obéissance, surtout comme « vertu numéro un »! Pourtant, en parlant ainsi, Don Bosco ne suit pas seulement l'enseignement traditionnel de son temps, centré sur une « morale du devoir ». Il est guidé par son expérience et par l'audace même de sa proposition de sainteté aux jeunes (voyez la finale de l'article). Deux arguments sont mis en avant, l'un naturel : un adolescent en pleine évolution est en état d'instabilité et d'insécurité, il est faible et changeant, il a besoin d'être « guidé », non pas seulement pour ne pas faire de faux pas et de chutes, mais tout autant pour trouver le bon chemin et y avancer avec sécurité, ou pour employer une autre comparaison, pour croître harmonieusement, développer ses ressources, porter du fruit abondant, jusqu'à la sainteté. L'autre argument fait appel à la foi : le Christ lui-même a été obéissant ; et obéir à ses guides providentiels c'est obéir à Dieu. Ajoutons deux éléments importants qui permettent de ne pas défigurer cette obéissance salésienne : se déroulant dans un climat de confiance mutuelle, de « franchise » et d'affection, elle suppose chez les éducateurs une volonté de travailler au « plus grand bien » des jeunes, et elle laisse à ceux-ci un espace croissant d'initiative personnelle. Ce qui apparaîtra davantage dans les vies de Savio et de Magon

[15] Mettre entre les mains des jeunes des textes de « lecture spirituelle » adaptée a toujours été l'un des soucis de Don Bosco. Le Garçon instruit répondait pour une part à ce but. Le fruit qu'il en espérait était la connaissance réfléchie et le « goût » des choses de Dieu et d'une vie généreuse. Les ouvrages cités ici sont intéressants. L'Imitation de Jésus-Christ, si appréciée de Don Bosco (voir plus haut le texte des MO p. 85), était proposée aux plus fervents, comme en témoigne le chapitre XIX de la vie de Dominique Savio, Puis viennent deux ouvrages auxquels Don Bosco n'a cessé de puiser : la Philothée de saint François de Sales et l'Apparecchio alla morte de saint Alphonse. Gesù nel cuore del giovane, de Zama-Mellini, était un manuel de dévotion extrêmement répandu alors en Italie. Quant aux vies des saints ou de chrétiens exemplaires, Don Bosco se chargera d'en écrire lui-même un certain nombre en un style accessible à ses jeunes.

[16] Au temps de Don Bosco, la « parole de Dieu », entendue comme le texte même de l'Ecriture n'était pas beaucoup répandue dans le peuple chrétien. A tout le moins, Don Bosco propose à tous ses jeunes de l'écouter à travers son « explication ». « Nourriture de l'âme » : la comparaison est d'ordre vital, comme celle du jeune plant à l'article IV : il s'agit toujours de croître vers la sainteté, d'autant plus que Don Bosco a souci que la parole entendue entre dans la vie personnelle.

[17] N'oublions pas que le Garçon instruit s'adressait en premier lieu aux garçons de la ville qui fréquentaient les patronages de Valdocco, de Porta Nuova et de Vm:chiglia. La cohésion dans les tâches pastorales a toujours été un des soucis de Don Bosco.


Pages /205-232/

III


LETTRES A DES JEUNES

Dans les écrits précédents, Don Bosco s'adressait à tous ses jeunes globalement, pour leur présenter l'idéal de sainteté qu'il concevait pour eux, soit sous la forme théorique du Garçon instruit, soit sous la forme concrète des trois bioeraphies. Mais ces biographies elles-mêmes attestent à quel point son intervention d'éducateur, de père spirituel était individualisée. C'est même là lin des aspects les plus frappants de son action, et peut-être son plus grand miracle : qu'il ait été assez détaché de soi et assez zélé au milieu de la roule de ses adolescents pour trouver le temps, l'occasion et la façon de regarder et de traiter chacun comme un être uni7ue, racheté par le Christ, qui a sa vocation particulière et qu'il faut aider dans la découverte de sa personnalité et du Jessein secret de Dieu sur lui.

De cette attitude, nous avons la preuve tangible dans les lettres qu'il écrivit à de nombreux garçons, encore adolescents, ou jeunes en âge de choisir leur avenir. Ils lui /205/ écrivaient en confiance, pour lui demander conseil, ou simplement pour lui dire leur affection, et tout écrasé de besogne qu'il fût, toujours il répondait. Ces correspondants se rangent facilement en deux catégories : les uns étaient ses propres « fils » dans quelqu'une de ses maisons, étudiants ou simples apprentis ; les autres appartenaient à l'une ou l'autre des familles aisées où il recrutait ses bienfaiteurs. Tous, à ses yeux, étaient des fils de Dieu à conduire sur le chemin de la vie temporelle et éternelle.

Mais il lui arrivait aussi, spécialement aux périodes de fêtes (Nouvel-An, fête de son saint patron..), quand l'abondance des occupations l'empêchait de répondre en détail à la foule des lettres reçues, de formuler sa réponse de façon collective aux garçons d'une maison, aux étudiants, aux apprentis, aux élèves d'une classe... Mais même alors, le contexte lui étant bien connu, il répondait d'une façon concrète et circonstanciée.

Nous retrouverons ici la doctrine substantielle du saint éducateur. Mais ce qui transparaît le plus, c'est sa propre sainteté vécue. La merveille des lettres, c'est qu'elles nous livrent Don Bosco en acte de charité, d'une charité auréolée de ses vertus les plus typiquement salésiennes : « l'amorevolezza », la confiance, la joie qui toujours encourage, la stimulation à l'effort, le regard vers Dieu et son saint service... Tout cela, en un style vif, rapide, nerveux.

Nous présentons dans l'ordre chronologique les lettres individuelles, puis les lettres collectives, utilisant l'édition en quatre volumes de Don E. Ceria, l'Epistolario, et plus d'une fois aussi ses notes explicatives (voir l'Introduction, p. 27).

/206/

55. « Te souviens-tu du pacte que nous avons conclu entre nous ? »

A un élève de troisième, fils de l'avocat Roggeri de Sanfront, des environs de Turin. Ce pieux garçon avait dressé chez lui un petit oratoire et invité Don Bosco à venir l'inaugurer. (Epist. I, 138).

Très cher Giuseppino,

Tu as bien fait de m'écrire : cela m'a tant fait plaisir. Quand le petit oratoire sera en tout point terminé, je viendrai y faire ma petite prédication, comme je l'ai promis, et à cette occasion nous continuerons à parler de notre amitié et de nos affaires particulières. Te souviens-tu du pacte que nous avons stipulé et conclu entre nous ? Etre des amis et nous unir tous les deux pour aimer Dieu d'un seul ceeur et d'une seule âme.

La joie que tu me dis éprouver à t'occuper des choses saintes est un bon point ; cela veut dire que le Seigneur t'aime bien, et que de ton côté tu dois t'empresser grandement de l'aimer. Cela veut dire aussi une autre chose que je me réserve de te révéler à toi seul, quand tu viendras à Turin. [1]

Je te serai grandement reconnaissant de saluer papa et maman de ma part ; à monsieur le Vicaire tu donneras mon bonjour, et à ton petit frère tu feras une caresse.

Que Dieu vous conserve tous en santé et en grâce, et si tu veux rester mon ami, va réciter un Salve Regina à la Sainte Vierge pour moi, qui suis de tout coeur

Ton ami très affectionné Bosco Gio., prêtre

Turin, 8 octobre 1856

/207/

56. « Prends courage. Fais-toi riche... de la vraie richesse »

A Ottavio Pavia, jeune garçon de Chieri, apprenti dans un atelier de tailleurs, et ancien élève de l'Oratoire de Turin (Epist. I, 183-184).

Très cher Pavia,

J'ai reçu la lettre que tu m'as écrite, et je te remercie du bon souvenir que tu gardes de nous. Prends courage ; faistoi riche ; mais rappelle-toi que la première richesse et la seule vraie richesse est la sainte crainte de Dieu.

Sois attentif à tes devoirs, aie confiance en tes patrons, aime-les et respecte-les.

Travaillons pour le paradis.

Que le Seigneur nous conserve toujours dans le chemin de la vertu ; prie pour moi et crois-moi tout entier à toi.

Bosco G., prêtre

Turin, 29 janvier 1860.

57. Conseils à un élève de l'Oratoire en vacances

De la maison de retraite de S. Ignazio-sur-Lanzo, Don Bosco répond à une lettre d'un élève de l'Oratoire, Stefano Rossetti, de Montafia. Il deviendra plus tard recteur du séminaire d'Asti

(Epist. I, 194)

Mon fils très aimé,

La lettre que tu m'as écrite m'a vraiment fait plaisir. Tu y donnes la preuve que tu as compris quels sont mes /208/ sentiments à ton égard. Oui, mon cher, je t'aime de tout mon coeur, et mon amour me porte à faire tout ce que je peux pour te faire progresser dans l'étude et dans la piété, et te guider sur le chemin du ciel.

Rappelle-toi les nombreux avis que je t'ai donnés en diverses circonstances. Sois joyeux, mais que ta joie soit authentique, comme celle d'une conscience pure de tout péché. Etudie pour devenir très riche, mais riche de vertu, et la plus grande richesse est la sainte crainte de Dieu. Fuis les mauvais compagnons, sois l'ami des bons ; remets-toi entre les mains de ton Archiprêtre, suis ses conseils et tout ira bien.

Salue tes parents de ma part ; prie le Seigneur pour moi, et tant que Dieu te maintient loin de moi, je le prie de te garder toujours à lui, jusqu'au moment où tu seras de nouveau avec nous. En attendant je suis avec une paternelle affection

Ton très affectionné Bosco Gio., prêtre.

S. Ignazio près de Lanzo, 25 juillet 1860

58. Le petit marquis se prépare à sa première communion

Nous citons ici l'une des très nombreuses lettres envoyées par Don Bosco à l'un ou l'autre des membres de la famille De Maistre, famille profondément croyante et l'une des plus généreuses à son égard. Pendant son premier séjour à Rome en 1858, il avait été l'hôte du comte Rodolphe, fils aîné de Joseph de Maistre, l'auteur des célèbres ouvrages Le Pape et Les soirées de Saint-Pétersbourg.

Par la suite, il eut des contacts avec toute sa nombreuses famille : cinq fils, parmi lesquels Emmanuel et Eugène, et six filles, parmi lesquelles Marie, épouse du marquis turinais Fassati et maman de deux fils auxquels Don Bosco se plaisait à écrire : Azélie (qui /209/ épousera le baron Ricci des Ferres) et Emmanuel. C'est à ce dernier, garçonnet d'une dizaine d'années, qu'est adressée la lettre suivante. Il passe l'été à Montemagno, lieu de villégiature de la famille Fassati, avec un de ses cousins, le comte Stanislas Medolago, futur sociologue catholique. (Epist. I, 209).

Cher Emmanuel,

Pendant que tu jouis de la campagne avec ton cher Stanislas, je viens en compagnie de maman [2] te rendre visite avec ce billet que je me fais un devoir de t'écrire.

Mon but est de te proposer un beau projet, écoute bien. Ton âge et les études entreprises semblent suffisantes pour te permettre d'être admis à la sainte communion. Je voudrais donc que la prochaine Pâque soit pour toi ce grand jour de ta sainte première communion. Qu'en dis-tu, cher Emmanuel ? Essaie d'en parler avec tes parents et tu entendras leur avis. Mais je voudrais que tu commences dès à présent à te préparer, et donc que tu sois particulièrement exemplaire à pratiquer :

1° L'obéissance exacte à tes parents et à tes autres supérieurs, sans jamais faire opposition à n'importe lequel de leurs ordres ;

2° La précision dans l'accomplissement de tes devoirs, spécialement de ceux de l'école, sans jamais te faire gronder pour les accomplir ;

3° Avoir en grande estime tout ce qui touche à la piété. Et donc bien faire le signe de la sainte croix, prier à genoux dans une attitude recueillie, assister exemplairement aux fonctions d'église.

J'aurais grand plaisir à recevoir de toi une réponse à ces propositions. Je te prie de saluer de ma part Azélie et Stanislas. Soyez tous joyeux dans le Seigneur. /210/

Que Dieu vous bénisse tous ; priez pour moi ; toi spécialement, ô cher Emmanuel, fais-moi honneur par ta bonne conduite, et crois-moi toujours

Ton ami très affectionné Bosco Gio., prêtre

Turin, 8 septembre 1861.

59. Un saint écrit à une petite fille

Souvent la petite marquise Azélie écrivait à Don Bosco au nom de sa maman, et Don Bosco respectait cette aimable médiation. La marquise Marie Fassati préparait à Montemagno une fête du Coeur de Marie pour le 8 septembre. Elle devait être précédée d'un triduum de prédication qui servait d'exercices spirituels. A peine rentré de Lanzo S. Ignazio, Don Bosco fait savoir qu'il a trouvé le compagnon prédicateur. Avec Emmanuel il utilisait le tutoiement. A vec Azélie, même encore très jeune, il ne se le permet pas. (Epist. I, 232).

Très chère en Jésus et Marie,

Il est entendu avec le chanoine Galletti que nous allons à Montemagno en l'honneur de Marie. Nous avons seulement besoin de savoir :

1° Quand commencent les prédications et combien seront-elles,

2° Si l'usage est de prêcher en italien ou en piémontais.

Je vous remercie beaucoup des heureuses nouvelles que vous me donnez, regrettant de ne pouvoir écrire souvent. Je vous recommande seulement d'être la consolation de papa et de maman et l'exemple d'Emmanuel par votre conduite /211/ vraiment chrétienne. L'ennemi des âmes voudra vous mettre à l'épreuve ; mais ne craignez pas, obéissez, espérez en Jésus eucharistie et en Marie immaculée.

La bénédiction du Seigneur soit sur vous, sur papa et maman et sur mon grand ami Emmanuel. Qu'ils prient aussi pour moi, qui de tous me professe

Très obligé serviteur Bosco Gio, prêtre.

Turin, 15 août 1862.

60. « Les autres sont inquiets. Moi j'ai confiance en toi »

L'expulsion des jésuites et d'autres religieux enseignants ayant entraîné la fermeture de nombreux collèges du Piémont, les familles nobles envoyèrent leurs fils étudier dans les collèges religieux de la France voisine. C'est ainsi que le jeune marquis Emmanuel Fassati fut envoyé chez les jésuites de Mongré près de Lyon, le 1er octobre 1863 (voir Epist. 1, 282). Don Bosco ne cessa de le suivre de ses encouragements affectueux (Epist. I, 398).

Cher Emmanuel,

Dans la chère lettre que tu as eu la gentillesse de m'envoyer, tu me demandais si j'avais prié pour que la Sainte Vierge t'accorde la bonne volonté et l'énergie pour étudier. Je l'ai fait volontiers et de grand coeur pendant tout le mois de Marie. Mais je ne sais pas si j'ai été exaucé. J'aimerais beaucoup le savoir, même si j'ai des raisons de croire que oui. Papa, maman et Azélie vont bien ; souvent je les vois à cinq heures et demie du soir et notre conversation en grande partie roule toujours sur toi. Les autres sont toujours inquiets, craignant que tu ne puisses poursuivre dans tes études et qu'ainsi tu ajoutes quelque affliction à celles nombreuses /212/ qu'ils ont déjà eues cette année, comme tu le sais. Moi je les console toujours, m'appuyant sur l'intelligence, la bonne volonté et les promesses d'Emmanuel. Est-ce que je me trompe ? Je pense que non. Encore deux mois et puis quelle belle fête si tes examens sont bien réussis ! Donc, cher Emmanuel, je continuerai à te recommander au Seigneur. De ton côté fais un effort : fatigue, diligence, soumission, obéissance, que tout soit mis en oeuvre pour la réussite de tes examens.

Que Dieu te bénisse, cher Emmanuel ; sois toujours la consolation de tes parents par ta bonne conduite ; prie aussi pour moi qui suis de tout coeur.

Ton ami très affectionné Bosco Gio., prêtre.

Turin, ler juin 1866.

Nous ajoutons ce paragraphe, conclusion d'une lettre envoyée à Emmanuel, maintenant jeune homme, le 14 septembre 1868 (Epist. 1, 574).

Très cher Emmanuel,

Tu traverses l'âge le plus dangereux, mais le plus beau de ta vie. Prends courage : le moindre sacrifice accompli au temps de la jeunesse fait acquérir un trésor de gloire dans le ciel.

61. De Rome, il n'oublie pas Bernard, le cordonnier

Deux brèves lettres envoyées par Don Bosco alors qu'il se trouvait à Rome pour le concile du Vatican. Il trouve le temps de répondre même à ses apprentis de Valdocco. Bernard Musso, /213/ cordonnier, sera plus tard coadjuteur salésien et chef d'atelier à Buenos Aires. Les deux lettres sont sans date, mais elles furent envoyées avec d'autres en février 1870 (Epist. II, 78-79).

Mon très cher Musso,

J'ai reçu ta lettre et je comprends tout ce que tu veux me dire. Sois tranquille: Je penserai à toi, toi de ton côté pense à être exemplaire dans l'accomplissement de tes devoirs, spécialement pour empêcher les mauvaises conversations parmi tes compagnons. Dieu fera le reste.

Salue ton maître d'atelier et tes camarades ; bientôt je serai de nouveau avec vous. Priez pour moi qui suis de tout coeur

Votre très affectionné en J.C. Bosco Gio., prêtre.

Mon cher Bernard Musso,

En ce moment j'ai grand besoin d'être aidé par tes prières et celles de tes compagnons. Cherche-moi donc parmi tes amis ceux qui désirent m'aider, et conduis-les chaque jour à l'autel de Jésus eucharistie pour lui recommander mes besoins. Quand je serai de retour à Turin, tu me présenteras ceux qui t'ont accompagné dans ces visites, et à tous je donnerai un beau souvenir.

Ton ami très affectionné Gio. Bosco, prêtre

62. « Sois tranquille. Sois brave, Pour le reste, j'y pense moi-même »

Encore deux brèves lettres, cette fois à un élève de l'Oratoire, ensuite étudiant au collège de Lanzo. Augustin Anzini venait du canton du Tessin. Désireux de se faire salésien, mais hésitant pour /214/ raison de santé, il avait confié à Don Bosco ses incertitudes. Les deux billets furent écrits à un mois d'intervalle (Epist. II, 293 et 1104).

Très cher Anzini,

Sois tranquille. Quand nous pourrons nous parler, nous arrangerons les choses de sorte qu'elles profitent pour le temps et pour l'éternité. Joie, prière, sainte communion : voilà nos soutiens.

Que Dieu te bénisse, et prie pour moi qui suis en J.C.

Ton ami très affectionné

Turin, 20-7-73.  G. Bosco, prêtre

Très cher Anzini,

Sois tranquille, lors des exercices spirituels nous arrangerons tout. Occupe-toi seulement de devenir bon comme saint Louis, pour le reste j'y penserai moi-même.

Que Dieu te bénisse. Crois-moi

Ton très affectionné en J.C. Turin, 22-8-73.  G. Bosco, prêtre

63. « Franceschino, Don Bosco veut te servir de père »

Francesco Bonmartini était fils unique de la comtesse Bonmartini-Mainardi de Padoue, très pieuse veuve, coopératrice zélée et fille spirituelle de Don Bosco. Nous conservons dix-sept lettres du saint, sept adressées à la comtesse, deux à son fils et huit à son digne précepteur Don Tullio de Agostini (MB XV, 667-679). François, très cher à Don Bosco, suivait les cours du petit séminaire de Padoue lorsque sa mère tomba très gravement malade (Epist. IV, 350).

/215/

Mon cher Franceschino.

Tu m'écris que les nouvelles de maman sont très graves. J'en suis navré. Tous nos orphelins, dans toutes nos églises, prient sans discontinuer pour elle.

Quoi qu'il arrive pour l'avenir, tu sais que Don Bosco a promis à toi-même, à ta maman, à Don Tullio, qu'il veut te servir de père, spécialement quant à l'âme.

Pour toute éventualité, nous restons proches l'un de l'autre.

Si ta maman se trouve en état de comprendre, dis-lui que nous parlerons de nos affairés dans la bienheureuse éternité.

Pour toi, pour Don Tullio, la chambre est prête.

Que Marie soit en toute chose notre guide vers le paradis.

Ton ami très affectionné Gio. Bosco, prêtre.

Turin, 15 décembre 1885.

Nous citons maintenant plusieurs lettres envoyées collectivement aux garçons de l'Oratoire ou d'autres maisons. Elles étaient lues et commentées au « mot du soir » et faisaient grande impression sur les destinataires. Don Bosco d'une part ouvrait son ccpur plein d'affection, d'autre part distribuait conseils et avis, utilisant plus d'une fois son don charismatique de vue à distance et de lecture des consciences. Il est frappant de constater que souvent il se soit employé à écrire de longues lettres.

/216/

64. « Mes chers fils, vous êtes mes délices et ma consolation »

Lettre envoyée aux garçons de l'Oratoire depuis S. Ignazio-surLanzo, où Don Bosco était allé comme de coutume pour les exercices spirituels. Don Alasonatti était alors préfet de la maison

(Epist. I, 207).

Mes jeunes et fils très aimés,

La grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ soit toujours avec vous !

Il y a seulement quelques jours que je vis séparé de vous, ô mes fils très aimés, et il me semble que plusieurs mois déjà se sont écoulés. Vous êtes vraiment mes délices et ma consolation, et il me manque l'une et l'autre de ces deux choses lorsque je suis loin de vous.

Don Alasonatti m'a fait savoir que vous priez pour moi et je vous en remercie. Moi aussi chaque matin à la sainte messe, j'ai toujours recommandé de façon particulière vos âmes au Seigneur. Mais je dois vous dire que la plus grande partie de mon temps, je l'ai passée avec vous, observant en particulier et en général ce que vous êtes en train de faire et de penser. Des choses particulières (et hélas il y en a quelques-unes de graves) je parlerai à chacun selon l'opportunité à peine rentré à la maison. Pour ce qui est des choses générales, je suis très content, et vous avez de nombreuses raisons de l'être vous aussi. Il y a toutefois à corriger un point de grande importance : la façon trop rapide dont vous récitez ensemble vos prières. Si vous voulez faire une chose qui me soit agréable et qui en même temps plaise au Seigneur et soit utile à vos âmes, efforcez-vous de prier de façon ordonnée, en détachant les paroles et en en prononçant entièrement les consonnes et les syllabes. Voilà ce que je vous propose, /217/ mes bien-aimés, et ce que je désire ardemment voir réalisé lors de mon retour à la maison.

D'ici trois jours je serai de nouveau au milieu de vous et, avec l'aide du Seigneur, j'espère pouvoir vous raconter tant de choses que j'ai vues, lues, entendues.

Que le Seigneur Dieu vous donne à tous santé et grâce, et nous aide à former un seul coeur et une seule âme pour l'aimer et le servir tous les jours de notre vie. Ainsi soit-il !

Votre ami très affectionné en J.C. Bosco Gio., prêtre.

De S. Ignazio, 23 juillet 1861

P.S. - Je voudrais encore écrire une lettre à Don Turchi, à Rigamonti, à Placide Perucatti, à Bagnasacco, à Stassano et à Cugnolo, mais le temps me manque. Nous parlerons de vive voix.

65. « Marie, soyez pour nos étudiants le siège de la vraie sagesse »

Peu de temps avant d'ouvrir la première maison salésienne hors de Turin, le collège de Mirabello, Don Bosco s'en fut en pèlerinage au célèbre sanctuaire d'Oropa, dans la région montagneuse de Biella, pour recommander à la Vierge cette fondation. De làhaut il adressa cette lettre aux étudiants restés cet été-là à l'Oratoire (Epist. I, 227).

Mes très chers fils étudiants,

Si vous vous trouviez, ô mes chers fils, sur cette montagne, vous en seriez certainement émotionnés. Une grande construction avec en son centre une église recueillie forme ce /218/ qu'on appelle communément le Sanctuaire d'Oropa. Il y a ici un va-et-vient continuel de pèlerins. Les uns remercient la Sainte Vierge pour des grâces obtenues, d'autres demandent d'être délivrés d'une maladie de l'âme ou du corps, d'autres prient la Sainte Vierge de les aider à persévérer dans le bien, d'autres à faire une sainte mort. Jeunes et vieux, riches et pauvres, paysans et seigneurs, gentilshommes, comtes, marquis, artisans, marchands, hommes et femmes, bergers et étudiants de toute condition : on les voit continuellement et en grand nombre s'approcher des sacrements de la confession et de la communion et ensuite aller aux pieds d'une magnifique statue de Marie pour implorer son céleste secours.

Mais au milieu de tant de gens, mon coeur éprouvait un vif regret. Lequel ? Celui de ne pas voir mes chers étudiants. Oh oui, pourquoi ne puis-je avoir ici mes fils, les conduire tous aux pieds de Marie, les lui offrir, les mettre tous sous sa puissante protection, faire d'eux tous autant de Dominique Savio ou de Louis de Gonzague ?

Pour donner réconfort à mon coeur, je suis allé devant l'autel miraculeux de Marie, et je lui ai promis que, de retour à Turin, je ferais tout ce qui serait en mon pouvoir pour faire pénétrer dans vos coeurs la dévotion à Marie, et en vous recommandant à Elle je lui ai demandé pour vous ces grâces particulières : « Marie, lui dis-je, bénissez notre maison tout entière, éloignez du coeur de nos jeunes jusqu'à l'ombre du péché ; soyez le guide des étudiants, soyez pour eux le siège de la vraie sagesse. Qu'ils soient tous vôtres, ,oujours vôtres ; regardez-les toujours comme vos chers fils, et conservez-les toujours parmi ceux qui vous sont dévoués ». Je crois que la Sainte Vierge m'aura exaucé, et i'espère que vous me donnerez votre aide pour que nous puissions correspondre à la voix de Marie, à la grâce du Seigneur. /219/

Que la Sainte Vierge Marie me bénisse, qu'elle bénisse tous les prêtres, les abbés, et tous ceux qui donnent leurs fatiguès à notre maison, qu'elle vous bénisse tous. Que du ciel elle nous aide, et nous, nous ferons tous les efforts nécessaires pour mériter sa sainte protection pendant la vie et à la mort. Ainsi soit-il.

Votre ami très affectionné en J.C. Bosco Gio., prêtre.

Du Sanctuaire d'Oropa, 6 août 1863.

66. Don Bosco commente saint Paul à ses apprentis

A la fin de 1873, Don Bosco s'était rendu à Rome pour les dernières démarches en vue de l'approbation des Constitutions. Il voulut adresser une lettre particulière au groupe des apprentis de l'Oratoire et à leur aumônier-catéchiste Don Lazzero. C'est l'un des documents où Don Bosco apparaît le plus clairement en son âme de « sauveur » des âmes « toutes rachetées par le sang précieux de J.C. ». La Compagnie de S. Joseph regroupait les apprentis plus soucieux de maturité spirituelle (Epist. II, 339-340.)

Très cher Don Lazzero et mes très chers apprentis,

J'ai déjà écrit une lettre à tous mes fils aimés de l'Oratoire. Toutefois, comme les apprentis sont la pupille de mes yeux et comme en outre, j'ai demandé pour eux une bénédiction spéciale au Saint Père, je pense vous faire plaisir en donnant satisfaction à mon coeur par une nouvelle lettre.

Que je vous porte une grande affection, il n'est pas nécessaire que je vous le dise, je vous en ai donné des preuves évidentes. Que de votre côté vous m'aimiez bien, je n'ai pas besoin que vous me le disiez, vous me l'avez constamment démontré. Mais cette affection réciproque entre nous, /220/ sur quoi est-elle fondée ? Sur le portefeuille ? Pas sur le mien, car je l'ouvre pour vous ; pas sur le vôtre, car, sans vous offenser, vous n'en avez pas.

Mon affection est donc fondée sur le désir que j'ai de sauver vos âmes, qui ont toutes été rachetées par le sang précieux de J.C. ; et vous, vous m'aimez parce que je cherche à vous conduire sur la route du salut éternel. Le bien de vos âmes : voilà donc le fondement de notre affection.

Mais, mes chers fils, chacun de vous tient-il vraiment une conduite qui tende au salut de son âme, ou plutôt à sa perte ? Si notre Divin Sauveur en ce moment même nous appelait à son tribunal pour nous juger, nous trouverait-il tous préparés ? Résolutions prises et non tenues, mauvais exemples donnés et non réparés, conversations qui enseignent le mal aux autres : voilà des choses pour lesquelles nous devons craindre d'avoir à subir des reproches.

Mais tandis que Jésus Christ pourrait avec quelque raison nous faire de tels reproches, je suis aussi convaincu qu'un grand nombre se présenteraient à lui avec la conscience pure et avec les comptes de l'âme bien en ordre, et c'est là pour moi une consolation,

Quoi qu'il en soit, ô mes chers amis, prenez courage ; moi je ne cesserai de prier pour vous, de travailler pour vous, de me préoccuper de vous, et vous, vous me donnerez l'aide de votre bonne volonté. Mettez en pratique ces paroles de saint Paul que je vous traduis :

« Exhorte les jeunes gens à la sobriété ; que jamais ils n'oublient qu'il est établi pour tous d'avoir à mourir et qu'après la mort nous devrons tous nous présenter au tribunal de Jésus. Celui qui ne souffre pas avec Jésus-Christ sur la terre ne peut être couronné de gloire avec lui dans le ciel.

Fuyez le péché comme votre plus grand ennemi, et fuyez la source du péché, c'est-à-dire les mauvaises conversations qui sont la ruine des bonnes moeurs. Donnez-vous le bon /221/ exemple les uns aux autres en oeuvres comme en paroles, etc., etc. » [3] Don Lazzero vous dira le reste.

En attendant, ô mes chers, je me recommande à votre charité, priez spécialement pour moi, et que les membres de le Compagnie de S. Joseph, qui sont les plus fervents, fassent une sainte communion pour moi.

Que la grâce de N.S.J.C. soit toujours avec nous et qu'elle nous aide à persévérer dans le bien jusqu'à la mort. Amen.

Votre ami très affectionné

Rome, 20 janvier 1874. G. Bosco, prêtre

67. Voeux de bonne année aux chers fils de Mirabello

Outre l'Oratoire de Turin, les maisons qui eurent le privilège de recevoir des lettres « intimes » de Don Bosco furent le petit séminaire de Mirabello (diocèse de Casale) pris en charge le 2 octobre 1863 par un directeur de vingt-six ans, Michel Rua, et le collège de Lanzo, ouvert en octobre 1864 sous la direction de Don Ruffino, terrassé par la mort au bout d'une année et remplacé par Don Lemoyne. Ces deux maisons furent comme un champ d'expérience pour toutes celles qui devaient suivre et des pépinières de vocations sacerdotales et salésiennes. On comprend que Don Bosco les ait entourées de soins particuliers.

Quinze mois après l'ouverture de Mirabello, après déjà plusieurs visites et un échange de correspondance, Don Bosco envoie à ses fils cette lettre de vceux pour la nouvelle année (Epist. I, 331-332). /222/

Mes chers fils de Mirabello,

La gentillesse et les marques d'affection filiale que vous m'avez manifestées lorsque j'ai eu la grande joie de vous rendre visite, les lettres, les salutations que plusieurs d'entre vous m'ont envoyées et que je conserverai comme un beau souvenir, m'invitaient à revenir dès que possible m'entretenir un peu avec vous, ô mes fils très aimés. Jusqu'ici je n'ai pas pu satisfaire ce désir, mais je le satisferai d'ici peu. En attendant, pour contenter en partie les sentiments de mon coeur, j'ai pensé vous écrire une lettre, qui sera l'annonce de ma venue chez vous.

Mais que vaut une lettre pour exprimer tant de choses que je voudrais vous dire ? Je m'en tiendrai à dire les choses en abrégé.

Je vous dirai donc que je vous remercie de toutes les marques d'amitié que vous m'avez données et de la confiance que vous m'avez témoignée en cette belle journée passée à Mirabello. Vos cris, vos vivats, votre geste de me baiser ou de me serrer la main, votre sourire cordial, le fait de nous parler d'âme à âme, ou de nous encourager réciproquement au bien : ce sont là choses qui m'ont embaumé le coeur, et pour un peu, je ne puis y penser sans me sentir remué jusqu'aux larmes.

Aussi, par la pensée, je vais souvent au milieu de vous et je jouis de voir le grand nombre de ceux qui s'approchent fréquemment de la sainte communion... Je vous dirai encore que vous êtes la pupille de mes yeux et que chaque jour je fais mémoire de vous à la sainte messe, et je demande à Dieu de vous conserver en santé et en grâce, de vous faire progresser dans la science, que vous puissiez être la consolation de vos parents et les délices de Don Bosco qui vous aime tant. /223/

Et comme étrenne, que vous donnera Don Bosco ? Trois choses très importantes : un avis, un conseil, un moyen.

Un avis. Fuyez, ô mes chers, tout péché d'immodestie ; les actes, pensées, regards, désirs, paroles, discours contraires au sixième commandement, qu'on n'ait même pas à en parler parmi vous, comme dit saint Paul.

Un conseil. Conservez avec la plus grande jalousie, la belle, la sublime, la reine des vertus, la sainte vertu de la pureté.

Un • moyen. Un moyen très efficace pour terrasser et vaincre avec sûreté l'ennemi et vous assurer de conserver cette vertu, c'est la communion fréquente, mais faite avec les dispositions voulues.

Je voudrais ici vous en dire plus que ne comporte une lettre ; je recommande seulement à Don Rua de me faire ce plaisir : vous commenter, en trois brèves instructions ou réflexions chacun de ces points.

Et pour finir, ô mes chers, je vous dirai que je vous porte une grande affection, que je désire tellement vous revoir, et cela arrivera bientôt. Je veux que vous me donniez tous votre coeur, afin que chaque jour je puisse l'offrir à Jésus dans le très saint sacrement pendant que je célèbre la messe. J'irai vous revoir avec un grand désir de parler à chacun des choses de l'âme, et à chacun je dirai trois choses : une sur le passé, l'autre sur le présent, la troisième sur l'avenir.

Que la Sainte Vierge nous conserve tous à elle, toujours à elle ; et que la grâce de N.S.J.C. soit toujours avec vous. Amen.

Et vive mes chers fils de Mirabello !

Votre ami très affectionné en J.-C. Bosco Gio., prêtre.

Turin, 30 déc. 1864.

/224/

P.S. - Je souhaite courage, patience et support au directeur, préfet, maîtres, assistants, domestiques, au cher papa Provera et à toute sa famille, à maman Rua, à mon petit ami Meliga, à Chiastellardo, au cher Ossella qui m'a écrit une belle lettre, etc.

68. « Je vais chez vous comme père, ami et frère »

La lettre est sans date. Le contexte la situe au début de juillet 1867 (Don Bosco se rendit à Mirabello le mardi 9). Elle était accompagnée d'une liste de noms de garçons ayant besoin d'être rappelés à l'ordre par le directeur (Epist. I, 482-483)

A mes chers fils de Mirabello,

J'ai remis à plus tard, ô mes fils aimés, la visite que je vous avais promise ; mais ce que je regrette surtout c'est de ne pas même avoir pu aller célébrer avec vous la fête de saint Louis. J'étudie en ce moment la façon de compenser ce retard en prolongeant mon séjour parmi vous. Mardi soir, s'il plaît à Dieu, en fin de soirée, je serai à Mirabello.

Mais pourquoi vous prévenir ? Ne suffit-il pas que je vienne comme d'habitude ? Non, mes chers, ça ne suffit pas. J'ai besoin de vous parler en public pour vous raconter certaines choses, qui, je le sais, vous feront plaisir ; de vous parler en privé de choses plutôt désagréables, mais qu'il est nécessaire que vous sachiez ; de vous parler aussi à l'oreille pour briser les cornes du démon qui voudrait devenir le maître et patron de quelques-uns d'entre vous.

J'inclus ici une liste que, au cours d'une visite faite tout récemment [4] j'ai pu établir de quelques-uns qui ont /225/ besoin d'être spécialement prévenus et je prie votre directeur de vouloir leur dire de ma part que j'ai grand besoin de parler à leitr âme, à leur coeur, à leur conscience ; mais ce besoin, je l'éprouve uniquement pour faire du bien à leurs âmes.

Du reste, je vous dis aussi que, dans les fréquentes visites que je vous fais, j'ai vu des choses qui me donnent grande consolation, spécialement ceux qui fréquentent la sainte communion et accomplissent leurs devoirs de façon exemplaire. J'ai aussi noté de petites négligences chez certains, mais de cela je ne fais pas grand cas.

Avec tout cela, ne vous faites aucune sorte de souci. Je vais parmi vous comme père, comme ami et comme frère. Remettez seulement votre coeur en mes mains pour quelques instants, ensuite vous serez tous contents. Vous, vous serez contents pour la paix et la grâce du Seigneur dont votre âme certainement aura été enrichie ; et moi, je serai content de la grande et désirable consolation de vous voir tous en amitié avec Dieu votre créateur.

Mais tout cela, c'est pour l'âme ; et pour le corps il n'y a rien ? Sûrement, après que nous aurons donné à l'âme ce qui lui convient, nous ne laisserons pas le corps à jeun. Dès à présent je recommande au préfet de donner les ordres opportuns pour passer une belle journée, et si le temps le permet pour faire aussi une promenade tous ensemble.

Que la grâce de N.S.J.C. soit toujours avec vous ; et que la sainte Vierge vous fasse tous riches de la vraie richesse qui est la sainte crainte de Dieu. Amen.

Priez pour moi qui suis de tout coeur

Votre très affectionné en J.-C. Gio. Bosco, prêtre.

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69. A la maisonnée de Lanzo : un programme pour l'année nouvelle

Non moins grande était l'affection mutuelle entre le père et ses fils du collège de Lanzo. Nous possédons une dizaine de lettres que leur adressa Don Bosco. Celle-ci fut envoyée à toute la maisonnée au début de 1875. Comme celles citées précédemment, elle mêle les effusions cordiales et les conseils pratiques (Epist. II, 436-438).

A mes très chers fils, directeur, assistants, préfet, catéchiste, élèves et autres du collège de Lanzo.

La grâce de N.S.J.C. soit toujours avec nous. Amen.

Jusqu'à présent, mes fils très aimés, je n'ai pu satisfaire un vif désir de mon cceur : celui de vous rendre visite. Une série continue d'occupations compliquées et quelque léger malaise de santé m'en ont empêché.

Mais je veux vous dire une chose que vous aurez peine à croire : plusieurs fois par jour je pense à vous, et chaque matin à la sainte messe je vous recommande tous de façon particulière au Seigneur. De votre côté vous me donnez des signes bien clairs que vous vous souvenez de moi. Oh ! avec quel plaisir j'ai lu votre lettre de voeux ; avec quel plaisir j'ai lu le prénom et le nom de chaque élève, de chaque classe, du premier au dernier du collège ! J'avais l'impression de me trouver au milieu de vous, et dans mon coeur, j'ai répété plusieurs fois : Vive mes fils de Lanzo !

Je commence donc par vous remercier tous, et de tout coeur, des vceux si chrétiens que vous me faites, et je prie Dieu de les reverser au centuple sur vous et sur tous vos parents et amis. Oui ! Que Dieu vous conserve tous en de longues années de vie heureuse ! Mais pour en venir à des voeux plus précis, je demande pour vous au ciel, santé, études, bonne conduite. /227/

Santé. Elle est un don précieux du ciel, ayez-en soin. Gardez-vous de toute intempérance, veillez à ne pas trop suer, à ne pas trop vous fatiguer, attention au passage subit du chaud au froid. C'est ainsi que naissent le plus souvent les maladies.

Etude. Vous êtes au collège pour acquérir un ensemble de connaissances grâce auxquelles vous pourrez plus tard gagner le pain de votre vie. Quelle que soit votre condition, votre vocation, votre future situation, vous devez faire en sorte que, même venant à vous manquer toutes les ressources de votre famille, vous soyiez capables de gagner honnêtement votre subsistance. Qu'il ne soit jamais dit de nous que nous vivons des sueurs d'autrui !

Bonne conduite. Le bien qui unit ensemble la santé et l'étude, le fondement sur lequel elles reposent, c'est la bonne conduite. Croyez-moi, mes chers fils, je vous dis là une grande vérité : si vous persévérez dans une bonne conduite morale, vous progresserez en santé et dans l'étude, vous serez aimés de vos supérieurs, de vos compagnons, de vos amis et des gens de votre pays. Mais il en va tout autrement pour ceux qui se laissent aller à la mauvaise conduite...

Courage donc, ô mes chers fils : mettez tout votre soin à chercher, à étudier, à conserver et à développer ces trois grands trésors : la santé, l'étude, la bonne conduite.

Une chose encore. J'entends une voix qui vient de loin et crie :« O chers fils, ô élèves de Lanzo, venez nous sauver !» Ce sont les voix de tant d'âmes qui attendent qu'une main secourable vienne les écarter du seuil de la perdition pour les mettre sur le chemin du salut. Si je vous dis cela, c'est que plusieurs d'entre vous sont appelés au sacerdoce, à la conquête des âmes. Prenez courage ! Ils sont nombreux /228/ ceux qui vous attendent. Rappelez-vous les paroles de saint Augustin : Animam salvasti, animam tuam proedestinasti[5].

Finalement, ô mes fils, je vous recommande votre directeur [6]. Je sais qu'il n'est pas en très bonne santé ; priez pour lui, consolez-le par votre bonne conduite, aimez-le, ayez envers lui une confiance sans limites. Tout cela sera pour lui de grand réconfort, et pour vous de grand avantage.

Tandis que je vous assure que chaque jour je vous recommande durant la sainte messe, je me recommande moi aussi à vos prières, afin qu'il ne m'arrive pas le malheur de prêcher pour sauver les autres et d'avoir ensuite à perdre ma pauvre âme. Ne cum alüs praedicaverim, ego reprobus efficiar [7].

Que Dieu vous bénisse tous, et croyez-moi en J.C.

Votre ami très affectionné Gio. Bosco, prêtre.

Turin, veille de l'Epiphanie 1875

70. « Vous m'avez volé ce pauvre coeur »

Une année plus tard, Don Bosco répond de nouveau aux vceux que lui ont envoyés ses fils de Lanzo. En lisant cette lettre on pensera peut-être à celles qu'un saint Paul écrivait aux Galates, ses « petits enfants » (4, 19), ou aux Philippiens, ses « frères bienaimés et tant désirés »(4,1). (Epist. III, 5). /229/

Mes chers amis, directeur, maîtres, professeurs, élèves.

Laissez-moi vous le dire, et que personne ne s'offense, vous êtes tous des voleurs. Je le dis et le répète, vous m'avez tout pris.

Quand je suis allé à Lanzo, vous m'avez enchanté par votre bienveillance et votre affabilité, vous avez captivé les facultés de mon esprit par votre piété. Il me restait encore ce pauvre coeur, dont déjà vous m'aviez volé les affections en entier. Or votre lettre signée par 200 mains amies et très chères ont pris possession (sic) de tout ce coeur, dont il n'est plus rien resté, sinon un vif désir de vous aimer dans le Seigneur, de vous faire du bien, de sauver vos âmes à tous.

Ce généreux mouvement d'affection m'invite à me rendre le plus vite possible chez vous pour une nouvelle visite, qui je l'espère ne sera que peu retardée. En cette occasion, je veux que nous soyions joyeux d'âme et de corps, et que nous fassions voir au monde combien on peut être joyeux d'âme et de corps sans offenser le Seigneur.

Je vous remercie donc très cordialement de tout ce que vous avez fait pour moi. Je ne manquerai pas de faire mémoire de vous chaque jour à la sainte messe, priant la Divine Bonté de vous accorder la santé pour étudier, la force pour combattre les tentations et la grâce très précieuse de vivre et de mourir dans la paix du Seigneur.

Une proposition. Le 15 de ce mois, jour consacré à saint Maurice, je célébrerai la messe à votre intention ; et vous, me ferez-vous la charité de faire en ce jour-là la sainte communion pour que moi aussi je puisse aller avec vous au paradis ?

Que Dieu vous bénisse tous, et croyez-moi toujours en J.C.

Votre ami très affectionné

Turin, 3 janvier 1876 Gio. Bosco, prêtre.

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71. Ceux d'Amérique aussi sont des fils très chers.

Le départ des premiers missionnaires le 11 novembre 1875 allait permettre à la paternité de Don Bosco de s'élargir jusqu'aux confins de l'Amérique latine. Là-bas aussi, il trouve des fils très aimés, lesquels, comme ceux d'Italie, lui écrivent, surtout à l'occasion de sa fête. Il répond aux garçons du collège de S. Nicolas-delos-Arroyos, en Argentine (voir Epist. III, 69), et à ceux du collège Pie XI de Villa Colón, près de Montevideo en Uruguay, ouvert par Don Lasagna en décembre 1876. C'est cette dernière lettre que nous citons ; elle est écrite de Marseille, où Don Bosco a accompagné l'archevêque de Buenos Aires, Mons. Aneyros, venu à Rome età Turin et de retour en Argentine (Epist. III, 200-201).

Mes fils très aimés,

O mes fils très aimés, vous ne pouvez imaginer la grande consolation que m'a apportée votre lettre pour le jour de ma fête. Ce jour-là mes fils de Montevideo, de Buenos-Aires, de S. Nicolas formaient un seul coeur et une seule âme avec ceux de France, de Rome, du Piémont, de Suisse, de Trente, et tous manifestaient leurs sentiments d'affection à un père qui les bénissait, et qui priait Dieu de les conserver tous persévérants sur le chemin du ciel.

Je vous remercie donc de cette marque de grande bienveillance que vous m'avez manifestée ; et pour montrer ma paternelle consolation je me suis présenté au Souverain Pontife Pie IX, je lui parlai de Villa Colón qu'il se souvient très bien d'avoir vue [8]. Je lui demandai une bénédiction apostolique spéciale sur vous et sur tous vos parents jusqu'au troisième degré avec indulgence plénière au moment de la mort. /231/

 « Très volontiers, répondit le Pontife avec affection : que Dieu bénisse les jeunes élèves de Villa Colón, qu'il bénisse leurs parents, qu'il fasse d'eux tous de fervents catholiques. Que les pères et les fils deviennent très riches, très riches, mais de la vraie richesse qu'est la vertu, la sainte crainte de Dieu ».

Il se tourna alors vers moi et me dit : « Ecrivez-leur et dites-leur d'en donner communication à leurs familles ».

Pour ma part, ô mes chers fils, je brûle du désir de vous rendre visite. Priez pour que je puisse apaiser bien vite ce désir ; ou alors venez vous-mêmes me voir ici à Turin où la maison vous est déjà préparée.  -

En attendant, je vous prie de m'écrire, bien librement : 1° Etes-vous vraiment bons ? 2° M'écrirez-vous d'autres lettres longues longues ? 3° Vous ferez-vous tous missionnaires ? 4° Vous ferez-vous tous saints ? Répondez-moi, et vous me ferez un vrai cadeau.

Au jour de Ste Rose[9] je célébrerai pour vous la sainte messe, et vous, vous ferez la sainte communion à mon intention. Et ceux qui ne le peuvent me feront la charité d'un Pater, Ave et Gloria devant le Saint-Sacrement.

Que la grâce de N.S.J.C. soit toujours avec vous. Amen.

Votre ami très affectionné

Marseille, 16 juillet 1877.  Gio. Bosco, prêtre.

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